Archives par mot-clé : Interview

Naissance de la Galerie Corsica Luce
Rencontre avec Julie Canarelli

Le 3 août dernier, vient d’être inaugurée une nouvelle galerie dédiée à la photographie : la Galerie Corsica Luce. Situé à Nonza, au nord de Bastia, ce nouveau lieu culturel a été créé par deux femmes : Hélène Franceschi et Julie Canarelli. A l’occasion de leur première exposition qui regroupe les travaux de quatre photographes qui portent leur regard sur la Corse, Julie Canarelli, commissaire d’exposition a répondu à nos questions.

Mowwgli : La Galerie Corsica Luce vient tout juste d’ouvrir ses portes, pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

Julie Canarelli : La galerie Corsica Luce est à Nonza Cap corse, Hélène Franceschi et moi même sommes nunzichi et passionnées de photographie. Nous avons réalisé un livre paru en 2000 qui s’appelle « Nonza- Albums de Famille » , ce livre retrace les images des habitants de Nonza depuis le début de l’histoire de la photographie.
En ce qui me concerne, j’ai été assistante de Lucien Clergue et j’ai fondé avec Serge Gal, l’école de photographie Image Ouverte et c’est naturellement que j’ai associé Héléne au projet de monter une Galerie…

Mowwgli : Votre première exposition « Fighjula » regroupe 4 photographes autour d’une seule thématique, qui est la Corse (Didier Ben Loulou, Lisa Lucciardi, Anton Renborg et Bernard Plossu), pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

J. C. : J’avais envie de montrer des approches différentes de la photographie. L’exposition inaugurale de Corsica Luce regroupe quatre photographes qui ont travaillé sur la Corse. Cette « mostra » qui aura lieu jusqu’au 31 Août se nomme Fighjula ce mot Corse qui traduit littéralement en français signifie « Regarde » mais aussi « Fais attention ». C’est cette attention à la Corse que portent les photographes comme Bernard Plossu ou Didier Ben Loulou connus des amateurs de photographie , ainsi qu’Anton Renborg photographe suédois qui a publié « Notices de Corse » aux éditions Filigranes ou bien Lisa Lucciardi jeune photographe et vidéaste d’Antisanti qui dans sa série « Au Commencement » nous donne à voir sa vision de la Corse. il m’a paru intéressant qu’au delà d’images de la Corse, se pose aussi la question de la Photographie dans sa dimension historique et esthétique…
Du Noir et Blanc de Bernard Plossu aux couleurs fressoniennes de Didier Ben Loulou à l’objectivité d’une certaine photographie qui se veut non romantique de Lisa Lucciardi et d’ Anton Renborg, le spectateur pourra aussi appréhender une histoire de la photographie contemporaine. Et puis j’ai voulu associer un écrivain à cette «mostra » et c’est sous le regard de Gilles Zerlini et son texte L’Annonciation que le spectateur pourra aussi s’imprégner du lieu ou la galerie Corsica Luce a décidé de s’installer.

INFORMATIONS PRATIQUES
Galerie Corsica Luce
U casale
20217, Nonza
https://www.corsicaluce.com

EN CE MOMENT A LA GALERIE

FIGHJULA, Exposition collective

Mr Mouton : L’Humour noir et corrosif de Lecourieux-Bory

Lors de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles, notre critique, Pascal Therme a rencontré aux détours des rues à deux pas des arènes, une exposition qui a particulièrement attiré son attention…

Lecourieux-bory, plein de malices et de chausse-trappes.
Un esprit autonome et libre qui pratique une image pleine d’humour, qui croque les travers de nos sociétés de consommations en forçant le trait, caricatures et mise en circulations d’un esprit abrasif, qui gratte la surface des choses pour en dénoncer les contours absurdes…. Assez en marge d’un festival qui est de plus en plus soums aux lois des pouvoirs, argents, intérêts et qui s’idéologise un peu trop…

Rencontre :

L’exposition continue son parcours et est aujourd’hui à Marciac à l’occasion du festival de Jazz !

INFORMATIONS PRATIQUES
Les aventures de Monsieur Mouton
Du 23 juillet au 13 août 2018
Galerie Eqart
21, rue Henri Laignoux
32230 Marciac
http://www.lecourieux-bory-photography.com

Rencontre avec Stéphane Lavoué, Patrick Tournebœuf et Patrick Le Bescont sur la sortie du livre Tribu

Tribu est un grand livre rouge publié aux éditions Filigranes et que sera en librairie dès la rentrée. Il rassemble le regard de 3 photographes sur le Château Castigno, un domaine viticole de l’Hérault. Patrick Tourneboeuf, Stéphane Lavoué et Bertrand Meunier y sont venus en résidence pour restituer l’âme des vignes et du domaine sous la bienveillance de Gilles Coulon, directeur artistique du Projet.

Notre critique, Pascal Therme a rencontré Stéphane Lavoué et Patrick Tournebœuf accompagnés de Patrick Le Bescont à l’occasion de la signature de leur livre « Tribu ».

La nouvelle cave de Château Castigno, signée de l’atypique architecte Lionel Jadot, est l’œuvre d’une vie, une promesse tenue, pour le couple de vignerons Tine et Marc Verstraete, propriétaires du domaine à Assignan dans l’Hérault.
Posés au milieu des ceps, ses mille huit cents mètres carrés intriguent. Selon l’angle de vue ou le recul, on croirait, tant le trait qui l’a dessinée est simple, issu d’un premier jet, une cabane géante imaginée par un gamin. Il faut se projeter dans les airs pour voir, en apesanteur, une bouteille, à la fois outil de travail à la pointe de la technologie et véritable sculpture de Land Art.
À Château Castigno, art et vigne font cause commune, c’est entendu. Pendant quatre mois, le temps d’un été, le village vivra dans la vibration singulière de la photographie, accrochée en grand format et en pleine nature, à l’occasion de la restitution des œuvres de trois artistes venus ici en résidence sur proposition du photographe Gilles Coulon, membre du collectif Tendance Floue, directeur artistique du projet « Tribu ». Ce dernier cherche « la complémentarité et la rupture, les couleurs chaudes de l’un et le noir et blanc de l’autre, la précision et l’efficacité du troisième ».

INFORMATIONS PRATIQUES
Tribu
Photographies : Patrick Tourneboeuf, Stéphane Lavoué, Bertrand Meunier
Texte : Magali Jauffret
Editions Filigranes / Chateau Castigno, Assignan
Anglais/Français
53 photographies en couleurs et noir et blanc
88 pages
ISBN : 978-2-35046-451-0
30,00 €
http://www.filigranes.com/livre/tribu/

Rencontre avec Olivier Bourgoin de l’agence Révélateur autour de ContreNuit

Notre critique Pascal Therme a rencontré Olivier Bourgoin, fondateur de l’agence Révélateur. A l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles et du festival Voies Off, il présentait huit de ses auteurs au sein d’une seule et même exposition intitulée « ContreNuit ». L’exposition sera visible à l’automne prochain en région parisienne.

L’agence Révélateur, Arles 2018 De gauche à droite : Laure Pubert, Olivier Bourgoin, Damien Guillaume, Christine Delory-Momberger, Michaël Serfaty © Edith Laplane

L’exposition propose une plongée au coeur de la nuit. De l’errance à l’oubli, du rêve à l’insomnie, c’est une véritable matérialité du sombre, du noir. Périgrinations physiques ou mentales, nous abordons avec eux un labyrinthe de réminiscences, de fantasmagories, de mémoires altérées, de vestiges intimes, de peurs ou d’espoirs enfouis.
Visages, figures humaines peuplent les nuits. Yeux grands ouverts dans l’obscurité, les images se construisent autrement. Déambulations nocturnes, paysages, formes s’indéfinissent, s’enveloppent, s’absorbent. Se dévorent en attendant le jour ?

Exposition ContreNuit, Arles 2018
Exposition ContreNuit, Arles 2018

Avec «Fire Game», travail en couleurs toujours en cours, exclusivement réalisé sur le territoire français, Dan Aucante cherche plus à capter un moment qu’à faire un constat d’ensemble, ou dresser le portrait d’un groupe social. Son approche est d’abord de l’ordre du ressenti, laissant une part de subjectivité et de fiction s’immiscer dans ce qui pourrait au prime abord être considéré comme un reportage soigné. Et c’est entre jour et nuit que tout semble ici se nouer. Comme à l’adolescence qu’il capte ici.

Christine Delory-Momberger fouille au plus près de leur surface différents tirages photographiques familiaux et personnels, archéologue d’une histoire enfouie. Dans «exils/réminiscences» elle extrait une matière mémorielle, fragile, derrière l’opacité de l’oubli, du noir volontaire ou inconscient, qui masque et qui cache. Du noir que l’on gratte pour voir ce qu’il y a derrière. La nuit dans laquelle elle est plongée implose, fait surgir, derrière le grain photographique, le début d’une vérité, le résultat d’une obsession du comprendre, l’impérieuse nécessité de sortir d’une nuit qui a couvert une enfance, une adolescence. Le noir comme explorateur de soi.

«One lonely night» présente un extrait d’images puisées dans le grand abécédaire constitué par le travail photographique de Valérie Gondran, à la recherche d’une émotion, d’un sentiment, d’une idée, d’une histoire. De l’association de ses images – avec elles, au-delà d’elles, entre elles – émerge un nouveau récit, avec une composition visuelle dont l’ambiance pourrait être celle d’un polar mystérieux à la David Lynch. Une histoire courte en somme, comme se plaît à en conter l’auteure.

Les photographies de «Femmes et ivresse» ont été réalisées par Damien Guillaume dans des états d’ivresse avancées du photographe et de la plupart des modèles, au coeur de la nuit. Les modèles l’accueillent chez elles, sachant qu’ils vont boire, discuter puis mettre en place une séance de photographies durant laquelle elles devront poser nues au moment où il le décide, au moment où l’ivresse atteint un certain degré. Les photographies sont réalisées en doubles expositions afin de travailler sur la sensation de mouvement incontrôlé et de double personnalité du modèle (entre l’ivresse et la sobriété), captées de manière instinctives, inspirées par l’instant et l’espace. Elles ne sont jamais préméditées.
Les seules retouches des photographies sont liées à un renforcement du contraste.

C’est par la matière, l’adjonction d’huile aux grains photographiques qu’Irène Jonas ancre et encre son «Insomnie». Les images qu’elle associe et densifie deviennent les témoins et les protagonistes de ses nuits sans fin, et nous ramènent à nos propres éveils nocturnes. L’esprit voyage librement, passant d’une sensation à une autre, fait surgir et se mêler souvenirs enfouis et expériences quotidiennes. L’insomnie peuple aussi la nuit de créatures inquiétantes ou amies, hybrides de réalité et d’inconscient. Tout est encore fugace, fragile et l’on sent dans les images l’éventualité d’une disparition totale de ses visions : sont-elles sur le point de s’obscurcir
totalement ou au contraire sont-elles sur le chemin d’une éblouissante clarté ? Elles matérialisent tout à la fois l’épaisseur du temps, son instabilité et son inexorable bruissement.
De cet éveil naissent des énigmes, des chimères qui nous poursuivent parfois la nuit achevée.

Les différents lieux investis par Estelle Lagarde lui permettent de diriger des scènes qui, ajoutées les unes aux autres, racontent une histoire. Avec «De anima lapidum», Estelle Lagarde se livre à la matérialisation d’une intériorité. En plaçant sa chambre photographique dans plusieurs édifices religieux, aux quatre coins de la France, elle met en images une réflexion sur les relations s’établissant entre l’humain et les architectures de ces monuments, entre l’obscurité et la clarté des lieux et des âmes. C’est aussi notre propre mystique qui est ici sondée à travers la mémoire, les souvenirs et l’Histoire qui imprègnent les murs de ces monuments sacrés, témoins et gardiens de secrets, de péchés et d’espérances.

Laure Pubert navigue elle aussi entre le rêve et la réalité dans sa série «J’irai marcher sur tes traces». La sélection faîte dans ce travail réalisé au cours d’un long séjour en Norvège, nous entraîne sur le chemin du roman noir. C’est sûrement l’un des atouts narratifs de la nuit, l’une des libertés que cette dernière permet de construire mentalement. D’un récit et d’une quête photographique personnelle, dans ce choix d’images, Laure Pubert propose de laisser notre propre imaginaire divaguer et bâtir notre propre récit nocturne, de donner chair, âme et histoire aux personnages. Rien n’est figé, tout peut être fin ou commencement. C’est cette incertitude noire qu’explore la photogaphe.

Michaël Serfaty est, quant à lui, l’hôte de visages et de silhouettes qui, peu à peu, s’extirpent d’une noirceur – prison ou refuge. Ce sont peut-être «Ces choses au fond de nous» (titre de sa série) qui tentent de prendre forme à la faveur du calme et de l’indétermination de la nuit. L’imprécision de leurs formes, le flou que leur imprime le grain de l’image, entrouvrent plusieurs questionnements : serait-ce à la faveur de la nuit que ces êtres font leur visites, dans l’espoir d’une rencontre, avant de rejoindre à nouveau l’obscurité dès les premières lumières diurnes ? Ou bien au contraire tentent-ils définitivement de sortir de cette nébulosité et de rejoindre la lumière ? Peut-être bien les deux à la fois.

INFORMATIONS PRATIQUES
agence révélateur
http://www.agencerevelateur.fr
http://www.facebook.com/agencerevelateur
> Expo à venir
ContreNuit
Du 10 octobre au 10 novembre 2018
L’Anis-Gras Le Lieu de l’Autre
55 Avenue Laplace
94110 Arcueil

Le village Potemkine : Au cœur d’une légende avec Gregor Sailer

Gregor Sailer est un photographe autrichien de 38 ans, son travail a été sélectionné pour être présenter dans le cadre de la 48ème édition des Rencontres de la photographie à Arles en co-prodution avec le Centre de la Photographie Genève. Cette exposition, qui est visible au Cloître Saint-Trophime, s’intitule « Le village Potemkin », il rassemble une sélection de photographies réalisées entre 2015 et 2017 de villes… qui n’existent pas.

Au départ de ce travail, le photographe s’est saisi d’une légende historique, celle du prince russe Grigory Potemkine qui fit construire, en 1787, des villages entiers en carton-pâte afin de masquer la pauvreté en Crimée lors de la visite de l’impératrice Catherine II. C’est ainsi que l’artiste autrichien a parcouru le monde à la recherche de ses fausses villes faites uniquement d’illusion. Des centres d’exercice militaire aux Etats-Unis et en Europe aux répliques de villes européennes en Chine, en passant par des pistes d’essais de véhicules en Suède ou encore des rues entières mises en scène pour la visite de personnalités politiques… La série documente ce phénomène architectural étrange où seul l’apparence fait sens. Gregor Sailer saisit l’absurdité de notre époque et nous pousse à voir et à réfléchir au-delà du visible.

Pascal Therme, notre critique, a rencontré Gregor Sailer lors de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles, voici son interview :

http://www.gregorsailer.com

INFORMATIONS PRATIQUES
• Exposition
Le village Potemkine
Gregor Sailer
Du 2 Juillet au 23 Septembre 2018
Cloître Saint-Trophime
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/237/gregor-sailer
• Edition
The Potemkin Village
Gregor Sailer
Les éditions Kehrer Verlag, 2017
24 x 30 cm, 304 pages
ISBN 978-3-86828-827-8
https://www.kehrerverlag.com/en/gregor-sailer-the-potemkin-village

Hyères : Rencontre avec la fashion designer Cécile Gray

Dans quelques semaines, le 33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode ouvrira ses portes sur les hauteurs de Hyères dans le Var. La Villa Noaillesaccueillera les dix lauréats dans chaque catégorie, en compétition pour remporter le Grand Prix ou un des nombreux autres prix ou mentions délivrés par les partenaires du festival. Initiée l’an passé, la catégorie Accessoires de Mode a été créée comme l’évidence d’un prolongement de la fashion sphere.

Elle sera présidée cette année par Chistelle Kocher, directrice artistique de la Maison Lemarié, fondatrice et directrice de sa marque éponyme Koche. Parmi les créateurs sélectionnés à concourir pour le Grand Prix Accessoires de Mode Swarovski, nous retrouverons Cécile Gray et ses « bijoux-vêtements ». Des créations uniques et extraordinaires, surprenantes, aussi séduisantes que la personnalité de la créatrice. Cécile Gray a accepté de s’entretenir avec nous sur son parcours et sa création. Interview.

Marlène Pegliasco: Cécile, pouvez-nous parler de votre parcours?

Cécile Gray: Enfant, j’ai toujours voulu être styliste car le vêtement m’a toujours vivement intéressé. J’ai appris à coudre avec ma mère d’abord, puis je me suis perfectionnée en regardant des tutos. Une fois le bac en poche, je me suis dirigée vers le métier d’architecte qui semblait être un bon compromis entre la raison et le cœur. En parallèle, j’ai continué à faire de la couture, j’étais inscrite aux cours du soir de la Mairie de Paris qui proposaient une formation sur le dessin de mode, le décryptage des tendances, le style … Cela a bien complété ma formation autodidacte.

Et puis un jour, la passion m’a complètement rattrapée. J’ai pris une année sabbatique pour faire un Master Ià l’Atelier Chardon Savard. Avoir eu la possibilité d’intégrer directement la 4e année a été une expérience incroyable! Les étudiants sont en atelier et travaillent chacun sur leurs propres collections. On y développe nos matières, et progressivement, on construit une collection autour d’un thème de notre choix, reflétant notre univers personnel. Cette formation a duré de septembre 2016 à juin 2017 et a donné lieu à un défilé de fin d’année suivi d’un showroom. De plus, grâce à cette collection, j’ai eu la chance d’être invitée à la Vietnam International Fashion Week  où j’ai pu faire défiler ma collection à Hanoï en novembre 2017. Après cette année intense et quelques mois où je suis retournée dans l’agence d’architecture où je travaillais, j’ai décidé de me lancer en tant que fashion designer.

M.P.: A quel moment avez-vous commencé à créer vos bijoux-vêtements?

C.G.: J’ai toujours aimé travailler le métal mais le déclencheur a été l’année de création à l’Atelier Chardon Savard. J’ai développé une matière en maille métallique dorée et c’est là qu’est né ce bijou que j’appose sur les looks. Bien qu’il s’agisse alors d’un accessoire, ces « bijoux-vêtements » constituaient l’ADN de ma collection qui apportent directement une identité. Le défilé de fin d’année de l’Atelier Chardon Savard était le bon lieu pour montrer mes créations, ces objets si particuliers.

M.P.: Parlez-nous justement de vos bijoux, le concept et la conception.

C.G.: Ces bijoux sont constitués de fils en acier, teintés en doré, et recouverts d’une gaine en nylon. Une fois tissés, cela donne une matière à la fois souple, pour être confortable et se mouvoir avec la personne qui les porte, et rigide, afin de la travailler en volume. L’accessoire ainsi créé épouse le corps tout en suivant ses mouvements. Ce qui est intéressant est d’étudier la caractéristique de ce matériau qui garde sa forme par rapport à sa force de gravité. Quant à sa confection, je prends des fils que je sertis avec des pinces métalliques. La jonction de deux câbles donne un point. Chaque assemblage est réalisé artisanalement à la main, chez moi, par mes soins. Après avoir passée sept ans devant un ordinateur pour les besoins de mon travail d’architecte, j’ai eu envie de revenir à la création manuelle. Grâce à la pratique, mon geste est de plus en plus précis et rapide. Ces bijoux ne sont pour l’instant que des prototypes. J’aimerais vivement les développer par la suite avec des matériaux plus précieux.

M.P.: Est-ce que votre formation d’architecte influe votre travail en tant que fashion designer?

C.G: Bien sûr! En plus de nombreuses références liées à l’architecture, j’applique les méthodes de conception apprises pendant ma formation. Les architectes font peu appel à des inspirations de champs différents de celui de l’architecture ou de la sociologie. Il s’agit principalement d’étudier un contexte et des besoins, de travailler avec les matériaux, les volumes et les proportions, et enfin, à l’aide de maquettes et de dessins, de créer un espace qui génère de l’émotion. C’est ainsi que j’ai créé mes bijoux-vêtements. Le matériau a poussé ma curiosité, j’ai expérimenté mes bijoux avec leur environnement pour voir comment ils réagissent comme un architecte pense son bâtiment en adéquation avec les espaces autour. Dans cette collection, je travaille avec des matériaux liés au bâtiment comme le métal ou le verre en intégrant des cristaux dans la maille métallique (grâce à Swarovski qui est partenaire du festival). Cette conception de l’objet s’est enrichie de références historiques et c’est quelque chose de très nouveau pour moi. Récemment, je suis allée au Louvre et je suis tombée sur une statuette égyptienne vieille de 4000 ans qui portait une résille de perles dorées sur un buste noir. Le lien avec mes bijoux était évident. C’était très troublant. Ce rapport à l‘Histoire de l’Art et des Civilisations vient enrichir mes inspirations.

M.P: Vous avez toujours cousu des vêtements mais finalement, vous avez candidaté au Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoires de Mode de Hyères  (FIMPAH) dans cette dernière catégorie. Pour quelles raisons?

C.G.: Je suis actuellement en stage de fin d’études chez Hermès et cet objet, qui avait émergé lors de ma formation à l’Atelier Chardon Savard, continuait de me poursuivre. J’ai eu envie de prolonger mes recherches autour de cet objet et d’en faire un projet à part entière. Ces bijoux-vêtements viennent réellement accessoiriser une tenue. En ce sens, j’ai pensé que leur place était dans la catégorie Accessoire du concours. Mes bijoux comportent des codes empruntés au vêtement. Je joue également sur les échelles. Le bracelet devient une manche, le collier devient un plastron … La collection comporte ainsi des pièces de plus d’un mètre de haut! Sans être massifs, cela reste fin et précieux, ce qui les rend singuliers.

M.P.: Comment avez-vous connu le FIMPAH?

C.G.: Je pense en avoir entendu parler pour la première fois aux cours du soir de stylisme. Je cherchais des opportunités de faire des collaborations pour intégrer le monde de la mode. Mon projet de reconversion avait un certain coût: redevenir étudiant, autofinancer mon projet, assumer ces choix, subir la pression sociale … Je suis très heureuse d’avoir pu le concrétiser. Enfin, le Festival de Hyères est très connu, il fait partie des évènements incontournables dans ce milieu. Je vis ma sélection comme quelque chose d’incroyable, je ne réalise pas trop encore mais je suis si contente et si fière de faire partir des finalistes! J’y présenterai sept pièces  où j’explore le champ de la joaillerie : boucles d’oreilles, manches, plastrons…Quatre grandes pièces et trois plus petites mais je n’en dis pas plus. Les bijoux seront exposés à la Villa Noailles jusqu’au 27 mai. Il faudra venir les voir!

33e Festival International de Mode, de Photographie et d’Accessoire de Mode de Hyères
Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères
Festival et concours du 26 au 30 avril 2018
Expositions du 26 avril au 27 mai 2018
Site internet de Cécile Gray ici
Plus d’infos ici

Rencontre avec Corinne Mercadier, Conseillère artistique de la Résidence des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort

Pour cette 24ème édition des Rencontres de la Jeune Photographie Internationale de Niort, le rôle de conseiller artistique a été confié à Corinne Mercadier, artiste française. Quinze jours durant, elle vivra aux côtés des huit jeunes photographes résidents pour les accompagner dans leur création artistique. A la veille de son entrée en résidence, nous avons rencontré Corinne Mercadier à la villa Perochon, qui présente son exposition « Satellites ».

Corinne Mercadier, mise à nu

Accepter ce rôle de conseiller artistique, c’est donner une part de soi pour partager une expérience unique. Corinne Mercadier a tout de suite accepté l’invitation de Patrick Delat, directeur artistique de la manifestation. Elle a décidé de jouer le jeu jusque dans la présentation de son exposition rétrospective présentée à la Villa Pérochon. Pour la première fois, la photographe nous dévoile la partie secrète de ses images, nous voici dans les coulisses du processus de création… Dès le jardin qui mène aux salles d’exposition, on découvre les carnets de note de Corinne, imprimés en grand format. La première pièce abrite les objets qui composent ses mises en scène et une accumulation d’images « ratées » ou « insatisfaisantes » qui composent le « mur du doute » comme elle l’aime à l’appeler.
Se succèdent ainsi plusieurs salles, présentant chacune une série, une époque de l’artiste. A chaque pas, le visiteur s’imprègne de l’image mentale imaginée par l’artiste, les images les plus anciennes et parfois les plus connues prennent ainsi, dans les dernières salles, une autre dimension, une autre connotation.
C’est d’ailleurs au deuxième étage que l’on découvre sa première photographie, celle qui sera le début de tout; c’est l’image qui lui a donné l’envie et l’idée de faire cette mise en scène.

Le hasard, ce concept à dompter.

Un fil rouge indéniable se tisse au travers de ses différentes créations. De ses travaux Polaroïds aux lancés d’objets, Corinne Mercadier aime le jeu du hasard et comme elle le dit : « aime à l’attirer dans ses filets ». Comme elle nous l’explique en fin d’interview, le hasard, c’est le héros de ses projets.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2018
• Corinne Mercadier
Satellites
Du 7 mars au 26 mai 2018
Villa Pérochon-CACP
64 Rue Paul François Proust
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
http://www.cacp-villaperochon.com
http://www.corinnemercadier.com/

• Résidence 2018
> Exposition des oeuvres présentées au jury
Du 7 mars au 13 avril 2018
> Exposition des oeuvres réalisées durant la résidence
Du 14 avril au 26 mai 2018
Hôtel de Ville de Niort
1 Place Martin Bastard
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30 (Ouverture exceptionnelle les dimanches 1er et 15 avril)

Autour de la Résidence

Sept expositions seront inaugurées tout au long du mois de mars dans divers lieux de Niort, dont voici le programme détaillé :
• Maitetxu Etcheverria / Voyages insulaires
Pavillon Stéphane Grappelli du 28 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi au samedi de 13h30 à 18h30
• Emmanuelle Brisson / Les profondeurs du coeur
Espace d’arts visuels Le Pilori Du 28 mars au 5 mai 2018
Du mercredi au vendredi 10h00 à 12h00 et 14h à 19h00 et le samedi de 14h00 à 19h00
• Françoise Beauguion / Exils
Belvédère du Moulin du Roc du 7 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
• Filigranes Éditions / Les anciens résidents de Niort et leurs publications
Librairie des Halles du 28 mars au 28 avril 2018
• Margherita Muriti / God, how shall I pray
Atelier du cadre du 28 mars au 28 avril 2018
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
• Paul Muse / Walking the Dog
Galerie nomade du 6 mars au 26 mai 2018
• Emanuela Meloni / Station Niortaise-Prémices
Allée centrale du parking de la Brèche du 6 mars au 26 mai 2018

Rencontre avec Patrick Delat, Directeur artistique des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort

Les Rencontres de la Jeune Photographie internationale se tiennent actuellement à Niort. Alors que les huit photographes entraient dans leur lieu de résidence sous la bienveillance de la conseillère artistique Corinne Mercadier, nous avons rencontré Patrick Delat, co-fondateur et directeur artistique de la Villa Perochon, et de la manifestation.

« Les meilleurs ambassadeurs pour nous, ce sont les photographes résidents et les conseillers artistiques ».

Partage de culture et des expériences

C’est un homme souriant et passionné que nous découvrons en Patrick Delat, qui revient sur l’origine de ce festival et de cette résidence unique en son genre : réunir huit jeunes photographes venus du monde entier pour vivre une expérience artistique hors du commun. Quinze jours durant, les photographes vivront ensemble accompagnés d’un conseiller artistique – cette année c’est Corinne Mercadier qui a accepté de se prêter au jeu – ils auront carte blanche pour travailler sur un projet artistique personnel. Nul thème, nulle contrainte. Les artistes sont ici pour se rencontrer, pour interroger leur pratique artistique et être soutenu par une photographe de talent.

Nous avons pu découvrir les expositions de cette nouvelle édition, les œuvres présentées sont les travaux qui ont été sélectionnés par le jury, avant le début de la résidence. Le fruit de cette expérience sera dévoilé au public dans une dizaine de jours… Nous sommes tout de suite séduits et impressionnés par la qualité des propos autant dans leur fond que dans leur forme. De nombreux points communs entre les différentes propositions, celui de l’identité, qui est au cœur des travaux contemporains. Patrick Delat témoigne de l’évolution des pratiques : en 24 ans, les propositions sont de plus en plus abouties, de plus en plus construites… Il nous confie également que de plus en plus de femmes photographes se présentent, et que ce n’est pas un hasard si cette édition présente plus de 90% de femmes photographes !
Nous avons hâte de découvrir les réalisations niortaises dès le 14 avril…

L’édition 2018, amorce du 25ème anniversaire des Rencontres

Cette année, en marge des expositions des photographes résidents, plusieurs anciens résidents sont présentés dans le cadre d’une exposition personnelle. C’est le cas de Maitetxu Etcheverria, Paul Muse ou encore Françoise Beauguion… Comme Patrick Delat nous l’explique, ce choix annonce pour l’an prochain la mise en avant du fonds photographique de la Villa Perochon constitué de 2500 pièces. Une édition anniversaire qui promet d’être riche !

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2018
Résidence 2018
> Exposition des oeuvres présentées au jury
Du 7 mars au 13 avril 2018
> Exposition des oeuvres réalisées durant la résidence
Du 14 avril au 26 mai 2018
Hôtel de Ville de Niort
1 Place Martin Bastard
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30 (Ouverture exceptionnelle les dimanches 1er et 15 avril)
Corinne Mercadier
Satellites
Du 7 mars au 26 mai 2018
Villa Pérochon-CACP
64 Rue Paul François Proust
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
http://www.cacp-villaperochon.com
http://www.corinnemercadier.com/

Autour de la Résidence

Sept expositions seront inaugurées tout au long du mois de mars dans divers lieux de Niort, dont voici le programme détaillé :
• Maitetxu Etcheverria / Voyages insulaires
Pavillon Stéphane Grappelli du 28 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi au samedi de 13h30 à 18h30
• Emmanuelle Brisson / Les profondeurs du coeur
Espace d’arts visuels Le Pilori Du 28 mars au 5 mai 2018
Du mercredi au vendredi 10h00 à 12h00 et 14h à 19h00 et le samedi de 14h00 à 19h00
• Françoise Beauguion / Exils
Belvédère du Moulin du Roc du 7 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
• Filigranes Éditions / Les anciens résidents de Niort et leurs publications
Librairie des Halles du 28 mars au 28 avril 2018
• Margherita Muriti / God, how shall I pray
Atelier du cadre du 28 mars au 28 avril 2018
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
• Paul Muse / Walking the Dog
Galerie nomade du 6 mars au 26 mai 2018
• Emanuela Meloni / Station Niortaise-Prémices
Allée centrale du parking de la Brèche du 6 mars au 26 mai 2018

Rencontre avec Marc Dondey, directeur général de la Gaîté Lyrique

C’est à l’occasion du festival « Sors de ce corps » que nous rencontrons le directeur de la Gaîté Lyrique, le franco-américain, Marc Dondey à la tête de cet ancien théâtre reconverti en salle de spectacles et centre des arts numériques de la Ville de Paris à partir de 2011. Ce producteur ultra diplômé à qui l’on doit notamment le Shadok, une fabrique d’innovation à Strasbourg entend relever le défi de la mobilité et du partage pour que cette vitrine retrouve son souffle et ambition après un 1er mandat de gestion non reconduit.

Nous ne sommes pas dans une niche ou un phalanstère. Nous sommes dans un écosystème forcément poreux et ouvert.

Mowwgli : Genèse du festival « Sors de ce corps » conçu avec la Biennale Nemo ?

Marc Dondey : Le lien avec Gilles Alvarez, directeur de la Biennale Nemo s’est fait de manière accidentelle, spontanée et tout de suite concentrée sur un propos que l’on partageait sans le savoir. Comme les rencontres artistiques réussies c’est souvent le résultat d’un long parcours d’où émerge à un certain moment un territoire commun. Nous connaissions bien Nemo, son évolution par rapport aux champs numériques, le travail mené en particulier avec le Centquatre sur les arts visuels et les expositions, la préoccupation éditoriale du choix de thématiques, cette année la Sérendipité.
Du côté de la Gaîté Lyrique en m’appuyant sur les actions menées avant mon arrivée il y a 1 an 1/2 j’apporte un double prolongement : sur la question pluridisciplinaire de complexifier le mélange en faisant intervenir des questions autour du corps, de la narration, du jeu, de la dramaturgie mais sous un prisme qui connecte les arts visuels avec la question du spectateur.
Autre prolongement, en accord immédiat avec Gilles Alvarez, a germé l’idée d’un temps plus concentré pour aller plus loin et réunir des propositions autour des questionnements des rapports entre arts et technologie. Et au delà les rapports au contemporain, au social, au politique avec des modalités de circulation à géométrie variable entre les personnes et les œuvres. La question de l’individu et du collectif est posée dans le protocole même des parcours et des représentations.
Et de manière plus ouverte, s’adresser à tous qui vivons dans le même corps, le même monde hautement technologique où la question de l’identité est posée comme un horizon d’intimité, de tabou, de frontière Comme un espace à conquérir avec le travail du collectif INVIVO autour de la commercialisation du sommeil (temps non exploité), lieu de résistance, de plaisir. La technologie est-elle un vecteur d’émancipation ou au contraire d’asservissement ? et comment les artistes s’approprient cette interrogation et la transforment en objets différents les uns des autres.
Rappelons que nous sommes dans le lieu héritier du théâtre de music hall des grands boulevards, lieu de l’attraction, de la rencontre entre l’expression non verbale, la pantomine, le politique détourné, la tradition du montage…. Cette question des attractions et de la manière dont elles se répondent est l’un des principes de construction du festival et des parcours que vous êtes invités à emprunter avec nous tout le week-end.

Mowwgli : L’ADN de la Gaîté Lyrique

M. D. : Un 1er mot clé est foisonnement qui renvoie à l’architecture et l’histoire du lieu.
Ce que fabrique la Gaîté est lié à la richesse du lieu et sa complexité, soit 5 lieux regroupés en un seul. Avec :
un espace d’exposition qui peut être aussi espace expérimental, une salle à 360°, un auditorium presque un centre d’art en soi, un lieu de vie au 1er étage avec le centre de ressources, des espaces de rencontre, un bar en accès libre, au 2ème étage la grande salle qui est le poumon artistique et économique de la Gaîté Lyrique avec des rythmes très différents selon que l’on y donne des concerts ou des événements en lien avec des acteurs économiques.
Autre configuration de travail possible avec les studios où les artistes peuvent développer des projets et enfin un espace pour les résidences de durée très variable.
Donc le foisonnement il est à la fois dans la répartition de l’espace et aussi dans la pluridisciplinarité de la programmation.

Autre mot très important : les musiques avec cette salle de concert hors norme par sa qualité acoustique pour les musiques amplifiées spécifiquement, même si cette salle a aussi ses limites.

3ème mot clé : le rapport au monde contemporain et aux usages.
Le numérique en ce qu’il interpelle le contemporain et les usages du quotidien avec la question de la transmission, autre mot clé comme avec Capitaine futur pour apprendre en famille.
Le mot festival enfin caractérise bien le lieu qui se prête à des propositions qui font circuler les publics dans des formats se répondant les uns les autres.

Dans l’évolution de la Gaîté et parce que les technologies bougent si rapidement nous ne sommes plus tout à fait dans le même environnement ni la même mission qu’en 2011. Au départ l’accent était mis sur les musiques actuelles et le numérique, aujourd’hui nous sommes plus art et technologie, avec toujours la musique, le spectacle vivant.
L’ enjeu étant de faire de cette maison une fabrique des possibles, très prospective où l’on consolide tout le cycle de l’expérimentation, la résidence, la formation à la production et diffusion. Cette boucle ouverte sur l’extérieur offre un potentiel économique certain en lien avec des partenaires artistiques, culturels et également acteurs du champ économique et social qui se posent ces questions de création, d’innovation et de transmission, et recherchent un lieu pour le vivre et le partager. Et réciproquement nous en avons aussi besoin d’eux pour mettre la Gaîté Lyrique en position active par rapport à ces mutations simultanées qu’elles soient artistiques, environnementales ou sociales.

Mowwgli : Le public

M. D. : Dans la programmation nous avons une part très importante de concerts (entre 70 et 90 en moyenne par semaine), ce qui détermine beaucoup la sociologie du public. Ce que l’on remarque est la jeunesse du public de la Gaîté en majorité moins de 35 ans, assez féminin, plutôt parisien, dans une catégorie CSP++. C’est le socle, pour autant et cela depuis la réouverture de 2011 un important travail de diversification du public a été mené en direction de tout le milieu scolaire mais aussi du champ social et associatif. On pourrait faire plus avec nos voisins immédiats entre le 2è et 3ème arrondissement, vaste champ possible comme avec le Conservation National des Arts et métiers et aussi avec tous les incubateurs et pépinières proches comme Le Liberté Living Lab, Numa, la Paillasse avec qui nous travaillons déjà. Une sociologie d’un public qui à la différence de beaucoup d’autres institutions culturelles, est sensiblement plus jeune et déjà sensible à nos enjeux. D’où l’importance des efforts entrepris vers un public non acquis.

Mowwgli : Le fonctionnement au quotidien

M. D. : Nous fonctionnons comme un ruche et nous avons pu tomber dans le travers de trop en faire parce que l’intérêt des propositions, les envies, les opportunités sont supérieures à nos moyens à la fois humains et financiers.
Nous sommes 55 personnes en CDI avec 80 équivalents temps plein sur une année.
Le financement se répartit pour moitié de compensation de la ville pour les missions de service public et le reste sont des ressources propres de billetterie, d’évènementiel avec des locations d’espaces, de bars, de partenariats et mécénat.
Notre budget s’élève à 7,5 millions € avec une aide de la ville de Paris qui va se stabiliser de 4 millions par an.

Mowwgli : Projections dans le futur

M. D. : Je souhaite que l’on développe tout le volet expérimental, pour faire créer ensemble des gens qui n’ont pas de lieu dédié. C’est une mission formidable pour la Gaîté avec des espaces qui permettent de le faire.
Par exemple l’artiste Hicham Berrada qui développe des réactions chimiques dans des sortes d’aquariums, filmées et projetées sur un écran, ce qui devient un paysage amplifié à la fois minéral, mental, végétal, sub-aquatique, d’une beauté fascinante. Il vient à la Gaîté avec le compositeur Laurent Durupt qui improvisera la transposition musicale de la dite réaction. Cette proposition qui a naturellement sa place dans un musée peut également l’avoir à la Gaîté à travers cette circonstance particulière suggérée où le public peut rester, repartir, revenir.
Nous faisons aussi avec l’ADAMI à partir de leur programme les « Culture Experience Days » qui consistent à réunir une soixantaine de personnes de tous horizons pour évoquer des projets, en l’occurrence pendant 3 jours autour du spectacle vivant et de la technologie. Les participants étaient des artistes, des développeurs web, des makers (fabricateurs). C’est un apprentissage de la création dont nous avons beaucoup à retirer.
Le Living Lab et la Gaîté Maobile.
L’idée de cet espace : le laboratoire ouvert pour s’affranchir des anglicismes correspond à ce que je viens de vous décrire. C’est un projet au long court.
La Gaîté Mobile n’est pas encore concrétisée, l’idée est d’aller monter à l’extérieur ce que nous fabriquons ici, vers des personnes qui ne viennent pas spontanément à la Gaîté Lyrique.
J’espère que nous allons pouvoir développer ce hors les murs, en commençant par traverser la rue pour rejoindre le CNAM avec des publics différents mais des recoupements possibles.

Mowwgli : Prospective

M. D. : Nous mettons en œuvre cette mission à travers le programme intitulé la « Fabrique de la Gaîté », charnière entre les résidents qu’ils soient artistes ou producteurs qui accomplissent cette fonction de veille et de recherche et contribuent à notre programmation. Par exemple avec « Sandglasses » de la compositrice lituanienne Justè Janulytè co-réalisé avec le CNAM ou la compagnie Horde en résidence qui est en train de créer une plateforme qui collectionne toute une série d’expériences chorégraphiées spécifiquement pour internet, un vrai travail de recherche.
La Fabrique de la Gaîté est aussi en interface avec les responsables de programmes, le service de relation au public et aussi avec tout le volet entrepreneuriat. Ce dernier reste encore en cohabitation avec les autres fonctions du bâtiment alors que nous pourrions encore faire mieux avec les partenaires économiques.

INFORMATIONS PRATIQUES
Capitaine futur et la super nature
Jusqu’au 15 juillet 2018
Prochains ateliers, rencontres, projections, spectacles…
Agenda des concerts :
https://gaite-lyrique.net/concerts
La Gaîté lyrique
3 bis rue Papin
75003 PARIS
Horaires : Du mardi au samedi de 12h à 21h, et le dimanche de 12h à 18h.

Une chatte nommée Vava

Lundi 15 janvier, 20h38. Rendez-vous Skype fixé. Le jour est tombé, Vava Dudu se réveille, l’oeil égyptien, souligné de bleu et je m’étonne presque de l’entendre parler, presque déçue de ne pas entendre de cri de chat hurlant, huant, miaou…

Moi qui avais passé la journée à écouter La Chatte, oui, La Chatte c’est aussi un groupe de musique où Vava déploie ses griffes vocales aux côtés de Stéphane ArgilletNicolas Jorio (Nikolu). A revoir des clips de Björk et Lady Gaga pour lesquelles Vava Dudu a inventé des costumes aussi inspirés que leurs modèles. Elle réalise aussi ses propres vêtements qu’elle construit à partir d’éléments et d’objets récupérés pour en proposer des pièces sculpturales poético-punk.

Et, après une exposition “Vertige Profonde” au Salon du Salon, dirigé par Philippe Munda, suit un portfolio éponyme composé de 38 dessins originaux, réalisés en rizographie, où la délicatesse et la pureté de la ligne se disputent les désirs chromatiques infinis de Vava.

Impossible de décrire et recenser tous les terrains de jeux de Vava, et tant mieux, car elle repousse les limites de chaque discipline.

Et Vava, c’est qui?

Si tu étais un vêtement ?
Des cuissardes.

Si tu étais une couleur?
Rouge.

Si tu étais un tissu?
De la soie.

Si tu étais une chanson ?
“J’ai la mémoire qui flanche”… 

Tes références artistiques?
Quand j’étais adolescente, j’adorais Arman, César. Mais d’abord il y a eu Sonia Delaunay pour son côté pluridisciplinaire : le dessin, le vêtement, la peinture…

Et au musée du Louvre (nda: Vava était une visiteuse assidue), qu’allais-tu voir?
J’allais voir les antiquités égyptiennes et les christs peints. J’aime beaucoup l’Egypte, l’idée des hiéroglyphes, les pyramides, j’ai vu l’expo Néfértiti à Berlin, et puis tout ce que ça implique, Cléôpatre, les fondations… C’était quand même une civilisation très avancée, très intéressante. J’aime bien l’architecture et les dessins, l’écriture, les vêtements et puis toute l’histoire qui va avec. 

Et la photographie?
Je fais de la photographie tout le temps. Je pense que par appareil: Ipad, Iphone…, j’ai environ 6000 photos. J’ai aussi encore plein de boîtes pas développées. J’en faisais déjà adolescente.
Aujourd’hui, je fais des photos au quotidien. Sur Instagram, j’aime bien donner une indication de ce que je suis en train de vivre, en train de créer, par rapport à mes, moods. Comme tout ce que je fais, c’est souvent par rapport à mes envies, mes humeurs. Les photos, ça peut être tout et n’importe quoi, quelque chose dans un égoût, des photos de charme, de camion, j’adore les camions. Quand j’étais à Berlin, le café où j’allais le matin, il y avait énormément de camions qui passaient. C’est surtout des photos du quotidien mais comme j’ai tout de même un certain oeil, un certain cadre. J’aime les photos rapides pas trop mises en scènes. Il faut que ça aille vite.
J’ai envie de prendre des photos quand je vois quelque chose qui m’interpelle. La ligne, c’est quelque chose qui me fait réagir, des lignes qui s’entrechoquent, qui sont intéressantes, des couleurs. Je suis plutôt positive, donc ce que je préfère montrer, ce sont les choses positives en ce moment et aller vers la beauté.

Des dessinateurs que tu affectionnes?
J’adorais Cabu quand j’étais petite. Ce qu’il y a d’intéressant avec lui, c’est que c’est un dessin pertinent pour les enfants comme pour les adultes. En une ligne, il a raconté déjà tout un tas de choses. J’adore l’idée de faire passer un message en une seule ligne. J’aime bien l’instantané. En tout cas pour l’instant, j’aime pas trop développer les choses pendant trois plombes. Après, c’est une vie, l’expérience d’une vie qui fait qu’on est capable de faire une ligne en une seconde. Enfant, je faisais beaucoup de pages d’écriture.
J’ai aussi pris beaucoup de cours de dessin, de croquis quand j’étais adolescente. Je dessinais beaucoup de mon côté et je n’ai jamais arrêté contrairement à la plupart des gens. Tout enfant dessine mais après quand on devient adulte, on apprend à lire, à écrire et après on laisse tomber, ça devient un truc pas sérieux. Moi, j’ai continué. 

Tu dessines, crée des vêtements, écris, photographie, chante… qu’est-ce qui détermine le mode d’expression?
Je peux être très très calme dans un univers presque sans personne et j’aime bien passer carrément à l’opposé, au grand foutraque. Quand j’ai assez dessiné, par exemple ou brodé des vêtement, enfermée parfois pendant plusieurs jours, c’est sympa d’aller jouer quelque part. C’est une façon de communiquer avec les gens dehors, d’une façon festive. C’est sympa de voir des gens qui prennent du plaisir quand je joue. J’adore faire de la scène. 

L’avenir?
Avec La Chatte, on va faire un six titres, un vinyle.
Après, c’est développer les sculptures, les tatouages.
Continuer à écrire et à jouer à droite, à gauche; des grands formats en peinture.
J’aime pas m’ennuyer, j’étais une enfant unique jusqu’à ce que ma soeur naisse. J’aime bien développer quelque chose que j’ai en tête, j’aime bien être en activité. 

Tu rêves à quoi?
Je rêve que je vole avec des ailes dans une ambiance très chaleureuse. Il y a du soleil. Je fais une perruque de mots, de cheveux en tee-shirt tressés de mots, je l’ai en tête, je vais le faire. Des fois, je rêve de pièces, de choses à faire et parfois, je les réalise. 

21heures et je ne sais plus… Vava s’en va. Le rêve se dissipe. Dernière oeillade. Ecran noir. Je vois rouge. Désir.

http://www.editionsdusalon.com/061-vertige-profonde_vava-dudu_portfolio.htm#
http://www.salondusalon.com
https://www.instagram.com/vava.dudu/