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Thu-Van Tran à la Cristallerie Saint-Louis – Fondation d’entreprise Hermès

Nous avions rencontré Marie Cozette à la Cristallerie Saint-Louis à l’occasion du premier volet de son cycle de programmation « l’héritage des secrets » suite à l’invitation de la Fondation Hermès faite à la Synagogue Centre d’art contemporain de Delme. Après le duo Hippolyte Hentgen, c’est un solo show qu’elle propose de l’artiste d’origine vietnamienne Thu-Van Tran qui vit et travaille en France (diplômée des Beaux Arts de Paris).

Pour l’exposition l’artiste initie une nouvelle série d’arches en bois d’hévéa. Leur clef de voûte, un fragment de cristal initialement destiné au pilon, devient ici l’élément central sans lequel la sculpture s’effondrerait. Un jeu d’équilibres et de tensions qui rend solidaires deux matériaux aux histoires singulières. Importé dans les années 1920 en Indochine, l’hévéa est cultivé intensivement pour la production de caoutchouc pendant la période coloniale. Pour pousser,
le bourgeon doit envahir une plante-hôte, tout en se laissant transformer par son environnement. Cette contamination réciproque est au cœur du travail de Thu-Van Tran, elle-même étant le fruit d’une histoire entrelacée entre son pays d’origine et son pays d’accueil. Ses matériaux portent les traces d’une possible fiction.
De même avec cette série de photogrammes, inspirée par le rassemblement silencieux d’une communauté de femmes, des domestiques, que l’artiste a observé dans les rues de Hong-Kong au cours d’un récent voyage en Asie. Une présence forte le dimanche sur la passerelle reliant le port du centre ville, qui contraste avec leurs existences précaires et fragiles économiquement. Des frictions à la fois poétiques et politiques.
Inauguré en 2007 et situé au cœur de la manufacture, La Grande Place musée du cristal Saint-Louis présente, au sein d’une collection permanente, 2000 œuvres appartenant au patrimoine de Saint-Louis sur un parcours initiatique de 953 mètres, témoignage d’un savoir-faire quatre fois
séculaire. Les vitrines exposent les pièces résultant des nombreux savoir-faire emblématiques de Saint-Louis et sont illustrées —par vidéo— des gestes des artisans d’aujourd’hui. La scénographie soulignant l’architecture originale signée Lipsky+Rollet vous invite à découvrir de manière ludique
et pédagogique les propriétés du cristal Saint-Louis.
La Fondation d’entreprise Hermès développe huit grands programmes qui articulent savoir-faire, création et transmission.
New Settings pour les arts de la scène, Expositions et Résidences d’artistes pour les arts plastiques, Immersion pour la photographie, Manufacto, la fabrique des savoir-faire et l’Académie des savoir-faire pour la découverte et l’approfondissement des métiers artisanaux.
À travers H3, elle soutient également, sur les cinq continents, des organismes qui agissent dans cette même dynamique. Enfin, son engagement en faveur de la planète est porté par son programme Biodiversité & Écosystèmes.
Thu-Van Tran est représentée par la galerie Meessen De Clercq (Bruxelles, Belgique) et prépare pour 2019 sa première exposition personnelle à la galerie Rüdiger Schöttle (Munich, Allemagne).
A partir du 1er août Marie Cozette prend la direction du CRAC Occitanie à Sète mais poursuit son cycle artistique à la Cristallerie en invitant Dominique Ghesquière.
INFORMATIONS PRATIQUES :
Exposition ouverte au public du 12 juillet 2018 au 7 janvier 2019
La Grande Place musée du cristal Saint-Louis
Rue Coëtlosquet
57620 Saint-Louis-lès-Bitche
Tous les jours de 10h à 18h, sauf le mardi
Actualités de la Fondation Hermès :

Biennale de la Photographie de Mulhouse : Attraction(s)

Pour sa troisième édition, la Biennale de la Photographie de Mulhouse propose quatorze expositions et installations dans l’espace public autour de la thématique de l’attraction, sous la direction artistique d’Anne Immelé, docteure en Art. Manifestation transfrontalière, ses 12 lieux d’expositions se déploient sur 5 communes françaises et allemandes : Mulhouse, Hombourg, Chalampé, Hégenheim et Freiburg.

Cette nouvelle édition réunie une trentaine de photographes autour de la notion de l’attraction ou des attractions. Le terme d’attraction est des plus ambigüs. Superficiel ou profond, positif ou négatif, il recouvre un champs large, qui s’inscrit dans un mouvement, une dynamique, un élan. Si l’attraction est cette force invisible qui rapproche les corps physiques, l’on peut aussi y voir aussi la nature du lien fondamental qui fait adhérer la photographie au réel. Construisant sa richesse sur son apparente simplicité, la photographie n’est-elle pas le médium de l’attraction immédiate ?

PROGRAMME

Le désir

L’exposition L’étreinte du tourbillon (Musée des Beaux-Arts de Mulhouse commissaire Anne Immelé) traite du désir amoureux et croise différents regards sur l’être aimé. Partant de la chambre comme lieu de prédilection de l’attraction amoureuse, l’exposition aborde une approche narrative et autobiographique propre aux années 1980 avec Denis Roche, Alix Cléo Roubaud et Hervé Guibert, et questionne cet héritage en le confrontant aux productions contemporaines de Lucile Boiron, Anne-Lise Broyer, Thomas Boivin, Alan Eglinton et Julien Magre.

Le montage

L’attraction c’est la question du montage, de l’attirance des images qui sont rapprochées et interagissent ensemble. Trois expositions y sont consacrées : la rétrospective des montages d’attractions de Christian Milovanoff (La Filature, Mulhouse), les assemblages hybrides de Thomas Hauser (Motoco), et le parcours fondé sur des disjonctions et des rapprochements proposé par Pascal Amoyel dans une exposition réunissant photographes américains (Thomas Bouquin, Eliot Dudik, Shane Lavalette, Mark Steinmetz, Susan Worsham) et européens (Nolwenn Brod, Raphaël Coibion, Edouard Decam, Nicolas Giraud, Philippe Spigolon) au CCFF de Freiburg. Ces expositions sont complétées par des diptyques dans l’espace public mulhousien, ceux réalisés par les étudiants des écoles d’art du Grand Est, et ceux de l’éditeur mkg.

Réflexion sur la photographie à l’ère de l’attraction généralisée

Les expositions au Kunsthaus L6 de Freiburg (commissaire Finn-Niclas Schütt ) et à la Chapelle Saint Jean de Mulhouse (45° de Bertrand Cavalier, Massao Mascaro, Fabien Silvestre Suzor) aborde la question de l’attraction devenue primordiale à l’ère numérique. En effet, l’interaction entre attraction et photographie ne fait qu’augmenter du fait de l’omniprésence des images sur le WEB et de la nécessité de séduire pour s’attirer le plus de Like et de followers.

Zones d’attraction

L’exposition Zones (Fabrikculture Hégenheim, commissaire Anne Immelé) a pour point de départ le film Stalker d’Andrei Tarkovski. A l’instar de la Zone du film de Tarkovski ou de la zone de l’explosion nucléaire de Tchernobyl en 1986 – plusieurs lieux revêtent un fort pouvoir d’attraction, alors même qu’ils sont particulièrement dangereux. Cette fascination se traduit par l’importance accordée à la lumière dans les photographies d’Ester Vonplon (CH), de Michel Mazzoni (BE) et de Kazuma Obara (JA), par l’interférence entre réel ou virtuel chez Georg Zinsler (AU), dans une mystérieuse attraction.

Consommation / Contemplation

Si les photographies que Nick Hannes (Chalampé) a réalisé à Dubai témoignent de l’intérêt porté aux centres commerciaux, aux loisirs et autres attractions de la société de consommation, un besoin de se déconnecter de cette surconsommation s’impose, avec un retour à des modes de vie plus relié à la nature, invitant à la contemplation voir à la méditation. Ce sont ces questions qu’abordent Janine Bächle (Bibliothèque de Mulhouse), Paul Gaffney (Hombourg), Marine Froeliger (Cour des chaînes, Mulhouse).

INFORMATIONS PRATIQUES
Biennale de la Photographie de Mulhouse 2018
Attraction(s)
28 rue de Stalingrad
68100 Mulhouse
agrandisseur@gmail.com
http://www.biennale-photo-mulhouse.com

Emma Lavigne, vibrante et convaincue, regarde à l’est !

Une bibliothèque qui court les murs, une valise, une table où Gutaï cohabite avec le catalogue des Mondes flottants sa dernière création pour Lyon, Emma Lavigne aperçue le matin sur le quai de la gare de l’Est a décidé de jouer la carte lorraine en s’installant à Metz où ses enfants sont scolarisés. Le regard clair et la voix radiogénique, elle est habitée par ce qui la porte. Sa pensée agile et d’une grande rigueur vous embarque aussitôt. Elle nous a reçu en plein accrochage de son grand projet Couples modernes qui ouvre le 28 avril, alors que le taux de fréquentation exceptionnel du Centre Pompidou-Metz signe un vrai succès.

« Travailler dans un ancrage et une réalité sociale immédiats et faire rayonner le Centre Pompidou au coeur de l’Europe dans ce territoire élargi du Grand Est »

  1. Quels enjeux étaient les vôtres à votre arrivée à la tête de cet élégant vaisseau en décembre 2015 et comment en mesurez-vous l’impact ?

Je souhaitais que ce centre d’art moderne et contemporain qui avait suscité beaucoup de désir et de curiosité émanant des expositions remarquables organisées par Laurent Le Bon et l’équipe, devienne encore davantage un lieu de vie, où les gens se sentent chez eux.

Le Centre Pompidou Paris était envisagé par Pontus Hulten comme un village, « un centre d’art où devait exploser la vie », pensée inspirante que j’avais à coeur de pouvoir incarner ici. Je crois que ce projet est en train de se réaliser et que ce formidable instrument de culture a trouvé son public qui s’est approprié ses espaces comme les propositions artistiques qui s’y déploient.

En terme de répartition 75% de nos visiteurs viennent de France, 14% sont Parisiens et 59% sont issus de Lorraine et de la Région Grand Est. Nous cherchons encore à sensibiliser les jeunes, avec une gratuité jusqu’à 26 ans, ce qui mérite d’être souligné.

Nous avons réussi à instituer une programmation où « il se passe toujours quelque chose » pour reprendre les mots de John Cage : ouverture d’une exposition, concert.., la pluridisciplinarité étant au coeur de mon projet. Nous avons par exemple, organisé le samedi 24 mars un cérémonial de la couleur avec Dorothée Selz et Antoni Miralda sous la forme d’un grand goûter partagé qui a connu un vrai succès durant tout le week-end.

Je tenais à affirmer un ancrage fort sur le territoire à travers la programmation des sujets imaginés pour dialoguer avec Metz et la Grande Région.

Nous avons, dès mon arrivée, souhaité raconter cette histoire partagée d’un territoire transfrontalier tour à tour français ou allemand, avec l’exposition « Entre deux horizons. Avant-gardes allemandes et françaises » du Saarlandmuseum

J’ai rencontré mon homologue, et de façon spontanée, lui ai proposé à l’occasion des travaux entrepris dans son musée, de raconter cette histoire qui a tant d’importance ici, à partir de la vie de ses collections, à un moment critique où le Front National avait obtenu 32% de voix au 1er tour des élections régionales. « Entre deux horizons » a été passionnant dans ce dialogue activé avec l’Allemagne, explorant les influences croisées et la fascination pour le voisin ainsi que les inquiétudes qu’il peut susciter, afin de montrer comment les œuvres deviennent les témoins de leur temps.

Nous avons aussi travaillé avec la spécificité du territoire, comme à l’occasion de l’exposition Fernand Léger. Le beau est partout dans le cadre des 40 ans du Centre Pompidou, bénéficiant de prêts exceptionnels, à partir des mots de l’artiste qui affirmait que « le beau est partout ». C’est un enjeu, dans la période actuelle où la notion de beau est presque devenue un terme pernicieux.

Nous tenions avec la commissaire Ariane Coulondre à faire rayonner l’humanisme de Fernand Léger, ses idées autour de la démocratisation de la culture, lui qui affirmait qu’il fallait ouvrir les musées après 17h30 afin que les ouvriers puissent y venir. Des valeurs qui m’animent dans le travail que j’entreprends ici. Nous avons donné une résonance particulière au projet, déployé dans la cité radieuse imaginée par le Corbusier à Briey à 30 minutes de Metz, entrecroisant les deux artistes autour de la polychromie pensée comme un désir de transfigurer la réalité, sous le titre Le Corbusier et Léger. Visions polychromes.

J’ai aussi organisé, comme commissaire, l’exposition Jardin infini. De Giverny à l’Amazonie sujet sur lequel je travaillais depuis longtemps à travers des projets expérimentaux avec Céleste Boursier-Mougenot par exemple pour la Biennale de Venise (Pavillon Français, rêvolutions), autour de ces questions du vivant qui me passionnent, présentes également autour des projets réalisés avec Pierre Huyghe (2014 Centre Pompidou Paris). Ce projet s’est enraciné à Metz et a pris toute sa place dans le contexte d’une prise de conscience écologique très avant- gardiste avec Jean-Marie Pelt, premier adjoint du maire, qui a sauvegardé beaucoup d’espaces verts dans la ville et autour.

Il y a de plus dans toute la Lorraine des jardins remarquables. Nous avons initié des dialogues avec ces lieux associant les espaces verts de la Ville de Metz et le Jardin botanique du Grand Nancy.

Egalement, avec Japan-ness. Architecture et urbanisme au Japon depuis 1945, un véritable pari de présenter l’architecture contemporaine japonaise au sein du bâtiment de Shigeru Ban et Jean de Gastines qui inaugurait une grande saison japonaise faisait sens tout proche de Nancy, où par l’apport du japonisme, est né l’Art Nouveau. Même si nous évoquions la création très contemporaine nous souhaitions montrer que cette terre avait accueilli très tôt aussi bien les fleurs importées du Japon que des textiles, des estampes, l’esprit et la créativité japonaise.

 

Nous travaillons au sein du territoire avec les quatre pays voisins. Nous avons ainsi lancé un programme qui démarre avec le Mudam et le Luxembourg, « Est Express ». Nous travaillons aussi avec la Suisse par le biais de prêt d’œuvres, la Belgique où notre exposition Fernand Léger a itinéré et l’ouverture de Kanal Pompidou qui ouvrent de nouvelles perspectives.

En termes de chiffres de fréquentation, même s’il faut se montrer toujours prudents, nous avons réalisé une très bonne année avec 15% de visiteurs en plus, soit plus de 345 000 visiteurs pour une ville de 120 000 habitants, ce qui un beau résultat.

Si je suis très heureuse de cette fréquentation, tout comme des initiatives plus invisibles comme ce programme lancé en 2017 « l’art de partager » auprès de 31 associations du territoire en charge de public en grande précarité (personnes réfugiées, milieux défavorisés, adolescents en souffrance, situations de handicap.). Il s’est beaucoup développé avec les collectivités territoriales et un mécène à présent qui nous soutient. Nous sommes dans des propositions très qualitatives plus invisibles mais tout aussi importantes pour nous.

Nous avons aussi une spécificité dans notre institution. 30% de nos visiteurs viennent de la classe sociale des employés-ouvriers sur ce bassin de population où beaucoup sont venus travailler dans les usines de sidérurgie, dans une région qui a aussi souffert. Ce qui est beaucoup comparativement au 12% du niveau national. Le Louvre-Lens est par exemple à 18%.

C’est une grande satisfaction de penser que la programmation même pointue, parfois même radicale, attire du monde, comme avec Jardin Infini inspiré par la Dark ecology, ou Oscar Schlemmer. L’homme qui danse.

Le différentiel entre le public qui fréquente des expositions plus classiques ou plus expérimentales, est en train d’ailleurs de s’amenuiser.

Ce travail de fond entrepris avec les acteurs du territoire, les partenariats tissés avec les structures locales et institutions culturelles, est essentiel et nous a conduit à de magnifiques collaborations. Comme par exemple avec Petter Jacobson,
directeur du Centre Chorégraphique « Ballets de Lorraine » de Nancy et le chorégraphe Thomas Caley , coordinateur de recherche, à qui j’ai commandé une création chorégraphique dans le cadre de l’exposition réalisée en 2016 Oskar Schlemmer. L’homme qui danse.

Cela nous permet à présent d’être associés, soit pendant 3 ans de réfléchir à des projets d’artistes comme avec Saburo Teshigawara que nous avons invité dans le cadre de la saison japonaise en partenariat avec l’Arsenal. « Les Ballets de Lorraine » lui ont proposé un workshop pendant 3 semaines avec les étudiants pour créer une œuvre qui est maintenant inscrite au répertoire des Ballets.

Travailler avec la réalité sociale est une motivation forte que j’impulse auprès de toute l’équipe, avec Agathe Bataille, responsable du pôle des publics et de la communication, notamment qui vient du Centquatre, et dans la continuité de mon expérience à la Cité de la musique dans le 19ème. Nous savons ce que cela implique d’aller chercher des gens de l’autre côté du périph’ !

2. De même qu’avec Elles@Centre Pompidou Paris qui donnait la parole aux artistes femmes, « Couples modernes » prolonge cette réflexion à travers les jeux de l’amour et du quotidien partagé.

Revenons sur la genèse d’un tel projet en partenariat avec le Barbican qui célèbre cette année le centenaire du droit de vote des femmes britanniques.

J’avais, déjà à mon arrivée au Centre Pompidou Paris en 2008, travaillé comme commissaire associée avec Camille Morineau sur Elles@Centre Pompidou avec une réaction de surprise au départ étant plus en charge de l’art contemporain, même si le projet s’est révélé passionnant comme un véritable outil critique pour l’histoire de l’art.

Générer une prise de conscience de notre politique d’achat pour la collection et du faible nombre d’artistes femmes exposées dans nos galeries et constater aussi que beaucoup d’artistes femmes contemporaines restaient peu achetées ou exposées même si elles sont nombreuses à sortir des écoles d’art et à avoir un vrai talent.

Ce projet s’est révélé comme une sorte d’auto-critique de l’institution par rapport à des questions qui concernent l’ensemble des musées avec cette déclaration des guerilla girls : Est-ce que les femmes doivent être nues pour entrer au Metropolitan Museum ? Moins de 3 % des artistes exposés sont des femmes mais 83 % des nus sont féminins ».

Cette exposition a suscité de nombreux débats autour de cette problématique. Il ne s’agissait pas d’enfermer des femmes dans des expositions liées au féminisme, de grandes figures liées à l’abstraction, par exemple, n’ont pas envie d’être mises dans cette case là. Nous souhaitions plutôt raconter l’histoire de l’art dans sa diversité à partir de leurs œuvres.

Mes recherches autour la notion du couple avaient déjà commencé en 2005 à la Cité de la musique et au Canada (musée des Beaux Arts) autour du couple formé par Yoko Ono et John Lennon, ce dialogue des extrêmes. Un artiste anglais qui rencontre une artiste japonaise et se heurte à la notion du racisme, amplifiée du fait que deux champs contraires se trouvent tout d’un coup en interaction. Avec d’un côté le monde de la Pop populaire et de l’autre, celui de fluxus, de l’art conceptuel, de la musique expérimentale.

Il est fascinant de constater combien dans notre appréhension culturelle nous séparons les choses, les hommes et les femmes, les origines et provenances géographiques, l’occidental et le non occidental, la high et la low culture, la musique savante et populaire etc.

Ce couple était passionnant dans la façon dont ils ont fait de leur intimité partagée un lieu de création artistique et musical, un lieu de prise de position politique très forte, comme leur mariage à Gibraltar qui très médiatisé est devenu un évènement pour la paix. Symboliquement c’est aussi le lieu où l’Europe se rapproche de l’Afrique.

Avant d’entamer ce célèbre Bed-In autour duquel j’ai organisé une exposition à Montréal à l’occasion des 40 ans de l’événement en 2005. Véritable performance d’art conceptuel extrêmement articulée qui reprenait des codes de la résistance pacifiste et de tous les mouvements pour les droits civiques, un dialogue fort qui nourrit leur travail à tous les deux pour briser des frontières encore très rigides.

Ce qui m’intéresse dans ma recherche ce sont ces phénomènes de porosité, dans la musique et l’art contemporain, ce qui s’entend et ne se voit pas, comment deux champs entrent en porosité et en créent un nouveau. Danser sa vie avec Christine Macel était de cet ordre, Jardin Infini également.

Couples modernes découle aussi de cette idée, même s’il ne s’agit pas de limiter et de restreindre ce que peut représenter la création intrinsèquement individuelle de l’artiste mais voir comment ce dialogue peut s’inviter dans le cadre d’une création amoureuse.

Comment cette idée de partager quelque chose d’essentiel dans sa vie intime peut générer une énergie incroyable et engendrer de nouveaux mouvements comme le rayonnisme avec Mikhail Larionov et Natalia Gonchavora à l’origine de ce manifeste : « Pourquoi nous nous peinturlurons » qui descendent tous les deux dans la rue le visage peint. L’auraient-ils faits seuls ?

Comme si la créativité pouvait être intensifiée par un déclencheur fort, cette rencontre d’une âme sœur, sans dérive romantique, qui n’exclut pas les tensions.

Etant donné la situation des femmes encore emprisonnées dans le carcan de la législation de l’époque et victimes de la guerre, le couple offre aussi paradoxalement une possibilité de créer, de tenter d’avoir une chambre à soi comme disait Virginia Wolf.

Ce qui est bouleversant, ce sont ces grandes figures comme Josef Albers, qui reconnaît combien Anni sa femme l’a inspiré quand ils fuient l’Allemagne pour arriver au Black Mountain College. Anni a pratiqué le tissage dans l’atelier du Bauhaus technique qui devient alors, comme chez les Arp, une façon de dépasser la dimension bourgeoise du tableau de chevalet, et même si Josef apprécie ce medium, dans nos collections Anni est totalement absente, au contraire de son époux.

Si l’on prend un autre cas, même s’il est difficile de circonscrire, avec 40 couples présentés et 200 répertoriés dans le catalogue, le Blaue Reiter est un mouvement d’où les femmes sont totalement exclues.

Nous avons prévu une salle autour de Murnau avec notamment Alexej von Jawlensky et sa compagne Marianne von Werefkin, grande artiste russe proche de Vassily Kandinsky, et des idées qu’il diffuse dans son livre théorique, Du Spirituel dans l’art, sorte de figure tutélaire, totalement inconnue en France, qui conçoit l’amour comme un sacrifice.

Le sacrifice est également au cœur des relations qui unissent Alma et Gustav Mahler ou Kandinsky et Gabriele Munter. Ces récits forment une sorte de continuité
de Elles dans la mesure où le couple a été une forme de matrice mais de matrice complexe où l’apport des femmes est souvent passé sous silence notamment par leurs conjoints, ce qui relève d’une violence terrible.

L’on sait par exemple que Raoul Haussman a encouragé Hannah Höch seule femme de Dada Berlin à exposer à la Dada Messe et voyait en elle une femme nouvelle qui incarnerait une liberté totale des mœurs, en dehors des normes de la société alors qu’il était marié et père d’un enfant. Elle devenait le fer de lance de préoccupations de l’avant garde.

Ce sont toutes ces ambivalences que nous avons souhaité mettre en avant. Ce n’est pas uniquement la question du genre qui nous intéressait comme avec l’exposition « Féminin-masculin, le sexe de l’art » qui avait ouvert la voie en 1995 mais ces processus de création et ce moment spécifique à chaque couple.

Nous avons aussi une salle autour de Max Ernst et Leonora Carrington qui se réfugient à Saint Martin d’Ardèche, juste avant l’internement d’Ernst au Camp des Milles. Nous présentons la bibliothèque que Leonora avait transportée à Saint Martin d’Ardèche, nourrie de cet imaginaire qu’elle apporte à Ernst.

Sortir l’artiste de cette solitude, c’est relire l’histoire de la modernité sous un angle plus intime parfois juste à travers une trace plus modeste comme cette petite sculpture qui relie Marcel Duchamp à Maria Martins, femme mariée à un diplomate ambassadeur du Brésil, son grand amour alors qu’il déclarait de ne pas vouloir s’embarrasser des servitudes de la vie à deux. Des histoires plus secrètes, parfois en polyamour avec des couples, des trouples, des communautés prônant l’amour libre.

Le Barbican va reprendre l’exposition qu’ils feront évoluer et cela m’intéressait d’avoir un certain nombre d’artistes anglais dans le parcours comme Eileen Agar et Paul Nash, Barbara Hepworth et Ben Nicholson, le Bloomsbury Group, communauté d’artistes qui ont élargi la notion de couple et défendu une grande liberté de pensée dans le contexte de la très stricte Angleterre victorienne.

Dans ce contexte de carcan le couple peut être une cellule créative, malléable, transformable, une chimère par moment pouvant conduire jusqu’à la destruction.

3. Si vous aviez un rêve.. pour le Centre Pompidou Metz ou ailleurs ?

Je crois que j’ai la chance de pouvoir donner une réalité à des sujets et des rêves qui m’habitent depuis très longtemps parfois, ce qui est assez fantastique avec ce métier.

A mon arrivée ici j’ai également lancé un projet que j’aimerais pouvoir poursuivre malgré tout le contexte politique de crispation populiste de certains pays, autour de cette idée de la Mitteleuropa comme modèle au cœur de l’Europe Centrale d’avant la guerre. Un lieu multiculturel où différentes influences cohabitaient en bonne intelligence. Ce type de réflexion me parait urgent, à la mesure d’évènements récents pour réinventer cette idée européenne, envisager le rapport à l’autre comme un espace de porosité et de richesse possibles.

Il s’agit d’un grand projet que l’on espère réaliser à l’horizon de 2020-21.

Concrètement avec l’échéance du Brexit nous mesurons ce qui va changer dans notre façon de fonctionner avec les institutions anglaises ou en Pologne ou en Hongrie, combien la situation peut aussi modifier la collaboration entre les musées.

Pour le Centre Pompidou-Metz mon rêve serait que ce processus de démocratisation culturelle se poursuive et aille encore plus loin pour pouvoir toucher davantage de visiteurs et que l’art soit synonyme de prise de conscience, d’évasion, de contemplation et de rêve.

Et même si ces thèmes sonnent comme des tabous dans la critique d’art, je travaille pour le grand public avant tout et non pour quelques happy fews !

Actuellement :

L’Aventure de la couleur. Œuvres phares du Centre Pompidou Jusqu’au 22 juillet 2019

Couples modernes Jusqu’au 20 août 2018

À Londres, Couples modernes, du 10 octobre 2018 au 27 janvier 2019, coïncidera avec le centenaire du droit de vote
des femmes britanniques et sera l’une des composantes majeures de la saison du Barbican Centre, Londres, The Art of Change.

www.centrepompidou-metz.fr

Michel Riehl, Universalités

Nous vous l’avions annoncé début février lors de la publication du palmarès de la 8ème édition de Rendez-vous • Image, chaque semaine Mowwgli partagera avec vous les portfolios des lauréats. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir la série de Michel Riehl, Coup de Coeur de Paolo Woods, directeur artistique de l’édition 2018.

Universalités, d’un côté des éléments naturels d’origine terrestre, aquatique végétal, animal, de l’autre des constructions et des transformations humaines liées à ses activités. Dans différents domaines, comme les technologies, l’agriculture ou encore l’art. En assemblant ces photos, je veux montrer les similitudes de formes, de mouvements, de compositions, pour souligner l’Universalité grâce aux diptyques qui vous sont présentés. Les matières, les couleurs, les formes, rien de tout cela n’est inventé car déjà existant. Oui, l’homme transforme, assemble et construit, mais il se sert uniquement de matières existantes sur notre planète ou dans l’univers.

INFOS :
http://www.michelriehl.fr/
http://www.rdvi.fr

Simon Weber, Lumières de Nuit

Nous vous l’avions annoncé début février lors de la publication du palmarès de la 8ème édition de Rendez-vous • Image, chaque semaine Mowwgli partagera avec vous les portfolios des lauréats. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir la série de Simon Weber, Prix du Public.

Amateur passionné, ma pratique de la photographie commence en 2014. Amoureux de la nature et féru de voyages, c’est naturellement vers la photographie de paysage que je me suis tourné. La nuit est par définition l’absence de lumière naturelle, produite par la source inépuisable qu’est le soleil. Nos yeux n’ont pas la capacité de distinguer les détails dans l’obscurité, et notre perception des couleurs est altérée. Cependant, les capteurs de nos appareils photographiques permettent de collecter toutes les informations manquantes à notre vision, et nous offrent la possibilité de découvrir un autre univers. Je souhaite partager à travers cette série de photographies, une vision esthétique et colorée de la nuit prise dans différents endroits du monde lors de voyages.

INFOS :
http://www.rdvi.fr

Thomas Cytrynowicz, A Dance of Life and Death

Nous vous l’avions annoncé début février lors de la publication du palmarès de la 8ème édition de Rendez-vous • Image, chaque semaine Mowwgli partagera avec vous les portfolios des lauréats. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir la série de Thomas Cytrynowicz, 1er Prix Jeunes.

Il existe de part le monde bien des mécanismes pour réagir à la mort d’un proche. La peine, face à laquelle on est bien souvent seul, est atténuée à travers le cérémoniel de l’enterrement. J’ai souvent été frappé par la froideur institutionnelle des enterrements sous nos latitudes européennes. On célèbre dignement le fait funèbre plutôt que la vie passée du trépassé. C’est une mort pudique, intime, à laquelle les membres les plus proches sont souvent difficilement confrontés. D’autres régions du monde affectionnent d’autres mœurs. Au Ghana, l’enterrement n’est qu’une partie d’une célébration de la vie du défunt mais aussi plus généralement de son cercle social. Dans un pays où la musique est omniprésente dans toutes les phases de la vie, et notamment dans la pratique religieuse à travers le gospel catholique par exemple, la danse en est une contrepartie dominante. Ainsi, on danse la vie, et on danse la mort.

INFOS :
http://www.thomascytrynowicz.com
http://www.rdvi.fr

Week-end de l’art contemporain Grand Est : les 25 ans de la Synagogue de Delme

Chaque année au printemps, VERSANT EST vous propose le Week-end de l’art contemporain dans plus de soixante lieux d’art contemporain.
Foisonnement de propositions artistiques : expositions, rencontres, ateliers, concerts, performances, projections… autant d’événements singuliers qui rythment la vie culturelle alsacienne le troisième week-end de mars.

Pour cette nouvelle édition, le Week-end de l’art contemporain Grand Est se renouvelle et s’habille d’une communication qui devient aussi un espace artistique à investir. Cette année, nous avons le plaisir de vous laisser découvrir la carte blanche proposée à l’artiste Delphine Gatinois !

A cette occasion le Centre d’art la Synagogue de Delme fête ses 25 ans autour d’une vingtaine d’artistes ayant exposés à Delme ainsi que des artistes
accueillis en résidence à Lindre-Basse, partie intégrante des missions du centre d’art depuis 2002.
L’exposition embrasse la diversité des pratiques, des gestes et des récits, et se fait l’écho de la vitalité artistique et intellectuelle qui a fait battre le cœur de la synagogue de Delme depuis un quart de siècle.
Si l’exposition s’intitule « Assemblée », c’est bien pour parler de ce qui fait la nature de la synagogue de Delme depuis ses débuts : un lieu de rassemblement, une agora, un espace de paroles et de débats partagés, un lieu polyphonique qui croise les singularités.
Assemblée traduit enfin la bienveillance de l’institution vis à vis de ses publics et des artistes, pour qui le centre d’art reste une maison de pensée, d’action et de liberté.
Voix, esprits, altération de conscience, chemins de traverse, lignes sinueuses, l’exposition renvoie à d’autres manières de regarder et de percevoir.
En parallèle à l’exposition, le centre d’art propose une programmation de films d’artistes à la Gue(ho)st House, les samedis de 14h à 18h et les dimanches de 11h à 18h.

Avec: Eva Barto, Eric Baudelaire, Berdaguer & Péjus, Katinka Bock, Mathieu Copeland, Delphine Coindet, Colouring Tour, Marie Cool Fabio Balducci, Edith Dekyndt, Yona Friedman, Dominique Gilliot, Christian Hidaka, Violaine Lochu, Chloé Maillet & Louise Hervé, Etienne Pressager, Julien Prévieux, Rometti Costales, Clément Rodzielski, Eva Taulois, Capucine Vandebrouck

Ainsi que des films de: Eric Baudelaire, Joëlle de la Casinière, Philippe Decrauzat, Eitan Efrat & Sirah Foighel Brutmann, Anne-Charlotte Finel, Elise Florenty & Marcel Türkowsky, Yona Friedman, Louise Hervé & Chloé Maillet, Susan Hiller, Olive Martin & Patrick Bernier, Falke Pisano, Julien Prévieux, Jimmy Robert

Événements associés aux 25 ans de Delme :

VERNISSAGE LE 16 MARS
À 18 h dans le cadre du week end de l’art contemporain Grand Est (16, 17 et 18 mars)
Navette gratuite depuis Metz pour le vernissage.

INTÉGRALE BUREN LE 17 ET LE 18 MARS
Le samedi de 14 h à 18 h et le dimanche de 11 h à 18 h
Projection en continu des documentaires sur Daniel Buren réalisés par Gilles Coudert, Sébastien Pluot et Daniel Buren dans la série Works and Process aux éditions a.p.r.e.s.

RENCONTRE-PROJECTION LE 14 AVRIL
Projection du film Le déparleur (2012) des artistes Olive Martin et Patrick Bernier de 14h à 18h et rencontre avec les artistes à 16h30.

RENCONTRE-PROJECTION LE 28 AVRIL
Projection du film What shall we do next (sequence #2) (2014) de l’artiste Julien Prévieux de 14h à 18h et rencontre avec l’artiste à 16h30.

CONCERT / LANCEMENT LE 13 MAI
À 16h30, concert du duo Jean-Luc Guionnet et Thomas Tilly, suivi d’un apéritif et du lancement de leur disque Stones Air Axioms/Delme qui fait suite à leur exposition à la synagogue de Delme en 2015.
Évènement conçu en partenariat avec l’association Fragment – Metz

PERFORMANCE RELATIVE AU SUJET LE 20 MAI
Rendez-vous à 16h à la synagogue pour une visite guidée insolite et haute en couleurs de l’exposition, avec l’artiste Dominique Gilliot.

INFOS PRATIQUES :
Assemblée, les 25 ans du centre d’art
Jusqu’au 20 mai 2018
Centre d’art contemporain – la synagogue de Delme
33 rue Poincaré
57590 Delme
http://www.cac-synagoguedelme.org

Week-end de l’art contemporain Grand Est
Téléchargez le programme : du 16 au 18 mars
Embarquez pour les 3 parcours bus de l’art le dimanche 18 !

A LIRE :
Rencontre avec Marie Cozette, directrice du centre d’art contemporain, la Synagogue de Delme

Stephen Shames, dans les coulisses des Black Panthers

Après avoir été présentée au Musée Niépce de Chalon-sur-Saône au printemps dernier et à la Maison Robert Doisneau de Gentilly ces derniers mois, l’exposition consacrée au photographe américain Stephen Shames est visible à La Chambre à Strasbourg jusqu’au 15 avril prochain. Cette version alsacienne curatée par François Cheval et Audrey Hoareau s’intitule « Power to the people« , issu de l’un des slogans des Black Panthers.

C’est dans les années 60 que l’Amérique découvre le revers de l’abondance. Derrière la façade du « rêve américain », Stephen Shames enregistre tel un oscillographe tous les mouvements tectoniques d’une société ébranlée. Il suit avec patience et persévérance le quotidien des Black Panthers, les accompagnant dans leurs protestations, leurs actions sociales, leurs célébrations. Il dresse le portrait d’une organisation ouverte et fraternelle, au travers d’une vision esthétique du combat politique.

Au cours de sa longue carrière de photojournaliste, Stephen Shames s’est employé à rendre visibles les minorités les plus défavorisées des États-Unis. Dans les années 60 et 70, une grande partie de la population est exclue de la prospérité : l’envers du rêve américain est le théâtre de drames où, dès le plus
jeune âge, des vies sont déviées ou brisées. En parallèle, le photographe montre également la formidable énergie de résistance et d’action  ui naît alors. En 1966, le mouvement des Black Panthers est fondé, inspiré par les discours de Malcom X contre la ségrégation, l’anti-impérialisme et le marxisme.
Les différents courants auxquels il emprunte ont en commun le désir d’organiser un contrepouvoir basé sur des valeurs humanistes. Il vise à faire reconnaître les droits des Noirs aux États-Unis en privilégiant les actions concrètes.
La communauté noire se fédère pour améliorer l’éducation de ses enfants, éditer ses propres journaux, collecter nourriture et vêtements, surveiller les agissements de la police… Si le mouvement des Black Panthers a connu certaines polémiques, il a marqué l’histoire comme la révolution constructive d’une catégorie dénigrée de la population – All Power to the people était l’un de ses slogans.
Grâce à une relation proche avec ses dirigeants, Stephen Shames a accompagné les Black Panthers dans leurs protestations, leurs actions sociales, leurs célébrations. Il dresse le portrait d’une organisation ouverte et fraternelle, au travers d’une vision esthétique du combat politique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Power to the People
Stephen Shames
Du 3 mars au 14 avril 2018
La Chambre
4 place d’Austerlitz
57000 Strasbourg
Entrée libre
Ouvert du mercredi au dimanche : de 14h à 19h
Tous les dimanches à 17h : visite commentée
Accès libre
http://lachambre.org

Le duo Hippolyte Hentgen interroge avec malice l’héritage des secrets de la Cristallerie Saint-Louis

La Maison Saint-Louis qui a rejoint le groupe Hermès en 1995 s’inscrit dans une longue tradition d’excellence rehaussée de talents contemporains. C’est dans les Vosges du Nord que la Verrerie Müntzthal devient « Verrerie royale » en 1767. Le secret du cristallin découvert par les anglais est mis à jour en 1781 à Saint-Louis. La Cristallerie royale Saint Louis connaît alors son heure de gloire autour de modèles iconiques tels que le cristal soufflé-bouche, taillé-main, à l’or 24 carats.. en parfaite adéquation avec l’évolution des goûts et des modes.

La ​Grande Place, musée du cristal Saint-Louis, qui a été conçu en 2007 par l’agence Lipsky + Rollet se déroule en une spirale ascendante autour de 2000 pièces emblématiques. Le dernier étage est réservé à une programmation temporaire d’expositions de plasticiens contemporains, sous la responsabilité de la Fondation d’entreprise Hermès. L’ensemble est d’une grande audace favorisant les reflets et rebonds visuels, tandis que l’atelier du chaud est visible d’une passerelle, rappelant la vocation de fabrique du lieu.

Un véritable terrain de jeu pour le duo Hippolyte Hentgen. Nées en 1977 et 1980, Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen vivent et travaillent à Paris. Après l’obtention du DNAP, Gaëlle quitte la Villa Arson, à Nice, pour poursuivre son cursus à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, tandis que Lina intègre à son tour l’Ecole des Beaux-Arts – Villa Arson de Nice. C’est en 2007 qu’elles se rencontrent lors d’une résidence au Point Ephémère à Paris et de leur complicité naissante autour du dessin à 4 mains va naître Hippolyte Hentgen.

La Fondation d’entreprise Hermès confie au centre d’art contemporain- la synagogue de Delme, en Moselle, un nouveau cycle d’expositions présenté à la Grande Place, Musée du cristal Saint-Louis, après le Centre Pompidou​(​ Metz et le Frac Lorraine. Marie Cozette directrice de la Synagogue de Delme imagine alors « l’héritage des secrets », avec comme premier invité le duo Hippolyte Hentgen.​​ »Overlay » est le résultat de leur cheminement mutuel autour de ce potentiel de rituels et leur transmission. Un hommage aussi irrévérencieux que fidèle à la mémoire du lieu et ses hommes.
Elles ont répondu à nos questions.

Mowwgli : Marie Cozette en tant que commissaire de ce nouveau cycle à l’invitation de la ​F​ondation ​d’entreprise ​Hermès, vous imaginez « l’héritage des secrets » en quoi l’univers du duo Hippolyte Hentgen y répond ?

J’ai construit ce cycle en abordant le lieu à partir d’une multiplicité de potentiels narratifs, d’accumulations, de recouvrements dans le contexte à la fois historique, esthétique et humain.
J’avais perçu dans le travail d’Hippolyte Hentgen cette diversité et cette dimension joyeuse dans la manière de s’approprier des objets, des référents culturels opérant un décloisonnement des catégories habituelles du haut et du bas, du bon et du mauvais goût, du savant et du populaire.
Un renversement permanent dans une certaine virtuosité associé à une dimension très primitive. Cet aller et retour intégrait parfaitement les multiples composantes de l’univers de la cristallerie et maître verriers.

Mowwgli : Comment avez -vous dessiné ensemble les contours de l’exposition « Overlay » et pourquoi ce titre ?

MC : La 1ère étape consistait à visiter le musée et la manufacture pour s’imprégner de ces gestes, de la grande et la petite histoire, des petits signes, traces archéologiques.

HH : Il n’était pas question de chercher à rivaliser ou faire moins bien que le musée.
En découvrant la manufacture nous avons eu accès à tout un langage technique ce qui a donné le titre de l’exposition et aussi tout un champ d’opérations plastiques : la gravure, l’assemblage, qui rejoignaient notre langage. Il fallait pouvoir intégrer les paramètres de la manufacture et les rebus de cristal découverts dans un coin après l’atelier du chaud et offerts par ​l’équipe de la cristallerie. Des rebus de toutes formes et couleurs présentant différentes teintes et volumes de cristal brut, avant la technique de l’Overlay.
Sorte de caverne aux trésors qui correspondait à notre façon de récupérer des formes pour les transformer de façon assez ludique et légère. Des gestes à la fois simples et virtuoses, sans que l’on sente un labeur.
On reconnaissait bien dans le mot Overlay cette façon de creuser différentes strates, comme nous nous approprions les dessins à 4 mains, de passer par des lignes qui se reconnaissent mais qui traversent différents plans et différentes natures d’images.

L’architecture de l’endroit demandait à la fois d’investir radicalement l’espace dans une cohabitation de formes assez ouvertes, ce qui impliquait des images denses et généreuses, certes moins élégantes que dans les galeries patrimoniales du bas, mais tendres et drôles.
Nous avons voulu présenter un ensemble de 24 nouvelles pièces associées à des collages tout récents et composer dans chaque vitrine une histoire et un fil narratif pour à chaque fois retrouver des correspondances formelles ou des possibilités de scénario ou de progression dramatique à plusieurs entrées. Une vision qui ne soit pas autoritaire mais vienne fabriquer une nouvelle histoire potentiellement logique à travers des questions de lignes ou de gestes.

Mowwgli : Hippolyte Hentgen, Qu’est ce qui vous a séduit dans ce nouveau défi ?

Quand Marie Cozette nous a proposé le projet d’une exposition ici nous n’avions jamais ni visité de manufacture ni travaillé avec du cristal ou du verre, même si la question du recyclage était déjà fortement présente dans les dessins avec beaucoup de réutilisation de documents trouvés et une pratique d’assemblage avec de petits objets récoltés dans des Emmaüs ou vides greniers, toujours sans valeur.
La difficulté pour nous venait de l’environnement qui d’habitude nous est relativement familier. Or c’est la 1ère fois que nous étions confrontés à une telle concentration de savoirs-faire, loin de l’industrie, nous ne souhaitions pas modifier les objets avec lesquels on travaille pour que cela paraisse naturel. Il fallait donner une impression de fondu enchaîné qui n’apparaisse pas comme de l’ironie grinçante, que notre intervention trouve sa place sans agressivité. Des gestes à la fois simples et virtuoses, sans que l’on sente un labeur.
Que le pied de nez reste léger et pétillant, même si le défi restait assez vertigineux !

Mowwgli : H.H., quels ont été les temps forts et images qui ressortent de cette expérience ?

La collaboration avec la Synagogue a été vraiment positive, une petite équipe qui a su être très réactive.
La découverte de tous ces différents corps de métiers qui permettent d’aboutir à un objet final issu de la cristallerie St Louis lors d’une journée de visite extraordinaire à la fois dans le musée et la manufacture. Nous avons eu accès aussi aux archives, un vrai trésor, en plus de la malle aux rebus !
De nouvelles pièces ont été produites spécialement pour l’occasion. Nous avons l’habitude de travailler avec cette densité étant aussi professeurs et mamans et le délai imparti pose une contrainte au final assez salutaire.

H.H. Ce projet va t-il influencer votre pratique future et ouvrir de nouvelles perspectives ?

C’est l’objet d’un travail en duo car chaque projet d’exposition est l’occasion de sceller quelque chose de nouveau et de franchir une nouvelle marche.
Se retrouver seul face à un laps de temps court et des manipulations de pièces aussi lourdes que le cristal serait irréalisable.
C’est toujours un défi d’utiliser de nouveaux matériaux, de déployer plus de gestes, de les complexifier, les radicaliser, les préciser.
Pour 2018 nous avons comme actualités le Printemps de Septembre à Toulouse (château d’Eau) et la Villa Kujoyama.

Nous sommes parties il y a 2 ans avec une bourse de recherche du CNAP aux Etats-Unis autour du cartoon et avons récolté un corpus de textes et de pièces importants. Aussi nous attentons la fin du Japon pour aboutir à une publication rassemblant les gestes mis en jeu ici. Il y a aura donc une implication directe.
Nous allons explorer la question du monstre dans l’iconographie japonaise. Une archive assez colossale autour des questions de gestes, d’images reproduites accompagnées d’un texte plus théorique avec des entretiens d’artistes, d’archivistes, d’historiens :

L’image fantôme et le monstre bizarre dans le dessin japonais

Et également une sorte de cahier de recettes des gestes pratiqués dans l’atelier, du traitement du recyclage des formes et des images avec un chapitre sur l’expérience de la Cristallerie.

Notre galerie Semiose qui est aussi une maison d’édition a de plus sorti une publication récemment dans le cadre des Cahiers de l’Abbaye Saint-Croix où nous avons exposé.

INFOS PRATIQUES :
HIPPOLYTE HENTGEN
Overlay
La Grande Place
musée du ​c​ristal Saint-Louis
Rue Coëtlosquet
57620 Saint-Louis-Lès-Bitche
http://www.saint-louis.com/fr/musee/

Fondation d’entreprise Hermès
http://www.fondationdentreprisehermes.org
http://www.cac-synagoguedelme.org/fr/

Le duo est représenté par la galerie Semiose, Paris.
Actualités des artistes :
http://hippolytehentgen.tumblr.com/

A LIRE :
Rencontre avec Marie Cozette, directrice du centre d’art contemporain, la Synagogue de Delme