Archives par mot-clé : Fondation

Notre invitée de la semaine est Joséphine de Bodinat

Pour cette semaine de rentrée 2018, nous avons le plaisir d’accueillir Joséphine de Bodinat. Enarque, carrière dans la Finance, puis mécène à travers notamment une fondation familiale pour aider des associations qui « toutes illustrent l’idée de partage et d’attention aux autres dans toutes les dimensions de la vie », Josephine choisit la photographie comme axe culturel de cette fondation à travers la création en 2012 d’un prix de « niche » qui va célébrer sa cinquième édition le 18 janvier prochain.

Le Prix Camera Clara récompense un travail d’auteur réalisé à la chambre photographique inédit et présenté en série. La remise du Prix de l’édition 2017 et l’exposition du lauréat Guillaume Zuili et des finalistes Mustapha AzeroualPatrick Tournebœuf se dérouleront à la galerie Folia dès la semaine prochaine.

Le Portrait chinois de Joséphine de Bodinat

Si j’étais une œuvre d’art : Un bouddha du Gandhara
Si j’étais un musée : un petit musée de province abritant un chef d’œuvre, un seul.
Si j’étais un artiste : le sculpteur anonyme de Notre Dame de Vauclair
Si j’étais un livre : le comte de Monte Cristo
Si j’étais un film : Roselyne et les lions de Beneix
Si j’étais un morceau de musique : la première suite pour violoncelle seul de Bach jouée par Pablo Casals
Si j’étais une photo accrochée sur un mur : un petit étang en plein cœur du Morvan
Si j’étais une citation : « Le temps est une image mobile de l’éternité »
Si j’étais un sentiment : le sourire et ce qu’il suppose
Si j’étais un objet : le lampadaire COCON de Céline Wright
Si j’étais une exposition : Rothko musée d’art moderne-1999.
Si j’étais un breuvage : une Caipiroska
Si j’étais une héroïne : « L’art nous offre des énigmes mais par bonheur aucun héros » (Maurice Blanchot)
Si j’étais un vêtement : chaud et souple l’hiver, léger et fluide l’été

Carte Blanche à Joséphine de Bodinat : Prix Camera Clara (mardi 9 janvier 2018)
Carte Blanche à Joséphine de Bodinat : 3 lieux à partager (mercredi 10 janvier 2018)
Carte blanche à Joséphine de Bodinat : Olivier Follmi (jeudi 11 janvier 2018)
> Les Bons Plans de Lisbonne de Joséphine de Bodinat (vendredi 12 janvier 2018)

https://www.prixcameraclara.com
https://fondationgresigny.fr

Carte blanche à Marie-Elisabeth de la Fresnaye : Turbulences sur l’Espace Culturel Louis Vuitton

Aujourd’hui fermé au public l’Espace culturel Louis Vuitton au dernier étage du flagship des Champs Elysées offrait un havre de calme et d’évasion au delà du tumulte consumériste du quartier. A mesure que l’on prenait de l’altitude dans cet ascenseur totalement sombre d’Olafur Eliasson notre esprit s’ouvrait à l’inattendu, au hasard, au possible.
Les soirées qui se prolongeaient sur la terrasse ouverte l’été et le sentiment de dominer la ville lumière. Comme dans une photo en contre plongée d’Izis.

Marie-Ange Moulonguet, l’âme du lieu, nous accueillait toujours de façon sincère et chaleureuse. Elle fait partie des rencontres qui ont compté dans mon parcours.
Aussi bien les expositions que les rencontres, performances, soirées, ateliers enfants proposés (mes filles ont adoré !) nourrissaient et prolongeaient nos réflexions.
Le voyage et l’ailleurs (Inde, Orient, Chili, Turquie..), l’écriture, la musique, autant d’univers capturés par des artistes et commissaires habités.

Après hésitation, je choisis l’exposition Turbulences (de juin à septembre 2012)

« Trois ans que le critique d’art Pierre Sterckx travaille sur la notion du chaos (de Leonard de Vinci aux mobiles du XXè siècle) jusqu’à ce que Pierre Rosenberg lui propose de partager le commissariat de l’Espace Culturel Louis Vuitton autour d’une dizaine d’artistes qui explorent avec les moyens d’aujourd’hui (qu’ils soient rudimentaires ou ultra technologiques) les potentialités plastiques et philosophiques de ces mouvements imprévisibles de la matière. Nous suivons les méandres de son cerveau (autre zone de turbulences) dans un parcours où les fluides, les déplacements du corps, du vent, la fuite du temps agissent de concert pour un art de la fugue impermanent. Se plaçant sous le règne de la physique et de la phusis (nature) notre critique d’art convoque avec brio Aristote, Héraclite, Nietzsche ou Leonard de Vinci. Dès le seuil avec les tourbillons colorés de Miguel Chevalier, un des pionniers de l’art virtuel ou numérique nous agissons sur un monde en transformation perpétuelle. Avec la galaxie-spirale d’Elias Crespin le silence s’installe devant la magie du phénomène de ces subtiles structures élégantes et articulées dans un grand ballet de formes. Une chorégraphie fragile et hypnotique. Avec Ryoichi Kurokawa nous basculons du côté des champs de force et des perceptions synesthésiques à partir d’une ligne d’horizon tantôt saturée, tantôt dissoute, tantôt unifiée. Une surimpression vertigineuse. Les « tondo » graphiques et mandalas muraux de Loris Cecchini favorisent l’altération de nos perceptions à partir d’étranges protubérances ou d’ondes de turbulences comme dans un espace hanté des fantômes des objets. Puis je retrouve avec plaisir Jorinde Voigt que j’avais découverte à l’occasion du prix Guerlain du dessin contemporain qu’elle a remporté cette année. Partant de la musique (c’est une excellente interprète) d’éléments vectoriels ou des vibrations de deux baisers, ses systèmes numériques codés sont autant de réseaux interconnectés d’un ensemble opératoire riche de toutes les métamorphoses. Avec Petroc Sesti nous sommes au coeur de la turbulence avec une forme aléatoire et extrèmement structurée, sorte de toupie d’air et d’eau qui cristallise tous les regards. Emerveillement et vertige des sens devant de volume de verre qui contient la machinerie fluide et reflète tout ce qui l’entoure. L’oeuvre suivante d’Attila Csörgo penche plutôt vers un art du bricolage teinté de poésie à partir d’éléments artisanaux et rudimentaires la plupart du temps. De simples petites turbines à même le sol qui actionnent les propriétés aérodynamiques de divers sphères géométriques solides pour une philosophie spéculative des objets du quotidien. Mutations du réel à l’oeuvre chez Pascal Haudressy dont les origines Ouzbèkes le conduisent toujours à un art ornemental mouvant. Avec l’installation « Choice » magnifique branche d’arbre traversée par le vent en résonance avec l’architecture du lieu il interagit sur la matière, l’ombre et la lumière. Prodigieuses métamorphoses délicates et sensuelles de Sachiko Kodama qui distille un enchantement secret dans un art du passage hérité de son Japon natal.
Angela Bulloch que l’on ne présente plus n’a de cesse de repousser les limites de la composition dans des possibilités chromatiques infinies. Ses structures digitales pixélisées comme des constellations lisibles multiplient les ruptures avec le quotidien du spectateur. Perception de l’infini aussi avec Zilvinas Kempinas dont le Centre Pompidou vient d’acquérir une oeuvre, et c’est important de terminer sur cette sorte d’anneau de Moebius en puissance, qui fait flotter des bandes magnétiques à partir de ventilateurs industriels. Des lignes-volumes d’arabesques qui agissent comme des ritournelles. Répétitives et aléatoires à la fois, elle finissent par agir et danser comme des machines de liberté. C’est bien à cela que voulait parvenir Leonard de Vinci émerveillé devant la chevelure d’une femme comme nous le rappelle Pierre Sterckx, ces « degrés de liberté » ou « micro-tourbillons » comme les appellent les scientifiques. Une démonstration à vivre sans plus attendre…

Nous savions que tout ceci serait remplacé par l’actuelle Fondation dans le Bois de Boulogne mais le côté intimiste de ces expériences appartient désormais au passé !

Consulter les archives de l’Espace Culturel :
http://www.louisvuitton-espaceculturel.com/expositions.html

Les résidences d’artistes de la Fondation d’entreprise Hermès au Palais de Tokyo

Belle et simple soirée que la Fondation d’Entreprise Hermès offrait au Palais de Tokyo lors du vernissage de l’exposition “Les Mains sans Sommeil”.

La Fondation Hermès donnait à voir le résultat des résidences de neuf jeunes artistes dans ses manufactures, neuf jeunes artistes émergents qui se sont imprégnés des valeurs chères à Hermès et qui ont été inspirés par les matériaux de prédilection de la marque: cristal, soie, faïence, maroquinerie. Saynètes sur notre mode de vie contemporaine et ses excès, objets ‘reinventés’ et reproduits, œuvres d’art et d’artisans fruits de recherches plastiques centrées sur le language, le dessin, le volume.

Le programme est placé sous la supervision et le parrainage d’artistes “mentors” confirmés tels Jean-Michel Alberola, Ann Veronica Janssens et Richard Fishman.

Coup de cœur particulier pour les œuvres de Io Burgard, Bianca Argimon, DH McNabb, Anastasia Douka, entre autres (Cf. Photos)

Bel hommage aux artisans d’art, aux métiers d’exception, à la tradition et à la transmission d’un savoir-faire ainsi qu’à la créativité de jeunes artistes. On attend d’ores et déjà l’exposition résultante du troisième cycle; Françoise Pétrovitch sera l’une des artistes marraine de ce cycle.

Cette exposition au Palais de Tokyo marque la fin du deuxième cycle et l’ouverture du troisième cycle du programme. Les parrains du troisième cycle du programme de résidences sont les artistes : Michel Blazy, Isabelle Cornaro et Françoise Petrovitch.

Les résidences d’artistes au cœur des Manufactures Hermès, depuis 2010 :
http://www.fondationdentreprisehermes.org/Savoir-faire-et-creation

INFOS PRATIQUES :
Les Mains sans sommeil
9 artistes résidents des Manufactures Hermès
Jusqu’au 7 janvier 2018
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson
75116 Paris
Ouvert de midi à minuit, tous les jours sauf le mardi
http://www.palaisdetokyo.com

Actualités de la Fondation Hermès :
• Programme New Settings
Arts de la Scène
Seize spectacles soutenus par la Fondation présentés dans plusieurs institutions d’Île-de-France
Du 13 septembre au 21 décembre 2017
• Exposition Noriko Ambe
Under The Big Tree
A loft at Hermès, Singapour
Du 22 novembre 2017 au 11 février 2018
• Exposition Rosa Maria Unda Souki
On The Corner of Londres
And Allende Streets (1938-1954)
Atelier Hermès, Séoul, Corée du Sud
Du 7 décembre 2017 au 4 février 2018
• Exposition Fujiko & Ukichiro Nakaya
Greenland
Le Forum, Tokyo, Japon
Du 22 décembre 2017 au 4 mars 2018
• Exposition Jean-Luc Moulène
En Angle Mort
La Verrière, Bruxelles, Belgique
Du 19 janvier au 31 mars 2017
http://www.fondationdentreprisehermes.org

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Fondation Louis Vuitton. Le MoMA à Paris, quel musée du futur ?

Après la collection Chtchoukine et ses 1,2 million de visiteurs, la fondation Louis Vuitton poursuit son engagement en faveur de chefs d’œuvres emblématiques avec « Etre moderne : le MoMA à Paris«   réunissant, un ensemble exceptionnel de 200 œuvres incarnant l’audace et l’esprit d’avant-garde de l’institution new yorkaise et la stratégie visionnaire d’une collection en perpétuel mouvement. L’occasion également de dévoiler aux visiteurs la préfiguration des nouveaux parcours marquant la fin du projet d’extension du musée pour 2019.

Alfred H.Barr, mémoire d’un visionnaire

Le MoMA, entre sa fondation en 1929 par trois collectionneuses- mécènes : Lillie P. Bliss, Abby Aldrich Rockefeller et Mary Quinn Sullivan et Glenn D. Lowry qui le dirige aujourd’hui et prévoit un ambitieux projet d’agrandissement pour 2019, a vu ses enjeux considérablement évoluer.

Le parcours investissant l’ensemble du vaisseau amiral de Frank Gehry volontiers polyphonique, favorise des rapprochements transversaux inédits et interroge les défis auxquels la collection est confrontée à l’ère d’internet et de la mondialisation. Tous les médiums sont représentés.

Entre tropisme européen, ancrage local et ouverture géographique non occidentale sa politique d’acquisition affirme une volonté réactive et pionnière en ce qui concerne l’Amérique latine, les Afros-américains, les femmes, les questions de genre et d’identité ou l’Europe centrale.

Chronologiquement les galeries au rez-de-bassin ouvrent sur le premier MoMA d’Alfred H.Barr les yeux tournés vers l’Europe avec des chefs d’œuvres de Cézanne (le Baigneur), Picasso (l’Atelier), Brancusi (l’Oiseau dans l’espace), Signac (Portrait de Félix Fénéon), Matisse (Poissons rouge et palette), Duchamp (Roue de bicyclette), De Chirico (La mélancolie du départ), Man Ray (Anatomies), Magritte (le Faux miroir)..emblématiques des origines et grandes conquêtes de la modernité. Pour contrebalancer cet héritage européen, Edward Hopper avec « Maison près de la voie ferrée » est vite devenu un emblème national.

Une rupture s’amorce avec Max Beckmann contraint de fuir l’Allemagne nazie.

Puis le point de bascule en faveur des Etats-Unis s’impose dans les années 1950 avec les ténors de l’Expressionisme Abstrait : Jackson Pollock, Willem de Kooning ou Mark Rothko.

Un cheminement par paliers

Au rez-de-chaussée annoncé par le somptueux Wall Drawing de Sol LeWitt, l’Art minimal se confronte au Pop à travers notamment Ellsworth Kelly, Frank Stella et Andy Warhol, Jasper Johns, Roy Lichtenstein.

Changement complet de paradigme au 1er niveau dans les années 60 avec l’art en action, Joseph Beuys et sa mythologie personnelle, George Brecht et le mouvement Fluxus, Bruce Nauman et l’usage du néon. Performance (Felix Gonzales- Torres), danse (Yvonne Rainer), video (Laurie Anderson) anticipent radicalité et permutations de l’image avec Barbara Kruger (consumérisme, religion,pouvoir), Cindy Sherman (stéréotypes féminins) ou Gerard Richter (l’après 11 septembre). Emeutes raciales, épidémie du sida, violence, l’art est le reflet d’une Amérique en proie à ses démons.

Au 2ème niveau de nouvelles scènes apparaissent avec la globalisation : l’Egypte (Iman Issa), la Turquie (Ash Çavuşoğlu), la Thaïlande (Rirkrit Tiravanija né en Argentine) teintées d’enjeux identitaires et politiques. Il est à noter que depuis 2009 le MoMA a été l’un des premiers avec la Tate à créer des groupes de recherche sur ces aires géographies extra occidentales.

Les nouvelles technologies font leur irruption au musée avec les Emoij originels, conçus par Shigetaka Kurita pour une société de télécommunications japonaise, le Google Maps Pin de Jens Eilstrup Rasmussen ou l’arobase stylisée de Ray Tomlinson et quelques jeux vidéos déjà considérés comme historiques.

L’installation hypnotique de Ian Cheng nous entraine dans des univers mutants autour des enjeux de l’intelligence artificielle (IA) avec la fresque « The Emmissary », incompatible pour la cognition du cerveau humain, ce qui empêche d’en suivre la narration. Brillant et inquiétant à la fois.

Last but not least et pour reprendre son souffle après une telle traversée, l’ l’installation sonore « The Forty-Part Motet » de Janet Cardiff à partir d’une musique de la Renaissance interprétée par 40 voix du Salisbury Festival Choir et retransmise par 40 haut-parleurs qui forment ici une ronde. Le visiteur peut alors se déplacer pour les entendre tour à tour dans ce qui ressemble à une méditation. Poétique et sensiblement juste dans cet espace en forme de chapelle dessiné par Gehry en hommage à le Corbusier (Ronchamp).

La scénographie a d’ailleurs été l’objet de vraies recherches de la part de la Direction artistique de La fondation Louis Vuitton afin de favoriser un cheminement par paliers avec des espaces interstitiels dédiés à creuser certaines démarches.

Qu’est-ce qu’être moderne ? Quel sera le musée d’art contemporain du futur ? A l’heure du flux constant, des identités plurielles et fragmentées, de l’instable et du chaos, les défis sont nombreux pour les collections du MoMA et de nos institutions européennes.

Outre son aspect formel séduisant, le propos de cet accrochage remarquable à plus d’un titre, bouscule les canons de l’art et invite à changer de focale pour nous tourner vers de nouveaux horizons et référents esthétiques.

Catalogue co-édition The Museum of Modern Art, New York et la Fondation Louis Vuitton, Paris. 288 pages, 50 €.

INFOS PRATIQUES :
Etre moderne : le MoMA à Paris
Jusqu’au 5 mars 2018
Fondation Louis Vuitton
8 avenue du Mahatma Gandhi
75116 Paris
Programmation autour de l’exposition : tables rondes, rencontres, cinémas…
Première nocturne le vendredi 3 novembre avec une Carte Blanche à l’artiste LELE SAVERI, photographe curateur et un dj set de GRAND BLANC
Jusqu’au 2 mars, tous les premiers vendredis du mois de 19h à 23h, la Fondation Louis Vuitton célèbre l’art et la culture américaine à travers ses Nocturnes, soirées festives qui permettent de voir et vivre autrement l’exposition « Etre moderne : le MoMA à Paris »

Il est fortement conseillé de réserver son entrée à l’avance via la billetterie :
https://billetterie.fondationlouisvuitton.fr
http://www.fondationlouisvuitton.fr/

La Fondation Gulbenkian (Lisbonne et Paris), fabrique de rêves pour Mathieu Copeland

Connu pour s’affranchir du cadre habituel de l’exposition Mathieu Copeland (né en 1977. vit à Londres) au fil de ses projets (Centre Pompidou, MAC de Lyon, Synagogue de Delme, Kunsthalle de Bern..) place le visiteur face à un vide qu’il doit dépasser à travers des œuvres mouvantes et activables qui nécessitent toute son acuité.

Des partitions lues, parlées ou chorégraphiées qui trouvent dans les espaces blancs immaculées de la Fondation Gulbenkian à Paris une résonnance bien particulière, un passage et non une fin en soi. Cette radicalité part d’un phénomène bien sensible, celui du rêve et en l’occurrence celui de Mathieu Copeland dans le merveilleux jardin de la Fondation à Lisbonne.

« L’exposition d’un rêve » s’orchestre comme un mandala mental à partir de 12 rêves, transposés en musique par le compositeur et performeur allemand FM Einheit puis interprétés par les chanteurs du Chœur Gulbenkian dans deux des amphithéâtres de la fondation Gulbenkian à Lisbonne, et refondus suivant des formes de mandalas dessinés par des artistes.
Le spectateur parisien est alors invité à capter de tout son être ces traces chimiques et éphémères et à compléter cette équation où cet évènement d’essence immatérielle, cette performance de rêves, se cristallise. L’exposition et le rêve se contaminent mutuellement selon le principe de la polyphonie. Comme le déclarait Yoko Ono : « Un rêve que l’on rêve seul peut être un rêve, mais un rêve que deux personnes rêvent ensemble est la réalité ».
Le spectateur est aidé en cela par le libretto de l’exposition, le 3ème temps en quelque sorte (après l’enregistrement et la composition) qui s’inscrit dans le catalogue, autre matériau dont les contours sont également questionnés par le commissaire.
Parmi les rêves originaux et tous les mandalas reproduits dans le catalogue penchons nous sur l’œuvre ultime de l’artiste portugais José de Almada Negreiros, chef de fil des avant-gardes, ce mural à l’entrée de la fondation à Lisbonne, qui forme un pentagramme à la fois abstrait et magnétique.
Philippe Decrauzat à partir d’une réplique d’une étoile qui orne la tombe d’André Breton au cimetière des Batignolles, convoque dans le dessin le polyèdre aux 24 facettes décrit par Luca Pacioli en 1509.
La chorégraphe Myriam Gourfink au MUAC de Mexico à partir du souffle, de la concentration et de la lente mastication imagine une matière dansée qui se décline à chaque lieu. Elle fusionne ici quatre partitions l »‘Espace souffle, l’Espace force, l’Espace personne et l’Espace air », comme elle le décrit dans le précieux catalogue.
Olivier Mosset avec le « Shapped canvas » s’inscrit dans une critique du format traditionnel du tableau. Les shapped canvas rectangulaires ou carrés signent un retour au monochrome débarrassé des contraintes du modernisme pour choisir une orientation libre et déterminée selon les occasions.
Eduardo Terrazas à travers les « Cosmos » nous offre une occasion de jouer à travers cette fragmentation du carré magique tel que celui de la mélancolie de Dürer, comme il l’explique dans le catalogue.
Nous trouvons également le texte fondateur de Dan Graham « le jardin comme théâtre comme musée » d’où découle sa conception des pavillons héritée de la Renaissance, où le spectateur est l’acteur indispensable de l’ activation de l’oeuvre. Ainsi avec « Passage intime »conçu en parois convexes et concaves de verre semi-réfléchissant, les gens qui s’y engagement perçoivent leur distorsions et leurs corps qui se frôlent induisant un contact physique furtif.
Il est à noter que le design du catalogue s’intègre à la même ligne que la collection « Textos Classicos » de la Fondation Gulbenkian devenue elle-même matériau de possibles.
Un parti prix audacieux mais qui fonctionne si l’on prend le temps de lâcher prise et quitter ses repères habituels face au contexte d’exposition.

Avec :
Les rêves de Gabriel Abrantes, Genesis Breyer P-Orridge, FM Einheit, Tim Etchells, Alexandre Estrela, Susie Green, David Link, Pierre Paulin, Emilie Pitoiset, Lee Ranaldo, Susan Stenger et Apichatpong Weerasethakul
Interprétés par FM Einheit avec Volker Kamp, Robert Poss, Susan Stenger, Erika Stucky, Saskia von Klitzing et les chanteurs du Choeur Gulbenkian
Joués à travers les Mandalas de José de Almada Negreiros, Philippe Decrauzat, Myriam Gourfink, Olivier Mosset et Eduardo Terrazas.

INFOS PRATIQUES :
L’exposition d’un rêve
Jusqu’au 17 décembre 2017
Fondation Gulbenkian, Délégation en France
39 bd de la Tour Maubourg
75007 Paris
Programmation en résonnance : rencontre avec Francisco Tropa, colloque avec la bibliothèque en partenariat avec l’université de Zurich »l’architecture du livre d’architecture »,conversation entre les artistes Filipa César et Louis Henderson.
https://gulbenkian.pt
Site du commissaire :
http://www.mathieucopeland.net/

Fondation agnès b.

« Untitled »© Jean-Michel Basquiat, 1982, crayon et pastel gras sur papier, issus de la collection Agnès b

La styliste agnès b. réputée pour sa collection d’art contemporain, dont elle expose cet été 400 pièces à la Collection Yvon Lambert à Avignon, a annoncé la création et la localisation de sa fondation à Paris, dans un quartier populaire intra-muros pour le printemps 2018. Mécène et passionnée d’art, elle a constitué au fil des ans une collection de plus de 5000 pièces, de la photographie au streetart en passant par la sculpture qu’elle souhaite dorénavant partager avec le public.

Rencontre avec Guillaume Désanges, commissaire à la fondation Hermès, Bruxelles

« Poésie pour l’intuition
Balistique par l’intention,
Poésie par la distance, balistique par le choc
Poésie par évanescence, balistique par la précision (..) »
– Guillaume Désanges extrait de poème 2016

La fondation Hermès développe neuf grands programmes qui articulent savoir-faire, création et transmission. Elle s’engage ainsi pour la production et les artistes, assurant notamment la programmation de 5 espaces d’exposition dans le monde, dont la Verrière à Bruxelles. Guillaume Désanges critique d’art et commissaire indépendant français est le commissaire depuis 2013 de la Verrière inaugurant un nouveau cycle d’exposition « Des gestes de la pensée », suivi par le cycle « Poésie balistique ». Nous l’avons rencontré à Bruxelles la veille de l’ouverture de la 4ème exposition de ce cycle dédiée au britannique Tris Vonna-Michell qui avait déjà été présenté dans l’exposition inaugurale du cycle en avril 2016.

Des aquariums comme des light-box, des fantômes d’images qui flottent, une archive dormante et muette, il est bon de poser quelques jalons avant de se lancer dans ce jeu d’énigmes visuelles et sonores, diurnes et nocturnes, rationnelles et intuitives.

Mowwgli : En quoi l’univers de Tris Vonna-Michell entre t-il en résonnance avec votre cycle Poésie balistique conçu pour la fondation Hermès ?

Guillaume Désanges : Il faudrait plutôt dire que c’est le cycle Poésie balistique qui entre en résonnance avec l’univers de Tris Vonna-Michell, l’un des artistes qui m’a inspiré l’idée du projet aux côtés de la poésie concrète et de l’art minimal. Ce jeune artiste, contrairement aux générations précédentes qui séparaient l’art conceptuel ou la pratique documentaire de la question poétique, et même s’il est issu de ces problématiques, affirme une poétique de la restitution ou de la forme. Il est au cœur de ces enjeux qui entendent dépasser cette opposition entre conceptuel, minimalisme et poésie.

Mowwgli : Le titre « Punctuations & perforations » agit comme le déclencheur de ce voyage sensoriel, qui en est à l’origine ?

GD : C’est l’artiste qui l’a choisi, reprenant le titre d’un projet non présent dans l’exposition. Ce titre polyphonique agit à plusieurs endroits comme une allusion au rythme de la musique, de la poésie et notamment sonore, avec un lien avec ces cartes téléphoniques que l’artiste utilisait au Japon dont les perforations définissaient son temps de parole lors de ses conversations téléphoniques. Un temps de parole comme un temps de partition musicale et l’on songe aux partitions des orgues de barbarie. « Punctuations & perforations » incarne donc l’idée du temps qui passe mais aussi l’idée de la pellicule du film et de la photographie, objets perforés qui permettent de gérer le temps. Rapport à l’image, à la poésie, à la musique, à la partition, très en écho avec l’exposition.

Mowwgli : Comment la problématique de l’image se trouve t-elle au cœur de l’exposition et de la démarche de l’artiste ?

GD : La problématique de l’image innerve toute l’exposition à travers des images fixes ou animés et la question de la photographie par ailleurs est au cœur du travail de Tris Vonna-Michell puisque son travail est issu d’une démarche originellement photographique. Ses premiers travaux étaient des productions photographiques à partir desquelles la parole, la poésie puis le récit sont venus prendre le relais de l’image animée. Petit à peu une sorte d’accointance et de symbiose s’est instaurée entre l’image et le récit.

Mowwgli : Quels sont les enjeux et objectifs de ce cycle Poésie balistique et à quelle phase en est-il ?

GD : Le cycle est dans son premier tiers avec un objectif résumé par le poème que j’ai rédigé pour l’exposition inaugurale dans le Journal de la Verrière. Le titre est un oxymore réunissant deux termes a priori opposés et que j’ai associés dans une forme de tension. L’idée est de montrer des œuvres qui dans une logique d’art conceptuel ont un programme, un projet, une logique a priori rationnelle mais dont le résultat, la forme finale échappe à ce programme et vient à en masquer toute une partie. C’est ce que j’appelle la poésie dans ce cycle, ce qui échappe au discours, à la logique, presque au delà de la compréhension, de la connaissance. Tandis que la balistique est quelque chose d’extrêmement tranchant. Des artistes de prime abord difficilement associables mais dont les démarches complexes et profondes vont à un moment par la forme venir briser ce programme et nous toucher directement par l’affect, le poétique.

L’artiste suivante sera l’espagnole Dora Garcia qui travaille sur des questions documentaires au départ mais avec une formulation très minimale et performative. Plus largement, elle s’est positionnée sur cette question de l’art comme une alternative au savoir et à la connaissance et rejoignait donc naturellement ma démarche.

INFOS PRATIQUES :
> Tris Vonna-Michell
« Punctuations & Perforations »
Vidéo de Présentation du cycle Poésie balistique
Jusqu’au 1er juillet 2017
> Prochainement à la Verrière :
Dora Garcia, The Fourth Wall
à partir du 6 octobre 2017
La Verrière
50 boulevard de Waterloo
Bruxelles
Belgique
http://www.fondationdentreprisehermes.org

Fondation Fiminco : Un nouveau centre dédié à la création contemporaine prévu en 2018 à Romainville

La Fondation Fiminco concrétise son engagement pour la création artistique contemporaine en créant un site destiné à accueillir chaque année plus d’une vingtaine d’artistes internationaux pour des résidences de longue durée. Les 25 et 26 février, la Fondation  ouvre ses portes au grand public le temps d’un week-end afin de faire découvrir ses futurs espaces situés dans les anciennes usines de Pantin/Romainville.

Pour l’occasion, 19 artistes investissent 5000m2 de ce site industriel qui accueillera à partir de la fin 2018 une résidence internationale d’artistes et des espaces d’exposition.

La Fondation mettra à disposition des artistes en résidence un logement et un espace de travail personnel ou commun. Ils seront accompagnés dans le développement de leur carrière ainsi que dans la réalisation de leurs projets.
Elle disposera d’équipements permettant de proposer au public plusieurs expositions simultanées ouvertes.

EVENEMENT
Week-End Portes Ouvertes Fondation d’art Fiminco
Les 25 (de 12h à 18h) et 26 février (de 13h à 18h) 2017
Artistes invités : Mikala Dwyer (la Chaufferie), Lara Almarcegui, Kirstin Arndt, Baptiste Caccia, Lynne Cohen, Paula de Solminihac, Thomas Hauri, Romain Kronenberg, Gabriel Léger, Angelica Mesiti, Hiroaki Morita, Yoshua Okon, Mateo Revillo Imbernon, Maxime Rossi, Jani Ruscica, Benjamin Testa, France Valiccioni, Barbara Wagner & Benjamin de Burca et Hannelore van Dijck
Fondation d’art Fiminco
45, rue de la Commune de Paris
93230 Romainville
Métro ligne 5, Bobigny-Raymond-Queneau.
Visite privée ouverte au public sur inscription à l’adresse email :  contact@fondationfiminco.com

Fermeture de La Maison Rouge : les mots d’Antoine de Galbert

Nous vous l’annoncions il y a 15 jours, la Maison Rouge située à Paris Bastille ferme ses portes l’an prochain. Son fondateur Antoine de Galbert ne s’était pas encore exprimé à ce sujet, nous publions aujourd’hui le communiqué expliquant sa décision.

« J’ai pris la décision de cesser les activités de La maison rouge en octobre 2018.

La notoriété de La maison rouge est devenue telle que certains l’assimilent à un service public ou à une institution, alors qu’elle est un centre d’art privé, subventionné par une fondation reconnue d’utilité publique, la fondation Antoine de Galbert qui fonctionne grâce aux revenus de sa dotation inaliénable ou d’autres donations. La fermeture de La maison rouge n’est donc qu’une ré-orientation de ma fondation, qui développera à partir de 2019 de nouvelles actions de mécénat qui restent à définir.

Cette fermeture n’interviendra que dans dix-huit mois pour mieux respecter à la fois les salariés et tous ceux avec qui nous avons contracté des engagements professionnels. Parallèlement mon activité de collectionneur, qui a toujours été dissociée juridiquement de ma fondation, continuera.

Je suis infiniment reconnaissant à la formidable équipe de La maison rouge, dirigée par Paula Aisemberg, qui comprend actuellement Noëlig Le Roux, chargé des expositions, Laurent Guy, directeur technique, assisté de Pierre Kurz et Steve Almarines, Stéphanie Molinard chargée des publics, des éditions et de la programmation culturelle, Stéphanie Dias, assistante administrative, Aurélie Garzuel, chargée de la communication, Arthur Toqué, chargé de la collection, Alicia Treminio à l’accueil, Camille Maufay aux Amis. Cette équipe a fait d’un rêve une réalité, en adhérant pleinement à la subjectivité de ma programmation. Ce qu’ils ont réalisé ensemble est unique et s’inscrira dans l’histoire de l’art contemporain.

Bien sûr, mes remerciements vont aussi aux artistes sans qui tout cela n’aurait aucun sens.

Comment ne pas féliciter aussi l’Association des amis de la maison rouge, présidée actuellement par Véronique Pieyre de Mandiargues, qui nous accompagne depuis 2004. Les 600 amis de la maison rouge sont devenus au fil du temps une référence dans le monde associatif culturel.

Les nombreux messages amicaux qui nous parviennent depuis quelques jours m’incitent à remercier les milliers de visiteurs fidèles et anonymes. Ce sont eux qui « font » La maison rouge et ce n’est que pour eux que nous travaillons depuis toutes ces années. Vendre un billet d’entrée reste d’ailleurs pour moi à chaque fois un miracle, car la fondation a toujours ignoré les méthodes de l’industrie culturelle, critiqué l’opportunisme des « coups faciles », et a tenté de s’émanciper des modes.

Une fois passée la surprise générée par l’annonce de la fermeture, il me semble essentiel de rappeler que nous travaillons actuellement et simultanément sur sept futures expositions, qui seront toutes, et plus que jamais, estampillées « maison rouge » : très prochainement L’esprit français, Contre-cultures 1969 à 1989, puis cet été une exposition de groupe, Inextricabilia, enchevêtrements magiques et une monographie d’Hélène Delprat, I did it my way ; à l’automne Etranger résident, la collection de Marin Karmitz ; en février 2018, à la fois, Black Dolls, la collection de Debbie Neff et l’œuvre de l’artiste rom Ceija Stojka (1933-2013), et enfin L’envol à partir du mois de juin 2018 (jusqu’au 30 octobre).

Que ces derniers mois soient un succès à la hauteur de tout ce que nous avons réalisé ensemble ! »

Antoine de Galbert

INFORMATIONS
La maison rouge
10 bd de la bastille
75012 Paris
info@lamaisonrouge.org
http://lamaisonrouge.org