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Les Lauréats de la 10ème édition du Prix Levallois 2018 dévoilés
Rencontre avec les directeurs artistiques Catherine Derioz et Jacques Damez

C’est à Arles, ce jour, que s’est déroulée la remise du Prix Levallois création photographique internationale 2018 en présence de Valérie Jouve, marraine du Prix. Le lauréat de cette édition 2018 est Pierre-Elie de Pibrac avec Desmemoria, photographe de l’agence VU’, la mention spéciale est attribuée à Emmanuel Tussore et enfin c’est Camille Shabestari qui remporte le Prix du public !
A cette occasion, nous avons rencontré Catherine Derioz et Jacques Damez, de la galerie Le Réverbère à Lyon, nouvellement à la direction du Prix.

Mowwgli : Depuis cette année, vous êtes en charge de la direction artistique et du commissariat du Prix Levallois qui fête cette année ses 10 ans, quelle vision avez-vous du Prix ?

Pour nous ce qui est important et remarquable est l’intérêt d’un prix pour la photographie. Cet intérêt est essentiel puisque nous défendons la photographie ; tout ce qui peut la promouvoir et la soutenir nous concerne et motive notre attention depuis toujours.
10 est le premier anniversaire qui compte. En effet, ce temps montre une stabilité et une volonté de s’inscrire dans la durée. Le fait d’être les directeurs artistiques de cet âge symbolique et d’organiser le passage à la prochaine décennie est une responsabilité que nous prenons très à cœur.

Mowwgli : Vous avez reçu près de 700 dossiers venus de plus de 70 pays, vous avez sélectionné 15 dossiers, pouvez-vous nous parler de ce travail de sélection ? Qu’avez-vous découvert au travers de tous ces dossiers reçus ? Quels axes avez-vous privilégiés pour les dossiers des 15 nominés ?

C’est une expérience rare que de dépouiller plus de 700 dossiers, environ 10 000 images. Cela demande une grande concentration et une disponibilité pour regarder et pas juste voir. Ramener à 15 cet ensemble s’est fait au vu de ce que nous y avons découvert. Nous n’avons pas orienté notre choix en direction de quelque intérêt particulier. Les 15 candidats sélectionnés sont les meilleurs travaux représentant les grands courants émanant de l’ensemble. Nos conclusions soulignent une présence très dominante de la photographie documentaire et de la nature morte, une interrogation dialectique entre le noir et blanc et la couleur. Pour conclure, une mélancolie inquiète tisse sa trame au cœur de cette génération ; ces jeunes photographes nous proposent une vision distante et engagée du monde.

Mowwgli : Cette 10ème édition du Prix vient d’être remportée par Pierre-Elie de Pibrac. Et la mention spéciale revient à Emmanuel Tussore. Ils ont été choisis par le jury. Pouvez-vous nous parler de leurs travaux respectifs ?

La série primée de Pierre-Elie de Pibrac, Desmemoria, ou les oubliés du rêve révolutionnaire, est une étude approfondie sur les Azucareros — peuple issu du sucre — à Cuba. Ce travail documentaire explore les sites, villages, usines organisés autour des activités sucrières, et les hommes en activité ou qui le furent. Une utilisation juste du noir et blanc et de la couleur permet de comprendre certains enjeux du pays et de sa culture. Pierre-Elie de Pibrac prend de contre-pied les apparences : il photographie les paysages en noir et blanc pour casser l’exotisme et utilise une chambre et du film couleur pour les portraits des travailleurs posant devant leur façade repeinte, telle que l’impose le castrisme. Il applique ensuite en filigrane une phrase issue de discours de propagande, répétée à l’infini. Ces partis pris conceptuels et esthétiques tressent de nombreux aller-retours qui nous renseignent et témoignent de l’importance emblématique du sucre dans l’histoire de cette île.

Avec Home, Emmanuel Tussore propose un travail de nature morte documentaire. Il sculpte dans des savons les ruines des bâtiments de la cité d’Alep; par la métaphore celles-ci deviennent plus vraies que nature. Ces cubes de couleur, qui varient du jaune au vert bleu, dans la répétition de la forme des écroulements qu’ils reconstituent, dessinent l’image d’une ville sacrifiée. Cet ensemble très maîtrisé a une beauté plastique silencieuse et évoque le souffle assourdissant des bombardements.

Mowwgli : Chaque année, un Prix du Public est attribué, c’est Camille Shabestari qui a remporté les votes. Quel regard portez-vous sur ce choix ?

Camille Shabestari avec Ainsi parlait Zarathoustra, présente une enquête sur le zoroastrisme, religion venue de l’antiquité perse, actuellement pratiquée en Iran, en Inde et au Kurdistan irakien. Zarathoustra fut le prophète du dieu suprême et immatériel Ahura Mazda qui créa le ciel et la terre. Aujourd’hui cette religion se confronte à l’islam et se pratique de façon très secrète dans des lieux retirés. Camille cherche la distance juste afin de nous faire découvrir cet univers de façon respectueuse.

Ces trois séries seront présentées à la galerie de l’Escale de Levallois, dès le 5 octobre ; nous vous invitons à découvrir une génération de photographes qui révèlent leur inquiétude face au monde.

Le Jury était composé de : Sherine Audi (Collectionneuse), Éric Cez  (Directeur des éditions Loco), Héloïse Conesa (Conservatrice du patrimoine à la Bibliothèque nationale de France, en charge de la collection de photographie contemporaine), Stéphane Decreps  (Adjoint à la Culture de la ville de Levallois) et Sylvie Hugues  (Journaliste et consultante en photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les lauréats du Prix Levallois 2018
Exposition
Du 5 octobre au 24 novembre 2018
http://prix-levallois.com
contact@prix-levallois.com

Les Bons Plans lyonnais d’Héloïse Conesa

Se promener dans les rues biscornues et les « traboules » qui montent à la Croix Rousse, s’arrêter à la galerie Le Réverbère, déjeuner au bistrot Chez Lucien rue Belfort, faire quelques emplettes à l’Instant Poétique sur le boulevard de la Croix-Rousse ou flâner dans le lieu hors du temps qu’est le jardin Rosa Mir créé par Jules Senis. Puis redescendre sur la Presqu’île par la cour des Voraces et ses escaliers à la Piranèse, contempler quelques-uns des chefs-d’œuvre de la collection Delubac (toiles de Bacon ,Bonnard, Miro, Picasso…) au Musée des Beaux-Arts et aller déguster la sublime tarte à la praline de la pâtisserie Debeaux.

A LIRE
Notre invitée de la semaine est Héloïse Conesa

The Middle Earth, la Terre du Milieu. Un nouveau conte épique se joue à l’IAC à Villeurbanne

L’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne nous convie avec la complicité de Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham à rejouer la [Terre du Milieu] The Middle Earth, projet méditerranéen. Un voyage poétique dans une Méditerranée historique, mythique et fantasmée. Assez conceptuel.

Cela fait de nombreuses années que Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham vivent sur les rives de la Méditerranée.  Après Marseille, Rome c’est à  Naples qu’ils résident aujourd’hui. Cette collaboration inédite est née du désir de sonder ensemble sur un mode poétique et critique, leur territoire de vie.

Le projet s’est formé dans la tête de Jimmie Durham, The Middle Earth, la quête d’un vaste continent, en rien défini par les nations, mais bien imaginé, rêvé, et, par là même, illimité.

The Middle Earth est une nouvelle recherche, menée à quatre mains, autour de l’héritage métissé de la Méditerranée. Chaque chapitre du récit qu’ils nous racontent est un dialogue actif entre œuvres récentes et objets archéologiques ou ethnologiques, entre écrit poétiques et scientifiques.

Ils déconstruisent la Méditerranée pour mieux reconstruire cette « Terre du Milieu » en suivant une narration très personnelle et originale.

On démarre ce séjour en Méditerranée à travers l’évocation des qualités fertiles, nourricières et raffinées de la terre. Dès cette première salle, un écrin jaune citron, le mode opératoire est déjà opérant. Mais il faut avoir franchit plusieurs étapes du parcours avant de rentrer dans leur univers.

Le paysage est illustré tout au long du voyage par le nom des plantes en latin qui courent sur les murs.

Nos conteurs utilisent  le minéral, le végétal, les écritures, la couleur, une accumulation d’objets archéologiques et des créations contemporaines pour convoquer, l’histoire, les sciences, le savoir, les mythologies, notamment avec l’évocation des sirènes, la religion ou plutôt les croyances de l’Antiquité et les cultures de la méditerranée. Il est intéressant de constater que leur regard est complètement emprunt de leur propre histoire et de leurs propres sensibilités.

Maria-Thereza Alves, d’origine brésilienne, est très impliquée dans les questions de peuples déracinés et d’écologie. On ne peut s’empêcher, dans les éléments qu’elle laisse ici et là, de voir une évocation aux migrants et à la pollution. L’utilisation du végétal et ses peintures réalisées avec des fleurs plongées dans la peinture nous ramènent également dans son Brésil natal.

Pour Jimmie Durham, ces origines amérindiennes Cherokee, transparaissent dans sa fascination pour le minéral, dans tout un bestiaire (serpents, poissons), et une série d’objets fétiches. Avec toutes ces accumulations, il déconstruit les stéréotypes et les récits officiels des pouvoirs et réinterroge la place de l’homme. Ensemble, ils jouent avec l’espace pour nous faire toucher de près des concepts clés : le spirituel et le matériel. Donc au delà d’une pérégrination physique et historique dans l’adn de la méditerranée, nos compères nous invitent également à un voyage plus métaphysique, quasi  chamanique, où sont convoqués en filigrane les esprits de leurs cultures d’origine.

Cette Terre du Milieu est le point exact où vivre autour de mare nostrum et est  une expérience singulière qui transcende l’homme et son milieu.

INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition en cours
The Middle Earth, Projet Méditerranéen
Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham
du 2 mars au 27 mai 2018
Institut d’Art Contemporain
11, rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne
http://i-ac.eu/

A LIRE :
Rencontre avec Nathalie Ergino, directrice de l’IAC de Villeurbanne

Rencontre avec Nathalie Ergino, directrice de l’IAC de Villeurbanne

Nous avons rencontré Nathalie Ergino, directrice de l’IAC (Institut d’Art Contemporain) de Villeurbanne à l’occasion de la nouvelle exposition « The Middle Earth, Projet Méditerranéen » de Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham

Mowwgli : L’IAC est une double entité : un centre d’art et le FRAC, c’est bien cela ? 

Nathalie Ergino : L’IAC est le fruit d’une fusion en 1998 entre le Nouveau Musée,  l’un des premiers centres d’art en France donc (1978 – 40 ans cette année) et le Frac Rhône Alpes qui est né un peu plus tard. Il n’y a donc plus qu’une structure qui s’appelle l’IAC (Institut d’Art Contemporain). Reparler aujourd’hui  de cette double dimension n’est plus le sujet puisque pour nous c’est un tout. Un ensemble qui met au premier plan la création qui s’est aussi additionnée d’une collection et de la diffusion de cette collection sur les territoires de proximité. Ou parfois plus éloigné.

Mowwgli : Cela semble une tendance pour les Frac de produire et participer à la création ?

N.E. : En fait, nous sommes probablement un des premiers FRAC nouvelle génération. On peut considérer que nous sommes un centre d’art qui a une collection. Dans mon esprit la collection est le fruit de la création. Un centre d’art est de fait un centre de production même si nous n’avons pas de lieu de résidence dédié. Que les Frac aujourd’hui rejoignent cette question c’est très probable mais pas systématique de mon point de vue.

Notre collection n’a pas pour but d’être exhaustive ni d’être représentative. Elle est le reflet des processus de création mis en place ici et parmi les membres de notre comité d’achat  certaines personnes sont aussi en charge de projets curatoriaux dans leurs propres structures. C’est un travail collaboratif qui n’empêche surtout pas la prospection. Nous plaçons vraiment le principe de création et de collaboration avec les artistes comme point de départ.

Mowwgli : Concernant les acquisitions y-t-il une ligne directrice ?

N.E. : Si la création est un fondement chez nous ce n’est pas le cas dans toutes les structures. Il n’y a pas d’axe thématique en soit parce que ce n’est pas quelque chose qu’on aime. Ni de la part de mon prédécesseur ni chez moi. On peut toujours dégager des sections thématiques mais aujourd’hui la proximité avec la production artistique influence principalement nos choix.

Il y a quelques années nous étions vraiment sur des créations très immersives, perceptuelles, très orientées vers toutes ces questions sur la programmation d’expositions. Puis nous avons créé, initié par Ann Veronica Janssens et moi-même, le laboratoire espace cerveau sur les questions de « spacialisation », d’espace en tant qu’expérience perceptuelle, d’altération de la conscience, de perte de repères… Cette période est plutôt derrière nous, pas dans le sens de ne plus l’utiliser. Car cette expérience perceptuelle a servi d’outil qui nous amène avec plus d’acuité dans cette période qui est la nôtre. Depuis à peu près un an, on est beaucoup plus dans une approche qui tend à sortir de l’anthropocentrisme. Il ne s’agit pas de paniquer avec la question de l’anthropocène, mais de proposer ce que nous appellons, dans le cadre du laboratoire, le cosmomorphe.

Je travaille vraiment sur des notions qui nous permettent d’envisager l’art en recherche de façon transdisciplinaire, avec les sciences humaines, les neurosciences, la physique, l’astrophysique… mais aussi avec des sciences moins reconnues comme la télépathie, l’hypnose, le chamanisme… Les sciences au sens le plus large possible afin que celles-ci irriguent les projets de création et d’exposition à l’IAC. Alors bien évidemment, parce que nous sommes dans un processus de recherche, c’est un peu compliqué d’en faire un résumé précis et définitif mais ce sont les orientations d’un cycle engagé depuis novembre 2016.

Mowwgli : Pourriez-vous préciser malgré tout ?

N.E. : Le laboratoire se développe en étapes, sous formes de stations. Unités d’exploration, qui sont constituées de journées d’études, de conférences, d’œuvres à l’étude, qu’elles se déroulent in-situ ou ex-situ (comme par exemple au Centre Pompidou Metz à l’occasion de Jardin infini. De Giverny a l’Amazonie). Les bouleversements biologiques, géologiques, politiques, climatiques ainsi que les récentes recherches scientifiques, nous obligent à repenser et recomposer un monde global humain et non-humain

D’un point de vue strictement artistique, nous restons sur ses préoccupations : quel est ce moment que nous traversons ? Vers un monde cosmomorphe, c’est quoi ? Qu’est-ce que l’on peut construire ensemble qui nous amène à penser et regarder l’accélération de notre société et du monde. La littéralité n’est pas de mise mais en revanche avancer ensemble avec des  artistes et des chercheurs c’est une manière aussi de, sans se leurrer ni se mettre à la place du politique, considérer que l’on contribue à ce changement de civilisation.

Mowwgli : L’art et la science dans un même mouvement ?

N.E. : C’est vrai que la science vient confirmer nos intuitions et c’est formidable. L’idée est de plus faire partager les imaginaires plutôt que chaque discipline ne les garde pour elle. On sent que cette transdisciplinarité nous permet d’étendre ce partage d’imaginaire à plus de monde qu’à une certaine époque. C’est donc une forme de révolution qui est en place avec ces notions. Par exemple, il y a encore peu, les neurosciences régnaient en maître sur la recherche, depuis, d’autres savoirs comme la plasticité du cerveau, les VAMP neuronales, les recherches sur le microbiote et ainsi de suite sont venus enrichir nos connaissances et on voit bien qu’il y a de nouvelles interactions ou interrelations entre les disciplines. Dans ce contexte, l’homme ne peut plus être seulement au centre du dispositif, il est un des éléments constitutif de cet ensemble. Ces questions, les artistes travaillent dessus et, même si ce n’est pas notre choix spécifique de sélection, c’est quand même une orientation qui est à l’œuvre dans notre projet.

Ce n’est certainement pas un hasard que l’exposition que nous présentons en ce moment soit de Jimmie Durham et Maria-Thereza Alves. Ce sont des artistes qui, au-delà de leur pratique artistique, souvent pluridisciplinaire, ont un engagement politique, humanitaire et écologique. L’exposition, de part sa narration, aborde des thèmes comme la terre, la mer, le végétal, l’humain mais aussi les savoirs, les croyances et le chamanisme en filigrane.

Mowwgli : Quels sont les projets à venir ?

N.E. : Le programme actuel nous souhaitons le poursuivre encore au moins deux/trois ans. C’est difficile de se projeter plus loin et cela n’aurai pas beaucoup de sens, ni d’intérêt. D’un point de vue structurel, nous sommes pas mal. Certes nos locaux sont dans une petite rue mais ils sont assez étendus. C’est d’ailleurs plus un outil qu’un bâtiment. Cet outil a le mérite d’exister depuis les années 80 et a été revisité en 92. Pour les réserves, elles sont ici, pour tout ce qui est 2D et œuvres fragiles mais tout ce qui est en volume, est entreposé à vingt minutes d’ici. Il n’est pas envisagé de construire un bâtiment contemporain pout le plaisir. On a la possibilité de travailler muséalement sans les contraintes d’un musée. J’ai dirigé un musée et je peux vous assurer que c’est beaucoup simple ici. On a les avantages de notre statut d’association. On se dote vraiment pour la collection des approches muséales sans en avoir les contraintes.

Mowwgli : Quelles sont les synergies avec la région ?

N.E. : Tout d’abord, je dois préciser que la région Auvergne Rhône Alpes est un très grand territoire et qu’elle compte certainement le plus grand nombre de centres d’art. C’est donc très important pour nous, en tant que Frac, pour faire vivre notre collection. C’est vrai que l’ancien Frac est lié à l’origine de beaucoup de ces structures, nous sommes donc vraiment à leurs cotés et soudés sur des projets communs. Tous les ans, nous avons un temps fort d’une collection partagée sur un lieu du territoire. Nous avons un autre projet de création avec cinq centres d’art que l’on rassemble autour d’un projet commun. Cinq artistes que l’on choisi ensemble, c’est assez fort comme engagement mutuel.

De façon plus local, il y a une collaboration qui s’était établie avant mon arrivée afin que l’IAC soit un des lieux de la Biennale. On a réfléchi à l’idée que l’IAC trouve une place plus spécifique que simplement un lieu d’accueil. C’est pourquoi nous accueillons depuis 2009 un projet monté ensemble, dont l’inspiration revient à Thierry Raspail du MAC, un rendez-vous jeune création internationale. Dans ce cadre, l’IAC devient la section des artistes émergents lors de la Biennale.  L’école d’art nous a rejoins dès le début. C’est vraiment un projet commun : MAC (Musée d’Art Contemporain), Biennale, Ecole d’art et l’IAC pour promouvoir la jeune création. On demande à dix commissaires de sélectionner 10 artistes résidents en France et dix autres sont proposés par des commissaires de biennales du monde entier. C’est plutôt très coopératif comme démarche.

On est très heureux car je dois ajouter que les années hors biennales nous continuons à travailler ensemble notamment pour exporter nos artistes français. Par exemple, au mois de juin nous allons à Cuba.

Mowwgli : Y-a-t-il  beaucoup d’opérations comme celle-ci à l’étranger ?

N.E. : Nous la programmons une année sur deux (intercalée avec la biennale). Nous accompagnons  ces artistes afin que l’expérience soit intéressante, riche et bien sûr qu’ils puissent rencontrer une scène artistique étrangère. Ils sont déjà allés à Shanghai, Singapore, en Afrique du Sud. Nous aimons vraiment beaucoup travailler directement avec les artistes.

Merci Nathalie.

Demain, retrouvez l’article sur l’exposition en cours : The Middle Earth, Projet Méditerranéen de Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham

INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition en cours
The Middle Earth, Projet Méditerranéen
Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham
du 2 mars au 27 mai 2018
Institut d’Art Contemporain
11, rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne
http://i-ac.eu/

Rencontre avec Thierry Raspail, directeur du Musée d’Art Contemporain -MAC- de Lyon et directeur artistique de la Biennale

Thierry Raspail, directeur du Musée d’art contemporain de Lyon depuis sa création en 1984, commissaire général de plusieurs expositions emblématiques, crée en 1991 la Biennale d’art contemporain de Lyon et en occupe depuis le poste de directeur artistique avec un succès non démenti, culminant lors de cette dernière à 260 420 visiteurs pour l’exposition Mondes flottants signée par Emma Lavigne, le record d’affluence de toute l’histoire de la Biennale !

A l’occasion de l’ouverture de l’exposition dédiée à Adel Abdessemed, une première avec des créations inédites et des œuvres jamais montrées en France, et d’un panorama de la collection de la peinture au numérique, ou l’inverse, Thierry Raspail revient sur les temps forts de son engagement et les enjeux à venir à l’ère de la globalisation et mutation des territoires.

Avant qu’une polémique injuste ne conduise l’artiste a retirer la vidéo « Printemps » pourtant réalisée à partir d’effets spéciaux, « une allégorie de toutes les violences » selon les mots employés par Thierry Raspail face au manque de discernement des réseaux sociaux entre une image et ce qu’elle dénonce.
Nous en profitons pour redire tout notre soutien à l’artiste et aux équipes du musée.

« Plutôt que de muséifier l’art contemporain, contemporanéisons le patrimoine !« 

Marie de la Fresnaye : Comment s’est organisé le partenariat avec le Grand Hornu autour des 2 expositions d’Adel Abdessemed et en quoi sont-elles complémentaires ?

Thierry Raspail : Quand j’invite Adel à Lyon, je ne connais pas le projet du Grand Hornu c’est la même chose pour Denis Gielen, directeur du Grand Hornu qui ne sait rien du projet de Lyon. Avec Adel, notre histoire est ancienne, puisqu’il débarque en France à l’âge de 23 ans dans des conditions tragiques, suite à l’assassinat du directeur des Beaux-Arts d’Alger et de son fils par les islamistes, et c’est à Lyon qu’il achève ses études. C’est là qu’il rencontre Julie, dans un bar nommé l’Antidote – titre de l’expo. Elle sera son épouse, mère de leurs cinq enfants et figure emblématique de plusieurs œuvres marquantes. Lorsqu’Adel expose au Magasin de Grenoble, je lui donne rendez-vous dans dix ans, puis je réitère mon invitation à la Biennale de Lyon en 2009. Entretemps, je vois beaucoup de ses expos à Londres, New York, Doha. Et j’arrive dans son studio londonien 10 ans plus tard, presque jour pour jour pour l’inviter à Lyon. Le projet prend forme : 2 étages d’exposition, soit 1 800 m2 environ. Je ne souhaitais pas une rétrospective mais une expo qui combine de nouvelles pièces comme Judd par exemple, composée de plusieurs camions et que je découvre sous forme de dessins dans son studio londonien, des œuvres inédites en France, telle que Shams, combinées à quelques pièces plus anciennes dont certaines créées à Lyon. Le parcours est une métaphore visuelle qui mêle à la fois la petite histoire (celle d’Adel, familiale, introspective, quotidienne, littéraire, subjective  – un véritable laboratoire à compression) et la « grande » Histoire, celle face à laquelle Adel s’interpose. C’est ce parcours unique, dans lequel le geste et l’image se superposent et se confondent qui m’intéresse en tout premier lieu. Les deux expos sont complémentaires, elles présentent un bon nombre de nouvelles créations. Le Grand Hornu est un itinéraire linéaire conçu dans un édifice  marqué par l’histoire ;  à Lyon, l’expo pour reprendre les mots d’Adel, s’offre « comme deux villes superposées » mêlant poésie, tragique et ode à la condition humaine

M. d. l. F. : En quoi l’œuvre « Shams » produite spécialement est-elle emblématique ?

T. R. : Plus qu’emblématique elle est singulière. Il faut rappeler que pour chacune des œuvres créées par Adel le matériau choisi est déterminant puisqu’il en est tout simplement le corps, sa présence physique et immédiate. Quand il s’agit d’une photo le lien à la temporalité est essentiel ; avec la vidéo il s’agit la plupart du temps d’une courte boucle qui joue sur la sidération et la répétition ; pour la sculpture, c’est  l’effet de  « Tout-Ensemble », pour emprunter le terme à Rubens : immédiateté et synthèse. Shams, signifiant soleil en arabe et simulacres en anglais, est emblématique de l’hommage constant que rend Adel à la condition humaine, à la singularité et à la liberté individuelle. On place trop souvent son oeuvre du côté de la violence, sans voir qu’elle oppose une réponse poétique et  frontale à la « férocité du monde ». Shams est une frise dans la grande tradition des frises héroïques sauf qu’elle est dédiée à l’homme asservi, à l’esclave, à l’anonyme, aux vaincus de l’histoire. Le visiteur est littéralement immergé dans un univers ocre, un bas-relief à l’échelle un, réalisé avec 30 tonnes d’argile crue environ, qui sèche et se craquelle au cours de l’expo. L’œuvre occupe à elle seule tout un étage.

M. d. l. F. : En parallèle vous présentez une sélection d’une trentaine d’œuvres de la collection, cette démarche se veut-elle le reflet d’une histoire, ses filiations et ses lacunes ou un arrêt sur image des mutations des catégories en cours ?

Le musée a été créé il y a 30 ans, à l’orée de la mondialisation, à l’époque du post-modernisme triomphant. Il est contemporain des FRAC. A sa création, il n’y a pas de collection. Je constate alors qu’avec l’élargissement du monde artistique à des territoires jusque-là ignorés par l’Occident et n’appartenant pas à nos « aires » culturelles traditionnelles (Chine, Inde, Asie…), lesquelles vont interroger notre modernité, nous ne pouvons plus désormais concevoir la collection comme un témoignage ou une reconstitution de l’ « histoire de l’art », car la création est beaucoup trop vaste, complexe et en surproduction. La collection doit par conséquent se réinventer et écrire son propre récit. A Lyon ce sera celui d’une collection d’expositions. C’est inédit en Europe. J’invite alors des artistes à concevoir pour le musée une exposition spécifique destinée à être acquise intégralement. C’est la collection qui guide la programmation des expositions. Il s’agit d’entrer « chez » Abramovic & Ulay, Robert Morris, Joseph Kosuth, George Brecht, Robert Filliou, Kabakov, La Monte Young ou Daniel Buren, et plus récemment « chez » Antoine Catala, par exemple. On entre ainsi « chez » ces artistes à un moment particulier de leur œuvre, conservée intégralement, sans l’artifice de la reconstruction historique a posteriori qui est toujours une fiction. Très vite, l’ampleur des oeuvres, et les courbes ascendantes du marché, nous conduisent à nous réorienter  vers le son, l’image jusqu’au seuil du numérique, tout en conservant cette idée de « chez »  et de « moment ». C’est là que j’invite Nam June Paik à recréer ses œuvres mythiques de 1963, première intervention artistique sur la télévision de l’histoire. L’exposition actuelle est  un choix opéré dans la collection, qui présentée intégralement exigerait quelque chose comme 35 000 m2. Elle s’ouvre avec des œuvres et une phrase d’Anna Halprin, chorégraphe majeure et plasticienne, longtemps ignorée en Europe avant d’être honorée à la Biennale de Venise et à la Documenta, dont nous avons réalisé la première rétrospective il y a quelques années. Il s’agit d’établir des liens subtils entre l’image, la peinture et le numérique, le son et la durée. On retrouve Ed Atkins, Alex da Corte, Steve McQueen ou Ian Cheng, dont l’œuvre se développe de façon totalement aléatoire à partir d’un algorythme créé par l’artiste. Ces pièces sont mises en perspective avec des installations numériques « primitives » par exemple celles de Sommerer et de Mignonneau, créée en 1995 pour la 3e Biennale de Lyon, ou avec Half Life, de 2001, jeu vidéo dont vous êtes un des héros sans le savoir et qui se déroule  dans l’expo que vous visitez. Et il y a bien sûr des peintures : de Rémi Zaugg, Marc Desgrandchamps à Alan Charlton ou Erró. Beaucoup de ces œuvres sont acquises à l’issue des Biennales, dont le musée constitue la mémoire.

M. d. l. F. : Face à l’accroissement du nombre des biennales dans le monde, en quoi la Biennale de Lyon dont vous êtes à l’origine, garde-t-elle une spécificité et valeur ajoutée en prise avec le territoire et au-delà ?

T. R. : Les Biennales de Venise, Sao Paolo et Paris, avec la Documenta qui est une « quinquennale », sont des Biennales historiques. Créée par André Malraux en 1959, la Biennale de Paris disparaît en 1985. Le monde qui s’annonce alors est celui de la globalisation et, dans les arts visuels, c’est celui de l’apparition massive du phénomène des Biennales, notamment en Asie,  qui donnent la parole à des artistes jusque-là exclus par l’Occident. La balance penche peu à peu vers ces aires qui n’appartiennent pas à nos réflexes culturels, et on a du mal en Europe à imaginer alors qu’il ne s’agit ni d’une mode, ni de « sous-produits ». Dans ce contexte nouveau, il me paraît primordial et urgent de « recréer » une biennale en France qui puisse porter un discours international. Soutenu par la Ville de Lyon, je le propose au Ministère de la Culture qui entérine. La première Biennale de Lyon ouvre le 2 septembre 1991. Dans le concert aujourd’hui pléthorique des Biennales (4 au Japon, 4 en Corée, 2 en Australie…), il convient de se singulariser, de problématiser les questions artistiques et de les inscrire dans la durée. C’est pourquoi, j’ai adopté un principe de trilogies,  dans lequel un concept, donné sous la forme d’un mot, est interprété par 3 commissaires au cours de trois éditions successives. Après « Histoire » en 1991, « global »  en 1997, nous achevons « moderne » en 2019. Le « moderne » pensé par l’Asie du Sud-Est par exemple, n’est pas celui de l’Europe, évidemment. Un dialogue entre histoire, mémoire et actualité, est aujourd’hui totalement éclairant. C’était le cas de Mondes Flottants dont j’avais confié le commissariat à Emma Lavigne. C’est là que se tient singularité de la Biennale de Lyon.

M. d. l. F. : Quels ont été les marqueurs, les temps forts depuis votre arrivée en 1984 à la création du Mac jusqu’à la création d’un futur « pôle musées d’art lyonnais » ?

T. R. : Le premier marqueur, c’est l’extrême singularité de la collection qui est une collection d’expositions et de « moments » comme je l’ai dit,  avec, comme pour Nam June Paik, des oeuvres qui ouvrent de nouveaux paradigmes, c’est le cas également de l’Ambiente Spaziale de Fontana qu’on a vu à la dernière Biennale, qui réinvente l’espace. C’est l’intégralité des œuvres communes  d’Abramovic & Ulay ou la totalité des perfs filmées de Jan Fabre…

Le second marqueur c’est l’invention de la Biennale en 1991, avec en 1993, « Et tous ils changent le monde », de Malevitch à Basquiat, ou en 1997 « l’Autre », conçu par Harald Szeemann.
Le troisième marqueur, c’est l’audience locale et internationale qui passe les 200 000 visiteurs à partir de 2011.

Le quatrième,  c’est Veduta, une plateforme-laboratoire, qui mêle territoire en reconversion urbaine, artistes, résidences, expos conçues avec les habitants et médiations inattendues. Cette plateforme est unique dans le monde des biennales. Elle a accueilli 50 000 « acteurs » et visiteurs sur les territoires de 10 communes en 2017.

On n’accordait aucun avenir à cette Biennale  à sa création. Jusque-là, elle a démenti les oracles. La Ville de Lyon, sous mon impulsion, avait créé un « pôle art contemporain ». Aujourd’hui, la Ville crée un « pôle musée », rattachant le Musée d’Art Contemporain au Musée des Beaux-Arts qui en prend la direction. Toutes les expériences de ce type en Europe ont abouti à minorer l’art contemporain. J’espère que ce ne sera pas le cas à Lyon. Se pose alors la question cruciale de l’indépendance de la Biennale sachant que mon ou ma successeur(se) assurera comme moi la double direction du Musée et de la Biennale (direction artistique), à ceci près que le musée d’art contemporain ne sera plus autonome. Le poste que j’occupe, unique en Europe, qui pouvait intéresser des « pointures », perd ainsi de son intérêt en perdant son indépendance. J’imagine mal les biennales de Sydney, Istanbul ou Berlin passer sous l’autorité de musée des Beaux-Arts. Il faudrait contemporanéiser le patrimoine plutôt que muséifier le contemporain. J’ai cependant beaucoup d’espoir pour cette Biennale qui a su gagner son indépendance, puis l’amplifier pour devenir un acteur majeur du circuit international avec un potentiel énorme. Je suis persuadé que dans le futur, ne resteront que les biennales qui auront su créer leur propre modèle. Espérons que Lyon soit de celles-là !

Charge au successeur de Thierry Raspail qui a officialisé son départ en retraite, d’engager cette nécessaire concertation avec Sylvie Ramond, directrice des Beaux Arts de Lyon et co-directrice de ce futur nouveau pôle.

INFOS PRATIQUES :
• ADEL ABDESSEMED, l’Antidote
Du 9 mars au 8 juillet 2018
au Mac’s Grand Hornu
Otchi Tchiornie (les yeux noirs)
• COLLECTION
du 9 mars au 8 juillet 2018
• Expo/Résidence de Maïté Mara :
En résidence depuis début janvier 2018 au Musée d’art contemporain de Lyon, Maïté Marra travaille à l’écriture du scénario, aux repérages et au tournage. Elle porte dans son nouveau fi lm, qui propose un retour sur des agressions physiques violentes subies par son personnage, un regard personnel sur la violence.
http://www.mac-lyon.com/mac/

Sortie du carnet Photographie(s) Lyon & co

La douzième édition du carnet Photographie(s) Lyon & co est disponible ! A l’initiative de Catherine Dérioz, co-directrice de la galerie Le Réverbère, ce carnet est un petit agenda qui recense les événements liés à la photographie des divers lieux culturels de l’ancienne capitale des gaules et ses alentours.

Au menu de ce nouveau numéro, 21 institutions et galeries qui consacrent leur programmation de ce début d’année à la photographie. C’est notamment le cas du Musée des Beaux-Arts de Lyon qui propose, jusqu’au 5 mars, l’exposition  » Los Modernos  » rassemblant une centaine de photographies d’auteur proposée aux côtés des plus grands artistes européens et mexicains.

A noter également, les 30 ans du Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne. A cette occasion, une importante exposition est organisée sous le titre « Considérer le monde », qui rassemble des œuvres d’exception issues de la collection du musée (Christian Boltanski, Larry Clark, Walker Evans, Nan Goldin, Urs Luthi, Richard Prince, Thomas Struth…). Cette dernière est visible jusqu’au 16 septembre 2018. Et jusqu’au 8 avril, ne manquez pas l’exposition-focus sur le « Narrative art », confiée à l’historien Alexandre Quoi, qui met en lumière ce courant méconnu des années 1970, regroupant pratiques conceptuelles qui combinent photographies et textes !

Le petit guide vous permettra également d’organiser votre parcours à travers les propositions artistiques des galeries lyonnaises : le Bleu du Ciel, la Galerie vraies rêves, la Galerie Lumière, la Galerie Noir et Blanc et bien entendu la Galerie Le Réverbère…
En dernière page vous trouverez le calendrier des vernissages et des rencontres.

Vous êtes lyonnais, vous séjournez bientôt à Lyon ? Alors ce petit guide est pour vous :
http://www.galerielereverbere.com/presses/carnet-photo/Carnet12.pdf

Julien Magre, l’intime du quotidien à la Galerie Le Réverbère

En résonance avec la Biennale de Lyon qui se déroule jusqu’au 7 janvier 2018, la galerie Le Réverbère présente l’exposition « Elles » du photographe Julien Magre. « Elles » rassemble plusieurs séries réalisées entre 1999 et 2017, un travail intime qui cumule plus de 300 images mêlant photo de famille et paysages.

Julien Magre est né en 1973, il a commencé à photographier sa femme Caroline il y a 18 ans. Ses images donneront lieu à un premier ouvrage publié en 2010 aux éditions Filigranes et intitulé « Caroline, Histoire numéro deux » (la première partie publié en auto-édition est sorti en 2007). Avec Caroline il aura deux filles – Louise et Suzanne – Julien continuera à photographier son quotidien à travers des portraits et des paysages, suivront donc deux autres ouvrages… Son dernier travail « Je n’ai plus peur du noir« , également publié aux éditions Filigranes, est marqué par la tragique disparition de sa fille Suzanne en juillet 2015.

La galerie Le Réverbère rend hommage à ce travail photographique personnel et intime à travers une exposition complète présentant les différentes séries de Julien Magre comme « Nous vieillirons ensemble », « Elles veulent déjà s’enfuir », « Troubles » ou encore « Je n’ai plus peur du noir ». L’exposition mêle tirages grands formats, textes et ensemble de petits formats que l’on découvre comme un album de famille.

INFORMATIONS PRATIQUES
Elles
Julien Magre
Du 16 septembre au 10 novembre 2017
Galerie Le Réverbère
38 rue Burdeau
69001 Lyon
04 72 00 06 72
http://www.galerielereverbere.com
http://www.julienmagre.fr

Biennale de Lyon (suite et fin) : Rendez-vous 17 (IAC), Lee Mingwei (Fondation Bullukian) et Lee Ufan (couvent de la Tourette)

La Jeune création internationale à l’IAC, Villeurbanne

Conçue par Thierry Raspail en 2002, comme une plate-forme de diffusion de la jeune création et un révélateur de futurs talents (Apichatpong Weerasethakul ou Ryan Gander, Julien Prévieux) Rendez-vous se distingue par un commissariat partagé entre : la Biennale de Lyon, l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, l’Institut d’art contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes et le Musée d’art contemporain de Lyon, qui en constituent la direction artistique.

Chiffres clés 2017 :

10 artistes ou groupe d’artistes français ou vivant en France
10 artistes proposés par 10 biennales dans le monde
1 graphiste invité 

Pour 2017, Rendez-vous a convié les biennales de Jakarta (Indonésie), Kochi-Muziris (Inde), La Havane (Cuba), Lubumbashi (République démocratique du Congo), Marrakech (Maroc), Shanghai (Chine), Sharjah (Émirats arabes unis) ainsi que la Triennale d’Aichi (Japon), l’Asia Pacific Triennial of Contemporary Art (Brisbane, Australie) et l’EVA International (Irlande).

Parmi ce panorama inégal, l’on remarque : Thomas Teurlai (galerie Loevenbruck, exposé dans les Modules du Palais de Tokyo) qui ouvre le parcours dans une quasi obscurité qui génère d’emblée un trouble chez le visiteur face à ces rebuts qu’il détourne de leur fonction première. Des ruines d’une société de l’obsolescence programmée. « Europium » est née de sa fascination pour le passé industriel de Turin.
Puis Laure Mary-Couégnias (ENBSA Lyon) qui cache sous une apparente séduction et naïveté de ces peintures d’animaux ou de fruits, des titres à double tranchant.
Marion Robin (France) remarquée pour sa commande à la Patinoire de Clermont Ferrand, part toujours de l’in situ, ici le plan de l’IAC pour en appréhender les détails autrement. Singularités architecturales ou chromatiques, failles, interstices, qu’elle rend perceptibles.
Hicham Berrada (Maroc,Galerie kamel mennour) à travers ses protocoles scientifiques ramenés à l’art génère des tableaux en mouvement d’une grande poésie. Dans les vidéos Les fleurs #1, 2 et 3, les pistilles sont remplacés par des particules de fer à partir de phénomènes chimiques de son invention.
Dia Mahta Bhupal (Inde) en reconstituant un décor de salle d’attente, de toilettes publiques ou de supermarché elle nous place face un sentiment étrange et familier à la fois. Des installations qui demandent des mois de fabrication à partir de feuilles de papier journal recyclé.
Khadim Ali (Pakistan) d’une famille de réfugiés afghan il traduit dans ses tapisseries le sort des naufragés de l’histoire et de ses proches.
Ali Cherri (Liban) après s’être endormi au musée « Somniculus » et dans son prolongement il nous propose une installation où des motifs d’oiseaux sont mêlés à d’autres symboles exotiques, « Where Do Birds Go to Hide ».
Aliansyah Caniago (Indonésie) se penche sur le sort des migrants et leur faculté à toujours revenir au même endroit même quand ils en sont chassés, comme l’habitude qu’en ont les pigeons (2ème écran vidéo). L’installation sur le sol reproduit le quotidien précaire de ces nomades.
Hao Jingban (Chine) vidéaste se penche sur le rôle des salles de bal à Pékin des années 1950, avant l’avènement de la République populaire. Des vestiges qu’elle capte auprès de témoignages d’anciens amateurs couplés à des sources historiques.
Igor Keltchewsky (France) et son avatar Abraham Murder nous entrainent dans l’univers artificiel d’une rock star qui trompe son ennui avec des bimbos, a bord de piscines et de grosses voitures, dans une esthétique des jeu vidéo, sexy et efficace.
Performance remarquée d’Amélie Giacomini et Laura Sellies « Insula Dulcamara »à partir d’une sculpture tissée pour leur film en gestation, « Toutes ces filles couronnées de langues » dans le décor de l’île fictive de Kyrra. La particularité de Kyrra est cette communauté de femmes qui y vit en osmose avec les sculptures.
A noter que Rendez-vous s’exporte hors de l’Europe et permet à des artistes de la région Auvergne-Rhône-Alpes une visibilité hors de nos frontières, comme cette année à Pékin au CAFA Art museum où 10 artistes français seront en dialogue avec 6 artistes chinois.

La collection de l’IAC, riche de plus de 1 800 œuvres d’artistes de renommée nationale et internationale, fait partie des plus importantes collections publiques françaises d’art contemporain avec des artistes majeurs ou en plein essor.
L’enrichissement de la collection est en partie lié à l’activité d’exposition in situ.

Rendez-vous Biennale de Lyon
Jusqu’au 7 janvier 2017
11 rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne
http://i-ac.eu/fr/

Lee Mingwei, Fondation Bullukian (exposition associée à la Biennale)

« Sept histoires »
Devant l’élégante fondation place Bellecour un étrange bus nous attend pour nous proposer d’écouter une « histoire du soir » de celles qui ont bercé notre enfance. Bedtime Stories à été conçue pour la plateforme Veduta de la Biennale et donne lieu au récit de 7 histoires dont The Quartet Project qui sollicite la présence du spectateur, comme dans souvent dans la démarche de cet artiste né à Taïwan et installé à New York.

A Lyon pour la Biennale de 2009 il avait produit « the Moving Garden », jardin dont on pouvait emporter une fleur fraîche à condition de l’offrir à un inconnu en retour. L’enfance mais aussi le deuil comme lorsqu’il documente la perte de sa grand mère et possible renaissance « 100 days with Lily ». Avec The Living Room pièce confortable où l’on peut prendre le temps de s’asseoir et de lire chacun peut apporter une collection d’objets et dire pourquoi ils leur sont chers, comme cela avait été le cas au Mori Art Museum de Tokyo. Le hasard, les connexions invisibles, les permutations sont au cœur du processus de l’artiste dont l’installation The Mending Project séduit les visiteurs de l’actuelle Biennale de Venise.

Dans le jardin, outre l’œuvre très discrète et sonore de Lee Mingwei (bruits de grenouilles) ne pas manquer le « Silence des évidences » de Vincent Mauger, architecture monumentale trop brièvement vue.

Sept histoires de Lee Mingwei
Jusqu’au 30 décembre 2017
Fondation Bullukian
26 Place Bellecour
69002 Lyon

Lee Ufan chez Le Corbusier

Sans doute l’exposition à voir en priorité. Un grand moment de spiritualité dans ce lieu unique et retranché, le couvent de la Tourette dessiné par le Corbusier dans les années 1950. Depuis 2009 chaque année, la communauté des frères dominicains organise une exposition d’art contemporain à l’automne en écho à la Biennale de Lyon. Après Anish Kapoor en 2015 l’attente était grande.

L’artiste coréen s’était emparé de la grandeur de Versailles avec son immense arche d’acier jouant de la perspective et tutoyant l’horizon de sa lumière bleutée avait été jusqu’à imaginer la tombe de Le Nôtre d’une grande radicalité.
Fasciné de bouddhisme zen et d’impermanence il imagine cette fois la tombe de Le Corbusier, deux plaques d’acier posées sur une surface d’ardoises. Dépouillement extrême. C’est lors de son séjour à la Tourette que Lee Ufan décide de de concevoir 6 grandes installations en résonnance avec l’architecture du maître des lieux. Les « chambres de silence » sont une invitation à ralentir, à contempler à se laisser toucher par ce silence, ces arabesques de papier, ce dialogue d’ardoise et de métal. Reliées à l’ environnement extérieur « Relatum » est le nom qu’il choisit pour décrire ses sculptures, qui jouent de la lumière et du silence du lieu et ses ponctuations picturales. C’est d’une grande finesse. L’on y retrouve les préceptes du théoricien du mouvement Mono-Ha, « l’école des choses ».
Frère Marc Chauveau commissaire des expositions signe là un événement unique et rare sur la scène française et internationale.

Au delà des souvenirs, Lee Ufan
Jusqu’au 20 décembre 2017
Couvent de la Tourette
Route de La Tourette
69210 Eveux
Le couvent est à 25 kms au nord ouest de Lyon.
Accessible en train puis 20 mns de marche, le cheminement commence…
http://www.couventdelatourette.fr

Biennale de Lyon, la Sucrière, le Dôme : Intenses collisions (2)

« Les œuvres qui composent ces Mondes flottants sont sous-tendues par la conscience que l’imaginaire, la poésie et l’art sont à la fois les révélateurs et les antidotes à l’instabilité du temps présent » Emma Lavigne, catalogue

Flux sonores et vibrations cosmiques s’emparent de la Sucrière, le pendant du Mac, sorte de vaisseau fantôme propice à toutes les projections imaginaires.

A son seuil les paillettes d’Elizabeth S. Clark « Enchanté » que l’on traverse en les propageant ensuite indique un état d’impermanence et de sensibilité pour les flux. Elle intervient ensuite avec ce feu d’artifice en miniature  » A spark kept alight », cette étincelle qui se consume le jour de l’ouverture de la Biennale.
La video de Julien Discrit qui reconstitue l’incendie tragique du dôme géodésique de Richard Buckminster Fuller en 1976 ouvre sur les innovations de cet inventeur visionnaire dont le « Radôme » des collections du Centre Pompidou sert de réceptacle dans le centre de Lyon à l’œuvre de Céleste Boursier-Mougenot sur laquelle je reviendrai.
Le spectacle volontairement grandiose et glaçant du film de Bruce Conner « Crossroads »à partir de tests nucléaires de l’armée américaine au large de l’atoll de Bikini nous ramène à une réalité nettement moins onirique malgré une lenteur hypnotisante.
Rapprochez vous du mur pour y lire l’inscription au cachet de Marco Godinho « Forever Immigrant » répétée à l’infini. Egalement le long de la Sucrière ses 12 drapeaux transparents qui symbolisent les 12 étoiles du drapeau européen soulignent son engagement vis à vis des choix des politiques.
Les machines à bulles du philippin David Medalla et à roues de l’américain son ainé, Robert Breer (Etats-Unis) pour l’exposition universelle d’Osaka, sont rapprochées même si le premier est plus animé de souvenirs personnels de bombardements de Manille sa ville natale.
Grand moment de poésie pure avec Hans Haache (Allemagne) qui déploie dans le cœur de la Sucrière « Wide White Flow »une grande soie blanche qui ondule sous l’action de quatre ventilateurs. Invitation à la contemplation comme face à un paysage romantique allemand. L’artiste appartenant à la mouvantce Zero défenseur du système naturel nous en donne un exemple avec Together, circuit au sol rempli d’air et d’eau qui reproduit notre système sanguin ou une collectivité selon le contexte. Au dessus du toit de la Sucrière ses ballons blancs sont prêts à s’envoler « Sky Line ».
Nairy Baghramian (Iran) avec cette sculpture en forme de tuyau ambiguë joue des porosités de sens entre prothèse médicale ou toboggan.
Damian Ortega (Mexique) avec « Hollow/Stuffed: market law » inspiré du poème de T.S. Eliot à partir d’une maquette d’un sous-marin allemand de la seconde guerre suspendu au plafond qui déverse du sel renvoie au passé colonialiste, prémice de la mondialisation des échanges.
Lara Almarcegui (Espagne) s’intéresse aux sous couches des espaces urbains, en l’occurrence ici la destruction de la Halle Girard tout proche de la Sucrière, qu’elle traduit par des ruines de mâchefer sur 85m², matériau souvent réutilisé dans les travaux d’urbanisme.
Tomas Saraceno (Argentine) avec « Cosmic Dust » dessine dans un tube de matière noire une sorte de poussière d’étoile animée par les vibration de l’araignée vivante.
Doug Aithen (Etats-Unis) est l’un des moments de grande poésie sonore avec « Sonic Fountain II »soit la partition provoquée par le son des gouttes d’eau du plafond sur une surface d’eau laiteuse. Susanna Fritscher (Autriche) avec l’installation « Flügel, Klinen » dans l’un des 3 silos de la Sucrière imagine une chorégraphie mécanique et sonore à partir du mouvement d’hélices d’hélicoptères en verre qui se transforment en disques dans un tournoiement proche du vertige.
Le cinéaste thaïlandais, Apichatpong Weerasethakul Palme d’Or à Cannes en 2010, nous entraine dans les profondeurs de la jungle au bord du fleuve Mékong peuplées de présences mystérieuses.
Au 2ème étage, Ola Maciejewska (Pologne) rend hommage aux pionnières de la danse, Loïe Fuller et Maya Deren, faisant ainsi le lien avec la Biennale de la danse.
Le metteur en scène Philippe Quesne surprend avec cette scène échouée et vide de spectateurs « Welcome to Caveland ! ». Un environnement qui respire.
Camille Norment sollicite également le spectateur en l’invitant à prendre place sur un balcon-belvédère au dessus de la Saône pour écouter des chœurs gospel ou chants tibétains.
Shimabuku (Japon) à l’origine de l’identité visuelle de la Biennale, créée des environnements loufoques et absurdes. A partir d’une fuite d’eau dans un espace d’exposition à la Havane imagine une ramba à l’aide de boîtes de conserves. Il demande ensuite à des musiciens d’en faire un remix.
Julien Creuzet et Melik Ohanian dominent le dernier étage. Berger & Berger me touche moins.
Julien Creuzet propose un collage et un poème qui l’accompagne. « Ricochets, les galets que nous sommes finiront par couler » le titre traduit bien l’atmosphère de ces associations sonores et visuelles issues des nouvelles technologies à partir d’un récit historique antillais. Un rhizome qui fait écho à la pensée de Glissant.
Melik Ohanian avec le film « Borderland » (production Chantal Crousel) tourné sur un toit de New York met en scène les errances de personnages inspirés du roman Plans de Rudolf Wurlitzer. Un peu comme chez Becket ce huis-clos est à la frontière de l’absurde.
Mention spéciale avant de quitter la Sucrière pour Anawana Haloba (née en Zambie, vivant en Norvège) animée par les questions post colonialistes en Afrique qui le temps d’une performance recréé « une cour de justice dirigée par un homme venu de loin ». Nous sommes invités en tant qu’étranger (voyageur en Swahili) à l’écouter.

Abordons à présent le Dôme, place Antonin Poncet dans le centre de Lyon
autour du « Radôme » de Fuller des collections du Centre Pompidou qui abrite l’œuvre de Céleste Boursier-Mougenot (représentant la France à la Biennale de Venise en 2015). « Clinamen » dans le vocabulaire physique est une variation des atomes. L’artiste aux croisement de la musique expérimentale et de la création plastique imagine dans un bassin d’eau bleuté une chorégraphie aléatoire et sonore d’une quarantaine de bols mus par un courant invisible.

La Biennale c’est aussi 3 plateformes, Veduta, Rendez Vous et Résonnance qui innervent tout le territoire.

Poursuivons l’expérience à la Fondation Bullukian avec Lee Mingwei, au Couvent de la Tourette avec Lee Ufan et à l’IAC pour Rendez-vous.
Prochain article…

INFOS PRATIQUES :
14ème Biennale de Lyon
Jusqu’au 7 janvier 2017
La Sucrière
49/50 quai Rambaud
69000 Lyon
http://www.lasucriere-lyon.com
http://www.biennaledelyon.com/