Archives par mot-clé : Femmes Photographes

Namasigue, un village sans hommes
Un documentaire signé Mahé Elipe

Au sud de l’Honduras dans la région de Choluteca, un village nommé Namasigue abrite une petite collectivité de femme vivant sans hommes. Il est le reflet de la situation économique, politique et sociale du Honduras étant pour le moins instable, beaucoup sont les hommes qui ont migrés vers le nord, lorsqu’ils n’ont pas été emprisonnés voire assassinés.

Aussi ce petit village recueille une majorité de femmes qui ont dû s’adapter à vivre sans l’aide de ces derniers. Elles ont donc trouvé leur salut grâce à la culture de la noix de cajou appelée “marañon”.

La précieuse noix très en vogue aux Etats-Unis et en Europe, grâce à ces biens faits nutritifs, réclame une culture fastidieuse et minutieuse que ces femmes s’acharnent à entretenir jour après jour.

Ces dernières sont à l’origine de la création d’une coopérative nommée Crepaimasul, permettant à 5 villages de la région de Choluteca, de s’associer afin de commercialiser la culture de la noix de cajou biologique à l’étranger.

Vivant dans des conditions précaires à savoir sans eaux courantes ni électricité, elles ont néanmoins réussi à trouver un équilibre entre femmes et enfants, avec des journées rythmées par les tâches quotidiennes et la culture du précieux fruit.

Ouvrières de la terre, leur ordinaire commence à l’aube et s’éteint au crépuscule dans la cacophonie des cris vivifiant des enfants.

Ce reportage, met en lumière le quotidien de ces femmes qui font de chaque jour une épreuve. A leur côté, elles m’ont offert la douce intimité des mères de famille combiné à celle des travailleuses laborieuses. De cette offrande, j’ai saisie des moments sans artifice, ni mise en scène, des instants de réalité dans la chaleur et la confidence du foyer familial.

Reflet de ces femmes fières, aux pieds sur terre, tenant entre leurs mains, leurs précieux, leurs trésors, qui leurs permet de perdurer et subsister.

BIOGRAPHIE
Mahé Elipe est née en 1991 en région Parisienne.
Elle suit ses études à Toulouse, passant d’une Licence en Arts Appliqués, à l’université du Mirail, à une école de Photographie l’ETPA en 2012, lui permettant ainsi d’aiguiser son oeil aux arts visuels.
Elle décide ensuite de s’installer à Paris pour s’adonner complètement à sa passion, où elle travaille en parallèle en tant qu’assistante Photo dans le monde de la mode et réalise en parallèle ses premiers reportages sociaux et documentaires.
Ses mots d’ordres étant le social, l’art et la communication, elle s’interroge beaucoup sur la place de l’humain dans la société, en tirant profit du médium qu’est la photographie.
Mahé construit alors ses images en se nourrissant de la culture de ceux qu’elle rencontre. C’est notamment au cours de ses voyages, en Europe de l’Est, ou encore aux Etats-Unis et en Amérique Latine qu’elle retranscrit par l’image, une partie de l’histoire des sujets qu’elle rencontre.
Mahé Elipe est membre du studio Hans Lucas depuis novembre 2016.

www.mahelipe.com
mahe.elipe@gmail.com

Kasia Stręk, lauréate du Prix Camille Lepage 2018

La quatrième édition du Prix Camille Lepage vient d’être attribuée à Kasia Stręk pour son projet de reportage sur les conséquences du manque d’accès à l’avortement en Égypte, pays où cet acte est illégal. Son prix lui sera remis lors de la soirée du jeudi 6 septembre au Campo Santo à Visa pour l’image Perpignan.

L’Association Camille Lepage – On est ensemble a été créée le 20 septembre 2014, quelques mois après la mort de Camille Lepage en Centrafrique. Cette association a pour but de promouvoir la mémoire, l’engagement et le travail de Camille. CDP Éditions – Collection des photographes a eu la gentillesse de publier le dernier travail de Camille Lepage. L’intégralité des ventes de ce livre a été reversée au profit de l’Association Camille Lepage – On est ensemble. Cette initiative permet donc à l’association de soutenir une partie de ce prix, doté de 8 000 €, pour encourager le travail d’un photojournaliste engagé au long cours. Pour la deuxième fois, la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe (SAIF) s’engage aux côtés de l’Association Camille Lepage – On est ensemble pour financer le prix.

Kasia Strek, membre du collectif lyonnais ITEM, est photographe polonaise basée entre la France et la Pologne. Elle découvre la photographie lors de sa première année des études à l’Academie des Beaux-Arts. Avec une bourse individuelle elle voyage ensuite pour étudier la photographie documentaire à Queensland College of Art à Brisbane en Australie.

Permettant d’allier l’art, les problématiques sociales et sa recherche sur la nature humaine, la photographie documentaire devient progressivement son principal moyen d’expression.

Sa pratique se concentre sur des sujets liés aux inégalités sociales, aux questions environnementales et aux droits des femmes. Elle partage son travail entre des missions pour la presse, les ONG et le développement de projets personnels.

Elle a récemment passé plusieurs mois aux Philippines à travailler sur le développement touristique du pays et l’impact des activités humaines sur les communautés défavorisées et travaille actuellement sur un projet à long terme sur l’accès à l’avortement dans les pays où la procédure est partiellement ou totalement illégale.

INFORMATIONS PRATIQUES
camillelepageaward@gmail.com
https://www.visapourlimage.com/festival/prix/prix-camille-lepage
http://www.collectifitem.com/kasia-strek/

Véronique de Viguerie remporte le Visa d’Or humanitaire du CICR 2018

Le Visa d’Or humanitaire du CICR a été créé en 2011 pour récompenser un.e photojournaliste ayant couvert une problématique humanitaire en lien avec un conflit armé. Cette année, c’est Véronique de Viguerie qui remporte le Prix d’un montant de 8000€ avec son reportage sur le Yémen. Ce sujet rend particulièrement hommage aux femmes yéménites survivant en zones urbaines et assumant, en l’absence des hommes, le rôle de cheffes de famille ou encore de soignantes. Le Prix sera remis lors de la 29ème édition du festival Visa pour l’image Perpignan.

« Ce prix met en lumière de façon poignante l’une des pires crises humanitaires actuelles. En 10 photographies, Véronique de Viguerie rappelle la nécessité de respecter en tout temps et en toutes circonstances les populations civiles et plus généralement, l’action et le droit international humanitaires » – Frédéric Joli porte-parole du CICR en France.

Yémen : La guerre qu’on nous cache

Les tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite amènent les puissances pétrolières du Golfe mais aussi occidentales à détruire le plus pauvre des pays arabes. Épuisés, les Yéménites ne connaissent aucun répit. Depuis le 4 novembre 2017, jour où les rebelles houthis, accusés d’être soutenus par l’Iran, ont lancé un missile sur Riyad, la colère saoudienne s’abat méthodiquement sur Sanaa. Principales cibles, les bâtiments officiels mais également des habitations de civils victimes de « dommages collatéraux ». Les bombardements ne sont pourtant pas l’arme la plus dangereuse. Un blocus, imposé depuis le 6 novembre à une population qui dépendait aux deux tiers de l’aide humanitaire, fait des ravages.

http://veroniquedeviguerie.com

Le jury réuni le mois dernier était composé cette année d’Isabelle de la Gasnerie (La Croix), Lucas Menget (France info), Albéric de Gouville (France 24), Cyril Drouhet (Le Figaro Magazine), Magali Corouge (Causette), Jérôme Huffer (Paris-Match), Magdalena Herrera (Géo) ainsi que de Kathryn Cook-Pellegrin et de David-Pierre Marquet du Comité international de la Croix-Rouge.

http://www.visapourlimage.com/festival/expositions/yemen-la-guerre-qu-on-nous-cache
https://www.icrc.org/fr/document/photojournalisme-veronique-de-viguerie-laureate-2018-du-visa-dor-humanitaire-du-cicr-pour

L’autoportrait anonyme d’Andrea Torres Balaguer à la galerie In Camera

La galerie In Camera consacre sa dernière exposition avant la fermeture estivale à l’artiste espagnole Andrea Torres Balaguer. La série présentée s’intitule « The unknown », elle vient tout juste de s’achever… L’artiste catalane présente ici des autoportraits en grands formats. L’éclairage est systématique et fait ressortir les vêtements satinés ou brodés qu’elle porte, faisant écho aux portraits picturaux classiques, à la différence qu’ici, les visages sont masqués par un trait de peinture marqué d’un coup de pinceau vif et précis.

 « Je recherche un mystère très particulier, explique Andrea Torres Balaguer, une ambiguïté qui transcende la photographie, quelque chose qui englobe le spectateur, qui le capture. J’aime donner un nouveau sens aux choses. Mon travail a toujours été lié à la féminité et au symbolisme. Je ressens une interprétation de mon identité dans les personnages féminins, ils ne sont pas moi, ils ont quelque chose de moi… ». – Andrea Torres Balaguer

Pour The Unknown, l’artiste a réfléchi sur « le concept d’identité et l’importance de l’identité lorsqu’on évoque le portrait ». Elle est allée plus loin en se mettant elle-même en scène. Pourquoi ? Parce qu’elle trouvait « très agressif » cette absence de visage masqué par un trait de pinceau, peint directement sur l’image : « Non seulement je vole l’identité du modèle, mais je mets le coup de pinceau qui dissimule le visage. C’est pourquoi j’ai décidé de faire des autoportraits.
Et, du coup, il y a ce nouveau sens : c’est moi qui me déprend de mon identité, et je deviens ce que le spectateur veut que je devienne. Dès lors, j’ai de multiples identités nouvelles, sauf mon identité originale ».
(Extrait du texte de Brigitte Ollier.

INFORMATIONS PRATIQUES
The Unknown
Andrea Torres Balaguer
in camera galerie
21, rue Las Cases
75007 Paris
Du mardi au samedi de 14h à 19h
contact@incamera.fr
http://www.incamera.fr

Les 4 lauréates du festival Les femmes s’exposent dévoilées

La première édition du festival « Les femmes s’exposent » s’est inaugurée le week-end dernier, et à cette occasion, les noms des ses 4 lauréates ont été dévoilés. Le Grand Prix sur la condition des femmes a été remis à Anne Kuhn pour sa série « Héroïnes », le Prix OBS récompense Amélie Landry pour son projet « Cité vigilante », Stéphanie Buret obtient le Prix Nikon de la révélation photographique sur l’environnement et enfin Leslie Moquin reçoit le Prix SAIF du regard artistique sur la ville dans tous ses états avec Shanghai Cosmetic.

« Héroïnes » d’Anne Kuhn / Grand Prix sur la condition des femmes

Est-on jamais libre ? La liberté est-elle relative à nos contraintes, nos choix, nos erreurs, notre expérience ? Certaines héroïnes de la littérature nous donnent à réfléchir. Subordonnées à un monde masculin, victimes de leur condition ou de l’époque, mais aussi en proie à leurs propres tourments, nombres d’entre elles ne peuvent influer sur le cours de leur existence. A travers la photographie, Anne Kuhn modifie leur destin, ramène leur histoire dans un contexte actuel. Nombre de questions surgissent alors : « Comment s’affirmer en toute indépendance ? », « Qu’attendre au juste ? », « Quelle issue face au dépit ? »… Elle a posé ces questions à d’autres femmes en les incarnant dans ces héroïnes et nous interroge ainsi sur notre liberté.
https://www.annekuhn.fr/heroines

« Cité vigilante » d’Amélie Landry / Prix OBS

Au cours d’un précédent projet – Les Chemins égarés – qui m’a amenée à sillonner le territoire français, j’ai été a plusieurs reprises frappée par une série d’interpellations : des anonymes me demandaient de justifier ma présence dans l’espace publique.
Dans cet espace qui a priori appartient à tous, une personne qui n’est pas en mouvement, est – peut-être – suspecte. Suspecte d’être là, sans activité claire et identifiable. L’espace publique se limiterait-il à un espace de circulation ?
Cette forme de contrôle, je l’ai également expérimenté en traversant des quartiers d’appellation « Voisins Vigilants ». Cette fois, sans interpellation, c’est moi qui me sentais suspecte, dans un léger malaise.
« Cité Vigilante. Le nouveau contrôle citoyen » propose d’interroger ces dispositifs et la position des citoyens qui s’engagent dans ce type de surveillance. On ne verra pas dans les images des forcenés ou des paramilitaires… Mais des hommes et des femmes qui nous sont familiers. A cette nuance près, qu’on ne peut plus les qualifier de « simples citoyens » », ils sont désormais des intermédiaires au maintien de l’ordre.
http://www.amelielandry.com

« A la recherche du Paradis Blanc presque perdu » de Stéphanie Buret / Prix Nikon de la révélation photographique, sur l’environnement

Face aux mythiques sommets et glaciers des Alpes suisses – qui fondent à vue d’oeil-, les touristes internationaux se pressent par centaines. Les technologies modernes les emmènent au « Paradis » en quelques minutes chères payées.
Sur ces hauteurs, on découvre des « non-lieux » dont fait référence Marc Augé, des espaces où « l’individu s’éprouve comme spectateur sans que la nature du spectacle lui importe vraiment. Comme si le spectateur en position de spectateur était à lui-même son propre spectacle. »
Téléphériques high-tech, ponts suspendus, restaurants, vitrines, musées, spectacles et installations à sensations transforment le paysage des cimes en un Disneyland unique.
A l’heure du dérèglement climatique, le fantasme d’une vie en harmonie avec la nature et la recherche d’espaces purs attirent. Cette tension dramatique sublime le « Paradis » presque perdu ; le désenchantement fait place à la quête éperdue, à la mélancolie proustienne.
http://www.stephanieburet.com/site/fr/projects/a-recherche-paradis-blanc-presque-perdu/

« Shanghai Cosmetic » de Leslie Moquin / Prix SAIF du regard artistique sur la ville dans tous ses états

À Shanghai les phénomènes esthétiques semblent intégrés à l’univers de la production, de la commercialisation et de la communication. Partout sont diffusées des images du bonheur, de la beauté, d’une nature épanouie : sur les écrans qui parcourent les tunnels du métro, sur les façades à LED des buildings, sur les tablettes et les smartphones que tout le monde possède.
Dans le même temps, les notions de compétition, d’efficacité, de mobilité, de vitesse, de performance sont au cœur de la dynamique sociale. « Shanghai Cosmetic » traduit mon expérience de cette ville, marquée par ses excès, son exubérance, son bruit, sa pollution. Cette série joue le mimétisme esthétique de la saturation visuelle et l’image révèle autant l’artifice que la fascination qu’il exerce.
http://www.lesliemoquin.com/shanghai_cosmetic.html

A LIRE : 
> Les femmes s’exposent à Houlgate (1ère Partie)
> Les femmes s’exposent à Houlgate (2nd Partie)

> Les femmes s’exposent : un nouveau festival photographique sur la côte Normande

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes s’exposent
Festival dédié aux femmes photographes professionnelles
Première édition. Houlgate (14).
Du 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre)
http://www.lesfemmessexposent.com

Les femmes s’exposent à Houlgate (2nd Partie)

Leur travail est aujourd’hui peu présent dans la presse, les festivals, les expositions et les prix photo. Les femmes photographes représentent 25% de la programmation des événements photographiques et moins d’un quart des photographes des grandes agences ; elles gagnent moins bien leur vie. Le festival LES FEMMES S’EXPOSENT a pour vocation de valoriser et récompenser les travaux photographiques des femmes photographes, et ainsi soutenir les nouvelles et anciennes générations.

Rencontre avec Sandra Mehl

Sandra Mehl, Houlgate 2018 présente « destinés à l’horizon » © Pascal Therme

Retour sur le bord de mer, Sandra Mehl expose Destinés à l’horizon fait des photographies issues d’une série qui a commencé sur les bords de l’étang de Thau et sur les rivages de sa ville natale Sète, qui a continué ensuite sur toutes berges océanes et maritimes, à s’éprendre des situations ou apparaissent des inconnus, enfants, adolescents en groupe, familles;  trois garçons en maillots de bain sur un parapet, prêts à plonger, grelottant, un père et son fils, de loin, en haut de rochers, devant une de ces grandes cabanes de pêches en surplomb de l’océan, un pêcheur dans l’eau, quatre jeunes adultes autour d’une tente, toute situation ramenée à un vécu autobiographique et à cette tension secrète, sensation inédite d’un temps pur, consacré à soi. Il est probable que pour Sandra, ce temps là soit aussi celui des premières bonnes photographies, réminiscence de la première ”clope”, du premier baiser, toute épiphanie s’inscrivant par sa chimie dans la mémoire sensorielle, indélébile. Ce qui revient à entrevoir une forme de métaphysique de toutes les fois où s’est inscrit le sentiment profond de l’union de soi et du monde, dans un tremblement. Ce temps privé, est une sorte d’empreinte mémorielle inconsciente, devant le rester, puisqu’un mécanisme inconscient fait jouer un plaisir secret, au moment où, la photographe retrouve quelque chose qui s’est transmis à travers sa photographie, de cette sensation, de ce qui a fait événement, de ce qui est advenu, malgré soi ou avec soi, vaste question…. ce qui ne peut être qu’ inédit, disparaitre sans prévenir, sans qu’aucune mécanique ne puisse assurément et à coup sur re-produire ce qui troue la continuité du temps où il ne se passe rien; Une mélancolie, expression d’un manque inconscient devenu spleen conduit toujours l’auteure à le rechercher mystérieusement et à en jouir dès lors qu’il parait, dès lors qu’ il se manifeste. Cela est sans doute lié à ce que les grecs appelaient l’AÏON, ce temps de l’enfance lié au corps enfant et sans doute à ce que Barthes appelle le punctum… « Ce second élément qui vient déranger le studium, je l’appellerai donc le punctum ; car punctum, c’est aussi : piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure – et aussi coup de dés. Le punctum d’une photo, c’est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne). pp 48-49 » Arasse citant Barthes. Cette citation semble assez juste pour défaire les pistes qui a priori tiraient vers une  forme romanesque, romantique du réel. De fait ce mouvement d’attente serait plus proche du Nouveau Roman que du roman réaliste…

Rencontre avec Léa Crespi

Léa Crespi à Houlgate devant le portrait de Karin Viard © Pascal Therme

Léa Crespi expose dans une image construite ses portraits de commande pour la presse, Romain Duris, regard bleu, visage et mains,  distances interrogatives, Joan Baez, proche et silencieuse, Guillaume Galienne en pied, perdu dans le parking des anciens locaux de libération, regard en coin, silhouette hivernale, lumière crue, David Lynch, cheveux en bataille, lèvres un peu pincées, tête rentrée légèrement, regard porté, issu d’un monde intérieur comme de la surface d’un lac au bleu profond et mystérieux, d’où rien ou si peu, ne filtre, transparence du visage; Patti Smith, silhouette perdue dans une forêt d’herbe, profil filant, équilibre du temps entre sa main droite arrière et sa main gauche, silhouette romantique au long manteau et à la blancheur de sa chemise, océan de verdure, nage de l’instant, le temps semble un océan d’où il faut s’extraire par énergie et volonté… Chez Léa Crespi, Tout est suspension, occasion de mettre l’éphémère dans l’apparence, de retenir la présence au fil de l’instantanéité de la photographie, de retenir ce que le corps, le visage, disent de cette présence, sans discours, sans direction avérée; l’instant seul compte, l’instant où se dévoile l’autre dans une fraction du temps, dans ces solidités liquides de l’image, de l’imagination créative, d’un rendez vous entre deux instants, entre deux présences.  Ce qui est soumis à l’image par la lumière, assez picturale, lumière des peintres, quand l’infinitésimal de la seconde marque l’heure juste,  arrêtée  au cadran de la montre, évoque Desnos, l’acte poétique qui relie par l’espace et le regard, une sympathie élective. Léa Crespi écrit avec la lumière intérieure des regards et celle issue de l’ombre des corps, ces voyages secrets où s’imprime la sensation physique du portrait. Interrogée sur son “dispositif”, elle parle de l’un de ses portraits préférés, Karin Viard.

Rencontre à Florence Levillain

Florence Levillain à Houlgate devant son exposition « Les Habitants D’houlgate »…© Pascal Therme

Qui sont les habitants à l’année de Houlgate? Florence Levillain, en résidence, cherche à mieux connaître ceux qui font l’activité permanente de la ville, son authenticité. Enfants, jeunes parents, travailleurs ou retraités, figures de Houlgate, ils restent discrets dans le tumulte de l’été. Ici, ils nous racontent ce qui, par vents et marées, les attachent à ce lieu : un émerveillement quotidien qu’ils partagent pudiquement. Ces portraits nous font découvrir par petites touches la diversité de cette ville et la richesse des individus qui y demeurent. Source dossier de presse.

En résidence à Houlgate, Florence Levillain expose les habitants d’Houlgate, sous la forme d’une association de plusieurs images qui se recouvrent, se dévoilent, se conjuguent, pour faire portrait des hommes et des femmes, adolescents qui habitent la ville, gens dits “ordinaires” et chaleureux, évoquant avec sourire et justesse des vies, pas toujours simples mais denses, passionnées parfois, de ces personnes avec qui il fait bon échanger des propos quotidiens, qui rassurent, qui habitent le temps et l’espace, qui donnent sa densité et ses couleurs au pays, qui en sont l’âme. Peu importe que ce soit l’hiver, que la ville soit dévolue à la nuit et au froid, que l’humidité pénètre sous les pulls, une chaleur inaliénable habite ces quotidiens, dans toute sa dimension journalière et préhensile, retour des aiguilles sur l’horloge sociale, Florence Levillain transcende son sujet, fait oeuvre, se rend complice des sourires moqueurs, s’empare de la simplicité, monte ses images en accumulant un portrait, un lieu, un espace. Dans ces tropismes tout un monde se révèle, s’actualise, source identitaire qui donne à ses portraits au delà de l’enracinement du réel, une portée onirique et imaginaire libératrice. On sent que Florence a véritablement échangé avec humour et passion. Voyons donc les fruits imagés de cette passion amicale entre la ville, ses habitants et l’air qu’on y respire…il est minuit, docteur Schwertzer.

Rencontre à Laurence Geai

Mossoul jusqu’ à la mort, photographie de Laurence Geai

Laurence Geai est un témoin engagé aux côtés des populations qui souffrent et témoigne de la reprise de la seconde ville d’Irak, à l’Etat Islamique au prix de combats sanglants et meurtriers, à l’été 2017. Ces Photographies montrent la guerre en dehors de toute complaisance, sans monstration, sans système idéologique devant orienter les images vers tel message, dans une honnêteté certaine, crue, où la barbarie, la destruction, la mort sont présentes, immanquablement, afin que tous, puissent voir, par ses yeux la réalité amère et l’oeuvre du néant. James Nachtwey ne montre pas autre chose en ce moment à la MEP… Devant tant de sang, devant le jeu politique des puissances étrangères censées mettre fin au conflit depuis plusieurs années, devant les intérêts stratégiques et politiques du conflit, les diplomaties se sont montrées inefficaces et aveugles, semblent faire peu de cas de la barbarie des tyrans et du prix du sang dont les peuples s’acquittent dans la douleur et la mort. C’est avec cette humanité que Laurence Geai témoigne de son engagement au côté d’un parti-pris de vérité et d’yeux grand-ouverts sur les atrocités et le théâtre de la ville.  A regarder ces photographies, tout est dit de l’implacable carnage qui nous révoltait, de l’amplitude des moyens militaires engagés et de la ténacité des combattants contre l’état islamique. Le journal le monde International titrait “dis à celui qui pleure debout, face à la destruction, qu’au moins il n’est pas à genoux.” Et envoyait Hélène Sallon, accompagnée du photographe Laurent Van der Stock en mission sur le retour de la ville à la paix et à la reconstruction . Le monde du 7 Juin 2018. Quelques mois après la fin de la guerre, les traces du conflit s’effacent, la vie reprend son cours, mais nous ne pouvons oublier la tragédie.

A LIRE : 
Les femmes s’exposent à Houlgate (1ère Partie) publié le mercredi 13 juin 2018

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes s’exposent
Festival dédié aux femmes photographes professionnelles
Première édition. Houlgate (14).
Du 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre)
http://www.lesfemmessexposent.com
https://www.francoisehuguier.net/
https://www.florence-levillain.com/
https://laurencegeai.photoshelter.com/index
http://www.adelinekeil.eu/
http://www.valerieleonard.fr/
http://cicr.blog.lemonde.fr/tag/catalina-martin-chico/
https://www.franceinter.fr/personnes/sandra-mehl
http://www.axellederusse.fr/

Les femmes s’exposent à Houlgate (1ère Partie)

Les Femmes S’exposent est un festival dédié aux femmes photographes professionnelles toutes catégories (portrait, reportage, conflit, sport, mode, art, etc.) à l’heure où elles manquent de visibilité.

Leur travail est aujourd’hui peu présent dans la presse, les festivals, les expositions et les prix photo. Elles représentent 25% de la programmation des événements photographiques et moins d’un quart des photographes des grandes agences ; elles gagnent moins bien leur vie.Le festival LES FEMMES S’EXPOSENT a pour vocation de valoriser et récompenser les travaux photographiques des femmes photographes, et ainsi soutenir les nouvelles et anciennes générations.

Afin de rendre visible leur travail, la première édition ouvrira ses portes à Houlgate le 8 juin prochain jusqu’au 16 juillet, avec :
• une résidence
• 14 expositions en extérieur et en intérieur
• 4 prix qui récompenseront des travaux dans des domaines différents
• 3 projections de réalisatrices ou femmes photographes
• des tables rondes et des signatures de livres.

Rencontre avec Valérie Léonard

Valérie Léonard, Black Hell, sur la plage d’Houlgate. 2018
photo © Pascal Therme

Valérie Léonard présente Black Hell. Le reportage dépeint dans une image au cadre impeccable la réalité d’une très large communauté de plusieurs dizaines de milliers de “mineurs” dans la vallée du Damodar, au nord-est de l’Inde, sur un territoire assez vaste pour qu’il soit comparé à une région française. Ces mines à ciel ouvert se consument lentement, le feu y couve depuis plus de quatre vingts ans ans et dégage des vapeurs toxiques de dioxyde de carbone, soumettant la population misérable à un enfer. Enfer physique doublement, en raison des sols brulants et des trous qui se forment, avalant les abris précaires de ces familles, enfer d’un travail  physiquement éreintant, dévolu à tous, enfants, femmes, hommes, à peine payés. Toute une économie parallèle s’est organisée aux portes des sites en plein air, s’emparant du charbon entre 4h et 8h du matin, pour se rendre ensuite au marcher de la ville et le vendre, afin de pouvoir survivre. Ces rapines sont tolérées par les sociétés minières qui ont établi une exploitation scandaleuse d’une main d’oeuvre sous payée. Cette population vit avec le strict minimum, un filet d’eau leur permet à peine de se laver, les vélos avec lesquels ils transportent le charbon à une dizaine de kms, pèsent 350 kg, une fois chargé…. Loin de se lamenter ces hommes et ces femmes ont une joie de vivre malgré la souffrance et les difficultés. La photographie de Valérie Léonard témoigne de tout cela, comme de son insatiable et remarquable volonté morale à combattre les injustices, celle toute première de ne pas oublier cette humanité sacrifiée aux profits des société minières, cet engagement solide en fait une oeuvre de combat…

Rencontre avec Catalina Martin-Chico

Catalina Martin Chico, devant son exposition, Le monde suspendu des Amish, 2018 © Pascal Therme

Catalina Martin Chico, qui vient d’exposer une formidable série au Festival photo de la Gacilly pour lequel elle était en résidence également, expose le monde suspendu des Amish, où sa résidence a été beaucoup plus brève. Elle témoigne de la vie de cette communauté religieuse du 19 siècle, sans électricité, sans voiture, en dehors de tout consumérisme. Un mode de vie figé dans un code moral très strict condamne les tentations liées à la facilité d’un mode de vie plus moderne. Aucune permissivité ne semble devoir être tolérée, ni celle des plaisirs d’une sexualité libre et assumée (depuis la Beat Generation), ni celle des codes vestimentaires ou de ces déplacements en calèche de plusieurs heures pour se rendre à quelques miles. Un monde s’en trouve précipité, complètement décalé, censé formuler un rempart contre la facilité et les séductions d’une société américaine basée sur la consommation et l’hédonisme. De fait, soumise aux interdits, Catarina Martin-Chicot a rencontré nombre de difficultés pour approcher simplement ce que sont ces américains issus du passé, sanctuarisés en Pennsylvanie, en marge d’une société dite libre et de pouvoir en rapporter des images pleines et vivantes. Un parfum de joie se dégage de ces images, pour autant, d’énergie, mais tient-il au caractère généreux et solaire de la photographe, à son enthousiasme formidable, à son charisme  qui entre entier dans ses images, offrant une lecture moins critique qu’euphorique des Amish, ou à la joie de vivre de ceux ci? Que dit le reportage des failles et des tensions de ce type de communautés, des désespérances et de l’autoritarisme que pose toute micro société de ce type? Sans doute a t il été impossible de le photographier, de pouvoir s’approcher plus près de cette question, liant liberté de soi et règles religieuses, contraintes morales. Les sociétés parfaites semblent appartenir plus au domaine de l’illusoire et aux utopies qu’au projet équilibré et pacifique du vivre ensemble dans l’altérité. Voir le film, écouter les propos de l’auteure. Exposition située sur le flanc de l’église…très joli bâtiment de briques rouges….

Rencontre avec Axelle De Russé

© Axelles De Russé / Hans Lucas

Il n’y a que deux pas à faire pour entrer dans le monde de la grande nuit polaire d’Axelle de Russé, avec L’arctique sur des charbons ardents. Publiée fréquemment par la presse, prix Canon de la femme photojournaliste en 2007, Axelle présente ici, à 1000 kms du pôle nord, au Spitzberg, la nuit anciennement glaciale et toujours articque de la petite ville située le plus au nord de l’hémisphère. Aux environs de Noël, la température extérieure avoisine habituellement les 40 degrés en dessous de zéro, récemment, ce n’était pas plus de10/15 degrés, un différentiel de 20 degrés apparaissait, sans aucune neige. Axelle expliquait que l’hiver arrive en général fin Septembre, mi Octobre, c’est pourquoi l’absence de neige avant cette fin d’année a retenti comme un marqueur indéniable du réchauffement climatique, occasionnant une situation psychologiquement préoccupante pour les habitants. On imagine facilement les traductions pour la faune, les montagnes apparaissent noires, comme des canyons abandonnés par la nuit. Heureusement, obligée par son sujet, (un livre est encours) Axelle de Russé est revenue plusieurs fois, d’autres photographies dont celle d’un pasteur, en pleine nature blanche, portant une sorte de cape bleue déployée par le vent, pause en haut d’un promontoire neigeux, tandis que la ligne bleue de l’océan articque se fond avec le ciel. Il est midi, l’école est en pleine nuit, tandis qu’une neige tombe. Il est midi. De surprenantes  images décryptent ce bord de pole. en donnant la vision d’une terre devenue étrangère à elle même où la neige, la glace sont désormais  absentes du Paysage en Décembre. Voilà qui fait image au premier chef.

A VENIR : 
Les femmes s’exposent à Houlgate (2nd Partie), le jeudi 14 juin 2018

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes s’exposent
Festival dédié aux femmes photographes professionnelles
Première édition. Houlgate (14).
Du 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre)
http://www.lesfemmessexposent.com
https://www.francoisehuguier.net/
https://www.florence-levillain.com/
https://laurencegeai.photoshelter.com/index
http://www.adelinekeil.eu/
http://www.valerieleonard.fr/
http://cicr.blog.lemonde.fr/tag/catalina-martin-chico/
https://www.franceinter.fr/personnes/sandra-mehl
http://www.axellederusse.fr/

Les femmes s’exposent : un nouveau festival photographique sur la côte Normande

La première édition d’un festival photographique s’est ouverte ce vendredi 8 juin, à Houlgate. Sa thématique et sa programmation sont entièrement consacrées aux femmes photographes Une quinzaine d’expositions, un ensemble hétéroclite et réjouissant de démarches photographiques, sélectionnées et portées par Béatrice Tupin, longtemps responsable photo à l’Obs.

Françoise Huguier, marraine de cette première édition est exposée dans l’unique salle d’exposition de l’ancienne gare. Un double regard porté sur le costume et les codes vestimentaires.  Ses photographies réalisés dans les coulisses et sur les podiums des défilés de haute couture, à Paris, dans les années 80 et 90, font échos avec de récents portraits d’adolescentes photographiés à Kuala Lumpur. Les  élégantes et subtiles transparences des voiles et  plissements d’étoffes, se confrontent avec de nouveaux codes vestimentaires, des portraits de jeunes malaysiennes aux perruques fluo portant des costumes bariolés, les transformant en  héroïnes de mangas. Prenant à cœur son rôle de marraine, Françoise Huguier invite aussi et révèle dans ce même espace, Kani Sissoko, jeune photographe malienne rencontrée à Bamako. Dans une mosaïque de photographies horizontales, la jeune artiste détourne des amulettes et des fétiches de marabouts. Fixés par elle sur des troncs d’arbres, ils se plaquent sur les sinuosités de l’écorce et les fentes du tronc. Par analogies visuelles, cette démarche photographique dénonce alors, en images allusives, les mutilations sexuelles infligées aux jeunes africaines.

Les treize autres expositions sont en plein air. Devant l’Office du Tourisme, le festival commémore, à sa manière, le 74e anniversaire du débarquement pour réveiller une série de photographies de Lee Miller réalisées en Normandie, en juin et juillet 1944. Un hommage historique et complice d’une femme reporter de guerre, rendu aux femmes du front. Des infirmières et des auxiliaires, qui elles aussi, se sont exposées, en  accompagnant les armées de libération. Un reportage méconnu, paru peu de temps après la libération dans l’édition anglaise de Vogue.

A proximité, dans un jardin public où rode le fantôme de Marcel Proust, Adeline Keil photographe et enseignante à l’Ecole d’Art de Caen – Cherbourg, propose une installation de plein air. Des photographies panoramiques, singulières, qui dans une veine plasticienne, illustrent sa perception voyageuse des « Petits désordres du monde ».

C’est au bord de la plage, que le festival concentre ses propositions et va à la rencontre du grand public. Un parcours de sept expositions déclinant en un même parcours autant d’univers et de sujets. On retiendra les portraits vérité, en couleurs et  formidablement mis en espace de Léa Crespi et les photographies sportives de Corinne Dubreuil qui recomposent des séquences de tennis ou de rugby, en de superbes compositions graphiques. On s’attardera aussi sur un reportage de Valérie Léonard, constat effrayant des dérèglements écologiques, présenté dans un cadre idyllique. On y découvre comment dans un village de l’Etat du Jharkhand, au nord-est de l’Inde, des mines de charbon à ciel ouvert ont remplacé la forêt. L’extraction du minerai a aussi détruit la faune et intoxique les populations par des rejets de dioxyde de carbone.

Ce festival a aussi trouvé deux points d’ancrage sur son territoire. Il propose deux démarches et deux regards qui associent et révèlent les habitants d’Houlgate. La photographe Florence Levillain est allée à la rencontre d’une dizaine d’entre eux. Elle les restitue en portraits, avec des superpositions qui  les replongent dans leurs univers et nous relate leurs parcours avec les mots qu’ils lui ont confiés. Une autre généreuse démarche valorise de jeunes adolescents d’un centre  d’accueil. En construction de leurs identités et en quête d’intégration, on leur a confié des appareils photos pour se raconter en une exposition de plein air et porter de nouveaux regards sur ceux qui les entourent.

Pour cette première édition Les femmes s’exposent a su fédérer nombre de soutiens nationaux, dont la fondation Picto ainsi que des soutiens institutionnels et locaux. Au premier rang desquels, la ville d’Houlgate et plusieurs associations qui se sont  emparées et investies dans la manifestation.

Un nouveau festival photographique vient de naitre en se donnant une mission. Il est porté par la passion et l’enthousiasme. Chaleureux et rassembleur, il sait, avant tout, transmettre et satisfaire le goût des images en entremêlant de réjouissants et singuliers parcours photographiques.  

Cette semaine nous reviendrons plus en détail sur l’événement, avec notamment, une série d’interviews réalisées par Pascal Therme.

INFOS PRATIQUES :
Les femmes s’exposent, festival dédié aux femmes photographes professionnelles, Première édition. Houlgate (14). 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre).
http://www.lesfemmessexposent.com

 

Féminité et Grands frissons au Musée du Quai Branly!

Il ne vous reste plus que quelques jours pour découvrir l’exposition « Vous êtes finies, douces figures » au Musée du Quai Branly. Ici, les portraits photographiques de Bettina Rheims côtoient statues et masques africains. Un face à face étonnant au sein du musée des arts premiers. Parallèlement à cette exposition, on ne peut que vous conseiller de faire un détour pour fouler les allées de l’excellentissime expo « Enfers et fantômes d’Asie » visible jusqu’au 15 juillet prochain. Un doublé gagnant entre ôde à la féminité et exploration de la terreur.

Des photographies là où on ne les attend pas

Au milieu du dédale du Musée, on accède par un petit escalier à l’Atelier Martine Aublet (fondatrice de la politique mécénat du Quai Branly disparue en 2011). Un espace de liberté au cœur du Musée, qui accueille l’exposition de Bettina Rheims. Ce lieu d’expérimentation, presque caché, associe pour cette proposition curatoriale les portraits photographiques issus de sa série Polaroïd « Héroïnes » en résonance avec des statues, masques africains et sculptures d’Océanie choisis autour du thème de la féminité et de la représentation des femmes. Les associations d’œuvres racontent des histoires et nous offrent un autre regard sur les collections du musée. Le ton est rapidement donné, l’exposition orchestrée par la photographe elle-même et Philippe Dagen, est introduite par un grand portrait de sa série Femen; une femme à moitié nue portant sur le ventre une inscription, « Délivrez nous du mâle !« . Les tirages sont ensuite installés dans les vitrines au milieu d’une sélection d’objets africains et d’Océnanie.

La présence de la photographie peut surprendre au premier abord au sein de la multitude d’œuvres exposées, ce n’est pourtant pas un hasard. Très vite après l’ouverture du Musée du Quai Branly en 2006, la Biennale PhotoQuai a fait son apparition (2007-2015), la manifestation ayant pour mission de mettre en avant les artistes photographes du monde entier. L’année suivante, dès 2008, le Musée met en place une Résidence photographique annuelle. On n’oublie pas également que le Musée rassemble une collection d’arts graphiques considérable, et une collection photographique de plus de 700 000 pièces !

Ici, l’exposition « Vous êtes finies, douces figures », vous laissera peut-être sur votre faim, par sa petite surface. Alors, ne quittez pas le Musée sans être passé par l’exposition temporaire du moment : « Enfers et fantômes d’Asie » !

Une plongée dans le monde des esprits et de l’épouvante

La nouvelle exposition du Musée du Quai Branly fait parler d’elle, tant sur le fond que sur la forme. Une découverte passionnante pour les amateurs de frissons. On embarque alors pour un voyage à travers les contes et les légendes d’Asie. L’exploration est complète : la religion, le cinéma, le théâtre en passant par le manga ou encore le jeu vidéo, on déambule au fil des salles à pas mesurés.
Dès l’entrée de l’exposition, on commence à entendre les cris des visiteurs à la fois inquiets et amusés.
Depuis toujours, les esprits sont un réservoir de forme et de création pour les artistes, on se rend d’ailleurs compte, dans ce domaine, de ce que la culture asiatique a apporté au monde occidental.
Nous ne souhaitons pas vous en dire plus sur ce que vous découvrirez une fois l’entrée franchie, mais méfiez-vous, dans les recoins sombres peuvent parfois apparaître des personnages particulièrement effrayants !

INFORMATIONS PRATIQUES
• Vous êtes finies, douces figures
Bettina Rheims
/!\ Derniers jours : Du 20 mars au 3 juin 2018
• Enfers et fantômes d’Asie
Du 10 avril au 15 juillet 2018
Musée du quai Branly – Jacques-Chirac
37 Quai Branly
75007 Paris
Fermeture le lundi.
Mardi, mercredi, dimanche : 11h00-19h00
Jeudi, vendredi, samedi : 11h00-21h00
http://www.quaibranly.fr