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Audrey Casalis ou le questionnement de l’être

Si le caractère d’un artiste se reflète dans sa création, on peut tout de suite saisir que les dessins d’Audrey Casalis sont comme un journal intime. Les questionnements humains, les angoisses mais aussi les espoirs prennent corps dans ses dessins délicats. La jeune artiste parisienne, diplômée en image imprimée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs compose des dessins à la pierre noire où imaginaire et nature se mélangent, où s’incarne toute la dimension métaphysique de l’être. Enfermé dans une bulle irréelle, chaque spectateur viendra puiser ou projeter ses impressions. Après avoir exposée à Drawing Now Art Fair, elle est à l’honneur à la Galerie Particulière de Bruxelles dans une exposition personnelle intitulée « Here we are » où elle présente sa nouvelle série consacrée aux arbres. Rencontre avec une artiste qui sonde les ressentis humains.

Arbre noir #22 © Audrey Casalis

Marlène Pegliasco: Pourriez-vous décrire votre parcours?

Audrey Casalis : En 2013, j’ai obtenu mon diplôme en image imprimée à l‘Ecole Nationale Supérieure des Arts  Décoratifs (ENSAD). J’y ai étudié la photographie, le volume, le graphisme, l’écriture et j’ai beaucoup travaillé la gravure. C’est à cette occasion que j’ai réalisé celles sur l’insomnie. Ce médium me plaît énormément et j’en suis venue au dessin lors de ma rencontre avec la Galerie Particulière en 2014. Graver en dehors des installations qu’offre l’ ENSAD était un peu compliqué et puis, je cherchais à explorer d’autres pratiques artistiques, aussi, j’ai cherché un médium accessible qui se rapprochait des tonalités données par la gravure. Il n’y a qu’avec la pierre noire que j’arrivais aux mêmes résultats. Cette nouvelle exploration m’a motivé et boosté. Mes premiers dessins étaient la reproduction de mes gravures « Insomnie » que j’ai réalisées pour l’obtention de mon diplôme.

M.P.: Expliquez-nous votre pratique.

A.C.: L’inspiration va dépendre du sujet bien sûr. Le quotidien me nourrit d’images, de là, mon imagination les transforme, puis je commence à construire une forme et après, je me laisse guider par le dessin. Je construis mon dessin par couches de pierre noire. Je réalise une première couche, j’estompe pour faire monter les gris, puis une deuxième et ainsi de suite afin d’avoir plusieurs nuances et arriver à obtenir un noir très profond. Les blancs ne sont que de l’épargne ou alors quelques légers coups de gomme pour une incise particulière. Il n’y a que la pierre noire qui m’offre une telle profondeur de noir.

 

Enfermement #3 © Audrey Casalis

M.P.: Parlez-nous de vos séries graphiques.

A.C.: Si dans la série « Insomnie », un petit personnage incarne un soi intérieur, il disparaît dans les séries suivantes « Les Demeures » et « Enfermement ». Mais qu’il soit présent ou absent, mon travail parle de l’introspection de l’être. Mon but était que chacun puisse se projeter, ressente ses sensations. Evidemment, ces séries sont très personnelles, une recherche intime, un chemin inacessible mais où une issue semble possible grâce à la lumière. Qu’elle vienne de l’extérieur ou de l’intérieur, elle constitue la voix vers la délivrance. Quant à la série des « Arbres noirs », il y a toujours cette projection de l’être. Mais je souhaitais montrer cette force de la nature, les sentiments que l’arbre inspire comme la fierté et le symbole vital qu’il incarne. Pour cette série, j’ai aussi choisi un format différent. Ce format rond est plus atypique, plus doux, et permet de centrer mon dessin sur le tronc. Un arbre aux branches nues sans feuilles, ni racine, mais dans un environnement onirique, à la fois aurorale et crépusculaire qui interroge. Rêve ou réalité?

M.P.: Vous accordez un rôle important à la lumière.

A.C.: En effet, la lumière est présente dans tous mes dessins. Mon quotidien est comme une banque d’images que je transforme pour créer des lieux imaginaires dans mes compositions. Chaque lieu est dépouillé et la lumière vient montrer des choses, parfois les dévoiler, les révéler. La lumière creuse, s’introduit, attire. Elle agit en interaction avec cet individu qui parcourt mes séries, qui s’absente, ou les arbres de mes dernières créations. Elle symbolise la vérité inaccessible qu’on cherche à atteindre, parfois l’espoir. Mais est-ce vers elle qu’on doit aller? Ne nous éblouit-elle pas? N’est-elle pas mensongère? Dans les dessins « Arbres noirs« , il y a un côté druidique, chamanique. La lumière dévoile les veines du bois et donne vie à cette nature.

 

Le Doute #1 © Audrey Casalis

M.P.: Quels sont vos projets?

A.C.: Il y a une vraie évolution dans mon travail. Les séries « Insomnie », « Les Demeures » et « Enfermement » constituent une réflexion très intime qui avaient beaucoup de sens. Nous retrouvons cette imbrication du minéral et de l’architecture puis ma dernière série laisse une place entière à la nature, même si la présence humaine se devine à travers l’absence. Je cherche à donner du sens. On se questionne, on s’interroge et mes dessins sont le point de départ d’une réflexion personnelle mais que chaque individu peut mener de manière isolée. Mes prochains dessins exploiteront toujours cette question identitaire mais de façon plus frontale, plus sévère, plus profonde aussi.

Arbres noirs #12 © Audrey Casalis
Jusqu’au 30 juin 2018
Audrey Casalis – « Here we are »
La Galerie Particulière
Place du Chatelain, 14

1050 Bruxelles
Belgique
Plus d’infos ici
Site internet d’Audrey Casalis ici

50ème anniversaire d’Art Brussels

Fondée en 1968, ArtBrussels précède ses consoeurs, Cologne, Bâle et la Fiac. Une antériorité qui lui permet de souffler ses 50 bougies en 2018. Exit sa concurrente, la new yorkaise Independent qui n’a pas su relever le défi l’année dernière malgré un vrai positionnement alternatif. La voie est libre parmi 147 galeries issues de 32 pays, au sein de trois sections: 33 en DISCOVERY, 114 en PRIME et REDISCOVERY ainsi que 21 présentations SOLO.

Anne Vierstraete, Directrice d’Art Brussels: « Pour célébrer le 50e anniversaire de la foire cette année, nous revenons à nos racines avec
un fort soutien des principales galeries belges ainsi qu’un retour important de galeries parmi les plus importantes de la scène internationale. Art Brussels continuera à être une plate-forme passionnante pour la découverte et un rendez-vous incontournable pour des galeries reconnues internationalement. »

Avec 32 pays représentés, la foire n’a jamais été aussi internationale, bien que le nombre de galeries belges ait également augmenté (32% de galeries belges en 2018 contre 18% en 2017). Parmi les galeries belges de retour cette année en PRIME : Albert Baronian, Meessen De Clercq,
dépendance, Xavier Hufkens, rodolphe janssen, Harlan Levey Projects, Greta Meert, Maruani Mercier, Almine Rech (aussi basée à Paris, Londres et New York), Michel Rein (aussi basée à Paris), Sorry We’re Closed, Sofie Van de Velde, Axel Vervoordt (aussi basée à Hong Kong) et Nadja Vilenne. Parmi les nouvelles venues et celles faisant leur retour: Patrick De Brock, Mendes Wood DM (aussi basée à São Paulo et New York), Office Baroque, OV Project, Tommy Simoens, Tim Van Laere et Zeno X.

PRIME réunit 110 galeries établies représentant des artistes de renommée internationale, incluant Avlskarl (Copenhague), Baton (Séoul), Bernier/Eliades (Athènes, Bruxelles), Thomas Brambilla (Bergame), Ceysson & Bénétière (Paris, Luxembourg, Saint-Étienne, New York), Galleria Continua (San Gimignano, Pékin, Les Moulins, La Havane), Jahn und Jahn (Munich), Lelong & Co (Paris, New York), Tucci Russo (Turin), Krinzinger (Vienne), Nathalie Obadia (Paris, Bruxelles), New Art Centre (Salisbury), Proyectos Monclova (Mexico), Filomena Soares (Lisbonne), SKOPIA Art Contemporain (Genève), Pietro Sparta (Chagny), Daniel Templon (Paris, Bruxelles), Xippas (Paris, Genève, Montevideo), aux côtés d’autres galeries belges citées précédemment.

Soulignant la diversification au sein de la section PRIME, de nouvelles galeries font leur entrée, telles que AYE (Pékin), Blain|Southern (Londres, Berlin), Thomas Fischer (Berlin), Gana Art (Séoul, Busan), Kalfayan (Athènes, Thessalonique), Martos Gallery (New York), Anne Mosseri-Marlio (Bâle), POP/OFF/ART (Moscou), Sage (Paris) et 10 Chancery Lane Gallery (Hong Kong).

DISCOVERY rassemble 33 galeries exposant des oeuvres récentes (2015-2018) d’artistes encore peu connus en Europe; pour citer quelques-uns des artistes présents: Colin Snapp et Emmanuel Van der Meulen (Allen; Paris), Przemek Pyszczek (Derouillon; Paris), Lennart Lahuis (Dürst Britt & Mayhew; La Haye), Karlos Gil (Francisco Fino; Lisbonne), Morgan Blair, Jonathan Chapline et Anne Vieux (The Hole; New-York), Christopher Page (Hunter / Whitfield; Londres), Alfredo Aceto, Martin Belou et Mohamed Namou (Levy.Delval; Bruxelles), Dorian Gaudin et Manuel Scano Larrazàbal (Galerie Pact; Paris), David Armstrong Six (Parisian Laundry; Montréal), Bob Eikelboom (Barbara Seiler; Zürich), Georgina Gratrix (SMAC Gallery; Stellenbosch, Le Cap, Johannesbourg), Megan Christiansen et Virgil Abloh (Stems; Bruxelles), et David Polzin (Waldburger Wouters; Bruxelles).
Art Brussels continue de valoriser les expositions individuelles, au travers des 21 galeries présentant chacune un artiste unique dans la section SOLO. Parmi les artistes exposants dans cette catégorie : Alice Anderson (La Patinoire Royale – Galerie Valérie Bach, Bruxelles), le duo Florian Pugnaire & David Raffin (Ceysson & Bénétière; Paris, Luxembourg, Saint-Étienne, New York), Daniel Firman (Choi&Lager; Cologne), Stelios Karamanolis (Flatland; Amsterdam), Nicolas Party (Xavier Hufkens; Bruxelles), Beat Zoderer (Semiose; Paris), Marlon Mullen (Sorry We’re Closed; Bruxelles), Bart Stolle (Zeno X; Anvers), ainsi qu’une large présentation d’Alex Chaves (Martos Gallery; New York).

Au sein de la section REDISCOVERY, quatre galeries se consacrent à l’art de 1917 à 1987 en exposant des oeuvres de Darío Villalba (Luis Adelantado; Valence), Jaime Davidovich, Carlos Ginzburg et Osvaldo Romberg (Henrique Faria Fine Art; New York), Evelyne Axell, Jacques Verduyn et Pol Mara (Antoine Laurentin; Paris, Bruxelles) et Ida Barbarigo (Axel Vervoordt; Wijnegem, Hong Kong).
La liste complète des galeries et participants à la section Editions pour 2018 est disponible ici.
Les galeries des sections PRIME, REDISCOVERY et SOLO sont sélectionnées par le Comité International. Les galeries présentes en DISCOVERY sont sélectionnées par le Comité Discovery, regroupant des curateurs et des galeristes internationaux.

Et toujours en ville, large programmation en résonnance.. WIELS, Fondation Boghossian Fondation CAB, parcours d’art brut Quartier Dansaert, Fernand Léger à BOZAR.. collections privées comme The Lift (famille Servais) , White Covers (Frédéric de Goldschmidt) , la Maison Particulière ayant malheureusement fermé ses portes.

INFOS PRATIQUES :
Dates
du vendredi 20 au dimanche 22 avril 2018
Avant-première et Vernissage: jeudi 19 avril 2018
Lieu
Tour & Taxis, Avenue du Port 86C, Bruxelles
http://www.artbrussels.com

Les Bons Plans de Carine Dolek : De Cracovie à Marseille…

Petit tour d’horizon avec les bonnes adresses de notre invitée de la semaine, Carine Dolek, co-fondatrice et membre du comité artistique du festival Circulation(s). Direction Cracovie, Bruxelles, Paris et Marseille ! La cité phocéenne étant depuis peu, le lieu de vie et d’exploration de notre invitée.

A Cracovie

les bonnes glaces de Good Lood: deux parfums par jour, annoncés le jour même sur la page Facebook, et dès les beaux jours au moins une heure de queue avec une file qui met tout le monde d’accord, bonnes soeurs, familles, touristes et papis
http://www.goodlood.com

Les soupes comme à la maison, à la betterave ou aux cornichons marinés, pour à peine deux euros, et les gâteaux de compétition. A raison d’un gâteau au chocolat et sarrasin par jour, un week-end c’est trop court!
https://www.tripadvisor.fr/Restaurant_Review

La mine de sel de Wieliczka, à l’histoire millénaire, devenue un lieu touristique, avec visites guidées, plus ou moins sportives selon les gouts. De vraies cathédrales de sel, où les gens se marient et où se tiennent réceptions et séminaires, des sculptures réalisées par des mineurs génialement doués, un parcours dingue dans les galeries, entre plafonds à lustres de sel gemme et reconstitutions façon Disneyland, lacs souterrains, cafétéria et même un spa et une salle de concerts. Magique.
https://www.kopalnia.pl

A Bruxelles

Le Botanique, pour la salle de concert et les expos. S’ils faisaient chambre d’hôtes je n’en partirai plus: la semaine prochaine à ne pas rater le concert de ISHA, la scène hip hop bruxelloise, et l’expo du moment Eyes Wild Open, « la photographie qui tremble », avec que du très bon dedans.
http://botanique.be

Le tipi book shop d’Andrea. Il a eu le malheur d’y mettre un canapé confortable et une table basse, et d’insuffler une sensation de comme à la maison. ça + sa sélection fantastique + sa patience surhumaine en font un incontournable des amateurs de photos, de livres et de canapés. Et bien sûr Hors Format de Laurent de Hemptinne, et l’incontournable caverne d’Ali Baba Peinture Fraîche.
https://tipi-bookshop.be

Un petit vin blanc sec et fruité avec des grignotages de poisson délicieux, des croquettes de crevettes, des tapas de saint Jacques, debout tranquilou dans la rue chez Nordzee, avant de filer chez Blondeel à deux pas de là pour terminer sur un chocolat merveilleux.
http://vishandelnoordzee.be/

A Paris

Pour le matcha au chocolat noir bien chaud et la tartelette au yuzu, Umami à Paris
http://umamiparis.com/matchacafe/

Les Filles du Calvaire of course, et la galerie Esther Woerdehoff évidemment!
http://www.fillesducalvaire.com
http://www.ewgalerie.com

Le fils du soleil, restaurant colombien délicieux. Le ceviche tue, les cocktails sont à tomber, les empanadas à la viande ou végétariennes sont merveilleuses et même s’ils n’ont rien à voir avec Esteban Zia, forcément on fredonne les cités d’or en entrant, pas la peine de nier.
https://www.facebook.com/pages/Restaurant-Colombien-Le-Fils-du-Soleil/101107326641618

À Marseille

Le restaurant japonais à tomber par terre
https://lefooding.com/fr/restaurants/restaurant-tako-san-marseille

La librairie galerie de Soraya Amrane, discrète et tenue avec passion, à une rue du Cours Julien.
http://zoeme.net

Après la mine de sel, le nid à pépites « post graffiti »
http://www.backsidegallery.fr

Eyes Wild Open, une exposition et un livre sur une photographie qui tremble

Le Botanique de Bruxelles ouvre les portes ce jour d’une exposition de photographie de grande ampleur : Eyes Wild Open. Cette dernière retrace 70 ans de photographie à travers le regard de 30 photographes internationaux prestigieux. Pour accompagner cette exposition curatée par Marie Sordat, un livre publié aux éditions André Frère vient de sortir en librairie.

« Eyes Wild Open rassemble ceux qui, en subvertissant la photographie, nous transpercent de leurs images contagieuses. » Caroline Bénichou – Galerie Vu’

L’exposition et l’ouvrage « Eyes Wild Open » met en lumière les liens de filiation entre plusieurs générations de photographes pratiquant une veine intuitive, abrupte voire transgressive de la photographie. Initiée après la seconde guerre mondiale par les pionniers que sont Robert Frank, William Klein ou encore les fondateurs de la légendaire revue japonaise Provoke, cette photographie singulière a traversé le temps et son héritage demeure tout particulièrement prégnant dans la création actuelle. Des textes et des entretiens de Caroline Bénichou, Christian Caujolle, Diane Dufour, Jean-Kenta Gauthier, Gilou Le Gruiec, Magali Jauffret, Brigitte Ollier et Laura Serani accompagnent la sélection de tirages photographiques.

Artistes exposés : William Klein, Robert Frank, Ed van der Elsken, Daido Moriyama, Koji Taki, Takuma Nakahira, Yutaka Takanashi, Miyako Ishiuchi, Christer Strömholm, Anders Petersen, J.H Engström, Paulo Nozolino, Dolorès Marat, Antoine d’Agata, Klavdij Sluban, Michael Ackerman, Jehsong Baak, Olivier Pin-Fat, Tiane Doan Na Champassak, Lorenzo Castore, Arja Hyytiäinen, Jacob Aue Sobol, Alisa Resnik, Gilles Roudière, Stéphane Charpentier, Gabrielle Duplantier, Yusuf Sevincli, Sohrab Hura, Sébastien Van Malleghem.

INFORMATIONS PRATIQUES
Eyes Wild Open, sur une photographie qui tremble
Du 22 février au 24 avril 2018
Le Botanique
Centre Culturel de la Fédération Wallonie- Bruxelles
Rue Royale, 236
1210 Bruxelles
Belgique
http://botanique.be/fr/expo/eyes-wild-open-sur-une-photographie-qui-tremble
• Eyes Wild Open
Marie Sordat
André Frère Editions
Parution : 21 février 2018
240 pages – format : 17 x 22 cm
115 photographies en bichromie et 28 en couleur
Relié, couverture rigide
Français/anglais
ISBN : 979-10-92265-66-8
Prix : 39,50 €
http://www.andrefrereditions.com

Sortie prochaine de Terres Basses par Gabrielle Duplantier aux éditions lamaindonne

En mars prochain, les éditions lamaindonne sortent Terres Basses, le nouvel ouvrage photographique de Gabrielle Duplantier. Ce livre, fait suite à Volta publié chez le même éditeur en 2014, qui est aujourd’hui épuisé. Cette série sera également présentée dans le cadre de la grande exposition Eyes Wild Open qui s’ouvre cette semaine à Bruxelles.

Une balade dans un univers dense et riche, où l’on retrouve son goût pour les paysages, les portraits de femmes et d’enfants… Un travail photographique puissant et délicat en même temps, qui ne cède jamais à l’artifice, où elle témoigne de la vie, de ses accidents et de ses joies, de ses incertitudes et de ses espérances.

L’amour que Gabrielle Duplantier porte à ses sujets est toujours là, permettant au lecteur de rentrer dans l’intimité de son entourage, avec pudeur et infiniment de douceur. Un regard amoureux qui transforme le noir en lumière.

L’écriture photographique personnelle de l’artiste s’est faite au fil du temps, inspirée par les peintres, son univers est intimiste, essentiellement féminin, et révèle le fantastique de l’ordinaire, avec un traitement sombre du noir et blanc.

En attendant de retrouver l’ouvrage en librairie, vous pouvez, dès à présent, réserver Terres Basses auprès de lamaindonne pour recevoir une édition signée directement chez vous !

INFORMATIONS PRATIQUES :
• Terres Basses
Gabrielle Duplantier
Editions lamaindonne
21 x 28 cm
144 pages
85 photographies
Sortie : Mars 2018
Prix 36€
http://www.lamaindonne.fr/
editions.lamaindonne@orange.fr
http://www.gabrielleduplantier.com

• Eyes Wild Open
Du 22 février au 24 avril 2018
Le Botanique
Centre Culturel de la Fédération Wallonie- Bruxelles
Rue Royale, 236
1210 Bruxelles
Belgique
http://botanique.be/fr/expo/eyes-wild-open-sur-une-photographie-qui-tremble

Rencontre sans concession avec Dirk Snauwaert, directeur du WIELS, centre d’art contemporain, Bruxelles (2nde Partie)

Le WIELS qui a totalisé 50 000 visiteurs en 2017 entend bien conforter son rôle et son dynamisme sur la scène bruxelloise et internationale, d’autant que l’arrivée du futur « Kanal-Centre Pompidou » (pré-ouverture mai 2018) dans l’ex garage Citroën racheté par la Région pour une somme de 20,5 millions €, les travaux étant évalués à 150 millions € ,n’est pas du goût de tous ceux qui s’impliquent depuis longtemps au rayonnement de Bruxelles.

Dirk Snauwaert, à la tête de ce bâtiment iconique signé Adrien Blomme (anciennes brasseries Wielemans) fer de lance du renouveau de ce quartier de Forest a répondu à nos questions sur cet épineux sujet. Une avant-première à l’occasion de l’ouverture de l’exposition de l’artiste belge Sophie Podolski.

Mowwgli : Comment se définissent vos visiteurs ? 

Dirk Snauwaert : Comme vous pouvez imaginer nous devons prendre en compte cette population de plus en plus fragmentée surtout dans des quartiers comme les nôtres. Les questions qui se posent sont dans quelle langue communiquer ? ou combien ? 3 à minima.
Le public va de très académique et théorique jusqu’à une éducation sensorielle de base pour des gens qui n’ont pas de formation ou trop peu.
Nous avons une collaboratrice qui a importé un format de Scandinavie, les journées pour bébés, pendant lesquelles tous les sens sont stimulés.

Nous faisons aussi des formations pour des gens qui ne savent pas lire par le langage des signes plutôt que par l’ordinateur.

Les résidences d’artistes amènent aussi un autre public.
Mowwgli : Votre programmation :
 
D. S. : Chaque année, les expositions se répartissent entre artistes plus reconnus et d’autres moins, avec un volet par an très expérimental orienté vers des inconnus, comme par exemple la belge Sophie Podolski (1953-1974), poétesse et artiste au destin tragique, dont nous nous sommes rendus compte du potentiel de revoir l’avantgarde locale à Bruxelles. Ayant vu au fil de mes recherches qu’elle était très nomade et allait souvent à Paris et devait connaître toute la scène littéraire et artistique de l’époque, je pensais qu’il était important de la revaloriser également à Paris à travers ce partenariat avec le centre d’art avant-gardiste Villa Vallilieff –Bétonsalon. Connaissant bien Mélanie Bouteloup elle complètera favorablement notre approche.
La plupart de nos expositions sont co-produites avec de grandes institutions comme pour René Daniels et le Mamco Genève, Koenraad Debobbeleer avec le musée suisse de Winterthur (septembre 2019).
Mowwgli : Autre future exposition : Inéchangeable, enjeux et perspectives
 
D. S. : Aujourd’hui, être collectionneur c’est comme en Bourse, tout le monde achète les mêmes actions !
Mais ici, les collectionneurs gantois n’agissent pas comme les anversois, les bruxellois ou les courtraisiens. La Belgique est un territoire un peu comme l’Italie, ils prennent des risques, découvrent des talents, achètent tôt, ce qui implique qu’ils ne gardent pas tout. Je vois ici peu de collectionneurs spéculateurs, contrairement à New York ou à Londres où c’est devenu un métier, même si le marché à Bruxelles reste très actif.

L »on remarque également que la réputation du collectionneur belge a été construite par une certaine génération de collectionneurs, singuliers et tenaces et j’espère que les générations suivantes vont suivre cette tradition de garder une collection, ne pas la vendre.

Notre propos est très différent de celui de la Centrale (Private Choices), il est plus d’interroger la valeur d’une œuvre d’art qui ne peut être réduite au prix. Or aujourd’hui on ne regarde que la côte et les médias au détriment des autres valeurs véhiculées et incarnées par une œuvre qu’un collectionneur gardera toujours.
L’aveuglement pour ces prix démentiels explique que le discours revienne à cette notion d’aura, du fétiche, du totem, du simulacre,telle que développée par les artistes des années fin 1990 avant la guerre de l’Irak qui a entrainé l’effondrement temporaire du marché de l’Art.
Aujourd’hui j’ai parfois l’impression que l’on retourne à ce même discours, ces mots Baudrillard du tout simulation. Il s’avère aussi que 1989 est une date importante pour notre région à travers la signature initiale de l’autonomie de la Région Bruxelles Capitale, année de la chute du Mur, de Tiananmen et aussi l’exposition dite précurseur des Magiciens de la Terre, qui débute la mondialisation du milieu de l’art, date essentielle.
Notre exercice à vocation muséographique est de voir si dans les collections privées on peut faire un accrochage d’importance à perspective historique, comme un modèle de musée à base de collections privées. Une idée qui fait son chemin, les ministres de la culture néerlandophone et francophone ont évoqué cette idée que les musées doivent plus travailler avec les collections privées. Plutôt qu’un collectionneur reprenne tout le musée, plusieurs donneraient des prêts. Même si l’on en parle beaucoup, le but est de faire un exercice pratique. Dès lors comme pour le Musée Absent, nous nous confrontons à cet enjeu : peut-on travailler avec les collectionneurs privées et monter une exposition représentative et qui fasse sens ? Nous venons de boucler la liste des prêts qui comporte forcément des lacunes, et en réalité tout musée n’a que des lacunes selon le principe même de la collection. Il y a 40 noms, 35 collectionneurs(euses) belges uniquement sur la volonté de prouver au monde politique que cet exercice est possible et de permettre à notre public de voir de leurs propres yeux des artistes et des oeuvres cruciaux afin d’en apprendre plus sur l’histoire de l’art.

INFOS PRATIQUES :
• Sophie Podolski, Le pays où tout est permis
Jusqu’au 1er avril 2018
• Saâdane Afiif, Paroles
Du 1er février au 22 avril 2018
Au cœur de l’exposition, un studio de musique complet. Vous êtes invités à venir y jouer de la musique et à  participer à des improvisations.
Inscrivez-vous à une session d’improvisation en choisissant le moment qui vous convient le mieux ici.
• Inéchangeable
à partir du 19 avril 2018
WIELS, Centre d’Art contemporain
Avenue Van Volxem, 354
Bruxelles
http://www.wiels.org

Rencontre sans concession avec Dirk Snauwaert, directeur du WIELS, centre d’art contemporain, Bruxelles (1ère Partie)

Le WIELS qui a totalisé 50 000 visiteurs en 2017 entend bien conforter son rôle et son dynamisme sur la scène bruxelloise et internationale, d’autant que l’arrivée du futur « Kanal-Centre Pompidou » (pré-ouverture mai 2018) dans l’ex garage Citroën racheté par la Région pour une somme de 20,5 millions €, les travaux étant évalués à 150 millions € ,n’est pas du goût de tous ceux qui s’impliquent depuis longtemps au rayonnement de Bruxelles.

Dirk Snauwaert, à la tête de ce bâtiment iconique signé Adrien Blomme (anciennes brasseries Wielemans) fer de lance du renouveau de ce quartier de Forest a répondu à nos questions sur cet épineux sujet. Une avant-première à l’occasion de l’ouverture de l’exposition de l’artiste belge Sophie Podolski.

« Il est dommage qu’une institution de prestige française comme le Centre Pompidou doive se Guggenheimiser pour exister ! » – D. S.

Mowwgli : Quel bilan pour les 10 ans de WIELS ?

Dirk Snauwaert : Nous l’avons orchestré en 2017 de façon proactive avec le « Musée Absent », un bilan dans la continuité de nos engagements. L’occasion aussi de voir si le musée et les équipes se prêtaient à un format plus académique, muséal, ce qui n’est pas forcément notre orientation même si par le passé nous avons lancé des campagnes muséographiques auprès de certains artistes, ce que l’on continue de faire.
Etant historien de l’art, je trouve qu’il y a encore beaucoup trop de stéréotypes dans notre pays défini par plusieurs types de nationalismes. L’histoire de l’art ayant toujours servi à confirmer certains conformismes. Dès lors et c’est une de nos missions de base d’essayer de trouver un territoire commun dans une ville extrêmement pluriculturelle, le symbole le plus visible étant la Commission Européenne et l’Otan hébergés ici et aussi cette migration volontaire et involontaire que toutes les métropoles de la planète connaissent avec ces imaginaires qui transitent. Notre approche est de cartographier et rendre visibles ces mutations. Mais pour ce décryptage il est nécessaire de retourner dans un passé récent; après la 2ème Guerre mondiale ces différentes vagues migratoires d’Afrique du Nord, d’Amérique centrale, d’Asie..qui transportent d’autres traces de modernité. C’est pourquoi les grandes instituons telles le MoMA, Tate ou le Centre Pompidou réorientent leurs programmes, changent leurs accrochages et doivent s’ouvrir aux minorités et à l’égalité des genres mais aussi à des modernités différentes. C’est un programme qui n’en n’est qu’à ses débuts, les efforts consentis étant encore trop modestes.

Mowwgli : Quels questionnements surgissent autour de l’arrivée du futur Kanal-Centre Pompidou ? et accueil réservé ?

D. S. : Ils seront plutôt froidement accueillis, et je ne considère pas que mes collègues du Centre Pompidou se positionnent comme une institution partenaire mais comme une industrie culturelle. C’est dommage et beaucoup de gens le regrettent y compris en France mais le pragmatisme financier l’a visiblement emporté !

Mowwgli : Quid d’un musée d’art contemporain à Bruxelles ?

D. S. : Il existe bel et bien, ce qui est grave c’est qu’il n’y a pas de plan de rénovation, le Ministère responsable tergiverse depuis 8 ans.
Même si au WIELS n’avons pas de collection propre, nous avions une carte à jouer et il est flagrant pour Kanal, que ce n’est qu’une seule entité parmi les pouvoirs publics qui a signé cet accord, la Région Bruxelles-Capitale revendiquant une autonomie à travers cette institution de prestige. Cela souligne une volonté de plus en plus affirmée d’auto gestion de la Région qui se dote de plus en plus de compétences. Nous sommes dans un paysage varié avec des institutions nationales belges, des institutions francophones, néerlandophones, ou mixtes comme nous. Il y aura un nouveau type d’institution bruxelloise et comme tout changement on ne sait pas anticiper par manque d’argent. On note que Pompidou reçoit 1,2 millions €, alors qu’aucun des acteurs à Bruxelles ne reçoit un centime. On ne peut donc pas être d’accord qu’un opérateur opérateur international reçoive du soutien tandis que les acteurs locaux sont laissés pour compte.

Mowwgli : Qu’est ce Renaissance lancée avec Bozar ?

D. S : C’est une plate-fome qui crée des liens avec la Commission Européenne. Il y a peu de liens avec les fonctionnaires, de la Commission et du Parlement, les lobbyistes et la réalité à Bruxelles. On dit toujours que la culture peut changer certaines décisions politiques. Si la politique a besoin de plus d’art, l’art n’a pas besoin de plus de politique pour reprendre cette boutade et il faut que l’on y travaille proactivement. Des questions pas seulement d’ordre géopolitique mais aussi éthique et comment elles trouvent leurs traductions esthétiques.
Nous organisons des comités de discussion car beaucoup d’opérateurs internationaux ne connaissent pas les enjeux locaux non plus. Depuis que le mot Molenbeek est devenu un signifiant reconnu, cette réalité existe bel et bien et depuis assez longtemps. C’est pourquoi à l’origine de WIELS nous avions organisés une exposition sur les expatriés et les clandestins, une tension présente dans la ville de Bruxelles.

Mowwgli : Comment votre arrivée a contribué à l’évolution du quartier Forest ?

D. S. : Cela se traduit notamment par l’installation de la galerie Clearing, l’ouverture de la fondation A et le centre culturel Brass.
Une évolution très positive sur l’ensemble de Bruxelles, et Kanal y participe, malgré l’improvisation du projet, je rejoins cette idée que ce carrefour de l’Yser devienne un signal à vocation publique et culturelle fort dans cette zone en pleine mutation. Mais on doit en rediscuter et résister face à cette mégalomanie bruxelloise !

> Rendez-vous demain, 1er février 2018, pour lire la Suite de l’entretien.

INFOS PRATIQUES :
• Sophie Podolski, Le pays où tout est permis
Jusqu’au 1er avril 2018
• Saâdane Afiif, Paroles
Du 1er février au 22 avril 2018
Au cœur de l’exposition, un studio de musique complet. Vous êtes invités à venir y jouer de la musique et à  participer à des improvisations.
Inscrivez-vous à une session d’improvisation en choisissant le moment qui vous convient le mieux ici.
• Inéchangeable
à partir du 19 avril 2018
WIELS, Centre d’Art contemporain
Avenue Van Volxem, 354
Bruxelles
http://www.wiels.org

Bruxelles : Ouverture de l’exposition Dirk Braeckman

Dirk Braeckman a été invité à la 57e Biennale de Venise, où il a présenté une sélection d’oeuvres monumentales dans le pavillon belge. Ses clichés en noir et blanc transmettent un sentiment de calme, et combinent intimité et distance pour créer un univers privé et isolé, dont le sens reste indéfini. Pour BOZAR, Braeckman adapte son projet à l’architecture de Victor Horta. De Venise à Bruxelles, d’un bâtiment emblématique de l’entre-deux-guerres à un autre.

https://www.bozar.be/fr/activities/128185-dirk-braeckman

Jean-Luc Moulène à la Verrière Hermès, Bruxelles

Dans le cadre de la saison « Poésie balistique » conçue par Guillaume Désanges pour l’espace de la Verrière à Bruxelles -fondation d’entreprise Hermès (cf notre interview du 9 mai 2017) c’est au tour de Jean-Luc Moulène (né en 1955 à Reims) de s’en emparer, en collaboration avec le centre d’art lorrain, la synagogue de Delme, dirigé par Marie Cozette (voir l’interview publiée ce jour).

« En Angle mort » titre choisit renvoie à ces miroirs mobiles qui interagissent avec 13 objets peints. La pratique de l’artiste se concentre après la photographie sur l’expérimentation des matériaux, comme on cela était démontré dans la rétrospective du Centre Pompidou l’année dernière.

Il fait appel au concept de subjectile selon Derida qui l’a lui-même emprunté à Artaud, cette première couche qui reçoit la matière et se confond avec elle. Ainsi des peintures à l’huile alternent avec des surfaces goudronnées, matériau qui ne sèche jamais et réagit aux temporalités. Une tension à l’œuvre renforcée par les reflets fluctuants des miroirs, dédoublant les perspectives et jouant sur la perception du visiteur. Comme une image virtuelle, souligne l’artiste.
Des machines célibataires en mouvement, prototypes spécialement conçus pour l’exposition qui illustrent la fascination de Jean-Luc pour les technologies industrielles.
Autre surface d’expérimentation les champignons qui, en phase de reproduction libèrent des spores, dispersés par la puissance du souffle du vent. Une trace dont il s’empare pour le coucher sur papier.
Un acte poétique qui tente de répondre à la question centrale de l’exposition : « Est-il possible de produire un objet comme un poème ? » (cf le Journal de la Verrière)
Dès lors cette étrange et fascinante chorégraphie embrasse les deux pôles contraires de ce cycle autour de la gravité et la mutation, du terrestre et du céleste (ciels des Monts d’Auvergne). La fusion s’opérant par cette échelle adossée à un arbre au soleil couchant (photographie de 2007).

On peut dire pour conclure que le retour de Jean-Luc Moulène à la Verrière est une réussite, ouvrant la porte de notre imaginaire et conciliant les opposés.

Prochainement à la Verrière : Marie Cool et Fabio Balducco, à partir du 18 avril 2018.

A noter que la Fondation d’entreprise Hermès consacre une exposition au à la Grande Place, musée du cristal Saint-Louis au duo d’artistes Hippolyte Hentgen, également dans le cadre du partenariat avec la Synagogue de Delme. (prochain reportage).
En effet, depuis 2014 la Fondation a lancé des cycles d’exposition en Lorraine en collaboration avec des institutions culturelles phares de la région, le Centre Pompidou Metz, puis le Frac Lorraine.
Un ancrage local qui complète l’engagement de la Fondation à l’international à travers notamment 8 programmes sur les 5 continents autour du geste et de la transmission.

INFOS PRATIQUES :
Angle Mort
Jean-Luc Moulène
du 19 janvier au 31 mars 2018
La Verrière
50 Bd de Waterloo
Bruxelles
Entrée libre.
Actualités de la Fondation :
http://www.fondationdentreprisehermes.org

Ways of Seeing à la Fondation Boghossian (Bruxelles)

Ouverte au public en 2010 après la restauration de la somptueuse Villa Empain de pur style Art déco, sur la volonté de Robert Boghossian et ses fils d’en faire un centre de dialogue interculturel entre l’Orient et l’Occident, la Fondation Boghossian accueille la seconde exposition conçue par les commissaires Sam Bardaouil et Till Fellrah (www.artreoriented.com) sous le titre Ways of Seeing.

Au départ imaginée pour Arter -space of art à Istambul la sélection a été enrichie pour le contexte belge avec notamment la question de la colonisation à partir d’œuvres du musée de Tervuren (Tintin au Congo..), de David Claerbout (né en 1969 à Courtrai) et de Thierry Bosquet « La révolution de 1830 devant la Monnaie » étape fondamentale dans la fondation de l’identité belge.
Des œuvres spécialement pensées pour la Villa Empain de James Turell, Fred Sandback et Gustav Metzger complètent le panorama réunissant 27 artistes et collectifs et 70 œuvres tous mediums confondus.
Qu’est-ce que voir une œuvre d’art ? en quoi est-ce un acte politique ? notre regard n’est -il pas prédéterminé ? jusqu’où l’artiste manipule les images par stratégie formelle ? sont parmi les enjeux passionnants que traverse l’exposition.
Son point de départ est l’ouvrage critique clé de John Berger « Ways of seeing » de 1972 lui-même inspiré de Walter Benjamin quant à l’impact de la diffusion massive d’images d’ œuvres d’art (suite à leur reproductibilité technique) sur notre regard. Berger appelait aussi à une révision du canon eurocentré de l’histoire de l’art, de la tradition du nu féminin et des contextes politisés des modes d’exposition des œuvres.
A partir de ces constats l’exposition revendique l’acte de regarder une œuvre
comme une tentative de déchiffrement libérant le spectateur de codes et de symboles qui orientent sa perception de l’œuvre.
D’entrée de jeu avec « The Algier’s sections of a happy moment » métaphore du d’un présent suspendu, David Claerbout instille un dérèglement spatio-temporel, tandis que Gustav Metzger dans le grand hall revisite l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie et les souffrances endurées par le peuple juif et
l’épisode du massacre d’Al-Aqsa à Jérusalem en 1990, deux vastes images recouvertes d’un drap empêchant le regard d’embrasser la scène dans sa totalité. Le spectateur est comme empêché de percevoir et de comprendre l’intensité de ce qui se joue.
Markus Shinwald se saisit d’autres ruses dans ses portraits de style Biedermeier aux prothèses ambigües qui défient les classifications habituelles en histoire de l’art, de même chez Cindy Sherman avec son pastiche trompeur dans ce qui ressemble à une aristocrate du XVIIème siècle affublée d’un nez protubérant.
Voir le revers d’une oeuvre avec vik Muniz, série « Verso » c’est toucher à l’absence et au vécu de l’image et assister au making of d’instants historiques à partir de leur mise en scène reconstituée par Jojakim Cortis et Adrian Sonderegger (Derrière la gare St Lazare) c’est remettre en question la véracité documentaire de la photographie. Aura mise à mal également par James Casebere, tandis qu’Alicja Kwade nous invite à aller au delà des apparences. Sublime jeux optiques et de manipulation avec Jeppe Hein « Rotating Mirror Object », Fred Sandback et son installation pour la salle à manger qui transforme l’espace en un « dessin habitable » ou James Turell autour de l’illusion de la lumière.
Laissons le mot de la fin à Dali « qui avec la sculpture les Yeux surréalistes » nous invite à changer de focale sur les œuvres d’art et adopter un autre regard sur le monde environnant.

Exposition aussi rigoureuse formellement que scientifiquement qui allie la poésie plastique à la force du message dans ce décor unique. A ne manquer sans aucun prétexte lors d’une visite à Bruxelles !

Artistes : Ghada Amer, Chris Bond, Frédéric Borgella, Thierry Bosquet, James Casebere, David Claerbout, Jojakim Cortis & Adrian Sonderegger, Salvador Dali, Hans-Peter Feldmann, Mona Hatoum, Jeppe Hein, Paul et Marlene Kos, Alicja Kwade, Gustav Metzger, Herman Moll, Shana Moulton, Vik Muniz, Grayson Perry, Walid Raad, Fred Sandback, Hassan Sharif, Cindy Sherman, Markus Schinwald, Kim Tschang-Yeul, James Turrell, Kara Walker, James Webb.

Egalement découvrez Instantanés d’Orient, une sélection de photographies issue de la Biennale des photographes du monde arabe contemporain, montrée à Paris à l’Institut du monde arabe ainsi qu’à la Maison Européenne de la Photographie en 2017.

INFOS PRATIQUES :
WAYS OF SEEING
Jusqu’au 18 février 2018
Catalogue trilingue, éditions Fondation Boghossian, 170 pages, en vente à l’élégant espace librairie sur place.
Villa Empain
Avenue Franklin Roosevelt, 67
Bruxelles
Activités proposées : concerts, performances, ateliers et stages pour enfants..
Tarif :
10€ plein, de 8 à 4 € réduit
http://www.villaempain.com