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40mcube d’énergie artistique, et plus encore…

Nous sommes partis à Rennes afin de découvrir les nouveaux espaces de 40mcube, un centre d’art contemporain réouvert depuis le 10 février dernier, après plusieurs années de fermeture pour travaux. Et surtout nous avons rencontré sa directrice Anne Langlois.

Mowwgli : Quel est l’histoire et l’adn de 40mcube ?

Anne Langlois : C’est un lieu que j’ai fondé il y a maintenant 17 ans avec mon collaborateur Patrice Goasduff. Nous avons commencé avec un petit espace de 36 M2 qui a donné son nom à 40mcube. L’idée initiale était de travailler avec de jeunes artistes, de leur permettre de produire leurs œuvres et de les présenter au public. Un travail d’accompagnement de A à Z depuis la production jusqu’à la présentation et la médiation. C’est un projet auquel nous avons donné de l’ampleur au fur et à mesure, grâce à d’autres espaces mis à notre disposition : une maison bourgeoise installée juste à coté dans cette rue, puis nous avons eu un hangar de 200m2, et enfin ce lieu qui vient de vivre trois années de travaux de rénovation et d’agrandissement. Nous avons également ouvert un lieu de production à Liffré, à 15km de Rennes, le HubHug, qui réunit un atelier pour les artistes et un parc de sculptures.

Mowwgli : Belle évolution, et aujourd’hui ?

A.L. : Aujourd’hui, je pense que nous sommes restés fidèles au projet initial. Travailler avec des artistes à la production d’œuvres et d’expositions reste vraiment central, et la programmation d’expositions que je considère comme une recherche plastique et théorique, qui s’alimente au fur et à mesure. De certaines expositions monographiques se dégagent des thématiques qui donnent lieu à des expositions collectives et d’expositions collectives je peux me focaliser sur le travail d’un artiste à qui nous proposons une exposition monographique. C’est le travail qui prend place dans l’espace d’exposition de Rennes, où nous proposons des expositions à peu près tous les 3 mois. Nous présentons également régulièrement des œuvres dans l’espace public.

Notre activité s’est enrichie de nouveaux axes, nous organisons des résidences d’artistes notamment au HubHug à Liffré, et nous en développons sur le territoire avec des communes ou des associations que nous accompagnons dans ce processus. Par exemple, nous avons mis en place à Louvigné-du-Désert au nord-est de Rennes une résidence qui permet aux artistes de travailler le granit. Nous rayonnons ainsi plus largement que sur la métropole rennaise et travaillons avec un d’autres structures en France sur des partenariats de coproduction.

Autour de ces ateliers, nous avons créé un parc de sculptures, le HubHug Sculpture Project, que nous développons depuis 2016. Nous y avons mis en place un dispositif que nous appelons le Rack, comme un rack pour stocker des matériaux à la dimension d’un espace public, sur lequel nous présentons des œuvres.

Nous menons également un travail de commande d’œuvres, et nous avons créé une formation professionnelle pour les artistes et une résidence internationale pour les commissaires, GENERATOR.

Mowwgli : Quel est votre mode de fonctionnement ?

A.L. : Nous sommes une association moi 1901, nous avons une partie de financements publics de la ville de Rennes, du département, d’Ille-et-Vilaine, de la région Bretagne, de la Drac Bretagne, de la ville de Liffré et des partenaires privés comme Art Norac ou Avoxa : mécènes financiers, de compétences et en matériel. C’est un financement mixte.

En termes humain, nous sommes une équipe de 4 personnes. En termes d’espaces nous avons dorénavant : 180m2 d’espace d’exposition ici même à Rennes, les ateliers de 200m2 à Liffré avec les outils et les matériaux nécessaires pour la production. Ces trois dernières années passées sans lieu précis, malgré une activité dense de production et de présentation d’œuvres dans l’espace public et dans le cadre de partenariats avec des lieux d’exposition au niveau local, régional et national, nous nous sommes rendus compte que c’était extrêmement important pour nous d’avoir une base.

Mowwgli : Comment développez-vous les synergies avec le tissu régional ?

A.L. : Au niveau régional nous travaillons régulièrement avec de nombreuses structures. Nous faisons partie des réseaux art contemporain en Bretagne et du Pôle de ressources pour l’éducation artistique et culturelle. Tout est possible, nous collaborons sur différents types de projets ; des expositions collectives dans différents lieux, des coproductions, des résidences croisées….

Nous participons bien sûr à la prochaine Biennale d’art contemporain – les ateliers de Rennes en fin d’année dont Céline Kopp et Etienne Bernard sont les commissaires. Dans le cadre de cette biennale nous présentons généralement, en accord avec les commissaires, une exposition monographique. Dans le cadre de ces événements il y a souvent beaucoup de projets d’expositions collectives aussi le fait de se consacrer à un seul artiste permet de changer le rythme et de déployer plus largement son travail. Notre choix pour la prochaine biennale est en cours.

Au niveau du département nous avons un autre axe de travail qui est la commande citoyenne, qui se fait notamment dans le cadre de l’action Nouveaux commanditaires de la Fondation de France, dont nous sommes partenaires en tant que producteur délégué. Nous travaillons avec une structure de Tours qui s’appelle Eternal Network. Ce programme permet à des groupes de personnes – associations, entreprises, collectivités, particuliers – qui souhaitent passer commande d’une œuvre d’art à un artiste d’être accompagnés dans cette démarche. C’est un engagement citoyen qui n’a pas la même temporalité et qui est très différent d’un travail d’exposition par exemple. Une commande nécessite un processus long d’environ 3 ans, et c’est passionnant.

Mowwgli : Qu’est-ce que GENERATOR ?

A.L. : Nous avons conservé cette volonté d’accompagner de jeunes artistes en début de carrière, et nous nous sommes très vite rendu compte du besoin d’accompagnement pour les artistes lorsqu’ils sortent des écoles d’art. Il faut 10 ans en moyenne aux artistes pour qu’ils puissent prétendre vivre de leur travail. Nous avons voulu accélérer ce processus et réduire ce temps pour qu’ils puissent acquérir et maîtriser des outils plus rapidement. Nous avons donc mis en place une formation professionnelle avec l’Ecole Européenne Supérieure d’Arts de Bretagne et la région Bretagne.

Il s’agit d’une formation sur 7 mois pour 4 artistes que nous accompagnons dans le développement de leur travail : la production d’œuvres, la connaissance du système de l’art, les aspects administratifs, juridiques, comptables et la constitution d’un réseau.

Nous les mettons en relation avec différents métiers de l’art contemporain : directeurs.trices d’institution, journalistes, commissaires, critiques, galeristes… A ces rencontres s’ajoutent quatre résidences pour commissaires qui viennent de différents pays en Europe et restent en Bretagne un mois afin de rencontrer les artistes du programme GENERATOR. Chacun écrit un article sur le travail d’un artiste et rencontre les acteurs professionnels et artistes vivant dans la région. C’est une formation unique qui comprend des honoraires, une bourse de production, un atelier de travail et des outils.  Nous lançons actuellement la 5ème édition, l’appel à candidatures est ouvert pour l’année prochaine.

Mowwgli : Les projets en cours ou à venir ?

A.L. : Nous présentons actuellement et jusqu’au 28 avril 2018 Whisper to the Landscape de We Are The Painters, un duo d’artistes composé de Nicolas Beaumelle et d’Aurélien Porte qui pratique la peinture dans la nature, dans des formats de toiles démesurés, en volume avec des chaises comme support, sur des personnages activés dans le cadre de performance… Nous préparons la prochaine exposition de Marielle Chabal, dont le travail de sculpture et d’installation nait des fictions qu’elle écrit. Celle-ci sera inaugurée au mois de mai.

Nous travaillons également à un projet important pour le mois de juin avec l’artiste Benoît-Marie Moriceau aux Champs Libres, une architecture créée par Christian de Portzamparc à Rennes, qui rassemble le Musée de Bretagne, la médiathèque et l’espace des sciences. Benoît-Marie Moriceau va présenter une exposition dans l’espace que 400m2 qui lui a été dédié et réaliser une intervention dans l’espace public, sur laquelle la médiathèque permettra un point de vue panoramique privilégié…

40mcube
48, avenue du Sergent Maginot
35000 Rennes
+33 (0)2 90 09 64 11
www.40mcube.org

Horaires d’ouverture

Du mercredi au samedi de 14h à 19h
et sur rendez-vous du mardi au vendredi de 9h à 12h30

Exposition : Whisper to the Landscape

We Are The Painters

11.02.18 – 28.04.18

Rencontre avec Patrick Delat, Directeur artistique des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort

Les Rencontres de la Jeune Photographie internationale se tiennent actuellement à Niort. Alors que les huit photographes entraient dans leur lieu de résidence sous la bienveillance de la conseillère artistique Corinne Mercadier, nous avons rencontré Patrick Delat, co-fondateur et directeur artistique de la Villa Perochon, et de la manifestation.

« Les meilleurs ambassadeurs pour nous, ce sont les photographes résidents et les conseillers artistiques ».

Partage de culture et des expériences

C’est un homme souriant et passionné que nous découvrons en Patrick Delat, qui revient sur l’origine de ce festival et de cette résidence unique en son genre : réunir huit jeunes photographes venus du monde entier pour vivre une expérience artistique hors du commun. Quinze jours durant, les photographes vivront ensemble accompagnés d’un conseiller artistique – cette année c’est Corinne Mercadier qui a accepté de se prêter au jeu – ils auront carte blanche pour travailler sur un projet artistique personnel. Nul thème, nulle contrainte. Les artistes sont ici pour se rencontrer, pour interroger leur pratique artistique et être soutenu par une photographe de talent.

Nous avons pu découvrir les expositions de cette nouvelle édition, les œuvres présentées sont les travaux qui ont été sélectionnés par le jury, avant le début de la résidence. Le fruit de cette expérience sera dévoilé au public dans une dizaine de jours… Nous sommes tout de suite séduits et impressionnés par la qualité des propos autant dans leur fond que dans leur forme. De nombreux points communs entre les différentes propositions, celui de l’identité, qui est au cœur des travaux contemporains. Patrick Delat témoigne de l’évolution des pratiques : en 24 ans, les propositions sont de plus en plus abouties, de plus en plus construites… Il nous confie également que de plus en plus de femmes photographes se présentent, et que ce n’est pas un hasard si cette édition présente plus de 90% de femmes photographes !
Nous avons hâte de découvrir les réalisations niortaises dès le 14 avril…

L’édition 2018, amorce du 25ème anniversaire des Rencontres

Cette année, en marge des expositions des photographes résidents, plusieurs anciens résidents sont présentés dans le cadre d’une exposition personnelle. C’est le cas de Maitetxu Etcheverria, Paul Muse ou encore Françoise Beauguion… Comme Patrick Delat nous l’explique, ce choix annonce pour l’an prochain la mise en avant du fonds photographique de la Villa Perochon constitué de 2500 pièces. Une édition anniversaire qui promet d’être riche !

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2018
Résidence 2018
> Exposition des oeuvres présentées au jury
Du 7 mars au 13 avril 2018
> Exposition des oeuvres réalisées durant la résidence
Du 14 avril au 26 mai 2018
Hôtel de Ville de Niort
1 Place Martin Bastard
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30 (Ouverture exceptionnelle les dimanches 1er et 15 avril)
Corinne Mercadier
Satellites
Du 7 mars au 26 mai 2018
Villa Pérochon-CACP
64 Rue Paul François Proust
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
http://www.cacp-villaperochon.com
http://www.corinnemercadier.com/

Autour de la Résidence

Sept expositions seront inaugurées tout au long du mois de mars dans divers lieux de Niort, dont voici le programme détaillé :
• Maitetxu Etcheverria / Voyages insulaires
Pavillon Stéphane Grappelli du 28 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi au samedi de 13h30 à 18h30
• Emmanuelle Brisson / Les profondeurs du coeur
Espace d’arts visuels Le Pilori Du 28 mars au 5 mai 2018
Du mercredi au vendredi 10h00 à 12h00 et 14h à 19h00 et le samedi de 14h00 à 19h00
• Françoise Beauguion / Exils
Belvédère du Moulin du Roc du 7 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
• Filigranes Éditions / Les anciens résidents de Niort et leurs publications
Librairie des Halles du 28 mars au 28 avril 2018
• Margherita Muriti / God, how shall I pray
Atelier du cadre du 28 mars au 28 avril 2018
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
• Paul Muse / Walking the Dog
Galerie nomade du 6 mars au 26 mai 2018
• Emanuela Meloni / Station Niortaise-Prémices
Allée centrale du parking de la Brèche du 6 mars au 26 mai 2018

Rencontre avec Aude Cartier, directrice de la maison des arts, centre d’art contemporain de Malakoff et présidente de TRAM

Pénétrer aux abords du jardin et de la maison des arts de Malakoff c’est découvrir les fresques extérieures du graffeur Ben-Eine qui tranchent avec l’aspect aristocratique de cet ancien relais de chasse royal du XVIIIème siècle, classé par Malraux à l’inventaire des Monuments historiques, aujourd’hui centre d’art municipal.

De plus à l’intérieur l’univers de Cécile Beau nous transporte dans d’autres réalités cosmiques. Comme un laboratoire en continu de métamorphoses chimiques du vivant. Une projection aux confins de la géologie, du sonore, du végétal, de la science-fiction.. captivant ! Rencontre avec la directrice des lieux, Aude Cartier à l’origine de cette exposition qui continue d’impulser sa marque sur cette ville d’artistes et territoire élargi à travers sa présidence du réseau Tram.

Les 20 ans de la Maison des Arts : bilan et perspectives

Nous avons tenté de donner à voir 20 ans d’archives et d’histoire d’un lieu, ce qui était très ambitieux.

Le premier axe de travail était de revenir sur l’ensemble des auteurs qui ont contribué à l’existence du lieu, plus que les artistes, également les chorégraphes, les philosophes, écrivains, commissaires, pas seulement donc le monde de l’art, n’étant pas un écosystème replié sur lui-même. Nous avons composé cette liste arrivant à 589 contributeurs au total. L’idée étant de montrer qu’un centre d’art ce n’est pas seulement une équipe et quelques expositions mais un ensemble de partenaires qui s’investissent.

Une volonté de notre part était d’ouvrir sur les perspectives futures, 20 ans et la suite ? Des questions qu’un centre d’art se pose en permanence en réinterrogeant ses pratiques ou par le biais des artistes et personnes engagées autour du lieu. J’avais envie que ces archives soient consultables à travers des boîtes que l’on pouvait ouvrir et parcourir. Et de ces archives nous avons extrait quelques pépites qui seraient ce que les gens n’ont pas la possibilité de voir en temps normal, des résidus, des bribes de conversations, des interviews non publiées, des plans, des projets en suspens, des montages d’expositions. Ce qui constitue la matière grise de ce lieu, foisonnante, et ce dont le format de l’exposition en tant que tel ne rend pas forcément compte. C’était important de monter que ce centre d’art est un lieu de ressources avec toute une partie de l’iceberg invisible à laquelle le public n’a pas accès ou ne se rend pas compte.

C’est l’axe que nous allons mettre en œuvre à commencer par toute l’identité visuelle que nous avons repensé entièrement depuis 1 ans avec également l’ouverture d’un nouveau site web qui démontre que l’exposition est tout aussi importante que la partie des workshops, l’éducation artistique, l’édition/boutique, les projets hors les murs qui sont nombreux, les ressources pour les artistes..

Tout est placé au même niveau avec ce projet qui va ouvrir d’ici 1 mois comme une vraie matière, essentielle pour illustrer les soutiens que nous apportons et qui ne se traduisent pas forcément par l’exposition.

Nous continuons toujours à interroger le format de l’exposition à travers les résidences.

Les résidences et les Hors-les-murs

Nous offrons deux sortes de résidences, les résidences longues de travail et de recherche qui s’articulent sur 6 mois environ, ciblées et montées avec le Minsitère de la culture via la Drac Ile de France. J’ai souhaité que cette résidence soit incluse à la vie du centre d’art. Elle jouxte nos bureaux, favorisant une porosité quotidienne entre l’équipe et les résidents, et de fait le public et le territoire. Souvent ces résidences font l’objet d’une édition un peu particulière en lien avec la recherche menée, sous la forme d’éditions croisées avec plusieurs lieux ou sous forme d’objets, comme des éditions numérotées, presque une œuvre en soi. Parfois cela donne lieu à une envie de travailler d’intégrer le projet ? dans une exposition collective ou personnelle ou un projet hors les murs comme avec Lorraine Féline lauréate 2017 sur un format de danse qu’elle a mis en place avec deux danseuses du Conservatoire de la Ville de Malakoff. Le public a été invité pendant la fête de la ville à venir sur un toit habituellement inaccessible, qui surplombait toute la région parisienne et la banlieue. Un point de vue urbain intéressant qui permettait de voir la transition de l’architecture et les différences villes de banlieues et la périphérie de Paris. Le format était court et limité à 50 personnes. C’était une friction entre une partie amateur et professionnelle, ce qui répond aussi à un nouveau projet mis en place avec Florian Gaité appelé « les résidences performées », soit une carte blanche sur 3 moments dans l’année. Les 2 premières éditions « les intrus » ont été clôturées dans le cadre des 20 ans. L’idée est de laisser le lieu à des chorégraphes, performeurs au tout début d’un processus de création pour tester pendant une semaine leur projet, opérés des frottements loin de la scène.. Ce temps donne lieu à une restitution en général le samedi et les temps de répétitions sont ouvertes aux publics..

Nous avons un vrai public au rendez-vous et cela me permet aussi de décloisonner pour donner à voir le lieu autrement que dans un format classique, comme pour les 20 ans avec de la danse, de la performance.. ayant toujours interrogé le centre comme un lieu de vie avec l’idée que l’on peut aussi pourquoi pas, le transformer en boîte de nuit !

Les projets hors les murs

Nous menons un projet de direction artistique de street art très engagé politiquement à la demande de la maire de Malakoff Mme Jacqueline Belhomme. La première invitation a été avec l’un des pionniers du street art londonien pour le centre d’art Ben Eine qui a inscrit sur 40 m de long « stop making more sense ». Parallèlement nous avons invité Vince qui est venu réaliser un Chibani de 25 m de haut sur le bord du périphérique, un emplacement stratégique pour dénoncer ces oubliés. Nous espérons également réaliser un grand projet avec Kouka sur les femmes guerrières. Le centre d’art est aussi attentif à ce qui passe comme avec le projet HERstory – des archives à l’heure des postféminismes et l’exposition d’Edi Dubien. Ce n’était pas au départ une volonté affirmée et l’on me fait souvent la remarque que je ne montre que des femmes, ce qui voudrait dire qu’elles sont absentes ailleurs !

Je reste également attentive à ce qui se passe sur le territoire et la scène émergente, par exemple nous montons un projet avec Hugo Sicre à la Médiathèque de Malakoff. Nous lançons beaucoup de workshops hors les murs, des projets avec les artistes pour les collèges et lycées à travers les dispositifs prévus par le département, la ville ou la Région. Il y a beaucoup d’artistes à Malakoff donc il est important de réfléchir à comment les accueillir être aussi un lieu de ressource pour eux et pas seulement par le biais d’une exposition au centre d’art.

La programmation

Nous avons une direction artistique, enfin je l’espère. Je fonctionne beaucoup à l’intuition qui émerge de ce que je pressens d’un état à l’instant T, ce qui peut paraître présomptieux mais fait office de socle. Je réagis toujours à partir des préoccupations sur l’urbanisme, l’architecture, la sociologie et ce qui est en train de se faire. Nous avons proposé beaucoup d’expositions autour d’écosystèmes, d’environnements et depuis longtemps avec notamment le cycle des « vidéo séquence » qui illustrent ces influences sur l’émergence de sociétés qui ne répondent pas forcément aux souhaits de la société civile.

D’autres donnaient à voir non les problématiques liés aux représentations du genre, aux discriminations, aux statuts aussi bien des hommes et des femmes, discriminations auxquels notre écosystème de l’art n’échappe pas. Quand on a travaillé dès le début du projet avec Julie Crenn et Pascal Lièvre, commissaires de HERstory, j’ai posé comme postulat d’avoir une parole à dimension internationale, les préoccupations n’étant pas les mêmes en fonction des pays ou des cultures, de donner la parole autant aux femmes qu’aux hommes et qu’il n’y ait pas d’œuvres. Le résultat de leurs recherches a été hallucinant, une expérience unique. Ce projet qui voyage est devenu un lieu de parole avec 29 vidéos du monde entier et entièrement traduites, à l’étage des éditions sur ces problématiques venant de partout et offertes ce qui a permis de constituer un fonds de 120 ouvrage donné ensuite à la Médiathèque de Malakoff. Tous les samedis prenaient place des interviews et témoignages d’auteurs hommes et femmes, relayés sur notre chaine YouTube.

Le fonctionnement du centre et son public

Nous sommes une petite équipe comme beaucoup de centres d’art, soit 4 personnes en permanence. Comme nous sommes un lieu municipal nous bénéficions beaucoup du soutien de certains services de la Ville. Je travaille avec des régisseurs extérieurs également. Le lieu est conventionné avec le Région Ile de France, soutenu la Drac Ile de France et le département des Hauts-de-Seine . Nous bénéficions beaucoup de partenariats publics institutionnels ce qui est fondamental. Chaque exposition favorise également des partenaires extérieurs notamment à l’international.

Le public

Il y a naturellement un public de proximité avec un vivier de collectionneurs, des journalistes, des auteurs et un public amateurs et passionné. Il y a un important travail mené par le pôle éducation artistique au centre d’art auprès du jeune public jusqu’aux lycéens par le biais du workshop professionnalisant dédié.

Nous sommes à la fois excentré et à une sorte de carrefour entre Paris, Montrouge, Chatillon, Malakoff, Vanves, Clamart.. ce qui draine des usagers de différentes communes et bien sûr les parisiens pour moitié.

Une personne ici est totalement dédiée au projet des publics adulte avec des invitations régulières aux Amis des fondations ou musées.

Nous avons créé également les Amis de la Maison des Arts avec 80 membres très actifs.

Le Tram

Je partage la présidence de l’association avec deux vices-présidents : Paula Aisemberg (Maison Rouge) et Xavier Franceschi (Frac Ile de France)

Le socle de Tram est à la fois la question de la circulation des frontières entre nos lieux, du décloisonnement de ces frontières là où le politique continue d’en mettre. Avec l’arrivée du Grand Paris nous sommes dans l’attente et c’est une préoccupation parce qu’il ne faudrait pas à nouveau exclure. Ce lieu reste une base de réseau interne nécessaire pour les équipes parce que l’on sait que l’on peut se soutenir et mutualiser nos compétences. Plus que sur la notion d’hospitalités nous mettons l’accent à présent sur les TaxiTram/RandoTram et travaillons avec la politique de la ville notamment dans le 19ème arrondissement où sont nos bureaux. Nous mettons en place aussi les TaxiTram lycées, favorisant cet axe de diffusion du public qui répond à une attente forte.

Nous travaillons sur un gros chantier, le Sodavi (Schéma d’Orientation pour le Développement des Arts Visuels) comme toutes les régions, un diagnostic qui part de l’artiste et sa professionnalisation, mission que nous travaillons en étroite collaboration avec la Drac Ile de France. Cet outil devrait permettre on l’espère de donner à voir le parcours d’un artiste de l’école jusqu’aux lieux de monstration, qu’ils soient autonomes ou non. Un enjeu majeur puisque La Région Ile de France concentre un peu près 65% des artistes entre ceux qui y résident et ceux qui y exposent. Cette étude devrait ouvrir des pistes de travail pour une politique culturelle active. La région Aquitaine a déjà bien avancé sur le sujet ainsi que les Pays de Loire.

L’idée est de faire resurgir les pratiques et spécificités de ces territoires. Un enjeu de taille, encore peu visible pour l’instant, même si les premières sessions de discussions et tables rondes prévues entre juin et septembre seront ouvertes aux artistes, professionnels du monde l’art et public.

INFORMATIONS PRATIQUES
En ce moment à la Maison des Arts :
Cécile Beau
La région vaporeuse
Jusqu’au 11 mars 2018
Maison des Arts de Malakoff
105, avenue du 12 février 1934
92240 Malakoff
mercredi au vendredi 12h-18h samedi et dimanche 14h-18h
http://maisondesarts.malakoff.fr

Réseau art contemporain Paris-Ile de France :
Prochain Taxi-Tram le samedi 17 février, inscrivez-vous !
http://tram-idf.fr

Rencontre sans concession avec Dirk Snauwaert, directeur du WIELS, centre d’art contemporain, Bruxelles (2nde Partie)

Le WIELS qui a totalisé 50 000 visiteurs en 2017 entend bien conforter son rôle et son dynamisme sur la scène bruxelloise et internationale, d’autant que l’arrivée du futur « Kanal-Centre Pompidou » (pré-ouverture mai 2018) dans l’ex garage Citroën racheté par la Région pour une somme de 20,5 millions €, les travaux étant évalués à 150 millions € ,n’est pas du goût de tous ceux qui s’impliquent depuis longtemps au rayonnement de Bruxelles.

Dirk Snauwaert, à la tête de ce bâtiment iconique signé Adrien Blomme (anciennes brasseries Wielemans) fer de lance du renouveau de ce quartier de Forest a répondu à nos questions sur cet épineux sujet. Une avant-première à l’occasion de l’ouverture de l’exposition de l’artiste belge Sophie Podolski.

Mowwgli : Comment se définissent vos visiteurs ? 

Dirk Snauwaert : Comme vous pouvez imaginer nous devons prendre en compte cette population de plus en plus fragmentée surtout dans des quartiers comme les nôtres. Les questions qui se posent sont dans quelle langue communiquer ? ou combien ? 3 à minima.
Le public va de très académique et théorique jusqu’à une éducation sensorielle de base pour des gens qui n’ont pas de formation ou trop peu.
Nous avons une collaboratrice qui a importé un format de Scandinavie, les journées pour bébés, pendant lesquelles tous les sens sont stimulés.

Nous faisons aussi des formations pour des gens qui ne savent pas lire par le langage des signes plutôt que par l’ordinateur.

Les résidences d’artistes amènent aussi un autre public.
Mowwgli : Votre programmation :
 
D. S. : Chaque année, les expositions se répartissent entre artistes plus reconnus et d’autres moins, avec un volet par an très expérimental orienté vers des inconnus, comme par exemple la belge Sophie Podolski (1953-1974), poétesse et artiste au destin tragique, dont nous nous sommes rendus compte du potentiel de revoir l’avantgarde locale à Bruxelles. Ayant vu au fil de mes recherches qu’elle était très nomade et allait souvent à Paris et devait connaître toute la scène littéraire et artistique de l’époque, je pensais qu’il était important de la revaloriser également à Paris à travers ce partenariat avec le centre d’art avant-gardiste Villa Vallilieff –Bétonsalon. Connaissant bien Mélanie Bouteloup elle complètera favorablement notre approche.
La plupart de nos expositions sont co-produites avec de grandes institutions comme pour René Daniels et le Mamco Genève, Koenraad Debobbeleer avec le musée suisse de Winterthur (septembre 2019).
Mowwgli : Autre future exposition : Inéchangeable, enjeux et perspectives
 
D. S. : Aujourd’hui, être collectionneur c’est comme en Bourse, tout le monde achète les mêmes actions !
Mais ici, les collectionneurs gantois n’agissent pas comme les anversois, les bruxellois ou les courtraisiens. La Belgique est un territoire un peu comme l’Italie, ils prennent des risques, découvrent des talents, achètent tôt, ce qui implique qu’ils ne gardent pas tout. Je vois ici peu de collectionneurs spéculateurs, contrairement à New York ou à Londres où c’est devenu un métier, même si le marché à Bruxelles reste très actif.

L »on remarque également que la réputation du collectionneur belge a été construite par une certaine génération de collectionneurs, singuliers et tenaces et j’espère que les générations suivantes vont suivre cette tradition de garder une collection, ne pas la vendre.

Notre propos est très différent de celui de la Centrale (Private Choices), il est plus d’interroger la valeur d’une œuvre d’art qui ne peut être réduite au prix. Or aujourd’hui on ne regarde que la côte et les médias au détriment des autres valeurs véhiculées et incarnées par une œuvre qu’un collectionneur gardera toujours.
L’aveuglement pour ces prix démentiels explique que le discours revienne à cette notion d’aura, du fétiche, du totem, du simulacre,telle que développée par les artistes des années fin 1990 avant la guerre de l’Irak qui a entrainé l’effondrement temporaire du marché de l’Art.
Aujourd’hui j’ai parfois l’impression que l’on retourne à ce même discours, ces mots Baudrillard du tout simulation. Il s’avère aussi que 1989 est une date importante pour notre région à travers la signature initiale de l’autonomie de la Région Bruxelles Capitale, année de la chute du Mur, de Tiananmen et aussi l’exposition dite précurseur des Magiciens de la Terre, qui débute la mondialisation du milieu de l’art, date essentielle.
Notre exercice à vocation muséographique est de voir si dans les collections privées on peut faire un accrochage d’importance à perspective historique, comme un modèle de musée à base de collections privées. Une idée qui fait son chemin, les ministres de la culture néerlandophone et francophone ont évoqué cette idée que les musées doivent plus travailler avec les collections privées. Plutôt qu’un collectionneur reprenne tout le musée, plusieurs donneraient des prêts. Même si l’on en parle beaucoup, le but est de faire un exercice pratique. Dès lors comme pour le Musée Absent, nous nous confrontons à cet enjeu : peut-on travailler avec les collectionneurs privées et monter une exposition représentative et qui fasse sens ? Nous venons de boucler la liste des prêts qui comporte forcément des lacunes, et en réalité tout musée n’a que des lacunes selon le principe même de la collection. Il y a 40 noms, 35 collectionneurs(euses) belges uniquement sur la volonté de prouver au monde politique que cet exercice est possible et de permettre à notre public de voir de leurs propres yeux des artistes et des oeuvres cruciaux afin d’en apprendre plus sur l’histoire de l’art.

INFOS PRATIQUES :
• Sophie Podolski, Le pays où tout est permis
Jusqu’au 1er avril 2018
• Saâdane Afiif, Paroles
Du 1er février au 22 avril 2018
Au cœur de l’exposition, un studio de musique complet. Vous êtes invités à venir y jouer de la musique et à  participer à des improvisations.
Inscrivez-vous à une session d’improvisation en choisissant le moment qui vous convient le mieux ici.
• Inéchangeable
à partir du 19 avril 2018
WIELS, Centre d’Art contemporain
Avenue Van Volxem, 354
Bruxelles
http://www.wiels.org

Rencontre sans concession avec Dirk Snauwaert, directeur du WIELS, centre d’art contemporain, Bruxelles (1ère Partie)

Le WIELS qui a totalisé 50 000 visiteurs en 2017 entend bien conforter son rôle et son dynamisme sur la scène bruxelloise et internationale, d’autant que l’arrivée du futur « Kanal-Centre Pompidou » (pré-ouverture mai 2018) dans l’ex garage Citroën racheté par la Région pour une somme de 20,5 millions €, les travaux étant évalués à 150 millions € ,n’est pas du goût de tous ceux qui s’impliquent depuis longtemps au rayonnement de Bruxelles.

Dirk Snauwaert, à la tête de ce bâtiment iconique signé Adrien Blomme (anciennes brasseries Wielemans) fer de lance du renouveau de ce quartier de Forest a répondu à nos questions sur cet épineux sujet. Une avant-première à l’occasion de l’ouverture de l’exposition de l’artiste belge Sophie Podolski.

« Il est dommage qu’une institution de prestige française comme le Centre Pompidou doive se Guggenheimiser pour exister ! » – D. S.

Mowwgli : Quel bilan pour les 10 ans de WIELS ?

Dirk Snauwaert : Nous l’avons orchestré en 2017 de façon proactive avec le « Musée Absent », un bilan dans la continuité de nos engagements. L’occasion aussi de voir si le musée et les équipes se prêtaient à un format plus académique, muséal, ce qui n’est pas forcément notre orientation même si par le passé nous avons lancé des campagnes muséographiques auprès de certains artistes, ce que l’on continue de faire.
Etant historien de l’art, je trouve qu’il y a encore beaucoup trop de stéréotypes dans notre pays défini par plusieurs types de nationalismes. L’histoire de l’art ayant toujours servi à confirmer certains conformismes. Dès lors et c’est une de nos missions de base d’essayer de trouver un territoire commun dans une ville extrêmement pluriculturelle, le symbole le plus visible étant la Commission Européenne et l’Otan hébergés ici et aussi cette migration volontaire et involontaire que toutes les métropoles de la planète connaissent avec ces imaginaires qui transitent. Notre approche est de cartographier et rendre visibles ces mutations. Mais pour ce décryptage il est nécessaire de retourner dans un passé récent; après la 2ème Guerre mondiale ces différentes vagues migratoires d’Afrique du Nord, d’Amérique centrale, d’Asie..qui transportent d’autres traces de modernité. C’est pourquoi les grandes instituons telles le MoMA, Tate ou le Centre Pompidou réorientent leurs programmes, changent leurs accrochages et doivent s’ouvrir aux minorités et à l’égalité des genres mais aussi à des modernités différentes. C’est un programme qui n’en n’est qu’à ses débuts, les efforts consentis étant encore trop modestes.

Mowwgli : Quels questionnements surgissent autour de l’arrivée du futur Kanal-Centre Pompidou ? et accueil réservé ?

D. S. : Ils seront plutôt froidement accueillis, et je ne considère pas que mes collègues du Centre Pompidou se positionnent comme une institution partenaire mais comme une industrie culturelle. C’est dommage et beaucoup de gens le regrettent y compris en France mais le pragmatisme financier l’a visiblement emporté !

Mowwgli : Quid d’un musée d’art contemporain à Bruxelles ?

D. S. : Il existe bel et bien, ce qui est grave c’est qu’il n’y a pas de plan de rénovation, le Ministère responsable tergiverse depuis 8 ans.
Même si au WIELS n’avons pas de collection propre, nous avions une carte à jouer et il est flagrant pour Kanal, que ce n’est qu’une seule entité parmi les pouvoirs publics qui a signé cet accord, la Région Bruxelles-Capitale revendiquant une autonomie à travers cette institution de prestige. Cela souligne une volonté de plus en plus affirmée d’auto gestion de la Région qui se dote de plus en plus de compétences. Nous sommes dans un paysage varié avec des institutions nationales belges, des institutions francophones, néerlandophones, ou mixtes comme nous. Il y aura un nouveau type d’institution bruxelloise et comme tout changement on ne sait pas anticiper par manque d’argent. On note que Pompidou reçoit 1,2 millions €, alors qu’aucun des acteurs à Bruxelles ne reçoit un centime. On ne peut donc pas être d’accord qu’un opérateur opérateur international reçoive du soutien tandis que les acteurs locaux sont laissés pour compte.

Mowwgli : Qu’est ce Renaissance lancée avec Bozar ?

D. S : C’est une plate-fome qui crée des liens avec la Commission Européenne. Il y a peu de liens avec les fonctionnaires, de la Commission et du Parlement, les lobbyistes et la réalité à Bruxelles. On dit toujours que la culture peut changer certaines décisions politiques. Si la politique a besoin de plus d’art, l’art n’a pas besoin de plus de politique pour reprendre cette boutade et il faut que l’on y travaille proactivement. Des questions pas seulement d’ordre géopolitique mais aussi éthique et comment elles trouvent leurs traductions esthétiques.
Nous organisons des comités de discussion car beaucoup d’opérateurs internationaux ne connaissent pas les enjeux locaux non plus. Depuis que le mot Molenbeek est devenu un signifiant reconnu, cette réalité existe bel et bien et depuis assez longtemps. C’est pourquoi à l’origine de WIELS nous avions organisés une exposition sur les expatriés et les clandestins, une tension présente dans la ville de Bruxelles.

Mowwgli : Comment votre arrivée a contribué à l’évolution du quartier Forest ?

D. S. : Cela se traduit notamment par l’installation de la galerie Clearing, l’ouverture de la fondation A et le centre culturel Brass.
Une évolution très positive sur l’ensemble de Bruxelles, et Kanal y participe, malgré l’improvisation du projet, je rejoins cette idée que ce carrefour de l’Yser devienne un signal à vocation publique et culturelle fort dans cette zone en pleine mutation. Mais on doit en rediscuter et résister face à cette mégalomanie bruxelloise !

> Rendez-vous demain, 1er février 2018, pour lire la Suite de l’entretien.

INFOS PRATIQUES :
• Sophie Podolski, Le pays où tout est permis
Jusqu’au 1er avril 2018
• Saâdane Afiif, Paroles
Du 1er février au 22 avril 2018
Au cœur de l’exposition, un studio de musique complet. Vous êtes invités à venir y jouer de la musique et à  participer à des improvisations.
Inscrivez-vous à une session d’improvisation en choisissant le moment qui vous convient le mieux ici.
• Inéchangeable
à partir du 19 avril 2018
WIELS, Centre d’Art contemporain
Avenue Van Volxem, 354
Bruxelles
http://www.wiels.org

Rencontre avec Marie Cozette, directrice du centre d’art contemporain, la Synagogue de Delme

Au cœur d’une zone rurale de Lorraine à une demi-heure de Metz et Nancy, la Synagogue de Delme,ancien lieu de culte transformé en centre d’art en 1993, a accueilli depuis 25 ans près de 150 artistes à travers une soixantaine d’expositions contribuant au rayonnement de ce lieu atypique au niveau régional et international.
Marie Cozette historienne de l’art, co-fondatrice de Bétonsalon, commissaire et auteur dirige le centre depuis 2007. Nous l’avons rencontrée à l’occasion de l’exposition dédiée à l’artiste Shilpa Gupta « Drawing in the Dark ».

« La Synagogue de Delme n’est pas ce lieu de la neutralité supposée des lieux d’art dans lequel on viendrait poser un objet qui serait détaché de son contexte« .

Mowwgli : Quel bilan faîtes-vous depuis votre arrivée au centre d’art contemporain-la Synagogue de Delme ?

Marie Cozette : Cela fait 10 ans maintenant que je suis à la tête du centre d’art, un chiffre symbolique. Cet exercice du bilan est toujours un peu délicat mais je m’y prête d’autant plus que cette année nous fêtons les 25 ans du centre d’art. Ce sont des marqueurs temporels importants qui demandent cette réflexion rétrospective. Pour moi finalement le temps est passé très vite avec un quotidien dans un centre d’art exigeant et sans répit ce dont on ne se rend pas toujours compte de l’extérieur. J’ai un vrai amour de ce lieu, très chargé en termes de mémoire, d’histoire, d’ancrage dans un territoire. Cette succession de couches historiques, de traces mémorielles est passionnante et créée une densité dans ce lieu qui est aussi captivant pour les artistes. La Synagogue de Delme n’est pas un White Cube. Elle appelle des projets spécifiques, sur mesure, ce qui fait qu’au bout de 10 ans je me rends compte que je n’ai pas épuisé ce lieu où chaque artiste est venu apposer sa signature.

Mowwgli : Quel est l’ADN du centre d’art et quels sont ses axes prioritaires ?

M. C. : C’est le lieu de l’artiste, de son projet, de cet accompagnement, dans un rapport artisanal au travail de l’art. Cet amour du travail des artistes peut être mis en œuvre dans un lieu de cette échelle là. Une limite, compensée notamment par une immense liberté artistique qui n’a pas de prix.
L’ADN ce sont des projets monographiques pensés in situ pour l’espace et toutes ses données (histoire, mémoire, architecture, territoire). Il y a beaucoup de manières d’aborder ce lieu dont les artistes décident de s’emparer ou non. Il y a une dimension très expérimentale et de recherche aux côtés des artistes. Ce qui m’intéresse aussi est de pouvoir ouvrir le champ de l’art sur d’autres domaines disciplinaires et de la connaissance : la philosophie, les sciences sociales, l’économie, la danse, la littérature ; guidée aussi par l’approche poreuse des artistes jamais formaliste.
Egalement nous développons une dimension prospective en accueillant ici  des artistes pour qui cela a été déterminant comme Katinka Bock ou Eric Baudelaire qui ont exposé ici à des moments clefs de leurs carrières. Il est important de savoir sentir ces moments là. Nous avons aussi des figures historiques comme Daniel Buren ou prochainement Jean-Luc Moulène, qui n’ont plus rien à prouver mais trouvent néanmoins dans un lieu comme celui-ci une vérité du projet plus difficile à avoir dans des structures plus institutionnelles.
En parallèle aux expositions nous offrons un programme de résidences qui s’adresse davantage à des artistes émergents souvent récemment diplômés des écoles d’art.
Il y a 3 sessions de résidence par an de 3 mois chacune.
L’année dernière, Eléonore False a développé un projet en lien avec le territoire au Centre International d’Art Verrier de Meisenthal, réalisant de superbes séries d’images en verre. Une vraie découverte pour elle qui a ouvert des perspectives nouvelles.
Le prochain résident à partir de mars sera Romuald Dumas-Jandolo (cf mon article Artothèque de Caen) qui vient du monde gitan avec un parcours atypique après les Beaux Arts de Caen, en résidence à Astérides à Marseille et sera au prochain Salon de Montrouge.
La Gue(ho)st House inaugurée en 2012 a demandé 7 ans de travail et d’efforts préalables en lien avec le Ministère de la culture, la Drac Lorraine, le département de la Moselle, l’ex région Lorraine et la commune de Delme.
Il se sont arrimés sur l’histoire du lieu : en effet la maison d’origine a été successivement une prison, une école, puis jusqu’en 2010 une chambre funéraire. Suite à la décision de la mairie de réhabiliter le lieu, les artistes ont été invités à repenser les usages de la maison, qui se situe juste à l’arrière du centre d’art. Ne voulant pas faire abstraction du contexte et de l’histoire, les artistes ont proposé de recouvrir la maison d’une forme sculpturale blanche, qui joue selon eux comme une projection de la psyché collective, traversée par des affects très forts liés à la mort ou à l’enfermement. Il s’agissait donc bel et bien et de faire parler les fantômes en public, et de transformer cette architecture en fantôme.

C’est un outil de travail formidable pour des événements, des ateliers pédagogiques, une project room pour des actions spécifiques comme actuellement « La Maquette » avec l’Université de Lorraine et le Master en scénographie autour d’expositions rêvées du centre d’art par les étudiants, ou d’autres associations. On y accueille aussi l’Artothèque outil de médiation qui permet un rapport à l’art immédiat et intime. La médiation est au cœur de l’ADN d’un centre d’art ce qui exige d’autant plus d’attention et de précision que nous sommes en zone rurale avec un public non averti. Cet accompagnement se fait avec beaucoup de bon sens, d’humanité, de simplicité et de bienveillance. Tout cela participe à cette dimension de convivialité qu’il faut être attentif à mettre en œuvre.

A l’étage le studio permet d’ accueillir ponctuellement les artistes pendant le montage. Notre véritable résidence se trouve dans un village encore plus isolé de 300 habitants à Lindre-Basse,ce qui exige de l’autonomie au quotidien de la part des artistes.

Mowwgli : L’exposition de Shilpa Gupta et la programmation future

M. C. : L’artiste indienne Shilpa Gupta (née en 1976 à Mumbai) qui traite notamment de la question des frontières, leur possible franchissement et stratégies de détournement. Co-produite avec la Belgique (KIOSK à Gand) et l’Allemagne (Bielefelder Kunstverein) ce qui n’est pas anodin étant dans une région transfrontalière où la question de la frontière reste très présente et parfois douloureuse. Même si ce projet parle d’une frontière lointaine entre l’Inde et le Bangladesh cela résonne dans ce territoire et au niveau européen avec la crise des migrants, la construction de murs..Un détour pour aborder des enjeux locaux. Shilpa Gupta avait représenté l’Inde à la 56ème Biennale de Venise en 2015 aux côtés d’un artiste pakistanais, ce qui était déjà un geste éminemment politique et fort. Cela a été au départ de tout son projet de recherche sur cette frontière de plus de 4000kms, la plus longue entre deux états nations. L’Inde enserre géographiquement le Bangladesh. Depuis les années 1980 l’état indien a mis en œuvre des moyens considérables pour la construction de ce mur réalisé à environ 80%. Cette zone se caractérise par un déploiement considérable de mesures sécuritaires et en même temps une zone de transits solidaires et échanges illégaux de contrebande permanents avec de nombreux commerces sur lesquels l’état indien ferme les yeux. Shilpa Gupta nous démontre comment une frontière dépasse un simple tracé sur une carte et peut être déjouée par le quotidien des gens. Toutes les œuvres mis à part une, ont été coproduites par les 3 lieux. Deux pièces protocolaires sont adaptées à chaque fois pour les lieux. C’est la 3ème occurrence de l’exposition qui sera montrée par la suite à Londres.

La programmation à venir :
La prochaine exposition sera particulière en l’honneur des 25 ans du centre célébrés dans un format anarchique et choral où l’on va convoquer plusieurs dizaines d’artistes qui sont passés par ce lieu, avec une programmation en écho à la Gue(ho) House de cinéma et événements. Ce n’est pas une approche thématique ni nostalgique mais cela se veut un vrai rassemblement.
Après cela sera au tour de Jean-Luc Moulène dont l’exposition débute à la Verrière à Bruxelles en janvier dans le cadre d’une collaboration du centre d’art avec la Fondation d’entreprise Hermès. Le dispositif spécifique s’orchestre sur le regard à partir de modules de miroirs mouvants au centre de l’espace, sensibles à la présence des corps et des œuvres et créant une dynamique de réflexion. Autour il montrera une série de peintures ce qui est plutôt inédit chez Jean-Luc Moulène qu’on connaît davantage dans le champ de la photographie et de la sculpture.
A Delme il va sans doute déployer un corpus supplémentaire même si tout n’est pas encore acté.
En parallèle à la programmation à Delme l’année prochaine, la Fondation d’entreprise Hermès qui a en charge la programmation de La Grande Place – Musée du cristal St Louis nous a sollicité pour assurer la programmation artistique de l’espace contemporain pendant deux ans. Trois expositions sont prévues : Hippolyte Hentgen de février à fin juin et de juillet à décembre, un solo show de Thu Van Tran. En 2019 est prévu un solo show de Dominique Ghesquière que nous avions accueilli en résidence en 2010. Cela fait quatre ans que la Fondation d’entreprise Hermès a mis en place ce dispositif permettant de solliciter une structure lorraine. Le Centre Pompidou Metz avait initié ce partenariat avec la première exposition de Jean de Loisy « Formes simples » qui avait donné lieu à un pendant à St Louis, suivi du Frac Lorraine qui vient de terminer son cycle. Pour la fondation cet ancrage local était important.

Mowwgli : Le mode de fonctionnement du centre

M. C. : Nous sommes une équipe de 4 personnes avec un budget annuel autour de 300 000 € financé pour 50% par le Ministère de la culture suivi de la Région Grand Est et dans une plus faible mesure à présent le Département de la Moselle, la Mairie mettant à disposition les locaux.
Notre association est régie par un conseil d’administration qui valide la programmation tous les ans. Les membres sont locaux pour la plupart, Delmois ou liés au territoire et des personnalités artistiques telles que Hélène Guénin (Mamac de Nice), Christophe Gallois (Mudam Luxembourg), Pascal Yonet qui dirige le Vent des Forêts.
Le public est majoritairement régional et dès lors que l’on s’éloigne plus on a affaire à un public spécialisé. On n’arrive pas complètement par hasard à la Synagogue. L’été les hollandais, belges et allemands s’arrêtent chez nous sur la route des vacances.

Mowwgli : Quelles synergies sont développées sur le territoire et au delà ?

M. C. : Je suis vraiment dans une logique partenariale pour travailler autant que possible avec les réseaux locaux et plus largement, ayant présidé pendant deux ans d.c.a Cette envie de travailler pour le collectif me tient à cœur. La Synagoque est membre fondateur du réseau régional « LoRA ». La Gue(ho)st House est le lieu qui permet de valoriser ces partenariats comme avec la Conserverie à Metz, My Monkey à Nancy (graphisme) entre autres lieux indépendants. Nous avons présenté des objets designés par Matali Crasset pour les Maisons Sylvestres au Vent des Forêts, la série des boules de Noël de Meisenthal, de nombreux projets ont été conçus avec le Frac.
Au delà au niveau international nous avons travaillé avec l’Allemagne ou l’Italie et avec l’Institut français au moment de la Fiac nous recevons des commissaires de tous horizons.

INFOS PRATIQUES :
Drawing in the dark
Shilpa Gupta
Jusqu’au 18 février 2018
La Synagogue de Delme
33 Rue Raymond Poincaré
57590 Delme
Horaires :
Du mercredi au samedi de 14h à 18h,
le dimanche de 11h à 18h
Localisation :
Delme se trouve à 30 minutes de Nancy et Metz
45 minutes de Luxembourg et Sarrebrück
1h30 de Strasbourg
3h30 de Paris, de Bruxelles et de Bâle
Résidences : http://www.cac-synagoguedelme.org/fr/residencies
La Synagogue de Delme
http://www.cac-synagoguedelme.org/
lora | Lorraine art contemporain
http://www.lora.fr/

Carte blanche à Véronique Prugnaud et Vincent Marcilhacy : STATION, Beyrouth

Véronique Prugnaud et Vincent Marcilhacy sont nos invités de la semaine, aujourd’hui, à l’occasion de leur première journée de carte blanche, les deux associés de The Eyes Publishing, nous parlent de Nabil Canaan, directeur de STATION, rencontré lors d’un voyage à la capitale libanaise.

Il y a parfois dans notre vie professionnelle des évènements fortuits qui illuminent une journée, un moment, un voyage. C’est le cas de notre rencontre avec Nabil Canaan, directeur du centre d’art STATION, lors d’un séjour express à Beyrouth en décembre dernier.

Nous sommes rentrés un peu hésitants dans ce lieu aux abords discrets et en bazar. Il n’y avait pas d’exposition en cours mais nous étions curieux de pousser la porte de cet espace installé dans une ancienne usine de bois, voisin du Beirut Art Center…

C’est Nabil Canaan qui nous accueille, d’abord un peu distant, visiblement contrarié par cette intrusion inopportune. Les présentations faîtes, l’ambiance se réchauffe. Nous comprenons  qu’il partageait sa vie avec Leïla Alaoui, avec qui il co-fondra STATION quelques temps avant la disparition tragique de la photographe franco-marocaine  (ndlr : disparue il y a presque deux ans dans les attentats de Ouagadougou). Un silence… Une question. Comment trouver l’énergie et le courage de mener de front un deuil si brutal et la mise en œuvre d’un lieu underground à Beyrouth ? Par la force, la qualité et la diversité d’une programmation engagée, STATION a su ainsi en quelques années s’imposer comme une des plates-formes incontournables de la scène artistique libanaise.

Après le départ de sa partenaire, la vie reprend petit à petit et les projets avec, pour une programmation tonitruante et transversale mêlant performances, concerts, expositions, rencontres ou encore projections. Sans oublier des collaborations originales avec des institutions comme le Musée de l’Elysée de Lausanne ou des personnalités du monde de l’image comme Anna-Alix Koffi d’Off the Wall notamment, et probablement prochainement un hommage à Leïla Alaoui.

Centre artistique pluridisciplinaire, créé en 2013, STATION est un lieu d’art qui s’intéresse, à l’image de ses fondateurs, aux réalités sociales à travers différents modes d’expressions artistiques. A voir absolument !

INFORMATIONS PRATIQUES
STATION
Secteur 66, rue 90
Jisr El Wati – Beirut, Lebanon
http://www.stationbeirut.com