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L’Institut pour la Photographie lance son premier événement cet automne

En septembre dernier, nous apprenions l’inauguration d’une institution de référence internationale dans le domaine de la photographie initiée par la Région Hauts-de-France en collaboration avec les Rencontres d’Arles. En juillet, c’est l’adresse de l’Institut qui était dévoilé : ce sera à Lille, que ce nouveau lieu dédié à la photographie sera domicilié. Aujourd’hui, ce sont les premiers événements qui se dévoilent…

Présidé par Marin Karmitz et dirigé par Anne Lacoste, L’Institut pour la Photographie est conçu comme une plateforme et un lieu de ressources, de diffusion, d’échanges et d’expérimentations afin de développer la culture photographique auprès du grand public et de soutenir et valoriser la recherche et la création. Son programme scientifique et culturel est fondé sur la complémentarité et l’interactivité de cinq axes principaux :
Contribuer au rayonnement de la Photographie en proposant une programmation culturelle étendue avec l’organisation d’expositions, de rencontres, de conférences et d’ateliers…
Préserver, transmettre et valoriser en constituant un fonds photographique sous forme de dépôt ou de don, les archives des grands figures de la photographie.
Ouvrir de nouvelles perspectives à la recherche en initiant un programme de recherche qui vise à développer les approches diverses de la photographie. Quatre bourses annuelles seront allouées chaque année.
Sensibiliser à l’image photographique en développant l’éducation photographique et la culture visuelle auprès d’un public toujours plus large.
Valoriser le livre comme objet en créant une activité dans le domaine de l’édition avec une bibliothèque et une librairie de référence.

Avant les premières programmations d’expositions et d’événements photographiques prévues au printemps 2019, l’Institut propose un colloque de trois jours, gratuit et ouvert à tous. Cet événement réunit historiens de l’art, conservateurs, artistes, spécialistes et chercheurs d’autres disciplines afin d’aborder des questions liées aux enjeux actuels de la conservation, de la recherche et de la conquête des publics.

MERCREDI 17 OCTOBRE
La conservation et la valorisation du patrimoine photographique

↳ Archives nationales du monde du travail, Roubaix

JEUDI 18 OCTOBRE
« Les images comme ressource » ou les différentes modalités et méthodologies autour des fonds d’archives photographiques

↳ Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, Tourcoing

VENDREDI 19 OCTOBRE
L’image photographique à la conquête des publics : de la diffusion à la sensibilisation

↳ Le Nouveau Siècle, Lille

INFORMATIONS PRATIQUES
L’Institut pour la Photographie
151 Avenue du Président Hoover
59555 Lille
https://www.institut-photo.com

Les 3 T de la nouvelle saison du FRAC Grand Large Haut de France : Tubologie, Titre de travail et Trait d’Union.

La question du travail est au cœur des expositions orchestrées par le Frac Grand Large – Hauts de France et le LAAC à Dunkerque.  Au LAAC, c’est le travail des artistes qui est mis à l’honneur, de la conception à la réalisation en passant par l’atelier. Au Frac, l’exposition « Titre de travail » interroge la place de l’humain au sein d’une entreprise, et le travail est filigrane dans  l’expo « Tubologie » où le tube est objet de production design, canal de circulation et de distribution d’énergies ou de son.

Tubologie – nos vies dans les tubes  – commissaires invités :  KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel

Le tube est partout. Objets et formes de distribution, de passage, de transit, de circulation, que ce soit un tunnel, qu’il soit digestif, distribution d’eau comme pour un radiateur, distributeur d’énergie, le tube est même un morceau de musique plébiscité, donc un son, il permet aussi la distribution d’eau source de vie et notamment ici présenté dans une serre improvisée qui fera pousser des piments et des tubercules.

L’exposition marie volontairement tous les matériaux : le métal, le minéral, le végétal, le synthétique, la lumière, le son, l’eau, l’argentique. Une volonté de montrer l’interdépendance de toutes choses et de flouter les frontières. L’exposition se décompose en différents espaces, l’un consacré au design,  un autre aux œuvres d’art, une zone est destinée aux œuvres sonores et à la photographie, et enfin deux zones sont transformées en serre et mettent le végétal en majesté.

L’exposition se veut horizontale et commence par présenter le tube à travers sa propre collection de mobilier et d’objets design dont le Frac possède une belle collection.  Cette partie questionne notamment notre rapport entre le travail et la position. Les changements liés à cowoking, au télétravail, au nomadisme remettent en question les comportements et les postures de travail. Pour élargir le dialogue et mettre en exergue ses différents liens de communication, KVM a souhaité mettre en dialogue les œuvres design et les œuvres d’art.

La partie consacrée aux œuvres d’art est plus hétérogène, tant par la qualité des œuvres présentées que par les liens plus alambiqués avec la thématique choisie. Dommage car il y a des choses remarquables comme Natural Copies from the Coal Mines of Central Utah d’Allan McCollum, Cold Storage de Matthew McCaslin, Thames Water de Nicolas Deshayes, un Julio Le Parc… On aurait souhaité en voir un peu plus. D’autant que de grands espaces sont cannibalisés par les installations dédiées aux cultures des plantes de l’exposition et qui n’apportent pas grand-chose aux visiteurs et lui fait perdre le fil de l’exposition.

La salle d’écoute joue totalement l’horizontalité proposée au départ du parcours. Un alignement de banquettes, de lits d’écoute, sont installés à l’ombre d’un mur de photographies. Plaisir des yeux et des oreilles réunis dans une seule et même invitation à la contemplation. Comme une nécessité de ralentir le mouvement en ces temps où la vitesse prime. Vitesse de l’information, des déplacements, des flux en général… En tout cas le mur de photographies est remarquable. Il présente une vingtaine d’œuvres avec des noms illustres comme Yto Barrada, Barbara Visser, Meredyth Sparks, Bruno Serralongue ou encore Henri Cartier-Bresson.

La thématique de départ était alléchante mais la cohérence de l’exposition m’a un peu échappée. Cela ne remet pas en question la qualité des acquisitions du Frac Grand Large, justement elles auraient mérité une autre proposition de la part des commissaires. Vous pouvez compléter la visite des acquisitions du Frac avec « Trait d’Union », la sélection réalisée par les jeunes de la « Maison des Enfants de la Côte d’Opale » qui nous proposent un choix et un accrochage pertinent et intéressant.

L’autre proposition du Frac Grand large «  Titre de travail » est une exposition de Robert Schlicht et Romana Schmalisch

Cette exposition présente une installation filmique combinée avec des mises en scène et transforme ainsi le Frac en lieu d’intervention professionnel. Quels sont les mécanismes et stratégies qui transforment des êtres humains qui ont leur volonté, intérêts et désirs propres en capital humain qui œuvre dans l’intérêt d’une entreprise ou d’un employeur ?

A partir des recherches effectuées dans des centres de formation et chez Pôle Emploi au sein d’écoles professionnelles, Robert Schlicht et Romana Schmalisch ont conçu un dispositif, « Labour Power Plan PPL », usine de main d’œuvre. Il s’agit d’une centrale fictive qui a comme objectif de transformer les gens en travailleurs génériques. Le film présente une réunion de travail  de managers engagés dans un jeu de rôle de restructuration de la société. Autour de la table la directeur, son assistante, le consultant qui présente ses analyses et conclusions de performance de l’institution et un peu plus loin les travailleurs génériques qui se retrouvent en compétition face aux autres. Se révèle un décalage entre la réalité et le sujet. Une prise de vue en plongée du manager avec les travailleurs en bas donne l’impression d’un marionnettiste dirigeant avec des fils invisibles, les personnes à son service.

La visite de l’exposition se poursuit avec des éléments du film dans une sorte de reconstitution de l’entreprise. Dans une vitrine sont exposés des objets qui peuvent tour à tour être des outils de production ou des objets produits. Le frac y a caché parmi les objets des œuvres de son fonds.

Tous les codes de l’entreprise sont présents avec les interrogations liées à la place de l’humain, personnels volontaires, en compétition et outil de productivité. La question du geste, de la productivité au sein d’une entreprise s’impose et prouve comment finalement une certaine forme de taylorisation existe toujours. On pense notamment à tous ces acteurs de distribution et logistique des sites de ventes en ligne. Une proposition très intéressante du Frac Grand Large sur un sujet toujours d’actualité.

Je vous invite à poursuivre votre visite dunkerquoise au LAAC avec la magnifique exposition « Enchanté », une proposition de Richard Schotte. Une réflexion sur la création artistique, le travail de l’artiste.
(voir notre article sur LAAC)

FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018

TITRE DE TRAVAIL
une exposition de Robert Schlicht & Romana Schmalisch
27 janvier – 26 août 2018

TRAIT D’UNION
Jusqu’au 2 septembre 2018

Au LAAC
« Enchanté »
Du 21 avril au26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

L’artiste au travail et le travail de l’artiste au cœur de l’exposition « Enchanté » du LAAC

Le LAAC, le musée d’art contemporain de Dunkerque, propose une exposition qui interroge l’œuvre d’art et son processus de création. Comment un objet ou une matière se transforme en œuvre d’art ? A quel moment se charge-t-il d’une émotion ou d’une symbolique ? Par le geste de l’artiste ? Par son travail ? Par son choix ?

Plusieurs étapes participent à cette élaboration ; la réflexion et la naissance d’une idée, la main et l’outil, le temps de maturation et de production, le lieu de production et d’exposition… Où se trouvent les limites qu’il convient de dépasser pour que les gestes, les objets, les attitudes, les formes… acquièrent un sens une valeur singulière et artistique.

A quel moment un objet, une série photographique basculent et deviennent œuvre d’art ? Quels processus donnent naissance à des œuvres ?  Comment l’œuvre et à travers elle, l’artiste et son travail, interrogent l’art lui-même ? Quel est ce monde mystérieux dans lequel l’artiste crée, fabrique, assemble… l’atelier ? L’exposition propose une interrogation sur la méthode, le projet, le processus, la technique en induisant une dimension politique et sociale.

L’exposition « Enchanté » se dessine en cinq chapitres. Le premier « La fabrique du sensible »  est consacré à ce basculement qui fait qu’un objet par le simple fait de la répétition, d’être montré, collectionné, acquiert une charge symbolique, un autre statut et devient ainsi œuvre d’art. Autour d’une œuvre de Barry Flanagan qui martèle le temps, notion importante dans le processus de création, ce sont les photographies qui sont le plus représentées. La série photographique de métiers vus par Pierre Mercier, les objets de grève photographiés par Jean-Luc Moulène et les ateliers d’artistes majeurs dans l’histoire de l’art contemporain de Gautier Deblonde. Dans les trois cas c’est la série qui fait basculer la simple photographie anthropologique pour l’un, politique pour l’autre ou historique et plastique pour le dernier dans une dimension artistique plus puissante encore.

Le deuxième chapitre nous fait pénétrer dans la naissance d’une œuvre et présente des esquisses de performances de Micha Laury, des estampes de Bernar Venet, les documents de travail préparatoire pour la réalisation du Cyclop de Jean Tinguely, et même des maquettes de commande publique jamais réalisées d’Arman ou Jesús Rafael Soto. Emouvant !

Dans « De l’ordinaire à l’exceptionnel », le troisième chapitre de cette exposition, c’est le détournement qui est mis à l’honneur. L’objet usuel devenant œuvre d’art par une mise en scène, un assemblage, une transformation, se charge d’une émotion, de poésie ou d’une réflexion politique et d’un caractère exceptionnel. On y trouve l’installation, Local Time, composée d’horloges d’aéroport et de marteaux signée Jean-Luc Vilmouth , dont on peut admirer également ses objets aux dimensions impressionnantes prévus initialement pour être envoyés dans l’espace. César, avec une de ses compressions, ne pouvait qu’être présent dans cette section, ainsi que les affiches déchirées de Raymond Hains et la Palette composée d’objets en plastique aux couleurs primaires accrochées sur le mur de Tony Cragg.

Andy Warhol ouvre le quatrième chapitre qui est consacré à la multiplicité. La reproduction, la multiplication nous amène à nous interroger sur l’originalité et la singularité. C’est aussi la reproduction, celle du protocole de production (cadrage, plan, neutralité…) de Bern et Hilla Becher dans leurs séries de châteaux d’eau ou silos à grains qui fait œuvre. Chez Allan McCollum la répétition est un jeu. Il reproduit le même vase qu’il peint de couleurs différentes et l’installe à des hauteurs différentes. Chacun devient unique et l’ensemble devient un tout, tout aussi unique.

Le cinquième chapitre nous plonge dans l’univers créatif de Séverine Hubard qui prend possession de tout l’espace au centre duquel trône une maquette géante d’une improbable antenne relais. Tout autour sont disposées des maquettes de ses différents projets, utilisant différents matériaux. La maquette ici devient œuvre. L’espace devient hybride, à la fois atelier, lieux de stockage et d’exposition. Certaines œuvres nous invitent à les découvrir in situ. Une façon d’appréhender l’ensemble des étapes de la création et l’imagination de Séverine Hubard.

On retrouve la notion d’atelier dans différents chapitres avec les photos de Gautier Deblonde, l’installation de Michel Paysant, qui avec un dispositif riche, nous présente une table de travail d’artiste comme un laboratoire d’étude. Elle nous plonge au cœur du travail de l’artiste. Plans dessins, maquettes, formes, bois découpés… sont disposés sur un grand établi. Une mise en chantier artistique grandeur nature.

L’exposition « Enchanté » sous le commissariat de Richard Schotte est tout simplement remarquable ;  par le sujet abordé, la mise en exposition, l’utilisation des espaces, et enfin la qualité des œuvres exposées. C’est un enchantement !

Listes des artistes présentés : Allan McCollum – Andy Warhol – Arman – Bernd & Hilla Becher – Barry Flanagan – Ben – Bernar Venet – César – Etienne Pressager – Gautier Deblonde – Gérard Gasiorowski – Jean Tinguely – Jean-Luc Moulène – Jean-Luc Vilmouth – Louis Cane – Micha Laury – Michel Paysant – Pierre Mercier – Raymond Hains – Robert Filliou – Séverine Hubard – Jesús Rafael Soto – Tony Cragg

INFORMATIONS PRATIQUES
Enchanté
Du 21 avril au 26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

A voir aussi à Dunkerque  (objet d’un prochain article sur Mowwgli)
TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018
FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

 

La Fabrique de l’Esprit®, du regard à l’expérience à la Fondation Francès

Depuis sa création, La Fabrique de l’Esprit® développe des contenus pédagogiques, élabore des programmes éducatifs culturels, à l’appui d’oeuvres contemporaines et des oeuvres de la collection Francès. L’ensemble de ses programmes répond à des enjeux éducatifs, artistiques et culturels.

Le programme d’histoire de l’art s’adresse à tous. De l’initiation à partir de 4 ans, à l’approfondissement des connaissances de 8 à 15 ans jusqu’aux adultes.

La Fabrique de l’Esprit® développe aussi des projets à la carte. Personnalisés et adaptés aux problématiques des équipes pédagogiques des institutions scolaires pour répondre, oeuvres à l’appui, aux attentes éducatives et culturelles singulières des établissements

L’exposition La Fabrique de l’Esprit®, Du regard à l’expérience, présente une sélection d’oeuvres de la collection Francès choisie pour illustrer les contenus
de son programme d’éducation artistique. Une réalité concrète pour venir alimenter le récit ou l’expérimentation et donner ainsi accès à l’art, pour tous.

Cette exposition renoue avec les origines de la fondation : des oeuvres en dialogue et la notion de récit, sublimant par la même occasion l’expérience du plaisir esthétique. Ainsi, le public est invité à découvrir les vestiges d’une chair éprouvée par Berlinde de Bruyckere, la lumière hollandaise des photographies de Désirée Dolron, en passant par les sculptures organiques de Pascale Marthine Tayou. Enfin, Jean Rustin et les inspirations numériques d’Andy Denzler et Matthieu Boucherit dialoguent en face à face. Avec en point d’orgue, Adrian Ghenie, The flight into Egypt II, et son désir d’éveiller nos consciences face aux dangers imminents.
Gravitant tout autour de ces oeuvres, une quête de sens, côtoyant des réflexions philosophiques proches de celles de Lucrèce (vers 98-55 avant J-C) sur la nécessité de s’imprégner de la nature dans un but d’épanouissement. Cette nature est présente in situ, cohabitant avec les oeuvres puisque une résidence bio-inspirée est expérimentée au sein de la fondation d’entreprise Francès.

La première résidence d’artistes bio-inspirés.
Afin de susciter et de provoquer de nouveaux échanges, créer de nouvelles expériences et des projets artistiques inspirés par cette logique de recherche et d’innovation avec le vivant, cette résidence s’inscrit dans une finalité créative et d’expérimentation, et se caractérise par la transmission et l’échange autour des matériaux, de l’environnement ou encore de l’innovation. Des artistes, tels que Michel Blazy, ou Eduardo Kac, sont des références en matière de création bio-inspirée. La nature est une source d’inspiration prolifique, qui se transmet et se développe.
Cette première résidence d’artistes se veut immersive et vise à créer une oeuvre identitaire,tout en développant des échanges entre artistes, chercheurs, institutions privées et publiques.

Lucas Dauvergne et Mathieu Corticchiato sont les deux lauréats de l’appel à projet lancé en 2017. Leur projet propose la création d’une sculpture-nid grâce à la participation active de fourmis tisserandes, les Formicidae Oecophylla.
Du regard à l’expérience est une exposition qui questionne la nature humaine à travers un processus créatif transgénérationnel.

Créée en 2009 par Hervé et Estelle Francès, la Fondation est conçue comme un laboratoire de réflexion autour d’un ensemble réunissant près de 600 œuvres.

La collection réunit 250 artistes issus de 50 pays s’exprimant aussi bien à travers des peintures, des photographies, des sculptures, des installations, des vidéos, des objets détournés…Un constat à postériori dévoile un fil rouge, celui de «l’Homme et ses excès» et devient alors une source d’inspiration et de
convictions affirmées.

INFOS PRATIQUES :
La Fabrique de l’Esprit®, Du regard à l’expérience,
Jusqu’au 24 août 2018
Fondation d’Entreprise FRANCÈS
27, rue Saint Pierre
60300 Senlis
mediation@fondationfrances.com
http://www.fondationfrances.com

Un, Deux, Trois… Labanque ! (2nde Partie)

Nous vous proposons la suite de notre article d’hier avec les deux autres expositions proposées par LaBanque à Béthune : De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des forces de  Rachel Labastie et Between here and nowhere de Brian Griffin.

RACHEL LABASTIE
« DE L’APPARENCE DES CHOSES, CHAPITRE VI, DES FORCES »

A l’étage nous sommes accueillis par une roue en osier qui tourne sans fin. Elle évoque la roulotte des origines Yéniches (peuple nomade de l’Europe et grands vanniers) de la grand-mère de Rachel Labastie. Toutefois entourée de haches en céramique plantées dans le mur, comme elle l’est, l’œuvre pourrait nous inviter à une fête foraine ou encore évoquer une attaque de diligence. En tout cas un jeu de forces est à l’épreuve. D’ailleurs « Des forces » est le nom de ce sixième chapitre de son projet intitulé De l’apparence des choses.

Des forces contraires, il s’agit bien de cela dans cet épisode. Tout le parcours oscille entre érection et suspension, dureté et fragilité, violence et sensualité. Rachel  Labastie joue des paradoxes et de l’apparence des choses. Elle utilise l’argile crue, le bois, la céramique, le verre, le marbre dans ses huit installations où se manifestent le geste, l’apesanteur, le feu, la violence et la magie.

Les œuvres les plus frappantes sont peut être celles qui justement nous rapproche du rituel et de la magie, par exemple avec Foyer, une œuvre faite d’ossements modelés en grès noir reposant sur des tessons roses et bruns. Un amas qui évoque les restes d’un charnier, de fouilles archéologiques d’un tombeau ou encore d’une grotte du paléolithique. Elle montre le paradoxe du feu dont la maîtrise est indispensable pour sa création et qui réchauffe, nourrit, permet de fabriquer mais aussi brûle, détruit. Il est symbole de vie et de mort. Il est aussi celui qui permet la communion dans des rituels chamaniques, ou des fêtes. En témoigne son intervention réalisée en 2017 dans un village de Navarre comme une cérémonie ritualisée. Dans un village abandonné, en fouillant dans les ruines des maisons, elle a ramassé des tuiles, des morceaux de céramiques et les tessons trouvés. Puis elle a réalisé un immense four primitif dans la terre pour cuire ses morceaux trouvés dans des bâtons d’argile. Ce feu qui a brûlé toute la nuit pour la cuisson a permis le rassemblement de tous les villageois. Cette cérémonie autour du feu révèle le désir du collectif afin de convoquer la communion autour des disparus, d’une histoire, comme un rite chamanique.

Eprise de liberté, elle dénonce toutes les entraves. Avec la série Entraves, des chaines, des  colliers d’esclaves sont accrochés au mur comme les équipements dans une écurie et attendent le forçat ou l’esclave. Le paradoxe nait de la fragilité de la céramique blanche utilisée qui contraste avec la gravité du propos.

Dans ce premier étage qui lui est entièrement consacré, Rachel Labastie pointe du doigt la dualité incarnée dans la matière en transformation. Magie du feu, rituel sacré, bâtons de pèlerin, roue du destin, on a envie d’écouter ses histoires et de la suivre dans cette cérémonie qui réunit la communauté des humains.

BRIAN GRIFFIN
« BETWEEN HERE AND NOWHERE »

Commissariat : Valentine Umansky

Brian Griffin, est un photographe né à Birmingham dans un milieu très populaire. Il a photographié le monde de l’entreprise lors de commandes puis a travaillé pour la presse : Time Magazine et The Observer Magazine. Ami de Martin Parr, fan de musique, il était notamment le grand portraitiste de la scène musicale des années 80. Paul Mc Cartney, Depeche Mode, R.E.M, Kate Bush, Elvis Costello ou Iggy pop sont passés sous son objectif. Le Guardian en 1989 prétendait qu’il était le photographe de la décennie. Depuis 2001, il a délassé les stars pour photographier le monde des travailleurs et poursuit de porter un regard de coté sur la société britannique. Nous avions pu voir il y a un mois quelques images lors de l’expo, proposée à Paris par Burberry, consacrée au « british way of life » et qui célébrait la photographie britannique.

Un physique à la Gabin au regard bleu perçant, une autorité et une tendresse à la fois, on décèle toujours un brin d’ironie dans l’œil du photographe animé par une classieuse irrévérence et une claire ambigüité. Un mélange de Ken Loach et de David Lynch.

L’exposition Between here and nowhere se développe sur plusieurs chapitres d’un récit qui nous entraîne au milieu des pommes de terre, dans le milieu ouvrier, des militaires… Bref une histoire inspirée par la région, le lieu, sa terre natale, une grande humanité et le plaisir de brouiller les pistes.

Inspirée par la terre de Béthune-Bruay dont il  a lu beaucoup d’ouvrages relatant son histoire et notamment pendant la première guerre mondiale. Il a ainsi trouvé que les champs de batailles sont devenus des champs de pommes de terre. Que se passe-t-il dans cette terre qui sert à nourrir les populations et qui contient en elle les morts des deux derniers conflits mondiaux, dont beaucoup de britanniques ? Pour Brian la région est importante dans l’histoire et en lien avec sa région d’origine. Les connexions se font également avec le monde ouvrier, dont il rend hommage dans une superbe série. Les ouvriers sont photographiés avec leurs outils dans des positions et attitudes dignes d’un magazine de mode. Il interroge l’homme face au postmodernisme avec des images énigmatiques qui rappellent un accident nucléaire, un feu d’artifice ou les représentations futuristes d’une dimension parallèle qu’il nous faudrait découvrir.  Avec la série des Somnambules il poursuit cette interrogation. Il y photographie des personnages arrêtés dans leur mouvement, les yeux fermés, dans les espaces vides d’une usine McCain, encore une référence aux pommes de terre. Avec un jeu de perspective imparable cette mise en scène donne une impression de rêve ou de cauchemar, un effet irréel dont la portée politique ne fait aucun doute. Un peu plus loin on retrouve des soldats et des pompiers, des morts sous des croix blanches, un jeune ouvrier couché au sol… autant de personnages qui semblent être les protagonistes d’une histoire dont seul Brian Griffin possède les clefs.

Tout ici dans cette déambulation est mystère, jeu de piste. Brian Griffin nous propose un jeu de Cluedo mené dans un esprit Twin Peak , pour son univers entre fiction et réalisme à la frontière fragmentée, complexe avec plusieurs lectures possibles. Il laisse ici et là quelques indices afin de nous permettre de reconstruire une histoire qui navigue entre fiction légère et réalité brute.

Brian Griffin préfère les chemins de traverse aux propositions trop littérales et rejette le concept de vérité absolue.

A LIRE : 
https://www.mowwgli.com/37733/2018/04/12/deux-trois-labanque-1ere-partie/

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

Un, Deux, Trois… Labanque ! (1ère Partie)

Trois expositions, trois médiums, trois artistes ouvrent cette saison printanière de LaBanque à Béthune. Trois expositions qui, malgré des différences narratives, ont un point commun, l’entre-deux. Entre présence et absence avec un jeu d’espace temps pour Pierre Ardouvin. Entre force et fragilité pour Rachel Labastie. Entre ici et ailleurs, fiction et réalité pour Brian Griffin.

Du 17 mars au 15 juillet 2018, LaBanque, centre de production et de diffusion en arts visuels, installé comme son nom l’indique dans l’ancienne banque de France de Béthune, nous propose trois expositions monographiques qui sont le fruit de la rencontre entre des artistes, un territoire et un lieu.

Brian Griffin nous propose avec « Between here and nowhere » une aventure photographique et énigmatique dans ce territoire nordique où se mêlent les résidus des derniers conflits mondiaux, le peuple ouvrier et une terre agricole vouée à la pomme de terre.

Le lieu a inspiré à Pierre Ardouvin une installation géante qui nous invite dans une histoire totalement folle, inspirée de ses influences littéraires et références artistiques. « Retour d’Abyssinie » est une balade des profondeurs de la terre aux profondeurs de l’âme.

« De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des Forces » de Rachel Labastie perturbe le champ de force tranquille des appartements bourgeois de la banque. Avec ses sculptures de terres molles, ses feux de terre cuite, ses avant-bras tendus par des sangles de déménageurs, elle convoque un certain nomadisme.

Ce jamais (entre)-deux sans trois expositions dense que nous propose LaBanque nous fait emprunter le chemin de contrebandiers côtier, de nos certitudes. Là où il n’y a pas qu’une seule vérité.

Je vous propose aujourd’hui un aperçu de l’exposition de Pierre Ardouvin et demain nous visiterons les expositions de Rachel Labastie et Brian Griffin.

PIERRE ARDOUVIN
« RETOUR D’ABYSSINIE »

Fidèle à sa pratique Pierre Ardouvin dévoile la part cachée de nos fossiles culturels, de ce qui en eux « gît » de la mémoire collective et individuelle. Il en exprime les fantasmes, les souvenirs, les renoncements et les rêves avec mélancolie et humour au moyen de sculptures, d’installations, d’images retouchées et de dessins.

Pierre Ardouvin investit le grand plateau de Labanque ainsi que ses sous-sols. Lorsque l’on arrive sur le plateau, la première chose qui attire l’œil dans cette semi pénombre ce sont des bijoux de pacotille qui jonchent le sol ça et là. On a l’impression d’arriver après un casse où tout est parti en vrille, une espèce de « very bad trip » version braquage. Impression renforcée lorsque l’on prolonge le regard et que l’on aperçoit des pieds cachés derrière des rideaux épais aux imprimées de grottes.

Le parcours de l’exposition volontairement libre est sous la forme d’une déambulation. Les œuvres peuvent être vues comme un ensemble ou distinctes les unes des autres. Formant un tout dans une configuration éphémère liée au lieu et au temps de l’exposition, elles sont reliées entre elles par l’installation visuelle (les bijoux) et sonore Au réveil il était midi qui investit la totalité des espaces.

Au-delà de ces rideaux qui représentent des grottes, de la semi pénombre, des pierres précieuses au sol, nous prenons vite conscience que nous sommes finalement dans une caverne plus mystérieuse qu’elle n’y parait. Nous sommes entrainés dans les profondeurs de l’imaginaire et un jeu de présence /absence. Quelques détails confirment que l’histoire est plus complexe.

Une réplique réalisée en imprimante 3D du Palais Idéal du Facteur Cheval trône sur une autre réplique, celle de la civière en bois dessinée par Rimbaud qui le transporta lors de son retour d’Abyssinie. Utopie en voyage ? Rimbaud et le Facteur Cheval ont créé des œuvres magistrales sans avoir voyagé. Rimbaud voyagera après avoir écrit son œuvre. Deux voyages intérieurs nés d’une fulgurance et d’un rêve d’ailleurs.

Juste en face un tapis représente le gouffre de Padirac, qui, vu de l’intérieur en contreplongée, s’ouvre sur le ciel. La perspective s’en trouve renversée. Depuis le plafond et jusqu’au sol pend une colonne de bijoux fantaisie prend des allures de corde pour s’échapper ou d’un geyser figé dans le temps. Tout cela nous entraine dans un rêve où se mêlent évasion et chute, angoisse et merveilleux. Nous sommes suspendus dans un espace temps indéfini.  Les repères sont tous modifiés, avec un effet d’ « upside-down » de deux mondes parallèles qui se font face. Les profondeurs de la terre face aux profondeurs intérieures.

Pierre Ardouvin est passionné de littérature de science fiction et il nous embarque pour un voyage dans les méandres de l’imaginaire et du rêve.  Cette vision à deux faces est poursuivie par les tableaux exposés dans la pièce d’à coté, la seule pièce vraiment éclairée de ce Retour d’Abyssinie. Cette série de tableaux composés de reproductions inversées de cartes postales des années 60 aux couleurs criardes reliées en elles par un jeu de peinture de l’artiste ; certaines sont pailletées à la manière des cartes de noël. Un assemblage proche de l’écriture automatique autour du thème du souvenir.

Dans la salle aux archives au sous sol nous sommes dans les enfers avec des éclairs lancés par un jeu de lampes stroboscopiques dont la forme d’éclairs reste gravée dans notre mémoire rétinienne. Toujours au sous sol, deux autres œuvres majeures de Pierre Ardouvin ont été réactivées pour l’occasion. Pour la première, nous entrons dans la reproduction d’une salle d’attente de médecin des années 60 qui, telle une tombe égyptienne, serait une pièce d’archéologie. La seconde, Les larmes de Oum Kalsoum, au centre d’une pièce, une fontaine réalisée avec une petite piscine pour enfant. Cette œuvre possède une dimension poétique et politique. L’eau chante en même temps que la voix envoutante d’Oum Kalsoum, un voyage qui nous emmène au Moyen Orient avec son rêve de liberté.

Entre les bijoux, les souvenirs, les éclairs, les sculptures hommage à la science fiction et l’heroïc-fantasy dont l’artiste est fan, finalement ce voyage nous emmène dans l’univers créatif et fantastique de Pierre Ardouvin lui même. Un voyage étourdissant !

> Rendez-vous demain, vendredi 13 avril 2018 pour la seconde partie de l’article.

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

Carte blanche à Jean-Luc Monterosso : La Maison de la photographie de Lille

Pour cette première journée de carte blanche, notre invité de la semaine, Jean-Luc Monterosso, l’un des fondateurs de la Maison européenne de la photographie nous parle d’un lieu consacré à la photo dans le nord de la France : La Maison de la photographie de Lille.

Je citerai sans hésiter un lieu, La Maison de la photographie de Lille, fondée par Olivier Spillebout en 2003 et avec laquelle nous travaillons depuis plusieurs années dans un esprit d’échange et de réciprocité. Il me semble aujourd’hui important d’évoquer cette Maison et ses engagements car son existence même est menacée en raison de la coupe drastique de ses subventions. C’est un lieu que Martine Aubry a beaucoup défendu, un véritable lieu de rencontre autour de l’art visuel et qui est à mes yeux une référence dans le monde de la photographie. Ce lieu me plaît aussi par son engagement sans faille pour dynamiser le quartier populaire dans lequel il est implanté, il joue un rôle social et culturel qu’on ne peut que soutenir, surtout dans notre époque troublée.

INFORMATIONS PRATIQUES
En ce moment :
Karine Saporta, L’âme en trompe l’oeil
Du 7 mars au 1er avril 2018
Maison de la Photographie
28 rue Pierre Legrand
59000 Lille
http://maisonphoto.com

Isabelle Adjani pour le coup d’envoi de la 4ème saison « Monuments en Mouvement » à la Villa Cavroix

Après trois éditions couronnées de succès, « Monuments en mouvement » est de retour en 2018 pour une 4ème saison de performances et pièces chorégraphiques présentées dans les monuments nationaux, partout en France.

Le 12 février s’est tenu une nocturne exceptionnelle à la Villa Cavrois, chef d’œuvre d’art total de Robert Mallet-Stevens, Opening Night, lecture-performance inédite par Isabelle Adjani et Cyril Teste,
sous l’impulsion du Centre des monuments nationaux, associé au Théâtre du Nord (Lille).

A titre inaugural, dans le cadre d’une courte et libre mise en espace, ils entament à deux cette aventure commune. Leur dialogue pose les premiers jalons d’une sorte d’autoportrait rêvé d’une actrice face aux fantômes du rôle qui l’attend.

Cette lecture-performance marque le début d’un voyage vers un projet en cours de création, et qui s’intitulera Opening Night.

Conçue par Robert Mallet-Stevens de 1929 à 1932, la villa Cavrois est un remarquable exemple d’architecture civile de la première moitié du XXe siècle construite à Croix, à côté de Roubaix. Elle est habitée jusqu’en fin 1939 par la famille Cavrois, obligée de quitter alors le Nord devant l’avancée des troupes allemandes. Après certaines vicissitudes elle est finalement acquise en 2001 par l’Etat, celui-ci engage immédiatement des mesures de sauvegarde, puis de restauration. Le Centre des monuments nationaux, qui a achevé la restauration suite à l’intervention de la DRAC Nord-Pas-de-Calais, l’ouvre et l’anime depuis le 13 juin 2015. Plus de 220 000 visiteurs ont été accueillis depuis, ce qui témoigne de l’engouement du public pour le patrimoine du XXe siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
Villa Cavrois
60 avenue du Président Kennedy
59170 Croix
http://www.villa-cavrois.fr
Programmation Monuments en mouvement :
https://www.monuments-nationaux.fr

Performance ! les 40 ans du Centre Pompidou au Tri Postal de Lille (2nde partie)

Lille 3000 le voyage continue, tel est le slogan de cette aventure démarrée en 2004 et que ne cesse de renaître au fil des grandes thématiques choisies où l’art contemporain occupe une place majeure. On se souvient de la collection Pinault, de la Saatchi gallery, des 25 ans de la galerie Perrotin..
Pour l’heure il s’agit des 40 ans du Centre Pompidou déployés sur 2 lieux : la gare Saint-Sauveur et le Tri Postal autour des pratiques et enjeux de la Performance. Une gageure en apparence contradictoire relevée avec brio par Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne et Marcella Lista, conservatrice du Musée, tous deux commissaires. L’occasion de redécouvrir une collection unique et magistralement mise en scène dans ces vastes espaces.

2nde Partie : Performance ! au Tri Postal

Le déploiement s’organise sur les 3 niveaux de ce bâtiment devenu emblématique de la création contemporaine sous ses formes les plus innovantes.
Par essence immatérielle la performance enregistrée ou photographiée avec l’accord de l’artiste, perd vite son statut de mythe. Ces traces lui donnent une réalité (re-enactment) contraire aux visées de résistance face au modèle capitaliste de l’art. Certains artistes résistent comme Xavier Leroy qui avec Scarlet Yu imagine une visite guidée où chaque visiteur transmet à un autre les mots qu’il a lui même appris faisant de l’expérience temps présent une performance collaborative qui ne laisse aucune trace.
La Ribot nous invite à nous saisir de chaises pliantes en bois marquées de citations autour des notions de mouvement et de participation physique. « Walk the chair » est une incitation à devenir performeur soi-même.
Le concept même d’exposition de la performance est repoussé dans ses limites dès le départ.
Quelle est la place du corps de l’artiste ? Quelle est la place du corps du spectateur ?
Quelle trace de la performance ? quelle reconstitution de la performance ? Quel rapport au temps entretient-elle ?
Autant de questionnements traversés par la quarantaine d’œuvres choisies.
Lili Reynaud Dewar avec « I’m intact and I don’t care »se met en scène nue le corps recouvert de noir dans différents espaces muséaux vides en hommage à Joséphine Baker artiste afro-américaine engagée et résistante pendant la guerre. Il s’agit aussi dans ces tableaux vivants d’interroger low et high culture, le genre, l’exclusion des minorités, la frontière entre espace domestique et espace public…
Peter Weltz et William Forsythe rendent un hommage chorégraphique au dernier tableau de Francis Bacon laissé inachevé sur son chevalet. Le danseur porte des gants et semelles enduits de poussière de graphite qui laissent alors des traces. Une fois la danse achevée, le dessin qui apparaît reproduit les formes de la toile de Francis Bacon.
Dan Graham avec Present Continuous Past(s) filme le spectateur à son issue, projetant ensuite son image sur un écran avec un décalage de 8 secondes. Le spectateur devient à la fois sujet et objet. De plus cette perturbation et réflexion sur le pouvoir de la caméra de surveillance annonce de nombreuses œuvres à venir.
Aernout Mik et Babette Mangolte sont mis en dialogue dans la salle suivante.
Photographe de Trisha Brown Dance Company, Babette Mangolte propose à la danseuse de la filmer exécutant « Water Motor », solo réputé très difficile qu’elle apprend elle même pour en saisir toutes les subtilités.
Attitude ambivalente des adultes chez Aernout Mik qui se livrent à des performances collectives au dénouement trouble et incertain. Ces corps ne font bientôt plus qu’un.
Vito Acconci avec « A Tape Situation Using Running, Counting, Exhaustion »s’émancipe de la peinture et sculpture pour créer des œuvres sonores dont le matériau premier est son corps.
1er étage :
Nous sommes accueillis par Pia Camil, avec « Espectacular telón », gigantesque rideau de scène constitué de toiles de coton multicolores, représentant la typographie des panneaux publicitaires. Sommes nous acteurs ou spectateurs de notre vie semble nous dire cette œuvre ?

Hans Peter Feldmann pour son théâtre d’ombres « Shadow play » commence à collecter des objets du quotidien liés à la ville de Paris puis les agence dans une narration où l’ombre portée rejoue le mythe de la caverne entre univers merveilleux et danses macabres.
Bruce Nauman « Art Make Up »ce titre peut prêter à plusieurs interprétations entre make up, le maquillage et to make up signifiant inventer. Sur 4 écrans l’artiste couvre son buste de différentes couleurs laissant apparaître une nouvelle identité. Il déclare « Le grimage n’est pas nécessairement anonyme, mais en quelque sorte très déformé, quelque chose derrière lequel on peut se cacher. Il ne révèle vraiment rien, mais ne divulgue rien non plus ».
Eleanor Antin se transforme en homme derrière la vidéo qu’elle est la première femme à utiliser en 1972. Elle revêt différents postiches et invente une histoire de « roi » en Californie dépassant ainsi les limites du genre, du sexe, de l’âge pour écrire son propre destin.
Joan Jonas avec « Left Side, Right Side » (1972) à l’aide d’un miroir posé sur le milieu de son visage illustre la phénoménologie de la perception décrite par Merleau-Ponty.
Jérôme Bel avec « Véronique Doisneau » filme le témoignage émouvant des derniers moments d’une danseuse à l’Opéra de Paris.
La Ribot avec la vidéo « Mariachi 17 », caméra au poing confronte la chorégraphie à la vidéo. Dansé et filmé par Marie-Caroline Hominal, Delphine Rosay et La Ribot dans le théâtre de La Comédie de Genève, le dispositif filmique mêle les références et les clins d’œil malicieux. Le travelling devenant un geste chorégraphique à part entière.
Brice Dellsperger avec « Body Double »35 se livre à une nouvelle opération de dédoublement. A partir du titre d’un film de Brian de Palma cette série de vidéos numérotées sont autant de remakes composés avec d’autres performeur comme Jean Luc Verna. Par d’habiles jeux d’incrustation et le doublage sonore l’artiste souligne le trouble et les obsessions des personnages, allant au delà du simple pastiche.
Au 2ème étage :
Christian Marclay l’un des pionniers des DJ avec Mixed Reviews (American Sign Language) donne une interprétation forcément silencieuse par un acteur sourd en langue américaine des signes (ASL) d’un texte constitué de fragments de critiques musicales collectés par l’artiste.
Guy de Cointet, « Tell me » jouée sous nos yeux par l’une des interprètes d’origine. L’action fait penser à une scène de théâtre avec un décor penchant vers le minimalisme ambiant de l’époque. Mary rentre chez elle et passe la soirée avec ses amis, sauf que la conversation empruntée à des magazines de mode est impossible à suivre ! Un jeu autour du langage et des objets.
Mythique !
Aurélien Froment avec « Théâtre de Poche » renvoie au magicien Arthur Llyod. Un prestidigitateur procède à une sorte d’inventaire des savoirs à la Aby Warburg.

Mike Kelley avec « Performance related Object », renvoie au groupe musical punk rock « The Poetics »qu’il avait créé en 1977 avec Tony Oursler resté confidentiel mais remis en jeu dans cette spectaculaire installation d’abord montrée à la Documenta X de Cassel.
Pierre Huyghe « Dubbing »(littéralement doublage) provoque une mise en abyme chez le spectateur face à 15 personnages en train de visionner un film qui nous reste invisible. Il s’avère que ce sont des comédiens en train de doubler un film d’horreur.
Franz West, « Auditorium (1992) », l’installation se compose de 72 divans recouverts de tapis persans, seuls 24 canapés sont présentés au Tripostal. Ces divans de métal à la limite de l’inconfort, proposent ainsi au visiteur d’éprouver l’œuvre par le contact avec son corps.
Grand moment de poésie avec Robert Filliou « Musique télépathique n°5″et ses 33 pupitres disposés en spirales concentriques servant de support à des cartes à jouer double face. Sur chaque tige métallique un carton reprenant des expressions courantes invitent les spectateurs à tester la télépathie. Inspirée de pratiques occultes cette œuvre dans l’influence de Fluxus joue des correspondances spirituelles.
Claes Oldenburg avec Ghost Drum Set » transforme sa batterie en silhouette molle et blanche absurde et fragile. La sculpture elle-même devenant performance.
Gilles Touyard « Le piano d’après Joseph Beuys (objet de contemplation) » est un hommage à Beuys à travers cette sculpture molle de la série « Enflures ».
Sarkis avec  » I Love My Lulu » renvoie à l’opéra Lulu d’Alban Berg incarné par une femme fatale interprétée dans la version de Pierre Boulez par Teresa Stratas. D’une durée de 3h20, enregistrée sur bande magnétique et donnée à Sarkis qui la fait revivre insistant sur le caractère éphémère d’une performance musicale.
Denis Oppenheim et la post-performance « Attempt to Raise Hell » où une marionnette à son effigie heurte chaque minute une cloche en bronze. Atmosphère pesant au bruit qui s’en dégage.
Saadane Afif avec « Lyrics : Belvédère (Lyrics) et Hours (Lyrics) » invite un compositeur à « traduire » en musique ses installations antérieures. L’espace d’exposition devient une fabrique polyphonique.
Ryoji Ikeda avec l’installation « Data. Tron » rejoue le bruit du monde à travers des projections d’images à très grande vitesse créant un effet de « neige vidéo »,de brouillard de pixel. Comme une méditation dynamique provocant une immersion douce dans l’œuvre. Ce pourrait être la fin de l’exposition même si un dernier volet nous attend.
Dernier volet : musique et performance
Stan Douglas, avec « Hors-champ » filme des musiciens de jazz avec deux caméras conjointement sauf que chaque côté de l’écran propose une version différente et que le spectateur découvre à l’arrière les rushs du montage.
Doug Aitken avec « New Skin » insiste aussi sur l’importance du dispositif scénique pour la perception de la performance. Quatre écrans en forme de croix diffusent un récit assez complexe où il est question d’une jeune femme qui perd la vue.
Angela Bulloch se place dans une relecture critique de l’art conceptuel et minimal des années 1960. Avec ses « Pixel Boxes », petites boîtes lumineuses traversées des solos de guitare de David Grubbs elle joue de notre perception.

Dense et complété par des performances live lors des Nuits du Tripostal le parcours propose de nombreuses clés de lecture autour de ces territoires élargis de la performance encouragés par l’apparition de la vidéo et des arts numériques.
Ce qui entraine pour les lieux habituels de l’art un véritable questionnement quand à l’influence de l’architecture et du contexte spatial sur la réception de telles œuvres. C’est l’un des mérites de cette ambitieuse perspective que l’on peut aborder par le biais théorique et évolutif de l’histoire des arts visuels ou de l’imaginaire pur.

INFOS PRATIQUES :
> Jeux, Rituels & Recreations
Jusqu’au 5 novembre 2017
Gare Saint-Sauveur
Boulevard Jean-Baptiste Lebas
59000 Lille
http://gare-saint-sauveur/2017/

> Performance !
Les collections du Centre Pompidou, 1967 – 2017
Jusqu’au 14 janvier 2018
Agenda : Nuits du Tri Postal, rencontres, Performances live..
Le Tripostal
Avenue Willy Brandt
F-59777 Euralille
Métro : Gare Lille Flandres
À 2 min à pied des Gares Lille Flandres et Lille Europe
Tarifs :
Tarif plein : 8€
(supplément de 2€ pour la visite guidée)
Tarif réduit : 4€
(supplément de 2€ pour la visite guidée)
http://www.lille3000.eu/portail/evenements/performance-centre-pompidou

Performance ! les 40 ans du Centre Pompidou à la Gare Saint Sauveur de Lille (1ère partie)

Lille 3000 le voyage continue, tel est le slogan de cette aventure démarrée en 2004 et que ne cesse de renaître au fil des grandes thématiques choisies où l’art contemporain occupe une place majeure. On se souvient de la collection Pinault, de la Saatchi gallery, des 25 ans de la galerie Perrotin..
Pour l’heure il s’agit des 40 ans du Centre Pompidou déployés sur 2 lieux : la gare Saint-Sauveur et le Tri Postal autour des pratiques et enjeux de la Performance. Une gageure en apparence contradictoire relevée avec brio par Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne et Marcella Lista, conservatrice du Musée, tous deux commissaires. L’occasion de redécouvrir une collection unique et magistralement mise en scène dans ces vastes espaces.

1ère Partie :  Des jeux de l’enfance aux rituels de domination adultes à la Gare Saint Sauveur

Le parcours dans une semi-pénombre offre une plongée dans les images spectaculaire et immersive. Les 6000 kms de fil en coton noir de l’œuvre de Cildo Meireles dans lesquels on se prend les pieds, nous tendent un piège et appellent au discernement. Intitulée « la Bruja »la sorcière se déploie différemment selon chaque contexte d’exposition. On découvre à la fin du parcours le balais objet chargé de force primitive et mythique, épicentre énergétique de l’installation.
Sur fond des « Children’s Games » de Francis Alÿs, tour du monde des territoires de l’enfance qui s’inscrivent coute que coute dans des contextes contraires ou défavorables (zones de conflit en Irak), d’une grande poésie. Cette fresque devient le support de notre imaginaire.
Traversée des possibles avec Pipilotti Rist « à la belle étoile »installation à même le sol doublée d’une musique Pop dans un dédale de couleurs acidulées, la question du corps et d’une perte de repères est engagée.
Natacha Nisic avec « Catalogue de gestes », œuvre en continu autour de la répétition muette et en gros plan de ses mains, interroge la mémoire et le visible.
Le visage de Maïder Fortuné apparaît dans ce temps de l’enfance fantasmé de la petite fille qui saute à la corde, même si son visage seul est dévoilé dans un long plan séquence au ralenti. Puis Apiochatpong Weerasethakul et Christelle Lheureux avec « Ghost of Asia »tourné sur une plage thaïlandaise après le tsunami de 2004 nous disent la faculté d’adaptation des enfants à évacuer le traumatisme pour laisser place à l’imaginaire.
Même sentiment avec les images de Mireille Kassar tournées sur la place d’Ouzaï dans la banlieue de Beyrouth au sein d’un camp de réfugiés palestiniens ces enfants jouant dans les vagues malgré le contexte d’exil et d’enfermement.
Dure traversée de l’adolescence et apprentissage de l’âge adulte avec Cameron Jamie et ces jeux de catch clandestins de jeunes américains dans les quartiers urbanisés. Cette violence palpable qui répond au culte de la performance d’une société dont ils se sentent exclus entre rite de passage et folklore grunge rock.
Latoya Ruby Frazier avec « Momme Portrait Series »décrit un dialogue compliqué avec sa mère tourné en circuit fermé comme pour décrire les projections impossibles de l’enfance.
Salla Tykkä avec « Lasso » nous offre un conte où deux personnages ne se rencontrent jamais mais la jeune femme se plaçant en position de spectateur devant le corps svelte d’un jeune homme qui s’entraîne au lasso interpelle nos pulsions voyeuristes.
Mark Leckey revient sur l’épisode des free parties sous l’Angleterre Thatcher et le phénomène extrême du hardcore comme outil de revendication politique et sociale.
Neïl Beloufa à partir de la fiction narrative puisée dans l’animisme et l’Afro futurisme et leur possible distorsion repousse les limites communément admises du documentaire.
Ed Atkins et son avatar virtuel nous plonge dans les dérives sombres d’un monde entièrement numérique. Ses incursions dans la poésie ajoutent une touche romantique post-apocalyptique.
Danse, chorégraphie, langage sonore, pratiques corporelles, voix polyphoniques, happenings (ateliers de Claudia Triozzi pour l’Hôtel Europa pas très convaincants) les territoires habituels de l’art étant contaminés par la performance en différents points de fuite et échos inédits, nous pouvons aborder le second volet du panorama au Tri Postal.

INFOS PRATIQUES :
> Jeux, Rituels & Recreations
Jusqu’au 5 novembre 2017
Gare Saint-Sauveur
Boulevard Jean-Baptiste Lebas
59000 Lille
http://gare-saint-sauveur/2017/

> Performance !
Les collections du Centre Pompidou, 1967 – 2017
Jusqu’au 14 janvier 2018
Agenda : Nuits du Tri Postal, rencontres, Performances live..
Le Tripostal
Avenue Willy Brandt
F-59777 Euralille
Métro : Gare Lille Flandres
À 2 min à pied des Gares Lille Flandres et Lille Europe
Tarifs :
Tarif plein : 8€
(supplément de 2€ pour la visite guidée)
Tarif réduit : 4€
(supplément de 2€ pour la visite guidée)
http://www.lille3000.eu/portail/evenements/performance-centre-pompidou