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Skin Deep, Attention aux âmes sensibles !

Esther Woerdehoff et son équipe de choc, vous proposent leur toute dernière exposition de la saison. Jusqu’au 17 juillet, avant la fermeture estivale de la galerie, découvrez Skin Deep, une exposition collective… déconseillée aux enfants et aux âmes sensibles.

«Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau En tant qu’il se connaît.» Paul Valéry, L’Idée fixe, 1931

Paul Valéry, moustachu disciple du moustachu Mallarmé, est un poète open source revendiqué : “Mes vers ont le sens qu’on leur prête”. Ils sont le support à la fois d’une formidable maîtrise formelle et d’une virtualité sémantique illimitée. Un scripteur originel, et des milliards de sens possibles, tous aussi légitimes les uns que les autres.
Tout comme la peau, ils sont le véhicule d’un sens à la fois inaltérable et en devenir perpétuel. Cette peau qui a la poésie de nous contenir n’a rien d’une page blanche.

Grain, couleur, épaisseur, réactivité, pilosité, cicatrices, marques, elle reflète le corps et exprime l’emprise de la biologie et du temps. Tatouages, piercings, scarifications, elle exprime l’énergie mobilisée pour répondre à cette emprise. L’individu n’existe que parce qu’il est en relation. La peau est l’enveloppe qui tout à la fois le contient et lui permet d’entrer en contact avec l’extérieur. Elle est le media du corps en interaction avec l’environnement. La peau, organe de la rencontre de soi et du monde, montre où chacun place le curseur ; vos limites sont-elles une basse clôture de bois blanc ? Une pergola ? Un mur de pierres de trois mètres d’épaisseur ? Un no man’s land à miradors et barbelés ? Un trait à la craie sur le sol ? Le cap Horn ?

Tatoués ou pas, les sujets d’Andreas Fux, Pedro Slim et Karlheinz Weinberger ont laissé voir aux photographes leur curseur, en équilibre entre la vulnérabilité et la force, l’inconscient et le revendiqué, la maîtrise et le lâcher prise. Les contours de leur être.

Scoutés dans la rue, les jeunes mexicains qui posent pour Pedro Slim dans les années 2000 sont de beaux indifférents aux corps doux et lisses sur lequel tout glisse, à commencer par la lumière et le regard du photographe. Le grain de leur peau, intacte, pleinement biologique, et celui du tirage argentique, les placent précautionneusement hors du temps, comme de silencieuses idoles, virtuellement offertes à toutes les prières.

Les clubbeurs berlinois d’Andreas Fux ont fait, eux, de leur corps un temple. Un temple où on s’amuse bien, et soigneusement orné pour honorer son/ses dieu(x) : sexe, douleur, éveil de la conscience. Mais aussi un temple de rituels et de chemins de croix, de labyrinthes et d’initiations. Un temple fait pour se recueillir, dans la lumière blanche et radieuse du studio photo. Se marquer, se tatouer, c’est renaître. Aller à l’encontre d’un corps donné pour parfait, et se l’approprier, le marquer de sa présence par l’affirmation, “Ceci est mon corps”.

“La marque est une limite symbolique dessinée sur la peau, elle fixe une butée dans la recherche de signification et d’identité. Elle est une sorte de signature de soi par laquelle l’individu s’affirme dans une identité choisie. A défaut d’exercer un contrôle sur son existence, le corps est un objet à portée de main sur lequel la souveraineté personnelle est presque sans entraves. La marque corporelle traduit la nécessité de compléter par une initiative propre un corps insuffisant en lui-même à incarner l’identité personnelle.

Elle a souvent valeur d’une mise au monde.” (In L’identité à fleur de peau, de David Le Breton, sociologue, Libération, 30 mars 2000). La construction d’une identité individuelle et communautaire, c’est ce dont témoigne, avec tendresse et méthode, Karlheinz Weinberger en faisant défiler les loulous suisses des 50’s dans l’appartement qu’il partage avec sa mère. Une jeunesse ostentatoirement rebelle, provoc, stylée,
tatouée, se forgeant une attitude pour entrer dans la vie comme le plongeur dans l’eau depuis le grand plongeon, sous l’oeil fasciné d’un magasinier de Siemens zurichois.

Epidermes fins ou épais, jeunes ou tannés, intacts ou marqués, c’est le mystère sous le drap de Man Ray; à chacun sa propre énigme d’Isidore Ducasse : soi.

INFORMATIONS PRATIQUES
Skin Deep
Du 7 juin au 14 juillet 2018
Galerie Esther Woerdehoff
36 rue Falguière
75015 Paris
mar. – sam. 14h – 18h
http://www.ewgalerie.com
galerie@ewgalerie.com

 

Ce qu’ils font à leur Corps
En ce moment à la Maison Européenne de la Photographie

Quatre artistes de périodes diverses se retrouvent dans la même maison dédiée à la photographie, chacun dans son espace pour exalter le corps, à sa manière, dans sa matière, et sans frein puisque pour chacun d’entre eux, ce corps est le sien.

Michel Journiac, le plus ancien, figure intellectuelle artistique et provocatrice des décennies 1970 et 1980, disparu prématurément en 1995, revient avec ses œuvres et avec ses pompes : « Messe pour un corps », « Hommage à Freud », « Piège pour un travesti », « 24H de la vie d’une femme », « L’inceste, 1975 », « Le vierge Mère », « Les icônes du temps présent », « Rituel de transmutation du corps souffrant ». Autant de chapitres pour construire entre 1969 et 1994 ce qui apparaît aujourd’hui comme le testament charnel et spirituel d’un officiant transfiguré du travestissement, prêtre intégriste penché sur le corps stigmatisé comme « une viande consciente socialisée », sacralisé dans des performances vampirisant le sang même de l’artiste. Plus proche de la dérision, de la parodie que d’un masochisme aux replis mystiques, le travail de Journiac qui savait en fils BCBG entraîner ses propres parents dans une fable subversive et irrésistible sur l’inceste et la descendance, libère un souffle bienfaisant de légèreté, marquant sa distance avec une société qu’il ne souhaite pas détruire, s’inscrivant dans la scène de l’art en respectant le rite convivial et public de la performance.

Au même degré d’implication, et tout au long d’une œuvre qui voit le jour dans la décennie 1960, ORLAN (en capitales !) commence par investir l’espace spectaculaire ouvert au corps, comme objet fondamental du désir. L’exposition-installation qui occupe un niveau entier de la MEP déploie la longue suite d’autoportraits, des premiers nus flamboyants et provocateurs aux récentes figures manipulées, rehaussées par le numérique et la réalité augmentée. La première partie est dédiée à l’exaltation du corps magnifique livré en pâture au visiteurs-spectateurs, aux amateurs-voyeurs conviés à la fête, sur le fond sonore, très sonore, d’un boniment de foire offrant le baiser de l’artiste pour 5 francs, c’est-à-dire moins d’un euro. Echo lointain de la provoc’ des allées de la FIAC 1977, la réclame du baiser de baraque foraine se mêle hardiment aux références et aux allusions au patrimoine artistique confisqué par la bourgeoisie, à travers des séries érotiques et drôles : « Déshabillage », « Panoplie de la femme bonne à marier », « Tête à claques-jeu de massacre ». La transition au numérique se fait par le passage obligé de l’Art Charnel dont ORLAN pose les fondement en 1990, en recourant à la chirurgie esthétique, en architecte de son propre visage à défaire et à refaire, avec un vrai chirurgien comme maître d’œuvre et le bloc opératoire pour décor, toutes interventions photographiées en séries ou filmées en séquences. Manifeste radical du courant féministe qu’elle défend, appropriation du corps contre une apparence imposée, l’attentat d’ORLAN contre son propre visage détourne une pratique vendue aux femmes qui rêvent d’être moins laides pour accoucher du monstre d’elle-même, monstre de foire, mais de foire d’art contemporain. Le triomphe de l’imagerie numérique devait aux début des années 1990 changer la table d’opération pour la palette graphique et le scalpel pour le logiciel. Le visage un fois rendu à la quiétude, c’était au tour de l’image de se déconstruire en « Self-Hybridations » pour se refaire dans les couleurs festives d’autres cultures, précolombienne ou africaine, une manière de refermer une boucle sur les arts premiers, inspirés du corps dont il leur arrive de se nourrir. Complète, méthodique et sereine, la rétrospective ORLAN montée par la MEP rejoint les expositions qui se multiplient en Europe et dans le monde pour célébrer l’œuvre d’une artiste majeure et solitaire.

En itinéraire à conseiller, le rez-de-chaussée offre avec sa Vitrine une pause avec les autoportraits colorisés, réalisés par Gloria Friedmann à la fin des années 1970 qui marquait aussi sa fin décidée de mannequin de mode. On y accède en traversant le couloir d’écrans vidéo de Shaun Gladwell, « Dance with me video », filmages de danseurs en salle de répétition et de skateboarders en action, le tout sous une bande sonore répétitive de Phil Glass. On est alors prêt pour retrouver Martial Cherrier dans sa dernière production artistique. Puisant toujours son or dans ses archives de culturiste au sommet de sa gloire et de ses muscles, Cherrier donne à ses montages le décor de revues bien plus anciennes que lui, qui exaltaient la sculpture du corps par le défi aux haltères. Le bodybuilding n’était pas loin de séduire l’humanité en imposant un nouveau culte à la beauté, dont, à la suite de l’illustre Palatinus, Martial Cherrier a su faire du grand art.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Michel Journiac, L’action Photographique
• ORLAN, En Capitales
• Martial Cherrier, Body Ergo Sum
• Gloria Friedmann, En Chair et en Os
Dance With Me Video
Dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris
Du 20 avril au 18 juin 2017
Maison Européenne de la Photographie
5/7, rue de Fourcy
75004 Paris
http://www.mep-fr.org
Du mercredi au dimanche de 11h à 19h45

UNE APPLICATION GEOLOCALISEE

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Pour vous guider dans la programmation du Mois de la Photo du Grand Paris, Mowwgli met à disposition son application qui géolocalise les événements et les lieux du Mois de la Photo (entre autre), retrouvez les fiches des expositions, des galeries et des artistes !
Vous pouvez la télécharger dès à présent, elle est gratuite !
https://itunes.apple.com/fr/app/mowwgli/id1184953498?mt=8