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Les lauréats du Prix HSBC pour la photographie 2018 dévoilés

Les noms des deux lauréats viennent d’être dévoilés ce soir au siège d’HSBC, à Paris. Cette 23ème édition du Prix HSBC pour la photographie est remportée par Antoine Bruy et Petros Efstathiadis. Le Président et les membres du Comité exécutif ont décidé, à titre exceptionnel, de décerner un Prix Joy Henderiks, rendu en son hommage et pour sa contribution au rayonnement du Prix, décerné à Olivia Gay pour sa série Envisagées.

Raphaelle Stopin, la conseillère artistique de cette édition a sélectionné, et proposé 12 dossiers au comité exécutif, qui a porté son choix sur le travail documentaire « Scrublands« , du photographe français de 32 ans Antoine Bruy, et sur la série « Gold Ru » du photographe grec de 38 ans, Petros Efstathiadis. Le premier a parcouru l’Europe et les Etats-Unis pour partir à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont décidé de vivre en marge de la société. Le second réalise des constructions et des mises en scène étranges qui viennent raconter les histoires d’un peuple en mutation.

Nouveauté de cette année 2018, c’est l’arrivée des éditions Xavier Barral, pour la réalisation des monographies à venir lors de l’inauguration de la première exposition qui aura lieu à la galerie Clémentine de la Ferronnière, à Paris.

Antoine Bruy est un photographe à la pratique documentaire. Son sujet, géographiquement circonscrit à des territoires donnés, est traité avec la rigueur du genre. Portraits et paysages viennent raconter ensemble, d’une même voix, comment, sur ces bouts de terre, l’homme a mêlé artefacts et éléments naturels pour tisser cette matière étrangement homogène : un habitat où l’on ne saurait distinguer qui de l’homme ou de la nature a pris le pas sur l’autre. Tricots de caravanes, de planches, de mousse et de panneaux solaires, ils sont co-constructions, édifiés à la faveur d’un dialogue entre l’homme et son environnement. C’est ici la réalisation d’une utopie, pas de celles que l’on nous présente flambant neuves, mais qui ont passé l’épreuve du temps qui ravine.
– Extrait du texte de Raphaëlle Stopin.

Petros Efstathiadis s’adresse à nous depuis là où il a grandi : le nord de la Grèce, près de la Macédoine. Il ne s’agit donc pas ici d’un bataillon d’images déracinées, décontextualisées, mais de photographies d’une terre en mutation, que l’artiste vient augmenter d’une sorte d’infra réalité, de celle que seuls les enfants peuvent déceler. Ces constructions faites de bric et de broc, des rebuts qu’il trouve dans les arrière-cours de son village natal, viennent raconter les espoirs, bientôt déçus, d’un père cultivateur de pommes dans une Grèce européenne, de jeunes filles aspirant à la célébrité, d’un village traversé par la crise croyant se racheter une santé en vendant ses terres à un exploitant de gaz russe, de jeunes, émeutiers d’un jour, se confectionnant des bombes artisanales de savon et de mousse à raser couronnées de pâquerettes. A travers ce milieu microcosmique du village, Petros Efstathiadis concentre puis restitue tous les traumas du pays.
– Extrait du texte de Raphaëlle Stopin.

Les visages d’Olivia Gay sont tous féminins. Ces femmes -ou devrait-on dire ses femmes tant elles semblent faire communauté autour d’elle, dans une sorte de sororité-, paraissent toutes volontaires ; quand bien même elles subissent, elles sont présentées agissantes. Olivia Gay les photographie dans leur cadre de vie, de travail, parfois de privation – ici la prison.  Aucune, l’on s’en doute, n’est coutumière du fait d’être photographiée. C’est là même un trait qui les rassemble, par-delà l’hétérogénéité de leurs milieux (ouvrières, strip-teaseuses, détenues, femmes de ménage…) : toutes ces femmes mènent leur vie hors des radars médiatiques, hors de toute attention. L’attention, précisément, le temps, c’est ce qu’Olivia Gay oppose depuis plus de vingt ans à l’incurie du regard normé et minuté. On devine de sa part un travail subtil pour créer la confiance requise. Au travers de ses nombreux portraits, c’est le corps social féminin, sous son profil le moins exposé, qu’elle nous présente. Ce sont les gestes de ces femmes, ceux appris au travail par les dentellières, ceux intégrés en prison par les détenues, ceux qui viennent dire les aspirations et les résignations, qui nous disent que ces corps dépréciés, abandonnés parfois, ont grandi et se sont construits en creux de notre structure sociale, dans ces béances.  L’œuvre d’Olivia Gay, que l’on peut qualifier d’entreprise tant elle semble ne pas devoir y déroger, comble ces vides, ces absences d’images, pour restituer avec le concours de ces femmes, leur identité « envisagée ».
– Extrait du texte de Raphaëlle Stopin.

> Nous vous donnons rendez-vous cette semaine avec l’interview des lauréats 2018 !

https://www.antoinebruy.com
http://www.petrosefstathiadis.com
http://www.oliviagay.com/

Gilles Coulon, lauréat du Grand Prix Eurazeo présenté à la MEP

C’est avec joie que nous avons pu découvrir, hier, 16 Janvier l’exposition consacrée à Gilles Coulon dans le cadre du Grand Prix Eurazéo, à la Maison Européenne de la Photographie. Huit grands tirages sur les dix photographies présentées pour le prix sont exposées à la Galerie des Donateurs.

Supplément d’âme, une seconde exposition a pris place à la salle Hénault de Cantobre, comptant les oeuvres déjà primées des lauréats des années précédentes: Jean-François Rauzier, Alexandre Parrot, Christophe Dugied, Michel Kirch, Hans Silvester, Muriel Bordier, Marc Krüger. Ce prix doté d’une somme de 10 000 € est une belle récompense et un encouragement à la création.

Cette seconde exposition donne l’occasion de croiser les regards précédemment récompensés, toujours singuliers dans l’accord et l’interprétation des thèmes déjà traités: « Paysages de demain », « L’équilibre », « Lumières et perspectives », « Traits d’union », « L’instant décisif », « L’Éveil du regard », « Nouveaux horizons ». Plus, Outre les œuvres des lauréats du Grand Prix, l’accrochage présente une sélection de la collection photographique d’Eurazeo, une soixantaine d’œuvres, dont celles de Floriane de Lassée, Michael Kenna, Georges Rousse, présentes au premier étage.

Gilles Coulon ayant répondu au thème, apparemment trop corporate de cette sélection, “ré-enchanter l’entreprise”, s’est intéressé aux lieux désertés, aux bâtisses devenues froides, des “châteaux pinardiers” du Languedoc, sa région d’origine, et au projet de les réhabiliter, tant pour la viticulture que pour le tourisme afin qu’ils redeviennent de beaux et puissants chais, des maisons d’Hôtes, rayonnantes et accortes, dans la tradition architecturale locale. Tout autant qu’aux bâtiments, c’est aux hommes que Gilles Coulon a pensé et à l’excellence , à l’alchimie de leurs relations avec la Terre, le Soleil et la Pluie. Entre la terre, la vigne et le ciel se tient la main de l’homme, il écrit dans un texte d’intention sur la finalité de ses images : » c’est une reconnaissance du “ travail acharné de vignerons amoureux, de poètes, d’alchimistes, de chercheurs, de jeunes insensés et de vieux entêtés pour que ses vins se portent vers l’excellence, et que le Languedoc viticole soit aujourd’hui ré-enchanté….”

Les photos exposées ont été réalisées en 2015 et 2016 et présentent la première étape de ce processus. L’importance est donnée à la lumière hivernale qui entre par les fenêtres. Son traitement par la photographie sonne l’heure d’ un retour à la pureté originelle des renaissances, quand tout va naître de la nuit. Gilles Coulon reçoit le chant distinct du monde, il ne faut pas s’excuser de l’élan poétique et quasi métaphysique, plus que religieux, de cet adoubement. L’enchantement du photographe concourt à l’avènement de cette renaissance, en trace les temporalités, en retient les étapes. Autrement dit, dans un paradigme plus littéraire, un événement se produit…c’est une photographie faite d’ombres, de lumières et de matières, de pierres ancestrales, de bois et de de temps.

Gilles s’approche de son sujet par la pure expérience de son être là, de sa sensibilité à la préhension, au ressenti des lieux. Il documente certes, mais il fait également le portrait de sa nature profonde. Il est sur le chantier dans l’instant présent. Le prisme du jour décompose les formes, lettre aperçue d’un alphabet de lignes et de matières sues par avance. Tonalités de cathédrale sur des verres cassés, les images naissent du silence comme d’une onde, la couleur dispense la lumière, principe graphique, le photographe est ici le graphe de l’espace re-dessiné selon ses ombres et ses contrastes, cet espace intérieur augural qui scande, recherche les traces du visible venues se joindre à son oeil. Quand on pousse la porte…..Poésie du sensible , le chant de l’oeil intérieur se fait…. Poétique de la joie sèche en sa résilience, Gilles Coulon livre célèbre le chant de la Terre et les hommes … On ne pourrait s’étonner qu’alors, certaines corporations s’écrient « Gloire au travail… » , travail de l’artisan et dansent autour d’un feu cerclé de joies authentiques et gaies, à la faveur de ces vins du Languedoc, rubiconds et profonds. Toute une façon ré-enchantée de vivre et de créer.

INFORMATIONS PRATIQUES
Un Photographe pour Eurazeo
Collection et Lauréats du Grand Prix Eurazeo
Du 17 janvier au 25 février 2018
La Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy
75004 Paris
https://www.mep-fr.org/event/un-photographe-pour-eurazeo/
http://tendancefloue.net/

Avec le Soutien de Central Dupon Images.
Gilles Coulon fait partie du collectif TENDANCE FLOUE.

Eurazeo, l’une des premières sociétés d’investissement européennes, est engagée, depuis quinze ans, dans une politique de soutien à la photographie qui se manifeste à travers l’acquisition d’œuvres originales et par la création d’un Grand Prix récompensant depuis 2010 le travail de photographes issus d’horizons variés. Source MEP

Rencontre avec Linda Sanchez, Lauréate prix des Amis du Palais de Tokyo et Révélations Emerige 2017

Née en 1983, Linda Sanchez vit et travaille à Marseille. Après son diplôme Supérieur de Recherche en Art de l’Ecole Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy, Linda Sanchez participe à de nombreuses résidences, ateliers et collaborations dans la région Rhône-Alpes et Provence Alpes Côtes d’Azur puis devient lauréate du Prix de la Fondation Bullukian, Lyon en 2013. Sa participation au 62ème Salon de Montrouge et sa sélection à la 4ème Bourse Révélations Emerige dont elle sort lauréate, lui permettent d’envisager sereinement une nouvelle étape de son parcours. Elle a répondu à nos questions alors qu’elle apprend tout juste son succès pour le Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo.

Mowwgli : L’aventure Emerige : bilan et perspectives

Linda Sanchez : Pour cette exposition, j’ai construit une nouvelle pièce qui est en train de devenir une nouvelle ligne de travail, « L’autre », commencée il y a  6 mois. Je suis reconnaissante des conseils et de l’orientation mais aussi de la lecture  que Gael Charbau a eu sur ce travail. Ca m’a aidé à la mettre en oeuvre, à l’installer dans l’espace, à la rendre lisible.  Nous avons tous été très bien accompagnés, et cela on le doit aux fabuleuses équipes qui régissent cet évènement, du montage à l’organisation, de la médiation à la médiatisation. J’ai rarement rencontré des personnes aussi impliquées. Ensuite les trois semaines d’exposition ont été très suivies professionnellement, et c’était, pour nous tous, un privilège de rencontrer toutes ces personnes de référence.

J’ai également montré la vidéo « 11752 mètres et des poussières…« , un film de 71 minutes, qui compte beaucoup à cause de ce rapport vidéo-sculpture présent dans mon travail. Enfin, j’ai aussi accroché le schéma K, dernier dessin de la série 14628.jpg, une suite d’opérations géométriques qui part à la dérive et finit par ne décrire que sa propre trame de construction. La triangulation entre « l’autre » (espace chaotique et en même temps une partition), le dessin (dérive bifurcatoire) et la goutte d’eau (la chute infinie) m’ont permis de construire une articulation cohérente.

Je partageais la salle avec Fabien Léaustic, un rapprochement choisi par le commissaire , probablement pour les rapports de phénoménologie, de forces en mouvement, même s’il s’inscrit davantage dans un rapport au vivant.

Cette exposition est pour moi, un pont, un moment charnière car j’ai pu éprouver et montrer une nouvelle oeuvre; ca avait sa part de risque mais ça a marché finalement.

Mowwgli : Quelle serait la définition de votre pratique ?

L. S. : C’est toujours, ou souvent, des gestes de capture, de prise d’empreinte, d’enregistrement ou de saisie..pour ca j’invente des techniques particulières liées à ce qui est pris , la propriété d’un matériau , la caractéristique d’un medium, aux conditions d’un mouvement… Les formes et les technicités sont toujours intrinsèquement liées.  Je travaille toujours à partir de ce qui existe déjà, le comportement d’une goutte d’eau , la géométrie d’un grillage, la souplesse d’un liant, la liquidité du sable, la trajectoire d’une chute… Des phénomènes physiques, des mouvements, qui sont transcrits (« 30 cm » ou « chronographie de robe de goutte ») ou réactivés dans les espaces d’expo (« la détente2 »), et auxquels je donne une échelle et une durée, ou un mode d’existence propre (le film de la goutte d’eau).. Je travaille empiriquement et c’est pour ça que notion d’accident, de bifurcation, de dérive opératoire est présente. Beaucoup de  ces oeuvres sont aussi des surfaces, ou invoque des phénomènes interfaciaux.

Dans le « Tissu de sable » , la colle reste souple en séchant. Elle solidarise les grains de sable sur une fine épaisseur, ca produit une peau, préhemptible. Le lacet, présenté au salon de montrouge, est moulage d’une faille ouverte dans un monumental cube argileux, fendue à l’aide d’une corde. 30 cm est le mouvement de ce qui se passe dans 30 cm d’un tronc d’arbre. La détente2, (surface verticale sur laquelle une épaisseur d’argile sèche, craque et chute)  transpose et caractérise  la topographie du sol de l’espace où la pièce est présentée…

Mowwgli : Quelles rencontres ont été décisives dans votre parcours ?

L. S. : A l’école d’art d’Annecy,  plusieurs personnalités ont nourries et accompagné mon parcours. Alain Bublex, quand j’étais en section design d’espace, et qui est resté un bel interlocuteur de travail. puis Thierry Mouillé coordinateur du  laboratoire des intuitions , entre autres. Sous la direction de Jean-Louis Connan à l’époque, il y a eu à l’ESAAA de très bon cycles autour de l’expérimentation art, avec beaucoup de publications, de colloques, de rendez vous..Avec ce labo, et le cycle de diplôme doctorant que j’ai suivi ensuite, j’ai pu rencontrer Tim Ingold l’auteur d’une brève histoire des lignes, qui lors d’une conférence à l’ecole des bx arts de Paris a apporté un propos sur mon travail, un texte dont je lui suis infiniment reconnaissante.

Je citerai aussi Nicolas Tixier architecte, chercheur au CRESSON et directeur de la Cinémathèque de Grenoble, avec qui nous fait une conférence en duo durant un des colloque LDI.

En 2007,  avec les « Galeries Nomades de l’IAC de Villeurbanne », j’ai rencontré  Nathalie Ergino (directrice), qui m’a soutenu depuis, et avec qui je continue à travailler avec notamment le Laboratoire Espace Cerveau,

A Lyon, j’ai travaillé aussi avec le MAC (rendez vous 2007), la BF15, l’ADERA, qui soutiennent et tutellent des projets post école en rhône alpes. en 2012, Ils m’ont permis de publier le livre « 14628.jpg »

en collaboration Philippe Vasset (l’écrivain) et Coline Sunier (graphiste) …

Mowwgli : Quels sont vos prochains projets ?

L. S. : Après l’exposition collective « Les faits du hasard » dans le cadre de Némo, la Biennale des arts numériques 2017 au Centquatre. A partir de janvier, j’entame une résidence au 3bis f à Aix en Provence sous l’invitation de Diane Pigeau (directrice arts visuel).   4 mois partagé avec l’artiste écossaise Sarah Forest et une exposition en mai en résonance avec le Printemps de l’art Contemporain .

En 2018, je participe aussi à une exposition à Bordeaux, comissariée par Renato Casciani.

Il y aura aussi l’exposition de septembre à la Galerie Papillon (comme prévu dans le cadre de la Bourse Emerige ) qui va arriver très vite. Egalement très stimulante.

Mowwgli : Comment jugez-vous la scène marseillaise ?

L. S. : Marseille semble une petite scène, pourtant pleines de ressorts, à l’échelle de la ville. Il a beaucoup de petits lieux, très inscrits sur le territoire comme La compagnie, Vidéochroniques, Territoires partagés, Rond Point Project .. et encore Hors les murs et Marseille Expos ..C’est aussi une ville où il y a beaucoup de de résidences et d’ateliers d’artistes (ateliers ville de marseille et Chateau de Servières, Astérides, Triangle, Sextant et plus..)

Après il y a la Friche la belle de mai qui est un très gros pôle artistique. En amont de MP18 et plus loin, Manifesta 2020, d’autres entités sont entrain d’émerger, la Galerie double V, la rue chevalier roze avec des galeries comme Creve coeur , Atlantis, sessions sessions, Catherine Bastide…

Les 12 photographes nominés pour le Prix HSBC pour la photographie dévoilés

Remise du Prix HSBC pour la Photographie 2017 © Mowwgli

Pour la 23ème édition du Prix HSBC pour la photographie, 12 photographes internationaux ont été choisis par Raphaëlle Stopin, Directrice artistique du Centre de Photographie de Rouen et conseillère artistique 2018.
Antoine Bruy, Karin Crona, Petros Estathiadis, Olivia Gay, Elsa Laydier, Sandra Mehl, Shinji Nagabe, Michele Palazzi, Walker Pickering, Marie Queau, Brea Souders et Vladimir Vasilev.
Nous vous annoncerons les noms de deux lauréat.es le 8 février au soir en direct de la remise du Prix qui se déroulera à Paris.

http://prixhsbc.evenium-site.com

Rencontre avec Vincent Marcilhacy, Directeur de Picto Foundation à l’occasion de l’exposition de la Bourse du Talent

L’édition 2017 de la Bourse du Talent est actuellement exposée à la Bibliothèque nationale de France. Chaque année, cette exposition rétrospective est l’occasion de découvrir les travaux des quatre jeunes lauréats primés toute au long de l’année. Nous avons rencontré Vincent Marcilhacy, Directeur de Picto Foundation, partenaire  et co-organisateur de la Bourse du Talent dont le mécénat vise notamment à soutenir la jeune photographie.

Mowwgli : En 20 ans, la Bourse du Talent a récompensé 80 jeunes photographes et a mis à l’honneur des centaines de jeunes talents. Comment situez-vous cette distinction dans le paysage français ? Après deux décennies et un métier en constante évolution, les besoins des jeunes photographes sont-ils toujours les mêmes ?

Vincent Marcilhacy : La Bourse du Talent est créée en 1998, dans une période encore largement occupée par les procédés argentiques d’une part et le poids des médias imprimés de l’autre. Depuis, le métier des photographes s’est largement métamorphosé avec l’arrivée du numérique… Les plus anciens des talents émergents ont dû apprendre rapidement, les plus jeunes sont souvent digitale native. Du côté des modes de diffusion, la presse traditionnelle s’est mise en retrait faute de budget, laissant plus d’espace au marché de l’art, au culturel ou au mécénat, qui sont devenus de nouveaux partenaires des photographes. La Bourse du Talent a grandi dans ce mouvement et a su en accompagner chacune des évolutions. Dans ce sens, les besoins des photographes ont évolué, et l’exposition des talents 2017 présentée cette année encore à la BNF pendant plusieurs mois est un outil précieux pour eux. Elle procure une visibilité importante et un crédit significatif dans un métier où le photographe doit plus encore démontrer la crédibilité de son regard et le faire connaître. Tout comme le livre, édité chaque année chez Delpire Éditeur depuis 2016, qui inscrit l’œuvre de chacun dans le courant plus large de la photographie d’aujourd’hui.

Mowwgli : Le cru 2017 est présenté, comme chaque année depuis 2007, à la Bibliothèque nationale de France. Quels sont les résonances et les échos pour les jeunes photographes exposés à travers cet événement ? 

V. M. : Oui, comme je l’évoquais précédemment, cette exposition accueillie par la BNF et produite par le laboratoire Picto, représente un marqueur fort dans le parcours de ces talents. Ils ne s’y trompent pas lors de la soirée d’inauguration lorsque chacun dispose de quelques minutes pour présenter ses cimaises aux yeux et aux oreilles de Laurence Engel, Présidente de la BNF, de Philippe Gassmann, Président de Picto Foundation et de Didier de Faÿs, Directeur de Photographie.com. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit d’une première opportunité de penser leurs séries sur le mur pour l’exposition. Alors se posent les questions de la scénographie, des papiers et des techniques de reproduction. L’écho de l’exposition à la BNF pour ces photographes est considérable, et nombre d’entre eux repartent du vernissage avec de précieux contacts en poche, voire des propositions de collaboration à suivre. Et puis l’exposition est amenée à circuler, comme ce fut le cas l’an passé à Milan et à Lille.

Enfin, il y a le sens et la portée des images qui se retrouvent exposées dans les espaces de l’institution. Cette année encore l’accrochage et les tirages auront fini de valoriser des séries solides et des sujets approfondis. Je pense à Chloé Jafé qui décide de suivre les femmes d’un groupe de Yakuza à Tokyo, ou à Youquine Lefèvre qui, en écho à sa propre histoire d’adoption, passe près de trois mois avec des enfants séparés de leurs parents dans un foyer isolé dans la montagne suisse. Et je me réjouis de ne citer ici que des femmes, bien présentes dans cette édition 2017 de la Bourse du Talent…

Mowwgli : Picto Foundation joue un rôle important dans la promotion de la photographie et en particulier dans la jeune photographie. Pouvez-vous nous expliquer ces choix de mécénat ?

V. M. : À l’image de la Bourse du Talent que Picto co-organise avec Photographie.com depuis sa création en 1998, ou du Prix Picto de la Mode créé la même année, Picto a très tôt choisi de consacrer une attention particulière à l’émergence. C’est naturellement que ce chemin s’est poursuivi dans le cadre des programmes soutenus et initiés par Picto Foundation.

Plusieurs raisons à cela… D’abord la préservation des métiers de la photographie. J’évoquais plus haut les mutations du paysage dans lequel doit se situer le photographe pour émerger. Il nous semble important d’en faciliter l’accès en réduisant les intermédiaires entre les plus talentueux et celles et ceux, galeries, agents, magazines, qui recherchent de nouvelles écritures.

Picto doit aussi beaucoup aux photographes, qui font confiance à ses équipes et à ses savoir faire depuis près de 70 ans. Nous devons autant que possible rendre aux générations à venir une part de cette confiance et de cette fidélité, c’est cela aussi l’esprit de Picto Foundation.

Je précise que cet axe programmatique de Picto Foundation s’est depuis enrichi avec notamment l’accompagnement d’une cinquantaine d’écoles de photographie et d’arts visuels, ainsi que l’opération Carte Blanche Étudiants 2017 réalisée cette année avec Paris Photo et Gares & Connexions.

Mowwgli : Vous êtes partenaire depuis la première Bourse du talent, quel est votre rôle ?

V. M. : D’une manière générale nous apprécions les projets dans lesquels il est possible de s’inscrire dans la durée. Il devient alors possible de vivre avec le projet, d’en suivre les évolutions, les réussites comme les moments plus difficiles. C’est bien cela pour nous le rôle d’un mécène et c’est ainsi que nous souhaitons que nous nous épanouissons épanouisse dans le cadre de la Bourse du Talent comme ailleurs. Dans ce sens nous pouvons nous impliquer dans le jury, nous échangeons avec les photographes pour faciliter la préparation de leur exposition que nous produisons, et restons très souvent à leur écoute pour les accompagner et les conseiller sur la suite de leurs projets. Il s’agit aussi de s’interroger sur la manière avec laquelle chaque année nous pouvons donner plus d’écho aux travaux des lauréats par l’intermédiaire par exemple de nos réseaux professionnels et sociaux.

Mowwgli : Picto Foundation soutient d’autres prix mais est également actrice avec la création du Prix Picto de la Mode. Pourquoi est-il important de soutenir les prix photographiques ? 

V. M. : Les photographes et les acteurs du marché ont besoin d’y voir clair dans un environnement où foisonnent les propositions visuelles. Les prix représentent souvent une plateforme pour favoriser des rencontres propoices.

Il s’agit aussi d’un exercice particulièrement intéressant pour les photographes, où organiser, présenter et tester leurs projets, les faire mûrir et les confronter au regard et à la critique, souvent pour la première fois.

Enfin, quelles que soient les dotations proposées, en compétence, en nature comme en numéraire, les prix apportent désormais des avantages complémentaires pour les photographes confrontés, comme nous l’avons entrevu plus haut, à des difficultés de financement, donc de visibilité, qui limitent leur potentiel.

Et puis… c’est tellement réjouissant de remettre un Prix le jour J à celui ou celle qui le reçoit et qui pour un temps voit accéder à des portes jusque là à peine entre ouvertes…

Mowwgli vous donne rendez-vous à la rentrée en Janvier pour découvrir les sujets primés des lauréats 2017 !

INFORMATIONS PRATIQUES
• Exposition des Jeunes Photographes de la Bourse du Talent 2017
> Chloé Jafé (Bourse du Talent #69 Reportage)
Youqine Lefèvre (Bourse du Talent #70 Portrait)
Sanjyot Telang (Bourse du Talent #71 Mode)
Jean-Michel André (Bourse du Talent #72 Paysage)
Du 15 décembre 2017 au 4 mars 2018
BnF / François-Mitterrand
Allée Julien Cain
Quai François-Mauriac
75003 Paris
Ouvert du mardi au samedi 9h à 20h, dimanche 13h à19h, lundi 14h à 20h
Fermé jours fériés
Accès libre
• Fragilités
Bourse du Talent 2017
Editions Delpire
20 x 23 cm, 128 pages
30€
http//www.picto.fr

« PEAK OIL » de Geert Goiris réconcilie industrie et poésie. A voir au FRAC Normandie et au port de Rouen

GEERT GOIRIS « PEAK OIL » est une commande photographique inédite passée par le Frac et soutenue par l’entreprise Rubis Terminal Rouen sur le thème du paysage industriel contemporain. Elle donne lieu à quatre projets : une exposition au Frac, deux installations d’envergure dans le Port de Rouen et une publication chez Roma Publications.

Le Frac de Rouen, dont la collection photographique est une des plus importantes de France,  soutient notamment la photographie de territoire, dans la pure tradition de la Datar. Il a initié avec Rubis Mécénat, un projet de commande qui documente les dépôts, de Rouen et à travers l’Europe, de l’entreprise Rubis Terminal, grand acteur industriel rouennais et leader européen indépendant dans le stockage de produits pétroliers et chimiques. Le photographe belge Geert Goiris s’est donc rendu sur les 12 sites industriels de Rubis Terminal. Il a sillonné les zones portuaires et industrielles de Rotterdam à Ajaccio, de Strasbourg à Brest en passant par Rouen bien sûr. Fidèle à son style cinématographique et suggestif, Geert propose « une narration ouverte » sur ce thème du paysage industriel contemporain.

Geert Goiris photographie principalement des lieux que l’on trouve aux bouts extrêmes de la société ; touchant aux confins mêmes de la civilisation. Des lieux rarement visibles pour le commun des mortels, inaccessibles, hostiles ou sécurisés, ou simplement en bordure de deux mondes sans intérêt apparent. Que ce soit dans ses paysages, ses portraits ou ses images d’architecture, il propose une vision fantasmée d’un monde à venir. Par un travail, de cadrage,  de mise en scène et de temps de pause long, il essaie d’installer un doute, une tension narrative. Il crée ainsi un environnement mystérieux, à mi-chemin entre familier et étrange, entre réel et fiction, entre mémoire et prémonition.

Peak Oil (pic pétrolier) fait référence au moment où l’équilibre entre les réserves connues et accessibles de pétrole brut, et les prévisions de consommation de pétrole, atteindra un point de basculement. Illustrant, bien sûr, les références visuelles de l’industrie pétrolière : réservoirs, forêts de cheminées et labyrinthes de canalisations, Geert Goiris est allé au delà du travail documentaire, avec un ensemble de tirages alternant, gros plans à l’esthétique abstraite de plantes et flaques d’eau au couché du soleil, et prises de vue à la beauté graphique de moteurs, d’engins ou d’architecture industrielle. Cet itinéraire est ponctué par des grands formats réalisés en argentique avec une pellicule infrarouge. Conservant un esprit reportage ces plans larges noir et blanc, photographiés avec un temps de pause long, échappent pourtant à la réalité. Les paysages semblent irradiés d’une lumière surnaturelle. Le temps y est comme suspendu ce qui confère une certaine poésie à ces environnements sans réelle présence humaine.

Geert Goiris parvient ainsi à photographier ce qu’il appelle « l’hypermémoire », matérialisant le visible et l’invisible, le passé et la prédiction en même temps. Peut être ce fameux moment du basculement que serait le Peak Oil.

INFORMATIONS PRATIQUES
Peak Oil, Geert Goiris
Commissariat : Véronique Souben, directrice du Frac Normandie Rouen
Du 9 décembre 2017 au 14 janvier 2018
Frac Normandie Rouen
3 place des Martyrs-de-la-Résistance
76 300 Sotteville-lès-Rouen
Ouvert du mercredi au dimanche : 13h30-18h30. Entrée libre.
http://www.fracnormandierouen.fr/

À partir du 14 décembre 2017
Installation photographique à l’Union Portuaire Rouennaise
66 Quai de Boisguilbert
76000 Rouen

Wallpaper sur le réservoir du dépôt « Centrale » de Rubis Terminal dans le Port de Rouen
Rue du Bac
76120 Le Grand Quevilly

Le livre « Peak Oil » sera disponible en librairie à partir de décembre 2017 (se référer au site de Roma Publications : www.romapublications.org).

Geert Goiris (Bio)
Geert Goiris est un photographe belge qui vit et travaille à Anvers. Après des études à la LUCA School of Arts de Bruxelles, à la FAMU (Film and Television Academy de Prague), ainsi qu’au Higher Institute for Fine Arts (HISK) d’Anvers. Geert Goiris se fait connaître à l’international dès 2004 notamment grâce à sa participation à la Biennale d’art contemporain Manifesta 5 de Saint-Sébastian (Espagne). L’artiste est représenté par la Galerie parisienne Art Concept.
Le travail de Geert est régulièrement exposé dans les grandes institutions européennes telles que la Boijmans Van Beuningen Museum (Rotterdam – 2007), le Weils Contemporary Art Center (Bruxelles – 2010), Le Palais de Tokyo (Paris – 2010), Le Hamburger Kunsthalle de Hambourg (2011), le Nouveau Musée National de Monaco (NMNM – 2012), le Chicago Museum of Contemporary Photography (USA – 2015), ou encore la Centre Pompidou de Metz (2016). En 2016, le Frac Noramandie Rouen lui a consacré une exposition monographique intitulé « Fight or Flight »
http://www.geertgoiris.info

Frac Normandie Rouen
Le Frac, ouvert depuis 1983, est installé dans un bâtiment industriel des années 1930, un ancien atelier de réparation de tramways, il fut l’un des premiers à avoir son propre espace d’exposition. Ses 400m2, d’exposition répartis sur deux niveaux lui permettent d’offrir, chaque année, trois grandes expositions : 2 sont consacrées à son fonds et 1 est dédiée à un artiste contemporain émergent ou confirmé.
Il bénéficie également d’un espace pédagogique spécifique pour accueillir, tout au long de l’année, les publics les plus divers autour d’ateliers, de rencontres, de stages, d’événements et de conférences. Parallèlement à ses expositions in situ, le Frac conçoit également un  programme de 7 expositions chaque année hors-les-murs dans des lieux les plus divers de la Région
Le Frac possède une collection publique d’art contemporain constituée aujourd’hui de près de 2500 œuvres contemporaines  dont les livres d’artistes et la photographie représente une grande part.
http://www.fracnormandierouen.fr/

Rubis Mécénat
Rubis Mécénat, entité du groupe Rubis, acteur majeur du stockage et distribution de produits pétroliers et chimiques, soutient la création artistique en accompagnant, en France et à l’étranger, des artistes émergents et en milieu de carrière, par le biais de commandes d’œuvres pour des lieux spécifiques et pour les sites industriels du Groupe.
Véritables plateformes créatives, ces initiatives artistiques et sociales constituent un investissement de long terme permettant un soutien durable et un suivi des actions sur le territoire. Le fond culturel acquiert également, auprès des artistes qu’il soutient, des œuvres destinées à être exposées au sein du groupe Rubis.
http://www.rubismecenat.fr/

Bordeaux : Nathalie Lamire Fabre accueille les deux lauréates du Prix HSBC pour la Photographie 2017

Dernière étape de l’exposition itinérante pour l’édition 2017 du Prix HSBC pour la Photographie. Laura Pannack et Mélanie Wenger sont accueillies par Nathalie Lamire Fabre, directrice de la galerie Bordelaise Arrêt sur l’Image. Le public est invité à redécouvrir les travaux primés, et découvrir les nouvelles productions de deux jeunes photographes que nous dévoilons aujourd’hui.
Rencontre avec Nathalie Lamire Fabre.

Mowwgli : Vous exposez les lauréats du Prix HSBC pour la huitième fois, quel regard portez-vous sur l’évolution de ce Prix ?

Nathalie Lamire Fabre : En 2004, l’équipe du Prix HSBC m’a contactée pour savoir si les lauréats pouvaient être présentés à la galerie. Bien sûr je connaissais le Prix, et j’ai été très honorée qu’ils pensent à moi pour la présentation de l’exposition au public bordelais. Les premières années, l’exposition itinérante faisait halte à Bordeaux tous les deux ans, et après avoir présenté Christian Vium et Marta Zgierska l’an passé, nous nous retrouvons de nouveau cette année !
Tout au long de cette expérience, j’ai pu remarquer qu’à chaque édition, il y a un regard sans cesse renouvelé avec le même intérêt. J’ai un grand respect pour ce Prix qui accompagne et promeut ces jeunes photographes. L’évolution du Prix est pour moi en parfaite adéquation avec l’évolution de la photographie elle-même. Elle reflète le courant photographique du moment.
Je suis avec intérêt le parcours des anciens lauréats, certains sont même revenus exposer à la galerie; c’est le cas de Patrick Taberna (lauréat 2004) par exemple. Il y a toujours un lien et une écoute avec les photographes que l’on a exposés ici, je pense notamment à Delphine Burtin (lauréate 2014) ou encore Eric Pillot (lauréat 2012). Il y a une authenticité de partage très forte dans ce Prix.

Mowwgli : Quel regard portez-vous sur cette nouvelle exposition ? Y a-t-il un fil conducteur entre le travail des deux lauréates et les artistes de la galerie ?

N. L. F. : Il y a en effet des préoccupations communes, c’est le cas notamment de l’analyse de la relation complexe entre sujet et photographes : que ce soit des questions sociales pour Laura Pannack et des histoires humaines pour Mélanie Wenger.
Il y a une grande qualité dans le choix opéré par les conseillers artistiques. Exposer la jeune photographie au sein de nos murs est un des rôles de la galerie. Je présente de la photographie depuis quelques années maintenant, et pour le public de la ville, il est important de découvrir les travaux de jeunes talents internationaux.

Mowwgli : Vous clôturez l’exposition itinérante de cette édition 2017, à cette occasion, vous exposez de nouvelles œuvres, réalisées cette année grâce à une aide à la production allouée par HSBC ? Pouvez-vous nous parler de ces nouveaux travaux.

Oui c’est une nouveauté pour moi, car c’est la première fois que la galerie Arrêt sur l’Image termine l’itinérance. J’ai donc la chance de faire découvrir au public une présentation, ou tout du moins, les prémices du prochain projet photographique des lauréates.
Pour Laura Pannack, nous présentons deux images de « Inside out », la photographe souhaite explorer l’émotion des relations humaines. Pour Mélanie Wenger, il y a quatre images sur une série en cours intitulée « Broken Silence ». C’est une enquête documentaire sur les violences sexuelles dans le monde. Après avoir été au Zimbabwe, cette année la photographe se rend en Colombie, dans la guerre des gangs de l’une des plus grandes plaques tournantes du traffic de cocaïne.

N. L. F. : L’exposition est présentée jusqu’au 9 décembre prochain, quelle est votre programmation à venir ? 

Pendant une très courte semaine (du 14 au 23 décembre), nous allons présenter des photographies inédites de Barbara à l’occasion du 20ème anniversaire de sa disparition. L’exposition rassemblera des images de Libor Sir réalisées en 1967. Toutes sont absolument inédites !
Et par la suite, pour la rentrée de janvier 2018, nous accueillerons Bernard Plossu – avec qui je travaille régulièrement – à travers l’exposition « A voir et à Manger ». C’est une collection qui propose de revisiter les archives d’un photographe ou d’un collectionneur.

INFORMATIONS PRATIQUES
Laura Pannack & Mélanie Wenger
Lauréates 2017 du Prix HSBC pour la Photographie
Du 10 novembre au 9 décembre 2017
Arrêt sur l’Image Galerie
Cours du Médoc
33000 Bordeaux
http://arretsurlimage.com

En savoir plus :
http://prixhsbc.evenium.com
http://laurapannack.com
http://www.melaniewenger.be

A Lire :
Interview avec Mélanie Wenger
Interview avec Laura Pannack

Linda Sanchez, lauréate 4ème édition Révélations Emerige

« Le vertige est cette sensation de vacillement qui se nomme après coup qui forme une onde déréalisante à la surface de notre environnement et qui provoque une perte de repères (…) »- Gaël Charbau

Emerige Révélations, pépinière de talents

Comme une nébuleuse le paysage tissé par ces 12 univers invite à revoir nos certitudes pour entrer dans un nouvel état perceptif. Les œuvres sont disposées dans le bel espace de la Villa Emerige pour créer des échos et rebonds visuels, certaines entrant en collision entre elles. Des frottements fertiles d’où sort une possible narration.

Parmi ces 12 finalistes de la Bourse Révélations Emerige l’on retrouve quelques uns des artistes de l’exposition de Gaël Charbau à la Friche Belle de Mai pour lequel je l’avais interviewé « Inventeurs d’aventures« , comme Alice Guittard ou Jérôme Grivel. Ils sont assez nombreux à venir des écoles d’art du sud, un vivier intéressant.

Alice Guittard,(Villa Arson) invitée par Gaël Charbau pour le show room d’Art-O-Rama traque les hasards sous forme de performances, d’expérimentations, de transferts comme avec ces accidents d’images sur plaques de marbre. Elle fera partie de l’exposition collective à la galerie stambouliote The Pill.

Jérôme Grivel (Villa Arson) avec ce labyrinthe d’acier infranchissable déroute au premier regard de même avec sa vidéo où il se met en scène criant jusqu’à épuisement. Une forme de résistance du corps et de la matière face aux multiples stimuli qui nous entourent et conditionnement sociétal.

Mon favori Fabien Léaustic (cf rencontre à la Cité des arts le 4.10) nous décrit son usage évolutif de l’argile le temps de l’exposition et j’y retrouve ses stratagèmes empiriques autour des forces de la nature comme avec cette cariatide réalisée pour les 10 ans d’Artaïs toujours si spectaculaire.

Les courts-métrages et vidéos de Mari Arun (ENSBA Paris) autour des rituels et de la jeunesse comme avec « Feux »qui se termine par une scène de sexe crue et violente touchent et sonnent juste.

Laetitia de Chocqueuse également diplômée Beaux Arts de Paris et 59ème Salon de Montrouge aborde une temporalité aléatoire qu’il nous incombe de déchiffrer comme avec ces Unes de journaux rehaussées de peinture à l’huile ou ce fossile des mers qui porte les échos du lointain.

Et la gagnante est …
Linda Sanchez révélée au 62ème Salon de Montrouge et prix Bullukian, avec son film « 11752 mètres et des poussières…, » 2014 nous invite à une pause méditative à partir de la course d’une goutte d’eau filmée à contre sens.
Ses colonies d’objets contaminés par du lichen, son tissu de sable, argile activée (la Détente II), morceaux de récit autour de l’usure de l’image avec l’écrivain Philippe Vasset, coquilles de plâtre qui implosent, chute programmée de feuilles de papier, nous disent un inventaire du quotidien poétique et performatif autour de la répétition du geste et relation à l’espace.
Elle va bénéficier d’un accompagnement professionnel, d’un atelier et d’une bourse globale de 15 000 euros pour réaliser sa première exposition personnelle à la galerie Papillon en 2018 et, nouveauté, bénéficiera d’une visibilité à l’étranger grâce à une exposition collective à la galerie The Pill d’Istanbul.

Liste des nominés : Mali Arun – Laetitia de Chocqueuse – Marcel Devillers – Jérôme Grivel – Alice Guittard -Luke James – Fabien Léaustic – Alice Louradour – Gwilherm Lozac’h -Eva Medin – Linda Sanchez – Apolonia Sokol

Le jury 2017 :
Un jury international de 9 personnalités issues du monde de l’art contemporain : Laurent Dumas (Président du Fonds de dotation Emerige), Andrea Bellini (directeur du Centre d’Art Contemporain, Genève), Suela J. Cennet (Directrice de la galerie The Pill, Istanbul), Eric de Chassey (Directeur général de l’Institut national d’histoire de l’art, Paris), Alexia Fabre (Conservatrice en chef du MAC VAL, Vitry-sur-Seine), Eric Mangion (directeur du centre d’art de la Villa Arson, Nice), Didier Marcel (artiste), Marion et Claudine Papillon (directrices de la galerie Papillon, Paris).

A noter qu’Edgar Sarin, précédent lauréat bénéficie actuellement d’une exposition au CCC OD de Tours, intitulée « Ici : symphonie désolée d’un consortium antique ».

INFOS PRATIQUES :
En forme de vertiges
Les nominés de la 4ème Bourse Révélations Emerige
du 8 au 30 novembre 2017
Villa Emerige
7 rue Robert Turquan
75016 Paris
Entrée libre,
Du mercredi au dimanche de 13 à 19h.

Ateliers jeune public des 11 et 26 novembre sur inscription :
http://www.artkidsparis.com/fr/emerige.php
http://revelations-emerige.com

Paris Photo : Martin Schoeller, Inspiring Action

Commande de Pernod Ricard pour le rapport de fin d année, Martin Schoeller a réalisé 18 portraits grand format de 18 personnes du groupe occupant toutes fonctions ayant été sélectionnées sur les 18 000 employés France et monde et envoyées à NY pour se faire tirer le portrait… Portraits exposés à Paris Photo.

Aventure personnelle marquante, deux de ces femmes ont relaté la séance comme un moment intense et juste, une sorte d’accouchement de soi en ayant résulté, une aventure singulière et profonde a marqué les esprits.

Ces 18 visages, femmes et hommes, tous différents au delà de leur nationalité, sont photographiés simplement, sans artifice, ni maquillage, sans effet, à fleur de peau, dans un cadrage identique et une lumière studio « propre » si bien que, définition aidant, les lèvres et les yeux retiennent l attention… L’impression de naturalité est au premier chef, une direction artistique à atteindre, bien au delà d une photographie de commande, marquée Corporate, où l’enjeu est de photographier l’homme dans sa fonction, donc, en principe, plutôt la fonction où comment celle ci habite t-elle celle là, ou cohabite avec celle là.

Ici un visage quasi brut, sans retouche, grain de peau, rides, cheveux et expressions telles quelles, sont la base de l’opération photographique, Martin cherche le vrai visage sous le visage de circonstance, opération vérité en quelques sortes….sans complaisance, Martin enregistre présences et fixité du regard, bouches muettes, parfois interdites, yeux bien au centre du portrait. Aucune fuite du visage n’est permise, c’est un face à face, on peut comprendre que, se retrouvant dans ces positions d’être soi même, sans plus de make up, pour les femmes en particulier, sans embellissements programmés, au bord d’une forme de cohabitation, de confrontation à sa propre image brute, un conflit psychologique ait pu apparaître et que l’habilité de Martin Schoeller à déjouer ce conflit, lui ait permis, finalement d’accoucher ces visages d’eux mêmes, hors du regard social. Entreprise très salutaire à l’heure où toute une photographie cherche à masquer plutôt qu’à montrer, d’où également une forme d’émotion contenue dans l’ objectivation de ces visages, devenants aussi un peu plus étranges à eux mêmes, un peu plus extérieurs, pourrait-on écrire.

….Et c’est beau, esthétiquement, touchant en quelque point, de plus, une tentation anthropologique habite ces portraits qui se raccordent volontiers à toute une tradition de portraits ethnologiques. Il se dégage de chaque image un hommage discret à l humanité, à la communauté des hommes, de toutes races, de toutes couleurs, de toutes conditions. Les traits du sang ne mentent pas, et c’est selon, soit une force, soit une faiblesse.

Travail d’une grande pureté….peut être le sentiment du centrage systématique de la lumière reflétée au centre de chaque pupille, masque t il une lecture identique et identitaire top récurrente, le centre de l’œil et de l’iris ont disparu des yeux, ce qui est bien dommage, à moins qu’on ne l’interprète comme une signature cachée ou un marquage stylistique.
Quoique il en soit de ces portraits à la chromie neutre ,  les teintes et couleurs de peaux, couleurs des yeux, dessins des lèvres, tout signe marquant l’appartenance à une famille, un groupe ethnique, une nation, au delà des nombreuses antécédences et mariages, qui, au fil des siècles et de l’histoire ont marqué les générations et façonnés nos corps actuels, confirment le parti-pris du tout naturel. Martin Shoeller avance vainqueur en ces terres déjà conquises ..de quoi ne pas ternir une réputation largement acquise, bien au contraire…
INFORMATIONS PRATIQUES
Paris Photo
Grand Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris
http://www.parisphoto.com
https://martinschoeller.com

Félicia Simion : Tremplin Jeunes Talents, Planche(s) Contact Deauville

Depuis sa création, la Fondation Roederer dote le festival Planche(s) Contact d’une bourse pour les jeunes photographes issus des écoles européennes. Pour cette huitième édition, la ville et la fondation ont décidé d’aller plus loin et d’ouvrir cette compétition à tous les jeunes photographes sans distinction de diplômes ou de pratiques.

L’appel à candidature est lancé en février dernier et en mars le jury de professionnels sélectionnait les « résidents ». 6 jeunes allaient venir à Deauville proposer leur vision de la ville. Samedi, le jury se réunissait lors du week end de vernissage pour choisir le lauréat de ce tout premier « Tremplin Jeunes Talents ». Et c’est Felicia Simion, jeune photographe roumaine de 23 ans qui a su séduire par son regard tendre et décalé la cité balnéaire qui n’en finit pas d’être réinterprétée au fil des années par les photographes.
Les photographes participants étaient : Betty Bogaert, Julien Malabry, Nyima Marin, Yoann Olawinski et Felicia Simion

Félicia Simon, lauréate

Diplômée du département photographie et vidéo de l’Ecole Nationale des Arts de Bucarest en 2016, Felicia Simion est la benjamine du Tremplin Jeunes Talents Planche(s) Contact.
Personnalité sensible, amoureuse de l’art, sa photographie se décline en plusieurs volets. D’abord tournée vers l’autoportrait onirique, mis en scène, sa poursuite d’études à la Faculté d’Ethnologie et d’Anthropologie culturelle l’amène également à considérer avec plus d’attention le documentaire. Ses compositions, empreintes de la trace des grands maîtres du genre, révèlent une identité visuelle forte et maîtrisée, entre la fiction intime, presque surréaliste, et le documentaire.
Se rappelant de sa première photographie -celle de ses parents en vacances sur les plages de la Mer Noire, prise à l’âge 13 ans avec ce qu’elle nomme une « petite boîte de plastique», Felicia Simion souhaite investir Deauville sur un fond personnel et autobiographique. Entre douce nostalgie et romantisme, sensibilité et féminité, elle souhaite revivre et transposer ce souvenir familial, 18 ans plus tard, à l’autre bout de l’Europe.

Dates de résidence : du 12 au 29 juin 2017
www.feliciasimionphotography.com

INFORMATIONS PRATIQUES
Festival Planche(s) Contact
Du 21 octobre au 26 novembre 2017
14800 Deauville
http://www.deauville.fr/le-festival-planches-contact