Archives par mot-clé : Homosexualité

Olivier Ciappa, un photographe qui dérange…

Généralement, ses expositions ne font pas long feu… En 2013 à Paris, en 2015 à Toulouse et aujourd’hui à Metz, toutes ses expositions subissent le même sort de vandalisme ! Olivier Ciappa est un photographe français de 39 ans, il est engagé dans le combat contre l’homophobie, il a notamment réalisé deux séries de portraits photographiques : « Les Couples imaginaires » et « Les Couples de la République ».

Dans le premier travail, il met en scène des célébrités dans des moments d’intimités imaginés : l’intention du photographe est d’adoucir la vision de l’homosexualité par le plus grand nombre en saisissant des icônes populaires du cinéma ou de la chanson… Dans le second travail il photographie de vrais couples, venus de tous horizons, tous genres et cultures confondus. Une ode à la liberté d’aimer en somme… Et c’est là tout le paradoxe, souhaitant ouvrir les esprits, Olivier Ciappa s’attire les foudres des esprits les plus étroits. Il faut rarement plusieurs jours pour que le photographe voit les tirages de ses expositions tagués, déchirés ou arrachés… Des actes d’une profonde violence qui sont condamnés par la Ligue des droits de l’homme qui a décidé de porter plainte.

Les derniers actes de vandalisme ont eu lieu à Metz, à trois reprises. Après des premiers tags début juin (« Non » écrit en rouge sur certaines photographies), les bâches installées en extérieur ont été arrachées et déchirées dans la nuit de 27 au 28 juin dernier. Ces actes sont signés par Action Française, mouvement politique nationaliste et royaliste d’extrême droite.

https://www.ldh-france.org/lobservatoire-de-la-liberte-de-creation-denonce-les-degradations-homophobes-des-photographies-dolivier-ciappa-la-ldh-va-porter-plainte/

Garçons de Joie au Bonheur du Jour

D’Albert le chauffeur, Proust faisait Albertine, l’aguicheuse héroïne de la Recherche du temps perdu. Les souvenirs travestis du petit Marcel remontent déjà  à plus d’un siècle, contemporains qu’ils sont des relations amoureuses entre hommes, aussi discrètes qu’omniprésentes dans la société, le roman, les évocations poétiques ou les plaisanteries grasses. Ce Temps perdu proustien partagé par les Charlus et les Jupien, aristocrates, bourgeois ou prolétaires, vous le retrouverez en images et sans fard dans les murs de la galerie Nicole Canet, entre les dessins et les photographies chevauchant les 19e et 20e siècle, toutes pièces proposées aux amateurs et collectionneurs.

Où l’on voit que les peintres, dessinateurs et photographes ne s’embarrassent guère des précautions des littérateurs et chansonniers qui se rangeaient derrière un choix de mots à faire flotter les jaquettes : entre le « bougre »  de l’ancien régime,  le « queer » mondialisé ou le militant LGBT, le catalogue reste haut en couleur comme en demi-teintes, qui propose les enjoués « bardache », « jésus », « mignon », les savants « ganymède », « giton », « uraniste » et « zerbin », le politique « anticoniste », les inusables « tante » et « tapette » et le fameux « pédéraste » aujourd’hui classé « vieux » (vx) ou « littéraire » (litt.) dans les dictionnaires, familièrement abrégé en « pédé », pudiquement remplacé par « homo » ou universellement préféré « gay ».

L’exposition de la galerie Au Bonheur du jour fait fi de ces cinquante nuances du vocabulaire : avec ou sans légende, l’image prime par le dessin d’Ernst Hildebrand, de Roland Caillaux ou de René Bolliger, pour citer les trois artistes les mieux représentés. Les photographes, souvent amateurs, rejoignent le contexte d’une sexualité clandestine et d’une sensualité consentie entre garçons costauds ou graciles, marins, travestis et voyous, ou du rapport vénal entre un joli tapin à casquette et un homme fait, pas toujours beau, a priori riche. Les « Garçons de joie », ancêtres des gigolos et des modernes escorts, vaillants acteurs de la mâle geste du plaisir et de la prostitution, ont plein droit de cité dans cette galerie  délicieusement hors-norme, bastion de l’érotisme que Nicole Canet défend comme un des beaux-arts au milieu de la morne plaine des effarouchements de notre 21e siècle.

L’exposition s’accompagne d’un épais beau livre, qui s’ajoute à une bibliographie déjà copieuse, solide anthologie du libertinage d’époques réputées belles, de latitudes plutôt chaudes où les odalisques d’Afrique du Nord croisent les garçons de Sicile, où la chair, la peau et les membres se frottent sans vergogne à la littérature, à la chanson réaliste et aux arts plastiques.  Document érudit et festif, somptueusement illustré, joliment écrit et préfacé par un ex-ministre de la culture, ce « Garçons de Joie » diffère du précédant opus « Hôtels garnis, garçons de joie » en ce qu’il traverse les chambres, les buissons et autres enceintes de plaisir pour aller droit à ces mâles qui s’aiment, se paient ou se punissent avec la même impudeur, absolument joyeuse.

INFORMATIONS PRATIQUES
Garçons de joie, Prostitution masculine, 1860-1960
Exposition du 21 février au 12 mai 2018
Galerie Au bonheur du jour
1 rue Chabanais
75002 Paris

Garçons de joie, Prostitution masculine, 1860-1960
352 pages – relié, 290 illustrations pour la plupart inédites.
Textes de Nicole Canet et Marc Devirnoy, préface de Frédéric Mitterrand.
Editions Galerie Au bonheur du jour
Ouvrage disponible à la Galerie, 1 rue Chabanais, Paris 2e, à la librairie Les Mots à la Bouche, 6 Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, Paris 4e, et sur le site de la galerie : http://www.aubonheurdujour.net
ISBN : 9791093837017
79€

La photographe sud africaine Zanele Muholi, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Le 22 novembre dernier, la France a remis la médaille du Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres à la photographe sud africaine Zanele Muholi, pour son engagement artistique envers la communauté LGBTQ, et particulièrement sur les conditions de vie des femmes lesbiennes de son pays, victimes de viols correctifs pour «guérir» leur homosexualité ou de violence extrême souvent meurtrière. Des pratiques qui ne faiblissent pas en 2017…

Quinze ans plus tôt, la photographe militante créé l’association « Forum for the Empowerment of Women » et souhaite investir son travail photographique pour rendre visible les minorités LGBTQ. Elle commence ainsi à photographier des lesbiennes, gay, bisexuels ou transgenres noirs au travers d’une série de portraits en noir et blanc. Donner une visibilité à cette communauté est une première étape dans le travail de Zanele. En 2009, elle fonde une seconde association « Inkanyiso« , dont la devise est « Produire – Éduquer – Diffuser ». L’éducation a un rôle majeur dans l’espoir de changer les mentalités du pays – qui a pourtant inscrit dans sa constitution la protection des minorités sexuelles dès 1996 et légalisé le mariage homosexuel en 2006. C’est tout un paradoxe à combattre : dans la nation arc-en-ciel de Nelson Mandela, la constitution vous protège, mais dans les rues vous êtes violé et tué.

Après avoir photographié cette minorité, Zanele Muholi a retourné l’objectif sur elle pour réaliser une série d’autoportraits intitulée « Somnyama ngonyama » (qui signifie en zoulou : Salut à toi lionne noire »). Au total ce sont 365 portraits au regard dur et intense. Ce travail avait été particulièrement remarqué l’an passé lors d’une exposition aux Rencontres d’Arles, ou encore à la Fondation Louis Vuitton au printemps dernier. Aujourd’hui, son travail est  exposé pour la première fois à New York, à la galerie Yancey Richardson.

INFORMATIONS PRATIQUES
Zanele Muholi
Du 2 novembre au 9 décembre 2017
Yancey Richardson
525 West 22nd Street
New York, NY 10011
Etats-Unis
http://www.yanceyrichardson.com/exhibitions/zanele-muholi4

Tom of Finland de Dome Karukoski

Après avoir vécu dans la campagne finalandaise où il ne pouvait pas révéler son homosexualité, Touko Laaksonen a été soldat pendant la seconde guerre mondiale. Lors d’une embuscade, il tue un bel officier russe, ce qui lui laisse un fort sentiment de culpabilité. Après la guerre, il travaille comme graphiste aux côtés de sa soeur Kaija. A ses heures perdues, il se met à dessiner sa vision fantasmée de soldats, fermiers, bûcherons, et bikers. En Finlande, même si l’homosexualité est, à l’époque, toujours considérée comme un crime, il essaie de vivre la sienne pleinement. Son compagnon, un danseur, l’encourage à montrer ses dessins pour les publier.

INFORMATIONS PRATIQUES
Tom of Finland
Dome Karukoski
Sortie : 19 juillet 2017
Durée : 1h 56min

La nouvelle exposition du Pavillon Populaire : William Gedney, Only The Lonely 1955-1984

Du 28 juin au 17 septembre 2017 au Pavillon Populaire Espace d’Art Photographique de Montpellier sous le commissariat et la Direction Artistique de Gilles MORA.

180 tirages photographiques vintage, issus du fond photographique de la Duke University de Durham, USA, sont exposés, chronologiquement, selon une scénographie didactique, portée par Véronique Senez et Gilles Mora. Un code couleur, attribué à chaque période, permet de bien se repérer dans l’exposition.

« Le poète est comme un arbre dont les feuilles bruissent dans le vent, mais qui n’a le pouvoir de conduire personne. » Boris Pasternak

Les chapitres classifiants retenus par Gilles Mora (Dans la rue, Voyager – de l’Amérique traversée à l’Europe, San Francisco, Inde, Kentucky, Gay Parades, Compositeurs de musique) établissent le parcours photographique d’une vie. La chronologie rattache l’oeuvre aux mutations sociales et politiques de l’Amérique de la fin des années 50 au milieu des années 80. William Gedney n’est pas seulement ici un photographe qui « documente » ces périodes, il les vit en artiste, c’est à dire plus largement formellement. Sans subjectivité excessive, sans pathos, son travail photographique rend compte d’une sensibilité dans toute son implication, en retour, une continuité d’intentions et de regard s’établit avec le travail de Robert Franck sur les « américains ».

Curieusement c’est par la musique qu’est introduite l’exposition rétrospective de William Gedney , peu connu jusqu’alors,  par le titre de Roy Orbison « only the Lonely » « seulement la Solitude », pourrait on traduire, et les solitaires, pourrait on ajouter, titre choisi en raison de son champ sémantique et de ses résonances poétiques et magnétiques avec l’oeuvre.

« Son œuvre est magistrale par sa qualité, sa technique, sa sensibilité, sa sensualité même, proche de certains de ses contemporains, son amie Diane Arbus ou Robert Franck, mais porteuse d’une vision unique »,   dit Gilles MORA. Propositions sincères de lectures et de dé-lectures.

La prédominance du rejet et de l’échec artistique et professionnel de William Gedney , et son oubli, ou le silence et la disparition de l’oeuvre et de l homme aux yeux du public américain, a rendu cette rétrospective importante et nécessaire. Une forme de réparation a lieu en retour sur la photographie américaine de cette période et c’est aussi l’affirmation d’un regard plus libre et plus critique, venant de l’autre coté de l’atlantique, qui rétablit une mémoire et complète une histoire. En réaffirmant l’importance de William Gedney  comme un photographe américain important de la période 55/85, Gilles Mora fait oeuvre.

Pendant toutes ces années ( de 56 à 84) William Gedney travaillera en solitaire. Peu d’expositions et peu de reconnaissance, une volonté constante de produire une oeuvre photographique, littéraire, juste, une photographie enracinée dans la réalité mais sensible aux êtres qui la traversent, chaotiquement le plus souvent. William Gedney  s’inscrit dans une histoire augmentée de la photographie américaine dont Gilles Mora est un historien passionné. A la suite de Walker Evans (actuellement au Centre Pompidou), Edgar Weston, Aaron Siskind. L’exposition consacre ce retour.

Les premiers pas

William Gedney commence à photographier New York et Brooklyn, alors qu’il est étudiant dans la prestigieuse  Pratt Institut. Découvrant sa « vocation », il préférera couper court au travail de graphiste, et démissionnera de Condenast pour vivre sans concession sa photographie. Sa première série « the Farm » témoigne d’une harmonie perdue: en 59 la ferme de ses grands parents à Norton Hill est encore un idéal , apparait un paradis perdu fait d’objets, d’instruments de travail, de décors issus d’un temps circulaire, rythmé par le travail à la ferme et les gestes « ancestraux », loin des rythmes de la vie en ville, régie par la solitude, la violence, l’anonymat.

Ses images de Brooklyn sont très formelles, le Brooklyn Bridge parait de nuit comme un bâtiment au charme de cathédrale moderne. William Gedney  s’attache aux gens du commun, aux petites gens, montre leur langage corporel, s’arrête sur les passerelles du métro et la rue, photographie la rue depuis sa fenêtre, sorte de cadre permanent, de poste d’observation, de vues plongeantes sur la ville et le quartier. Cette intention n’est pas sans rappeler « Fenêtre sur cour » d’Hitchcock. La puissance dramatique de la rue devient incitation photographique, matière fictionnelle et théâtrale, filmique.

Parallèlement à ces prises d’images, il rédige de petits carnets où il note certaines phrases, conversations entendues, « il enregistre en mots les choses qu’il a photographiées » dit le catalogue, mais plus que cela il se livre à des réflexions sur sa pratique photographique, revient sur les éléments constructifs de celle ci, pense sa photographie.

« Je ne me considère pas comme un photographe de « problèmes sociaux », ce qui m’intéresse avant tout est de faire de bonnes photographies- mélanges sans recordage de forme, de valeurs, de contenu. Je préfère les actions ordinaires, les gestes intimes, les images dont la forme est une réponse instinctive à la matière. »

Une note manuscrite de 1968 dans « Miscellaneous Writtings »  donne assez bien le sens de ce qu’il cherche et de sa réflexion générale. « The problem of photographing the male body (or for that matter the female body) the modeling is extremely subtle. The lighting must be carefully placed, not wanting to photograph the body as abstract form but as the embodiment of the physical: grace of movement, sexual attraction, desire, youth, intensity, the privacy of ones own body. The outward: shell case of the human spirit- the projection of the mind into flesh. »

© Pascal Therme

Au Kentucky,  en 1964 il partage la vie de la famille Cornett aux douze enfants. Les mines de charbon ont fermé, les hommes sont au chômage, le temps s’est creusé comme une houle, laissant les Cornett assez désœuvrés, temps vide, langueurs monotones, corps assoupis. Au bout de la ferme perdue en pleine campagne, seules les carcasses des vieilles voitures  rappellent la vitesse, l’énergie, le mouvement, passés, souvenirs d’une Amérique mobile désormais inactive, sous le soleil. Cette perception du « climat « dans l’image fait l’ inscription d’un temps immobile, sous l’étrave des épaves il ne se passe rien, hormis les gestes et l’abandon.  Le regard  de William Gedney alors glisse et s’éprend, sensualité des corps, lumières complices, objets aux charmes incertains, vague à l’âme, temps fluide, incertitudes relatives, distances abolies.

« Il me semble qu’on a d’abord créé des images pour conjurer l’inconnu (et pas seulement l’absence). Pour matérialiser visuellement les forces mystérieuses qui ont la main mise sur nos vies, afin de tenter d’en prendre le contrôle et, en cas d’impossibilité, de leur rendre hommage. » William Gedney 1972

Il y’a cette magnitude dans toute l’oeuvre de William Gedney  souscrite aux racines d’un secret, son homosexualité cachée, et un mystère, celui de l’interrogation permanente du monde, des apports dialectiques et « délicieusement «  actifs sur le plan de la résonance romantique d’un être dont le besoin de vérité et de reconnaissance sont intriqués (comme deux électrons dans une expérience quantique). William Gedney  cherche à travers son objectif, la trace éphémère et permanente d’une réponse à l’amour refusé, détournements, une relation positive à l’autre. Beaucoup de ses images inscrivent un geste, des corps, une forme de suspension temporelle, un arrêt; une cigarette circule entre deux mains, deux corps issus de cette Amérique des années 70, corps à l’abandon, temporalité vide…. Ce qui est rendu sensible par la photographie devient l’essence d’une écriture, simple, mais axée vers le déploiement d’ un climat qui se saisit, qui envahit un espace, l’air est empreint du théâtre de la vie etWilliam Gedney enregistre, cadre, retient, évoque, poétise l’instant quasi instinctivement.

Il vit avec ceux qu’il photographie, « en immersion », précurseur en cela de toute une future école du reportage.

San Francisco
© Pascal Therme

En 1966, au volant de sa chevrolet il rejoint San Francisco avec ses Leica et son Nikon, attiré par la contre culture hippie et la Beat génération, son anarchisme, la vie en communauté, le rejet du matérialisme et de la société de consommation. La Beat Generation explose à Woodstock en 1969 pour devenir planétaire. William Gedney  photographie à SF ces hippies avec distance, toute contestation devenant le chant de la Terre,  issue des poètes de la route des hobos ‘songs,  des années de la Grande Dépression, et dont les héros sont depuis les Pop Stars au plein midi du Flower Power. William Gedney  s’en éloigne très rapidement, trop, pourrait on écrire, tant il semble qu’il soit lui aussi cet insoumis retors, désireux d’étreindre le plus longtemps possible cette liberté qui est au fondement de son témoignage. Car tout semble l’accorder à cette révolution politique et artistique, tant il partage à corps perdu à travers un silence avéré le constat du naufrage de la société américaine, hors du bruit général. Chez William Gedney, le secret s’il est silence, n’en n’est pas moins une voix vibrante s’inscrivant parfaitement dans un regard où la présence et le champ social sont « parlants » profondément dans l’attitude des personnages. Une fureur tue, devenue silence introspectif.

L’époque est contestataire, révolutionnaire, la question du quotidien et de l’amour, de la jouissance, les luttes des homosexuel(le)s , de l’anti-culture, sont devenues incontournables… et auraient pu être l’occasion de dépasser cette condition qui lui est faite. William Gedney ne semble pas s’en soucier même s’il en souffre. Margret Sartor écrit dans le catalogue de l’exposition : « Rentré à Brooklyn, William Gedney  était  alors occupé à produire son propre témoignage direct sur la contre culture hippie. Il triait et organisait ses photos… puis Gedney, alors au prise avec le projet du livre qui devait naître de ces photographies et qui ne sera pas publié, témoigne en écrivant « Je tente une forme littéraire en termes visuels. Je raconte une histoire avec personnages qui réapparaissent et des scènes qui se répètent… Le milieu de la drogue, la fuite dans le sexe, les expériences psychédéliques, le désespoir… Mais peut être la structure dramatique du livre est elle ainsi plus proche de la vie,… » on le comprend ici William Gedney  s’éloigne de son époque. ( Ce qui est très curieux c’est que Bernard Plossu arpente les rues de Haight-Ashbury et s’enflamme pour la révolution en marche. Se sont ils croisés?)

Un dialogue et une quête de Vérité ont pris possession de son expression artistique, William Gedney interroge non seulement les situations du quotidien et la sensualité de la vie, des architectures, de la photographie mais pose en même temps la question de l’Autre.

 La chanson de Roy Orbison prend tout son sens: 1961 Only The Lonely (Seulement la Solitude) There goes my baby Là disparaît mon bébé There goes my heart Là disparaît mon coeur They are gone forever Ils sont partis ensemble So far apart Très loin But only the lonely Seulement la solitude Know why Sait pourquoi I cry Je pleure Only the lonely Seulement la solitude.

C’est en visite chez Lee et Maria Friedlander, exécuteurs testamentaires de William Gedney que Gilles Mora découvrira l’oeuvre de William Gedney, et qu’il concevra le projet d’une première rétrospective mondiale . Projet réalisé assez magnifiquement grâce à la ville de Montpellier et de Sonia Kerangueven, déléguée à la Culture, accords majorés de Lisa Mc Carthy Alex Harris et Margaret Sartor, par leurs implications et connaissances de l’oeuvre du photographe auprès de la Duke University de Durham, USA, où un fond William Gedney rassemble plus de cinq mille tirages et maquettes de livres, écrits, documents, formant un corpus exceptionnel, chose extrêmement novatrice, disponibles librement sur internet.

INFOS PRATIQUES : 
William Gedney. Only The Lonely 1955-1984
Du 28 juin au 17 septembre 2017
Le Pavillon Populaire
12, Allée de Jerusalem (Esplanade Charles de Gaulle)
34000 Montpellier
Visites libres
Du mardi au dimanche de 11h à 13h et de 14 à 19h

Edges of the Rainbow, Michel Delsol et Haruku Shinozaki explorent les LGBTQ au Japon

The New Press vient de publier l’ouvrage « Edges of the Rainbow » réalisé par le photographe français Michel Delsol et la journaliste japonaise Haruku Shinozaki. Tous deux vivent à New York, avec ce sujet ils sont partis à la rencontre de la communauté LGBTQ au Japon. Rencontre avec le photographe.

Mowwgli : Votre ouvrage « Edges of the Rainbow » vient d’être publié aux éditions The New Press, vous êtes parti à la rencontre de japonais issus de la communauté LGBTQ. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?
Michel Delsol : Ce livre est une commande de l’Arcus Foundation, une organisation Américaine qui en collaboration avec Emerson, Wajdowicz Studios (EWS) un bureau de design consultant basé à New York City, produit une série de livres photo sur la vie et situation des communautés LGBTQ dans différents pays du monde. Ils connaissaient mes séries de photos sur le Japon, notamment celle sur le ‘backstage’ des acteurs Kabuki et un autre projet sur un temple Zen à Kyoto et m’ont proposé de travailler sur leur livre consacré au Japon. Pour ce projet, j’ai voulu travailler avec la productrice et journaliste Japonaise Haruku Shinozaki avec laquelle nous avions déjà collaboré à plusieurs reprises.
Ce livre est conçu comme une série de portraits de 10 personnes LGBTQ, qui montre en images et dans des interviews comment ils et elles vivent leur identité au quotidien, au travail, en famille, dans la rue, dans les boites de nuit, au lit, au Temple ou à l’église.

Mowwgli : Le livre est composé de plusieurs chapitres, chacun étant consacré à une personnalité que vous avez photographiée, quel est le (ou les) profil(s) qui vous a(ont) le plus marqué ?
M. D. : Tous par leur courage, honnêteté, humour et générosité. Ce qui nous a intéressés dès le départ c’était de rencontrer une grande variété de sujets, allant de jeunes adultes à des seniors, des habitants de mégalopoles telles que Tokyo et Osaka et ceux de villages ruraux, des Pop idoles, des professionnels, cols bleus et cols blancs, des artistes, des sujets aux aspirations bourgeoises et d’autres qui se qualifient volontiers de subversifs, des couples de femmes, des couples d’hommes, des transgenres, des célibataires, des gens pour qui la sexualité est une aventure de plaisir et d’autres pour lesquels elle est principalement l’accompagnement d’un sentiment amoureux intense. Certains de nos sujets étaient hétérosexuels, jusqu’au jour où ils sont tombés amoureux d’une personne du même sexe.
Mais tous ont en commun d’être actifs et militent pour le respect et la compréhension du choix d’identité sexuelle et œuvrent pour des changements législatifs nécessaires dans la société Japonaise. Au Japon, ils sont perçus comme ‘Culture Changers’.

Mowwgli : Au Japon, aucune loi n’interdit les comportements homosexuels, pourtant il y est très difficile de vivre pleinement son orientation sexuelle, pouvez-vous nous dire ce que vous avez découvert en effectuant votre reportage ?
M. D. : Parmi les Samurai et les ordres religieux il y avait une tradition de liaisons et d’amour bisexuel et homosexuel. Ces coutumes n’ont été légalement interdites qu’à la suite de l’ouverture au commerce international du Japon ; ces interdits légaux n’ont duré que 7 ans de 1872 à 1880. Aujourd’hui, le Japon est une société très homogène et conservatrice et qui généralement aliène tout ce qui est minorité, mais depuis une quinzaine d’année on observe des changements. Un sondage de Dentsu (une des plus importantes agences de publicité dans le monde) datant de 2 ans sur la question LGBTQ révélait que 54 % de la population pensent que l’homosexualité devraient être acceptée par la société.

Mowwgli : Comment percevez-vous l’évolution de la situation de cette communauté au Japon dans un futur proche ?
M. D. : En citant directement deux de nos sujets; akta et Maika.
akta, une organisation japonaise produit des évènements théâtraux et musicaux dans différentes villes pour éduquer les adolescents sur la prévention et les dangers de AIDS/HIV.
Maika, en couple avec Natsue, pense que les deux priorités sont d’organiser des centres d’information sur les questions LGBTQ dans le système éducatif des lycées et de légaliser le mariage homosexuel.

INFORMATIONS PRATIQUES
Edges of the Rainbow
Michel Delsol, Haruku Shinozaki
The New Press
192 pages
ISBN: 978-1-62097-289-2
Sortie en Mai 2017
Price: $21.95 US
Egalement disponible en e-book
http://thenewpress.com/books/edges-of-rainbow
http://www.micheldelsol.com