Archives par mot-clé : Japon

Foujita, peintre et dandy

La rétrospective que lui consacre le Musée Maillol est passionnante pour deux raisons. La première raison est évidemment la qualité et la large palette du travail de l’artiste japonais. La deuxième raison est la vie même de Foujita qui se découvre comme un roman tant elle a été singulière.

Après avoir étudié la peinture occidentale à l’école des Beaux Arts de Tokyo, le jeune homme francophile de 26 ans arrive à Paris pour s’installer dans le quartier de Montparnasse. Il y rencontre immédiatement tous les artistes qui feront l’Ecole de Paris à partir de 1918, Soutine et Modigliani seront ses amis. Foujita connaît la gloire dès sa première exposition en 1917, il est célébré par la presse internationale et son travail est montré jusqu’aux Etats Unis. Infatigable travailleur, il est aussi de toutes les fêtes. On sourit à la petite vidéo d’une soirée particulièrement débridée des années folles. Il est nommé chevalier de la légion d’honneur en 1925 et est certainement à cette époque, l’artiste le mieux payé ce qui lui vaudra un redressement fiscal sévère. Il se mariera plusieurs fois, retournera au Japon pendant la deuxième guerre mondiale (ce qui suscitera une violente polémique à son retour en France), obtiendra la nationalité française, se fera baptiser dans la cathédrale de Reims pour devenir Léonard Tsuguharu Foujita et enfin décorera la chapelle Notre Dame de la Paix construite à cette occasion avant de s’éteindre en 1968.

Avec sa coupe au bol, sa petite moustache, ses lunettes rondes, ses boucles d’oreilles et son goût pour la mode parisienne, Tsuguharu Foujita aura été l’archétype de l’artiste dandy des années folles. Comme Andy Warhol, Foujita aura aussi été le maître de sa propre mise en scène et auto promotion. On le découvre dans ses nombreux autoportraits et les photographies de l’artiste au travail dans une mise en scène soigneusement pensée. Comme Warhol aussi, il réalisera de nombreux portraits (très lucratifs) des commanditaires ou influenceurs du monde de l’art. Le succès de Foujita tient beaucoup à son style original et novateur, synthèse des inspirations et des techniques de l’Orient et de l’Occident, s’inspirant et respectant autant les grands maîtres japonais que le classicisme européen.

Les plus belles pièces exposées sont certainement, à mon sens, les deux dyptiques Combat I et Combat 2 réalisée en 1928. Ces tableaux énigmatiques représentent des lutteurs et des couples enlacés et alanguis. Ces œuvres ont été considérées perdues, stockées dans un garde meuble. Elles sont réapparues en 1992 à l’occasion du don de ces pièces par la veuve de l’artiste au Conseil Général de l’Essonne.

INFORMATIONS PRATIQUES
Foujita, peindre dans les années folles
du 7 mars au 15 juillet 2018
Musée Maillol
61 rue de Grenelle
75007 Paris
http://www.museemaillol.com
Ouvert de 10h30 à 18h30

Tokyo Mobile : Marc Philbert à la Galerie Madé

Marc Philbert est un photographe de mode français. Diplômé de l’Ecole Louis Lumière et des Beaux-Arts de Cergy au tout début des années 2000, le photographe a su très vite attirer l’intérêt des magazines et il est représenté par l’agence EyeMade. La galerie associée a souhaité faire découvrir au public ses travaux personnels. Avec « Tokyo Mobile », Marc Philbert s’échappe de la mise en scène qui toujours domine ses photographies, pour se rapprocher du réel.

Dans son métier, la photographie est captive d’une certaine mise en scène arrangeant le réel pour en faire une image. Au travers de cette série, Marc Philbert nous racontent des instants de vie de cette capitale sans cesse en mouvement. Il pose son regard sur une population en suspension, dans la rue, zone de passage.

Toutes ces images sont peut-être selon Marc Philbert : une manière différente, humble, émouvante, de susciter le désir, et de raconter en même temps la réalité de nos vies et de nos rêves, nos horizons calfeutrés derrière des vitres omniprésentes, et ces images qui passent, s’imposent un instant et s’enfuient aussi vite, et qui disparaîtraient à jamais si il n’y avait un photographe pour en faire un livre d’images. 

Ces photographies débordent d’un mystère à la fois sensuel et silencieux, comme si elles n’osaient pas dire la grande histoire qu’elles racontent…

INFORMATIONS PRATIQUES
Tokyo Mobile
Marc Philbert
Du 13 février au 8 mars 2018
Galerie Madé
30, rue Mazarine
75006 Paris
A l’occasion de cette exposition, un livre est édité à 200 exemplaires.
http://www.galeriemade.com

Focus Bourse du Talent : Chloé Jafé, Inochi azukemasu

Jusqu’au 4 mars 2018, la BnF et Picto Foundation vous invitent à découvrir les travaux des jeunes photographes primés de la Bourse du Talent. Après avoir interrogé Vincent Marcilhacy, Directeur de Picto Foundation, partenaire et co-organisateur de cette Bourse, en décembre dernier, chaque semaine, nous vous proposons de plonger dans l’univers d’un des quatre photographes lauréats. Aujourd’hui, voici Chloé Jafé, lauréate de la Bourse consacrée au Reportage avec son sujet « Inochi azukemasu » (le don de sa vie).

Devenue hôtesse pour un temps dans les quartiers de Shinjuku et de Ginza, Chloé Jafé rencontre le chef d’un groupe yakuza de Tokyo qui l’autorise à photographier son quotidien.
Elle décide alors de suivre les femmes de l’organisation. En tant qu’épouses, filles ou maîtresses, celles-ci y jouent un rôle important, d’où le titre de la série Inochi azukemasu – 命 預 け ま す qui signifie « le don de sa vie ». Reprenant la spontanéité du carnet de voyage, ses photographies en noir et blanc montrent tantôt des moments d’intimité entre les couples yakuza, tantôt des réunions de chefs de clans. Chloé Jafé donne une place prépondérante aux gestes et aux corps souvent tatoués dont elle prolonge parfois les motifs hors du cadre de l’image. Rehaussées de gouache de couleurs vives qui traduisent en un sens la violence latente du groupe et renforcent le graphisme des contrastes d’ombres et de lumière, ces photographies évoquent avec une forte charge symbolique le poids du rituel et des traditions.

A LIRE :
Rencontre avec Vincent Marcilhacy, Directeur de Picto Foundation à l’occasion de l’exposition de la Bourse du Talent

A VENIR : 
Focus Bourse du Talent : Youqine Lefèvre (le 18 janvier 2018)
Focus Bourse du Talent : Sanjyot Telang (le 25 janvier 2018)
Focus Bourse du Talent : Jean-Michel André (le 1er février 2018)

INFORMATIONS PRATIQUES
• Exposition des Jeunes Photographes de la Bourse du Talent 2017
> Chloé Jafé (Bourse du Talent #69 Reportage)
Youqine Lefèvre (Bourse du Talent #70 Portrait)
Sanjyot Telang (Bourse du Talent #71 Mode)
Jean-Michel André (Bourse du Talent #72 Paysage)
Du 15 décembre 2017 au 4 mars 2018
BnF / François-Mitterrand
Allée Julien Cain
Quai François-Mauriac
75003 Paris
Ouvert du mardi au samedi 9h à 20h, dimanche 13h à19h, lundi 14h à 20h
Fermé jours fériés
Accès libre
• Fragilités
Bourse du Talent 2017
Editions Delpire
20 x 23 cm, 128 pages
30€
http//www.picto.fr

Le Calendrier de l’Avent Spécial Edition Photo : 20 Décembre

Chaque jour Mowwgli vous propose d’ouvrir la case du jour de votre calendrier de l’avent. Difficile d’y inclure des petits morceaux de chocolat, alors nous avons décidé de vous faire découvrir quotidiennement un livre photographique publié cette année. Idées cadeaux, suggestions pour compléter votre collection de livres photo ou juste pour le plaisir des yeux… voici 24 sélections !

Aujourd’hui, mercredi 20 décembre, nous vous présentons un ouvrage qui siéra parfaitement dans votre bibliothèque ! Il s’agit du premier ouvrage de Lola Reboud : « Les Climats II ».

Ce livre a pour fil conducteur la relation que nous entretenons aux Climats – milieux humains, et où la géographie des territoires, comme le cycle des saisons, est aussi importante que les individus. Suite à des échanges avec le volcanologue Patrick Allard, chercheur à l’Institut du Globe de Paris, Lola Reboud s’est rendue dans la région du Kyushu photographier les laboratoires d’observations volcaniques et les sites de Sakurajima et Aso San, ainsi qu’à Beppu, où la géothermie est particulièrement visible. Cet ensemble photographique forme un récit où se mêle une figure humaine en regard de son environnement. La géothermie qui caractérise l’archipel Nippon est aussi au cœur du sujet.

INFORMATIONS PRATIQUES
LES CLIMATS II (Japon)
Lola Reboud
Texte de Mariko Takeuchi
Poursuite Edition
21 x 29 cm, 40 pages
ISBN : 978-2-490140-00-8
25 €
http://www.poursuite-editions.org/index.php?/parutions/les-climats-ii-japon/

Le Calendrier de l’Avent Spécial Edition Photo : 17 Décembre

Chaque jour Mowwgli vous propose d’ouvrir la case du jour de votre calendrier de l’avent. Difficile d’y inclure des petits morceaux de chocolat, alors nous avons décidé de vous faire découvrir quotidiennement un livre photographique publié cette année. Idées cadeaux, suggestions pour compléter votre collection de livres photo ou juste pour le plaisir des yeux… voici 24 sélections !

Aujourd’hui, dimanche 17 décembre, nous vous présentons « The Restoration Will » de la photographe japonaise Mayumi Suzuki, un travail personnel et émouvant sur l’après Fukushima.

Lors du tremblement de terre et du tsunami de 2011, j’ai perdu mes parents. Mon père et ma mère possédaient un studio de photographie. C’était leur lieu de travail, mais également un lieu de vie. J’y ai passé toute mon enfance. Après la catastrophe, le studio n’était plus qu’un tas de décombres, j’y ai retrouvé l’appareil de mon père couvert de boue. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à regretter de ne pas avoir repris le studio photo de mes parents.

Un jour, j’ai essayé d’utiliser cet appareil abîmé par la boue pour photographier un paysage. L’image était sombre et floue, comme la vue d’un défunt. J’ai alors senti que je pouvais connecter les deux mondes. La photographie est devenue ma manière à moi de communiquer avec mes parents.

Dans ce travail, j’ai également récupéré des photos de mon enfance prises par mon père. La couleur des images change, certaines parties disparaissent, ces portraits sont tachés, les couleurs ont virées et l’image disparaît peu à peu, semblable à souvenirs que je perds lentement…

J’espère conserver ma mémoire et mon histoire familiale à travers ce livre.

INFORMATIONS PRATIQUES
The Restoration Will
Mayumi Suzuki
Sortie : Novembre 2017
28 x 20 cm
ISBN : 978-88-941960-4-7
57,50 € (non signé) 62,50 € (signé)
http://www.ceibaeditions.com/store/books/the-restoration-will/
https://www.mayumisuzuki.jp

Saison Japonaise au Centre Pompidou Metz et festival Est Express

L’effet des « Mondes Flottants » inspirés de Shimabuku, la thématique de la fascinante Biennale de Lyon dont Emma Lavigne est la commissaire (cf notre article du 25 avril dernier ). Une chose est sûre cette saison japonaise en 3 chapitres ouvre de nouvelles perspectives sur cette scène d’une grande richesse, toujours perméable aux innovations et mouvements esthétiques extérieurs tout en maintenant une tradition forte.

JAPAN-NESS architecture et urbanisme au Japon depuis 1945

Cette identité qui donne son titre au 1er volet « Japan-ness » selon le terme de l’architecte Arata Isozaki désigne ce paradoxe entre l’immuabilité de certaines valeurs et un mouvement constant vers des influences autres.
A partir de l’importante collection du Centre Pompidou et d’œuvres provenant de studios d’architectes, de designers japonais de musées et institutions privées, les commissaires : Frédéric Migayrou directeur adjoint du Mnam Centre Pompidou (Paris) et Yûki Yoshikawa chargée de recherche et d’exposition Centre Pompidou Metz, ont sélectionné quelques 65 maquettes, plus de 150 dessins, des films, photographies représentant plus de 300 projets emblématiques, la plupart montrés pour la première fois.
Dans cet écrin du Centre Pompidou signé Shigeru Ban cela prend tout son sens.
La scénographie de Sou Fujimoto dont l’agence a remporté de nombreuses distinctions internationales et prépare à Paris le projet des « Milles arbres » pour reconnecter la vie et l’homme à la nature, suggère une déambulation à partir d’une structure modulaire à partir de panneaux suspendus dans la Grande Nef (partie architecture contemporaine).
Si vous ne saviez pas que l’architecte Shiberu Ban est à l’origine de la Nouvelle Seine musicale (Hauts de Seine), que l’agence SAADA est la lauréate pour le Louvre Lens ou que Tadao Ando a été choisi par François Pinault pour sa future fondation parisienne, il est temps de vous y mettre car l’architecture nippone se lance à la conquête de l’ouest !

Le parcours chronologique de 1945 (Hiroshima) à nos jours se découpe en 6 périodes avec en point d’orgue l’exposition Universelle d’Osaka en 1970 qui marque l’avènement du Métabolisme et une « nouvelle vision » technologique d’esprit modulaire et flexible, devenant vite un manifeste à portée mondiale.
Ainsi d’une période de destruction, l’architecture japonaise va trouver sa renaissance au regard du modernisme occidental (Le Corbusier et sa version plus économique et sociale par Charlotte Perriand et Jean Prouvé) affirmant bientôt un désir d’émancipation du contexte technologique lié à la croissance économique fulgurante des années 1960 pour aller vers un courant minimaliste (Tadao Ando) et une architecture de l’effacement dans les années 1975-95 (Toyo Ito et sa célèbre structure PAO II restaurée pour l’occasion).
La dernière partie de l’exposition met en lumière la génération des années 2000 largement diffusée à l’étranger avec des têtes de file comme Kengo Kuma ou Shigeru Ban. Des projets avant-gardistes qui redéfinissent la ville et l’urbanisme (petites habitations ouvertes sur l’extérieur au milieu de failles entre constructions existantes de Sau Fujimoto) dans une veine plus narrative ou symboliste en connexion avec le rapport à la nature.
Enfin le graphisme japonais est évoqué dans la dernière salle à partir d’une production éditoriale qui agit comme support de diffusion et de création.

Après ce panorama architectural qui ressemble à un véritable laboratoire de recherche en constant mouvement, nous découvrons les arts visuels contemporains nippons au sens large, sous l’égide de la commissaire Yuko Hasegawa, directrice artistique du Musée d’art contemporain de Tokyo.

JAPANORAMA, nouveau regard sur la création contemporaine

Non pas chronologique mais orchestré sur le modèle insulaire du pays, le parcours se découpe en 6 archipels sur les 2 galeries du Centre Pompidou.
La scénographie est signée de l’agence SANAA (cf 1er volet) autour de ces concepts clés que sont :
Galerie 3
Objet étrange-corps post-humain,
Pop
Galerie 2 :
Collaboration/Participation/Partage
Politiques et poétiques de la résistance
Subjectivité
Matérialité et minimalisme

Ainsi de la déconstruction après-guerre les artistes se saisissent du rapport au corps comme manifeste d’une quête qui passe par l’animisme avec les performances de Gutaï et la fameuse Robe électrique d’Astsuko Tanaka qui continue d’inspirer de nombreux créateurs au rang desquels Comme des garçons. Une approche futuriste qui trouve un écho particulier dans les années 80 avec l’essor du digital. Les transformations du corps parfois dues aux radiations (Tetsumi Kudo) de plus en plus ambivalentes sur fond de musique techno avec YMO, Dumb Type ou les Rhizomatiks aboutissent finalement à une fusion puis disparition de la figure humaine au profit du digital.
La section influencée au départ par le Pop art américain prend une tournure spécifique au Japon d’un néo-Pop en lien avec la culture underground. Le représentant emblématique de ce courant Tadanori Yokoo s’entoure de personnalités du théâtre ou de la musique électronique. Sa palette graphique kitsch et corrosive dévoilée à l’Exposition Universelle de 70 d’Osaka influencera toute une nouvelle génération.
Bientôt le désastre de Tchernobyl sonne le glas de cette vision utopique, suivi du tremblement de terre de Kobé en 1995, un vrai électrochoc. L’artiste Yanobe expose ses scaphandres nucléaires en guise de réaction, tandis que d’autres trouvent leur voie dans le monde de l’illustration (Tsunehisa Kimura) ou des formes néo-Pop remixées (Takashi Murakami et Makato Aida).

La galerie 2 aborde un autre désastre, triple : le tremblement de terre de Tohoku en mars 2011, et tsunami et catastrophe nucléaire, le tout laissant un traumatisme indélébile sur la population. Les artistes adoptent plusieurs formes de stratégies en réaction à ce climat de peur : des poétiques de résistance avec notamment Yoshitomo Nara et ces visages d’enfant empreints de colère et d’innocence ;
le sursaut d’une conscience politique avec notamment le collectif Chim↑Pom ;

ou la subjectivité dont se saisit la photographie avec des représentants illustres (Daido Moriyama, Ikko Narahara ou Takuma Nakahira) rassemblés par la revue Provoke ou des adeptes d’un quotidien magnifié comme avec Takashi Homma ou Rinko Kawauchi.

La dernière section plus contemplative aborde les notions philosophiques du Zen, du minimalisme et de l’école des choses (le Mono-ha) dont nous avons une vibrante illustration avec l’installation dans le forum du Centre de Kishio Suga « Law of peripheral Units »ce jardin de pierres comme métaphore du rapport de l’homme à la nature, pour finir par la majestueuse pluie noire de Kohei Nawa qui avec « Force » renvoie aux tombées radioactives sublimées dans leur descente verticale. Un épilogue d’une grande poétique et force plastique.
Comme le souligne la commissaire, l’art contemporain japonais s’est développé non pas de façon cohérente mais en prise avec d’autres formes d’expression telles que la mode, le manga et divers sous cultures, ce qui conduit à des sensibilités et approches plus individuelles et une véritable effervescence remarquablement traduite par la scénographie volontairement décloisonnée.
Loin des stéréotypes simplistes limités au « kawaï »(mignon) et zen, c’est à une traversée en profondeur à laquelle nous sommes conviés, à la fois artistique et spirituelle, complétée par la performance et les arts vivants très présents à l’international, lors de 10 rendez-vous intitulés « evenings« .

Le troisième volet de ce triptyque japonais sera entièrement dédié au collectif Dumb Type à partir du 20 janvier 2018, une première ! En réaction à la surenchère technologique des années de bulle économique de 1980, le groupe interroge nos comportements face un monde globalisé et normé par le numérique entre installation immersive et nouvelle forme de théâtralité. Patience…

Le festival Est Express : 3 jours festifs entre le Centre Pompidou-Metz et le Mudam Luxembourg, du 10 au 12 novembre (billet couplé).

La manifestation débute au Centre Pompidou-Metz le vendredi en nocturne, s’y poursuit le samedi en journée, avant d’investir le Mudam le samedi soir et le dimanche.
Au programme, remarquons :
Capitaine Futur soit l’association de la chanteuse folk Rachael Dadd et du musicien underground Ichi, bricoleur et instrumentiste de génie qui à partir du concept de l' »On Pa » (interaction de l’homme avec les phénomènes naturels) nous proposent un théâtre d’ombre savoureux pour petits et grands.

Ichi nous conduit jusqu’au Mudam où le chorégraphe américain Jonah Bokaer interprète une performance conçue en réponse au Grand Hall avec comme socle l’œuvre magique de Su-Mei Tse « Stone collection », sur laquelle je reviendrai. Le cosmo-ball d’Emmanuelle Vo-Dinh et ses amis termine joyeusement la soirée. Chacun est invité à se déguiser pour l’occasion ! Un musée qui vibre et va vers vers d’autres publics.

INFOS PRATIQUES :
• JAPAN-NESS
Jusqu’au 8 janvier 2018
• JAPANORAMA
Jusqu’au 5 mars 2018
• DUMB TYPE
Du 20 janvier au 14 mai 2018
Centre Pompidou Metz
1, parvis des Droits-de-l’Homme
57020 Metz
http://www.centrepompidou-metz.fr/

Le Restaurant la Voile Blanche vous propose une pause gastronomique (chef étoilé Eric Maire) dans un cadre soigné.
Tarifs :
Tarif modulable en fonction du nombre d’espaces d’expositions ouverts le jour de votre visite. : 7€ / 10€ / 12€
L’accès du musée de la gare se fait en 5 mns par une passerelle extérieure. (Paris-Metz en TGV : 1h20)

Bubble vous présente la BD de la semaine : GTO de Tôru Fujisawa

Bubble, l’appli dédiée à la gestion de votre collection BD, nous propose chaque vendredi de découvrir une BD à déguster sans modération pendant le week end, bien au chaud dans votre canapé ou à la terrasse d’un café…

« J’ai parié sur les miracles que son anormalité peut réaliser »
Sélection #96 GTO de Tôru Fujisawa

Je me souviens quand j’ai découvert cette série en étant ado, c’était assez barré et intrigant pour que toutes les situations les moins crédibles le deviennent. Le gamin rebelle, membre d’un gang devient le professeur le plus cool de la terre même, si ses motivations ne sont pas la pédagogie ou l’envie de transmettre… plutôt les jolies lycéennes.

Violence urbaine, règlement de compte & chantage, désengagement du système éducatif & casse sociale, conflit générationnel & délinquance juvénile,… bienvenue dans le Japon invisible, celui qui n’existe pas officiellement mais transpire dans les mangas des années 80–90. On pense immédiatement à Akira sans la SF.

De gangster looser à héros éducateur. Un point de départ décalé qui permettra au jeune professeur Onizuka de montrer ce qu’il a dans le ventre, et qu’il n’est pas le salaud qu’il voudrait être. Au contraire, plus les situations deviennent tordues et perverses plus notre prof devient un héros. En particulier, comparé aux autres membres du corps enseignant qui ne sont pas recommandables sous leurs vernis respectables.

Le badboy sympathique nous embarque dans un Japon délirant, décalé où les jeux de mots et l’humour sont l’arme absolue (pour les jeux de mots et les références pointues, il faut un peu creuser mais si on aime le Japon c’est une mine d’informations) Et c’est à la sauce niponne, avec une bonne dose de pipi-caca. Mais dosé avec une vraie réflexion sur ce qui peut être important dans une vie, l’empathie et la valeur qu’on accorde aux autres. Une leçon d’humanité derrière les pitreries du héros.

Assez virtuose sur toutes ses séries, le dessin de Tôru Fujisawa détonne par sa précision et son sens du détail. Les personnages ou les décors ont fait l’objet d’une grande attention, les cadrages et la mise en page servent l’action et l’émotion à merveille. Un soin particulier est apporté aux visages mais cela n’empêche pas des moments de libertés graphiques, comme scénaristiques dont l’alternance fait partie de l’âme de cette série.

La série ressort chez Pika cette année, c’est en cours, voilà une bonne occasion de relire ou lire cette série assez peu mise en avant en France. Du fun, une vraie leçon de vie et un manuel décapant à l’usage des adolescents qui voudraient savoir tout ce qu’il ne faut pas faire pour draguer. Attention, l’auteur accorde une énorme place au « fan service » cette pratique de magaka qui consiste à dessiner de jolies filles en sous-vêtements, ou en situations délicates le plus souvent possible pour plaire à un lectorat masculin. Même si l’auteur joue avec ce cliché, puisque son personnage est bien un gros pervers, cela peut choquer si on est pas prévenu. Mais derrière cette galerie un poil misogyne qui devient risible au fil de l’histoire, ce Great Teacher Onizuka reste un des personnages les plus marquant du genre shonen.

Images extraites de l’album © Tôru Fujisawa/Pika

BD
GTO de Tôru Fujisawa, Pika, 2017 pour la nouvelle édition
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Bubble vous présente la BD de la semaine : Dragon Head de Minetaro Mochizuki

Bubble, l’appli dédiée à la gestion de votre collection BD, nous propose chaque vendredi de découvrir une BD à déguster sans modération pendant le week end, bien au chaud dans votre canapé ou à la terrasse d’un café…

« Je sens quelque chose caché dans le noir »
Sélection #93 Dragon Head de Minetaro Mochizuki

Quand j’ai lu cette série pour la première fois j’ai adoré le format entre manga d’horreur et récit survivaliste. Tout y était étrange et entrainant malgré la torpeur distillée dans les pages, un remake de Sa majesté des mouches version Battle royale. Un train déraille et ses occupants sont morts ou prisonniers du tunnel qui les a engloutis. Les enfants rescapés vont faire face à la faim, la soif, l’attente mais surtout aux ténèbres. La folie et l’angoisse planent sur chaque page de ce manga : la peur semble être à la fois le moteur et le sujet de la série.
Derrière le masque du frisson, le mangaka explore les relations humaines et propose des pistes presque sociologiques sur les réactions humaines face à la peur, au piège, au désespoir… Bien avant la mode des mangas survivalistes, des histoires de zombies, les trois héros de Dragon Head expérimentaient la fin du monde en vase clôt. Est-ce que l’on peut baisser les bras ou espérer sans cesse du secours ?
Ou pire sombrer dans la folie. La métamorphose tribale voir monstrueuse de Nobuo marque le lecteur, son regard tatoué dans nos mémoires. Les ombres rodent.
Variations de noirs. Très stylisé et aérien, le dessin ne ressemblait pas aux mangas habituels du genre. Ce n’est que bien plus tard en découvrant son travail sur Chiisakobé que j’ai réalisé l’immense talent de Minetaro Mochizuki (lire le coup de cœur ici) L’attention du détail, les regards et le mouvement sont au cœur du travail du dessinateur depuis ses premiers travaux et le huit-clos de Dragon Head lui permet de redessiner sans cesse les mêmes décors et le même petit groupe de personnage avec à chaque fois une touche plus énigmatique, effrayante, rassurante,… Selon les émotions recherchées, le détail fait sens et instinctivement on cherche du coin de l’œil la plus petite variation. Au cas où.
Un manga prenant et nerveux, histoire terrifiante sans verser dans l’horreur, réflexion sur notre humanité et belle analyse de nos possibles réflexes, actions de grâce et pires bassesses face au danger : Dragon head est un incontournable du seinen. Katsuhiro Ōtomo ou Paul Pope s’associent volontiers à moi pour vous le recommander « froidement ».

Images extraites de l’album © Minetaro Mochizuki/ Pika

BD
Dragon Head de Minetaro Mochizuki, Pika graphic , 2017 pour l’intégrale
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