Archives par mot-clé : Bretagne

DéDalE, le grand labyrinthe de création Street Art

Un ancien bâtiment administratif vannetais de plus de 3000 m2 et 150 pièces est actuellement investi par une trentaine d’artistes locaux, nationaux et internationaux. Avant sa démolition en 2020, ce lieu se transforme en laboratoire, espace de rencontres et en musée pour une durée limitée de 2 ans.

C’est dans la ville de Vannes que DéDalE, un espace atypique et éphémère créé par l’association l’Art Prend la Rue à l’initiative des fondateurs de Street Art Avenue, prend ses quartiers. L’ouverture de ce lieu est prévu en deux temps : le DéDalE Café a ouvert ses portes le 19 juillet dernier, et à la rentrée en septembre, sera inauguré le musée. Plus de 150 artistes sont attendus dans les prochains mois…

DéDalE se réparti sur 4 niveaux et environ 150 bureaux. Toutes les surfaces, tous les volumes, toutes les ouvertures peuvent devenir des espaces de création. Les couloirs et les halls constituent les artères du lieu, le « fil d’Ariane » de DéDalE. Ils permettent de connecter les pièces et les étages et feront l’objet d’un traitement artistique particulier afin d’accentuer l’idée de distribution et de division de l’espace.

La ligne artistique L’idée n’est pas d’accueillir des expositions photo ou de venir y accrocher ses tableaux. Il s’agit uniquement de créations « in situ ». L’enjeu est de proposer une expérience immersive aux visiteurs ; qu’ils se perdent dans ce labyrinthe.

4 niveaux de création

Seul le rez-de-chaussée pourra accueillir du public. « Y seront développés uniquement des projets soumis à une commission artistique ». Pour pouvoir accéder au premier étage, les artistes devront encore rédiger une « note d’intention », mais ils seront totalement libres au deuxième étage. Le troisième étage demeurera un « lieu secret, dédié à la recherche artistique ».

Le rez-de-chaussée sera ouvert au public, les 1er et 2nd le seront aussi mais de façon ponctuelle pour des évènements pour découvrir de nouvelles formes artistiques et même devenir acteur du lieu grâce à des expériences immersives. En partenariat avec les associations culturelles, artistiques et solidaires du territoire, DéDalE concocte également un programme de rendez-vous pour les deux prochaines saisons à venir. Les cultures urbaines y seront présentées dans toutes leurs diversités.

PLUS D’INFORMATIONS
http://dedale.lartprendlarue.org/

40ème anniversaire des Estivales Photographiques du Trégor

Cette année, l’Imagerie de Lannion célèbre le 40ème anniversaire des Estivales Photographiques du Trégor. 40 ans nous sépare de l’édition inaugurale dont la direction artistique était assurée par Guy Le Querrec, le plus breton des photographes de l’agence Magnum… Jusqu’au 29 septembre, la manifestation vous propose de revenir sur ces 4 dernières décennies à partir, en grande majorité, du fonds photographique de la galerie.

40 ans d’archive photographique

Ce fonds constitué dès 1984 est composé d’achats aux artistes exposés, de dons de ceux-ci ou de réalisations lors de résidences et comprend actuellement plus de 400 oeuvres – dont cent trente sont exposées par une quarantaine de photographes.
Regroupées thématiquement dans les 500m² de la galerie, en 3 salles et cinq ensembles, ces photographies couvrent un large champ de l’image classique comme contemporaine.

C’est l’approche humaine de la collection qui fait l’objet de la 1e salle. Le visiteur y découvre à l’entrée Willy Ronis, le premier exposant lannionnais et ses prises de vues faites à Paris dans les années 40 et 50, avant de s’orienter vers Cristina Garcia Rodero (fêtes religieuses en Espagne et Bretagne) et la Sicile douloureuse de Letizia Battaglia. Vient ensuite le New-York des années 50 avec William Klein et Jean Bizien puis l’Amérique contemporaine de Jean-Christophe Béchet. Voyages toujours avec l’Égypte, l’Afrique, la Sibérie, l’Inde, le Portugal, la Mer Noire (Denis Dailleux, Bernard Descamps, Pentti Sammallahti, Joakim Eskildsen, Georges Dussaud, Klavdij Sluban) sans oublier l’Europe du Silence de Stéphane Duroy.

Les portraits de Jane Evelyn Atwood (série « Extérieur nuit » sur les jeunes aveugles) répondent aux images sensibles de Vincent Gouriou (transformistes, handicapés…). Pendant qu’Isabelle Vaillant et Dominique Mérigard confrontent leurs regards sur l’enfance et leurs enfants, le regretté Michel Vanden Eeckhoudt tisse des liens entre humains et animaux des zoos. Relations humaines cette fois, à travers les portraits de Richard Dumas (Claude Chabrol, Miles Davis…), c’est de celles, rares et uniques, qui existent entre le photographe et son modèle qu’il s’agit.
Dernière étape dans cette salle et retour aux origines avec la Bretagne de Guy Le Querrec qui accompagna nos premiers pas et nous ramène ici au quotidien de nos parents et grands-parents.

Dans la deuxième salle, la Bretagne également est à l’honneur, mais côté rocs et landes cette fois avec les rivages de granit de John Batho, les îles de Bernard Plossu et les nuits antiques et magiques de Michel Séméniako, côté « Fresson » aussi pour ces trois auteurs. La Bretagne toujours chez Sylvain Girard et ses « Pierres levées » suggérées dans les brumes d’une profondeur de champ incertaine, la Bretagne aussi dans les subtiles plages enneigées de Patrick Le Bescont photographiées il y a 30 ans, avant que l’auteur ne quitte le moyen format pour les rives plus téméraires de l’édition photographique. La Bretagne enfin mais de l’intérieur avec ses villages quasi-désertés figés hors saison par Philippe Caharel, et ses architectures religieuses et mystérieuses redessinées par les Monstrum de Marie-Laure Guégan.

A découvrir également les interprétations impressionnistes que fait l’artiste suisse Corinne Vionnet de Stonehenge ou Venise, les paysages tout de blanc cachés de Michael Kenna et Richard Petit ou ceux d’Anne-Lise Broyer qui mêlent photo et dessin.
Chez André Mérian, l’oeil hésite entre le vrai et le faux : la géométrie trop parfaite de sa ville nouvelle tient plus du décor de cinéma que du havre de paix familial ! Chez Jürgen Nefzger la paix aussi est trompeuse dans ce village qui cache les fluffy clouds d’une centrale nucléaire. Cette paix, on la retrouvera par contre avec plus de certitude dans l’aridité du désert du Nabib, ce « dehors absolu » que quêtait avec talent Thibaut Cuisset.

La dernière salle regroupe 3 ensembles. Tandis que la chambre photographique de Stéphane Couturier découpe, dans de subtils mélanges des plans, les immeubles parisiens, les architectures revisitées par les anamorphoses de Georges Rousse et les montages de Thomas Kellner côtoient la nature sculptée de François Méchain.
Les espaces imaginaires, bureaux, piscines ou musées, emplis de l’humour de Muriel Bordier et les structures marines de Laurent Millet répondent aux Icares de Pascal Mirande qui nous mènent de Bonifacio à Barcelone.

Denis Brihat venu à Lannion pour une exposition personnelle il y a 30 ans puis à nouveau en 2006 pour le projet Nature, natures recrée et magnifie dans la magie de son laboratoire du Lubéron, à coup de précieux sels métalliques, la couleur de légumes photographiés en noir et blanc.
Près de lui, le bois brut des cadres qui entourent les cibachromes éclatants de Pascal Kern donnent à ses coupes d’arbres des airs de sculptures.
Avant le corps, un passage par le vêtement et le cyanotype grand format de Nancy Wilson Pajic qui a trouvé son inspiration chez Christian Lacroix.
L’exposition se termine par l’évocation du corps, celui de l’artiste dans les postures singulières d’Arno Rafael Minkkinen ou directes et frontales de Frédérique Aguillon, mais c’est aussi le corps du modèle observé par le polaroid de Valérie Villieu ou les virages minutieux de Masao Yamamoto.

Photographies de : Frédérique Aguillon, Jane Evelyn Atwood, John Batho, Letizia Battaglia, Jean-Christophe B.chet, Jean Bizien, Muriel Bordier, Denis Brihat, Anne-Lise Broyer, Philippe Caharel, Stéphane Couturier, Thibaut Cuisset, Denis Dailleux, Bernard Descamps, Richard Dumas, Stéphane Duroy, Georges Dussaud, Joakim Eskildsen, Cristina Garcia Rodero, Sylvain Girard, Vincent Gouriou, Marie-Laure Guégan, Thomas Kellner, Michael Kenna, Pascal Kern, William Klein, Patrick Le Bescont, Guy Le Querrec, Fran.ois M.chain, Andr. M.rian, Dominique M.rigard, Laurent Millet, Arno Rafael Minkkinen, Pascal Mirande, Jürgen Nefzger, Richard Petit, Bernard Plossu, Willy Ronis, Georges Rousse, Pentti Sammallahti, Michel S.m.niako, Klavdij Sluban, Isabelle Vaillant, Michel Vanden Eeckhoudt, Valérie Villieu, Corinne Vionnet, Nancy Wilson-Pajic, Masao Yamamoto

INFORMATIONS PRATIQUES
40…
Estivales Photographiques du Trégor 2018
Du 23 juin au 29 septembre 2018
L’Imagerie
19 rue Jean Savidan
22300 Lannion
Du mardi au samedi, de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h30 sauf jours fériés.
http://www.imagerie-lannion.com

Retour dans le passé avec Jules-Eugène Auclair à la Galerie Le Lieu

C’est un voyage dans le temps que vous propose La Galerie Le Lieu pour son exposition estivale. Dès demain et jusqu’au 30 septembre, découvrez les photographies de Jules-Eugène Auclair autour de « La France voyageuse des années 30 ». Il s’agit bien ici d’une découverte, car bien qu’il ait eu une importante production iconographique dans les années 30, Jules-Eugène Auclair est peu connu du grand public et des professionnels…

Né dans l’Indre en 1895, c’est en 1929 que Jules-Eugène Auclair entreprend un périple vers le Finistère pour mettre en pratique sa connaissance, récemment acquise, de la technique de prise de vue à la chambre.

Auclair les propose à la vente à la Direction de la Compagnie de l’Etat à Saint-Lazare, qui dessert l’ouest de la France. Une vaste opération de promotion des régions et de développement du tourisme ferroviaire est montée.

Les compagnies privées des chemins de fer du Nord, du Paris-Orléans-Midi, d’Alsace et de Lorraine, et, dans une moindre mesure, du Paris-Lyon-Méditerranée font appel à ses services et lui font accomplir des reportages organisés au “coup par coup” en relation avec les syndicats d’initiatives locaux.

De commande en commande, Auclair devient imperceptiblement le fournisseur officiel, à qui la SNCF (devenue compagnie nationale en 1936), va faire dresser un constat topographique, architectural et ethnologique de la France des années 30.

Quoique différents dans leurs objectifs, le travail de Auclair est comparable, dans son résultat, à ceux des photographes de la Mission Héliographique de 1851, à celui de Charles Marville ou dans un registre un peu différent à celui d’Eugène Atget.

La personnalité d’Auclair se caractérise par son ego démesuré et la farouche indépendance qu’il revendique. Elle se traduit, au privé, par une vie de famille désastreuse. Sa femme et son fils qui collaborent à son travail (Madame Melot en qualité de dessinatrice, Pierre Auclair en l’assistant dans son travail de laboratoire), subissent ses coûteuses extravagances et son autoritarisme.

Des milliers de plaques de verre négatives prises entre 1929 et 1939, seules les plus représentatives seront exploitées sous forme de tirages légendés et encadrés.

Elles figureront dans les compartiments 6 et 8 places de seconde et première classe, au dessus des dossiers des banquettes à côtés des glaces.

De format discret (18 x 24 cm ou 24 x 30 cm), elles n’en marqueront pas moins les imaginations et souvenirs des voyageurs, qui auront le plein loisir de les détailler pendant la durée de leur trajet. En 1939, Jules-Eugène Auclair se positionne à nouveau en précurseur. Il ouvre un studio laboratoire photographique qu’il équipe d’agrandisseurs sur rails LORION : les négatifs sont projetés au mur et la réalisation des tirages au mètre carré est rendue possible.

Grâce à ce procédé, Auclair se lance dans la réalisation de découvertes photographiques et commence à conquérir le marché du décor de cinéma.

– Biographie – Clotilde Leroy L’image Sartony

INFORMATIONS PRATIQUES
Jules-Eugène Auclair
La France voyageuse des années 30
Du 3 août au 30 septembre 2018
La Galerie Le Lieu
Hôtel Gabriel – Aile Est
Enclos du Port
56100 Lorient
http://www.galerielelieu.com
contact@galerielelieu.com

Rencontre avec Céline Kopp et Etienne Bernard, commissaires de la 6ème Biennale de Rennes « A cris ouverts »

Lancés par Bruno Caron il y a 10 ans, les Ateliers-biennale d’art contemporain de Rennes ont, avec un ensemble de partenaires culturels pensé la question du lien art et économie/entreprise à travers une programmation internationale dans toute la ville et au delà. Cette 6ème édition est confiée pour la première fois à un duo de commissaires, Céline Kopp, directrice de Triangle France à Marseille et Etienne Bernard, directeur du centre d’art la Passerelle à Brest.

Ils ont répondu en avant-première à nos questions, dévoilant les nouveautés et temps forts de la manifestation, 2ème plus importante biennale en France, rassemblant 8 lieux et 31 artistes.

Lieux de la Biennale : Halle de la Courrouze Musée des beaux-arts de Rennes Frac Bretagne 40mcube La Criée centre d’art contemporain PHAKT – Centre Culturel Colombier Galerie Art & Essai–Université Rennes 2 ,Lendroit éditions, Galerie Raymond Hains, Saint-Brieuc, Passerelle Centre d’art contemporain, Brest

Liste des artistes : Terry Adkins (1953, Washington – 2014, New York) John Akomfrah (1957, GHANA ; vit et travaille à Londres) Oreet Ashery (1966, ISRAëL ; vit et travaille à Londres) Jean-Marc Ballée (1966, FRANCE ; vit et travaille à Paris) Richard Baquié (1952, Marseille – 1996, Marseille) Julie Béna (1982, FRANCE ; vit et travaille à Prague) Meriem Bennani (1988, MAROC ; vit et travaille à New York) Raymond Boisjoly (1981, CANADA (NATION HAIDA) ; vit et travaille à Vancouver) Pauline Boudry / Renate Lorenz (1972, SUISSE / 1963, ALLEMAGNE ; vivent et travaillent à Berlin) Sonia Boyce (1962, ROYAUME-UNI ; vit et travaille à Londres) Madison Bycroft (1987, AUSTRALIE ; vit et travaille à Rotterdam et Paris) Volmir Cordeiro (1987, BRÉSIL ; vit et travaille à Paris) Julien Creuzet (1986, FRANCE ; vit et travaille à Paris) Jesse Darling (1988, ROYAUME-UNI ; vit et travaille à Londres) Enrico David (1966, ITALIE ; vit et travaille à Londres) Virgile Fraisse (1990, FRANCE ; vit et travaille à Paris) Kudzanai-Violet Hwami (1993, ZIMBABWE ; vit et travaille à Londres)
Katia Kameli (1973, FRANCE ; vit et travaille à Paris) Corita Kent (1918, Fort Dodge – 1986, Boston) Yves Laloy (1920, Rennes – 1999, Cancale) Anne Le Troter (1985, FRANCE ; vit et travaille à Paris) Basim Magdy (1977, ÉGYPTE ; vit et travaille à Bâle) Paul Maheke (1985, FRANCE ; vit et travaille à Londres) Senga Nengudi (1943, ÉTATS-UNIS ; vit et travaille à Colorado Springs) Sondra Perry (1986, ÉTATS-UNIS ; vit et travaille à New York) Jean-Charles de Quillacq (1979, FRANCE ; vit et travaille à Zurich) Kenzi Shiokava (1938, BRÉSIL ; vit et travaille à Los Angeles) Wu Tsang (1982, ÉTATS-UNIS ; vit et travaille à Los Angeles) Mierle Laderman Ukeles (1939, ÉTATS-UNIS ; vit et travaille à New York et Tel Aviv) Erika Vogt (1973, ÉTATS-UNIS ; vit et travaille à Los Angeles) Dan Walwin (1986, ROYAUME-UNI ; vit et travaille à Amsterdam)

INFOS PRATIQUES :
A Cris Ouverts
du 29 septembre au 2 décembre 2018
http://www.lesateliersderennes.fr/
Art Norac : l’association pour le mécénat du groupe Norac
Art Norac regroupe les actions de mécénat du groupe agroalimentaire rennais Norac. Créée en 2005 par Bruno Caron, Président et Fondateur du groupe, elle soutient la création contemporaine et participe à sa diffusion auprès du grand public et des collaborateurs des entreprises du groupe Norac.

« Déluge & retrait », Yvan Salomone inonde le Frac de Bretagne de ses aquarelles chatoyantes

Le Frac de Bretagne présente sous le titre, Déluge & retrait, inspiré de Paolo Ucello, la première monographie de cette envergure consacrée à Yvan Salomone. Des grands panoramiques monochromes de ses débuts jusqu’aux nombreuses aquarelles aux couleurs éclatantes actuelles, cette exposition, dont le titre combine deux actions opposées, propose un voyage dans des paysages singuliers et familiers et pourtant mystérieux.

L’exposition se déploie dans les trois galeries du Frac Bretagne et regroupe plus de 150 œuvres pour certaines d’entre elles exposée pour la première fois.

La galerie Nord, nous plonge dans la genèse du travail d’Yvan Salomone avec de vastes panoramas portuaires. Bateaux, cargos, grues, containers, rythment  les lignes d’horizons. Les ports fascinent Yvan Salomone car ils sont l’essence et la naissance des villes. Ils sont les traits d’union entre le territoire (la terre) et la mer. Ces œuvres panoramiques, quasi monochromes, peintes à l’huile ou au bitume de Judée sur papier, vont petit à petit être abandonnées car ce travail avait trop de contraintes de cadre qui l’obligeaient à une représentation trop descriptive. C’est pourquoi il s’est tourné en 1991 vers l’aquarelle au cadrage plus serré et aux couleurs éclatantes qui annoncent ce qui va devenir la marque de fabrique de la pratique d’Yvan Salomone. Il produit des photographies de chasseurs d’images, des reportages sauvages sur des zones portuaires mais aussi sur toutes ces zones sans véritable valeur ajoutée, qu’il peint  ensuite à plat sur un format toujours identique  95x138mm. Son protocole de production se poursuit sur le rythme de travail qu’il s’impose avec une régularité de 6 séances de travail par aquarelle, pas plus, jusqu’au numérotage systématique de ses aquarelles dans ses titres. Il les compte et affirme en avoir réalisée 984 œuvres. Le titre est complété de la date de réalisation de l’œuvre et se termine par 11 lettres, association de mots ou de concepts dont joue avec malice Yvan Salomone.

L’accrochage de ces aquarelles dans cette galerie est ponctué de photographies d’Allan Sekula et Tacita Dean qui relient ces aquarelles au réalisme critique de pratiques et questionnent la mémoire, la réalité et la subjectivité, voire l’imposture. Dans une vitrine des photographies peintes témoignent du travail préparatoire d’Yvan Salomone.

Dans la galerie Est, l’œuvre d’Yvan Salomone entre en dialogue avec une œuvre de Benoît Laffiché. Un travail sur le territoire et les relations entre le nord et le sud. Dans le film anticolonial, une brève séquence basée sur des images d’archives, présente une vue aérienne d’un nouveau lotissement de Dakar : la Cité Ballons de Ouakam, construite au milieu des années cinquante pour loger des fonctionnaires de la base aérienne voisine appartenant à l’armée française. Benoit Laffiché  a installé sa caméra dans ce village et revient sur ces maisons ballons habitées aujourd’hui par des femmes. Le style et la forme narrative sont empreints à Chris Marker et Alain Resnais.  Un dispositif vidéo particulier de la prise de vue en plan fixe à la mise place de la projection elle-même. Pour accentuer la mise en scène, un filtre orange a été collé sur la fenêtre voisine donnant des teintes saturées au paysage de bocage extérieur dans lequel paissent des vaches, loin des terres desséchées d’Afrique.

Dans la galerie Sud, la grande galerie, Yvan Salomone a recouvert un mur de 51 mètres de long, de 144 aquarelles accrochées bord à bord. Abondance de couleurs, d’œuvres, un déluge étourdissant !

L’univers maritime et portuaire de ses débuts laisse place à des vues de chantiers et plus généralement à des paysages urbains et périurbains provenant du monde entier, de Shanghai à New York, qui se caractérisent là encore, par l’absence de références géographiques et de présence humaine. La thématique est un peu toujours la même, des zones portuaires, des zones en friche, des zones commerciales… dans lesquelles un élément architectural résiste. Paysages, architectures, objets ou structures basculent en aplats de couleurs abstraites et saturées, laissant planer une certaine ambiguïté quant à l’existence de ces lieux. Ponctuellement des formes géométriques noires ou blanches s’invitent sur l’aquarelle et interviennent comme des masques. Elles font directement référence aux œuvres de Malevitch, Carré noir sur fond blanc en particulier, ainsi qu’aux « pharmacies » de Duchamp et l’idée de guérir une image. Comme une nécessité de corriger, de rejeter, de refuser un élément, il le contraint alors avec une forme. Des objections qui sont devenues un outil pour aller au bout d’une image. Cette mise à distance du réel s’opère aussi par le choix des couleurs, vives et contrastées ainsi que par l’absence d’humain qui créer des hiatus. Un décor sans personnage c’est aussi laisser la place au regardeur.

Yvan Salomone crée ainsi tout un univers qui oscille entre réalité documentaire et fiction. Il avoue avoir été fortement fasciné et influencé par le film documentaire Fata Morgana de Werner Herzog. Ce film de 1974 faisait se succéder des impressions documentaires, dont certaines étaient mises en scène, sans chercher à développer un récit classique. Un film qui se partage en trois parties la création, le paradis et l’âge d’or. Pour Yvan Salomone, l’aquarelle est une zone à explorer, cette sérialité de près de 1000 œuvres confirmerait sa quête d’absolu.

Yvan Salomone
Déluge & retrait
Du 15 juin au 26 août 2018
FRAC Bretagne
19 avenue André Mussat
CS 81123
35011 Rennes Cedex
www.fracbretagne.fr

Guy Le Querrec, Parcours photographique à Rennes

La ville de Rennes et le centre culturel des Champs Libres proposent au public un parcours photographique de l’œuvre du célèbre photographe français membre de l’agence Magnum Photos, Guy Le Querrec. Au total, ce sont trois expositions qui croisent les regards et les perspectives du photojournaliste et grand voyageur, enfant de l’émigration bretonne.

Au Musée de Bretagne tout d’abord, Guy Le Querrec, ce conteur d’images, ouvre pour la première fois ses archives personnelles. Il livre ici une part d’intimité avec comme point d’ancrage la Bretagne. La scénographie d’Éric Morin dévoile de grands formats sur la vie quotidienne et familiale, sur le travail et permet de percevoir le regard affectif et distancié de Guy Le Querrec sur la société bretonne et ses transformations dans les années 70, comme l’arrivée des loisirs et déjà la résistance face aux dérives économiques, sociales et écologiques.
Ce projet souligne le rôle important que joue le musée de Bretagne dans la conservation des photographies, avec plus de 400 000 images archivées et numérisées.

Par le prisme « Être ensemble », la Bibliothèque explore d’autres époques et pays parcourus par Guy Le Querrec. Une plongée vivante et intime dans la passion du photographe pour le jazz et les voyages, notamment en Afrique et au Portugal.

Se poursuit l’exposition dans la Coursive du Café des Champs Libres, une exposition avec les photographies de la série Big Foot, réalisée en décembre 1990. Cent ans après le massacre de Wounded Knee, Guy Le Querrec a accompagné les cavaliers lakotas en pèlerinage sur les traces du chef sioux Big Foot et de leurs ancêtres. Par ailleurs, une sélection de 11 images de la Bretagne est présentée en extérieur des Champs Libres.

INFORMATIONS PRATIQUES
Guy Le Querrec
Conteur d’images
Parcours photographique
Les Champs Libres
Bibliothèque // Espace de Sciences // Musée de Bretagne
Du 19 mai au 26 août 2018
35000 Rennes
Du mardi au vendredi de 12h à 19h
Samedi et dimanche de 14h à 19h
Fermeture le lundi et les jours fériés
http://leschampslibres.fr
http://magnumphotos.com

La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 3/3)
Focus sur les expositions

Ainsi Le Festival photo de la Gacilly est devenu au fil des ces quinze années un acteur important, impliqué dans la lutte pour la survie de la Planète et celle de la bio-diversité. Ce festival là, discret et juste, court sous la surface comme un courant vivifiant et heureux, fort, sous celui où s’expose, en surface, la trentaine d’auteur(e)s et d’oeuvres, dans les différentes sections.

Au bord de l’abstraction sensible, ou issu d’un regard qui s’éprend des formes primaires et en lit les messages cryptés, pour les établir en spectacle, en forces, en délicatesse, en puissance, en intentions plastiques et photographiques, le travail de Jean Gaumy D’après Nature, est pure intuition, pur jeu des formes, pur esprit du temps. Dans un Noir et blanc impeccable et très sensible, pointes sèches de l’oeil marin, Jean Gaumy célèbre l’abstraction des rochers et des espaces qui s’ouvrent en Montagne, dans l’altitude où les hommes ne peuvent édifier et où la Nature est souveraine, revenant à une perception d’avant…, trouvant dans la glaciation de l’hiver, par les neiges blanches, l’idéal contraste du Noir et Blanc, dans sa vérité langagière. Toute saison confondue, ce parti pris d’essentialité se maintient dans les bras ténus des branches grises des arbres qui se croisent, abstractions d’un cosmos en expansion, fleur de lichens, douceurs vespérales des fleurs déchues, des herbes folles, des lichens aux dents moqueuses, champs de liberté qui vibrent sous le vent léger. Un lien avec avec la peinture du Maître du Noir s’est faite contre l’ombre et le jour clair, Soulages, Michaux, autant d’amis qui viennent par le noir et le blanc de Jean Gaumy, comme en un souffle proverbial. « Les tableaux de Soulages relèvent d’une autre planète que ceux du peintre Ad Reihnardt (1913-1967), les ultimate paintings qui sont des à-plats monochromes, sombres, mats et noirs notamment, influencés par les philosophies orientales, qui explorent le vide, le rien, en éliminant toute anecdote. Une position ultra radicale de la peinture ; l’apaisement au-delà de la mort ? Au contraire, avec d’autres manières et matières, Soulages nous offre bien un plein de lumières et non le vide…. » c’est particulièrement ce qui me semble traverser les tirages exposés de Jean Gaumy.

Exposition Jean Gaumy, La Gacilly © Pascal Therme

Et puis en se promenant Emil Gataullin parait avec Douce Russie, titre qui sur le papier pourrait paraître provoquant. Pas du tout, nous ne sommes plus ici dans cette Russie des conflits, des barons du pouvoir, des sbires de Poutine, nous sommes chez Bergmann, dans cet Est libre de la sensation amoureuse, chez Tourgueniev, dans la légèreté du roman, dans l’effervescence tranquille d’une sensibilité aimante, ainsi la jeune femme qui traverse en Semeuse, ce champ de blé aux moissons, dans une couronne de fleurs, 2006, est elle l’évocation de l’amour en marche, absorbée en elle même, issue de la nature, fleur parmi les blés murs, expression d’une maturité, c’est autant une héroïne à la blondeur de Deneuve, à l’énergie de Dorléac, à l’intensité séduisante de Polanski, le Couteau dans l’eau, Cul de Sac, que la manne de Truffaut, l’héroïne truffaldienne de Baisers volés, la présence subtile de Jeanne Moreau. Mélancolie d’un frère et sa soeur 2008 est un portrait de l’intimité au sein des liens familiaux, la douceur de l’image, du plan, rapproche d’un cinéma d’auteur précité. Les personnages ont une vérité imparable, ils irradient le champ photographique de leur présence, augurale, le champ de l’âme russe peut s’y déployer, tout se dit dans les visages et les corps, tout y est fiction, théâtre, profondeur des sentiments, justesse des corps, sans que jamais ne paraisse l’intention du photographe, devenu invisible, recevant l’image dans la naturalité de la scène qui s’écrit sous ses yeux, à travers une poésie de l’instant d’où elle fuse. Cette éternité de l’instant se fait quand le regard ne cherche plus, que le photographe reçoit simplement le monde dans son énergie et sa présence. Apparait le fantôme des forêts de Vologda, 2013, A l’ombre de l’église du village rural de Kondakovo, au nord de Moscou, 2008, une jeune fille lit un livre, fichu sur la tête, un arbre foudroyé semble s’être inversé, fraicheur de l’image qui voit tout, qui retient la concentration féminine au temps de sa lecture. Le romanesque, la légèreté, et l’infinie douceur des photographies de Gataullin sont issues à la fois de cette Russie qui a disparu de nos écrans et qui revient à travers la poésie de l’instant, et à ce retour à l’image d’avant, au temps d’avant quand la vie à l’Est pouvait être noble sans être pourchassée, image plutôt vécue, pour nous occidentaux à travers le cinéma de l’école de Lodtz, de Bergmann, Wajda, Borowczyk, Forman, Tarkowski, Jancso.

Exposition Janc Schlegel, La Gacilly © Pascal Therme

Et puis après les Fables, contes imagés de Karen Knorr à l’aura des traditions orales et populaires issues des contes, où des animaux investissent hôtels occidentaux et riches palais indiens, dans une mise en scène savamment élaborée, se tiennent les Monstres et dragons de Jan C.Shlegel, insectes et papillons à la symétrie, la délicatesse, la finesse de soie, improbables et magnifiques; ainsi ce scarabé élitres recouvrant un motif zébré, ainsi les rythmes blanc en forme de mouettes volant au dessus de l’océan qui s’étendent sur l’aile duveteuse d’un papillon géant. La séduction de l’entomologiste est prise aux rais du poétique, tout est vivant.

Exposition Shana et Robert Parkeharrison, La Gacilly © Pascal Therme

Shana et Robert Parkeharrison se retrouvent dans Un monde irrél, surréel, poétique, brassant les quatre éléments dans de très beaux tirages qui irradient leur présence noire et blanche, légèrement affadie, comme si un voile de gaze fine emballait la photographie, fin linceul à la transparence organique, mue du génie, peau transparente du montage qui, dans sa technique, est oublié aussi vite que mentionné. Un personnage est toujours en action, au bord de l’absurdité becketienne du monde, dans un théâtre de l’irrationnel et dans une interrogation constante de cette condition humaine, tragique, absurde, sans vérité apparente? C’est avec humour que ce couple là, à la ville comme à la campagne, interroge nos métaphysiques questions, en riant et en jouant de la légèreté apparente de la fausseté du monde. Ce couple étonnant est étrange et précis, fantasque, il est le personnage constant de toute image, son interprète, au delà de la répartition des rôles qui fait de lui l’acteur de la scène photographiée et, d’elle, un réalisateur, qui conçoit, tire les fils de la marionnette adorée. Des études préliminaires sont réalisées ainsi que des dessins, puis des maquettes, et des installations, suite aux repérages qu’il a fallu mener.

Exposition Shana et Robert Parkeharrison, La Gacilly © Pascal Therme

Ce sont ensuite des images qu’ils associent pour réaliser le projet définitif, re-photographié, quand il est à son terme. La terre y est sous perfusion, exsangue, les arbres tronçonnés, un abîme se dessine, béance noire sur lequel le personnage, costume noir, chemise blanche, se penche pour verser des sels, chimie improbable et désuète, anachronisme des politiques environnementales saupoudrant le gouffre sombre et sans fond sur lequel le personnage est assis. Autre action, le personnage attrape des nuages au lasso et les attache à de gros piquets pour les stocker, on répare avec un emplâtre un gros arbre a demi mort dans un paysage de désolation où tous les autres arbres ont été coupés… Shana et Robert Parkeharrison n’ont peur de rien, ils illustrent ces situations dans une théâtralité épurée, s’en tenant à l’essentiel, allant toujours vers une forme de radicalité et de condensation poétique des images produites. Tout un imaginaire poétique vogue au delà de l’ombre…

Concluons que cette quinzième édition, connaisse le succès qu’elle mérite. Si nous pouvons encore nous émerveiller et prendre avec humour des situations qui semblent fortement dramatisantes, c’est que l’espoir de pouvoir les résoudre est vivant, d’autant qu’il se trouve fortifié par la constance avec laquelle l’équipe dirigeante, Auguste Coudray, Florence et Cyril Drouhet, secondé par toute une équipe engagée, offre de joies et d’esprit positif, d’énergies vivifiantes dans la réalisation d’un festival intégrant les populations locales et leurs élus, les politiques, les régions, le patrimoine et toute volonté pour se hisser collectivement le plus haut possible afin de faire reculer ce qui doit l’être. Un festival qui génère l’espoir et la réussite est en tout point un germe actif du progrès. que le progrès soit!.. bravo à tous et n’oubliez pas de prononcer cette formule magique, élégiaque, en partant, gage de bonheur, La Gacilly, La Gacilly, La Gacilly……

A LIRE : 
La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 1/3)
La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 2/3)

INFORMATIONS PRATIQUES
Festival La Gacilly
Edition 2018 : La Terre en Questions
Du 2 juin au 30 septembre 2018
La Gacilly, Bretagne
https://www.festivalphoto-lagacilly.com

 

La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 2/3)

Ainsi Le Festival photo de la Gacilly est devenu au fil des ces quinze années un acteur important, impliqué dans la lutte pour la survie de la Planète et celle de la bio-diversité. Ce festival là, discret et juste, court sous la surface comme un courant vivifiant et heureux, fort, sous celui où s’expose, en surface, la trentaine d’auteur(e)s et d’oeuvres, dans les différentes sections.

Exposition Andréa Mantovani, La Gacilly © Pascal Therme

Le Festival a une politique d’intégration envers les photographes émergents. Une place particulière leur est dédiée avec ses trois participantes. Joséphine Brueder parle de « nouvelles frontières »quand elle découvre l’Ouest américain d’un parc national, photographie un peu arrêtée sur elle même, très formellement assumée et dynamique; Andréa Mantovani a rapporté de la forêt de Bialowieza, entre la Pologne et la Biélorussie, de très belles images, où son sentiment de défense de celle ci parait s’inscrire dans l’enracinement de leur présence, comme si ces arbres marqués de rouge, désignés pour être abattus, devaient continuer à vivre par la contemplation silencieuse et retenue de cet éternel présent de la photographie, dans une écriture qui pourrait être documentaire et plasticienne.

Exposition Laetitia Vancon, La Gacilly © Pascal Therme

Laetitia Vancon expose Fin de Journée, dans une économie de propos, une recherche de témoignages, d’implications féminines, pour cette petite communauté insulaire qui vit au large de l’Écosse, écriture ouverte, sensible à l’inertie des personnages qui entrent souvent par l’objectif dans un face à face avec leur propre image, la présence interrogeant les signes de leur intimité de jeunes adultes. Le contexte de l’insularité sauvage offre parallèlement cette liberté d’action des corps et de leur éthologie. On sent que l’expressivité de la photographe se fonde sur un respect doublé d’une écoute, d’une sympathie qui fait ouvertures entre co-présences et justesse documentaire. L’image est libre et donne tout du temps, des lieux et des personnages, comme un film de cinéma ou s’appréhende le silence de ces êtres immergés en eux mêmes dans l’insularité d’un monde protégé et « safe » , prêts pour l’aventure magique de la vie, sorte de « punctum » que partage et vit en témoin ébloui, la photographe.

A quoi bon avoir une maison sur une planète qui n’est plus habitable?”, Cette question d’Henry Thoreau, de cent soixante dix ans en arrière, toujours actuelle, retentissait déjà comme une semonce, à l’époque de l’industrialisation sauvage, elle est aujourd’hui une urgence absolue. C’est pourquoi deux festivals se superposent dans cette édition où la photographie est au premier plan dans toutes ses écritures et donne à voir, à travers des regards et des problématiques toutes individuées, ces liens que tissent les photographes avec leur sujet.

Exposition Patrick Tourneboeuf, La Gacilly © Pascal Therme
Exposition Patrick Tourneboeuf, La Gacilly © Pascal Therme

C’est le cas de l’Architecture et des photographies de Patrick Tourneboeuf, grands formats, où à travers une série de diptyques est mise en évidence, la structure identique des buildings entre Chine et Inde, entre Pékin et New Delhi, deux géants. Patrick établit cette vérité des grands constructeurs de béton, les politiques urbaines dans Next City répondent à la même nécessité, loger le maximum de gens possible, sans plus qu’aucune architecture traditionnelle ne puisse s’imposer dans ces jungles de béton. L’uniformisation des villes est en marche depuis déjà un moment, au vu de l’espace urbain américain. L’intégration des habitats dans la topographie n’est plus a échelle humaine, l’architecture s’appauvrit et se vide de cette relation importante de l’homme et de son environnement, d’autres logiques sont à l’oeuvre, logiques de masse et d’uniformisations.

Exposition Fred Delangle, La Gacilly © Pascal Therme
Exposition Fred Delangle, La Gacilly © Pascal Therme

Fred Delangle, ayant fait résidence en Inde, pendant plusieurs mois, expose dans Hiver indien notamment une photographie d’environ quinze mètres de long de la ville de Varanasi dans l’Uttar Pradesh, long travelling fait sur le Gange, fleuve sacré, dévidant les bâtiments qui se pressent sur la rive habitée du fleuve, l’autre rive, sacrée, restant libre de toute construction, et ne souffrant aucun pont. A travers une construction impeccable cette composition, sans aucune rupture, lisse, se lit en mimant un déplacement de même nature que celle du photographe, en barque sur le Gange, pour la réaliser. Cette multi-image comprend plusieurs milliers d’images, assemblées ensuite. Spectaculaire, enivrant, un topos particulier fait oeuvre à travers une image longue recomposée.

Stéphane Couturier, La Gacilly © Pascal Therme

Ce qui est aussi le cas du travail de Stéphane Couturier dans Climat de France, encore plus monumental, plus plastique, plus architecturé. Large de 38 m de long et longue de 233 m, oeuvre de l’architecte Fernand Pouillon, construite en Algérie, il y a plus de soixante ans, la cité Climat de France donne lieu à un format photographique de près de 45 m de long et de plus de 4 m de haut. S’y inscrivent tous les signes d’une histoire relative au bâtiment, à travers ses marques, ses transformations, son vieillissement, ses habitants, ses fenêtres ouvrant sur cette population « pauvre » qui l’habite. Ici sociologie, histoire, architecture, fictions, se recouvrent continuellement dans un immense palimpseste, entre le bâtiment premier et la façon dont les habitants l’ont transformée au fil du temps. La photographie, ici monumentale, devient aussi un mur vivant, plié pour recouvrir les trois murs de la cour attribuée. Du sable au sol en fait une installation. Chacun peut imaginer, dans ce « décor » à l’identique les histoires algériennes issues de ces soixante années, cette monumentalité, qui a demandé au photographe une très sérieuse implication sur plusieurs années et des milliers de prises de vues, échappe à toute simplification réductrice. C’est un Magnum Opus, célébrant la mémoire de l’architecte et une forme de mémoire et de célébration de la façon de construire en pierres de taille pour les plus démunis, beau et solide projet architectural de Pouillon, dont Stéphane Couturier est ici le thaumaturge, miracle de la représentation et du travail du passage du volume au plan. Exercice improbable et complexe, en raison des multiples problèmes et traductions que Stéphane Couturier a du résoudre et inventer pour donner, in fine, ce format hors norme, dans sa proposition singulière.

Exposition Stéphane Couturier, La Gacilly © Pascal Therme

A LIRE : 
La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 1/3)

A LIRE PROCHAINEMENT : 
Le 8 juin 2018 > La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 2/3)

INFORMATIONS PRATIQUES
Festival La Gacilly
Edition 2018 : La Terre en Questions
Du 2 juin au 30 septembre 2018
La Gacilly, Bretagne
https://www.festivalphoto-lagacilly.com

La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 1/3)

C’est en partant du centre du village de La Gacilly, Morbihan que le futur visiteur de la trentaine d’expositions et des quelques 600 tirages réalisés devrait parcourir les différents territoires que met en avant le Festival de la Gacilly, d’où son nom. En repartant il prononcera La Gacilly, la Gacilly, La Gacilly, trois fois, sorte d’incantation magique en signe de reconnaissance.

« Chaque esprit se construit une maison, au delà de sa maison un monde, au delà de son monde, un paradis. sache donc que le monde existe pour toi » Ralph Waldo Emerson, Nature.

Ce voyage de La Gacilly commence de l’Espace avec les photographies de Thomas Pesquet depuis l’ISS et celles de Sipke Walker cernant l’infiniment petit, vu au microscope, montrent le balais invisible des structures de la matière. Entre ces deux points de vue, se situe notre Maison, dépendante de la gestion des hommes et des problèmes environnementaux qui s’accélèrent. Hubert Reeves, dans un entretien, déclare que le festival a une place importante dans la prise de conscience des enjeux actuels et qu’il rend les choses concrètes, et non académiques. » plus que cela, pourrais je écrire, vivantes, au delà du doute, dans les preuves en images que rapportent les photographes de mondes bouleversés, détournés de leur nature profonde, mondes et sociétés qui disparaissent, bio-diversité qui s’appauvrit, portant ces preuves vers l’indubitable constat.

Exposition Claudia Andujar, La Gacilly 2018 © Pascal Therme

La Complainte amazonienne de Claudia Andujar décrit la tribu des Yanomami aux prises avec les orpailleurs et la déforestation massive, entre Brésil et Vénézuela. Miquel Dewever-Plana s’interesse dans D’une rive à l’autre à l’identité de cette Guyane touchée par une vague de suicides des jeunes Amérindiens, en perte de leurs traditions. La photographie témoigne, embrasse les pays, William Albert Allard est aux racines d’une Amérique blanche en lien avec les mythologies du cow-Boy et des grands espaces, Michael Nichols montre les « bêtes sauvages », lions, tigres, éléphants et gorilles, Mathieu Ricard nous offre l’Himalaya boudhiste, Fausto Podavini décrit la vallée de l’Omo dans le sud de l’Éthiopie. Chris Jordan s’empare de la surconsommation en montrant accumulations de déchets et aires de stockages, Matjaz Krivic peint une route du lithium dans une exploitation à la chinoise, où le profit est roi.

Exposition Brent Stirton, La Gacilly © Pascal Therme

Un panorama se crée à travers les chantiers plus ou moins désastreux que les logiques industrielles imposent à la planète, montre un glissement des sociétés vers une uniformisation, un appauvrissement, porte les preuves que tout cela est bien là, mondialement et qu’il est temps de s’adresser aux volontés et aux fonds, aux pouvoirs qui pourraient permettre de redresser globalement une situation mondiale glissant vers la catastrophe.

Exposition Phil Moore, La Gacilly © Pascal Therme

Au delà de son discours écologique responsable, le Festival est promoteur à travers la Fondation Yves Rocher d’un formidable programme de reboisement de quelques 100 millions d’arbre à travers le monde, d’ici 2020, chiffre astronomique très réconfortant, dont le festival a rendu témoignage à travers les reportages photographiques et les magnifiques images de Brent Stirton en Éthiopie, d ‘Emmanuele Scorcelletti en Inde et de Phil Moore en France. La joie de l’oeuvre irradie ce chemin, des forces s’acheminent pour aider, une force collective s’est crée en Inde pour replanter en quelques temps quelques millions d’arbres. Emmanuele Scorcelletti témoignage: les populations locales ont donné leur aide à ce magnifique programme, ce n’est plus un fantasme mais une réalité espérante, respirante, une réalité collective.

A LIRE PROCHAINEMENT : 
Le 7 juin 2018 > La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 2/3) : Focus sur les expositions
Le 8 juin 2018 > La Gacilly, La Terre en Questions (Partie 2/3) : Focus sur les expositions

INFORMATIONS PRATIQUES
Festival La Gacilly
Edition 2018 : La Terre en Questions
Du 2 juin au 30 septembre 2018
La Gacilly, Bretagne
https://www.festivalphoto-lagacilly.com

 

Rennes, capitale de l’art contemporain : 6ème édition des Ateliers de Rennes-Biennale d’art contemporain et collection Pinault

Lors d’une conférence de presse à Paris le 17 avril, les enjeux de la prochaine Biennale de Rennes ont été dévoilés. Une 6ème édition résolument internationale autour de 30 artistes de 13 nationalités différentes pour continuer à explorer la thématique originelle Art& Economie, Art & Entreprise, telle qu’insufflée par le fondateur Bruno Caron, président d’Art Norac et l’ensemble des acteurs du projet il y a 10 ans.

Le Projet curatorial 2018 : le duo Céline Kopp et Etienne Bernard

À Cris Ouverts, titre de la prochaine édition des Ateliers de Rennes, Biennale d’art contemporain s’entend différemment qu’il ne s’écrit : « à cris ouverts », « à crise ou-vert / vers ». Il vise ainsi à énoncer la possibilité d’une multiplicité de présences et d’étreintes avec l’inconnu, activant d’autres modes d’existence et d’appartenance, par dissonances, contestations, ruptures de sens.
En lieu et place d’une thématique visant à poser de facto un cadre auquel les œuvres auraient à s’ajuster, les deux commissaires de cette 6ème édition : Céline Kopp, directrice de Triangle France à Marseille et Étienne Bernard, directeur de Passerelle Centre d’art contemporain, Brest, souhaitent mettre en lumière une pluralité de pratiques artistiques qui opèrent dans les fissures des systèmes régissant nos sociétés contemporaines.
La biennale sera ainsi l’aboutissement d’un dialogue rassemblant une trentaine d’artistes de dimension internationale, de générations et d’origines diverses,
dont les oeuvres façonnent d’autres manières d’habiter le monde et d’imaginer l’être collectif. Les expositions présenteront des corpus d’oeuvres importants, dans lesquels figureront de nouvelles productions spécifiquement conçues pour la biennale.

Les artistes :

Oreet Ashery, Richard Baquié, Julie Béna, Meriem Bennani, Raymond Boisjoly, Pauline Boudry / Renate Lorenz, Sonia Boyce, Madison Bycroft, Volmir Cordeiro, Julien Creuzet, Jesse Darling, Enrico David, Virgile Fraisse, Kudzanai-Violet Hwami, Corita Kent, Yves Laloy, Basim Magdy, Paul Maheke, Jean-Charles de Quillacq, Kenzi Shiokava, Erika Vogt, Dan Walwin.

Les lieux partenaires

La 6è édition des Ateliers de Rennes – Biennale d’art contemporain se déroulera dans 10 lieux à Rennes et en Région Bretagne.

La collection Pinault

Avec la collection Pinault exposée également cet été au Couvent des Jacobins et autres lieux, à partir du 23 juin, Rennes va rayonner fortement !
« Debout » sera le point d’orgue d’un engagement résolu pour promouvoir l’art contemporain à Rennes, comme le résume Nathalie Appéré, Maire de Rennes, à l’origine de cette initiative.
Sur un commissariat confié à Caroline Bourgeois, la sélection exceptionnelle rassemblera des artistes de renommée internationale ou plus émergents.

Selon les termes de François Pinault :

« Il va de soi qu’exposer à Rennes m’est un projet tout particulièrement cher. Il n’est de secret pour personne que je suis breton, dans toutes les fibres de ma personnalité et de mon caractère. J’aime Rennes, ville où j’ai vécu et travaillé, ville dont je suis, avec beaucoup d’attention, le développement du club de football, le Stade Rennais. De ce fait, j’ai accueilli avec enthousiasme l’invitation que m’a faite la Maire d’exposer dans le Couvent des Jacobins, magistralement restauré et aménagé pour recevoir des manifestations de grande envergure. »

Les artistes : Adel Abdessemed, Lucas Arruda, Berlinde de Bruyckere, Maurizio Cattelan,
Jake et Dinos Chapman, François Curlet, Marlene Dumas, Vincent Gicquel, Duane Hanson, Thomas Houseago, Pierre Huyghe, Bertrand Lavier, Jean-Luc Moulène, Paulo Nazareth, Charles Ray, Thomas Schütte, Henri Taylor, Tatiana Trouvé, Dario Villalba, Danh Vo, Lynette Yiadom-Boakye.

Et deux commandes : spécifiquement réalisées pour l’exposition, au Couvent des Jacobins, les nouvelles peintures de Vincent Gicquel et l’installation des œuvres de Tatiana Trouvé, au musée des Beaux-Arts.
François Pinault qui ouvrira également début 2019 sa future fondation à Paris, à la Bourse du Commerce.

En savoir plus : 
A Cris Ouverts
Du 29 septembre au 2 décembre
Halle de la Courrouze, Musée des beaux-arts de Rennes, Frac Bretagne, 40mcube, La Criée centre d’art contemporain, PHAKT Centre Culturel Colombier, Galerie Art & Essai, Lendroit éditions …
http://www.lesateliersderennes.fr

Debout !
Du 23 juin au 9 septembre
Couvent des Jacobins & musée des Beaux-arts
https://www.tourisme-rennes.com/fr/exposition-pinault