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« Déluge & retrait », Yvan Salomone inonde le Frac de Bretagne de ses aquarelles chatoyantes

Le Frac de Bretagne présente sous le titre, Déluge & retrait, inspiré de Paolo Ucello, la première monographie de cette envergure consacrée à Yvan Salomone. Des grands panoramiques monochromes de ses débuts jusqu’aux nombreuses aquarelles aux couleurs éclatantes actuelles, cette exposition, dont le titre combine deux actions opposées, propose un voyage dans des paysages singuliers et familiers et pourtant mystérieux.

L’exposition se déploie dans les trois galeries du Frac Bretagne et regroupe plus de 150 œuvres pour certaines d’entre elles exposée pour la première fois.

La galerie Nord, nous plonge dans la genèse du travail d’Yvan Salomone avec de vastes panoramas portuaires. Bateaux, cargos, grues, containers, rythment  les lignes d’horizons. Les ports fascinent Yvan Salomone car ils sont l’essence et la naissance des villes. Ils sont les traits d’union entre le territoire (la terre) et la mer. Ces œuvres panoramiques, quasi monochromes, peintes à l’huile ou au bitume de Judée sur papier, vont petit à petit être abandonnées car ce travail avait trop de contraintes de cadre qui l’obligeaient à une représentation trop descriptive. C’est pourquoi il s’est tourné en 1991 vers l’aquarelle au cadrage plus serré et aux couleurs éclatantes qui annoncent ce qui va devenir la marque de fabrique de la pratique d’Yvan Salomone. Il produit des photographies de chasseurs d’images, des reportages sauvages sur des zones portuaires mais aussi sur toutes ces zones sans véritable valeur ajoutée, qu’il peint  ensuite à plat sur un format toujours identique  95x138mm. Son protocole de production se poursuit sur le rythme de travail qu’il s’impose avec une régularité de 6 séances de travail par aquarelle, pas plus, jusqu’au numérotage systématique de ses aquarelles dans ses titres. Il les compte et affirme en avoir réalisée 984 œuvres. Le titre est complété de la date de réalisation de l’œuvre et se termine par 11 lettres, association de mots ou de concepts dont joue avec malice Yvan Salomone.

L’accrochage de ces aquarelles dans cette galerie est ponctué de photographies d’Allan Sekula et Tacita Dean qui relient ces aquarelles au réalisme critique de pratiques et questionnent la mémoire, la réalité et la subjectivité, voire l’imposture. Dans une vitrine des photographies peintes témoignent du travail préparatoire d’Yvan Salomone.

Dans la galerie Est, l’œuvre d’Yvan Salomone entre en dialogue avec une œuvre de Benoît Laffiché. Un travail sur le territoire et les relations entre le nord et le sud. Dans le film anticolonial, une brève séquence basée sur des images d’archives, présente une vue aérienne d’un nouveau lotissement de Dakar : la Cité Ballons de Ouakam, construite au milieu des années cinquante pour loger des fonctionnaires de la base aérienne voisine appartenant à l’armée française. Benoit Laffiché  a installé sa caméra dans ce village et revient sur ces maisons ballons habitées aujourd’hui par des femmes. Le style et la forme narrative sont empreints à Chris Marker et Alain Resnais.  Un dispositif vidéo particulier de la prise de vue en plan fixe à la mise place de la projection elle-même. Pour accentuer la mise en scène, un filtre orange a été collé sur la fenêtre voisine donnant des teintes saturées au paysage de bocage extérieur dans lequel paissent des vaches, loin des terres desséchées d’Afrique.

Dans la galerie Sud, la grande galerie, Yvan Salomone a recouvert un mur de 51 mètres de long, de 144 aquarelles accrochées bord à bord. Abondance de couleurs, d’œuvres, un déluge étourdissant !

L’univers maritime et portuaire de ses débuts laisse place à des vues de chantiers et plus généralement à des paysages urbains et périurbains provenant du monde entier, de Shanghai à New York, qui se caractérisent là encore, par l’absence de références géographiques et de présence humaine. La thématique est un peu toujours la même, des zones portuaires, des zones en friche, des zones commerciales… dans lesquelles un élément architectural résiste. Paysages, architectures, objets ou structures basculent en aplats de couleurs abstraites et saturées, laissant planer une certaine ambiguïté quant à l’existence de ces lieux. Ponctuellement des formes géométriques noires ou blanches s’invitent sur l’aquarelle et interviennent comme des masques. Elles font directement référence aux œuvres de Malevitch, Carré noir sur fond blanc en particulier, ainsi qu’aux « pharmacies » de Duchamp et l’idée de guérir une image. Comme une nécessité de corriger, de rejeter, de refuser un élément, il le contraint alors avec une forme. Des objections qui sont devenues un outil pour aller au bout d’une image. Cette mise à distance du réel s’opère aussi par le choix des couleurs, vives et contrastées ainsi que par l’absence d’humain qui créer des hiatus. Un décor sans personnage c’est aussi laisser la place au regardeur.

Yvan Salomone crée ainsi tout un univers qui oscille entre réalité documentaire et fiction. Il avoue avoir été fortement fasciné et influencé par le film documentaire Fata Morgana de Werner Herzog. Ce film de 1974 faisait se succéder des impressions documentaires, dont certaines étaient mises en scène, sans chercher à développer un récit classique. Un film qui se partage en trois parties la création, le paradis et l’âge d’or. Pour Yvan Salomone, l’aquarelle est une zone à explorer, cette sérialité de près de 1000 œuvres confirmerait sa quête d’absolu.

Yvan Salomone
Déluge & retrait
Du 15 juin au 26 août 2018
FRAC Bretagne
19 avenue André Mussat
CS 81123
35011 Rennes Cedex
www.fracbretagne.fr

Rencontre avec Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne

A l’occasion de l’exposition Sculpter [faire à l’atelier] qui se développe dans trois lieux de Rennes ; le Frac, le Musée des Beaux Arts, la Criée, centre d’art contemporain, Mowwgli a rencontré Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne, tout premier Frac de France.

Mowwgli : Un an avant tous les autres, vous êtes le premier né des Frac, vous avez dû déblayer un peu le terrain ?

Catherine Elkar : Au début des années 80, il n’y avait pas dans la région de structures ou d’acteurs privés qui se consacraient à l’art contemporain. Donc nous avions un devoir de référence et d’ouverture. Construire un ensemble et des sous ensembles très ouverts et englobant : L’abstraction, le rapport au paysage et un troisième grand chapitre le rapport à l’histoire. Dans l’esprit de ce qu’avait présenté le Centre Pompidou qui s’appelait Face à l’histoire et qui interrogeait la place de l’artiste à savoir est-ce qu’il est un acteur ou un témoin de son temps ou les deux ? C’est vraiment sur ces trois grands pieds que l’on avance encore aujourd’hui.

Je fais parti de l’équipe du Frac depuis ses débuts et je sais que l’équipe du comité technique est vraiment parti d’une analyse du contexte. Elle a recherché dans une histoire proche, les artistes, les acteurs qui pouvaient permettre de fonder une identité à cette collection initiée d’un coté par un critique d’art qui s’appelait Charles Estienne et qui avait invité, dès les années 50, les artistes de l’abstraction lyrique à venir séjourner en Bretagne et à produire. Cela a créé tout un ensemble de départ avec des œuvres de Hantaï, Degottex, Soulages… De l’autre coté, avec deux grands artistes du Nouveau Réalisme, Jacques Villeglé et Raymond Hains, qui sont natifs de Bretagne.  Donc on est parti de là, puis on a acheté des œuvres dites anciennes (fin des années 40 et début des années 50) et bien sûr des œuvres contemporaines des années 80.

Mowwgli : Et aujourd’hui ?

C.E. : On tente d’échapper à l’échantillonnage et on peut avoir plusieurs œuvres d’un même artiste. Dans la collection, il y a cette volonté panoramique et ouverte, il y a aussi les ferments qui  permettent grâce à  des ensembles constitués de proposer des monographies. L’accès au grand public à certaines œuvres est ainsi facilité. Nous avons de gros ensembles dont notamment  de Gilles Mahé, Didier Vermeiren, Aurélie Nemours…

Nous sommes restés très proches de l’esprit pionnier des Frac, à savoir, la volonté d’offrir au public un panorama assez vaste de la création contemporaine en présentant tous les langages et toutes les formes de l’art contemporain.

Mowwgli : Vous avez maintenant un nouveau et magnifique lieu intégrant des espaces d’expositions. Ça change beaucoup de choses ?

C.E. : Avant la construction de ce nouveau bâtiment, nous étions déjà dans la prospective et notre programmation d’expositions nous permettait déjà d’aborder la production. Seulement nous étions nomades. Quand j’ai travaillé sur le programme de création de ce nouveau Frac, il était évident que la programmation devait être intimement liée à la collection. La production est orientée vers la collection. Tout commence et doit aboutir à enrichir la collection. Donc réfléchir à une exposition c’est réfléchir à ce qui va venir intégrer le fonds.

Lorsque je monte des monographies, par exemple, j’invite des artistes qui sont déjà dans la collection et c’est le moyen de réfléchir avec eux comment y compléter leur présence. Soit ce sont des artistes qui n’y sont pas encore mais dont la présence me semble intéressante voire indispensable.

Il  faut prendre en compte une donnée primordiale : les budgets d’acquisition ne sont plus ce qu’ils étaient. Il y a trente ans nous avions la possibilité de faire appel à des artistes de renom qui sont devenus des classiques, mais aujourd’hui, il faut trouver d’autres moyens d’acquisition. Nous devons développer des stratégies alternatives et le moment d’exposition est un moment très favorable pour lié un contact particulier avec l’artiste et l’intéresser à notre projet. Les artistes ont besoin aussi d’être présents dans les collections publiques. Cela valorise leur travail et permet d’assurer une vie à une œuvre. D’être tout simplement visible.  Ici, son œuvre sera montrée, publiée, restaurée, étudiée… donc les artistes y sont très sensibles. C’est peut être moins le cas avec des collections privées où elle est très souvent extraite au regard.

Mowwgli : La valorisation de la collection passe par des synergies, quelles sont-elles ?

C.E. : Concernant la valorisation et particulièrement la recherche, nous avons la chance d’être à Rennes et d’avoir une section histoire de l’art, un département des arts plastiques à l’université, d’avoir l’Ecole d’Art à l’échelle de la région et l’Ecole d’Architecture. Donc tout un groupe de partenaires qui nous permet de développer un programme de recherche et de travailler sur la valorisation de cette collection.

Autrement dans le cadre de la diffusion régionale, on est plutôt en lien avec les centres d’art, ou d’autres structures qui œuvrent  à la diffusion d’art comme l’Art dans les Chapelles, les associations d’artistes ou toute autre structure appartenant au réseau Art contemporain en Bretagne.

Et puis, il y a cette autre aventure qui est d’accompagner les collectivités dans la mise en place de projets d’expositions. Souvent cela correspond à des envies un peu vague et nous apportons notre expertise pour contribuer à aménager des lieux, à construire un projet. Il faut arriver à transformer une envie en projet artistique et culturel. C’est ce que nous avons réalisé avec la Ville de Landerneau qui a fait appel à nous afin d’aménager et ouvrir une galerie publique consacrée à l’art contemporain dans le cadre de la valorisation du fonds Hélène & Edouard Leclerc. Nous intervenons également sur la programmation régulièrement.

Nous avons aussi l’exemple de St Briac avec qui nous sommes allés assez loin. On monte à la fois les expos dans une galerie située dans l’ancien presbytère, la commune nous a demandé aussi des interventions d’artistes à l’extérieur comme par exemple les 111 cabines du Béchet métamorphosées par Christophe Cuzin.

Mowwgli : Cela représente à peu près combien d’expos par an ?

C.E. : Hors les murs, nous avons cinq ou sept expositions par an auxquelles nous devons ajouter tous les projets que nos amis du milieu éducatifs dans les milieux scolaires, du secteur médico-social, ou encore dans des établissements publics, ce qui représente une quarantaine de projets par an. C’est vrai, c’est assez énorme !

 Mowwgli : Quels sont les projets à venir ?

C.E. : En 2018, l’actualité sera dense avec pour commencer l’expo en cours Sculpter [faire à l’atelier] au Frac, au Musée des Beaux Arts et à la Criée, centre d’art contemporain. A la fin du mois commence Les Ambassadeurs, puis il y aura l’exposition consacrée à Yvan Salomone qui investira tous les espaces du Frac, la Biennale, et une exposition personnelle d’une artiste, Cécile Bart déjà présente dans nos collections, dont la peinture se déploie dans l’espace.

Les Ambassadeurs, est un projet particulier que nous mettons en place à la fin du mois avec le département d’Ille et Vilaine et la ville de Rennes. L’idée est de présenter six/sept expositions à l’initiative de groupes de personnes de la société civile : collégiens, personnels de l’université Rennes I, personnels de maisons de retraites… A chaque fois, les amateurs deviennent les acteurs, puisse que ce sont eux qui choisissent les œuvres, d’où le nom ambassadeurs.

Je combinerais également deux expositions. L’une dédiée à la peinture à partir des récentes acquisitions. L’autre, en écho à la Biennale, sera organisée par l’Ecole d’Art de Rennes. Il s’agit d’une biennale parallèle, intitulée Exemplaires- Formes et pratiques de l’édition, qui est consacrée aux formes et pratiques de l’édition contemporaine. Comme nous avons la chance d’avoir dans notre collection et dans un autre fonds un grand nombre de livres d’artistes, nous sommes ravis de monter ce type d’expo car ce sont des éditions qui prennent parfois beaucoup de place et par conséquent pas très souvent exposées.

INFORMATIONS PRATIQUES
Actuellement au Frac : Sculpter [faire à l’atelier] du 14 mars au 27 mai 2018
FRAC Bretagne
19 Avenue André Mussat,
35011 Rennes cedex
http://www.fracbretagne.fr

A LIRE : 
Sculptures en majesté à Rennes

Rencontre avec Nathalie Ergino, directrice de l’IAC de Villeurbanne

Nous avons rencontré Nathalie Ergino, directrice de l’IAC (Institut d’Art Contemporain) de Villeurbanne à l’occasion de la nouvelle exposition « The Middle Earth, Projet Méditerranéen » de Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham

Mowwgli : L’IAC est une double entité : un centre d’art et le FRAC, c’est bien cela ? 

Nathalie Ergino : L’IAC est le fruit d’une fusion en 1998 entre le Nouveau Musée,  l’un des premiers centres d’art en France donc (1978 – 40 ans cette année) et le Frac Rhône Alpes qui est né un peu plus tard. Il n’y a donc plus qu’une structure qui s’appelle l’IAC (Institut d’Art Contemporain). Reparler aujourd’hui  de cette double dimension n’est plus le sujet puisque pour nous c’est un tout. Un ensemble qui met au premier plan la création qui s’est aussi additionnée d’une collection et de la diffusion de cette collection sur les territoires de proximité. Ou parfois plus éloigné.

Mowwgli : Cela semble une tendance pour les Frac de produire et participer à la création ?

N.E. : En fait, nous sommes probablement un des premiers FRAC nouvelle génération. On peut considérer que nous sommes un centre d’art qui a une collection. Dans mon esprit la collection est le fruit de la création. Un centre d’art est de fait un centre de production même si nous n’avons pas de lieu de résidence dédié. Que les Frac aujourd’hui rejoignent cette question c’est très probable mais pas systématique de mon point de vue.

Notre collection n’a pas pour but d’être exhaustive ni d’être représentative. Elle est le reflet des processus de création mis en place ici et parmi les membres de notre comité d’achat  certaines personnes sont aussi en charge de projets curatoriaux dans leurs propres structures. C’est un travail collaboratif qui n’empêche surtout pas la prospection. Nous plaçons vraiment le principe de création et de collaboration avec les artistes comme point de départ.

Mowwgli : Concernant les acquisitions y-t-il une ligne directrice ?

N.E. : Si la création est un fondement chez nous ce n’est pas le cas dans toutes les structures. Il n’y a pas d’axe thématique en soit parce que ce n’est pas quelque chose qu’on aime. Ni de la part de mon prédécesseur ni chez moi. On peut toujours dégager des sections thématiques mais aujourd’hui la proximité avec la production artistique influence principalement nos choix.

Il y a quelques années nous étions vraiment sur des créations très immersives, perceptuelles, très orientées vers toutes ces questions sur la programmation d’expositions. Puis nous avons créé, initié par Ann Veronica Janssens et moi-même, le laboratoire espace cerveau sur les questions de « spacialisation », d’espace en tant qu’expérience perceptuelle, d’altération de la conscience, de perte de repères… Cette période est plutôt derrière nous, pas dans le sens de ne plus l’utiliser. Car cette expérience perceptuelle a servi d’outil qui nous amène avec plus d’acuité dans cette période qui est la nôtre. Depuis à peu près un an, on est beaucoup plus dans une approche qui tend à sortir de l’anthropocentrisme. Il ne s’agit pas de paniquer avec la question de l’anthropocène, mais de proposer ce que nous appellons, dans le cadre du laboratoire, le cosmomorphe.

Je travaille vraiment sur des notions qui nous permettent d’envisager l’art en recherche de façon transdisciplinaire, avec les sciences humaines, les neurosciences, la physique, l’astrophysique… mais aussi avec des sciences moins reconnues comme la télépathie, l’hypnose, le chamanisme… Les sciences au sens le plus large possible afin que celles-ci irriguent les projets de création et d’exposition à l’IAC. Alors bien évidemment, parce que nous sommes dans un processus de recherche, c’est un peu compliqué d’en faire un résumé précis et définitif mais ce sont les orientations d’un cycle engagé depuis novembre 2016.

Mowwgli : Pourriez-vous préciser malgré tout ?

N.E. : Le laboratoire se développe en étapes, sous formes de stations. Unités d’exploration, qui sont constituées de journées d’études, de conférences, d’œuvres à l’étude, qu’elles se déroulent in-situ ou ex-situ (comme par exemple au Centre Pompidou Metz à l’occasion de Jardin infini. De Giverny a l’Amazonie). Les bouleversements biologiques, géologiques, politiques, climatiques ainsi que les récentes recherches scientifiques, nous obligent à repenser et recomposer un monde global humain et non-humain

D’un point de vue strictement artistique, nous restons sur ses préoccupations : quel est ce moment que nous traversons ? Vers un monde cosmomorphe, c’est quoi ? Qu’est-ce que l’on peut construire ensemble qui nous amène à penser et regarder l’accélération de notre société et du monde. La littéralité n’est pas de mise mais en revanche avancer ensemble avec des  artistes et des chercheurs c’est une manière aussi de, sans se leurrer ni se mettre à la place du politique, considérer que l’on contribue à ce changement de civilisation.

Mowwgli : L’art et la science dans un même mouvement ?

N.E. : C’est vrai que la science vient confirmer nos intuitions et c’est formidable. L’idée est de plus faire partager les imaginaires plutôt que chaque discipline ne les garde pour elle. On sent que cette transdisciplinarité nous permet d’étendre ce partage d’imaginaire à plus de monde qu’à une certaine époque. C’est donc une forme de révolution qui est en place avec ces notions. Par exemple, il y a encore peu, les neurosciences régnaient en maître sur la recherche, depuis, d’autres savoirs comme la plasticité du cerveau, les VAMP neuronales, les recherches sur le microbiote et ainsi de suite sont venus enrichir nos connaissances et on voit bien qu’il y a de nouvelles interactions ou interrelations entre les disciplines. Dans ce contexte, l’homme ne peut plus être seulement au centre du dispositif, il est un des éléments constitutif de cet ensemble. Ces questions, les artistes travaillent dessus et, même si ce n’est pas notre choix spécifique de sélection, c’est quand même une orientation qui est à l’œuvre dans notre projet.

Ce n’est certainement pas un hasard que l’exposition que nous présentons en ce moment soit de Jimmie Durham et Maria-Thereza Alves. Ce sont des artistes qui, au-delà de leur pratique artistique, souvent pluridisciplinaire, ont un engagement politique, humanitaire et écologique. L’exposition, de part sa narration, aborde des thèmes comme la terre, la mer, le végétal, l’humain mais aussi les savoirs, les croyances et le chamanisme en filigrane.

Mowwgli : Quels sont les projets à venir ?

N.E. : Le programme actuel nous souhaitons le poursuivre encore au moins deux/trois ans. C’est difficile de se projeter plus loin et cela n’aurai pas beaucoup de sens, ni d’intérêt. D’un point de vue structurel, nous sommes pas mal. Certes nos locaux sont dans une petite rue mais ils sont assez étendus. C’est d’ailleurs plus un outil qu’un bâtiment. Cet outil a le mérite d’exister depuis les années 80 et a été revisité en 92. Pour les réserves, elles sont ici, pour tout ce qui est 2D et œuvres fragiles mais tout ce qui est en volume, est entreposé à vingt minutes d’ici. Il n’est pas envisagé de construire un bâtiment contemporain pout le plaisir. On a la possibilité de travailler muséalement sans les contraintes d’un musée. J’ai dirigé un musée et je peux vous assurer que c’est beaucoup simple ici. On a les avantages de notre statut d’association. On se dote vraiment pour la collection des approches muséales sans en avoir les contraintes.

Mowwgli : Quelles sont les synergies avec la région ?

N.E. : Tout d’abord, je dois préciser que la région Auvergne Rhône Alpes est un très grand territoire et qu’elle compte certainement le plus grand nombre de centres d’art. C’est donc très important pour nous, en tant que Frac, pour faire vivre notre collection. C’est vrai que l’ancien Frac est lié à l’origine de beaucoup de ces structures, nous sommes donc vraiment à leurs cotés et soudés sur des projets communs. Tous les ans, nous avons un temps fort d’une collection partagée sur un lieu du territoire. Nous avons un autre projet de création avec cinq centres d’art que l’on rassemble autour d’un projet commun. Cinq artistes que l’on choisi ensemble, c’est assez fort comme engagement mutuel.

De façon plus local, il y a une collaboration qui s’était établie avant mon arrivée afin que l’IAC soit un des lieux de la Biennale. On a réfléchi à l’idée que l’IAC trouve une place plus spécifique que simplement un lieu d’accueil. C’est pourquoi nous accueillons depuis 2009 un projet monté ensemble, dont l’inspiration revient à Thierry Raspail du MAC, un rendez-vous jeune création internationale. Dans ce cadre, l’IAC devient la section des artistes émergents lors de la Biennale.  L’école d’art nous a rejoins dès le début. C’est vraiment un projet commun : MAC (Musée d’Art Contemporain), Biennale, Ecole d’art et l’IAC pour promouvoir la jeune création. On demande à dix commissaires de sélectionner 10 artistes résidents en France et dix autres sont proposés par des commissaires de biennales du monde entier. C’est plutôt très coopératif comme démarche.

On est très heureux car je dois ajouter que les années hors biennales nous continuons à travailler ensemble notamment pour exporter nos artistes français. Par exemple, au mois de juin nous allons à Cuba.

Mowwgli : Y-a-t-il  beaucoup d’opérations comme celle-ci à l’étranger ?

N.E. : Nous la programmons une année sur deux (intercalée avec la biennale). Nous accompagnons  ces artistes afin que l’expérience soit intéressante, riche et bien sûr qu’ils puissent rencontrer une scène artistique étrangère. Ils sont déjà allés à Shanghai, Singapore, en Afrique du Sud. Nous aimons vraiment beaucoup travailler directement avec les artistes.

Merci Nathalie.

Demain, retrouvez l’article sur l’exposition en cours : The Middle Earth, Projet Méditerranéen de Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham

INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition en cours
The Middle Earth, Projet Méditerranéen
Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham
du 2 mars au 27 mai 2018
Institut d’Art Contemporain
11, rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne
http://i-ac.eu/

Rencontre avec Laurence Gateau, directrice du Frac Pays de la Loire

A l’occasion de la double exposition Décor/ Avant-Poste orchestrée par le FRAC des Pays de la Loire, sous le commissariat de l’artiste Joe Scanlan, nous avons rencontré sa directrice, Laurence Gateau.

Le Frac des Pays de la Loire brille par une programmation incroyablement riche. Il propose actuellement une double exposition Décor/Avant-Poste qui se développe sur deux lieux ; dans ses murs au Frac de Carquefou (proche de Nantes) et à la HAB Galerie située à la pointe ouest de l’île de Nantes, plus connue de la population sous le nom de Hangar à Bananes. C’est dans cette galerie que nous la rencontrons.

Mowwgli : Quels sont les axes prioritaires d’acquisition du Frac ?

Laurence Gateau : La collection du Frac, constituée depuis 1982, favorisait déjà l’achat d’œuvres de jeunes artistes. L’ensemble de la collection rassemblée depuis trente ans reflète la diversité de la création. Lorsque je suis arrivée en 2005 j’ai poursuivi cette politique. La collection regroupe des pratiques aussi diverses que la peinture, la photographie, la sculpture, le dessin, la vidéo et l’installation. Et il n’y a pas de thématique privilégiée plus qu’une autre. Pourtant nous avons réussi à dessiner une ligne cohérente au fil des ans. La collection s’oriente sur des œuvres d’artistes qui s’interrogent sur les relations entre l’œuvre et son contexte social, politique et son environnement, sur la relation de l’artiste à la nature et celles entre art, architecture et design. On a également un corpus d’œuvres autour de la question du présent et de la modernité ou encore celle du corps qui est aussi un axe que nous privilégions avec des artistes qui l’explorent à travers  la sculpture, la photographie, la vidéo et à travers la performance dont nous avons acquis quelques œuvres.

Les Frac n’acquièrent que des œuvres d’artistes de leur vivant et, c’est vrai, ce Frac a la particularité d’avoir créé depuis 1984 les Ateliers Internationaux qui permettent des résidences de cinq à six artistes pendant 2 mois. Ils réalisent des œuvres qui seront exposées et le Frac en intègre quelques unes dans son fonds. On est vraiment dans ce rapport à l’artiste. Ici les questionnements font corps avec l’environnement, la politique du paysage, et influencent la démarche de l’artiste et son œuvre. Ce qui fait écho au contexte crée des points d’ancrage et aussi un dénominateur commun entre une population et l’art contemporain. En tout cas, ce qui m’anime et que j’ai développé, c’est privilégier une relation de proximité forte avec les artistes. C’est ce qui semble la spécificité du Frac des Pays de la Loire.

Mowwgli : Quels sont les faits marquants depuis votre arrivée à Nantes ?

L.G. : Lorsque je suis arrivée en 2005 et que j’ai vu cette architecture du Frac à Carquefou (la première création contemporaine architecturale, 2000), j’étais consciente d’être dans un Frac, nouvelle génération, adapté à la gestion de l’ensemble de ses activités : conservation, restauration, stockage et exposition….

Une architecture moderne qui permet de créer des liens, autant pour la collection que pour le programme artistique. Un lieu qui permet un regard des artistes sur la modernité, l’archi et le design. Donc c’est vrai, j’ai développé un programme pendant quelques années d’expositions sur ses questions là. Par exemple, à partir notamment d’une œuvre importante Huberville, une ville idéale conçue par l’artiste Suisse Thomas Huber. On a un ensemble de maquettes formidable sur cette ville idéale avec un théâtre, une place publique, la maison d’artiste, un forum… de grandes maquettes à l’échelle 1/9e et dont il faudrait 300 m2 pour les exposer toutes.  Cette partie de la collection a fait l’objet d’une exposition spécifique.

D’autres expositions se sont constituées autour d’un dépôt important, au début des années 1999, d’œuvres de Gina Pane. Une exposition avec Michel Aubry sur son rapport au constructivisme autour du Club ouvrier de Rodtchenko que Michel Aubry a mis en musique.  On a également présenté des expositions de Bruno Peinado ou Tatiana Trouvé qui sont aussi des artistes qui portent un regard sur la modernité et sur le monde qui va tout à fait dans le sens de nos préoccupations. Concernant les questions sur le corps, nous avons également montré le travail d’Orlan. Je ne peux pas toutes les citées.

Mowwgli : Vous avez aussi un outil incroyable avec les Ateliers Internationaux, qui permettent des résidences. Comment se fait le choix pour les artistes en résidence ?

L.G. : Au début, je le gérais moi-même puis j’ai pensé que c’était intéressant de s’inscrire dans le cadre des programmes culturels binationaux (comme l’Année de la Colombie, du Mexique…). C’est l’opportunité de découvrir de nouvelles scènes artistiques, de faciliter la rencontre d’artistes émergeants et d’acteurs culturels des pays en question. Dans notre programme prospectif nécessaire, et parfois long, le soutien et le regard d’un commissaire d’exposition natif du pays me permet d’aller plus loin et d’intégrer les questions liées aux contextes sociopolitiques.

En dehors des échanges culturels institutionnels, j’ai aussi tissé lors de mes différentes rencontres et voyages un réseau qui me permet aujourd’hui de m’approcher de jeunes curateurs que j’ai sollicité pour un commissariat pour le Frac. Vingt candidats ont répondu dont l’un sera sélectionné pour les Ateliers Internationaux à venir. Il y a deux ans, dans le même esprit, Dorothée Dupuis, ex-directrice du Triangle à Marseille, et vivant au Mexique, m’a permise de créer un réseau avec la jeune scène artistique sud américaine. Un recours précieux pour une scène difficilement accessible et qui m’intéresse fortement.

En 2018 à l’automne, c’est  Diana Marinescu, commissaire d’exposition et historienne de l’art reconnue, qui assurera le commissariat à la biennale de Timișoara en Roumanie. Elle va choisir les artistes qui viendront en résidence au Frac. Elle-même pourra venir en résidence pour orchestrer et suivre le travail des artistes en question afin que la production aboutisse à une exposition collective  cohérente. C’est un programme collaboratif et passionnant. A l’issue de ces résidences il n’y a pas d’acquisition obligatoire même s’il est très rare que l’on n’achète pas au moins une œuvre.

Mowwgli : Depuis quelques années, comme pour les deux expositions en cours, vous faites aussi appel à des artistes pour le commissariat ?

L.G. : C’est vrai on aime bien travailler directement avec les artistes même si ce n’est pas systématique. On privilégie cette voie autant pour la production de nouvelles œuvres personnelles que pour le regard qu’ils peuvent porter sur notre collection. Cette interaction nous intéresse particulièrement. Je trouve formidable d’associer des artistes au commissariat des expositions, ils osent plus de choses par rapport aux commissaires rompus à l’exercice, notamment dans l’accrochage. Comme par exemple, la superposition de deux œuvres proposée par Joe Scanlan sur le mur de l’exposition Décor au Frac actuellement. De plus, cet artiste s’intéresse aux relations entre art et design. Il interroge l’œuvre d’art et sa reproduction, l’œuvre d’art et sa dimension politique ou sa valeur marchande. Ce sont toutes ces questions qui transparaissent finalement dans l’exposition Avant-Poste.

Mowwgli : Pour les expositions hors les murs, quelles sont les synergies régionales et internationales ?

L.G. : Bien sûr, on a tout un programme d’exposition sur le territoire, avec une quinzaine d’expositions autant dans les lycées, les collèges, que dans les monuments historiques. Depuis deux ans, nous avons mis en place une convention avec le département du Maine et Loire qui nous permet de faire pour la deuxième année une exposition dans la collégiale St Martin d’Angers. On a travaillé avec Delphine Coindet qui a choisi de mettre en écho des œuvres de la collection avec ses nouvelles pièces personnelles. Et cette année ce sera une exposition de Richard Fauguet, avec plutôt un focus sur son travail. Actuellement avec la Galerie 5 à Angers, on a un projet avec Simon Thiou, un jeune artiste issu des beaux arts d’Angers, qui a aussi choisi de mettre en dialogue des œuvres de la collection avec son travail et sa démarche personnelle.

Depuis 2007, la galerie HAB est l’un des partenaires importants du Frac. On y fait une ou deux expositions par an. Nous avons également un dépôt de 70 œuvres dont 50 sont exposées au Musée des Beaux Arts. Il y a un an on a monté quatre grandes expositions dans les quatre musées du Mans. Nous avons proposé une exposition au musée d’archéologie de Poitiers  où des œuvres du Frac dialoguaient avec des œuvres du magdalénien et de l’art roman.

On a aussi un programme international d’expositions, comme par exemple, avec le Musée Ludwig à Budapest ou l’Institut Français de Budapest. On a une expo au Musée de Montréal, une autre encore dans le cadre d’un festival photo à Pékin. Je viens de faire le commissariat d’une exposition itinérante qui a circulé en Asie, Singapore, Séoul et Bangkok avec les 23 collections de Frac dont j’ai choisi une ou deux œuvres et c’était une exposition qui s’appelait What is not visible is not invisible du nom d’une des œuvres présentée, de Julien Discrit. Nous avons toujours des projets en cours.

Mowwgli : Belle vitalité, comment faites- vous ?

L.G. : Nous avons beaucoup de désirs et d’énergie. On touche 15000 scolaires par an et 300 professeurs. On a aussi beaucoup de projets avec les universités d’Angers et de Nantes.

Nous avons également une politique éditoriale et nous sommes éditeurs de catalogues d’exposition pour des institutions à l’étranger. Par exemple nous avons réalisé un catalogue pour une expo en Suisse ou en Australie. Dernièrement, c’est pour une exposition de Gérard Byrne, un artiste irlandais, dont on a fait la publication pour l’institution en question. C’est vraiment intéressant et passionnant de promouvoir les artistes et leur art à tous les niveaux.

Mowwgli : Et quels sont les projets à venir ?

L.G. : Cet été, les deux prochaines expositions à Carquefou sont Armel Eloyan, un artiste de 51 ans d’origine arménien vivant à Zurich et peu connu en France, qui fait un travail en peinture à l’huile assez expressionniste. Il s’intéresse aussi aux contes et aux figures de Walt Disney. Mais avec des personnages déformés par rapport à leurs représentations habituelles qui aurait été un peu chahuté par des enfants, comme revue par un certain Paul McCarty.

Et dans la petite salle du Frac consacrée aux jeunes artistes, où actuellement Eva Taulois est installée, nous proposerons Makiko Furuishi, une jeune peintre dessinatrice d’origine Japonaise installée à Nantes. Ce programme prospectif nous permet de valoriser la scène émergeante. Ensuite, il y aura les Ateliers Internationaux avec Diana Marinescu qui sera associée aux 6 jeunes artistes roumains et en même temps nous avons 2 jeunes artistes qui vivent à Quimper, Camille Girard et Paul Brunet.

Et bien sûr, nous avons ce projet d’une antenne du Frac installée au centre de Nantes qui nous permettra de développer un nouvel espace d’exposition. Un appel d’offre est lancé pour un bureau d’étude afin d’analyser avec nous les besoins et la conception de ce nouveau lieu dans le cadre de notre projet artistique.

Mowwgli : Est-il prévu la réhabilitation d’une friche ou une création nouvelle ?

L.G. : On risque de se greffer sur un bâtiment à vocation multiples, d’habitation et de bureaux. Vous avez vu le quartier, l’île est en pleine mutation.  De nouveaux bâtiments sont en construction. L’idée serait d’investir un rez-de-chaussée et un étage dans un de ces bâtiments au plus tard au 1er semestre 2022.

Ce lieu serait, grâce à une nouvelle répartition des programmes d’expositions, consacré aux expositions temporaires et aux présentations des Ateliers Internationaux. Tandis que Carquefou deviendrait plutôt un lieu de recherche, avec un programme d’études, des séminaires, des conservateurs de musée… Peut être même devenir une « réserve active » que les gens puissent voir comment fonctionne un Frac avec sa collection, comment on la gère et comment on la restaure. On a déjà fait une expo à la HAB Galerie, intitulée Ouverture pour inventaire, où l’on montrait aux visiteurs comment on fait un recollement, comment on marque un numéro d’inventaire sur une œuvre en plastique ou sur une œuvre en cuivre,  comment on met en caisse une œuvre, comment on restaure…bref montrer la face cachée d’un Frac. Ça a bien marché les gens ont vraiment apprécié et ce serait bien de le proposer directement in situ.

Merci Laurence, bonne chance pour tous ces nouveaux projets.

Demain à suivre : un article sur la double exposition en cours Décor/ Avant-Poste

INFORMATIONS PRATIQUES
FRAC des Pays de la Loire
24 bis Boulevard Ampère
La Fleuriaye
44470 Carquefou
Horaires : du mercredi au dimanche 14 :00 – 18 :00
Téléphone : 02 28 01 50 00
http://fracdespaysdelaloire.com

RESONANCE, Partie 1 au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Les récentes acquisitions du FRAC Normandie Rouen sont mises à l’honneur au Musée des Beaux Arts de Rouen. Chaque Année le Frac présente ses acquisitions dans ses murs et dans toute la région. L’exposition 2018 se déroule en deux temps et sur deux lieux, le premier au Musée des Beaux-Arts de Rouen, le second sera au Frac Normandie Rouen, où les œuvres venues enrichir le fonds régional sont mises en résonance avec une sélection d’œuvres anciennes.

RESONANCE présente plus de 110 œuvres du Frac acquises au cours de ces cinq dernières années. Fidèle à son programme d’acquisition le Frac poursuit sa collection autour de ses thèmes directeurs que sont le corps, l’environnement et les nouvelles formes de récits.

Cette exposition propose de rendre compte des grandes articulations de la collection et montre, dans ce face à face avec des œuvres classiques issues des musées métropolitains, comment les artistes contemporains questionnent les mêmes thèmes que leurs prédécesseurs. L’évolution des techniques, des outils, des médiums et les changements culturels leur permettant d’écrire les nouvelles pages de l’histoire de l’art.

Divisée en parties successives, RESONANCE se développe sur trois grands thèmes la nature et ses représentations, le corps dans tous ses états et les espaces en tant que constructions mentales ou architecturales. 

L’exposition s’ouvre sur une première partie consacrée à la nature. Le paysage est avant tout une construction du regard et de l’esprit et les artistes s’amusent à reconfigurer notre vision de la nature. Ce jeu pictural navigue entre le remplissage avec les surimpressions de photographies Horizon et Glaciers de Batia SUTER, les formes graphiques des arbres dénudés dans une plaine enneigée de Darren ALMOND qui s’apparentent à de la calligraphie, et la quasi transparence de Crystal Display d’Agata MADEJSKA qui nous fait deviner derrière le jet d’eau d’un jardin public les arbres qui transparaissent comme des spectres sur les bords de la photographie.

La deuxième interprétation du paysage est une représentation macroscopique de la nature avec des gros plans sur des feuilles et des fleurs qui donnent à voir un monde « à la loupe » proche de l’abstraction ou du fantastique. Jochen LEMPERT produit des photogrammes de coquelicots dont les nuances de gris, obtenues par le contact des pétales sur le papier sensible, semblent  être des négatifs d’œuvres des Delaunay. Quant à Julien CREUZET, il interroge l’exotisme et le colonialisme en filmant en plan serré à l’I-Phone, un palmier de la banlieue parisienne.

Dans le dernier espace consacré à la nature, le paysage devient un personnage fictionnel. Avec la vidéo, le dessin ou la photographie, les artistes présentent une nature plus proche du symbolique et lui donnent une autre matérialité. Par exemple, Thomas BARBEY questionne la matière imprimée et crée à l’encre de Chine des paysages de bord de mer. Ses simples traits retirent du relief et des nuances qui transforment ses paysages et leur donnent une toute autre évocation émotionnelle.

Le corps sujet de la seconde partie de l’exposition est décliné sous trois angles ; le corps à l’épreuve, le corps en mouvement et le portait, grand classique de l’histoire de l’art.

L’épreuve du corps est évoquée avec une œuvre impressionnante de Sophie DUBOSC qui contorsionne 24 petits matelas de mousse (dont seulement 11 sont présentés ici) créant un véritable Alphabet des postures de la souffrance. Dans Body print n°1, Alexandra BIRCKEN se focalise sur l’écriture du corps par lui-même. En projetant son corps, et plus particulièrement ses seins couverts de peinture de façon répétée sur le papier. Autre représentation du corps de Dominique DE BEIR suggérée cette fois-ci par des tâches de cire qui évoquent le sang.

Le corps en mouvement est depuis longtemps un sujet pour les artistes. Des études de Léonard de Vinci ou Michel-Ange aux danseuses de Manet, ou encore avec les animations photographiques de la fin du XIXe siècle, les artistes contemporains le réinterprètent également. Dans ses photographies, Carina BRANDES se met en scène dans des postures où le corps défie la pesanteur, flotte ou se renverse. Elles renvoient à l’histoire de la performance et rappellent les images body configuration de Valie Export. Les gants de motards teintés d’argent d’Alexandra BIRCKEN font écho aux mains dans le tableau du 18ème siècle de Hyacinthe RIGAUD.

Pour finir cette ode au corps une galerie de portraits contemporains en revisite les codes classiques. Avec une magnifique photo de Béatrice Dalle en Mona Lisa, Rineke DIJKSTRA rend hommage aux grands portraitistes. Dans son installation, Jean-Paul BERRANGER met en tension sphère intime et formats normatifs. Agrandi et multiplié selon les différents formats de cadre IKEA, le portrait de son père n’est visible en son entier que dans sa version originale. Medhi-Georges LAHLOU déjoue les constructions sociales et les a priori sur l’esthétique traditionnelle et religieuse de la culture musulmane à travers une paire de talons aiguilles rouge disposée devant un tapis de prière.

Après la nature, les corps, c’est aux espaces architecturés qu’est consacrée la troisième partie. L’occasion de repenser le portrait d’intérieurs mais aussi de dévoiler ce qui est généralement caché, l’envers du décor, dans des sortes de « non-lieux ». Maquette, dessins, photographies donnent corps à des espaces fantasmés, suggérés, vestiges d’un temps ou tout simplement vides. Cette force de suggestion est particulièrement étonnante avec Epuisement (interphone) de Dominique PETITGAND, un interphone immédiatement identifiable comme objet d’intérieur mais qui ici parle aussi de l’intériorité car il fait entendre le discours intime et décousu d’une femme épuisée.

Cette introspection va jusqu’aux non-lieux. Ces espaces indéfinissables et imaginaires, comme par exemple les images des déambulations de Pierre-Olivier ARNAUD qui vont jusqu’à la dématérialisation, qu’il réalise à l’aide à de multiples transformations (recadrage, agrandissement, impression, numérisation, sérigraphie).

Finalement, l’exposition se termine sur les nouvelles formes de récits. Aux côtés des livres d’artistes, abondamment représentés dans la collection et émaillant tout le parcours de l’exposition, sont présentées des œuvres d’artistes qui repensent les structures narratives mais aussi l’écriture qui s’y associe.

Un premier épisode de RESONANCE qui, par sa qualité, invite déjà au second qui sera proposé en avril au Frac.

INFORMATIONS PRATIQUES
• RÉSONANCE, PARTIE 1
Du 17 février au 13 mai 2018
Exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen conçue par le Frac Normandie Rouen dans le cadre de sa programmation hors-les-murs.
• RÉSONANCE, PARTIE 2
Du 14 avril au 26 août 2018
Au Frac Normandie Rouen
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
www.mbarouen.fr
> Frac Normandie Rouen
3 place des Martyrs-de-la-Résistance
76300 Sotteville-lès-Rouen
www.fracnormandierouen.fr

Trois artistes au FRAC Franche-Comté : Raphaël Zarka, Etienne Bossut & Hugo Schüwer Boss

Avec 3 expositions remarquables dont la Porche, plus vraie que nature, d’Etienne Bossut, la programmation 2018 du FRAC FRANCHE-COMTE commence sur les chapeaux de roues.

Les trois artistes, présents dans les collections du Frac Franche-Comté, empruntent à des registres très différents. Raphaël Zarka fait des mathématiques et de sa pratique du skate-board un terrain de jeu créant une nouvelle archéologie.  Etienne Bossut, avec ses moulages, interroge la représentation et l’historique des objets. Hugo Schüwer Boss, quant à lui, puise dans la littérature et les nouvelles technologies le sujet de ses abstractions.

La promenade orchestrée par le Frac commence, à l’étage, par le régional de l’étape Hugo Schüwer Boss qui vit, travaille et enseigne à Besançon. L’exposition « Every Day is Exactly the Same » déploie son champs d’investigation pictural, de 2013 à aujourd’hui, emblématique de la notion d’abstraction trouvée : une abstraction qui puise ses formes dans le réel. Les œuvres présentées sont pour la plupart les dernières d’une série et incarnent l’instant où Hugo Schüwer Boss termine un projet et commence à se projeter dans le suivant. Ces pièces sont à ses yeux « les plus singulières car elles condensent les enjeux d’un temps de travail tout en cherchant à les dépasser ». L’exposition présente de façon non linéaire un ensemble assez hétérogène qui témoigne de l’évolution de sa pratique. D’une peinture géométrique, protocolaire, programmatique, fondée sur l’abstraction, son travail est devenu plus libre, plus intuitif. Un passage progressif, par le biais de l’introduction de nouveaux éléments plastiques comme la transparence, le flou ou encore des effets de pointillisme comme dans Torrent, un grand format dont il dit : « avoir tricoté au pinceau les trames d’un flux numérique ».

En jouant avec des notions opposées comme la vitesse et la lenteur, l’apparition et la disparition, le numérique et l’analogique, Il questionne inlassablement l’image et ses représentations. Sa peinture fait se rencontrer l’histoire de l’art, dont la peinture minimaliste d’Imi Knoebel, avec le cinéma, la littérature, la photographie, la musique et les nouvelles technologies.

La salle suivante est un fondu enchainé entre l’exposition d’Hugo Schüwer Boss et Raphaël Zarka. Reprenant son sujet d’étude des possibilités combinatoires des modules de Schoenflies, Raphaël Zarka propose ici une sculpture « instrumentale » exposée au centre de la salle, composée de neuf modules identiques, servant à effectuer des figures de skateboard. Un skatepark improvisé sous le ciel bleu suggéré par les 4 toiles d’Hugo Schüwer Boos, spécialement produites pour l’occasion, dont les dégradés et les lignes géométriques entrent parfaitement en dialogue avec la structure monumentale de Raphaël Zarka.

Comment peut-on faire croiser recherche mathématique, skateboard et expression artistique ? C’est pourtant ce que parvient à faire magistralement Raphael Zarka qui s’amuse à paver l’espace avec « Partitions régulières », un ensemble de sculptures modulaires, de photographies, de collages, de dessins et de vidéos à travers lesquels le plasticien explore la persistance et la migration des formes à travers le temps et les usages.

Raphaël Zarka, passionné de skateboard, d’archéologie et d’architecture, s’est approprié les formes scientifiquement établies par le mathématicien et cristallographe Arthur Schoenflies, pour les utiliser à des fins sculpturales en modifiant leur échelle et leurs matériaux. Reprenant les éléments de son projet La famille Schoenflies, sept sculptures modulaires réalisées en merisier selon des formes inspirées par les modèles de Schoenflies. Ces sculptures sont représentatives de la démarche de Raphaël Zarka : montrer comment des formes savantes perdurent à travers le temps et les usages, et les ramener dans le champ de l’art. Les sept petites sculptures aux allures de cristaux de bois posées à même le sol créent un espace archéologique. Impression renforcée par les collages intitulés Monte Oliveto, réalisés en marqueterie de papiers encrés reproduisant des faux marbres peints du Grand Cloître du monastère de Monte Oliveto en Toscane. Leurs motifs géométriques semblent fusionner, là encore, mathématiques et expression artistique. Le film Topographie anecdotée du skateboard, projeté dans une pièce voisine, constitue une autre illustration de la démarche de Raphaël Zarka.

Alors que le chemin semblait plutôt balisé avec les 2 premiers artistes, Etienne Bossut, troisième protagoniste de cette épopée artistique franc-comtoise, s’amuse véritablement à brouiller les pistes avec « Remake ».

Une Porche 356 grise modèle 1951, nommée Pchitt…, trône au centre la salle. Est-ce une œuvre d’art ? Est-ce le stand d’un salon de l’automobile ? Est-ce de l’art ou du cochon ? Pourrait-on dire ironiquement, ce qui ferait beaucoup rire le malicieux Etienne Bossut qui se joue de nos perceptions. Car c’est justement sur ces chemins tortueux qu’il souhaite nous emmené avec ce moulage intégral.

Depuis plus de 40 ans, Etienne Bossut réalise des moulages d’objets avec du polyester teinté dans la masse. Sa pratique sculpturale repose sur un questionnement de nature « photographique », de représentations, de tirages d’images en volume. Ce sont des « images-objets » comme il les nomme lui-même.

En effet, en utilisant le moulage, qui permet de reproduire la même œuvre à l’infini, puis en reprenant des formes préexistantes, il se joue du culte de l’original. Cette technique d’empreinte directe renvoie à une recherche conceptuelle sur le statut de l’objet d’art dans le contexte de la modernité et à poétiser l’objet du quotidien.

Si Étienne Bossut semble manipuler à sa guise les mots, les couleurs et les formes, il manipule également les références à l’histoire de l’art. Avec certaines œuvres que l’on pourrait qualifier de « faux ready-made », il parvient ainsi à créer un langage qui réunirait celui de Duchamp, Warhol et Brancusi.

2 œuvres viennent compléter ce « Remake » ; une acrylique sur le mur de la série Pchitt… et Miroirs, qui est composé de trois moulages de miroirs de taille différentes et qui s’inscrit dans la dimension sérielle du travail d’Etienne Bossut.

Cette triple exposition sera l’occasion de voir également des œuvres acquises par le Frac dont Palissade de Raymond Hains et Tam Tam jungle d’Etienne Bossut. L’œuvre pérenne exposée à l’extérieur est constituée de 101 moulages de l’emblématique tabouret « tam tam » d’Henry Massonnet (1968). Une forêt de bambou qui dialogue avec l’architecture de Kengo Kuma.

INFORMATIONS PRATIQUES
Commissaire : Sylvie Zavatta
> Raphaël Zarka Partitions Régulières
> Etienne Bossut Remake
> Hugo Schüwer Boss Every Day is Exactly the samedi
Du 04 février au 20 mai 2018
FRAC FRANCHE-COMTE
Cité des Arts
2,passage des Arts
25000 Besançon
http://www.frac-franche-comte.fr

Une journée à Rennes : Frac Bretagne et La Criée

Nouvelles expositions dans ces 2 institutions fer de lance de l’art contemporain en Bretagne et au delà !
Frac Bretagne : Virginie Barré et Pascal Rivet
Dans le bâtiment emblématique d’Odile Decq le Frac dont la collection compte plus de 5000 œuvres de 621 artistes continue à travers un important réseau de partenaires à fédérer par une programmation qui sort des catégories habituellement admises. Son service de documentation, son espace librairie et son restaurant permettent de prolonger la démarche.

Virginie Barré, Bord de mer Des films et leurs objets

Née en 1970 à Quimper, Virginie Barré vit et travaille à Douarnenez qui est devenu l’épicentre d’une communauté d’artistes attirés par les conditions favorables sur place et les échanges entre pairs.
Son goût pour le cinéma (courts métrages et mini séries) et le dessin, ses références à l’abstraction (Hilma af Klint), la place du rêve et de l’enfance, la sphère de l’intime donnent lieu à des collages et télescopages spatio-temporels.
Avec la plage comme toile de fond, Virginie Barré agence des narrations à partir de certaines accessoires sortis du film à qui elle donne un statut d’œuvres d’art par le biais de l’agrandissement et du changement d’échelle. Ainsi de la collection de pompons et boules de sable sortis des « Vacances d’avril »(2016) scénettes où interviennent les filles de l’artiste, autant d’épisodes oniriques du temps présent.
Avec « Odette Spirite » (2013) tourné au Cap Sizun et à Douarnenez, l’artiste se met en scène aux côtés de ses amis dans un film muet qui tient de Tati et du burlesque dans un esprit très 60ies.
Dans le « rêve géométrique (2017) mon coup de cœur, la plage du Ris à Douarnenez devient le théâtre d’une performance collective qui rassemble une centaine de figurants vêtus de costumes spéciaux imaginés par l’artiste, comme autant de clins d’œil à l’histoire de l’abstraction et ses protagonistes féminines.
Présentée en avant-première, la Cascadeure (2017) ouvre une nouvelle mini-série conçue par Virginie Barré en collaboration avec Romain Bochichon et Julien Gorgeart. Amédée l’héroïne de l’histoire revient blessée de son dernier spectacle dans sa ville natale. Elle assiste alors à une série de phénomènes étranges.
Enfin les affiches de chacun des 8 projets renvoient au sens du graphisme et goût de la bande dessinée de l’artiste teintées de références matissiennes (papiers découpés).

En contre-point Pascal Rivet prend la campagne comme terrain d’expérimentation artistique avec « Rase campagne ».

Observateur des mutations que traversent la société et le paysage agricoles, Pascal Rivet imagine un pollar paysan puisant dans les clichés et le folklore dans lequel il a grandi. Deux mannequins en bois aux allures d’épouvantails « les compères-complices » accueillent le visiteur dans une note un peu grinçante. Puis ce sont les tracteurs, (Massey Ferguson), les moissonenneues-batteuses (Dominator), les tronçonneuses reproduites à l’échelle 1, qui interrogent la mythologie collective et fantasmes de grandeur de leur propriétaire. Les techniques vernaculaires et traditionnelles telles que la broderie, la pyrogravure, le bois de volige renvoient à la patience du geste et du labeur en conflit avec les critères de productivité et de performance imposés par l’agriculture actuelle. Il brocarde aussi l’élevage intensif à partir d’aphorismes glanés dans la France agricole ou le paysan breton, deux hebdomadaires de référence de la presse rurale.
Le climax est atteint avec la vidéo « Jour de fête » qui documente l’autodafé d’un de ses tracteurs à l’occasion des feux de la St Jean à Piacé le Radieux (Sarthe). La mise à feu de l’œuvre suscite des réactions contradictoires des spectateurs même si l’artiste officie comme dans un rituel où les cendres du bûcher sont redistribuer le lendemain dans de petites urnes funéraires de sa fabrication.
Mêlant ainsi plusieurs registres et niveaux de lecture, Pascal Rivet entre cynisme et légèreté, processus artisanal et production industrielle, simulacre et réalité, recherche cet entre-temps à l’image de cet entre-deux des zones péri urbaines où les notions de frontières et de limites deviennent poreuses.

« Alors que j’écoutais moi aussi, David, Eleanor, Mariana, Jean, Mark, Genk, David, Daphne, Pierre, Shima, Simon, Zin, Christian et Virginie » à La Criée

Dans l’ancien bâtiment des Halles centrales, la Criée depuis 30 ans conçoit et imagine les scénarii des formes artistiques de demain à travers expositions, projets de recherche, évènements transdisciplinaires.
Face B et dernière exposition autour du cycle du récit, certaines œuvres montrent leur revers, d’autres ont évolué ou laissé des traces depuis la 1ère exposition du cycle. Un parcours qui peut sembler conceptuel et complexe de prime abord où il faut prendre le temps de lire entre les lignes. Ainsi de David Antin et ses magiques « skypoems » ,imprimés par des pilotes aguerris dans le ciel de Californie, Eleanor Antin et sa série de performances « 100 boots »dont sont révélés les versos de la correspondance épistolaire ou Daphne Oram pionnière de la musique électronique expérimentale dont on découvre l’une des inventions. Shimabuku avec sa vidéo « Then I decided to give a tour to the octopus »introduit de l’humour et une certaine légèreté dans ce récit personnel, tandis que David Horvitz développe le potentiel acoustique des océans.
Zin Taylor à partir de mots, d’images et de sons dessine au mur des figures, le collectif Gerlach en Koop rebondit sur le principe des pillows objects et Simon Starling 10 ans après une première aventure en canoé tente de traverser la Mer Morte « Project for a Rift Valley Crossing, a canoe built with magnesium extracted from Dead Sea Water.. »

Enigmatique et sensible.

INFOS PRATIQUES :
Virginie Barré
Pascal Rivet
Jusqu’au 18 février 2018
Frac Bretagne
19 avenue André Mussat,
35000 Rennes
http://www.fracbretagne.fr

« Alors que j’écoutais moi aussi, David, Eleanor, Mariana, Jean, Mark, Genk, David, Daphne, Pierre, Shima, Simon, Zin, Christian et Virginie »
Jusqu’au 18 février 2018
La Criée, centre d’art contemporain
place Honoré Commeurec
35000 Rennes
http://www.criee.org/

Au Frac Ile de France : Hôtel du Pavot 2 et Pierre Paulin

Au Château-Rentilly, Hôtel du Pavot 2

Nous avions rencontré et interviewé Xavier Franceschi au Frac le Château-Rentilly à l’occasion du 1er volet d’Hôtel du Pavot en écho avec les 40 ans du Centre Pompidou et la pièce de Dorothea Tanning, « chambre 202 ». Cette saison 2 s’orchestre autour de la notion du double au sein des collections du Frac Ile de France et d’autres collections emblématiques.

Jeux de miroirs (Markus Raetz), diptyques (Sophie Calle, Robert Cumming, remake de Fenêtre sur Cour (Pierre Huyghe), faux Douanier Rousseau (Ernest T), doublement de motif systématique (Bernard Piffaretti). Cette figure de style s’inscrit dans des enjeux plus larges de définition de l’œuvre d’art : rapport au temps, rapport à l’espace. Les contraintes physiques des deux boîtes induisent des rebonds formels et scéniques infinis, générant chez le spectateur une sensation de trouble. Il est intéressant comme le souligne de Xavier Francheschi, commissaire de ce nouveau volet, de venir sans connaissance préalable ni état d’esprit prédéterminé pour se laisser prendre et dérouter.

Avec : Vito Acconci, Julien Bismuth, Pierre Bismuth, Michel Blazy, Sophie Calle, Isabelle Cornaro, Keren Cytter, Koenraad Dedobbeleer, Aurélien Froment, Diego Giacometti, Daan van Golden, Robert Cumming, Dan Graham, Rodney Graham, Ernest T., John Hilliard, Pierre Huyghe, Wendy Jacob, On Kawara, Udo Koch, Joachim Koester, Suzanne Lafont, Jonathan Martin, Bernard Piffaretti, Bill Owens, Florence Paradeis, Bruno Peinado, Markus Raetz, Loïc Raguenes, Oscar Santillan, Cindy Sherman.

Au Plateau,
Pierre Paulin Boom boom, run run

A partir de l’histoire du sportswear vestimentaire et ses phénomènes sociaux-culturels, l’artiste souligne les phénomènes d’appropriation qu’ils soient communautaires, identitaires ou politiques très vite rattrapés par le marketing. Ainsi le look blanc du départ renvoie au white cube et le rapport à l’exposition, puis chacun des looks joue d’un rapport différent, la nuit par exemple avec le night club. Chaque look devient le support de poèmes ou écrits théoriques, imprimés dans les poches ou doublures des vêtements, révélés ou non au regard et scandés par le « boom boom run run » (publicité de Nike de 1984 avec Michael Jordan), la voix poétique et sonore de l’exposition. Du corps aux mots, de l’image au langage, du logo à la poésie concrète (Jack Spicer), les voix sont multiples créant une ambiance particulière reprise dans l’essai remis au spectateur en guise de « parfum de médiation ».

Laissez vous emporter par ce son continu, ces dribbles, ces intervalles, ce flux textuel prétexte à une véritable scansion romantique.

INFOS PRATIQUES :
• Hôtel du Pavot 2
jusqu’au 4 février 2018
Le château, rentilly
Parc culturel de Rentilly
Domaine de Rentilly, 1 rue de l’étang
77600 Bussy-Saint-Martin
• Pierre Paulin – Boom boom, run run
jusqu’au 17 décembre 2017
Le plateau
22 rue des Alouettes
75019 Paris
https://www.fraciledefrance.com/

Claire Jacquet, Directrice du FRAC Aquitaine

Il y a dix jours, nous vous présentions le Prix Orisha 2017 à travers le témoignage de Claire Jacquet, membre du Jury. Aujourd’hui, nous la rencontrons pour nous parler de son rôle de directrice au Frac Aquitaine.

Mowwgli : Quel bilan dressez-vous depuis votre arrivée au Frac Aquitaine ?

Claire Jacquet : Pour vous répondre de façon dynamique et synthétique, je suis arrivée au Frac Aquitaine en 2007 en héritant d’une histoire pleine de rebondissements comme dans toute structure. Jean-Louis Froment longtemps présent dans le comité technique d’achat en tant que directeur du CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux avait favorisé à l’époque l’acquisition d’œuvres devenues emblématiques aujourd’hui. Bernard Marcadé et Gilles Mora ont favorablement complété le fonds, nous mettant sur la voie d’un art international à la fin des années 1980. Je me suis donc retrouvée face à une collection incroyablement riche et de grande qualité, mais avec un logiciel à réinventer, car la vocation d’un Frac est d’aller en région dans des lieux peu touchés par la culture, dans les hôpitaux, les prisons dans une dimension de service public. Depuis 10 ans j’ai réintroduit une dynamique de travail déclinant des concepts d’exposition innovants et très collaboratifs. La dimension humaine des projets est essentielle à mes yeux et c’est sans doute la grande richesse d’une telle structure de ne rien pouvoir faire seule, comme un musée ou une fondation privée, qui ont aussi tout leur sens. On a aujourd’hui un bilan positif avec un accroissement du nombre d’actions et un maillage solide sur le territoire (123 actions en 2016 ayant rassemblé un peu plus de 145 000 personnes, dont 26 expositions partout en région. Au total 628 œuvres ont été prêtées, soit 52% de la collection en circulation).
Nous pouvons compter sur de nombreux partenaires en région qui ont compris notre rôle et ont envie de partager une expérience avec nous.

Mowwgli : Les défis et la genèse du projet du nouveau Frac Aquitaine à la MÉCA

C. J. : Le Frac Aquitaine a su anticiper ce projet qui date de 12 ans environ. Quand je suis arrivée on s’était déjà rendu compte que les locaux n’étaient plus adaptés. Très vite un projet de concertation autour d’un nouvel établissement a vu le jour, l’État et la Région ayant eu le temps de réfléchir au mode de financement. Entre temps on a rencontré des épisodes contraires : la crise évidemment au tournant des années 2010 et la fusion des régions. Malgré ce paysage un peu bouleversé, la Région et l’Etat nous sont toujours restés fidèles et engagés.
La MÉCA va s’installer fin 2018, sur les quais de la zone Euratlantique derrière la gare dans un contexte urbanistique très favorable, Bordeaux aujourd’hui étant une ville attractive avec l’émergence de ce genre d’équipements phares.

Ce nouveau bâtiment sur une surface avoisinant les 12 000 m² va rassembler 3 structures culturelles : ECLA et OARA, deux agences du Conseil régional tournées pour la première vers le cinéma et le livre et pour la deuxième le spectacle vivant, et nous qui regroupons tous les arts visuels et plastiques, de la peinture au design en passant par la photographie et la sculpture, l’installation, les performances..
Nous deviendrons alors une sorte d’incubateur et je crois beaucoup à la relation de proximité avec ces 2 agences pour imaginer des projets transdisciplinaires et croisés. Le Frac Aquitaine sera vraiment un outil de travail à l’adresse du public.
Je travaille sur une manifestation d’ouverture qui pourrait rassembler une dizaine d’invités, favorisant l’idée d’un projet où la diversité a toute sa place. Je pense notamment à l’Afrique subsaharienne pas assez présente dans nos collections.

Mowwgli : La vie de la collection et mode de fonctionnement

C. J. : Nous disposons d’un budget d’acquisition de 130 000€ par an, ce qui est la moyenne des Frac.
La photographie représente 50% de la collection, un des axes fort d’acquisition dès le départ car plus facile pour la diffusion et en écho avec le CAPC qui exposait plutôt des grandes installations et œuvres en volume. Il y a eu donc comme une répartition tacite.
Ce fonds de photographies, je souhaite le faire évoluer vers les arts visuels au sens large : la vidéo bien sûr mais aussi des installations qui convoqueraient des films ou des archives photographiques.
Nous visons un bon équilibre entre artistes internationaux et artistes français, avec une attention particulière pour les artistes vivant en Nouvelle-Aquitaine. Des artistes n’ayant pas de galerie à Paris et qui manquent de relais d’opinion ou d’occasion de présentation et de valorisation, comme avec Raphaël Zarka dont nous avons été les premiers acquéreurs en 2007 sans cesser de l’accompagner avec la trajectoire qu’on lui connaît à présent.
L’année dernière dans le cadre de la saison France-Corée dans le cadre d’un projet du CNAP, j’ai emmené des blockbusters de la collection comme Gilbert & George mais aussi Nicolas Milhé, artiste émergent.
En terme de fonctionnement, nous sommes une relativement petite équipe de 13 personnes, ce qui nous permet de rester agiles et réactifs.

Actuellement au Frac Aquitaine :

Des mondes aquatiques #2

Mirages #4

Au Centre Pompidou, Paris : Musée en œuvre (s)

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Frac Aquitaine
Hangar G2
Bassin à flot n°1
Quai Armand Lalande
33 300 Bordeaux

Medellin, une histoire colombienne aux Abattoirs, Année France-Colombie et plus encore…

Pour la première fois en Europe et l’un des temps forts de l’Année France-Colombie, cette ambitieuse exposition est organisée conjointement par les Abattoirs/Frac Occitanie Toulouse et le musée de Antoquia de Medellin.

Au total 40 artistes, la plupart jamais encore montrés sur notre continent des années 1950 à nos jours, certains ayant été invités en production à Toulouse et d’autres de la diaspora vivant en France. Les œuvres de tous formats confondus interpellent sur le contexte de l’évolution de la violence et ses répercussions collectives et individuelles d’un pays en proie à l’un des plus longs conflit intérieur du continent sud-américain.

Si des générations d’artistes ont été marqués par ces traumatismes ils ont aussi su créer une force de résistance et de renouveau inédits, ce que souligne le parcours à travers l’exemple de nombreuses femmes artistes.

Découpé en 3 temps et 6 chapitres : les ferments de la colère, l’exploitation des territoires, absurde horreur, mélancolie de la mémoire, la résistance à l’oubli et la voie de la réconciliation, le parcours se veut un cheminement métaphysique et sensoriel remarquablement servi par le choix des œuvres.
Dans la halle des Abattoirs se détache dès le départ le mur perforé d’Ivan Argote l’une des étoiles montantes de la scène colombienne représenté par la galerie Perrotin. « If Hunger Is Law Rebellion Is Justice/ Sleep More to Be Less Tired »ces 2 slogans sont accompagnés du film La Estrategia révélé par le Prix SAM pour l’art contemporain en 2011 au Palais de Tokyo. Ce film à forte dimension autobiographique relate l’engagement de ses parents membres de la guérilla communiste dans les années 1960 et pose la question de l’héritage des ainés.

Face à lui, Marcos Avila Forero, jeune colombien vivant à Paris (Diplômé Beaux Arts) et également promis à un bel avenir (actuellement montré à la Biennale de Venise) nous livre un dispositif photographique revisitant le procédé archaïque du sténopé autour de portrait de guérilleros. Mais ce sont les balles du conflit qu’il utilise dans le processus, questionnant ainsi la nature même de l’image et sa portée symbolique.

Le parcours débute sur les origines de la colère remontant à l’époque coloniale avec le peintre le plus célébré d’Antoquia, Francisco Antonio Cano, l’un des chefs d’œuvres des collections du musée. « Horizontes » revient sur l’avenir ouvert à cette famille face à un territoire inviolé et offert. Une vision idyllique de la colonisation. A ses côtés Fernando Botero, autre icône revisite ses souvenirs d’enfance à Antoquia confrontés aux grands maîtres de la peinture européenne.
Autre figure emblématique, Antonio Caro qui s’inscrit dans la mouvance de l’art conceptuel à partir de messages publicitaires qu’il détourne avec humour comme ici, la calligraphie de la marque Coca Cola omniprésente sur le continent sud africain, reprise avec le nom « Colombia ».
Viki Ospina avec la « Reunion de Caciques » revient sur le passé indigène et les traditions de métissage en Colombie, parfois mal comprises.

Une fois ce décor posé nous passons à l’exploitation sans vergogne des territoires et l’apparition de milices d’autodéfense paysannes qui donneront naissance aux Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) dans un contexte extrêmement tendu avec les narco-trafics.
Le photographe Federico Rios apporte un témoignage fascinant de vie parmi les Farc « the last days in the jungle ».
Carlos Uribe propose une relecture contemporaine du tableau « Horizontes »de Francisco Antonio Cano de ces paysans confrontés à des conséquences désastreuses sur leur santé suite aux destructions aériennes massives américaines sur les champs de coca.
L’on bascule dans l’absurde horreur avec l’impressionnante installation de Delcy Morelos « la sombra terrestre » toute constituée de parois rouge sang, renvoyant à la zone rouge détruite par les guérilleros dans le Département de Cordoba. Il faut emprunter ce chemin par ces cloisons pour physiquement faire une expérience sans retour.
Santiago Vélez avec « Agua oro » dénonce la recherche effrénée d’or dans des régions du Département d’Antoquia entrainant des contaminations et déviations  polluantes dangereuses.
La séquence mélancolie de la mémoire me semble la plus subtile et poétique à travers les vidéos immersives de Clemencia Echeverri autour des cicatrices qui affleurent d’un fleuve ou d’un champ de fouille (céramiques de Cristina Castagneda). Libia Posada signe sans doute le plus beau projet dédié aux traces des trajets faits aux femmes fuyant la violence domestique. Ces agrandissements de jambes marqués par les cartes et tatouages géodésiques ramenés à des points cardinaux fictifs traduit la violence faite au corps de la femme et ces périples dangereux qu’elles sont prêtes à accomplir rencontrant parfois des « zones de massacre ».
Le chapitre suivant la résistance à l’oubli s’ouvre avec Oscar Munoz, l’un des artistes les plus reconnus de scène latino-américaine. Son installation vidéo vue dans de nombreux lieux prestigieux « Proyecto para un mémorial » dépeint cette impossibilité de la mémoire à travers ces portraits dont l’encre s’efface. Un jeu entre apparition et disparition.
Miguel Angel Rosas pointe les inégalités entre pays producteurs et consommateurs de stupéfiants dans le collage « Medellin New York »en feuilles de coca et de dollars et à travers une esthétique homo-érotique redonne sa gloire à un soldat colombien mutilé à la jambe qu’il met en scène et photographie comme le David de Michel Ange.
Enfin la voie de la réconciliation après l’accord de paix signé le 24 novembre 2016 entre le Prix Nobel de la Paix Juan Manuel Santo (Président) et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) laisse poindre un message plus optimiste, comme il en ressort des travaux du collectif Pacifista à la fin de la halle. Il est certain que la scène actuelle colombienne se révèle l’une des plus fertiles, le plus souvent à l’extérieur du continent avec des protagonistes comme ceux cités précédemment : Ivan Argote ou Marcos Avila Forero.
La foire internationale de Bogota, ArtBo qui se tient en octobre, a fait ce pari de ville au fort potentiel artistique. L’avenir dira si les tourments du passé ne viendront pas ternir les espoirs présents.

Ne manquez pas lors de votre visite :

Hessie, Survival Art
Née aux Caraïbes en 1936, Hessie est plus souvent connue comme compagne du peintre Dado avec qui elle s’installe en Normandie en 1962 dans un moulin cédé par le collectionneur Daniel Cordier, or il s’avère que cette représentante du Survival Art fait l’objet d’une véritable redécouverte. Son œuvre inscrite dans le courtant des « Nouvelles Pénélopes »s’inscrit en regard des mouvements contemporains tels que le Process art, Support/Surface, le soft art, l’arte povera, comme en témoigne son exposition monographique organisée au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (l’ARC) en 1975. Cette rétrospective aux Abattoirs sous le commissariat de Sonia Recasens, organisée en partenariat avec le MUSAC à Léon (Espagne) présente les multi facettes d’œuvres bordées ou collées, dessins microscopiques, « Bactéries » et « Végétations » s’appropriant des matériaux obsolètes qu’elle recoud, soigne, en guise de survie et de libération féministe.
Trop souvent marginalisée elle livre une part de son mystère également dans le film de Perrine Lacroix qui l’avait présentée à la BF 15 en 2016, visible en fin de parcours.

Last but not least, Suspended Animation : à corps perdu dans l’espace numérique

Organisée par le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, avec la collaboration des Abattoirs – Frac Occitanie Toulouse, c’est l’unique étape en Europe de l’exposition présentée à Washington (10 février 2016-26 mars 2017), enrichie à Toulouse de trois artistes.
Ed Atkins, Antoine Catala, Ian Cheng, Kate Cooper, Josh Kline, Helen Marten Agnieszka Polska, Jon Rafman, Avery Singer sont les représentants de ces nouveaux enjeux d’une humanité virtuelle à l’ère des avatars et de la simulation en continu. Captivant ! L’on retrouve de nombreux protagonistes de l’exposition Co-Workers organisée par le musée d’art moderne de la ville de Paris.

INFORMATIONS PRATIQUES :
• Medellín, une histoire colombienne
Des années 1950 à aujourd’hui
Jusqu’au 21 janvier 2018
• Hessie, Survival Art
Jusqu’au 4 mars 2018
• Suspended Animation
À corps perdu dans l’espace numérique
Jusqu’au 26 novembre 2017
Au moins 3 bonnes raisons d’aller aux Abattoirs !
Les Abattoirs
Musée-Frac Occitanie
76 allée Charles de Fitte
31000 Toulouse
http://www.lesabattoirs.org