Archives par mot-clé : Frontières

Focus Bourse du Talent : Jean-Michel André, Borders

Jusqu’au 4 mars 2018, la BnF et Picto Foundation vous invitent à découvrir les travaux des jeunes photographes primés de la Bourse du Talent. Après avoir interrogé Vincent Marcilhacy, Directeur de Picto Foundation, partenaire et co-organisateur de cette Bourse, en décembre dernier, chaque semaine, nous vous proposons de plonger dans l’univers d’un des quatre photographes lauréats. Aujourd’hui, voici Jean-Michel André, lauréat de la Bourse consacrée au Paysage avec sa série « Borders ».

Dans Borders, Jean-Michel André questionne la notion de frontière, interrogation qui prend la forme d’une errance dont le point de départ se situe dans la Jungle de Calais, à la veille de l’évacuation du bidonville en 2016. Sur ces quelques kilomètres carrés de sable et de broussailles, Jean-Michel André rencontre des réfugiés qui cherchent un abri. À ces
images de la Jungle, il mêle divers fragments de paysages afin de former un palimpseste visuel. Ces lieux silencieux ne cessent de signifier la partition, la rupture et la désolation et exhalent le vertige du vide. Les désirs d’ailleurs deviennent poussière et fumée dans ces espaces où la figure humaine, photographiée isolée et de dos, se situe sur un seuil, entre réel et imaginaire, souvenir et présent.
https://www.jm-andre.com

A LIRE :
Rencontre avec Vincent Marcilhacy, Directeur de Picto Foundation à l’occasion de l’exposition de la Bourse du Talent

A VOIR : 
Focus Bourse du Talent : Chloé Jafé (publié le 11 janvier 2018)
Focus Bourse du Talent : Youqine Lefèvre (publié le 18 janvier 2018)
Focus Bourse du Talent : Sanjyot Telang (le 25 janvier 2018)

INFORMATIONS PRATIQUES
• Exposition des Jeunes Photographes de la Bourse du Talent 2017
> Chloé Jafé (Bourse du Talent #69 Reportage)
Youqine Lefèvre (Bourse du Talent #70 Portrait)
Sanjyot Telang (Bourse du Talent #71 Mode)
Jean-Michel André (Bourse du Talent #72 Paysage)
Du 15 décembre 2017 au 4 mars 2018
BnF / François-Mitterrand
Allée Julien Cain
Quai François-Mauriac
75003 Paris
Ouvert du mardi au samedi 9h à 20h, dimanche 13h à19h, lundi 14h à 20h
Fermé jours fériés
Accès libre
• Fragilités
Bourse du Talent 2017
Editions Delpire
20 x 23 cm, 128 pages
30€
http//www.picto.fr

Le Renaissance Photography Prize pour combattre le cancer du sein

La galerie londonienne Getty images vient d’exposer les travaux des finalistes et lauréats de la 10ème édition du Prix Renaissance Photography. Ce prix récompense chaque année un ensemble de photographes internationaux, de jeunes émergents aux profils plus aguerris. Les fonds collectés sont intégralement reversés à la recherche contre le cancer du sein.

Les photographes finalistes et les photographes sélectionnés de cette édition anniversaire ont été présentés au public londonien la semaine passée. Les participants proposent une série complète ou une seule photographie. Les frais de participation à ce prix sont collectés afin d’être reversés à l’association britannique qui lutte contre le cancer du sein : Lavender Trust at Breast Cancer Care.

Au total, ils sont 4 lauréats. Pour la « single image », Poem Baker remporte le prix dans la catégorie « Identité », Griselda San Martin est récompensée dans la catégorie « Frontière » et enfin Robert Darch est le lauréat de la catégorie « Vie ». Pour le Prix reportage c’est Louis Quail qui remporte cette édition 2017 avec sa série « Big Brother ».
Retrouvez ici, une sélection du palmarès .

http://www.renaissancephotography.org
https://www.breastcancercare.org.uk

Anne-Marie Filaire présente Zone de sécurité temporaire au MUCEM

« Tu es folle, tu ne photographies rien, il n’y a rien. »

Pas besoin d’être un spécialiste de la géopolitique du Proche-Orient pour tomber sous le charme intense, délicat et pudique du monumental travail de Anne-Marie Filaire. Pas besoin d’avoir, comme elle, arpenté pendant 20 ans les paysages cicatriciels d’Israël, de Palestine, du Liban, de l’Erythrée, du Yémen.

Anne-Marie Filaire est « Partie loin pour raconter des choses qui m’appartiennent » et raconte comme personne le volume étouffant du vide au-dessus de l’humanité souffrante. Les paysages qu’elle a labouré du regard pendant si longtemps ne sont pas des strates mais des couches superposées des dominos de traités politiques soigneusement agencés puis brisés d’un revers de main.

Elle raconte le Liban de l’après guerre de 2006, « tellement insensé que j’ai voulu voir ». Autour d’une maison détruite, elle photographie les arbres qui « avaient l’air blessés, c’était une façon de témoigner sans illustrer, raconter sans être vulgaire. », avec dans les oreilles Ferré, dans la tête les Fleurs du mal et Rimbaud. SI les arbres de montent pas jusqu’au ciel, le ciel, lui, touche bien les arbres.

Le paysage traumatique comme reflet et projection personnelle, sous-tend silencieusement tout son travail, d’une émotion et d’un engagement tangibles à en faire crever les tirages, impeccables et élégants. La violence et l’esthétique se rejoignent dans un silence vertigineux, dont on ne se sait jamais s’il vient avant ou après le souffle de l’explosion.

Avec les reporters, « on ne regardait pas au même endroit. » Et pendant qu’ils documentaient les événements, elle procédait par extraction et tournait son regard vers le volume oppressant du vide autour.  « Tu es folle, tu ne photographies rien, il n’y a rien. »

« Je ne travaille pas dans le même temps, je m’installe dans la durée alors que les journalistes relaient l’information immédiate. Je n’ai pas d’obligation de restitution », dit-elle. Une durée, mais aussi une mutation perpétuelle, entre enfermement et éclatement, encore et encore.

Les relevés de terrain aux zones frontières entre Israêl et la Palestine, la Zone de sécurité temporaire, zone frontière minée, de 25 km de large, entre l’Erythrée et l’Ethiopie, la frontière jordano-syrienne : Anne-Marie Filaire est une photographe de terrain au sens propre, qui arpente, revient, puise et épuise, parcourant inlassablement la surface des conflits, utilisant tous ses réseaux et chemins de traverse, essayant de sauver ses rouleaux de pellicules à chaque check-point. Le territoire est au cœur de tous les événements dont on ne montre que les éclats de violences aux check-points. Anne-Marie Filaire a fait le choix d’en montrer  la disparition. Et rappelle que « si le beauté exorcise la violence, c’est ça que j’ai voulu photographier. »

Un travail d’une délicatesse opiniâtre, rare, aux images d’une esthétique fine, élégante, intense, mais aussi « exigeant » comme on dit : ce n’est pas une exposition qu’on bâche en cinq minutes. Le temps, le silence, la violence et la terre ont besoin de temps. Seules les traces, après tout, font rêver.

 

EXPOSITION
Zone de sécurité temporaire
Anne-Marie Filaire
Commissaire de l’exposition : Fannie Escoulen
Du 4 mars au 29 mai 2019
MUCEM
1 esplanade du J4,
13002 Marseille
Ouvert tous les jours sauf le mardi
De 11h à 18h : mars—avril
De 11h à 19h : mai
http://www.mucem.org

EVÉNEMENTS ASSOCIÉS
• Rencontre avec Anne-Marie Filaire le samedi 11 mars à 16h dans l’auditorium du Mucem.
• Une installation de Anne-Marie Filaire, « Enfermement », est présentée dans le forum du 9 au 19 mars (entrée libre)
• Le Mucem propose un programme « Palestine : Territoire, Mémoire et Projections  du 9 au 12 mars et du 16 au 19 mars : http://www.mucem.org/fr/evenement/palestine-territoire-memoire-projections

LIVRE
Zone de sécurité temporaire
Anne-Marie Filaire
Editions Textuel
224 pages
20 x 28 cm, relié
55 €
http://editionstextuel.com

Insecurities : Tracing Displacement and Shelter au MoMA

ou Comment montrer 60 millions d’êtres humains en fuite dans le Monde ?

Dans le cadre de la mission « Citizens and Borders » (Citoyens et Frontières), que se donne le MoMA, avec les oeuvres en sa possession.

C’est par l’angle de l’Architecture contemporaine et d’une installation collective (68 artistes) que le MoMA nous embarque dans ce « chaos ». Le parti pris n’est pas alarmiste, mais esthétique et bien ancré dans le réel, comme pour toucher en plein coeur la sensibilité du visiteur.

L’entrée de l’exposition donne le ton avec le très grand format d’une montagne de gilets de sauvetage oranges en vue plongeante, « Europe’s New Borders » (les nouvelles frontières de l’Europe), du photographe danois Rasmus Degnbol. Puis on entre dans l’installation, un abri  (A Better Shelter) est érigé au centre. 

«Ces abris et ces camps sont en réalité quasi-permanents », déclare Sean Anderson, conservateur adjoint au Département d’Architecture et Design du MoMA, qui a organisé l’installation avec Ariele Dionne-Krosnick

En arrière plan, l’immense carte du monde, de l’artiste indienne Reena Saini Kallat, faite de filets, câbles électriques, haut-parleurs et circuits imprimés, intitulée « Woven Chronicles » (Chroniques Tissées), met en couleur les très complexes flux de l’exil.

Finalement aucun grand bouleversement n’est survenu entre 1937 avec « Young Mother, a Migrant, California » de Dorothea Lange et 2016, à Calais, vu par le photographe néerlandais Henk Wildschut.

Si peut-être un détail !  L’humain a disparu…

Il faut se mettre au ras du sol pour espérer « trouver son ombre dans les ruines et les décombres » avec l’installation de l’artiste vietnamienne Tiffany Chung («Finding One’s Shadow in Ruins & Rubble »). Ou le chercher encore dans l’extrait d’un funeste rapport sur les réfugiés morts pour la quête d’un meilleur lendemain en Europe (par UNITED for Intercultural Action). On pourra y trouver toute la description de décès absurdes et indolores…

On ressort de là, perplexe, face à l’échec de notre Monde « civilisé » à rendre le vivre ensemble possible et fondamental, mais rempli d’espoir que des artistes internationaux s’emparent de la problématique. 

EXPOSITION
Insecurities : Tracing Displacement and Shelter
Jusqu’au 22 janvier 2016
MoMA – The Museum of Modern Art
11 West 53 Street (btwn 5th and 6th Aves)
New York, NY 10019
USA
https://www.moma.org