Archives par mot-clé : Mécénat

Thu-Van Tran à la Cristallerie Saint-Louis – Fondation d’entreprise Hermès

Nous avions rencontré Marie Cozette à la Cristallerie Saint-Louis à l’occasion du premier volet de son cycle de programmation « l’héritage des secrets » suite à l’invitation de la Fondation Hermès faite à la Synagogue Centre d’art contemporain de Delme. Après le duo Hippolyte Hentgen, c’est un solo show qu’elle propose de l’artiste d’origine vietnamienne Thu-Van Tran qui vit et travaille en France (diplômée des Beaux Arts de Paris).

Pour l’exposition l’artiste initie une nouvelle série d’arches en bois d’hévéa. Leur clef de voûte, un fragment de cristal initialement destiné au pilon, devient ici l’élément central sans lequel la sculpture s’effondrerait. Un jeu d’équilibres et de tensions qui rend solidaires deux matériaux aux histoires singulières. Importé dans les années 1920 en Indochine, l’hévéa est cultivé intensivement pour la production de caoutchouc pendant la période coloniale. Pour pousser,
le bourgeon doit envahir une plante-hôte, tout en se laissant transformer par son environnement. Cette contamination réciproque est au cœur du travail de Thu-Van Tran, elle-même étant le fruit d’une histoire entrelacée entre son pays d’origine et son pays d’accueil. Ses matériaux portent les traces d’une possible fiction.
De même avec cette série de photogrammes, inspirée par le rassemblement silencieux d’une communauté de femmes, des domestiques, que l’artiste a observé dans les rues de Hong-Kong au cours d’un récent voyage en Asie. Une présence forte le dimanche sur la passerelle reliant le port du centre ville, qui contraste avec leurs existences précaires et fragiles économiquement. Des frictions à la fois poétiques et politiques.
Inauguré en 2007 et situé au cœur de la manufacture, La Grande Place musée du cristal Saint-Louis présente, au sein d’une collection permanente, 2000 œuvres appartenant au patrimoine de Saint-Louis sur un parcours initiatique de 953 mètres, témoignage d’un savoir-faire quatre fois
séculaire. Les vitrines exposent les pièces résultant des nombreux savoir-faire emblématiques de Saint-Louis et sont illustrées —par vidéo— des gestes des artisans d’aujourd’hui. La scénographie soulignant l’architecture originale signée Lipsky+Rollet vous invite à découvrir de manière ludique
et pédagogique les propriétés du cristal Saint-Louis.
La Fondation d’entreprise Hermès développe huit grands programmes qui articulent savoir-faire, création et transmission.
New Settings pour les arts de la scène, Expositions et Résidences d’artistes pour les arts plastiques, Immersion pour la photographie, Manufacto, la fabrique des savoir-faire et l’Académie des savoir-faire pour la découverte et l’approfondissement des métiers artisanaux.
À travers H3, elle soutient également, sur les cinq continents, des organismes qui agissent dans cette même dynamique. Enfin, son engagement en faveur de la planète est porté par son programme Biodiversité & Écosystèmes.
Thu-Van Tran est représentée par la galerie Meessen De Clercq (Bruxelles, Belgique) et prépare pour 2019 sa première exposition personnelle à la galerie Rüdiger Schöttle (Munich, Allemagne).
A partir du 1er août Marie Cozette prend la direction du CRAC Occitanie à Sète mais poursuit son cycle artistique à la Cristallerie en invitant Dominique Ghesquière.
INFORMATIONS PRATIQUES :
Exposition ouverte au public du 12 juillet 2018 au 7 janvier 2019
La Grande Place musée du cristal Saint-Louis
Rue Coëtlosquet
57620 Saint-Louis-lès-Bitche
Tous les jours de 10h à 18h, sauf le mardi
Actualités de la Fondation Hermès :

La 10ème édition du Prix Carmignac du Photojournalisme dédiée à l’Amazonie et aux enjeux de sa déforestation

L’appel à candidature pour participer à la 10ème édition du Prix Carmignac du Photojournalisme est lancé. Vous avez jusqu’au 7 octobre pour déposer vos dossiers sur le thème de l’Amazonie et des enjeux liés à sa déforestation.

Présidée par Yolanda Kakabadse, Ministre de l’Environnement en Équateur (1998-2000) puis présidente du WWF (2010-2017), cette édition entend soutenir un projet d’investigation photographique capable de rendre visibles les bouleversements qui touchent l’Amazonie pour alimenter la réflexion sur les conséquences de la déforestation massive.

En 2009, la Fondation Carmignac crée le Prix Carmignac du Photojournalisme. Dirigé par Emeric Glayse, le Prix Carmignac du Photojournalisme a pour mission de soutenir, chaque année, la production d’un reportage photographique et journalistique d’investigation sur les violations des droits humains dans le monde et les enjeux environnementaux et géostratégiques qui y sont liés. Sélectionné par un jury international, le Lauréat reçoit 50 000 euros lui permettant de réaliser un reportage de fond sur le terrain avec le soutien de la Fondation Carmignac qui finance ensuite, à son retour, une exposition itinérante et l’édition d’un livre monographique.

Le jury sera composé de :
Yolanda Kakabadse
– Ministre de l’Environnement en Équateur (1998-2000) puis présidente du WWF (2010-2017)
Simon Baker – Directeur de la Maison Européenne de la Photographie (MEP)
Clinton Cargill – Directeur de la photographie de Bloomberg Businessweek
Alessia Glaviano – Directrice de la photographie de Vogue Italia et L’Uomo Vogue
Magdalena Herrera – Directrice de la photographie de Geo
Yuri Kozyrev – Photojournaliste
Kadir van Lohuizen – Photojournaliste

Date limite d’envoi des dossiers :
Dimanche 7 Octobre 2018 à minuit (GMT)
http://www.fondationcarmignac.com/fr/photojournalisme/la-mission

Retrouvez l’interview de Lizzie Sadin, lauréat du 8ème Prix Carmignac du Photojournalisme :

8ème Prix Carmignac du Photojournalisme : Rencontre avec Lizzie Sadin autour de la traite des femmes népalaises

Galerie Clémentine de la Feronnière : Première exposition à Paris pour l’édition 2018 du Prix HSBC pour la Photographie

Pour cette édition 2018, on ne déroge pas à la règle, l’exposition itinérante des lauréats du Prix HSBC pour la Photographie débute à Paris, mais le lieu qui accueille Antoine Bruy et Petros Efstathiadis est une nouveauté. C’est en plein cœur de l’île Saint-Louis que nous retrouvons les travaux primés. Avant que l’exposition ne rejoigne Lyon, à la Galerie Le Réverbère, vous avez jusqu’au 18 mai, pour découvrir les séries des photographes lauréats à la Galerie Clémentine de la Feronnière. A cette occasion, nous avons rencontré la galeriste qui reçoit l’exposition pour la toute première fois.

Clémentine de la Feronnière nous accueille dans ses murs pour nous présenter l’exposition. La galerie est au fond d’une cour, baignée de soleil par de grandes verrières. La première salle rassemble les images d’Antoine Bruy sur son travail « Scrublands », et la seconde salle, plus grande, mêle quelques tirages d’Antoine et plusieurs volets du travail de Petros Efstathiadis, dont « Gold Rush », la série primée. Nous retrouvons également un grand format d’Olivia Gay, qui a reçu le Prix Joy Henderiks.

« Le Prix HSBC pour la Photographie est une institution que je suis de très près depuis de nombreuses années. Ce prix est très proche de l’ADN de la galerie. Nous avons d’ailleurs plusieurs photographes de la galerie qui ont été présélectionnés, ou que nous avons découverts grâce à lui ! ». C. d. l. F.

Lors de notre rencontre, la galeriste nous livre ses impressions sur cette première collaboration, sur cette exposition qui a été réalisée à quatre mains avec Raphaëlle Stopin, conseillère artistique de cette édition 2018. Clémentine évoque les travaux des deux lauréats, ceux d’Antoine Bruy qu’elle connaissait déjà et qu’elle suivait, et elle nous parle de sa rencontre avec Petros Efstathiadis, qu’elle décrit comme une véritable découverte…

La galerie Clémentine de la Feronnière vous donnera rendez-vous à partir du 24 mai pour découvrir l’exposition et le nouvel ouvrage consacré à Gilles Favier. On la retrouvera également à Photo London du 17 au 20 mai prochain !

A LIRE
Les lauréats du Prix HSBC pour la photographie 2018 dévoilés
Rencontre avec Antoine Bruy, lauréat du Prix HSBC pour la Photographie 2018
Rencontre avec Petros Efstathiadis, lauréat du Prix HSBC pour la Photographie 2018
Rencontre avec Olivia Gay, lauréate du Prix Joy Henderiks (HSBC)

INFORMATIONS PRATIQUES
Lauréats 2018 du prix HSBC pour la Photographie
Antoine Bruy et Petros Efstathiadis
Avec le soutien de la Picto Foundation
Jusqu’au 18 mai 2018
Galerie Clémentine de la Feronnière
51, rue saint-Louis-en-l’île, 2e cour
75004 Paris
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Et sur RDV à tout moment
http://www.galerieclementinedelaferonniere.fr

Création du Fonds de Dotation «Centre Pompidou Accélérations», Une forme inédite de mécénat

Centre Pompidou de Paris

Le Fonds de dotation « Centre Pompidou Accélérations », est né d’une rencontre entre le Centre Pompidou et des entreprises qui ont décidé de s’engager dans un dialogue original avec le monde artistique, les équipes et les publics du Centre Pompidou.

Cette approche innovante du mécénat, qui fait dialoguer le Centre Pompidou, le monde de l’entreprise et la scène artistique favorise les réflexions sociétales, le débat d’idées indispensable au vivre ensemble et permet de saisir l’émergence et d’approfondir la connaissance de l’art d’aujourd’hui.

Le Centre Pompidou accompagne ainsi à travers l’art et la création ces acteurs économiques majeurs dans les transformations et les problématiques d’innovation auxquelles ils sont constamment confrontés, répondant à leur attente d’être au plus proche de la création.

Dix entreprises mécènes :

Les huit premières signataires pour la création du Fonds sont :
• AXA ; Thomas Buberl, Directeur général
• CDiscount ; Emmanuel Grenier, Président et Marie Even, Secrétaire générale et Vice-présidente
du Fonds de dotation
• ENEDIS ; Philippe Monloubou, Président du Directoire
• Neuflize OBC ; Laurent Garret, Président du Directoire et Vice-président du Fonds de dotation
• Orange ; Stéphane Richard, Président directeur général
• SNCF Logistics ; Alain Picard, Directeur général
• TIGF ; Dominique Mockly, Directeur général
• Tilder ; Matthias Leridon, Président et Président du Fonds de do

Les étapes : Du choix d’un thème à l’organisation d’une exposition

Le Centre Pompidou et les dix entreprises mécènes s’engagent par saison de deux ans
se déclinant chacune en quatre étapes :
• Le choix commun du thème : les pouvoirs de l’émotion
• L’organisation d’un sommet (septembre 2018)
• La mise en place d’un cycle de résidences artistiques en entreprise ;
• La réalisation d’une exposition par le Centre Pompidou (octobre 2019).

Sur le plan financier, chaque entreprise s’engage à hauteur de 200.000 euros par an.

http://centrepompidou.fr

L’exil et à la construction de l’identité avec Taysir Batniji, photographe franco-palestinien

Taysir Batniji est le troisième lauréat d’Immersion, une commande photographique franco-américaine, programme annuel de résidences croisées, d’expositions et de publications dédiées aux photographes. Ce programme a été initié en 2015 à l’initiative de la Fondation d’entreprise Hermès avec la Fondation Aperture de New York.

Le photographe franco-palestinien expose le résultat de sa résidence jusqu’au 10 mai 2018, l’exposition Home Away from Home réunit un ensemble de photographies prises pendant sa résidence aux États-Unis, ainsi que des documents issus de ses archives familiales et une sélection de vidéos, de dessins et d’écrits. L’ensemble explore les différentes conceptions de la « maison » partagées par les membres de sa famille qui ont émigré de Gaza aux États-Unis dans les années 1960.

Entre janvier et juillet 2017, Taysir Batniji s’est rendu en Floride et en Californie, à la rencontre de cousins qu’il connaissait à peine dans son enfance, et de leurs proches. Taysir s’est fait l’observateur attentif de leurs quotidiens respectifs. Au-delà du portrait intime et singulier de sa propre diaspora familiale, son projet soulève des questions universelles liées à l’exil et à la construction des identités.
Durant son séjour, il a réalisé des photographies et des entretiens. Il a également dessiné de mémoire le domicile familial de Gaza. L’ensemble interroge ce que partager une histoire commune peut signifier ainsi que l’évolution du rapport au passé et du lien aux appartenances lorsque l’on fait le choix d’une nouvelle vie, d’une nouvelle maison.

Le parrain de cette nouvelle édition est Sam Stourdzé, directeur des Rencontres d’Arles. La série Home Away from Home sera présentée dans le cadre d’une exposition personnelle de Taysir Batniji lors du prochain festival des Rencontres d’Arles. Cette exposition s’inscrira au sein d’un cycle thématique spécifique à cette édition des Rencontres.

INFORMATIONS PRATIQUES
Immersion, une commande photographique francoaméricaine
Taysir Batniji
Du 15 mars au 10 mai 2018
Aperture Foundation
547 West 27th Street, 4th Floor
New York 10001
Horaires d’ouverture de la galerie et de la librairie
Lundi – jeudi, de 10 h à 18 h
Vendredi de 10 h à 17 h et Samedi de 10 h à 18 h
https://aperture.org
http://www.taysirbatniji.com

11e édition du Prix MAIF pour la Sculpture : Appel à candidatures 2018

L’an dernier, le Prix MAIF pour la Sculpture a célébré ses 10 ans d’existence, aujourd’hui, l’appel à candidatures de la 11ème édition est lancée. Artistes sculpteurs, vous avez jusqu’au 25 mai 2018 pour déposer vos dossiers de candidature !

Ce concours est ouvert à tous les artistes émergents, français ou francophones résidant en France, qui n’ont jamais travaillé le bronze et ce, quelle que soit leur pratique artistique. Le/a lauréat/e se verra offrir par la Maif la fonte du premier exemplaire de son oeuvre en bronze (1/8), et le moule réalisé à cette occasion, tandis qu’elle conserve le deuxième exemplaire (2/8) qui sera exposé dans ses locaux. Le lauréat bénéficie également d’un accompagnement technique de la fonderie partenaire, d’une large visibilité médiatique et de la publication d’un catalogue.

Un prix qui s’inscrit dans la durée

Depuis onze ans, la MAIF s’engage aux côtés de la création contemporaine et des savoir-faire, dans le cadre de sa politique de mécénat culturel. Avec le Prix MAIF pour la Sculpture, elle propose une liberté de création aux artistes émergents qui souhaitent, dans une logique contemporaine, travailler un matériau de référence dans l’histoire de l’art : le bronze. L’artiste travaille alors en étroite collaboration avec une fonderie, apprenant le savoir-faire exceptionnel des fondeurs d’art.
La MAIF considère l’art comme un lien social majeur, et fait ainsi vivre les valeurs de respect de la personne, de solidarité et de tolérance qui lui sont chères. Forte de sa notoriété, elle poursuit le développement de ce prix unique dans le paysage du mécénat culturel et des prix d’art contemporain en France.

2018 est une année importante pour le Prix car la MAIF accompagne son 10e lauréat et produit sa 10e oeuvre en bronze.

Dix lauréats se sont succédés depuis la création du Prix : Elsa Sahal, Brigitte Zieger, Françoise Petrovitch, Antoine Dorotte, Vincent Mauger, Président Vertut, Nicolas Milhé, Florian Viel, François-Noé Fabre et Angelika Markul. Chacun avec son vocabulaire et son expérience, ils ont proposé une vision contemporaine du bronze à travers des projets originaux, abstraits ou figuratifs, découvrant un nouveau savoir-faire et réinterprétant avec talent un matériau millénaire et emblématique de l’histoire de l’art.

Cette année, la MAIF amplifie son engagement en proposant une exposition des projets des finalistes à Paris, ponctuée de trois ateliers pédagogiques pour les jeunes publics. L’exposition se tiendra du 11 au 22 septembre 2018 au MAIF Social Club, dans le 3e arrondissement de Paris.
Autre nouveauté : le public est invité à voter pour son projet préféré sur le site de la MAIF ou celui du MAIF Social Club. Ce vote compte pour une voix pleine et entière dans le choix du lauréat lors de la deuxième réunion du jury.

Le jury 2018

• Dominique Mahé, Président de la MAIF et président du jury
• Marie-Anne Ben Maïz, administratrice honoraire de la MAIF
• Gaël Charbau, commissaire d’exposition et critique d’art indépendant
• Hubert Lacroix, directeur de la Fonderie Susse
• Marianne Lanavère, directrice du Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière
• Anne Langlois, directrice du centre d’art 40mcube à Rennes
• Chiara Parisi, commissaire des expositions d’art contemporain à la Villa Médicis à Rome
• Marc Vellay, sculpteur

INFORMATIONS PRATIQUES
11e édition du Prix MAIF pour la Sculpture
Appel à candidatures 2018
Jusqu’au 25 mai 2018
Prix MAIF pour la Sculpture – Agence L’art en plus
5, rue Tronchet
75008 Paris
prix-maif@gmail.com
01 45 53 62 74
> Dossier d’inscription à télécharger en cliquant ici (PDF)

A LIRE : 
Rencontre avec Angelika Markul, archiviste d’un temps lointain
Angelika Markul Lauréate de la 10ème édition du Prix MAIF pour la Sculpture

Colour Sparks, l’exposition d’Amandine Guruceaga

Acid mix Pergamine I, 2017. Photo : Gwen Dubourthoumieu

En janvier 2017, la tannerie Riba Guixà accueillait la jeune artiste plasticienne et sculptrice française Amandine Guruceaga pour la deuxième résidence artistique du programme LVMH Métiers d’Art.

Bousculant les techniques, détournant les recettes et construisant sur l’inépuisable talent des artisans de la tannerie, Amandine Guruceaga y a produit 24 œuvres mêlant le cuir, le métal et le tissu, à découvrir gratuitement à Paris, du 2 au 18 février 2018.

Derma Soft Citrine – Anticrepuscular, 2017. Photo : Gwen Dubourthoumieu

Du 2 au 18 février, le fruit de cette plongée in situ est présenté au grand public, à la galerie Monteverita à Paris. S’appuyant sur un processus empirique, l’exposition Colour Sparks est le fruit d’expérimentations sur la pigmentation et le travail des peaux. Décrit comme « un choc visuel, chromatique » par Léa Chauvel-Lévy, Directrice des résidences LVMH Métiers d’Art, le travail de l’artiste a permis d’aborder l’artisanat sous un angle artistique.

Rencontre avec Olivia Gay, lauréate du Prix Joy Henderiks (HSBC)

C’est une première pour le Prix HSBC pour la Photographie. Cette année, les membres du Comité Exécutif ont tenu à rendre hommage à Joy Henderiks* pour sa précieuse contribution au rayonnement du mécénat culturel chez HSBC en remettant exceptionnellement un prix en son nom. Le Prix Joy Henderiks* a été attribué à la photographe française Olivia Gay, pour son travail réalisé ces 20 dernières années. Au micro, Olivia nous parle du travail d’une vie et partage son émotion à l’annonce de cette distinction.

« Ce n’est pas un travail, c’est une vie, et il va se poursuivre, tant que je vivrai.« 

C’est très tôt qu’Olivia débute la photographie, elle a tout juste 15 ans. A la fin du secondaire, elle hésite entre faire des études de philosophie ou de photographie, au final elle choisira histoire de l’art en France avant de rejoindre une école de photographie à Boston deux ans durant. A cette période elle part à Cuba, pour photographier la Havane. Ce voyage, et les rencontres qu’elle y fera seront décisives pour la suite. Elle va s’intéresser au quotidien des jeunes prostituées cubaines. Commence ainsi un travail qui durera sept ans, elle partira dans plusieurs pays pour s’intéresser à ces femmes qui vendent leur corps.

« La vraie réalité du temps, c’est l’instant ». Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant

Les années passent et Olivia Gay travaille 10 ans pour la presse, avant de tout quitter pour revenir à l’essentiel et se consacrer pleinement à son travail personnel. Son intérêt pour l’humain ne faiblit pas. Elle porte son regard et son attention sur les femmes que la société, et que nous-mêmes refusent de voir : des ouvrières aux prostituées, des prisonnières aux religieuses, des strip-teaseuses aux femmes de ménage… Le temps s’avère un élément essentiel de sa démarche, elle use du sien pour tisser des liens et pour comprendre les femmes qu’elle rencontre.
Par son travail depuis deux décennies, Olivia Gay est venue révéler l’authenticité, et restituer l’identité de toutes ces femmes devenues invisibles par notre société.

Après avoir été exposé au Château d’eau de Toulouse l’an passé, son travail sera présenté à la Maison Européenne de la Photographie du 7 mars au 20 mai 2018.

* Joy Henderiks était Directrice des Relations Extérieures, du Mécénat et des Partenariats, HSBC France et Membre du Comité exécutif du Prix HSBC pour la Photographie.

http://www.oliviagay.com

Rencontre avec Antoine Bruy, lauréat du Prix HSBC pour la Photographie 2018

Le froid et la neige n’auront pas eu d’impact sur la fréquentation habituelle de la conférence de presse, pour assister à l’annonce des deux lauréats de la 23ème édition du Prix HSBC pour la Photographie. Cette année ce sont deux photographes qui remportent le précieux sésame, une monographie, une exposition itinérante et entrer dans la collection HSBC représentent un important tournant dans le parcours professionnel d’un photographe. Au micro, Antoine Bruy nous parle de sa série « Scrublands » et nous livre ses impressions à l’annonce de sa nomination.

Antoine Bruy a commencé la photo à 15 ans. Après avoir intégré une école d’art en Belgique, la photographie devient rapidement une pratique régulière et quotidienne. A la fin de cette école, et avant de rejoindre l’Ecole de photographie de Vevey, Antoine commence à voyager. Ses explorations font partie intégrantes de sa formation et c’est dans les Balkans qu’il réalise ses premiers sujets.

Les prémices de la série « Scrublands » datent de 2006; le jeune photographe commençait alors un périple en autostop à travers la France. Il y a rencontré une famille qui vivait en autosuffisance, perdue dans une petite vallée de la Lozère.

« Dans ce travail, c’est moins une profondeur politique et théorique que j’ai cherché à sonder, qu’une pratique quotidienne et immédiate, d’où une certaine nécessité d’opérer un travail de détachement face à des images qui nous forcent pourtant à nous positionner. »

Le projet photographique a ainsi débuté en 2010 en France, puis s’est poursuivi en Europe avant de se clore, 5 ans plus tard, aux Etats-Unis. Au travers de ce projet, Antoine a vécu une expérience de vie très forte. Il a tenu à partager le quotidien de ces familles qui refusent de subir une société qui ne leur convient plus pour vivre loin de cette consommation frénétique et polluante. Leur principe de vie est clair : ils visent l’indépendance énergétique, alimentaire, économique et sociale. Certains sont plus radicaux que d’autres, ils refusent l’électricité et l’accès à l’eau courante pour revenir à un mode de vie que notre siècle n’a pas connu.
La réflexion et l’organisation par rapport à l’urbanité de notre société se développent de plus en plus. Le titre de la série est un choix politique et engagé « Scrublands », mais en français « Les maquis »; il évoque là un repère géographique, mais fait surtout référence à la résistance et à la militance de ces populations néo-rurales.

Antoine Bruy poursuit un nouveau projet débuté en 2015, il a décidé de suivre le quotidien de différentes communautés qui vivent dans l’arrière-pays australien. Ce travail, composé de plusieurs séries et intitulé « Outback Mythologies » s’inscrit parfaitement dans la continuité de « Scrublands ».

http://antoinebruy.com

Rencontre avec Petros Efstathiadis, lauréat du Prix HSBC pour la Photographie 2018

Deux lauréats pour un seul dénominateur commun… celui de la Résistance. Nous avons rencontré les photographes primés de cette 23ème édition du Prix HSBC pour la Photographie et découvert leurs univers respectifs. Petros Efstathiadis nous parle de « Gold Rush », le dernier volet d’un travail plus global sur la situation économique d’un pays foudroyé par la crise. Mêlant installations et photographies, Petros raconte les histoires d’un peuple en mutation…

Mowwgli : Expliquez-nous votre série « Gold Rush » qui vient d’être primée.

Petros Efstathiadis : J’ai étudié la photographie en Angleterre. j’ai rapidement fait évoluer ma pratique, travaillant de loin en loin la question du portrait et du document. Quand je suis revenu m’installer en Grèce, la situation économique était désastreuse. je me demandais si je devais y rester. Je suis rentré dans mon petit village au nord de la Grèce, et là, dans la cour de ma maison j’ai commencé à réaliser mes installations.

J’ai récupéré ça et là des morceaux de bois, de cartons, des objets abandonnés, pour raconter l’histoire de mon pays. Gold Rush, c’est le dernier chapitre de ce long périple intérieur, qui réunit plusieurs corpus d’images, comme celles sur les bombes. Je voulais restituer la Grèce dans sa « balkanité », raconter en dessinant à travers ces installations ce qui nous était arrivé. J’ai voulu montrer ce que la Grèce aurait pu être, et ce qu’elle est devenue, et la crise qui nous a touché de plein fouet, les aspirations que, nous les jeunes, avons et les espoirs déçus de nos aînés.

Mowwgli : Vos images ressemblent à des photo-sculptures. Vous sentez-vous davantage photographe ou plasticien?

P. E. : Je suis un photographe-plasticien. J’aime créer de mes mains mes « décors », les penser, les agencer. L’univers est chaotique et chaque détail a son importance. Quand je suis rentré en Grèce et que j’ai commencé, je me suis inspiré de mon enfance, de mes souvenirs pour créer ces univers. Dans la série sur les bombes, je me suis particulièrement inspiré de ce que je fabriquais enfant avec mes copains. Elles ressemblent d’ailleurs à des jouets. Ce qui m’intéressait, c’était de pouvoir montrer comment nous sommes conditionnés par la peur du terrorisme, et donc comment des objets du quotidien comme des balais, des bidons de lessive ou de simples ampoules pouvaient devenir aussi menaçants, aussi agressifs si on les assemblait d’une certaine façon. Nous avons connu en Grèce une grande tension du fait de la crise économique, mais aussi de ce contexte global très confus. Je voulais montrer que les bombes de mon enfance pouvaient être une réponse ludique et puissante, presque pacifique à l’absurdité dans laquelle nous sommes embarqués.

Mowwgli : La Grèce est-elle votre muse?

P. E. : Oui, on peut dire cela comme ça. Mais je voulais montrer une toute autre image que la Grèce fantasme. Dans mes travaux, qui sont à la frontière du document, je ne montre ni cette Grèce  de carte postale aux petites maisons blanchies à la chaux et au ciel bleu limpide, ni cette Grèce vue dans les actualités avec cette foule grondante et mouvante qui se soulève. Je travaille beaucoup sur mon environnement proche, sur l’impact de la crise économique sur nos quotidiens. Je pars de mon village et de ce que j’y vois, j’y perçois, de ce que je ressens, de l’écho lointain du monde qui arrive jusqu’à nous. Les rêves, les espoirs, les ambitions déçues, les malheurs sont les mêmes ici, et ont les mêmes conséquences sur mes voisins, les membres de ma famille.

Je trouve mon inspiration juste sous mes yeux mais le propos lui, est universel.

Les constructions que je crée sont très éphémères, je mets souvent plus de temps à rassembler les éléments et à les agencer que leur durée de vie; elles tiennent à peine debout, parfois juste le temps de la prise de vue. Au final, seule la photographie restera comme unique témoin de ce que j’ai conçu. Le résultat est comme une métaphore de ce qui nous arrive.  Une décision lointaine prise par des personnes qui sont restées dans le « concept » sans réfléchir aux impacts futurs, des organisations branlantes qui s’écroulent lorsque le vent souffle et les conséquences sur la population qui elle restera longtemps, comme ces photographies. Dans Gold Rush, j’aborde la question sous un angle différent. Je place la Grèce dans un contexte social tendu et rappelle son histoire particulière : elle est à la fois le berceau de l’Europe, et elle en est devenue une sorte de laboratoire politico-économique dont le feuilleton s’achève dans la douleur.

Mowwgli : Malgré tout, il y a beaucoup d’humour, ou plutôt de clins d’oeil dans votre travail, de références à d’autres photographes. Quelle dimension documentaire souhaitez-vous donner à vos travaux?

P. E. :  C’est vrai qu’il y a beaucoup de fantaisie dans mon travail. Derrière chacune de mes installation, il y a un évènement. Dans mes images, je veux raconter une histoire au spectateur, et je veux qu’il croit à ces fictions symboliques que je crée. Contre toute logique, j’aime l’amener à envisager ce qu’il a devant les yeux comme une réalité plausible. Dans ces construction-cathédrales que je propose, la perception sera très différente en fonction du spectateur. Quand j’étais en Angleterre, je percevais toutes les différences culturelles qu’il y a dans l’appréciation, la compréhension d’une image. La vraisemblance de fait est une notion relative. Si vous habitez New York ou Londres, mes installations vous sembleront peut être moins réalistes qui si vous venez d’Afrique ou des Balkans. Pour les premiers, on sera dans un exotisme esthétique, quand pour les seconds on touchera à la banalité. Parfois, la fiction rattrape le réel.

Petros Efstathiadis a sélectionné une photographie issue de sa série, pour un décryptage :

http://www.petrosefstathiadis.com