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Palmarès de la 8ème édition de Rendez-vous • Image

La 8ème édition de Rendez-vous • Image, sous la direction de Paolo Woods, s’est déroulée le week-end dernier à Strasbourg. Enregistrant une progression de plus de 25%, la manifestation dédiée à la photographie marque sa présence dans le paysage culturel du Grand Est. Chaque année, plusieurs prix sont remis pour récompenser les photographes et éditeurs, voici le palmarès 2018 !

Le Prix Photo RDV•I

Le 1er Prix Photo RDV•I 2018 est remis à Alexandre Gouzou, photographe de portraits pour la presse depuis 6 ans, pour sa série « Once I had a life » réalisée dans l’Ouest Américain. Le 2ème Prix est remporté par la photographe italien Mario Cucchi qui passe au crible les objets du quotidien en noir et blanc avec son travail « Six thoughts on the same thing ». C’est le photographe iranien Younes Khani Someeh Soflaei, qui gagne le 3ème Prix pour son reportage sur une mère et sa fille brulées à l’acide par le mari et père.

Le Prix des professionnels de l’image – RDV•I 2018

Des personnalités du monde de la photographie se sont réunis pour sélectionner le lauréat du Prix des professionnels. C’est la série « J’habite une ville fantôme » de Thibaut Derien qui remporte le Prix. Il a parcouru la France pour photographier les façades de commerce à l’état d’abandon. En résonance à ce travail, celui d’Alban Detournay sur les intérieurs de lieux abandonnés intitulé « From the silent rooms » remporte la mention spéciale.

> Chaque semaine, nous vous proposerons de découvrir les portfolios des lauréats.

Prix du livre – Editeur – RDV•I 2018

Martin Barzilai est parti à la rencontre des Refuzniks, ceux qui refusent de faire leur armée en Israël. Son livre édité aux éditions Libertalia remporte le 1er Prix du livre 2018 ! Le deuxième prix a quant à lui été remis à Rob Hornstra pour son ouvrage auto-édité « Man Next Door ». Et enfin le 3ème Prix Coup de Coeur est attribué à Chris Davies.

http://www.rdvi.fr

Rencontre avec Marie Cozette, directrice du centre d’art contemporain, la Synagogue de Delme

Au cœur d’une zone rurale de Lorraine à une demi-heure de Metz et Nancy, la Synagogue de Delme,ancien lieu de culte transformé en centre d’art en 1993, a accueilli depuis 25 ans près de 150 artistes à travers une soixantaine d’expositions contribuant au rayonnement de ce lieu atypique au niveau régional et international.
Marie Cozette historienne de l’art, co-fondatrice de Bétonsalon, commissaire et auteur dirige le centre depuis 2007. Nous l’avons rencontrée à l’occasion de l’exposition dédiée à l’artiste Shilpa Gupta « Drawing in the Dark ».

« La Synagogue de Delme n’est pas ce lieu de la neutralité supposée des lieux d’art dans lequel on viendrait poser un objet qui serait détaché de son contexte« .

Mowwgli : Quel bilan faîtes-vous depuis votre arrivée au centre d’art contemporain-la Synagogue de Delme ?

Marie Cozette : Cela fait 10 ans maintenant que je suis à la tête du centre d’art, un chiffre symbolique. Cet exercice du bilan est toujours un peu délicat mais je m’y prête d’autant plus que cette année nous fêtons les 25 ans du centre d’art. Ce sont des marqueurs temporels importants qui demandent cette réflexion rétrospective. Pour moi finalement le temps est passé très vite avec un quotidien dans un centre d’art exigeant et sans répit ce dont on ne se rend pas toujours compte de l’extérieur. J’ai un vrai amour de ce lieu, très chargé en termes de mémoire, d’histoire, d’ancrage dans un territoire. Cette succession de couches historiques, de traces mémorielles est passionnante et créée une densité dans ce lieu qui est aussi captivant pour les artistes. La Synagogue de Delme n’est pas un White Cube. Elle appelle des projets spécifiques, sur mesure, ce qui fait qu’au bout de 10 ans je me rends compte que je n’ai pas épuisé ce lieu où chaque artiste est venu apposer sa signature.

Mowwgli : Quel est l’ADN du centre d’art et quels sont ses axes prioritaires ?

M. C. : C’est le lieu de l’artiste, de son projet, de cet accompagnement, dans un rapport artisanal au travail de l’art. Cet amour du travail des artistes peut être mis en œuvre dans un lieu de cette échelle là. Une limite, compensée notamment par une immense liberté artistique qui n’a pas de prix.
L’ADN ce sont des projets monographiques pensés in situ pour l’espace et toutes ses données (histoire, mémoire, architecture, territoire). Il y a beaucoup de manières d’aborder ce lieu dont les artistes décident de s’emparer ou non. Il y a une dimension très expérimentale et de recherche aux côtés des artistes. Ce qui m’intéresse aussi est de pouvoir ouvrir le champ de l’art sur d’autres domaines disciplinaires et de la connaissance : la philosophie, les sciences sociales, l’économie, la danse, la littérature ; guidée aussi par l’approche poreuse des artistes jamais formaliste.
Egalement nous développons une dimension prospective en accueillant ici  des artistes pour qui cela a été déterminant comme Katinka Bock ou Eric Baudelaire qui ont exposé ici à des moments clefs de leurs carrières. Il est important de savoir sentir ces moments là. Nous avons aussi des figures historiques comme Daniel Buren ou prochainement Jean-Luc Moulène, qui n’ont plus rien à prouver mais trouvent néanmoins dans un lieu comme celui-ci une vérité du projet plus difficile à avoir dans des structures plus institutionnelles.
En parallèle aux expositions nous offrons un programme de résidences qui s’adresse davantage à des artistes émergents souvent récemment diplômés des écoles d’art.
Il y a 3 sessions de résidence par an de 3 mois chacune.
L’année dernière, Eléonore False a développé un projet en lien avec le territoire au Centre International d’Art Verrier de Meisenthal, réalisant de superbes séries d’images en verre. Une vraie découverte pour elle qui a ouvert des perspectives nouvelles.
Le prochain résident à partir de mars sera Romuald Dumas-Jandolo (cf mon article Artothèque de Caen) qui vient du monde gitan avec un parcours atypique après les Beaux Arts de Caen, en résidence à Astérides à Marseille et sera au prochain Salon de Montrouge.
La Gue(ho)st House inaugurée en 2012 a demandé 7 ans de travail et d’efforts préalables en lien avec le Ministère de la culture, la Drac Lorraine, le département de la Moselle, l’ex région Lorraine et la commune de Delme.
Il se sont arrimés sur l’histoire du lieu : en effet la maison d’origine a été successivement une prison, une école, puis jusqu’en 2010 une chambre funéraire. Suite à la décision de la mairie de réhabiliter le lieu, les artistes ont été invités à repenser les usages de la maison, qui se situe juste à l’arrière du centre d’art. Ne voulant pas faire abstraction du contexte et de l’histoire, les artistes ont proposé de recouvrir la maison d’une forme sculpturale blanche, qui joue selon eux comme une projection de la psyché collective, traversée par des affects très forts liés à la mort ou à l’enfermement. Il s’agissait donc bel et bien et de faire parler les fantômes en public, et de transformer cette architecture en fantôme.

C’est un outil de travail formidable pour des événements, des ateliers pédagogiques, une project room pour des actions spécifiques comme actuellement « La Maquette » avec l’Université de Lorraine et le Master en scénographie autour d’expositions rêvées du centre d’art par les étudiants, ou d’autres associations. On y accueille aussi l’Artothèque outil de médiation qui permet un rapport à l’art immédiat et intime. La médiation est au cœur de l’ADN d’un centre d’art ce qui exige d’autant plus d’attention et de précision que nous sommes en zone rurale avec un public non averti. Cet accompagnement se fait avec beaucoup de bon sens, d’humanité, de simplicité et de bienveillance. Tout cela participe à cette dimension de convivialité qu’il faut être attentif à mettre en œuvre.

A l’étage le studio permet d’ accueillir ponctuellement les artistes pendant le montage. Notre véritable résidence se trouve dans un village encore plus isolé de 300 habitants à Lindre-Basse,ce qui exige de l’autonomie au quotidien de la part des artistes.

Mowwgli : L’exposition de Shilpa Gupta et la programmation future

M. C. : L’artiste indienne Shilpa Gupta (née en 1976 à Mumbai) qui traite notamment de la question des frontières, leur possible franchissement et stratégies de détournement. Co-produite avec la Belgique (KIOSK à Gand) et l’Allemagne (Bielefelder Kunstverein) ce qui n’est pas anodin étant dans une région transfrontalière où la question de la frontière reste très présente et parfois douloureuse. Même si ce projet parle d’une frontière lointaine entre l’Inde et le Bangladesh cela résonne dans ce territoire et au niveau européen avec la crise des migrants, la construction de murs..Un détour pour aborder des enjeux locaux. Shilpa Gupta avait représenté l’Inde à la 56ème Biennale de Venise en 2015 aux côtés d’un artiste pakistanais, ce qui était déjà un geste éminemment politique et fort. Cela a été au départ de tout son projet de recherche sur cette frontière de plus de 4000kms, la plus longue entre deux états nations. L’Inde enserre géographiquement le Bangladesh. Depuis les années 1980 l’état indien a mis en œuvre des moyens considérables pour la construction de ce mur réalisé à environ 80%. Cette zone se caractérise par un déploiement considérable de mesures sécuritaires et en même temps une zone de transits solidaires et échanges illégaux de contrebande permanents avec de nombreux commerces sur lesquels l’état indien ferme les yeux. Shilpa Gupta nous démontre comment une frontière dépasse un simple tracé sur une carte et peut être déjouée par le quotidien des gens. Toutes les œuvres mis à part une, ont été coproduites par les 3 lieux. Deux pièces protocolaires sont adaptées à chaque fois pour les lieux. C’est la 3ème occurrence de l’exposition qui sera montrée par la suite à Londres.

La programmation à venir :
La prochaine exposition sera particulière en l’honneur des 25 ans du centre célébrés dans un format anarchique et choral où l’on va convoquer plusieurs dizaines d’artistes qui sont passés par ce lieu, avec une programmation en écho à la Gue(ho) House de cinéma et événements. Ce n’est pas une approche thématique ni nostalgique mais cela se veut un vrai rassemblement.
Après cela sera au tour de Jean-Luc Moulène dont l’exposition débute à la Verrière à Bruxelles en janvier dans le cadre d’une collaboration du centre d’art avec la Fondation d’entreprise Hermès. Le dispositif spécifique s’orchestre sur le regard à partir de modules de miroirs mouvants au centre de l’espace, sensibles à la présence des corps et des œuvres et créant une dynamique de réflexion. Autour il montrera une série de peintures ce qui est plutôt inédit chez Jean-Luc Moulène qu’on connaît davantage dans le champ de la photographie et de la sculpture.
A Delme il va sans doute déployer un corpus supplémentaire même si tout n’est pas encore acté.
En parallèle à la programmation à Delme l’année prochaine, la Fondation d’entreprise Hermès qui a en charge la programmation de La Grande Place – Musée du cristal St Louis nous a sollicité pour assurer la programmation artistique de l’espace contemporain pendant deux ans. Trois expositions sont prévues : Hippolyte Hentgen de février à fin juin et de juillet à décembre, un solo show de Thu Van Tran. En 2019 est prévu un solo show de Dominique Ghesquière que nous avions accueilli en résidence en 2010. Cela fait quatre ans que la Fondation d’entreprise Hermès a mis en place ce dispositif permettant de solliciter une structure lorraine. Le Centre Pompidou Metz avait initié ce partenariat avec la première exposition de Jean de Loisy « Formes simples » qui avait donné lieu à un pendant à St Louis, suivi du Frac Lorraine qui vient de terminer son cycle. Pour la fondation cet ancrage local était important.

Mowwgli : Le mode de fonctionnement du centre

M. C. : Nous sommes une équipe de 4 personnes avec un budget annuel autour de 300 000 € financé pour 50% par le Ministère de la culture suivi de la Région Grand Est et dans une plus faible mesure à présent le Département de la Moselle, la Mairie mettant à disposition les locaux.
Notre association est régie par un conseil d’administration qui valide la programmation tous les ans. Les membres sont locaux pour la plupart, Delmois ou liés au territoire et des personnalités artistiques telles que Hélène Guénin (Mamac de Nice), Christophe Gallois (Mudam Luxembourg), Pascal Yonet qui dirige le Vent des Forêts.
Le public est majoritairement régional et dès lors que l’on s’éloigne plus on a affaire à un public spécialisé. On n’arrive pas complètement par hasard à la Synagogue. L’été les hollandais, belges et allemands s’arrêtent chez nous sur la route des vacances.

Mowwgli : Quelles synergies sont développées sur le territoire et au delà ?

M. C. : Je suis vraiment dans une logique partenariale pour travailler autant que possible avec les réseaux locaux et plus largement, ayant présidé pendant deux ans d.c.a Cette envie de travailler pour le collectif me tient à cœur. La Synagoque est membre fondateur du réseau régional « LoRA ». La Gue(ho)st House est le lieu qui permet de valoriser ces partenariats comme avec la Conserverie à Metz, My Monkey à Nancy (graphisme) entre autres lieux indépendants. Nous avons présenté des objets designés par Matali Crasset pour les Maisons Sylvestres au Vent des Forêts, la série des boules de Noël de Meisenthal, de nombreux projets ont été conçus avec le Frac.
Au delà au niveau international nous avons travaillé avec l’Allemagne ou l’Italie et avec l’Institut français au moment de la Fiac nous recevons des commissaires de tous horizons.

INFOS PRATIQUES :
Drawing in the dark
Shilpa Gupta
Jusqu’au 18 février 2018
La Synagogue de Delme
33 Rue Raymond Poincaré
57590 Delme
Horaires :
Du mercredi au samedi de 14h à 18h,
le dimanche de 11h à 18h
Localisation :
Delme se trouve à 30 minutes de Nancy et Metz
45 minutes de Luxembourg et Sarrebrück
1h30 de Strasbourg
3h30 de Paris, de Bruxelles et de Bâle
Résidences : http://www.cac-synagoguedelme.org/fr/residencies
La Synagogue de Delme
http://www.cac-synagoguedelme.org/
lora | Lorraine art contemporain
http://www.lora.fr/

Rendez-vous • Image 2018 sous la direction de Paolo Woods

La 8ème édition Rendez-vous • Image a lieu ce week-end à Strasbourg. La direction artistique 2018 a été confiée au photographe Paolo Woods. Dédié aux projets au long cours où il utilise la photographie comme instrument d’investigation du monde contemporain. Après s’être lancé dans une enquête approfondie sur le monde du pétrole et sur les guerres américaines en Afghanistan et en Irak, il a documenté pendant deux ans la spectaculaire conquête chinoise de l’Afrique.

Le Rendez-vous international de l’Image de Strasbourg est une manifestation annuelle visant à promouvoir l’image par la rencontre entre les photographes, leurs oeuvres et le public. Dispersés dans tous les champs de la création, les photographes, bien souvent très solitaires dans l’exercice de leur art, auront ainsi l’occasion d’exposer en un lieu unique les tendances actuelles de la photographie.
80 photographes et 40 éditeurs de livres sont invités à présenter leur travaux.

Rendez-vous • Image réunit en un même lieu une exposition, des animations pour les professionnels et le grand public, des stages photos.

Chaque année, plusieurs prix sont remis à des photographes parmi le Prix Photo, le Prix des Livres, le Prix des professionnels de l’image et le Prix du Public, les lauréats 2018 seront dévoilée vendredi soir, nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir le palmarès !

INFORMATIONS PRATIQUES
8ème édition Rendez-vous • Image
Du 26 au 28 janvier 2018
Palais des Congrès de Strasbourg
Place de Bordeaux
67082 Strasbourg
http://www.rdvi.fr

Dépêche-toi de Vivre : Rencontre entre artistes et adolescents & prévenus

C’est aujourd’hui que s’ouvre l’exposition « Dépêche-toi de Vivre » à la galerie Stimultania de Strasbourg. Cette exposition inédite est rassemblant photographie, texte et projection issus de la rencontre entre trois artistes avec 60 adolescents et 15 hommes incarcérés. Cette exposition coup de poing parle de l’individu et du groupe, de la solitude et de la communauté.

Face à quatre artistes photographes Melania Avanzato, Guillaume Chauvin, Benoît de Carpentier et Fabienne Swiatly, des hommes qui vivent un moment de suspension. Certains ont quinze ans, ils occupent la rue avec aplomb, les mains dans les poches ou les bras croisés. D’autres occupent un espace clos sur lui-même, les corps en plein vol et les visages dans les mains. Ce sont des hommes disponibles parce que leur vie est en question. Parce qu’ils sont arrivés à un point où le choix est inéluctable et que l’artiste, en posant son regard, leur permet de se positionner.

 

Les artistes interviennent avec leurs ébranlements, leur maîtrise de l’image et leur propre intuition de création. Ils sont là parce qu’ils ont accepté l’ébranlement de l’autre. Ils accompagnent la création. Ils créent pour. Ils créent avec. Le travail d’orfèvre de Benoît de Carpentier produit ici un sens qui va au-delà de sa propre production artistique. Les cauchemars des plus jeunes, devenus des scoops spectaculaires avec Guillaume Chauvin, font jaillir des peurs qui nous traversent. Le romantisme de Melania Avanzato dévoile des sensibilités râpeuses d’une telle densité qu’elles frôlent l’intemporalité. Et Fabienne Swiatly, entre distance et concentration protectrice, fixe la complexité des visions. Cette exposition démontre que le professionnel peut produire et faire produire avec la très grande exigence de son savoir-faire et que le face-à-face est fécond.

INFORMATIONS PRATIQUES
Dépêche-toi de vivre
Du 12 janvier au 8 avril 2018
Stimultania – Pôle de Photographie
33 rue Kageneck
67000 Strasbourg
http://www.stimultania.org/strasbourg/photos/depeche-toi-de-vivre/

Carte blanche à Marie-Elisabeth de la Fresnaye : Sublime les tremblements du monde

Je choisis en ce début de semaine une exposition qui caractérise mon goût pour les démarches éclectiques qui ouvrent des brèches, des passerelles, des interstices entre les mediums. Il en va ainsi de l’exposition Centre Pompidou Metz, « Sublime les tremblements du monde » (2016) qui proposait une traversée de l’histoire de l’art sous l’angle lyrique de l’image de la démesure.

De Léonard de Vinci au Chevalier Volaire en passant par Turner ou Victor Hugo jusqu’à Fabrice Hyber, « Sublime les tremblements du monde » interroge, au delà de la nature et ses catastrophes, l’histoire du regardeur face au paysage. L’exposition du Centre Pompidou Metz réussit ce tour de force à partir de 300 oeuvres orchestrées en 5 temps dramaturgiques autour de 3 éléments : la glace, le feu et l’eau. De l’effroi à la splendeur,de l’attraction à la tragédie, y aura t-il une possible catharsis ? C’est toute la question de ce parcours d’une grande cohérence où alternent témoignages et recherches scientifiques, oeuvres classiques ou plus contemporaines. L’un des premier récit occidental du déluge est biblique et rejoint la longue tradition des plus anciens mythes mésopotamiens, les grands peintres de Poussin à Hubert Robert ou Turner s’y sont toujours délectés. Son « paysage marin avec tempête qui approche »voisine avec les archives des géologues Katia et Maurice Kraft véritables aventuriers des volcans et scientifiques internationalement reconnus. C’est le philosophe Edmund Burke qui au XVIIIè siècle, théorise cette délectation à esthétiser l’horreur et bientôt les prémonitions rejoignent ces imaginaires de la catastrophe. La transcendance le cède vite à la mélancolie et en cela l’ode funèbre du film Mélancholia de Lars von Trier, véritable épopée autour de la dualité entre Justine, sombre et lucide et sa soeur est symptomatique des sentiments ambigus que nous traversons. Solitude de la destinée humaine face aux bouleversements de la nature et leur étendues traumatiques. Bienvenue dans l’ère de l’anthropocène, véritable révolution géologique qui enregistre l’impact environnemental des activités humaines telles que la déforestation, l’exploitation des ressources, l’industrialisation… Des artistes s’insurgent dès les années 70 et documentent de tels ravages. Certains vont jusqu’à proposer des solutions alternatives de réenchantement du monde. Cette osmose possible avec la nature est l’une des plus sensibles sections du parcours portées par des femmes telles qu’Agnes Denes et ses travaux des champs face au quartier financier de New York ou Ana Mendieta qui se livre à des performances telluriques avec la nature sauvage d’où émane une tension presque mortifère. Cette danse avec les éléments et la mort se joue sur la question de l’empreinte, comme celle du corps de Penone dans la dernière salle qui résonne comme un glas ultime. Effroyable beauté qui se prolonge dans toute la galerie 2 Under the Water avec Tadashi Kawamata au lendemain du drame du tsunami de 2011 totalisant 20 000 japonais disparus. Des décombres comme une nuée ardente et flottante au dessus de nos têtes. Poussières et tremblements de notre propre finitude.

Archives :
www.centrepompidou-metz.fr/sublime-les-tremblements-du-monde

 

Marianne Maric, photographe et fille de l’Est à la Filature

Après Stephen Gill, la Filature consacre une exposition à Marianne Maric, photographe qui a fait ses classes dans les instituts d’art de la région mais qui s’est imposée loin de l’Alsace, à Paris ou à Berlin.

« Du porno chic ? on lui a déjà posé la question, et la réponse est non. Il y a du jeu et de l’érotisme dans l’imagerie de Maric, c’est sa manière à elle de garder la laideur et la guerre à distance. Parce que tout n’est pas beau dans les banlieues du Haut Rhin et qu’il y a des trous noirs dans l’histoire d’une fille d’émigré serbe. »

« Filles de l’Est », le titre de l’exposition, génial et aguicheur, nous suggère des femmes belles comme des madones qui rayonnent dans des banlieues glauques, des terres lointaines où les noms finissent en « ic », comme Maric, dont le père était serbe de Bosnie. Il y a de ça, en effet, car les femmes sont au cœur de son travail et il y a l’Est aussi, alsacien ou balkanique, qui est un point cardinal de sa vie personnelle et de sa vie d’artiste. La monographie qui lui est dédiée permet en quelque sorte de relier ces deux bouts tout en dévoilant le travail d’une créatrice dont le travail extrêmement varié suit pourtant une trame précise et profonde.

Filles avec un s

Les filles sont omniprésentes dans la photographie de Maric. Copines ou rencontres électives, elles prêtent leurs corps, allongées sur la laine d’un tapis fleuri, dressées au milieu du béton d’une ville ou sur le marbre d’une statue antique. Parfois femme-objet quand Marianne improvise un fashion shoot, perchée sur des talons le visage coupé, ou femme radiante et incarnée, ronde ou maigre, qui vous regarde fixement avec des yeux trop bleus, les filles de Maric sont belles et multiples.

La photographe considère le corps féminin comme une architecture, un matériau sculptural. De fait, il est l’objet d’un hommage permanent, qu’elle réalise soit dans les règles de l’art, sous forme d’odalisque ou de nus laiteux (en référence à Ingres ou à Jean Jacques Henner -peintre alsacien du 19è siècle-), soit avec une irrévérence tout à fait punk où les muses se transforment en Lilith accroupies dans des fontaines ou des pisseuses juchées sur du béton.

Du porno chic ? on lui a déjà posé la question, et la réponse est non. En revanche oui, il y a partout du jeu et de l’érotisme dans l’imagerie de Maric, c’est sa manière à elle de garder la laideur et la guerre à distance. Parce que tout n’est pas beau dans les banlieues du Haut Rhin et qu’il y a des trous noirs dans l’histoire d’une fille d’émigré serbe. Un père mutique, une sœur disparue, des origines passées sous silence.

Les Balkans

C’est là que la trame nous mène dans les Balkans, à Sarajevo et Belgrade, deux villes où Maric a effectué des résidences en 2012 et tâché de recoller les morceaux de sa propre histoire, éclatée comme la cartographie locale.

La première image de l’exposition qui s’offre au visiteur est un gigantesque tirage argentique en noir et blanc où une femme nue, de dos, se tient face à un jardin qui évoque en tout point celui de l’Eden perdu. Ce jardin touffu, c’est celui du Musée National de Bosnie Herzégovine qui abrite aussi la célèbre Haggadah de Sarajevo, un manuscrit hébraïque du XIVe siècle, considéré comme le plus ancien du monde. Aujourd’hui laissé à l’abandon dans un pays ethniquement divisé ce site ne semble rester en vie qu’à travers son jardin botanique luxuriant. Cette image qui évoque un hymne à la vie et à la beauté traduit bien la démarche de Maric tout au long de ses séjours balkaniques. Plutôt que de montrer les stigmates de la guerre, elle a choisi de montrer la vie qui repousse comme l’herbe sauvage à travers le béton meurtri : Une fille, majestueuse dans sa nudité, se tient sur une piste de bobsleigh dans l’ancien site des Jeux Olympiques de 1984, aujourd’hui abandonné et parsemé de mines, une autre, flashée au cœur de la nuit seulement vêtue d’une culotte rouge, trône sur un énorme tank.

Dans l’exposition, c’est presque la moitié des tirages sont dédiés aux Balkans, d’un côté il y a ces filles, qui incarnent l’énergie vitale d’une jeunesse à peine apaisée. De l’autre des paysages, urbains ou bucoliques qui n’ont l’air de rien au premier regard alors qu’ils sont chargés d’histoire et de violence. Il y a cette maison de bois et de ciment posée dans la verdure qui a abrité le tunnel ralliant Sarajevo aux zones bosniaques durant le conflit, ce parc d’attraction, bâti à Prejidor l’une des villes de Bosnie qui connut l’un des plus grands nettoyages ethniques…et ces éclats d’obus qui ont créé des crevasses dans l’asphalte de la ville et qui, peintes en rouge ressemblent à des pétales de fleur.

La constellation Maric

Outre le travail réalisé dans les Balkans, l’exposition donne à voir les multiples facettes de la création de Marianne dont l’œil transversal l’a mené à toucher à la mode, au design et à la scénographie. Capable de concevoir des robes en forme de lampes géantes, de mettre en scène une grand-messe avec les instruments insolites des frères Baschet, Maric voue un culte polythéiste à la beauté. On la retrouve déclinée partout et sur tous les supports, sur un body en lycra brillant ou le cuir d’une veste sérigraphiée. Comme tous les adeptes de ce culte, l’artiste est un peu fétichiste, elle conserve le moindre fanzine, le moindre ruban et ces objets deviennent autant de grigris qui rejoignent et nourrissent un processus narratif hyper visuel et foisonnant.

INFORMATIONS PRATIQUES
Filles de l’Est
Marianne Maric
Jusqu’au 22 décembre 2017
La Filature
20 allée Nathan Katz
68090 Mulhouse
Entrée libre du mardi au samedi de 11h à 18h30, les dimanches de 14h à 18h et les soirs de spectacles
http://www.lafilature.org

La Christmas wishlist d’Aurélie Tisseyre

Noel approche à grands pas. Il est temps pour moi de rédiger au plus vite ma lettre au Père Noel afin qu’il ait le temps de s’organiser et de faire ses réservations en conséquence. Cette année, place à la gourmandise: je lui ai dressé une liste d’adresses, toutes destinations confondues, dans lesquelles je rêve d’aller ou de retourner. Exit les états d’âmes, faites-vous plaisir, les papilles ont une mémoire qu’on n’imagine pas et ces émotions gustatives resteront gravées pour longtemps… On pensera à sa ligne la semaine suivante lorsqu’on rédigera cette fois sa liste de bonnes résolutions.

Bretagne:

Auberge de la Pomme d’Api
Cette auberge dirigée par un trio de jeunes passionnés a décroché sa première étoile en 2014 et le chef Jeremie Le Calvez vient tout juste d’être récompensé par le Gault&Millau Tour pour ses techniques d’excellence. Située juste à l’entrée de Saint Pol de Léon, la grosse batisse de pierre pourrait vous induire en erreur par sa rusticité. Nous ce qu’on a envie de gouter c’est surtout le turbot sauce champagne et ses ravioles de pieds de porc (il n’y a pas plus breton comme composition fusion contemporaine)

Auberge de la Pomme d’Api
49 rue Verderel
29250 Saint Pol de Léon
http://www.aubergelapommedapi.com

Hinoki
Si les bretons ont comme les japonais un rapport particulier à l’océan, alors l’énigme de cette adresse, sans doute le meilleur restaurant de sushis à ce jour, est levée. Hinoki, du nom du cyprès dont est fait le comptoir sur lequel vous vous installerez pour être initié à l’art subtil du nigiri, cette fine lamelle de poisson cru délicatement déposée sur une boulette de riz vinaigré… Le chef Xavier Pensec a été formé au Japon et propose une sélection rigoureuse et respectueuse des règles et de la tradition. On rêve du menu Omakase avec les poissons sauvages amenés à maturation.

Hinoki
6 rue des Onze-martyrs
29200 Brest
http://sushinoki.fr

A Paris

Le Sauvage
Une adresse qui ramène votre niveau de stress proche de zéro. Le midi, clairement, au coeur du quartier des avocats, vous sentez qu’on traite business et négociations. Mais même si les salles sont petites, jamais vous n’êtes collés à celle de vos voisins. Ainsi vous ne serez pas tenté d’intervenir dans leur stratégie entre leur « velouté d’artichaut » et votre pavé de thon mi-cuit à la perfection. Le décor est à l’image de la cuisine de la maison, sobre et raffiné mais signé. Le personnel est souriant et très réactif (ce qui est vital dans le quartier). Un gravlax de saumon mariné suivi d’un ris de veau braisé, voilà qui pourrait vous réconcilier avec la terre entière. La carte des vins est jolie, recherchée mais sans prétention avec un beau choix de côtes du rhône et de bourgogne très abordables.

On aime les panneaux de bois polis et les rayures façon Buren sur les murs jusqu’aux plafonds rose et céladon qui appelle à l’évasion le temps de ce bon moment à partager.

Le Sauvage
7 rue Roy
75008 Paris
http://restaurant-lesauvage.fr

Normandie:

Rodolphe
Si Rodolphe Pottier vient de décrocher sa première étoile au Gide Michelin, on avait déjà pu découvrir son talent et surtout sa vision de la cuisine dès 2015. Il avait d’ailleurs été élu « Jeunes talents » par le Gault&Millau l’an dernier. Formé dans les cuisine du bristol, puis mentoré par Anne-Sophie Pic ouThierry Marx, Rodolphe, ouvert il y a 3 ans, est sur le registre de la haute cuisine et pas la simple bistronomie. Ce n’est pas lui qui choisit ces produits, mais ses fournisseurs qui lui propose le meilleur. A lui d’être créatif et inventif. La mer a une dimension importante dans ses compositions et même dans ses viandes, dont il est un grand spécialiste, on découvre un coté iodé. En revanche, ce qui nous plait, c’est l’aspect décontracté du service où la rigueur se marie à la convivialité pour passer un moment agréable et savoureux.

Rodolphe
35 rue percière
76000 Rouen
http://www.restaurant-rodolphe.com

L’Essentiel
Mira est coréenne, Charles est français, ils se sont rencontrés dans les cuisines parisiennes de « Ze Kitchen galerie » et ne se sont plus quittés. Ensemble et sans mauvais jeu de mots, ils vont à l’essentiel dans leurs proposition et réussissent le pari d’une cuisine fusion sans nous emmêler les papilles. On aime la précision et le raffinement des mets à la carte, des produits frais du marché et locaux. Ici, on attache autant d’importance aux sens: vue, odorat et gout (il n’est pas interdit de toucher, ni d’écouter). On s’étonne alors qu’ils n’aient pas encore décroché leur étoile car tout y est: accueil charmant, décor design et soigné, maitrise des techniques. Fraicheur et présentation délicate sont au rendez-vous. allez-y vite avant qu’il ne vous faille réserver trois mois à l’avance pour décrocher une table, l’annonce des futurs lauréats qui décrocheront les étoiles est prévu en février prochain.

Et puis franchement, un menu entrée-plat-dessert à moins de 30 euros le midi. Pourquoi se priver? Vous pouvez manger pour beaucoup plus cher et beaucoup moins bien dans les environs…

L’essentiel
29 rue Mirabeau
14800 Deauville
www.lessentiel-deauville.com

Bien plus au sud à Saint-Rémy de Provence

Auberge La Reine-Jeanne
Fanny Rey, ce nom vous dit peut-être quelque chose? Elle vient d’être élue « Chef de l’année » et vient également de remporter sa première étoile au guide Michelin. Il faut d’ailleurs noter au passage qu’elle est la seule femme de ce palmarès cette année. Elle est aussi l’héroine d’une série Tv qui nous a tenu en haleine pendant des semaines, « Top Chef » où elle a fini finaliste en 2011. Ce curriculum vitae pour le moins hors-norme devrait à lui seul vous convaincre de vous déplacer jusqu’à cette charmante bourgade, réputée pour ses fondations, ses oeuvres en plein air et sa douceur de vivre, pour découvrir sa cuisine d’une modernité absolue. Associée à son compagnon Jonathan Wahid lui-même sacré « Champion de France des desserts », leur adresse devrait devenir dans les prochaines années une référence internationale de la cuisine inventive et porter haut les couleurs de la gastronomie française.

L’Auberge de Saint Rémy
12 Boulevard Mirabeau
13210 Saint-Rémy-de-Provence
http://www.aubergesaintremy.com

A l’Est:

Les Crayères
Je ne sais pas si c’est pour le cadre somptueux, un château XIX égaré en ville dans l’écrin d’un parc magnifique, ou pour son voisinage immédiat avec les plus grandes caves de champagnes, mais Les Cayères, au delà de sa carte et de son chef nouvellement double-etoilé, ont toujours exercé sur moi un pouvoir d’attraction indéniable. Philippe Mille, meilleur ouvrier de France, construit ses propositions autour d’une variation de mets qu’il décline sobrement mais avec une technique impeccable et une justesse des cuissons:col-vert ou pigeonneau laqués, lièvre farci ou turbot en croute de châtaignes. On finit par un savoureux et leger soufflé au citron. Pour les vins, la région se prête à une dégustation (modérée) de champagnes introuvable ailleurs.

Domaine Les Crayères
64 Boulevard Henry Vasnier
51100 Reims
https://lescrayeres.com

Saison Japonaise au Centre Pompidou Metz et festival Est Express

L’effet des « Mondes Flottants » inspirés de Shimabuku, la thématique de la fascinante Biennale de Lyon dont Emma Lavigne est la commissaire (cf notre article du 25 avril dernier ). Une chose est sûre cette saison japonaise en 3 chapitres ouvre de nouvelles perspectives sur cette scène d’une grande richesse, toujours perméable aux innovations et mouvements esthétiques extérieurs tout en maintenant une tradition forte.

JAPAN-NESS architecture et urbanisme au Japon depuis 1945

Cette identité qui donne son titre au 1er volet « Japan-ness » selon le terme de l’architecte Arata Isozaki désigne ce paradoxe entre l’immuabilité de certaines valeurs et un mouvement constant vers des influences autres.
A partir de l’importante collection du Centre Pompidou et d’œuvres provenant de studios d’architectes, de designers japonais de musées et institutions privées, les commissaires : Frédéric Migayrou directeur adjoint du Mnam Centre Pompidou (Paris) et Yûki Yoshikawa chargée de recherche et d’exposition Centre Pompidou Metz, ont sélectionné quelques 65 maquettes, plus de 150 dessins, des films, photographies représentant plus de 300 projets emblématiques, la plupart montrés pour la première fois.
Dans cet écrin du Centre Pompidou signé Shigeru Ban cela prend tout son sens.
La scénographie de Sou Fujimoto dont l’agence a remporté de nombreuses distinctions internationales et prépare à Paris le projet des « Milles arbres » pour reconnecter la vie et l’homme à la nature, suggère une déambulation à partir d’une structure modulaire à partir de panneaux suspendus dans la Grande Nef (partie architecture contemporaine).
Si vous ne saviez pas que l’architecte Shiberu Ban est à l’origine de la Nouvelle Seine musicale (Hauts de Seine), que l’agence SAADA est la lauréate pour le Louvre Lens ou que Tadao Ando a été choisi par François Pinault pour sa future fondation parisienne, il est temps de vous y mettre car l’architecture nippone se lance à la conquête de l’ouest !

Le parcours chronologique de 1945 (Hiroshima) à nos jours se découpe en 6 périodes avec en point d’orgue l’exposition Universelle d’Osaka en 1970 qui marque l’avènement du Métabolisme et une « nouvelle vision » technologique d’esprit modulaire et flexible, devenant vite un manifeste à portée mondiale.
Ainsi d’une période de destruction, l’architecture japonaise va trouver sa renaissance au regard du modernisme occidental (Le Corbusier et sa version plus économique et sociale par Charlotte Perriand et Jean Prouvé) affirmant bientôt un désir d’émancipation du contexte technologique lié à la croissance économique fulgurante des années 1960 pour aller vers un courant minimaliste (Tadao Ando) et une architecture de l’effacement dans les années 1975-95 (Toyo Ito et sa célèbre structure PAO II restaurée pour l’occasion).
La dernière partie de l’exposition met en lumière la génération des années 2000 largement diffusée à l’étranger avec des têtes de file comme Kengo Kuma ou Shigeru Ban. Des projets avant-gardistes qui redéfinissent la ville et l’urbanisme (petites habitations ouvertes sur l’extérieur au milieu de failles entre constructions existantes de Sau Fujimoto) dans une veine plus narrative ou symboliste en connexion avec le rapport à la nature.
Enfin le graphisme japonais est évoqué dans la dernière salle à partir d’une production éditoriale qui agit comme support de diffusion et de création.

Après ce panorama architectural qui ressemble à un véritable laboratoire de recherche en constant mouvement, nous découvrons les arts visuels contemporains nippons au sens large, sous l’égide de la commissaire Yuko Hasegawa, directrice artistique du Musée d’art contemporain de Tokyo.

JAPANORAMA, nouveau regard sur la création contemporaine

Non pas chronologique mais orchestré sur le modèle insulaire du pays, le parcours se découpe en 6 archipels sur les 2 galeries du Centre Pompidou.
La scénographie est signée de l’agence SANAA (cf 1er volet) autour de ces concepts clés que sont :
Galerie 3
Objet étrange-corps post-humain,
Pop
Galerie 2 :
Collaboration/Participation/Partage
Politiques et poétiques de la résistance
Subjectivité
Matérialité et minimalisme

Ainsi de la déconstruction après-guerre les artistes se saisissent du rapport au corps comme manifeste d’une quête qui passe par l’animisme avec les performances de Gutaï et la fameuse Robe électrique d’Astsuko Tanaka qui continue d’inspirer de nombreux créateurs au rang desquels Comme des garçons. Une approche futuriste qui trouve un écho particulier dans les années 80 avec l’essor du digital. Les transformations du corps parfois dues aux radiations (Tetsumi Kudo) de plus en plus ambivalentes sur fond de musique techno avec YMO, Dumb Type ou les Rhizomatiks aboutissent finalement à une fusion puis disparition de la figure humaine au profit du digital.
La section influencée au départ par le Pop art américain prend une tournure spécifique au Japon d’un néo-Pop en lien avec la culture underground. Le représentant emblématique de ce courant Tadanori Yokoo s’entoure de personnalités du théâtre ou de la musique électronique. Sa palette graphique kitsch et corrosive dévoilée à l’Exposition Universelle de 70 d’Osaka influencera toute une nouvelle génération.
Bientôt le désastre de Tchernobyl sonne le glas de cette vision utopique, suivi du tremblement de terre de Kobé en 1995, un vrai électrochoc. L’artiste Yanobe expose ses scaphandres nucléaires en guise de réaction, tandis que d’autres trouvent leur voie dans le monde de l’illustration (Tsunehisa Kimura) ou des formes néo-Pop remixées (Takashi Murakami et Makato Aida).

La galerie 2 aborde un autre désastre, triple : le tremblement de terre de Tohoku en mars 2011, et tsunami et catastrophe nucléaire, le tout laissant un traumatisme indélébile sur la population. Les artistes adoptent plusieurs formes de stratégies en réaction à ce climat de peur : des poétiques de résistance avec notamment Yoshitomo Nara et ces visages d’enfant empreints de colère et d’innocence ;
le sursaut d’une conscience politique avec notamment le collectif Chim↑Pom ;

ou la subjectivité dont se saisit la photographie avec des représentants illustres (Daido Moriyama, Ikko Narahara ou Takuma Nakahira) rassemblés par la revue Provoke ou des adeptes d’un quotidien magnifié comme avec Takashi Homma ou Rinko Kawauchi.

La dernière section plus contemplative aborde les notions philosophiques du Zen, du minimalisme et de l’école des choses (le Mono-ha) dont nous avons une vibrante illustration avec l’installation dans le forum du Centre de Kishio Suga « Law of peripheral Units »ce jardin de pierres comme métaphore du rapport de l’homme à la nature, pour finir par la majestueuse pluie noire de Kohei Nawa qui avec « Force » renvoie aux tombées radioactives sublimées dans leur descente verticale. Un épilogue d’une grande poétique et force plastique.
Comme le souligne la commissaire, l’art contemporain japonais s’est développé non pas de façon cohérente mais en prise avec d’autres formes d’expression telles que la mode, le manga et divers sous cultures, ce qui conduit à des sensibilités et approches plus individuelles et une véritable effervescence remarquablement traduite par la scénographie volontairement décloisonnée.
Loin des stéréotypes simplistes limités au « kawaï »(mignon) et zen, c’est à une traversée en profondeur à laquelle nous sommes conviés, à la fois artistique et spirituelle, complétée par la performance et les arts vivants très présents à l’international, lors de 10 rendez-vous intitulés « evenings« .

Le troisième volet de ce triptyque japonais sera entièrement dédié au collectif Dumb Type à partir du 20 janvier 2018, une première ! En réaction à la surenchère technologique des années de bulle économique de 1980, le groupe interroge nos comportements face un monde globalisé et normé par le numérique entre installation immersive et nouvelle forme de théâtralité. Patience…

Le festival Est Express : 3 jours festifs entre le Centre Pompidou-Metz et le Mudam Luxembourg, du 10 au 12 novembre (billet couplé).

La manifestation débute au Centre Pompidou-Metz le vendredi en nocturne, s’y poursuit le samedi en journée, avant d’investir le Mudam le samedi soir et le dimanche.
Au programme, remarquons :
Capitaine Futur soit l’association de la chanteuse folk Rachael Dadd et du musicien underground Ichi, bricoleur et instrumentiste de génie qui à partir du concept de l' »On Pa » (interaction de l’homme avec les phénomènes naturels) nous proposent un théâtre d’ombre savoureux pour petits et grands.

Ichi nous conduit jusqu’au Mudam où le chorégraphe américain Jonah Bokaer interprète une performance conçue en réponse au Grand Hall avec comme socle l’œuvre magique de Su-Mei Tse « Stone collection », sur laquelle je reviendrai. Le cosmo-ball d’Emmanuelle Vo-Dinh et ses amis termine joyeusement la soirée. Chacun est invité à se déguiser pour l’occasion ! Un musée qui vibre et va vers vers d’autres publics.

INFOS PRATIQUES :
• JAPAN-NESS
Jusqu’au 8 janvier 2018
• JAPANORAMA
Jusqu’au 5 mars 2018
• DUMB TYPE
Du 20 janvier au 14 mai 2018
Centre Pompidou Metz
1, parvis des Droits-de-l’Homme
57020 Metz
http://www.centrepompidou-metz.fr/

Le Restaurant la Voile Blanche vous propose une pause gastronomique (chef étoilé Eric Maire) dans un cadre soigné.
Tarifs :
Tarif modulable en fonction du nombre d’espaces d’expositions ouverts le jour de votre visite. : 7€ / 10€ / 12€
L’accès du musée de la gare se fait en 5 mns par une passerelle extérieure. (Paris-Metz en TGV : 1h20)

Verdun premier siècle, écrivains et photographes

Charles Péguy tombé le 5 septembre 1914 à Villeroy, Alain-Fournier tué à 27 ans le 22 du même mois à La Chapelle-d’Angillon, la Grande Guerre pour laquelle s’étaient mobilisés, fleur au fusil,  des millions de jeunes hommes de France et d’Allemagne emportait dès les premiers jours deux noms qu’à la suite des stèles érigées à la mémoire des Morts, la littérature reconnaissait comme deux des siens.

Le lieutenant Maurice Genevoix aurait pu être le troisième s’il avait succombé aux blessures reçues le 25 avril 1915 à la bataille des Eparges. Le 17 septembre 1967, l’auteur de « Ceux de 14 », devenu écrivain célèbre, élu académicien, inaugurait le Mémorial de Verdun dont il était le fondateur et le président, célébrant de cinquantenaire de la bataille où vingt-mille garçons ont trouvé la mort. Cinquante ans encore nous amènent aujourd’hui au Centenaire du massacre. Non loin du monument du Souvenir, le paysage, comme les hommes, garde les cicatrices de la mitraille et des obus qui l’ont meurtri jusqu’à transformer son profil géologique. Sous la signature commune « Comme on peut », brève citation de « Ceux de 14 » et titre du livre édité pour la circonstance, deux photographes, Fabrice Dekoninck et Sylvain Demange ont parcouru le site des Éparges, et retrouvé ce que l’enfer d’avril 2017 a pu laisser après le passage d’un siècle. Ils nous montrent une Nature finalement victorieuse, capable de composer avec les tranchées des stratèges et d’adoucir les cratères des bombes pour rendre sa quiétude à un morceau de Lorraine. Ces photographies qui dans leur silence immobile laissent sourdre l’écho du carnage participent à l’évocation portée par un retour sur les textes et sur la vie de Maurice Genevoix, étayée de vitrines de quelques objets venus de son passé de témoin et de sa vie d’écrivain. Point fort de ce centenaire, la lecture publique du samedi 11 novembre a mis en dialogue des extraits de « Ceux de 14″ et des passages d' »Orages d’acier », de l’écrivain allemand Ernst Jünger. L’exposition s’arrêtera juste avant Noël 2017, hommage implicite aux combattants des deux bords qui dès le 25 décembre 1914 avaient décidé d’opposer une trêve à l’horreur.

INFORMATIONS PRATIQUES
L’exposition
Fabrice Dekoninck et Sylvain Demange
Des Eparges au Mémorial de Verdun, hommage à Maurice Genevoix
Jusqu’au 22 décembre 2017
Mémorial de Verdun
1, Avenue du Corps Européen
55100 Fleury-devant-Douaumont
http://memorial-verdun.fr
Le Livre
« Comme on peut »
Photographies de Fabrice Dekoninck et Sylvain Demange
Textes d’Annette Becker, Fabrice Dekoninck, Julien Larère-Genevoix, extraits de « Ceux de 14″de Maurice Genevoix
132 pages 165 x 225 mm, 50 photographies
Collection Foto, éditions Créaphis
25 €

Ouverture de la 22ème édition de St-Art Strasbourg

Nina Childress. Finding a man (921)
2016 / Courtesy Galerie Bernard Jordan
Yigal Ozeri. Untitled (Olya), 2017 / Courtesy Galerie Dukan

Avec un total de 100 galeries internationales (35% européennes, et 20% de primo-exposants),une nouvelle directrice artistique Patricia Houg,un nouveau comité scientifique, une concentration (moins de galeries qu’en 2016), les ingrédients sont réunis pour ce tournant annoncé de St-Art.

Qu’en est il sur place ?
L’invité d’honneur la Venet Foundation avec ces œuvres magistrales de Robert Morris, Lawrence Wiener, César place le niveau très haut dès l’entrée.
La carte blanche d’Olivier Kaeppelin tournée vers la peinture de Damien Cabannes est également une réussite.

Un effort est fait notamment dans la scénographie et lisibilité des stands.
Des propositions encore inégales parmi lesquelles je remarque :
galerie Dukan avec Yigal Ozeri, Baudoin Lebon (Paris) dont c’est la 1ère participation avec Patrick Bailly Maïtre Grand, Christophe Tailleur (Strasbourg) avec Thomas Henriot et ses dessins prodigieux, Marx Galleries (Oldenburg) avec Thomas Oehm et le collectif La Chambre avec photos magiques d’Emmanuel Georges.

INFOS PRATIQUES :
ST-ART
Du 17 au 20 novembre 2017
http://www.st-art.com
A lire : Rencontre avec Patricia Houg, directrice artistique de ST-ART Strasbourg