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A la (re-)découverte de Judy Chicago, Villa Arson (Nice)

Savez-vous ce qu’est le cool school ? le finish fetish ? ou encore le L. A Look ? Pour cela il faut se plonger dans l’ambiance de la scène californienne des années 60 expérimentale et en rivalité latente avec New York. Les fers de lance de cette émergence sont Le LACAM à ses débuts et la Ferus Gallery.

Car comprendre Judy Chicago c’est aussi comprendre les particularismes de ce territoire, véritable creuset et marqueur esthétique. Les surfers et les bikers de la Cote Ouest, les expérimentations industrielles et aérospatiales sur fond de guerre du Vietnam avec l’irruption de nouveaux plastiques : le plexiglas, le vinyle, le polyester, un répertoire de formes érotiques et flamboyantes en réaction au côté conceptuel et intellectuel de la cote Est, les marches dans le désert…Autant d’éléments qui forgent la personnalité et le style de Judy Chicago qui sèche ses cours à l’UCLA pour aller se former dans les ateliers mécaniques. Une œuvre comme « Car Hood » de 1964 témoigne de son appropriation de la technique du spray et des couleurs industrielles. Même si elle y parsème des motifs plus personnels liés à la mort de son mari dans un accident de voiture.
Elle participe à l’une des premières expositions dite minimalistes en 1966 « Primary Strcutures » au Jewish Museum aux côtés de John McCraken ou Larry Bell avec « Rainbow Pockett » mais ressens le besoin de s’écarter de ce courant à dominance masculine et patriarcale. Elle se tourne alors vers la miniature dans la mouvance de la dématérialisation de l’art observée par Lucy Lippard et John Chandler. Nous sommes à la veille du mouvement féministe de 1968. C’est alors qu’elle réalise l’environnement très virulent « Feather Room » en parallèle à des actions anti-guerre visant les bases en Californie. Rejetant l’architecture du white cube traditionnel qu’elle court-circuite par une approche soft sculpture basée sur la lumière et des cloisons souples. Cette sensation duveteuse créée par ses plumes qui recouvrent le sol annonce le mouvement light and space et dépasse le minimalisme tout en se basant sur le vide.
La reconstitution à l’identique de l’installation est un grand moment de la visite, chacun est invité à l’expérimenter et l’on en ressort avec une sensation d’étouffement et de malaise. Le titre n’est sans doute pas du au hasard.
Avec sa série performative « Atmospheres », œuvre pyrotechnique réalisé dans le ciel californien il s’agit de donner une version féministe au Land Art proche des actions d’Ana Mendieta. Des fumigènes de différentes couleurs selon l’endroit sèment une sorte de nuée évanescente, spectacle apocalyptique dématérialisé.
Sa lutte pour l’émancipation se cristallisera dans l’emblématique projet collectif qu’est la « Womanhouse »(1972), lieu domestique transformé en refuge et théâtre d’une archive féministe et programme éducatif pour les étudiantes en art. Suivra le célèbre Dinner Party, série de banquets à la mémoire des femmes, un monument aujourd’hui conservé au Elizabeth Sacker Center for Feminist Art (Brooklyn museum).
Le grand mérite de la commissaire Géraldine Gourbe, chercheure en esthétique spécialisée dans la question de la performance, des collectifs et du féminisme, est d’avoir su recréer toute cette scène à travers de nombreuses figures représentées qui répondent aux recherches de Judy Chicago : John McCraken, Robert Morris, Pat O-Neill, DeWain Valentine ou encore Bruce Nauman.
A l’occasion de l’exposition, première publication française (Presses du réel) de l’autobiographie-manifeste de Judy Chicago, paru en 1975, « Through the Flower : My Struggle as a Woman Artist ».
Judith Chicago est également évoquée dans l’exposition Cosmogonies du MAMAC, l’autre grand temps fort niçois.
Ne manquez pas lors de votre visite l’exposition des 27 jeunes diplômées 2018 de la Villa Arson, qui est avant tout école nationale supérieure d’art.
« La Vallée de l’étrange » dont la 2ème partie se tient en ville, galerie de la Marine où Georges vous réservera un accueil chaleureux. Cet autodidacte qui se passionne pout l’art contemporain connait chacun des artistes et pourra vous donner les codes d’accès à cet ensemble aussi chaotique que jubilatoire.
Au moins deux bonnes raisons de monter jusqu’à la Villa et profiter de cette architecture brutaliste remarquable et jardin avec vue sur la baie des anges ou flâner sur les quais..
Infos pratiques :
• Los Angeles, Les Années Cool / Judy Chicago
Du 1er juillet  au 4 novembre 2018

• Promotion Villa Arson 2018 | La Vallée De L’étrange
Villa Arson : du 1er juillet au 16 septembre 2018
Galerie de la Marine : du 30 juin au 30 septembre 2018
En période d’expositions : ouvert tous les jours de 14h à 18h (de 14h à 19h en juillet et août) sauf le mardi.
https://www.villa-arson.org
Galerie de la Marine – Mairie de Nice

MAMAC : Sublimes cosmogonies à Nice

La Ville de Nice propose une saison artistique estivale riche, au MAMAC, qui met à l’honneur Yves Klein et la pensée cosmogonique, au musée Matisse avec le dialogue des 2 monstres sacrés Picasso-Matisse et à la Ville Arson autour de Judy Chicago.

Dans le prolongement de l’exceptionnelle exposition qu’elle avait orchestrée pour le Centre Pompidou Metz, intitulée « Sublime le tremblement du monde »Hélène Guenin à présent dirigeant le MAMAC de Nice propose « Cosmogonies au gré des éléments ». Il est aussi question de cette génération d’artistes des années 1960-70 du Land art, Arte Povera, Earth art qui aspirent à une fusion avec les éléments avant que les catastrophes ne proviennent.
Ainsi l’on retrouve certains artistes formidables comme Ana Mendieta, Barbara et Michael Leisgen, Robert Smithson.. mais à Nice en écho avec l’anniversaire cette année d’Yves Klein la démarche prend une autre tournure.
Inventeur des premières cosmogonies qu’il qualifie « d’états-moments » de la nature qu’il réalise dès 1960 sur les berges du Loup à Cagnes-sur-Mer, Yvles Klein est la figure tutélaire de l’ensemble déployé à la fois au MAMAC mais aussi à la galerie des Ponchettes en ville avec une installation évolutive de Michel Blazy.
C’est tout l’enjeu de cette démarche de réinscrire la démarche de Klein à l’aune de ses suiveurs et artistes contemporains dans une quête de fusion primitive avec les 4 éléments et d’ouvrir sur les enjeux écologiques de l’ère de l’anthropocène, soit l’impact dévastateur de l’homme sur son environnement.
Le parcours ouvre sur l’œuvre de Hans Haacke, un humus reconstitué et le visage de Marina Abramovic dans le film « Stromboli », ce visage soumis au ressac des vagues et du vent dans une sorte de communion parfaite, comme pour instaurer un climat de contemplation et de silence. Un « droit au réenchantement » tel que le définit Hélène Guenin dans le très beau catalogue, en contre poids au consumérisme grandissant.
Andy Goldsworthy, Anthony McCall avec « Landscape for White Square » ou Penone avec « Sofflio di foglie » inventent un langage corporel qui convoque le spirituel de la nature, d’autres artistes choisissent d’enregistrer les soubresauts énergétiques du monde tels les variations du vent chez Marinus Boezem « Weather Drawings », l’enregistrement de la terre par la Boyle family, de la grêle chez Evariste Richer ou la reconstitution expérimentale des phénomènes des nuages par Charlotte Charbonnel. Ainsi de l’impermanence des choses et la fugacité du vivant, il semble urgent de témoigner de cet écosystème en sursis.
Nos ressources ne sont pas illimitées comme le martèle la nigériane Otobong Nkanga qui puise dans la mémoire sacrificielle de son pays pour dénoncer la spoliation et l’exploitation abusive du territoire africain, tandis que Thu-Van Tran dans une approche plus poétique revient aussi sur l’héritage colonial conflictuel et néfaste pour son pays d’origine le Vietnam dont les sols ont été contaminés et les forêts dévastées.
Dès lors des rituels de réparation ou de réconciliation avec la nature sont mis en œuvres à travers des artistes telles Gina Pane avec sa série d’actions « Pierres déplacées », des gestes très humbles et performatifs ou chez Ana Mendieta avec « Grass Breathing » , Maria Laet qui cout de ses mains le sable ou encore Judy Chicago et ses fêtes païennes, le corps devenant le véhicule d’un hommage à Gaia, la terre nourricière, valeur refuge.
Parmi les mulitples scénari, certains font appel à la science et à la chimie comme chez Hicham Berrada (aquariums aux solutions empiriques) ou chez Michel Blazy et ses fermentations du vivant qui convoquent l’art des jardins et le merveilleux aléatoire, galerie des Ponchettes.
Ancienne halle aux poissons de 30 mètres dédiée aux créations in situ, Michel Blazy y déploie une prolifération olfactive et visuelle totalement inédite. « Jardin des délices » convoque ainsi le végétal, le minéral (aluminium),l’organique, le froid et le chaud, l’eau et le feu, une dynamique des contraires. Saisissant !
Enfin, la galerie contemporaine est dédiée à Irene Kopelman (née en Argentine en 1974) autour de ses recherches dans différents biotopes du monde et résidences de recherche auprès de plusieurs collections géologiques ou laboratoires tels, le Smithsonian Tropical Research Institute au Panama ou le Manu Learning Center dans la forêt péruvienne.
L’artiste et le MAMAC entament par ailleurs une collaboration au long terme avec l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer pour initier un nouveau travail de recherche autour du plancton.
Catalogue aux éditions MAMAC/Snoeck, 175 pages, 29 €
INFORMATIONS PRATIQUES :
• Cosmogonies, au gré des éléments

jusqu’au 16 septembre 2018
• Irene KOPELMAN
jusqu’au 30 septembre 2018
MAMAC
Place Yves Klein
06000 Nice
Horaires : Tous les jours sauf le lundi de 11 h à 18h
Tarifs : Ticket individuel 24h au tarif de 10€ qui donne accès à : MAMAC, Galerie des Ponchettes, Espace Ferrero, Galerie de la Marine, Théâtre de la Photographie et de l’Image, Musée Matisse, Musée des Beaux-Arts, Musée d’Art Naïf, Musée Masséna, Palais Lascaris, Musée d’Archéologie, Muséum d’Histoire Naturelle, Prieuré du vieux logis
www.mamac-nice.org

• Michel BLAZY. Timeline
jusqu’au 4 novembre 2018
Galerie des Ponchettes
77 quai des Etats-unis
06300 Nice

Matisse et Picasso, la rencontre des géants à Nice !

Autre temps fort de la saison estivale à Nice et reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication, l’exposition « Matisse et Picasso, la comédie du modèle » du musée des collines de Cimiez, est parmi le florilège des expositions picassiennes de l’été, l’une des plus pertinentes.

C’est à partir de la formule d’Aragon, que le musée revient sur l’un des dialogues les plus fertiles et inventifs du XXème siècle entre deux monstres sacrés, qui se sont côtoyés de façon permanente échangeant points de vue, visions et œuvres mêmes comme ce magnifique tableau « Marguerite » que Picasso ne quittera pas, à Nice et dans la région.
Le parcours démarre avec des photographies vintage signées Lucien Clergue, Brassaï, André Ostier, Hélène Adant, Henri Cartier-Bresson, David Douglas Duncan, Dora Maar qui relatent la vie dans l’atelier de chacun : le Régina à Nice ou La Californie à Cannes et des objets donnés qui traversent leur création comme cette étrange coiffure cérémonielle Nevinbumbaau des Nouvelles Hébrides que Matisse offre à Picasso.
La question du peintre et son modèle en filigrane quoique essentielle, est traitée différemment chez les deux maîtres. Matisse déclare « Mes modèles, figures humaines, ne sont jamais des figurantes dans un intérieur. Elles sont le thème principal de mon travail… » tandis que chez Picasso il s’agit plus d’un travail mental de reconstitution.
Après une salle consacrée à la transformation de la matière, la morphogénèse, (sculpture, dessin sériel, photographie) qui offre autant de déclinaisons possibles du même modèle : Odalisque de Matisse, Femme au tambourin de Picasso, nous entrons dans la section « convoiter », soit le modèle offert au regard du créateur. Un abandon comme avec le sublime « Rêve » matissien, porte ouverte à l’inconscient : « Je dessine tout près du modèle – en lui-même – les yeux à moins d’un mètre du modèle et genoux pouvant toucher le genou » déclare t-il à Aragon. Picasso lui intériorise ce modèle réel ou fantasmé comme dans les « Femmes d’Alger ».
Une convoitise qui peut se faire brutale et annonce la partie « posséder ». Des étreintes qui signent un retour à la mythologie comme avec la Suite Mallarmé de Matisse, à laquelle Picasso répond avec les eaux fortes de la Suite Vollard, dont l’ascendant se fait plus violent encore.
Dans l’épilogue alors que Matisse est déjà mort, Picasso lui adresse un dernier clin d’œil avec cet Atelier de 1956 avec la végétation, ce jeu de miroir, la fenêtre ouverte, les objets familiers, la mise en abime.
Catalogue illustré de 160 pages
Commissariat : Claudine Grammont, directrice du musée Matisse
Autour de l’exposition programmation exceptionnelle : août/septembre
> Musique / Académie Internationale d’Eté de Nice
• Concerts d’enseignants : vendredi 20 juillet et jeudi 9 août / Auditorium du musée
• Concerts d’élèves : vendredis 27 juillet et 3 août / Auditorium du musée
> Musique
• Récital de piano : Picasso, vocalise sur toile
Ornella CORVI, Mezzo soprano / Marie DUQUESNOIS, pianiste
Depuis son Espagne natale, jusqu’à Mougins en passant par Paris, le récital «Picasso, vocalise sur toile» se déroule comme un voyage
musical. Chaque œuvre entend rendre hommage à Picasso, à son univers et à sa créativité en le confrontant à des compositeurs qui
défendent une esthétique commune avec le peintre.
Mercredi 5 septembre 2018, 16 h – 16 h 45 / Auditorium du musée
Manifestation organisée grâce au soutien de l’association des amis du musée Matisse.
> Danse
• Performance des Ballets de Monte-Carlo
Deux danseurs incarnent la relation duelle et complice unissant Picasso et Matisse.
Mimoza Koïke, danseuse principale aux Ballets de Monte-Carlo, sera à l’initiative de cette nouvelle performance dansée en
compagnie du danseur Asier Edeso.
Samedi 15 septembre 2018, dans les salles du musée
Manifestation organisée grâce au soutien de l’association des amis du musée Matisse.
Labellisé « Musée de France », le musée Matisse couvre une surface totale de 2800 m2 dont 1200 m2 d’espaces d’exposition dans le vaste ensemble patrimonial du site de Cimiez qui comprend les arènes et le site romains, un jardin planté d’oliviers centenaires, ainsi que le monastère de Cimiez.
La collection du Musée Matisse de Nice est unique au monde dans la mesure où elle réunit un ensemble d’œuvres et d’objets issus de la collection de l’artiste ou de ses héritiers : 31 peintures, 38 gouaches découpées, 236 dessins, 218 gravures, 57 sculptures, 14 livres illustrés, ainsi qu’un riche fonds photographique.
INFOS PRATIQUES :
Matisse & Picasso
la comédie du modèle
(avec le soutien du Musée national Picasso-Paris)
jusqu’au 29 septembre 2018
Musée Matisse
164 av. des Arènes de Cimiez
06000 Nice
Il est vivement conseillé d’acheter son Billet coupe file
Ouvert tous les jours de 10 à 18h
Programme « Picasso Méditerranée » : en savoir plus

Rencontre avec Hélène Guenin, directrice du Mamac

Hélène Guenin a pris la tête l’année dernière du mamac à l’âge de 38 ans, étant auparavant responsable du pôle programmation du Centre Pompidou-Metz depuis 2008.
A l’occasion du partenariat du musée avec Moviementa nous l’avons rencontré autour de la formidable exposition d’Harun Farocki « Parallel I-IV ».

« Inscrire une page contemporaine dans une histoire existante » – Hélène Guenin

Mowwgli : Genèse de l’exposition Harun Farokci qui bénéficie d’une large actualité en ce moment

Hélène Guenin : Dans les discussions avec l’équipe Movimenta nous avons pensé à cette pièce qui nous semblait entrer de plain pied dans les problématiques du festival et être assez exemplaire de ses enjeux. De nombreuses œuvres existent sur la fascination de la réalité numérique et du jeu vidéo mais peu avec autant d’ampleur et d’ambition que celle de Farocki qui a mené une vraie recherche analytique autour du jeu vidéo, de son évolution et de ce que cela dit aussi en creux de la société d’aujourd’hui et de notre perception des images, C’est un travail tout à fait exceptionnel, qui n’assène pas de position morale mais offre une traversée à la fois onirique et implacable sur le mirage de la puissance technologique, le formatage de ces mondes et leurs stéréotypes.

Farocki est une grande figure du cinéma et  beaucoup d’évènements cette année célèbrent  son travail.

Cette installation nous montre aussi à quel point le jeu vidéo est entré dans la culture. Moi même je n’ai pas de culture du jeu vidéo et pourtant la plupart des références qui sont abordées me sont parlantes. Ce que je trouve très intéressant dans ce projet est qu’à la fois il soulève beaucoup de questions sur le régime des images, ce que signifie cette quête permanente de ressemblance et de simulacre, ce que cela implique sur les comportements, les stéréotypes et les questions morales sous-jacentes.

Tout en montrant cette séduction immense des jeux vidéo et leur progrès fulgurant : quand on voit le langage binaire des origines et 30 ans après les progrès réalisés !

J’ai souhaité participer à ce festival car c’est une belle énergie et cela rejoint ma volonté de travailler en synergie sur le territoire.

Mowwgli : L’exposition Liz Magor

H. G. : C’est vraiment un pari que je prends de faire découvrir au public niçois une artiste canadienne majeure et toutefois confidentielle. Et cela illustre la manière dont je travaille dans le musée : actualiser – proposer un regard contemporain à partir de l’identité très forte des collections et des gestes/personnalités qui la composent. Pour bâtir la programmation, je m’appuie sur un certain nombre de sujets au cœur des enjeux de la collection : l’appropriation du quotidien, la signature, le détournement d’objets du réel, le ready-made mais aussi un art de geste et d’attitude. Pour moi c’est un véritable contexte à l’intérieur duquel je travaille et que j’essaie de réactiver à travers des enjeux et gestes contemporains.

L’exposition consacrée à Liz Magor s’inscrit exactement dans ces enjeux. Elle est venue après la génération des Trente Glorieuses, dépassant cette fascination des Nouveaux Réalistes pour l’objet industriel ou manufacturé. Eux-mêmes avaient amorcé une posture critique si l’on pense aux accumulations d’Arman, à Spoerri et à ses « tableaux pièges ».

Lorsque l’on découvre le travail de Liz Magor dans le musée, on a l’impression d’une sorte de continuité visuelle et de démarche avec cette génération mais intellectuellement et dans le mode de production nous nous trouvons dans une pratique complètement différente. Liz Magor appartient à la génération d’après : celle consciente du flux de ce qu’on abandonne et préoccupée de redonner une seconde vie à ces objets ou du moins de leur prêter une forme d’âme. Dépassant l’attraction de la possession et de la production de masse, elle révèle l’ampleur et la complexité de notre relation aux objets. Par ailleurs, elle se distingue du simple geste de prélèvement du quotidien, en déployant une pratique sculpturale très méticuleuse, fine, patiente et sensible.

Mowwgli : Le nouvel accrochage des collections

H. G. : Les collections se déploient sur 2 étages du musée.

J’ai gardé sur le 1er niveau la structure originale qui fait partie de l’identité du musée avec ce face à face entre Pop et Nouveau Réalisme, les salles monographiques dédiées à Yves Klein et Niki de Saint Phalle mais en retravaillant l’accrochage des salles pour donner un nouveau regard comme chez Niki et Yves, afin de faire ressortir les gestes et les processus à l’origine des œuvres d’aujourd’hui.

Au dernier étage c’est un nouveau regard dévoilé au début de l’été qui revient sur des moments clés d’expérimentation à Nice entre 1963 et 1972 avec à la fois la scène de la performance très forte autour de Ben et aussi toutes les performances Fluxus qui se consacrent au rapprochement de l’art et la vie et ancrent, le banal, le quotidien, le geste le plus trivial comme art, comme nous le propose Liz Magor finalement. La rue devient alors le théâtre permanent d’interventions artistiques. Se développe aussi une scène autour de Supports/ Surfaces qui n’est pas un mouvement spécifiquement niçois mais qui regroupe de nombreux artistes du territoire avec beaucoup d’inventions à Nice et dans l’arrière pays. Des expériences d’accrochage en plein air, dans les villages, en pleine nature sont menées et c’est cette liberté là, cette expérimentation, que je souhaite montrer. La dernière salle revient sur un trait d’union local et international avec la présence entre 1965 et 68 de George Brecht et Robert Filliou qui viennent vivre une expérience de rapprochement entre l’art et la vie dans un village de pêcheurs à Villefranche-sur-mer. Ils vont pendant 2 ans et demi de non exposition, entrer dans une démarche où ils préfèrent ne pas faire mais être en permanence dans l’interaction, aussi bien avec les habitants du village, avec les artistes niçois, qu’en faisant venir la scène internationale en lien. C’est la capacité d’invention, l’esprit d’émulation et la singularité de cette scène artistique, bien ancrée dans l’esprit de son temps, que j’ai souhaité mettre en exergue.

Mowwgli : Qu’est ce qui vous a séduit en postulant à la tête de ce musée ?

H. G. : La collection dans ce qu’elle véhicule de gestes et moments de rupture est riche et très stimulante, or aujourd’hui le passage du temps et de l’histoire font que ces œuvres et leurs auteurs sont devenus des icones. Je trouve extrêmement intéressant et inspirant de revenir à cette origine des gestes et des processus que contiennent ces œuvres comme une façon de ré-ancrer ces objets à la fois dans leur histoire et d’ouvrir des perspectives avec des pratiques contemporaines. Me placer dans un regard presque à rebours, partir de ces racines pour mieux les réactualiser.

D’autre part Nice est une terre d’artistes avec une vraie histoire et scène contemporaine locale et nationale tout en étant connectée à l’international avec un aéroport, une forte fréquentation touristique. Cela créé un mélange assez inédit. Par ailleurs il y a un potentiel immédiat et transfrontalier avec la perspective d’ouvrir  des synergies avec l’Italie, Monaco. C’est tout ce contexte qui m’a donné envie de venir, et aussi parce que le musée était une belle endormie !  Après avoir  fait partie de l’équipe qui a lancé le Centre Pompidou-Metz, accompagné la fin de sa construction, élaboré sa programmation, écrit une page blanche ; tout à coup, je me trouve ici face à  un nouveau défi en arrivant dans un lieu qui a déjà une histoire très belle et en même temps dans un musée peut être un peu en perte de vitesse ces dernières années. Mon pari c’est de lui redonner sa contemporanéité, de le réinscrire dans un réseau international, et plus globalement de repenser l’accueil des publics avec cette nouvelle entrée depuis février 2017, qui met le musée de plein pied avec la ville. J’ai tenu à ce que cette entrée soit tout de suite annonciatrice de la vocation contemporaine du musée et de son soutien à la création à travers un projet d’artiste, celui de Tania Mouraud, et avec une nouvelle boutique pour prolonger la visite.

On se mobilise avec toute l’équipe pour écrire une nouvelle page !

INFOS PRATIQUES :
Harun Farocki
Parallele I-IV
Jusqu’au 18 janvier 2018
(dans le cadre de Movimenta)
Liz Magor
Jusqu’au 13 mai 2018
MAMAC
Musée d’art moderne et contemporain
Dominique Ghesquière,
Galerie des Ponchettes (MAMAC Hors-les-murs)
Du 9 décembre 2017 au 3 juin 2018
http://www.mamac-nice.org/

Camera Camera, Rencontre avec Jean-Pierre Simon, directeur de la Villa Arson

La Villa Arson partenaire de Movimenta propose une exposition d’Anthony McCall, cinéaste avant-gardiste new yorkais né en 1946. Egalement le 2ème épisode d' »Inventeurs d’Aventures » (1ère partie à la Friche Belle de Mai, cf.notre interview de Gaël Charbau) déroule une narration post-apocalyptique autour d’œuvres conçues par les jeunes artistes du réseau L’Ecole(s) du Sud. Double occasion pour rencontrer Jean-Pierre Simon, le directeur de cette fabrique d’excellence qu’est la Villa Arson.

Mowwgli : Comment fonctionne l’ECLAT à l’origine de Movimenta ?

Jean-Pierre Simon : L’ECLAT est une association autonome ayant pour mission l’éducation artistique par le cinéma, à vocation régionale. L’ECLAT est domicilié et accueilli à la Villa Arson dans le cadre d’une convention. Nous leur mettons à disposition des bureaux et l’amphithéâtre, classé par le CNC, salle de cinéma d’art et de recherche. Nous travaillons régulièrement avec les compétences de L’ECLAT pour nos étudiants (conférences, projections..).

Mowwgli : Pourquoi Anthony McCall et Inventeurs d’Aventures ?

J.-P. S. : Quand L’ECLAT a lancé ce projet Movimenta il était question de l’image dans la ville, ce qui rejoint selon moi l’architecture. Il m’a donc semblé que si la Villa Arson accueillait un projet il devait avoir une dimension architecturale, sculpturale plutôt. Nous avions le choix entre beaucoup d’artistes. Anthony McCall a la particularité d’être dans le cinéma depuis son origine, ce lien entre le cinéma et ses propositions architectoniques de lumière me paraissait une proposition pertinente.

Inventeurs d’Aventures, j’en suis à l’origine.
Quand je suis arrivé en 2012, il existait une association qui regroupait certaines écoles du sud un peu retombée, j’ai alors proposé aux différentes écoles de travailler ensemble pour construire une image dynamique de nos formations, vis-à-vis du public, et notamment du public éloigné de la culture. Une façon de répondre à des problématiques de démocratisation culturelle. Nous avons lancé une série d’actions de promotion autour du label « L’Ecole(s) du sud » dont une première exposition regroupant des diplômés d’écoles pour montrer la diversité, la richesse, la multiplicité et la cohérence de l’ensemble. La DRAC et la Région nous ont suivis.
Je suis intervenu plusieurs fois lors des dernières campagnes électorales de la région sur la question de ce réseau d’enseignement supérieur culture auprès des différents candidats pour faire reconnaître cette spécificité de l’enseignement supérieur.
L’idée est non seulement de travailler sur les écoles mais aussi les centres d’art.

Mowwgli : Sur quoi repose l’excellence de la Villa Arson ?

J.-P. S. : Pendant toute leur scolarité les étudiants ont la possibilité de travailler dans nos ateliers mais aussi cette chance d’être entourés de professionnels qui les accompagnent, prolongeant leur apprentissage en ville dans les galeries ou divers lieux. Ils évoluent au sein de tout un écosystème. Nous élaborons des partenariats construits en fonction de leur projet.
Une fois diplômés on leur propose un certain nombre de pistes, comme les résidences d’artistes, la construction d’un réseau personnel et la prise de conscience des rouages du système.

Les diplômés de chaque année sont également exposés en ville à la galerie La Marine qui remet 2 prix, le Prix de la Ville de Nice et le prix de la Venet foundation.

Nous observons aussi un phénomène de solidarité fort au niveau des promotions.

INFOS PRATIQUES :
ANTHONY McCALL : Leaving (With Two-Minute Silence)
Du 15 octobre 2017 au 7 janvier 2018
INVENTEURS D’AVENTURES – DEUXIÈME ÉPISODE
Du 15 octobre 2017 au 7 janvier 2018
Villa Arson
Expositions, architecture et jardin
20 av. Stephen Liégeard
06000 Nice
https://www.villa-arson.org

Camera Camera : Rencontre avec Marianne Khalili Roméo, directrice de L’ECLAT, à l’initiative de MOVIMENTA

La première édition de MOVIMENTA dédié à l’image en mouvement, initiée par L’ECLAT, explore les différentes formes de la création audiovisuelle dans son rapport à l’économie créative et aux innovations technologiques.
Nous rencontrons Marianne Khalili Roméo à l’hôtel Windsor, à l’occasion du vernissage du salon vidéo Camera Camera, organisé par Odile Redolfi, en clôture du Festival.

« S’il y a des aspects disloqués dans la société française, l’on pense que l’homme s’en est toujours sorti par l’art, la sublimation, la culture, la connaissance et c’est là tout notre enjeu » Marianne Khalili Romeo

Mowwgli : Comment s’est construite cette 1ère édition de Movimenta ?

Marianne Khalili Romeo : Nous travaillons à L’ECLAT depuis la Villa Arson conçu comme un lieu de cinéma expérimental, de création en travaillant ses liens avec l’art contemporain, qui nous intéressent beaucoup. Ce faisant, nous nous sommes rendus compte que les artistes naviguaient beaucoup et naturellement entre ces domaines de l’image en mouvement, alors que les institutions avaient tendance à les séparer.
Notre 2ème réflexion portait sur les conditions économiques et matérielles de l’art vidéo, de la création filmique et à partir de là nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y avait quelque chose à faire à Nice qui bénéficie d’un tissu contemporain fort, et aussi d’une histoire avec le cinéma d’avant-garde avec de grands cinéastes comme Jean Vigo qui ont tourné ici.

Dès lors nous avons défini 3 axes dès le départ :
-la question de l’économie, de l’ingénierie et des technologies qui sous-tendent cet art depuis l’origine, et second objectif ;
-le soutien à la jeune création, grâce notamment au Frac PACA, le jury avec une exposition scénographiée du Prix et enfin, le 3ème enjeu ;
-sortir l’art des lieux dédiés en proposant, au sein même de l’espace urbain des projections en plein air dans des situations inédites.

Mowwgli : Quelle a été la réception du public ?

M. K. R. : Beaucoup d’initiatives ont très bien fonctionné, comme l’exposition des nominés du Prix, des projections et bien sûr les expositions dans la ville avec les galeries qui ont joué le jeu, les institutions culturelles en résonnance : le Mamac, la Villa Arson, le musée Chagall mais aussi la librairie Vigna, la Galerie Eva Vautier, l’Espace à vendre, Lola Gassin, Les Narcissio, et bien sur des cinémas, ce qui est important.
Egalement des collaborations entre artistes et ingénieurs qui ont donné des œuvres très étonnantes, des réflexions sur le jeu vidéo qui peuvent inspirer les artistes dans leur narration.
Nous souhaitions questionner et rapprocher des formes artistiques rarement diffusées ensemble. Cela reste une 1ère édition avec des marges de progression. Certains ont pointé parfois un manque de lisibilité dans la mesure où les spectateurs sont habitués à avoir des catégorisations dans les programmes culturels. Dès que le format est atypique cela perturbe. Nous pensions au contraire que ce phénomène de perturbation est essentiel, notamment vis-à-vis du jeune public très présent à MOVIMENTA, ce qui montre que nous sommes connectés à cette jeunesse habituée à naviguer facilement entre plusieurs domaines : les vidéos et les performances. Grâce au projet de télé-performance monté par des étudiants de la Villa Arson et leur professeur, on pouvait se connecter via Facebook live et l’application mobile, pendant une semaine et voir des performances en direct. Il y a eu des initiatives de ce type, une sorte de MOVIMENTA Off, ce qui nous a porté et donné confiance.

Mowwgli : Quel est votre mode de financement ?

M. K. R. : Notre financement vient au départ de la Métropole Nice Côte d’Azur qui a souhaité monter un volet « art et technologie »avec des rencontres à la CCI, de la Ville de Nice puis de la Région PACA. Ces partenaires constituent le 1er socle d’appui manifestant une volonté institutionnelle, charge à nous ensuite de trouver ensuite des mécénats et d’associer tous les partenariats. La Villa Arson est notre partenaire naturel qui participe avec la très belle exposition d’Anthony McCall.

Mowwgli : Quel sera le rythme de la programmation ?

M. K. R. : Le format est biennal mais avec des rendez-vous. Dans la temporalité s’inscrivent des perturbations. Nous travaillons beaucoup sur le plan de l’éducation, de la formation professionnelle. Ces enjeux profonds agissent au delà de l’évènementiel. Notre vocation est de mettre l’art au cœur de la société, de la vie, lui redonner une place philosophique pour former les regards. Du point de vue économique, on sait que la société s’en sortira par la créativité. C’est donc important donc de donner des perspectives.
Nous avons cette chance de vivre avec le monde sensible et on se dit que l’on doit la partager.
Penchons nous par exemple sur l’évènement engagé « le Fort des Fous » de Narimane Mari, projection organisée au Mamac le 26 novembre.
Ce film de Narimane Mari, productrice et cinéaste de talent, étudie les impacts de la colonisation dans le monde actuel. Un film fort qui nous remet en perspective des situations de guerre, comme en Syrie avec ces combattants qui se sont engagés contre Daesh. Ce film a d’abord été pensé en installation pour la Documenta 14, (qui cette année se tenait à la fois à Cassel et à Athènes) à travers une collaboration avec Stéphanie Marin designer niçoise.

Mowwgli : Comment imaginez-vous le futur de Movimenta ?

M. K. R. : En plus de certaines parties du programme que l’on doit préciser ou mieux circonscrire, ce projet doit garder son exigence artistique sans faire de concession, pour créer du débat comme le cas du film The Square Palme d’or à Cannes qui a fait couler beaucoup d’encre. Nous devons continuer à relier les domaines de l’art concernant les formes filmiques, les images en mouvement car nous savons que c’est une circulation à engager, comme on le constate à la Villa Arson où les programmations de cinéma sont très appréciées des étudiants qui s’inspirent beaucoup de toutes ces formes d’invention et de narration. Nous avons envie de produire plus d’œuvres, l’une de nos missions également.

MOVIMENTA 2, sera l’occasion d’approfondir, de porter des moyens de production, étant donné le coût élevé de ce mediums qui en même temps reflète notre époque. Il permet vraiment de se rendre accessible à un très grand nombre par son immédiateté, sa force de représentation du réel, sa dynamique comme avec les œuvres de Pierrick Sorin (hôtel Windsor) directement accessibles, sans passer par le canal intellectuel. Le canal sensible marche immédiatement. Par exemple, le Grande Image Lab (programme de films d’artistes dans l’espace urbain) s’adressait aussi bien à des passants qu’à des gens qui vivent dans la rue qui ont été émerveillés, comme ils nous l’ont dit lors du point café. Une poésie assez magique et qui nous relie les uns aux autres.

EN SAVOIR PLUS :
Festival Movimenta
du 27 octobre au 26 novembre 2017
(Evénement terminé)
06000 Nice
http://www.movimenta.fr/biennale
http://www.leclat.org

Rencontre avec Mathilde Roman, commissaire de Movimenta

Docteur en Arts et Sciences de l’Art de l’Université Paris 1 Sorbonne. Ses axes de recherche concernent les domaines de la vidéo, de l’exposition et de la performance. Professeur au Pavillon Bosio, Art&Scénographie, Ecole Supérieure d’Arts Plastiques de la Ville de Monaco depuis 2006, elle co-dirige l’axe de recherche sur la scénographie d’exposition comme médium.
Elle a imaginé avec Marc Barani une première édition de MOVIMENTA autour du titre « Habiter les territoires ».

Elle a répondu à nos questions à l’occasion du vernissage du salon Camera Camera à l’hôtel Windsor.

Mowwgli : Parlez-nous du dynamisme de la scène niçoise

Mathilde Roman : Je suis arrivée à Nice il y a 11 ans, lorsque j’ai commencé à enseigner à Monaco. Au début, je ne pensais pas forcément m’investir localement, même si j’appréciais beaucoup le dynamisme culturel de la région. Assez spontanément les rencontres se sont faites et l’on m’a demandé d’accompagner des projets autour de mon domaine de recherche, les vidéos et films d’artistes. J’ai ainsi discuté avec Odile Redolfi de son projet OVNI et mis en place des tables-rondes autour de l’idée d’un festival vidéo à Nice. Je me suis rapprochée aussi de la programmation de l’ECLAT et après quelques collaborations, Marianne Khalili Roméo et Estelle Macé m’ont demandé de m’associer à la conception du projet MOVIMENTA.

Mowwgli : Movimenta, comment avez vous pensé ce commissariat ?

M. R. : Plus que la question du commissariat sur un projet, j’ai voulu réfléchir en amont, et j’ai organisé plusieurs journées de réflexion associant artistes, curateurs, théoriciens… J’ai également monté avec Benjamin Laugier une première exposition à la Station, associée au forum « Plein Ecran », fin 2016. Avec l’équipe de l’ECLAT, nous avons pris le temps de réfléchir à un projet autour de l’image en mouvement dans sa relation à l’espace public, à la collaboration entre artistes et ingénieurs, tout en interrogeant la pertinence aujourd’hui de lancer une biennale sachant qu’il s’en ouvre partout dans le monde. L’architecte Marc Barani a été aussi très associé à la réflexion, et sa vision d’un territoire, et des places données à l’image et au mouvements des corps, a été très importante pour ce projet, où on a cherché à inventer d’autres possibles. D’emblée et pour que cela ait du sens, nous avons voulu faire une biennale liée à un contexte, à une histoire, à Nice d’où le titre « habiter les territoires » . Nous avons collaboré avec de nombreuses structures publiques et privées, qui sont très actives ici, tout en interrogeant la manière dont le territoire de Nice est identifié de l’extérieur. La prochaine étape sera un projet dans l’espace public, au printemps, avec trois dispositifs de projection traitant de trois relations archétypales à l’image : le monumental, l’intime et l’immersion.

Mowwgli : Comment avez-vous pensé l’exposition du Prix Jeune Création ?

M. R. : Très vite, j’ai souhaité que le Prix Jeune création soit une exposition, et le site du 109, anciens abattoirs de la Ville de Nice, nous a semblé idéal. Ce n’est pas commun de faire une exposition pour un prix vidéo, et d’ailleurs Anne-Marie Duguet, qui faisait partie du Jury et a une grande habitude dans le domaine me disait que c’était la première fois qu’elle était en condition d’exposition pour donner un prix vidéo. C’était un parti-prix fort et en même temps compliqué qui impliquait des moyens conséquents et la prise en compte de problématiques liée à une exposition collective dans un espace non muséal. Nous avons donc fait appel à un jeune scénographe, que je connaissais bien puisque enseignant à l’école d’art et de scénographie de la Ville de Monaco, le Pavillon Bosio, je suis proche de cet univers. Je me suis également associée à Claire Migraine, commissaire à l’origine du projet Thankyouforcoming, pour construire ensemble ce projet, sélectionner les oeuvres,…

Mowwgli : Revenons à la collaboration avec Smarin qui a accueilli l’atelier lié au livre « Corps et images, dispositifs et écrans contemporains »

M. R. : L’atelier de la designer Smarin c’est une belle rencontre aussi grâce à Movimenta. C’est réjouissant de voir qu’à Nice il y a des pratiques artistiques menées avec autant de générosité et d’exigence. « Corps et images » est un ouvrage que j’ai dirigé avec Jacinto Lageira et qui est lié à toute une série de colloques et de recherches menées depuis 1 an 1/2 entre le Jeu de Paume à Paris et ici avec Movimenta, qui interrogent les relations conceptuelles et émotionnelles entre les œuvres, les corps, les dispositifs, en donnant à entendre de nombreuses paroles d’artistes, comme Aernout Mik, David Claerbout, Peter Campus. L’idée aussi était de traduire des théoriciens de langue anglaise, qui ont participé aux colloques, et n’avaient encore jamais été publiés en français. L’ouvrage est donc une mise en circulation d’idées, d’initiatives, de rencontres.
http://www.editionsmimesis.fr/catalogue/corps-et-images/

Mowwgli : L’initiative Camera Camera

M. R. : C’est essentiel d’avoir ce relais de la part des galeries qui sont un acteur très important pour soutenir les artistes et participer à une économie de l’art très fragile. J’ai été plusieurs fois à Loop et son directeur Emilio Alvarez était membre du Jury Movimenta.

EN SAVOIR PLUS :
Festival Movimenta
du 27 octobre au 26 novembre 2017
(Evénement terminé)
06000 Nice
http://www.movimenta.fr/biennale
http://www.movimenta.fr/speakers/mathilde-roman/

Pari gagné pour Odile Redolfi à l’origine de la 1ère édition de Camera Camera !

Odile Redolfi, directrice de l’hôtel Windsor et fondatrice de OVNI festival a su bien s’entourer pour cette 1ère édition de Camera Camera en proposant à Sandra Hegedüs de marrainer (écriture inclusive of course !) l’évènement (lire notre interview du 22.11) et à Haily Grenet, d’en être la directrice artistique. Autant d’approches et d’horizons complémentaires guidés par une belle exigence.

Dans une ambiance intime et chaleureuse l’hôtel Windsor qui a inventé le concept des chambres d’artistes, s’est entièrement métamorphosé ce week-end autour de la vidéo élargie. Le lobby, le jardin, les chambres, salles de bain, aucun lieu n’est resté inactivé ! Le public d’amateurs et de collectionneurs pointus, à la fois local, régional et parisien a pu déambuler, échanger, rebondir, tandis que le jury peaufinait ses choix.
Des propositions de qualité dans un climat authentique, loin des formats habituels, agrémentées d’un programme d’évènements en résonance.

Ce pari audacieux a récompensé à travers le Prix Ben et le Prix Camera Camera, parmi les 22 galeries participantes, les jeunes galeries :

-Double V (Marseille), prix Camera Camera pour la meilleure installation en chambre. L’artiste Alexandre Benjamin Navet (né en 1986, diplômé de l’ENSCI) a su « surprendre le jury » et conçu une œuvre d’art total entre peinture, sculpture et vidéo, puisant dans l’identité de Nice et la french riviera. Nicolas Veidig-Faradel, le directeur de la galerie lui a donné entièrement carte blanche, accompagné d’Emmanuelle Oddo, commissaire (relire mon interview du 24 novembre).
L’artiste a déjà été remarqué dans la région cette année obtenant le Grand Prix du Jury Design Parade Hyères/Toulon.

Un-Spaced (Paris), prix Ben pour la meilleure vidéo remarquée par cet artiste incontournable de la scène niçoise, en faveur de Rémi Groussin (né en 1987 à Lille, diplômé ISDAT, Toulouse, sélectionné par le Salon de Montrouge 2017) et son œuvre « The End » qui rejoue la nature morte dans l’histoire de l’art avec cet « état de latence » comme il le décrit lui-même entre fiction et réalité. Des télescopages aux confins de la performance, la sculpture, la science fiction et le cinéma (voir ma vidéo d’Hugues Albes-Nicoux, directeur de la galerie au Windsor).

Moviementa/Camera Camera : retour en images ! à partir de mon reportage vidéo Twitter/Instagram.

Prochains interviews à venir : Marianne Romeo, la fondatrice de Movimenta, Mathilde Roman, commissaire Movimenta, Hélène Guenin, directrice du Mamac et Jean-François Simon, directeur de la Villa Arson, deux institutions de taille partenaires de Movimenta/Camera Camera.

INFOS PRATIQUES :
CAMERA CAMERA 1ère édition
Hôtel Windsor
11 rue Dalpozzo
06000 Nice
dans le cadre de Movimenta
http://movimenta-camera.ovni.space/

Camera Camera : Le projet très attendu de Brice Dellsperger par la galerie Air de Paris

Florence Bonnefous et Edouard Merino, fondateurs d’Air de Paris imaginent à cette occasion un projet qui se déploie dans plusieurs lieux du Windsor . D’une part Body Double 13 (1999-2001), installé dans la cheminée du restaurant, interprété par Brice Dellsperger, est une reprise d’une séquence du classique Saturday Night Fever de John Badham (1977).

Dellsperger remplace les deux protagonistes dans un face à face tournoyant qui semble durer une éternité. Pour Body Double 34 (2015), à retrouver dans le lobby, Dellsperger demande à un groupe d’étudiants de l’école des Beaux Arts de Lyon, garçons et filles, de réinterpréter en play-back une séquence du film culte My Own Private Idaho de Gus Van Sant (1991). Enfin, dans le jardin de l’hôtel se dissimule l’un des derniers films de l’artiste : Body Double 35 (2017) adapté de Xanadu de Robert Greenwald (1980). Nous cherchons à en savoir plus.

Mowwgli : Genèse du projet d’exposer Brice Dellsperger à l’occasion de Camera Camera ? et sous quelle forme ?

Florence Bonnefous & Edouard Merino : C’est notre réponse à l’aimable invitation d’Odile Redolfi et Haily Grenet. Nous présentons actuellement les deux nouveaux films de Brice Dellsperger dans son exposition personnelle à la galerie (jusqu’au 16 janvier, fermé du 22 décembre au 2 janvier). Il semblait tout à fait d’actualité de doubler avec la présentations de Body Double 35 à Caméra Caméra. Ensuite c’est l’artiste qui a choisi d’ajouter deux autres films à sa présentation niçoise.

Mowwgli : Un retour aux sources pour la galerie..qu’attendez-vous de cette 1ère édition ?

F. B & E. M. : Nous sommes heureux de montrer au public niçois et environnant des œuvres d’un artiste avec lequel nous avons commencé à travailler à Nice au début des année 90. Et de faire découvrir un autre artiste, Shimabuku, encore jamais montré dans la région.

Mowwgli : Si l’art vidéo a trouvé son public, qu’en est-il des collectionneurs et en quoi l’initiative de Movimenta et Camera Camera sont elles favorables selon vous ?

F. B & E. M. : Le succès de la foire Loop à Barcelone confirme l’intérêt d’une telle initiative!

INFOS PRATIQUES :
Camera Camera
Salon d’art vidéo
Les 25 et 26 novembre 2017
Galerie Air de Paris
Hotel Windsor
11 rue Dalpozzo
06000 Nice
http://movimenta-camera

Actuellement à la galerie :
> Brice Dellsperger
> Kira vs Carrie
http://www.airdeparis.com

Camera Camera : Jérémie Setton et la galerie Sintitulo

Jérémie Setton investit avec Jean-Philippe Roubaud et Arnaud Vasseux la chambre Lawrence Wiener. L’occasion de relire cette œuvre magistrale. Nous l’avons rencontré alors qu’il se préparait à partir de Marseille à Nice.

Mowwgli : Que pensez-vous de l’initiative de ce salon Camera Camera ?

Jérémie Setton : J’aime bien ce format de salon court dans un hôtel. J’ai eu une expérience un peu similaire en 2011 à Vaison la Romaine à Supervue, hôtel de collectionneurs très impliqués qui organisent un évènement de qualité chaque année avec de nombreux partenaires. Cette expérience qui consiste à penser une chambre d’hôtel à la fois dans son côté fonctionnel et comme réceptacle d’une exposition implique un jeu double qui m’intéresse. J’avais alors réalisé une installation in situ en rapport direct avec les proportions de la chambre et dans une totale liberté puisque que je l’occupais seul. Aujourd’hui les choses ont été pensée un peu différemment du fait que nous sommes quatre (avec la galeriste) à investir l’espace.

Mowwgli : Comment le dialogue va s’organiser dans la chambre de Lawrence Wiener entre vous, Jean-Philippe Roubaud et Arnaud Vasseux ? et quel rôle joue votre galeriste ?

J. S. : Nous avons pensé l’espace en fonction de la chambre et autour de l’œuvre déjà présente de Lawrence Wiener avec cette phrase qui prend tout son sens suggérant les questions de « déplacement » et de « matières » (questions d’ailleurs importantes dans mon travail).
Dans notre cas, comme peut-être pour d’autres, la galeriste (Cristina Albertini de la galerie Sintitulo) joue un rôle de chef d’orchestre central, d’une part en nous choisissant tous les 3 et d’autre part en nous consultant ensemble et individuellement sur nos envies pour le projet. Nous avons eu de longues conversations avec elle avant qu’elle prenne la décision finale sur le choix des œuvres. Elle a donc un rôle de commissaire et a pensé la chambre comme une chambre de collectionneur. Les œuvres qu’elle a choisies se répondent ou rentrent en résonances pour constituer un ensemble homogène malgré leurs diversités et leurs contextes d’origines différents. Elles sont à la fois indépendantes et rassemblées dans une vision commune.

Présentation de la chambre par la galerie Sintitulo :

Le projet est de faire de cet espace une chambre de collectionneur. Les trois artistes représentés actuellement par la galerie sont présents ici: Jean Philippe Roubaud, Jérémie Setton, Arnaud Vasseux. Leurs travaux couvrent les trois directions « classiques » de l’expression à travers les médiums les plus connus dans l’art: le dessin (Jean Philippe Roubaud), la peinture (Jérémie Setton), la sculpture (Arnaud Vasseux). L’œuvre de Lawrence Weiner est la retranscription murale d’un énoncé, correspondant au protocole que l’artiste établit en 1960. Car ce qui l’intéresse est surtout l’idée de l’œuvre et pas l’objet de l’œuvre. Par opposition, les œuvres que nous avons choisies pour l’exposition sont des objets poétiques qui, à travers leur matérialité manifeste et le sens dont elles sont porteuses, entrent en résonance avec l’énoncé de Weiner:

FROM WOOD TO STONE
FROM WHITE TO RED
FROM SEA TO SEA
(BEING WITHIN THE CONTEXT OF [A] MOVEMENT)

Les trois propositions de Jérémie Setton sont autant de gestes de peintre reflétant ses préoccupations pour l’étude de la couleur et modes d’apparition des images, sans que le médium classique de la peinture (toile+châssis+peinture) y soient réellement présentés. Ainsi, son module éclairé est un travail sur la couleur, donnant à voir cette teinte impossible à nommer, avec une matérialité énigmatique qui n’existe que parce que nous la regardons; Son „huile sur bois“ (ou eau et savon d’Alep sur médium) interroge l‘Image résiduelle comme mémoire à travers la matérialité de la peinture, ici inexistante; Sa vidéo est un temps méditatif devant l‘image en mouvement qui a beau susciter chez nous l‘image d‘un déplacement de nuages sur un ciel bleu, toujours est-il qu‘il s‘agit simplement d‘une surface de peinture en cours de séchage.

Les deux œuvres d’Arnaud Vasseux font référence à l’empreinte et au moulage, avec un point de départ textuel ou narratif (la forme énigmatique présentée à même le sol est un moulage en plâtre, comme une écriture plastique en palimpseste du roman en miniature de Giorgio Manganelli, où, « …une femme a accouché d’une sphère »; le papier déroulé laisse voir une phrase qui énumère des verbes sans sujet ni complément: des gestes des états et des processus, sur une étendue de plus de 2 mètres. « De relation » est l’œuvre construite par Arnaud Vasseux avec Eric Suchère en marge du film « L’éclipse » d’Antonioni, dont l’idée maîtresse est l’incommunicabilité dans le monde contemporain.

Les quatre dessins hyperréalistes de Jean Philippe Roubaud – pur graphite sur papier – sont des répliques des Polaroïds que Tarkovski avait réalisés peu avant sont départ de Russie. Ils dépeignent son univers intime à travers des images empreintes d’une poésie du quotidien si présente dans toute la filmographie du cinéaste.

Mowwgli : Vous venez de la scène marseillaise, comment jugez-vous Nice et les initiatives de ce territoire ?

J. S. : Je ne connais pas bien la scène niçoise car jusqu’à maintenant il y avait une vraie distance entre Nice et Marseille qui s’expliquait peut être historiquement. J’ai l’impression qu’avec le rapprochement entre Marseille Expos et Botox, qu’avec Art-O-Rama et Paréidolie qui ont beaucoup attiré l’ensemble de la région, ces cloisonnements commencent à tomber. Ce qui permet d’agir tous ensemble dans cette grande région alors que jusqu’à présent chacun semblait rester plutôt dans sa ville. J’ai tendance à espérer que les choses aillent dans ce sens.

En ce qui me concerne, je n’avais jamais exposé à Nice jusqu’à présent alors que j’ai exposé souvent à Marseille à Paris ou à l’étranger. (Une fois aussi à l’Espace de l’Art Concret de Mouans-Sartoux, plus proche de Nice). Je suis content de cette expérience et de découvrir cette scène et ces gens que je connais de réputation sans les avoir côtoyés…
Il me tarde de voir les autres propositions dans les chambres ce week-end !

INFOS PRATIQUES :
Camera Camera
Les 25 et 26 novembre 2017
Salon d’art vidéo
Galerie Sintitulo (chambre Weiner)
Hotel Windsor,
11 rue Dalpozzo
06000 Nice

Galerie Sintitulo
10, rue commandeur
06250 Mougins
http://www.galeriesintitulo.com

Actualités de Jérémie Setton :
http://www.jeremiesetton.com/