Archives par mot-clé : Autoportraits

L’autoportrait anonyme d’Andrea Torres Balaguer à la galerie In Camera

La galerie In Camera consacre sa dernière exposition avant la fermeture estivale à l’artiste espagnole Andrea Torres Balaguer. La série présentée s’intitule « The unknown », elle vient tout juste de s’achever… L’artiste catalane présente ici des autoportraits en grands formats. L’éclairage est systématique et fait ressortir les vêtements satinés ou brodés qu’elle porte, faisant écho aux portraits picturaux classiques, à la différence qu’ici, les visages sont masqués par un trait de peinture marqué d’un coup de pinceau vif et précis.

 « Je recherche un mystère très particulier, explique Andrea Torres Balaguer, une ambiguïté qui transcende la photographie, quelque chose qui englobe le spectateur, qui le capture. J’aime donner un nouveau sens aux choses. Mon travail a toujours été lié à la féminité et au symbolisme. Je ressens une interprétation de mon identité dans les personnages féminins, ils ne sont pas moi, ils ont quelque chose de moi… ». – Andrea Torres Balaguer

Pour The Unknown, l’artiste a réfléchi sur « le concept d’identité et l’importance de l’identité lorsqu’on évoque le portrait ». Elle est allée plus loin en se mettant elle-même en scène. Pourquoi ? Parce qu’elle trouvait « très agressif » cette absence de visage masqué par un trait de pinceau, peint directement sur l’image : « Non seulement je vole l’identité du modèle, mais je mets le coup de pinceau qui dissimule le visage. C’est pourquoi j’ai décidé de faire des autoportraits.
Et, du coup, il y a ce nouveau sens : c’est moi qui me déprend de mon identité, et je deviens ce que le spectateur veut que je devienne. Dès lors, j’ai de multiples identités nouvelles, sauf mon identité originale ».
(Extrait du texte de Brigitte Ollier.

INFORMATIONS PRATIQUES
The Unknown
Andrea Torres Balaguer
in camera galerie
21, rue Las Cases
75007 Paris
Du mardi au samedi de 14h à 19h
contact@incamera.fr
http://www.incamera.fr

Älskling, a self-portrait through the eyes of my lovers : un itinéraire amoureux à la loupe

 « Älskling », ça veut dire « Chéri » en suédois. Tendant le miroir aux yeux des Chimène qui ont traversé sa vie, la suédoise Jenny Rova a repris contact avec tous ses ex, repassant sa vie amoureuse au peigne fin, pour récupérer les images qu’ils ont fait d’elle et permettre de dessiner un portrait diachronique, non seulement de sa personne, mais de la perception de Jenny en tant que sujet, et sujet amoureux, photographié dans l’espace intime où on regarde dans la même direction, c’est à dire dans les yeux l’un de l’autre.

Du premier petit ami au père de son fils, avec qui elle vit actuellement, elle a remonté tous les fils et montré tous les regards, heureux et tristes, en randonnée ou en fête, des photos de sortie de douche ou de caresses érotiques, dans la géométrie variable du regard amoureux. Ils s’appellent Anders, Amir, Jonas, Henning, Étienne, Boran, Johan, Dan, Bruno, et ont, à des périodes différentes de sa vie, regardé Jenny avec amour. Par ce travail sans concession de réappropriation  plastique de la trace de la dialectique amoureuse, elle montre comme ces regards, et celui qu’elle leur portait en retour, les a mutuellement construit. Il faut noter le choix de l’image de couverture, écho au manifeste photographique des surréalistes, posant les yeux fermés et se posant en sujets pages blanches modelables à l’infini du rêve, mais aussi des perceptions de chacun. « Ferme les yeux là deux minutes et pense. Qui vois-tu ? » (André Breton – 7 décembre 1926).

« Älskling, a self-portrait through the eyes of my lovers » vient tout juste de recevoir le Svenska Fotobokspriset/ le prix du livre photo suédois 2018

http://www.jennyrova.net/projects/3/_lskling_a_self-portrait_through_the_eyes_of_my_lovers.html

La Jeune photographe japonaise Izumi Miyazaki en résidence chez Bergonzo First Floor

L’autoportrait est l’éternel exercice de style d’un artiste. Quels que soient les époques ou les médiums, les artistes ont toujours souhaiter explorer, occasionnellement ou perpétuellement, leur image propre. Bergonzo First Floor accueille jusqu’au 30 avril la jeune photographe japonaise Izumi Miyazaki en proposant au public une sélection d’autoportraits photographiques et des installations.

« There’s no place like home » est la troisième édition du concept Bergonzo First Floor. A l’origine, un couple de collectionneurs passionnés. Stéphanie et Renaud Bergonzo considèrent l’art comme leur art de vivre et ont à coeur de créer un espace d’expression et de partage au sein même de leur lieu de vie.
Depuis vendredi dernier, Izumi Miyazaki a pris possession des lieux,  pour y déployer son univers polymorphe qui allie sa photographie saisissante à des installations aussi ludiques que troublantes. Ici ces autoportraits n’ont rien de narcissiques, ils sont plutôt ici pour faire exister un double, pour braver la solitude comme elle le précise : « Je suis enfant unique, alors je me dédouble pour me sentir moins seule. »

Baignée des maîtres du surréalisme comme Magritte, elle avoue une passion pour Alfred Hitchcock ou David Lynch. Ses autoportraits pratiquent l’humour à froid, se mettant souvent en scène dans des performances sans queue ni tête. Tête qu’elle n’hésite pas à trancher en l’agrémentant de tomates fraiches ou d’un poisson, dans une interprétation humaine du sushi. Si elle ne sourit jamais sur ses photographies c’est sans doute pour exprimer sa solitude et peut être la difficulté d’une jeunesse connectée, à vivre dans un monde réel. Son travail surprend autant qu’il fascine, se jouant des codes de la vie 2.0 Izumi s’amuse dans une écriture poétique et bouleversante. L’addiction est proche… – Extrait du texte de Renaud Bergonzo.

INFORMATIONS PRATIQUES
• There’s no place like home
Izumi Miyazaki
Du 9 mars au 30 avril 2018
Bergonzo First Floor
12, rue Guénégeaud
75006 Paris
http://izumimiyazaki.tumblr.com

• Izumi Miyazaki sera présentée au festival Kyotographie du 14 avril au 13 mai 2018.
http://kyotographie.jp

Bestiario, les autoportraits en chienne et en cochonne de Gabriela Rivera Lucero

Littéralement

L’artiste chilienne Gabriela Rivera Lucero crée des autoportraits en masques de viscères, qu’elle a créés à l’image des noms d’animaux dont la langue espagnole affuble les femmes pour les dénigrer: chienne, mouche morte, harpie, cochonne, renarde, oiselle.

Les masques sont faits de peaux et d’entrailles de poulets, de porc, de poisson, de vache, qu’elle assemble, coud, agrafe. Les morceaux de chair ont été soit achetés à des bouchers, soit récupérés comme déchets non comestibles. Elle accueille sur son corps la rencontre, commune dans  l’espagnol d’Amérique Latine, des deux avilissements: celui de la femme et celui de l’animal,  dont les restes montrent la consommation carnivore, la dévoration, le mépris. Des créatures privées d’affection, dépouillées de leurs condition, montrées dans toute leur vulnérabilité et leur souffrance.

Végétarienne, féministe, activiste, Gabriela Rivera Lucero travaille entre la performance, la photographie et la sculpture. Elle a cofondé Escuela de Arte Feminista et l’ONG-collectif Teritorio Cultural, espace pluridisciplinaire d’échanges autour des féminismes, de la construction sociale des corps, et de la décolonisation.

http://gabrielarivera.blogspot.fr

Le Calendrier de l’Avent Spécial Edition Photo : 21 Décembre

Chaque jour Mowwgli vous propose d’ouvrir la case du jour de votre calendrier de l’avent. Difficile d’y inclure des petits morceaux de chocolat, alors nous avons décidé de vous faire découvrir quotidiennement un livre photographique publié cette année. Idées cadeaux, suggestions pour compléter votre collection de livres photo ou juste pour le plaisir des yeux… voici 24 sélections !

Aujourd’hui, jeudi 21 décembre, nous vous présentons « Rudolph Edse » un ouvrage édité par les éditions Loco. Une savante collection d’autoportraits d’un inconnu des années 50.

« Au fil de ma collecte, j’en étais venu à me confondre avec la figure de Rudolph Edse. (…) Je voulais croire que Rudolph Edse était mon double dans l’Univers. » – Michel Campeau

Quand Michel Campeau découvre sur Ebay quelques autoportraits d’un individu se représentant avec tous les attributs du photographe, il ne connaît encore rien de Rudolph Edse. Passionné par les images du bonheur et du rêve américain que ce photographe amateur a composées avec toute sa famille, Campeau réunit alors un important corpus d’images autour de celui qui était un ancien ingénieur allemand émigré aux États-Unis dans les années 1950.

INFORMATIONS PRATIQUES
Rudolph Edse
Michel Campeau / Hélène Samson
19,5 x 23,5 cm, 104 pages
68 reproductions en couleur, français / anglais
ISBN : 978-2-919507-80-1
Coédition avec le Musée McCord.

Rencontres de Bamako 2017 : Coup de coeur – Phumzile Khanyile

Sortie du Market Photo Workshop à vingt-cinq ans à peine, Phumzile Khanyile déploie un travail complètement décalé autour de l’autoportrait. Les collectionneurs semblent déjà séduits par ses images : on a pu les voir en mai dernier à New York sur le stand d’Afronova lors de la foire 1:54 pendant l’Armory Show, où dix-huit photos se sont vendues en trois jours ! Un vrai succès. C’est grâce à la bourse et au mentorat Gisèle Wulfsohn (nom d’une photographe documentaire sud-africaine) reçus en 2015 que Phumzile Khanyile a pu commencer sa formation et bénéficier d’un encadrement avec la photographe Ayana V. Jackson (États-Unis).

Avec son titre célébrant un monde superficiel en plastique, un univers de fêtes et d’alcool, le corpus Plastic Crowns de la photographe se lit comme un journal intime fictif. Ce projet a été réalisé dans la maison de sa grand-mère à Soweto, quartier où la jeune femme est terrorisée de sortir. En effet, Phumzile s’est fait attaquer par cinq hommes pendant qu’elle prenait des photos en extérieur quelques années auparavant. Alors comment faire des photos ? Durant deux ans, elle décide de travailler autour de cette peur, de cette solitude et de son ennui omniprésent à travers des mises en scène simples assorties de vêtements et accessoires de sa grand-mère pendant que cette dernière se trouve à l’église. Pour la petite histoire, Nomvo (c’est le prénom de sa grand-mère) a découvert Plastic Crowns lors de l’exposition de fin d’études au Market Photo Workshop : une vraie surprise pour elle qui n’imaginait pas ce que faisait sa petite-fille en son absence.

Ces images intimes oscillent entre une palette douce floue et des ombres fortes en se jouant d’un univers féminin presque fané, voire morbide. À travers ses autoportraits, la photographe dévoile ses peurs, son envie d’émancipation, ses questionnements sur la condition des femmes en Afrique du Sud, sa sexualité, mais aussi sur la difficulté de faire face au monde.

Son succès continue grâce à de nombreux articles : elle a été repérée par Sean O’Toole pour Artforum, ainsi que dans le dernier numéro d’Aperture sur l’Afrique. En novembre, c’est à Paris Photo sur le stand MAGNIN-A en collaboration avec AFRONOVA GALLERY de Johannesburg que l’on pourra découvrir Plastic Crowns pour la première fois en France.

Texte Jeanne Mercier / Afrique in Visu

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de Bamako – Afrotopia
Biennale Africaine de Photographie
Exposition Panafricaine : Phumzile Khanyile
Du 2 décembre 2017 au 31 janvier 2018
Musée national du Mali
Bamako, Mali
https://www.rencontres-bamako.com

Rencontres de Bamako 2017 : La messe du pape noir

La onzième édition des Rencontres de Bamako s’est inaugurée il y a huit jours dans la capitale malienne. Anna-Alix Koffi – directrice de création et fondatrice de OFF the wall cultures photo et Something we Africans got, nouvelle revue culturelle – partage avec nous son carnet de route de cette biennale de la photographie africaine.

Samuel Fosso à la Galerie Medina

À l’étage de l’élégante galerie Medina, un pape noir sur murs blancs. Black pope est la dernière mutation à date de Samuel Fosso, génie de l’auto portrait en l’autre : du chef du village au chef de l’Eglise catholique et avant lui Angela Davis, Malcom X et Ali. Pour cette nouvelle incarnation, Samuel Fosso, aidé du photographe Romaric Tisserand, se sont rendus au Vatican chercher toutes les pièces – certifiées authentiques – de cette nouvelle composition. Fosso questionne la vénération de la blancheur dans la culture visuelle contemporaine. Cette série, qui fait aussi référence à la Nona Ora de Maurizio Catalan explore les questions de pouvoir, de foi, de colonialisme, de bureaucratie et de l’apparat utilisés pour renforcer la croyance.

Black pope est exposé à la galerie Médina sous une proposition de Azu Nwagbogu, commissaire invité et fondateur du Lagos photo festival, où la nouvelle série de Fosso est également présentée.
À noter, l’équipe curatoriale de la galerie Medina vient de participer à la documenta 14.

INFORMATIONS PRATIQUES
Black pope
Samuel Fossi
Dans le cadre des Rencontres de Bamako
Galerie Medina
Du 2 décembre 2017 au 31 janvier 2018
https://www.rencontres-bamako.com/mot/4_expo_afrofuturism