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Trois artistes au FRAC Franche-Comté : Raphaël Zarka, Etienne Bossut & Hugo Schüwer Boss

Avec 3 expositions remarquables dont la Porche, plus vraie que nature, d’Etienne Bossut, la programmation 2018 du FRAC FRANCHE-COMTE commence sur les chapeaux de roues.

Les trois artistes, présents dans les collections du Frac Franche-Comté, empruntent à des registres très différents. Raphaël Zarka fait des mathématiques et de sa pratique du skate-board un terrain de jeu créant une nouvelle archéologie.  Etienne Bossut, avec ses moulages, interroge la représentation et l’historique des objets. Hugo Schüwer Boss, quant à lui, puise dans la littérature et les nouvelles technologies le sujet de ses abstractions.

La promenade orchestrée par le Frac commence, à l’étage, par le régional de l’étape Hugo Schüwer Boss qui vit, travaille et enseigne à Besançon. L’exposition « Every Day is Exactly the Same » déploie son champs d’investigation pictural, de 2013 à aujourd’hui, emblématique de la notion d’abstraction trouvée : une abstraction qui puise ses formes dans le réel. Les œuvres présentées sont pour la plupart les dernières d’une série et incarnent l’instant où Hugo Schüwer Boss termine un projet et commence à se projeter dans le suivant. Ces pièces sont à ses yeux « les plus singulières car elles condensent les enjeux d’un temps de travail tout en cherchant à les dépasser ». L’exposition présente de façon non linéaire un ensemble assez hétérogène qui témoigne de l’évolution de sa pratique. D’une peinture géométrique, protocolaire, programmatique, fondée sur l’abstraction, son travail est devenu plus libre, plus intuitif. Un passage progressif, par le biais de l’introduction de nouveaux éléments plastiques comme la transparence, le flou ou encore des effets de pointillisme comme dans Torrent, un grand format dont il dit : « avoir tricoté au pinceau les trames d’un flux numérique ».

En jouant avec des notions opposées comme la vitesse et la lenteur, l’apparition et la disparition, le numérique et l’analogique, Il questionne inlassablement l’image et ses représentations. Sa peinture fait se rencontrer l’histoire de l’art, dont la peinture minimaliste d’Imi Knoebel, avec le cinéma, la littérature, la photographie, la musique et les nouvelles technologies.

La salle suivante est un fondu enchainé entre l’exposition d’Hugo Schüwer Boss et Raphaël Zarka. Reprenant son sujet d’étude des possibilités combinatoires des modules de Schoenflies, Raphaël Zarka propose ici une sculpture « instrumentale » exposée au centre de la salle, composée de neuf modules identiques, servant à effectuer des figures de skateboard. Un skatepark improvisé sous le ciel bleu suggéré par les 4 toiles d’Hugo Schüwer Boos, spécialement produites pour l’occasion, dont les dégradés et les lignes géométriques entrent parfaitement en dialogue avec la structure monumentale de Raphaël Zarka.

Comment peut-on faire croiser recherche mathématique, skateboard et expression artistique ? C’est pourtant ce que parvient à faire magistralement Raphael Zarka qui s’amuse à paver l’espace avec « Partitions régulières », un ensemble de sculptures modulaires, de photographies, de collages, de dessins et de vidéos à travers lesquels le plasticien explore la persistance et la migration des formes à travers le temps et les usages.

Raphaël Zarka, passionné de skateboard, d’archéologie et d’architecture, s’est approprié les formes scientifiquement établies par le mathématicien et cristallographe Arthur Schoenflies, pour les utiliser à des fins sculpturales en modifiant leur échelle et leurs matériaux. Reprenant les éléments de son projet La famille Schoenflies, sept sculptures modulaires réalisées en merisier selon des formes inspirées par les modèles de Schoenflies. Ces sculptures sont représentatives de la démarche de Raphaël Zarka : montrer comment des formes savantes perdurent à travers le temps et les usages, et les ramener dans le champ de l’art. Les sept petites sculptures aux allures de cristaux de bois posées à même le sol créent un espace archéologique. Impression renforcée par les collages intitulés Monte Oliveto, réalisés en marqueterie de papiers encrés reproduisant des faux marbres peints du Grand Cloître du monastère de Monte Oliveto en Toscane. Leurs motifs géométriques semblent fusionner, là encore, mathématiques et expression artistique. Le film Topographie anecdotée du skateboard, projeté dans une pièce voisine, constitue une autre illustration de la démarche de Raphaël Zarka.

Alors que le chemin semblait plutôt balisé avec les 2 premiers artistes, Etienne Bossut, troisième protagoniste de cette épopée artistique franc-comtoise, s’amuse véritablement à brouiller les pistes avec « Remake ».

Une Porche 356 grise modèle 1951, nommée Pchitt…, trône au centre la salle. Est-ce une œuvre d’art ? Est-ce le stand d’un salon de l’automobile ? Est-ce de l’art ou du cochon ? Pourrait-on dire ironiquement, ce qui ferait beaucoup rire le malicieux Etienne Bossut qui se joue de nos perceptions. Car c’est justement sur ces chemins tortueux qu’il souhaite nous emmené avec ce moulage intégral.

Depuis plus de 40 ans, Etienne Bossut réalise des moulages d’objets avec du polyester teinté dans la masse. Sa pratique sculpturale repose sur un questionnement de nature « photographique », de représentations, de tirages d’images en volume. Ce sont des « images-objets » comme il les nomme lui-même.

En effet, en utilisant le moulage, qui permet de reproduire la même œuvre à l’infini, puis en reprenant des formes préexistantes, il se joue du culte de l’original. Cette technique d’empreinte directe renvoie à une recherche conceptuelle sur le statut de l’objet d’art dans le contexte de la modernité et à poétiser l’objet du quotidien.

Si Étienne Bossut semble manipuler à sa guise les mots, les couleurs et les formes, il manipule également les références à l’histoire de l’art. Avec certaines œuvres que l’on pourrait qualifier de « faux ready-made », il parvient ainsi à créer un langage qui réunirait celui de Duchamp, Warhol et Brancusi.

2 œuvres viennent compléter ce « Remake » ; une acrylique sur le mur de la série Pchitt… et Miroirs, qui est composé de trois moulages de miroirs de taille différentes et qui s’inscrit dans la dimension sérielle du travail d’Etienne Bossut.

Cette triple exposition sera l’occasion de voir également des œuvres acquises par le Frac dont Palissade de Raymond Hains et Tam Tam jungle d’Etienne Bossut. L’œuvre pérenne exposée à l’extérieur est constituée de 101 moulages de l’emblématique tabouret « tam tam » d’Henry Massonnet (1968). Une forêt de bambou qui dialogue avec l’architecture de Kengo Kuma.

INFORMATIONS PRATIQUES
Commissaire : Sylvie Zavatta
> Raphaël Zarka Partitions Régulières
> Etienne Bossut Remake
> Hugo Schüwer Boss Every Day is Exactly the samedi
Du 04 février au 20 mai 2018
FRAC FRANCHE-COMTE
Cité des Arts
2,passage des Arts
25000 Besançon
http://www.frac-franche-comte.fr