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ABC DUCHAMP au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Cinquante ans après sa disparition, Marcel Duchamp demeure pour beaucoup une énigme. L’artiste, qui a cassé les codes esthétiques en vigueur au début du XXe siècle, est à l’honneur au Musée des Beaux-Arts de Rouen jusqu’au 24 septembre avec une exposition sous forme d’abécédaire.

Connu du grand public pour ses fameux ready-made, détournements d’objets usuels dont les fameux Porte-bouteilles et son emblématique urinoir, Fontaine, ou encore pour son détournement de la Joconde qu’il représente en 1919 affublée d’un bouc et d’une moustache, pour autant l’œuvre diversifiée et protéiforme de Marcel Duchamp est peu connue… C’est pour la rendre accessible à tous que le directeur du Musée des Beaux-Arts de Rouen Sylvain Amic a choisi de dérouler cet abécédaire tout au long de l’exposition.

L’énigme Duchamp

Comment peut-on aborder le parcours et l’œuvre de Marcel Duchamp ? Un homme et un artiste aussi complexe que l’œuvre qu’il laisse derrière lui et qui a inspiré un grand nombre d’artistes qui rayonnent dans l’art contemporain aujourd’hui. Peut être l’un des artistes les plus décriés en France, il est adulé aux Etats Unis et reconnu dans le monde entier. Son œuvre fait encore aujourd’hui l’objet d’un nombre incroyable de recherches et d’études.

En 1912, refusé au salon des indépendants, il se sent rejeté par les autorités. Un moment fondateur qui rendra la liberté à Marcel Duchamp, libre de tout dogmatisme, libre de créer d’ouvrir le champ des possibles. Avant son départ pour les Etats unis en 1915 ? Il s’affranchi des dépendances financière liées à l’art en devenant bibliothécaire. Métier qui lui laisse du temps pour réfléchir et penser son propre art.

On rentre bien sûr dans cet abécédaire avec la lettre A, pour Armory Show. En 1913, Marcel Duchamp avait secoué le public de l’Armory Show de New York en exposant son fameux tableau Nu descendant l’escalier, 1912, qui décompose le mouvement comme une série de photographies d’Eadweard Muybridge. Le lettre A également pour Anartiste, nom que se donne Duchamp lui-même, subtil jeu de mot dans lequel le préfixe an- signifie non-artiste et résonne le mot anarchiste, anarchiste de l’art. Marcel Duchamp l’est assurément lui qui prétend s’affranchir de toute instance extérieure et ne se légitimer comme artiste que par sa puissance créative ou performative.

La gloire du ready-made 

La lettre R pour ready-made bien sûr et notamment le tout premier de ces objets trouvés transformés en œuvres d’art insolentes qui fut la Roue de bicyclette conçue dans son atelier en 1913. Une idée qu’il peaufina jusqu’en 1915. Mais c’est le Porte-bouteilles, 1914, qui est considéré comme le plus pur des ready-mades duchampiens. L’objet original fut trouvé alors au Bazar de l’Hôtel de Ville. Duchamp se sentit  libre d’en acheter d’autres exemplaires pour ses expositions après que sa sœur eut détruit l’original par accident.

On trouvera à la lettre J, le jeu et notamment le jeu d’échec, la véritable passion de Marcel Duchamp. Jeu qu’il pratiqua notamment lors de compétitions internationales. C’est d’ailleurs en tant que joueur d’échec est annoncée sa mort sur un quotidien d’octobre 1968.

Chercheur, défricheur et précurseur

Initiateur de l’ensemble des formes données à l’art conceptuel, il interroge la forme et la beauté de l’art. Il questionne l’identité et le genre et se crée notamment un double féminin avec Rrose Sélavy dont il signe certaines œuvres et se met en scène sous l’objectif de Man Ray. Proche du mouvement Dada, il interrogera le langage et créera des œuvres textuels faites de jeu de mots afin de se jouer du langage dont il se méfiait. Eternel chercheur, Marcel Duchamp ira vers le cinéma et les arts cinétiques dont les recherches aboutiront à la réalisation d’Anémic cinéma réalisé en 1925. Il s’agit de la concrétisation de plusieurs essais pour filmer ses disques optiques et hypnotiques.

Son œuvre Etant Donnés : 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage, exposée de  façon permanente au Philadelphia Museum est considérée comme la première forme d’installation.

L’exposition se termine bien sûr par la lettre Z, pour Georges de Zayas, auteur de caricatures et auteur de la fameuse tonsure sur le crâne de son ami Duchamp, un des premiers gestes du body art.

L’exposition montre la diversité de l’œuvre de Marcel Duchamp (peintures, installations, machines) nourrie par une curiosité sans limite et une liberté qui le place à l’avant-garde.

« Il a été pionnier en tout, résume Sylvain Amic, directeur du musée des Beaux-Arts et commissaire de l’exposition. Même à l’époque où il pratiquait la peinture, puisqu’il a été l’un des premiers peintres cubistes et futuristes. Il a sans cesse été à l’avant-garde dans la recherche parce qu’il était délivré de toutes les contingences du milieu de l’art : il n’avait pas besoin d’exposer puisqu’il avait trouvé d’autres moyens de subsistance. Il a pu se sentir libre et sans cesse inventer. »

Sous la direction de Sylvain Amic, la collaboration d’un collège scientifique d’experts et le concourt de l’Association Marcel Duchamp, l’exposition à travers plus de 150 œuvres de Marcel Duchamp et de ses proches permet d’ouvrir un grand nombre de portes sur l’univers d’un des plus révolutionnaire artiste du XXe siècle.

INFORMATIONS PRATIQUES
ABC DUCHAMP
L’expo pour comprendre Marcel Duchamp
Jusqu’au 24 septembre 2018
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
Accès handicapés : 26 bis, rue Jean Lecanuet
http://mbarouen.fr/fr

Les 4 lauréates du festival Les femmes s’exposent dévoilées

La première édition du festival « Les femmes s’exposent » s’est inaugurée le week-end dernier, et à cette occasion, les noms des ses 4 lauréates ont été dévoilés. Le Grand Prix sur la condition des femmes a été remis à Anne Kuhn pour sa série « Héroïnes », le Prix OBS récompense Amélie Landry pour son projet « Cité vigilante », Stéphanie Buret obtient le Prix Nikon de la révélation photographique sur l’environnement et enfin Leslie Moquin reçoit le Prix SAIF du regard artistique sur la ville dans tous ses états avec Shanghai Cosmetic.

« Héroïnes » d’Anne Kuhn / Grand Prix sur la condition des femmes

Est-on jamais libre ? La liberté est-elle relative à nos contraintes, nos choix, nos erreurs, notre expérience ? Certaines héroïnes de la littérature nous donnent à réfléchir. Subordonnées à un monde masculin, victimes de leur condition ou de l’époque, mais aussi en proie à leurs propres tourments, nombres d’entre elles ne peuvent influer sur le cours de leur existence. A travers la photographie, Anne Kuhn modifie leur destin, ramène leur histoire dans un contexte actuel. Nombre de questions surgissent alors : « Comment s’affirmer en toute indépendance ? », « Qu’attendre au juste ? », « Quelle issue face au dépit ? »… Elle a posé ces questions à d’autres femmes en les incarnant dans ces héroïnes et nous interroge ainsi sur notre liberté.
https://www.annekuhn.fr/heroines

« Cité vigilante » d’Amélie Landry / Prix OBS

Au cours d’un précédent projet – Les Chemins égarés – qui m’a amenée à sillonner le territoire français, j’ai été a plusieurs reprises frappée par une série d’interpellations : des anonymes me demandaient de justifier ma présence dans l’espace publique.
Dans cet espace qui a priori appartient à tous, une personne qui n’est pas en mouvement, est – peut-être – suspecte. Suspecte d’être là, sans activité claire et identifiable. L’espace publique se limiterait-il à un espace de circulation ?
Cette forme de contrôle, je l’ai également expérimenté en traversant des quartiers d’appellation « Voisins Vigilants ». Cette fois, sans interpellation, c’est moi qui me sentais suspecte, dans un léger malaise.
« Cité Vigilante. Le nouveau contrôle citoyen » propose d’interroger ces dispositifs et la position des citoyens qui s’engagent dans ce type de surveillance. On ne verra pas dans les images des forcenés ou des paramilitaires… Mais des hommes et des femmes qui nous sont familiers. A cette nuance près, qu’on ne peut plus les qualifier de « simples citoyens » », ils sont désormais des intermédiaires au maintien de l’ordre.
http://www.amelielandry.com

« A la recherche du Paradis Blanc presque perdu » de Stéphanie Buret / Prix Nikon de la révélation photographique, sur l’environnement

Face aux mythiques sommets et glaciers des Alpes suisses – qui fondent à vue d’oeil-, les touristes internationaux se pressent par centaines. Les technologies modernes les emmènent au « Paradis » en quelques minutes chères payées.
Sur ces hauteurs, on découvre des « non-lieux » dont fait référence Marc Augé, des espaces où « l’individu s’éprouve comme spectateur sans que la nature du spectacle lui importe vraiment. Comme si le spectateur en position de spectateur était à lui-même son propre spectacle. »
Téléphériques high-tech, ponts suspendus, restaurants, vitrines, musées, spectacles et installations à sensations transforment le paysage des cimes en un Disneyland unique.
A l’heure du dérèglement climatique, le fantasme d’une vie en harmonie avec la nature et la recherche d’espaces purs attirent. Cette tension dramatique sublime le « Paradis » presque perdu ; le désenchantement fait place à la quête éperdue, à la mélancolie proustienne.
http://www.stephanieburet.com/site/fr/projects/a-recherche-paradis-blanc-presque-perdu/

« Shanghai Cosmetic » de Leslie Moquin / Prix SAIF du regard artistique sur la ville dans tous ses états

À Shanghai les phénomènes esthétiques semblent intégrés à l’univers de la production, de la commercialisation et de la communication. Partout sont diffusées des images du bonheur, de la beauté, d’une nature épanouie : sur les écrans qui parcourent les tunnels du métro, sur les façades à LED des buildings, sur les tablettes et les smartphones que tout le monde possède.
Dans le même temps, les notions de compétition, d’efficacité, de mobilité, de vitesse, de performance sont au cœur de la dynamique sociale. « Shanghai Cosmetic » traduit mon expérience de cette ville, marquée par ses excès, son exubérance, son bruit, sa pollution. Cette série joue le mimétisme esthétique de la saturation visuelle et l’image révèle autant l’artifice que la fascination qu’il exerce.
http://www.lesliemoquin.com/shanghai_cosmetic.html

A LIRE : 
> Les femmes s’exposent à Houlgate (1ère Partie)
> Les femmes s’exposent à Houlgate (2nd Partie)

> Les femmes s’exposent : un nouveau festival photographique sur la côte Normande

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes s’exposent
Festival dédié aux femmes photographes professionnelles
Première édition. Houlgate (14).
Du 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre)
http://www.lesfemmessexposent.com

Les femmes s’exposent à Houlgate (2nd Partie)

Leur travail est aujourd’hui peu présent dans la presse, les festivals, les expositions et les prix photo. Les femmes photographes représentent 25% de la programmation des événements photographiques et moins d’un quart des photographes des grandes agences ; elles gagnent moins bien leur vie. Le festival LES FEMMES S’EXPOSENT a pour vocation de valoriser et récompenser les travaux photographiques des femmes photographes, et ainsi soutenir les nouvelles et anciennes générations.

Rencontre avec Sandra Mehl

Sandra Mehl, Houlgate 2018 présente « destinés à l’horizon » © Pascal Therme

Retour sur le bord de mer, Sandra Mehl expose Destinés à l’horizon fait des photographies issues d’une série qui a commencé sur les bords de l’étang de Thau et sur les rivages de sa ville natale Sète, qui a continué ensuite sur toutes berges océanes et maritimes, à s’éprendre des situations ou apparaissent des inconnus, enfants, adolescents en groupe, familles;  trois garçons en maillots de bain sur un parapet, prêts à plonger, grelottant, un père et son fils, de loin, en haut de rochers, devant une de ces grandes cabanes de pêches en surplomb de l’océan, un pêcheur dans l’eau, quatre jeunes adultes autour d’une tente, toute situation ramenée à un vécu autobiographique et à cette tension secrète, sensation inédite d’un temps pur, consacré à soi. Il est probable que pour Sandra, ce temps là soit aussi celui des premières bonnes photographies, réminiscence de la première ”clope”, du premier baiser, toute épiphanie s’inscrivant par sa chimie dans la mémoire sensorielle, indélébile. Ce qui revient à entrevoir une forme de métaphysique de toutes les fois où s’est inscrit le sentiment profond de l’union de soi et du monde, dans un tremblement. Ce temps privé, est une sorte d’empreinte mémorielle inconsciente, devant le rester, puisqu’un mécanisme inconscient fait jouer un plaisir secret, au moment où, la photographe retrouve quelque chose qui s’est transmis à travers sa photographie, de cette sensation, de ce qui a fait événement, de ce qui est advenu, malgré soi ou avec soi, vaste question…. ce qui ne peut être qu’ inédit, disparaitre sans prévenir, sans qu’aucune mécanique ne puisse assurément et à coup sur re-produire ce qui troue la continuité du temps où il ne se passe rien; Une mélancolie, expression d’un manque inconscient devenu spleen conduit toujours l’auteure à le rechercher mystérieusement et à en jouir dès lors qu’il parait, dès lors qu’ il se manifeste. Cela est sans doute lié à ce que les grecs appelaient l’AÏON, ce temps de l’enfance lié au corps enfant et sans doute à ce que Barthes appelle le punctum… « Ce second élément qui vient déranger le studium, je l’appellerai donc le punctum ; car punctum, c’est aussi : piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure – et aussi coup de dés. Le punctum d’une photo, c’est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne). pp 48-49 » Arasse citant Barthes. Cette citation semble assez juste pour défaire les pistes qui a priori tiraient vers une  forme romanesque, romantique du réel. De fait ce mouvement d’attente serait plus proche du Nouveau Roman que du roman réaliste…

Rencontre avec Léa Crespi

Léa Crespi à Houlgate devant le portrait de Karin Viard © Pascal Therme

Léa Crespi expose dans une image construite ses portraits de commande pour la presse, Romain Duris, regard bleu, visage et mains,  distances interrogatives, Joan Baez, proche et silencieuse, Guillaume Galienne en pied, perdu dans le parking des anciens locaux de libération, regard en coin, silhouette hivernale, lumière crue, David Lynch, cheveux en bataille, lèvres un peu pincées, tête rentrée légèrement, regard porté, issu d’un monde intérieur comme de la surface d’un lac au bleu profond et mystérieux, d’où rien ou si peu, ne filtre, transparence du visage; Patti Smith, silhouette perdue dans une forêt d’herbe, profil filant, équilibre du temps entre sa main droite arrière et sa main gauche, silhouette romantique au long manteau et à la blancheur de sa chemise, océan de verdure, nage de l’instant, le temps semble un océan d’où il faut s’extraire par énergie et volonté… Chez Léa Crespi, Tout est suspension, occasion de mettre l’éphémère dans l’apparence, de retenir la présence au fil de l’instantanéité de la photographie, de retenir ce que le corps, le visage, disent de cette présence, sans discours, sans direction avérée; l’instant seul compte, l’instant où se dévoile l’autre dans une fraction du temps, dans ces solidités liquides de l’image, de l’imagination créative, d’un rendez vous entre deux instants, entre deux présences.  Ce qui est soumis à l’image par la lumière, assez picturale, lumière des peintres, quand l’infinitésimal de la seconde marque l’heure juste,  arrêtée  au cadran de la montre, évoque Desnos, l’acte poétique qui relie par l’espace et le regard, une sympathie élective. Léa Crespi écrit avec la lumière intérieure des regards et celle issue de l’ombre des corps, ces voyages secrets où s’imprime la sensation physique du portrait. Interrogée sur son “dispositif”, elle parle de l’un de ses portraits préférés, Karin Viard.

Rencontre à Florence Levillain

Florence Levillain à Houlgate devant son exposition « Les Habitants D’houlgate »…© Pascal Therme

Qui sont les habitants à l’année de Houlgate? Florence Levillain, en résidence, cherche à mieux connaître ceux qui font l’activité permanente de la ville, son authenticité. Enfants, jeunes parents, travailleurs ou retraités, figures de Houlgate, ils restent discrets dans le tumulte de l’été. Ici, ils nous racontent ce qui, par vents et marées, les attachent à ce lieu : un émerveillement quotidien qu’ils partagent pudiquement. Ces portraits nous font découvrir par petites touches la diversité de cette ville et la richesse des individus qui y demeurent. Source dossier de presse.

En résidence à Houlgate, Florence Levillain expose les habitants d’Houlgate, sous la forme d’une association de plusieurs images qui se recouvrent, se dévoilent, se conjuguent, pour faire portrait des hommes et des femmes, adolescents qui habitent la ville, gens dits “ordinaires” et chaleureux, évoquant avec sourire et justesse des vies, pas toujours simples mais denses, passionnées parfois, de ces personnes avec qui il fait bon échanger des propos quotidiens, qui rassurent, qui habitent le temps et l’espace, qui donnent sa densité et ses couleurs au pays, qui en sont l’âme. Peu importe que ce soit l’hiver, que la ville soit dévolue à la nuit et au froid, que l’humidité pénètre sous les pulls, une chaleur inaliénable habite ces quotidiens, dans toute sa dimension journalière et préhensile, retour des aiguilles sur l’horloge sociale, Florence Levillain transcende son sujet, fait oeuvre, se rend complice des sourires moqueurs, s’empare de la simplicité, monte ses images en accumulant un portrait, un lieu, un espace. Dans ces tropismes tout un monde se révèle, s’actualise, source identitaire qui donne à ses portraits au delà de l’enracinement du réel, une portée onirique et imaginaire libératrice. On sent que Florence a véritablement échangé avec humour et passion. Voyons donc les fruits imagés de cette passion amicale entre la ville, ses habitants et l’air qu’on y respire…il est minuit, docteur Schwertzer.

Rencontre à Laurence Geai

Mossoul jusqu’ à la mort, photographie de Laurence Geai

Laurence Geai est un témoin engagé aux côtés des populations qui souffrent et témoigne de la reprise de la seconde ville d’Irak, à l’Etat Islamique au prix de combats sanglants et meurtriers, à l’été 2017. Ces Photographies montrent la guerre en dehors de toute complaisance, sans monstration, sans système idéologique devant orienter les images vers tel message, dans une honnêteté certaine, crue, où la barbarie, la destruction, la mort sont présentes, immanquablement, afin que tous, puissent voir, par ses yeux la réalité amère et l’oeuvre du néant. James Nachtwey ne montre pas autre chose en ce moment à la MEP… Devant tant de sang, devant le jeu politique des puissances étrangères censées mettre fin au conflit depuis plusieurs années, devant les intérêts stratégiques et politiques du conflit, les diplomaties se sont montrées inefficaces et aveugles, semblent faire peu de cas de la barbarie des tyrans et du prix du sang dont les peuples s’acquittent dans la douleur et la mort. C’est avec cette humanité que Laurence Geai témoigne de son engagement au côté d’un parti-pris de vérité et d’yeux grand-ouverts sur les atrocités et le théâtre de la ville.  A regarder ces photographies, tout est dit de l’implacable carnage qui nous révoltait, de l’amplitude des moyens militaires engagés et de la ténacité des combattants contre l’état islamique. Le journal le monde International titrait “dis à celui qui pleure debout, face à la destruction, qu’au moins il n’est pas à genoux.” Et envoyait Hélène Sallon, accompagnée du photographe Laurent Van der Stock en mission sur le retour de la ville à la paix et à la reconstruction . Le monde du 7 Juin 2018. Quelques mois après la fin de la guerre, les traces du conflit s’effacent, la vie reprend son cours, mais nous ne pouvons oublier la tragédie.

A LIRE : 
Les femmes s’exposent à Houlgate (1ère Partie) publié le mercredi 13 juin 2018

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes s’exposent
Festival dédié aux femmes photographes professionnelles
Première édition. Houlgate (14).
Du 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre)
http://www.lesfemmessexposent.com
https://www.francoisehuguier.net/
https://www.florence-levillain.com/
https://laurencegeai.photoshelter.com/index
http://www.adelinekeil.eu/
http://www.valerieleonard.fr/
http://cicr.blog.lemonde.fr/tag/catalina-martin-chico/
https://www.franceinter.fr/personnes/sandra-mehl
http://www.axellederusse.fr/

Les femmes s’exposent à Houlgate (1ère Partie)

Les Femmes S’exposent est un festival dédié aux femmes photographes professionnelles toutes catégories (portrait, reportage, conflit, sport, mode, art, etc.) à l’heure où elles manquent de visibilité.

Leur travail est aujourd’hui peu présent dans la presse, les festivals, les expositions et les prix photo. Elles représentent 25% de la programmation des événements photographiques et moins d’un quart des photographes des grandes agences ; elles gagnent moins bien leur vie.Le festival LES FEMMES S’EXPOSENT a pour vocation de valoriser et récompenser les travaux photographiques des femmes photographes, et ainsi soutenir les nouvelles et anciennes générations.

Afin de rendre visible leur travail, la première édition ouvrira ses portes à Houlgate le 8 juin prochain jusqu’au 16 juillet, avec :
• une résidence
• 14 expositions en extérieur et en intérieur
• 4 prix qui récompenseront des travaux dans des domaines différents
• 3 projections de réalisatrices ou femmes photographes
• des tables rondes et des signatures de livres.

Rencontre avec Valérie Léonard

Valérie Léonard, Black Hell, sur la plage d’Houlgate. 2018
photo © Pascal Therme

Valérie Léonard présente Black Hell. Le reportage dépeint dans une image au cadre impeccable la réalité d’une très large communauté de plusieurs dizaines de milliers de “mineurs” dans la vallée du Damodar, au nord-est de l’Inde, sur un territoire assez vaste pour qu’il soit comparé à une région française. Ces mines à ciel ouvert se consument lentement, le feu y couve depuis plus de quatre vingts ans ans et dégage des vapeurs toxiques de dioxyde de carbone, soumettant la population misérable à un enfer. Enfer physique doublement, en raison des sols brulants et des trous qui se forment, avalant les abris précaires de ces familles, enfer d’un travail  physiquement éreintant, dévolu à tous, enfants, femmes, hommes, à peine payés. Toute une économie parallèle s’est organisée aux portes des sites en plein air, s’emparant du charbon entre 4h et 8h du matin, pour se rendre ensuite au marcher de la ville et le vendre, afin de pouvoir survivre. Ces rapines sont tolérées par les sociétés minières qui ont établi une exploitation scandaleuse d’une main d’oeuvre sous payée. Cette population vit avec le strict minimum, un filet d’eau leur permet à peine de se laver, les vélos avec lesquels ils transportent le charbon à une dizaine de kms, pèsent 350 kg, une fois chargé…. Loin de se lamenter ces hommes et ces femmes ont une joie de vivre malgré la souffrance et les difficultés. La photographie de Valérie Léonard témoigne de tout cela, comme de son insatiable et remarquable volonté morale à combattre les injustices, celle toute première de ne pas oublier cette humanité sacrifiée aux profits des société minières, cet engagement solide en fait une oeuvre de combat…

Rencontre avec Catalina Martin-Chico

Catalina Martin Chico, devant son exposition, Le monde suspendu des Amish, 2018 © Pascal Therme

Catalina Martin Chico, qui vient d’exposer une formidable série au Festival photo de la Gacilly pour lequel elle était en résidence également, expose le monde suspendu des Amish, où sa résidence a été beaucoup plus brève. Elle témoigne de la vie de cette communauté religieuse du 19 siècle, sans électricité, sans voiture, en dehors de tout consumérisme. Un mode de vie figé dans un code moral très strict condamne les tentations liées à la facilité d’un mode de vie plus moderne. Aucune permissivité ne semble devoir être tolérée, ni celle des plaisirs d’une sexualité libre et assumée (depuis la Beat Generation), ni celle des codes vestimentaires ou de ces déplacements en calèche de plusieurs heures pour se rendre à quelques miles. Un monde s’en trouve précipité, complètement décalé, censé formuler un rempart contre la facilité et les séductions d’une société américaine basée sur la consommation et l’hédonisme. De fait, soumise aux interdits, Catarina Martin-Chicot a rencontré nombre de difficultés pour approcher simplement ce que sont ces américains issus du passé, sanctuarisés en Pennsylvanie, en marge d’une société dite libre et de pouvoir en rapporter des images pleines et vivantes. Un parfum de joie se dégage de ces images, pour autant, d’énergie, mais tient-il au caractère généreux et solaire de la photographe, à son enthousiasme formidable, à son charisme  qui entre entier dans ses images, offrant une lecture moins critique qu’euphorique des Amish, ou à la joie de vivre de ceux ci? Que dit le reportage des failles et des tensions de ce type de communautés, des désespérances et de l’autoritarisme que pose toute micro société de ce type? Sans doute a t il été impossible de le photographier, de pouvoir s’approcher plus près de cette question, liant liberté de soi et règles religieuses, contraintes morales. Les sociétés parfaites semblent appartenir plus au domaine de l’illusoire et aux utopies qu’au projet équilibré et pacifique du vivre ensemble dans l’altérité. Voir le film, écouter les propos de l’auteure. Exposition située sur le flanc de l’église…très joli bâtiment de briques rouges….

Rencontre avec Axelle De Russé

© Axelles De Russé / Hans Lucas

Il n’y a que deux pas à faire pour entrer dans le monde de la grande nuit polaire d’Axelle de Russé, avec L’arctique sur des charbons ardents. Publiée fréquemment par la presse, prix Canon de la femme photojournaliste en 2007, Axelle présente ici, à 1000 kms du pôle nord, au Spitzberg, la nuit anciennement glaciale et toujours articque de la petite ville située le plus au nord de l’hémisphère. Aux environs de Noël, la température extérieure avoisine habituellement les 40 degrés en dessous de zéro, récemment, ce n’était pas plus de10/15 degrés, un différentiel de 20 degrés apparaissait, sans aucune neige. Axelle expliquait que l’hiver arrive en général fin Septembre, mi Octobre, c’est pourquoi l’absence de neige avant cette fin d’année a retenti comme un marqueur indéniable du réchauffement climatique, occasionnant une situation psychologiquement préoccupante pour les habitants. On imagine facilement les traductions pour la faune, les montagnes apparaissent noires, comme des canyons abandonnés par la nuit. Heureusement, obligée par son sujet, (un livre est encours) Axelle de Russé est revenue plusieurs fois, d’autres photographies dont celle d’un pasteur, en pleine nature blanche, portant une sorte de cape bleue déployée par le vent, pause en haut d’un promontoire neigeux, tandis que la ligne bleue de l’océan articque se fond avec le ciel. Il est midi, l’école est en pleine nuit, tandis qu’une neige tombe. Il est midi. De surprenantes  images décryptent ce bord de pole. en donnant la vision d’une terre devenue étrangère à elle même où la neige, la glace sont désormais  absentes du Paysage en Décembre. Voilà qui fait image au premier chef.

A VENIR : 
Les femmes s’exposent à Houlgate (2nd Partie), le jeudi 14 juin 2018

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes s’exposent
Festival dédié aux femmes photographes professionnelles
Première édition. Houlgate (14).
Du 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre)
http://www.lesfemmessexposent.com
https://www.francoisehuguier.net/
https://www.florence-levillain.com/
https://laurencegeai.photoshelter.com/index
http://www.adelinekeil.eu/
http://www.valerieleonard.fr/
http://cicr.blog.lemonde.fr/tag/catalina-martin-chico/
https://www.franceinter.fr/personnes/sandra-mehl
http://www.axellederusse.fr/

Les femmes s’exposent : un nouveau festival photographique sur la côte Normande

La première édition d’un festival photographique s’est ouverte ce vendredi 8 juin, à Houlgate. Sa thématique et sa programmation sont entièrement consacrées aux femmes photographes Une quinzaine d’expositions, un ensemble hétéroclite et réjouissant de démarches photographiques, sélectionnées et portées par Béatrice Tupin, longtemps responsable photo à l’Obs.

Françoise Huguier, marraine de cette première édition est exposée dans l’unique salle d’exposition de l’ancienne gare. Un double regard porté sur le costume et les codes vestimentaires.  Ses photographies réalisés dans les coulisses et sur les podiums des défilés de haute couture, à Paris, dans les années 80 et 90, font échos avec de récents portraits d’adolescentes photographiés à Kuala Lumpur. Les  élégantes et subtiles transparences des voiles et  plissements d’étoffes, se confrontent avec de nouveaux codes vestimentaires, des portraits de jeunes malaysiennes aux perruques fluo portant des costumes bariolés, les transformant en  héroïnes de mangas. Prenant à cœur son rôle de marraine, Françoise Huguier invite aussi et révèle dans ce même espace, Kani Sissoko, jeune photographe malienne rencontrée à Bamako. Dans une mosaïque de photographies horizontales, la jeune artiste détourne des amulettes et des fétiches de marabouts. Fixés par elle sur des troncs d’arbres, ils se plaquent sur les sinuosités de l’écorce et les fentes du tronc. Par analogies visuelles, cette démarche photographique dénonce alors, en images allusives, les mutilations sexuelles infligées aux jeunes africaines.

Les treize autres expositions sont en plein air. Devant l’Office du Tourisme, le festival commémore, à sa manière, le 74e anniversaire du débarquement pour réveiller une série de photographies de Lee Miller réalisées en Normandie, en juin et juillet 1944. Un hommage historique et complice d’une femme reporter de guerre, rendu aux femmes du front. Des infirmières et des auxiliaires, qui elles aussi, se sont exposées, en  accompagnant les armées de libération. Un reportage méconnu, paru peu de temps après la libération dans l’édition anglaise de Vogue.

A proximité, dans un jardin public où rode le fantôme de Marcel Proust, Adeline Keil photographe et enseignante à l’Ecole d’Art de Caen – Cherbourg, propose une installation de plein air. Des photographies panoramiques, singulières, qui dans une veine plasticienne, illustrent sa perception voyageuse des « Petits désordres du monde ».

C’est au bord de la plage, que le festival concentre ses propositions et va à la rencontre du grand public. Un parcours de sept expositions déclinant en un même parcours autant d’univers et de sujets. On retiendra les portraits vérité, en couleurs et  formidablement mis en espace de Léa Crespi et les photographies sportives de Corinne Dubreuil qui recomposent des séquences de tennis ou de rugby, en de superbes compositions graphiques. On s’attardera aussi sur un reportage de Valérie Léonard, constat effrayant des dérèglements écologiques, présenté dans un cadre idyllique. On y découvre comment dans un village de l’Etat du Jharkhand, au nord-est de l’Inde, des mines de charbon à ciel ouvert ont remplacé la forêt. L’extraction du minerai a aussi détruit la faune et intoxique les populations par des rejets de dioxyde de carbone.

Ce festival a aussi trouvé deux points d’ancrage sur son territoire. Il propose deux démarches et deux regards qui associent et révèlent les habitants d’Houlgate. La photographe Florence Levillain est allée à la rencontre d’une dizaine d’entre eux. Elle les restitue en portraits, avec des superpositions qui  les replongent dans leurs univers et nous relate leurs parcours avec les mots qu’ils lui ont confiés. Une autre généreuse démarche valorise de jeunes adolescents d’un centre  d’accueil. En construction de leurs identités et en quête d’intégration, on leur a confié des appareils photos pour se raconter en une exposition de plein air et porter de nouveaux regards sur ceux qui les entourent.

Pour cette première édition Les femmes s’exposent a su fédérer nombre de soutiens nationaux, dont la fondation Picto ainsi que des soutiens institutionnels et locaux. Au premier rang desquels, la ville d’Houlgate et plusieurs associations qui se sont  emparées et investies dans la manifestation.

Un nouveau festival photographique vient de naitre en se donnant une mission. Il est porté par la passion et l’enthousiasme. Chaleureux et rassembleur, il sait, avant tout, transmettre et satisfaire le goût des images en entremêlant de réjouissants et singuliers parcours photographiques.  

Cette semaine nous reviendrons plus en détail sur l’événement, avec notamment, une série d’interviews réalisées par Pascal Therme.

INFOS PRATIQUES :
Les femmes s’exposent, festival dédié aux femmes photographes professionnelles, Première édition. Houlgate (14). 8 juin au 16 juillet 2018. (Entrée Libre).
http://www.lesfemmessexposent.com

 

Résonance 2, quand l’art contemporain invite l’art ancien dans ses murs (Frac Rouen)

Dans le prolongement de Résonance 1 au musée des Beaux Arts de Rouen dont nous avions parlé dans notre article du 27 février,
la deuxième partie de l’exposition, cette fois au Frac, met plus particulièrement en avant l’ambiguïté des rapports entre art et sciences qui, ces dernières années, revient en filigrane dans la collection. L’occasion de revenir sur les enjeux tant esthétiques que philosophiques qui se dégagent de ses choix avec Véronique Souben, directrice du Frac et commissaire de cet accrochage totalement inédit.

Les artistes : Ignasi Aballi, Lara Almarcegui, Xavier Antin, Pierre-Olivier Arnaud, Silvia Bächli, Cécile Bart, Pauline Bastard, Berger&Berger, BIP, Raphaël Boccanfuso, Carina Brandes, Sylvaine Branellec, Broomberg & Chanarin, Julien Brunet, Damien Cadio, Miriam Cahn, Laurence Cathala, Marieta Chirulescu, Claire Fontaine, Claude Closky, David Coste, Joseph Dadoune, Tacita Dean, Guillaume Dégé, Edith Dekyndt, Jeremy Deller, Mirtha Dermisache, Mark Dion, Mathieu Douzenel, Caroline Duchatelet, Georges Dupin, Sirine Fattouh, Hans-Peter Feldmann, Charles Fréger, Julien Gobled, Terencio González, Moïse Jacobber, Thomas Huber, Georges Koskas, Isabelle Le Minh,Guy Lemonnier, Jochen Lempert, Roberto Martinez, Cédric Mazet-Zaccardelli, Wesley Meuris, Matan Mittwoch, Samir Mougas, Jean-Luc Moulène, Thomas Müller, Simon Nicaise, Filip Noterdaeme, Camila Oliveira Fairclough, Michalis Pichler, Diogo Pimentão, Régis Pinault, Abraham Poincheval, Prioux & Peixoto, Denis Prisset, Mathieu Provansal, Michael Riedel, Thomas Ruff, Marten Ryckaert, Matthieu Saladin, Hans Schabus, Birgit Schlieps, Katharina Schmidt, Thomas Struth, Cannelle Tanc, Mathieu Tremblin, Sarah Tritz, Otto Vænius, Marcel van Eeden, Jacques Villon, Antoine Vollon, Eric Watier, James Welling, Cristof Yvoré…

Catalogue aux éditions Snoeck, broché, 220 pages, 25 €

Infos pratiques :
Résonance, partie 2
Frac Normandie Rouen
jusqu’au 26 août 2018
3, place des Mar­tyrs-de-la-Ré­sis­tance
76300 Sot­te­ville-lès-Rouen
http://www.fracnormandierouen.fr/

Rencontre avec Mathieu Mercier, sur son aire de jeu au Havre (le Portique)

Le Portique, centre d’art contemporain du Havre, a réouvert en 2017 triplant sa superficie et offrant une nouvelle vitrine en prise avec le territoire et le public. Agissant comme un véritable laboratoire de formes et d’idées il donne carte blanche à Mathieu Mercier qui renoue avec ses origines familiales et déploie dans tout l’espace du site une vaste aire de jeu où le regardeur oscille entre surprises et reconnaissances, concepts et affects, matériaux et perception.

Il a répondu à nos questions.

 « Je manipule des objets pour coller à mes idées qui sont abstraites ».

Marie de la Fresnaye : A quand remonte votre 1er contact avec l’art ?

Mathieu Mercier : J’ai commencé par la photographie à l’âge de 16 ans par le biais d’un oncle qui m’avait passé le virus et à l’école.

N’ayant aucun lien avec les techniques de l’art en général, la photographie me semblait le moyen le plus simple pour aborder l’image. C’était facile d’avoir un appareil et de faire développer l’argentique à l’époque. Très vite j’ai voulu intégrer une école d’art plutôt par défaut essayant depuis longtemps de fuir le système universitaireJe suis arrivé aux Beaux Arts avec l’idée romantique de rébellion contre la société or très vite je me suis aperçu que c’était une erreur d’appréciation et de jugement.

L’une des contradictions des écoles d’art est de prendre l’artiste comme modèle tout en sachant très bien qu’il n’y a que peu d’élus donc je ne pensais pas vraiment être artiste au début. Par contre on est très conscient en sortant que tous les métiers liés à l’image sont possibles. J’imaginais donc quelque chose de plus pragmatique lié au design, graphisme.

En fait j’ai tout découvert aux Beaux Arts connaissant Magritte probablement pour les mauvaises raisons à l’adolescence et rien d’autre.

J’ai eu cette chance de rentrer dans une école nationale (ENSA Bourges) où tout était ouvert et non cloisonné à un atelier comme à Paris où j’ai été refusé. J’aurais pu faire les mauvais choix au début alors que là j’ai pris de face toute l’histoire de l’art du XXème, dégagé de nombreux problèmes matériels et responsabilités que je peux avoir aujourd’hui.

Nous étions un groupe d’étudiants très motivés qui s’est constitué sur plusieurs années avec Saadane Afif,  Pierre Malphettes, Sammy Engramer, Laure Tixier, Rainier Lericolais, aujourd’hui reconnus, ce qui a créé une dynamique remarquée par nos professeurs à l’époque. Le contexte était différent, internet n’existait pas, ce qui impliquait un vrai partage des informations entre nous.

M. d. l. F. : Comment définissez-vous votre pratique, eu égard à vos différentes casquettes (commissaire, galeriste, éditeur, professeur..) ?

M. M. : Tout cela ce ne sont que des étiquettes, alors que je fonctionne plus par intuition.

Il est certain qu’une part de mon vocabulaire est liée à l’art, ne venant pas de cette culture là j’ai vite pris conscience que je devais apprendre cette forme de langage.

Le paradoxe est que l’on peut considérer que l’art est universe. Décrire matériellement ce que l’on voit (les rapports d’échelle, les matières, les références, la symbolique etc) est probablement la meilleure méthode pour arriver rapidement à ce que je cherche à incarner. Je viens d’une génération d’artistes pour qui le fond doit coller à la forme. Il faut que cela résiste un minimum et quand même offrir un certain nombre de clés pour que le regardeur puisse s’aventurer sans abandonner.

Je ne me considère pas comme un artiste conceptuel car je m’attache à produire des formes.

Une chose est sûre est que ma pratique  nait d’ un désir de produire des abstractions qui la plupart du temps me ramène à un certain nombre de références que je raccorde à la réalité  du monde desobjets.  Ce  va et vient est pour moi en la trivialité de l’objet et le sentiment abstrait est une perpétuelle motivation.

M. d. l. F. : « La case départ », genèse du projet.

M. M. : Plusieurs raisons à ce titre :

D’une part mes liens avec Patrick Lebret, le directeur du Portique qui a eu une pratique artistique pendant de nombreuses années et que je rencontre d’abord comme faisant partie de la famille que constitue les anciens  de  l’Institut des Hautes Etudes en Arts Plastiques. Ensuite il participe à la création d’un premier centre d’art en 1997, « le Spot » où j’ai eu ma première exposition personnelle  en dehors d’une galerie.

Deuxième raison, les origines de ma famille au Havre du côté maternel même si je n’y ai jamais habité,

La 3ème raison est que je voulais jouer avec un certain nombre de pièces jamais montrées, des pièces d’atelier ou des prototypes, éditions, ce que je peux me permettre ici

Ce n’est pas parce que j’ai été exposé au musée d’art moderne de la ville de Paris que je refuse des projets dans des structures plus petites.

Ici il m’a été permis d’improviser complètement, sur place, avant et même après le vernissage.

La case départ induit cette notion de jeu.

Enfin la dernière raison est la vocation première du bâtiment, une école avec cette place dédiée au savoir et à l’éducation.

La scénographie :

Le 2ème étage reprend des volumes de salles de classe et la distribution d’origine, ce qui influe beaucoup un rapport à la lumière, à l’ambiance,

le 1er étage a la même organisation sans le couloir original, c’est pourquoi j’ai ajouté une cimaise pour redéfinir quelque peu  la circulation originale.

Je fais toujours une analyse préalable de l’espace, sans que cela soit de l’in situ proprement dit.

Par exemple pour l’exposition de ma collection au Centre d’art Micro Onde (Monochromes & Readymades, 2014) l’espace étant très difficile j’ai joué au maximum de ce que je pouvais en comprendre, sans le détourner à partir de jeux  de perspectives.

M. d. l. F. : Votre rapport à la collection

M. M. : Je ne fais pas trop la différence entre artiste et collectionneur, ce qui ne veut pas dire que les collectionneurs sont des artistes mais je pense que constituer une collection est engager un travail sur soi, une recherche qui peut s’apparenter à une pratique.

J’ai collectionné dès le début de ma pratique en achetant ou faisant des échanges, veillant toujours à produire des œuvres ou produits dérivés accessibles à quiconque (comme ici à partir de 50€). Très vite je me suis orienté vers l’acquisition de multiples par intérêt d’abord dans la diffusion de certains mouvements comme Fluxus. De plus les artistes qui m’intéressaient en produisaient beaucoup comme Duchamp, Beuys..étant devenu galeriste à mon tour en ayant crée le concept d’une galerie spécialisée dans l’édition  (il ne mérite vraiment pas que je lui fasse de la pub . J’ y ai assuré pendant 7 ans la conception des expositions J’avais l’ambition que cela devienne une plateforme incontournable pour tous les producteurs d’éditions dans le monde en y créant des expositions thématiques pointues

De nombreux éditions de qualité sont aujourd’hui proposées à Paris  chez MFC-Michèle Didier, à la Librairie Lambert et même chez Perrotin. Les salons Multiples Art Days et Off Print permettent de nombreuses découvertes. Internet a aussi beaucoup facilité l’acquisition de ces œuvres éditées.

Au jour d’aujourd’hui j’ai reconstitué un club qui n’en n’est pas vraiment un, le « Coop Club », autour d’éditions autoproduites par les artistes et dont les ventes se font intégralement au profit des auteurs.

Parrallèment j’assurais entre 2 et 3 commissariats par an mais je vais ralentir le rythme pour me concentrer sur mon propre travail. Je consacre beaucoup de temps aux accrochages, la plupart de ceux que je vois restant très conventionnels et peu pertinents. Je m’amuse beaucoup et dans de nombreux contextes à réaliser des accrochages y compris dans la sphère privée. Je vais très vite à l’essentiel face à un espace, presque comme le ferait un architecte, peut-être une vocation ?

Je me suis lancé également dans l’édition et j’ai réédité la « boîte en valise » de Marcel Duchamp J’ai mis 5 ans pour arriver à la qualité nécessaire au prix le plus accessible.

Le language me pose plus de problème,écrire est douloureux, placer du vocabulaire sur une œuvre me semble limté, donner un titre oriente trop le regard.

Quand j’avais réalisé l’exposition pour le musée d’art moderne en 2007 (Sans titres 1993-2007) j’avais conçu un plan avec  des notices écrte en collaboration avec Julien Fronsacq .Ellesouvraient des pistes, sans que la circulation ne soit gênée par la lecture des cartels.

D’une manière générale je trouve que les définitions faussent notre rapport à l’art.

Elles ont définie des catégories hiérarchisées avec en première ligne la peinture et la scupture sur la base des vestiges du paléolithique  Ce qui est à mon avisune grave erreur.   Il y a forcement eu une production sensible avant d’arriver à des représentations si complexes. Ce qui me pousse à penser que la contemplation et la collection sont à l’origine de l’art et à conclure que l’art a toujours été conceptuel car réalisé à la conscience de lui-même.

La démarche du Louvre d’Abu Dhabii ou Louvre Sens a ceci d’intéressant qu’elle illustre cette nécessité de l’humanité de produire un certain nombre de signes pour créer du sens. L’art n’est pas autre chose. C’est ce qui explique mon intérêt aux choses et aux objets .avec cette nuance, les choses ont des qualités et les objets ont une place. Je pense tous les jours aux origines de l’art. Il y a probablement eu 20 ou 30 000 ans  de chose naturelle collectionnée pour leur capacité à créer du sens entre les hommes des readymades sauvages en quelque sorte !

M. d. l. F. : Place des artistes français, stratégie et évolution du marché

M. M. : Il y aurait de nombreuses raisons pour expliquer notre place sur la scène internationale.

Une forme d’arrogance typiquement française doublée d’une forme très contradictoire de complexe d’infériorité, sur le terrain

Ma génération avait tendance à croire qu’il fallait attendre que les choses viennent à nous plutôt que de démarcher et de les réclamer.

L’art des anglo-saxons consiste à s’approprier un style ou un signe.  Immédiatement identifiable, il devient une forme de logo Il est intéressant de constater que mis à part Huygue et Parreno, les artistes français les plus identifiés sont Buren, Boltansky et A. MessagerLa plupart des artistes aujourd’hui ne revendiquent plus une manière de faire en utilisant qu’un seul médium, ils fonctionnent sur des ruptures et des concepts hérités de la modernité. Ils sont plus difficilement identifiables car la compréhension du travail nécessitent une analyse et pas simplement la reconnaissance visuelle d’une exploitation de style.On peut aussi  lier ce problème d’usage des formes à un problème de langue, de communication, même si cela commence à changer avec internet et l’usage courant de l’anglais. Internet, Taschen et easyjet  ont été aussi largement responsables de l’accélération des échanges pour une jeune génération.

Nous souffrons notamment de ne pas avoir une vraie revue internationale, certains systèmes de distribution des livres  nous empêchent de passer les frontières.

La place de l’état est une grande chance avec ces collections incroyables et ces aides assez confortables, mais laissent redevables avec des réseaux  souvent guidés par des résultats à court terme. Il faudrait accepter qu’une fois la mise en place d’un véritable succès international, l’artiste échappe totalement à l’action gouvernementale.

On apprendrait probablement beaucoup sur la manière dont les étrangers nous perçoivent. Encourager les expositions personnelles plutôt que de multiplier les collectives me semblerait plus efficace pour aider à la compréhension des démarches des artistes

Les galeries sont aussi responsables, peu de galeries étrangères veulent travailler en collaboration avec les galeries françaises. La majorité des galeries, excepté les 5 premières régulièrement citées, n’ont pas ce pouvoir et ne se le donne pas non plus. Quand les artistes français commencent à rayonner ailleurs elles ferment les portes plutôt que de les ouvrir.   Je suis dans la situation inverse, je ne travaille actuellement qu’avec des galeries étrangères (Galerie Mehdi Chouakri, Berlin Galleria Massimo Minini, Brescia Galerie Lange&Pult, Zürich, Galerie Luis Adelantado, Valencia.

En ce qui concerne l’internationalisation, il y a toujours eu des artists run space et j’ai participé à 20 ans à des initiatives à Amsterdam avec des moyens de communication plus compliqués à l’époque (le fax, le courrier). J’ai d’abord fait l’effort de travailler à Berlin avant la gentrification des années 90. J’ai tout organisé ensuite pour partir aux US en 2000 et entre temps me suis percuté à une nouvelle donne après 2001.

Les artistes d’aujourd’hui sont  aussi responsables de la dynamique des réseaux.

Touefois la circulation des images et des informations font que l’on attache de l’importance à des simulacres  , sans véritable concept de la part des artistes ni structure sérieuse où elles sont prétendument montrées mais dont la circulation se fait à l’aide uniquement desréseaux sociaux !

Les choses vont continuer à évoluer en ce sens, mais nous sommes en train de rentrer dans une crise qui sera relativement violente, les gros devenant encore plus gros, les plus petits tiendront le coup car ils fonctionnent sur leur propre énergie et nombreux au milieu disparaitront. Ces structures sont dans une économie peu viable nous voyons un désangagement croissant des collectivités pour la culture et la situation économique ne permet plus aux collectionneurs de fonctionner sans réflexion au moindre coup de coeur.

M. d. l. F. : Prochains projets.

M. M. : A Valence à la galerie Adelantado, ville où je vais habiter avec un projet d’atelier, d’appartement ..

Ensuite en Italie dans les galeries Minini père et fille à Brescia et Milan en duo avec Bertrand Lavier, suivi d’un commissariat aux Arts et Métiers et un vaste projet utopique au Grand Palais qui j’espère ne restera pas à l’état de maquette …

INFORMATIONS PRATIQUES
La Case Départ
Mathieu Mercier
Du 17 février au 14 avril 2018
Le Portique, Centre Régional d’Art Contemporain du Havre
30 rue Gabriel Péri
76600 Le Havre
http://www.leportique.org/

À Tire-d’Aile : Figures de l’envol au Centre Photographique Rouen Normandie

Le Centre Photographique Rouen Normandie a inauguré le 17 février dernier, sa nouvelle exposition intitulée « À Tire-d’Aile : Figures de l’envol ». Cette dernière a réunit les travaux de plusieurs artistes internationaux pour explorer le désir de l’envol. Si l’homme n’est pas en capacité de voler comme un oiseau, il a néanmoins usé d’ingéniosité pour combler ce manque depuis des siècles. Alors, élevons-nous aux cieux avec cette nouvelle exposition !

Une centaine d’années à peine nous sépare du premier envol de l’Oiseau blanc de Nungesser et Coli depuis la falaise d’Étretat et quelque cinq cents ans de l’esquisse de l’ornithoptère, la machine volante de Léonard de Vinci.

Ce désir intrinsèquement humain – quitter la terre à laquelle notre condition nous arrime et gagner l’immensité naturelle – demeure tout aussi vivace à l’heure du tout technologique. Enfin, voler ! Dans cette quête, l’oiseau incarne encore et toujours une insurpassable et parfaite figure de liberté. D’Icare à Superman, ce rêve d’ailes est solidement chevillé à notre imaginaire. Dès ses débuts, la photographie l’accompagnera, ici documentant les premières expérimentations aéronautiques, ailleurs s’amusant de sa capacité à contrefaire et mettre en boîte le réel, remplissant précocement le rôle de simulateur de vol.

L’exposition collective À tire-d’aile propose d’explorer le désir d’envol, ses interprétations et mises en scène dans la création contemporaine photographique et vidéo. Le temps suspendu, le fantasme figé dans les airs… La chute n’est peut-être pas loin mais l’image, complice, n’en dira rien.

INFORMATIONS PRATIQUES
À Tire-d’Aile : Figures de l’envol
Avec les œuvres de Francis Alÿs, Jasper de Beijer, Balthasar Burkhard, Étienne Cliquet, Lukas Felzmann, Agnès Geoffray, Sjoerd Knibbeler, Janne Lehtinen, Laurent Millet, Jaap Scheeren, Vojtech Veskrna, Xiaoxiao Xu… et la complicité de HSH.
Du 17 février au 26 mai 2018
Centre Photographique Rouen – Normandie
15 rue de la Chaîne
76000 Rouen
info@centrephotographique.com

Françoise Sagan : La vie en liberté, l’écriture en exigence

Depuis le 10 février Deauville présente la première exposition consacrée à Françoise Sagan. Conçue par Denis Westhoff, son fils, qui en est le commissaire, l’exposition, co produite par la Ville de Deauville avec Bibliocité, (nouvelle appellation des bibliothèques de la ville de Paris), reconstitue le parcours littéraire et les moments les plus marquants de la vie de l’auteur de Bonjour Tristesse, disparue en septembre 2004.

La photographie tient une place essentielle dans cette restitution. De larges cadres blancs reprennent de nombreux extraits de l’œuvre de Françoise Sagan, illustrés par les archives photographiques de l’agence Roger Viollet et des archives de France Soir, léguées à la Ville de Paris. Près d’une centaine de photographie de presse, telle l’ écume des jours de Sagan, ont été sélectionnées par son fils, comme un parcours de vie en photographies, tel un album photo qui ici fait écho aux collections du futur musée et de la médiathèque de Deauville. Particulièrement les exemplaires originaux de Paris Match, légués par Benno Graziani à la Ville de Deauville. Deux parcours photographiques mis en parallèle pour témoigner, en noir et blanc et en couleurs, de la popularité de l’écrivain et de l’attention portée à Françoise Sagan par les deux principaux organes de la presse populaire des années 55 à 80.

On y retrouve comment Willy Rizzo, Philippe Vals, Philippe Le Tellier, … et toute une génération de photographes reporters étaient habiles dans le portrait, souvent pensé comme visuel de couverture et comment ils procédaient à des mises en scènes inspirées.

Deux portraits de Francoise Sagan, réalisés par Robert Doisneau à trente ans d’écart ponctuent cette exposition qui se conclue avec une série de photographies associant l’ écrivain à Deauville. L’occasion de revoir un portrait réalisé dans les tribunes de l’hippodrome, par Yul Brynner.

L’ exposition s’achève par deux photographies et deux autoportraits de Françoise Sagan, qui après avoir si souvent composé avec nombre de photographes, se réserve pour elle même une restitution et des expressions sans fards face au rétroviseur de sa voiture ou dans un miroir.

INFORMATIONS PRATIQUES
Françoise Sagan : La vie en liberté, l’écriture en exigence
Du 10 février au 11 mars 2018
Le Point de Vue – Boulevard de la Mer / angle rue Tristan Bernard
14800 Deauville
Des visites guidées tous les mercredis et samedis à 15h30 (Durée 1h)
5€ (entrée comprise) – Gratuit pour les moins de 18 ans, étudiants et demandeurs d’emploi…
Réservations : Deauville Tourisme 02 31 14 40 00 ou http://www.indeauville.fr

RESONANCE, Partie 1 au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Les récentes acquisitions du FRAC Normandie Rouen sont mises à l’honneur au Musée des Beaux Arts de Rouen. Chaque Année le Frac présente ses acquisitions dans ses murs et dans toute la région. L’exposition 2018 se déroule en deux temps et sur deux lieux, le premier au Musée des Beaux-Arts de Rouen, le second sera au Frac Normandie Rouen, où les œuvres venues enrichir le fonds régional sont mises en résonance avec une sélection d’œuvres anciennes.

RESONANCE présente plus de 110 œuvres du Frac acquises au cours de ces cinq dernières années. Fidèle à son programme d’acquisition le Frac poursuit sa collection autour de ses thèmes directeurs que sont le corps, l’environnement et les nouvelles formes de récits.

Cette exposition propose de rendre compte des grandes articulations de la collection et montre, dans ce face à face avec des œuvres classiques issues des musées métropolitains, comment les artistes contemporains questionnent les mêmes thèmes que leurs prédécesseurs. L’évolution des techniques, des outils, des médiums et les changements culturels leur permettant d’écrire les nouvelles pages de l’histoire de l’art.

Divisée en parties successives, RESONANCE se développe sur trois grands thèmes la nature et ses représentations, le corps dans tous ses états et les espaces en tant que constructions mentales ou architecturales. 

L’exposition s’ouvre sur une première partie consacrée à la nature. Le paysage est avant tout une construction du regard et de l’esprit et les artistes s’amusent à reconfigurer notre vision de la nature. Ce jeu pictural navigue entre le remplissage avec les surimpressions de photographies Horizon et Glaciers de Batia SUTER, les formes graphiques des arbres dénudés dans une plaine enneigée de Darren ALMOND qui s’apparentent à de la calligraphie, et la quasi transparence de Crystal Display d’Agata MADEJSKA qui nous fait deviner derrière le jet d’eau d’un jardin public les arbres qui transparaissent comme des spectres sur les bords de la photographie.

La deuxième interprétation du paysage est une représentation macroscopique de la nature avec des gros plans sur des feuilles et des fleurs qui donnent à voir un monde « à la loupe » proche de l’abstraction ou du fantastique. Jochen LEMPERT produit des photogrammes de coquelicots dont les nuances de gris, obtenues par le contact des pétales sur le papier sensible, semblent  être des négatifs d’œuvres des Delaunay. Quant à Julien CREUZET, il interroge l’exotisme et le colonialisme en filmant en plan serré à l’I-Phone, un palmier de la banlieue parisienne.

Dans le dernier espace consacré à la nature, le paysage devient un personnage fictionnel. Avec la vidéo, le dessin ou la photographie, les artistes présentent une nature plus proche du symbolique et lui donnent une autre matérialité. Par exemple, Thomas BARBEY questionne la matière imprimée et crée à l’encre de Chine des paysages de bord de mer. Ses simples traits retirent du relief et des nuances qui transforment ses paysages et leur donnent une toute autre évocation émotionnelle.

Le corps sujet de la seconde partie de l’exposition est décliné sous trois angles ; le corps à l’épreuve, le corps en mouvement et le portait, grand classique de l’histoire de l’art.

L’épreuve du corps est évoquée avec une œuvre impressionnante de Sophie DUBOSC qui contorsionne 24 petits matelas de mousse (dont seulement 11 sont présentés ici) créant un véritable Alphabet des postures de la souffrance. Dans Body print n°1, Alexandra BIRCKEN se focalise sur l’écriture du corps par lui-même. En projetant son corps, et plus particulièrement ses seins couverts de peinture de façon répétée sur le papier. Autre représentation du corps de Dominique DE BEIR suggérée cette fois-ci par des tâches de cire qui évoquent le sang.

Le corps en mouvement est depuis longtemps un sujet pour les artistes. Des études de Léonard de Vinci ou Michel-Ange aux danseuses de Manet, ou encore avec les animations photographiques de la fin du XIXe siècle, les artistes contemporains le réinterprètent également. Dans ses photographies, Carina BRANDES se met en scène dans des postures où le corps défie la pesanteur, flotte ou se renverse. Elles renvoient à l’histoire de la performance et rappellent les images body configuration de Valie Export. Les gants de motards teintés d’argent d’Alexandra BIRCKEN font écho aux mains dans le tableau du 18ème siècle de Hyacinthe RIGAUD.

Pour finir cette ode au corps une galerie de portraits contemporains en revisite les codes classiques. Avec une magnifique photo de Béatrice Dalle en Mona Lisa, Rineke DIJKSTRA rend hommage aux grands portraitistes. Dans son installation, Jean-Paul BERRANGER met en tension sphère intime et formats normatifs. Agrandi et multiplié selon les différents formats de cadre IKEA, le portrait de son père n’est visible en son entier que dans sa version originale. Medhi-Georges LAHLOU déjoue les constructions sociales et les a priori sur l’esthétique traditionnelle et religieuse de la culture musulmane à travers une paire de talons aiguilles rouge disposée devant un tapis de prière.

Après la nature, les corps, c’est aux espaces architecturés qu’est consacrée la troisième partie. L’occasion de repenser le portrait d’intérieurs mais aussi de dévoiler ce qui est généralement caché, l’envers du décor, dans des sortes de « non-lieux ». Maquette, dessins, photographies donnent corps à des espaces fantasmés, suggérés, vestiges d’un temps ou tout simplement vides. Cette force de suggestion est particulièrement étonnante avec Epuisement (interphone) de Dominique PETITGAND, un interphone immédiatement identifiable comme objet d’intérieur mais qui ici parle aussi de l’intériorité car il fait entendre le discours intime et décousu d’une femme épuisée.

Cette introspection va jusqu’aux non-lieux. Ces espaces indéfinissables et imaginaires, comme par exemple les images des déambulations de Pierre-Olivier ARNAUD qui vont jusqu’à la dématérialisation, qu’il réalise à l’aide à de multiples transformations (recadrage, agrandissement, impression, numérisation, sérigraphie).

Finalement, l’exposition se termine sur les nouvelles formes de récits. Aux côtés des livres d’artistes, abondamment représentés dans la collection et émaillant tout le parcours de l’exposition, sont présentées des œuvres d’artistes qui repensent les structures narratives mais aussi l’écriture qui s’y associe.

Un premier épisode de RESONANCE qui, par sa qualité, invite déjà au second qui sera proposé en avril au Frac.

INFORMATIONS PRATIQUES
• RÉSONANCE, PARTIE 1
Du 17 février au 13 mai 2018
Exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen conçue par le Frac Normandie Rouen dans le cadre de sa programmation hors-les-murs.
• RÉSONANCE, PARTIE 2
Du 14 avril au 26 août 2018
Au Frac Normandie Rouen
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
www.mbarouen.fr
> Frac Normandie Rouen
3 place des Martyrs-de-la-Résistance
76300 Sotteville-lès-Rouen
www.fracnormandierouen.fr