Archives par mot-clé : Parfum

La Maison Guerlain et la Photographie fêtent leurs 190 ans

On avait déjà pu apprécier, l’été dernier, l’écrin si singulier que la maison Guerlain offrait à la photographie pour le plus grand bonheur des visiteurs venus du monde entier déambulant sur la célèbre avenue. Elle proposait, dans la boutique des Champs Elysées une sélection d’oeuvres issues des collection de la Maison Européenne de la Photographie choisies par le personnel féminin de la marque.

Pour fêter ses 190 ans, Guerlain invite de nouveau le médium en ses murs.

Autour de 8 parfums phares, huit photographes ont réinterprété les fragrances et composé leur oeuvres en s’inspirant des pratiques et techniques contemporaines des icônes de la Maison.
Ainsi, Joan Foncuberta s’improvise enquêteur et propose une rencontre inédite entre Daguerre et Pierre-François-Pascal Guerlain, fondateur de la maison quand Vasantha Yogananthan inspiré par Shalimar s’inspire des tirages peints des années 20.
Dans le bel escalier qui mène au salon, c’est un grand portrait de Delphine Diallo qui invite à se laisser transporter dans l’univers de la maison de parfum tout autant que dans celui des artistes.

Car c’est bien un voyage que Guerlain vous propose: un voyage à travers le temps et l’évolution des techniques, à travers les différents pays qui ont inspiré les parfum de la Maison.

INFORMATIONS PRATIQUES
CXC
Echos contemporains
La Maison Guerlain et la Photographie fêtent leurs 190 ans
Jusqu’au 26 août 2018
Maison Guerlain
68, avenue des Champs-Élysées
75008 Paris
https://www.guerlain.com/fr/fr-fr/maison-guerlain

Carolyn Quartermaine : Where flowers dream au Musée Fragonard

La cité du parfum nous offre jusqu’au 15 avril 2018, une exposition floral empreinte de poésie et d’évanescence. Where Flowers Dream est un parcours sensuel imaginé par l’artiste et designer Carolyn Quartermaine. Personnalité anglo-suisse, Carolyn créé elle-même ses tissus, dont les motifs sont inspirés de ses créations picturales.

Son style pourrait être qualifié de néo-baroque, un univers où le lyrisme des fleurs s’enchantent d’arabesques, de dentelles, de photographies vintage et de dessins. Des créations réhaussées d’or ou de couleurs plus flashy dont elle aime la modernité puissante. Carolyn a été formée aux Beaux-Arts mais quand elle découvre la sérigraphie, elle se passionne pour les méthodes artisanales d’impression sur tissu.

Pour cette exposition, elle a assemblé tout ce qu’elle aimait dans l’univers de Fragonard (des costumes, des bijoux, des parfums et des fleurs). À travers le prisme du rêve et de la mémoire, elle propose un voyage sensoriel entraînant le public des champs du parfumeur jusque dans les palais vénitiens, tout en évoquant la fraîcheur d’un jardin anglais. Aussi personnel qu’un souvenir et évocateur que le rappel d’une senteur oubliée, Where Flowers Dream  promet d’offrir un moment d’intense poésie.

 » Je m’efforce de saisir ce qui est beau et rare, comme une aile de papillon qui effleure le papier. L’exposition montre des photographies, des calques, des images vieillies aux couleurs bleutées, sépia. Les images sont habitées d’esprits fantômatiques, comme un passé qui hante un présent en construction. Rêve ou illusion? Réalité ou passé oublié? On passe de salles en salles avec légèreté et apesanteur, en humant l’atmosphère délicat et sensible de cette nature florale.« Je suis une artiste, la peinture, les collages, la photographie et la direction d’art se réunissent dans mes expositions et mes installations . Je collecte et assemble pour créer de nouvelles combinaisons . C’est ma marque de fabrique : des petites tâches de couleur, des calques cachés.  Les références historiques sont profondément intégrées et rassemblées depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui. » Carolyn Quartermaine repense de nombreux intérieurs. Son activité de designer et d’architecte d’intérieur est reconnu dans le monde entier. En France, on lui doit la rénovation complète de l’Hôtel Le Délos sur l’Île des Embiez à Bandol dans le Var. Un talent qui s’exprime avec douceur et fluidité dans cette scénographie grassoise.

INFORMATIONS PRATIQUES
Carolyn Quartermaine : « Where Flowers Dream »
Jusqu’au 15 avril 2018
Musée Jean-Honoré Fragonard
14 rue Jean Ossola
06130 Grasse
Plus d’infos ici

Parfum d’art par Cartier

L’art a t-il une odeur ? C’est l’un des enjeux de l’installation immersive proposée par la maison Cartier à l’occasion de la semaine de la Fiac avec « OSNI – Objet sentant non identifié ».

Inspiré par L’Envol de Cartier, dernière fragrance composée par Mathilde Laurent et installé sur le bassin du Palais de Tokyo face à la Tour Eiffel qui scintille l’effet le soir est saisissant. On entre dans l’élégant cube de verre et un 1er sas de décompression pour se mettre en état de réceptivité puis dans le nuage stabilisé par les technologies bioclimatiques de l’agence Transsolar.

Depuis Duchamp Belle Haleine certains artistes, Michel Blazy en tête,tentent une incursion dans ce champ jusqu’ici pas reconnu comme véritablement artistique. Des œuvres au statut encore flou. Il est certain que techniquement la mise en scène des fragrances dépend aussi de leur diffusion et mise en scène, complexe et couteuse.

La remarquable exposition « l’odeur de l’art » du musée Tinguely de Bâle en 2015 que j’avais découverte mettait en avant ce champ de la création de Daniel Spoerri à Ernesto Neto, sans parasitage ni interférence olfactive entre les démarches. Un pari réussi qui soulevait un certain nombre de questionnements entre fascination et rejet.

L’odorat étant le sens le moins sollicité de l’art jusqu’ici, les possibilités expérimentales ouvertes sont vastes. Cette démarche de Cartier en annonce d’autres à suivre avec intérêt, ce nouveau terrain d’expression rejoignant les valeurs d’audace, d’innovation et d’émotion de la Maison.

En savoir plus :
https://www.osni.cartier.com/

Révélation à la Maison Guerlain : Rencontre avec Valérie Belin

Plus que quelques jours pour visiter l’exposition de photographie à la Maison Guerlain du 68 avenue des Champs Elysées. Cette année c’est l’artiste Valérie Belin qui s’est vue offrir une « carte blanche » pour évoquer la marque sur le thème retenu « Les femmes vu par les femmes: Révélation ». Rencontre avec l’artiste française.

Glwadys Le Moulnier : Depuis quelques années, la Maison Guerlain invite des plasticiens internationaux et leur donne « carte blanche » pour réinterpréter la marque de luxe. Cette année, vous en êtes l’invitée dans le cadre d’une exposition consacrée aux femmes photographes. Comment vous êtes-vous inscrite dans cette proposition?

Valérie Belin : J’ai décomposé la thématique en deux parties « femme vues » et « vues par les femmes ». « Femmes vue » tout d’abord: j’évoque pour imager cette notion la star de cinéma qui descend le tapis rouge au Festival de Cannes et que l’on regarde comme un objet de désir. Puis il y a la femme « vue par les femmes » . Là c’est un autre versant du thème : « qu’y a-t-il dans l’esprit de cette femme, dans sa psyché ? ». A quoi pensent-elles quand elles descendent ces marches du Festival de Cannes ? Par quoi sont-elles habitées? Ce qui m’intéresse, c’est cette double dimension du regard. Le regard extérieur sur la femme et le regard intérieur de la femme sur elle-même. Cette ambiguïté, cette mise en porte à faux du thème était intéressante. J’ai introduit le trouble de la même façon que je le fais dans les séries que j’ai pu réaliser autour du mannequin de vitrine, du modèle d’agence, des sosies de Mickaël Jackson ou de la danseuse du Lido. Ce sont déjà des images, et moi je photographie des images. Ces personnes sont destinées à faire image devant nous, mon travail consiste à déconstruire le cliché.

G. L. M. : L’Oeuvre que vous avez créée spécialement pour cette exposition s’appelle Liberty. Ce titre fait écho à la liberté de ton qui habite vos précédents travaux, et pour lesquels vous avez été primée. Comment s’est passé votre collaboration avec la maison Guerlain? Quels étaient vos contraintes, votre « feuille de route », votre liberté en somme et comment avez-vous procédé ?

V. B. : Mon travail dans l’ensemble, de manière intuitive et naturelle répond à la thématique de cette année. Pour moi cette image est une sorte de manifeste à la fois de ma manière de travailler aujourd’hui, des obsessions qui m’habitent et de la thématique de cette année chez Guerlain. J’ai procédé en instaurant un trouble. Dans un premier temps on a l’impression de reconnaître ce que l’on voit, comme par exemple la mannequin de vitrine que j’ai photographié en 2003. On se dit « oui, c’est une très jolie femme, la beauté « wasp ». Puis dans un second temps, quand on s’approche du tirage photographique, on se rend compte de la fausseté, des artefacts. La perfection est trop grande, les yeux sont peint, les sourcils sont peint, on voit les coups de pinceaux du maquilleur sur l’objet de plastique. Et là ntervient le trouble: « Oui mais tout cela est faux ». On compare la vérité d’un visage vivant et la fausseté du visage de ce stéréotype. C’est sans cesse par un travail de la forme, rendu possible par la photographie, que je tente de déconstruire le cliché.

G. L. M. : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la façon dont vous avez construite cette image ?

V. B. : D’abord sur le choix de la mannequin elle-même, je n’ai pas choisi celles hyperréalistes que je choisis d’habitude. J’ai choisi une mannequin beaucoup plus schématique, beaucoup moins illusionniste, d’un point de vue « illusion du vivant ». Je souhaitais qu’il y ait une introduction perturbante avec une mannequin qui serait déjà un « Frankenstein » par sa fabrication un peu schématique. D’autre part je l’ai choisi parce que sa coiffure, son attitude, son visage m’évoquait l’Art Nouveau qui me semblait vraiment en correspondance avec la maison Guerlain. C’est d’ailleurs une première évocation de la liberté puisque l’Art Nouveau est aussi la période où les femmes abandonnent le corset au profit de vêtements beaucoup plus fluides. La robe est elle aussi choisie pour évoquer cette époque, opérer un mélange intéressant avec les fleurs. C’est une robe assez proche de la charte colorée de la maison Guerlain. On y retrouve le rose, des couleurs qui sont assez présentes dans l’univers Guerlain. Ce choix était important pour moi.

Aujourd’hui mon travail de déconstruction des stéréotypes se fait plus par la superposition, la surimpression de l’image. c’est le cas pour le travail réalisé pour la maison Guerlain. J’ai superposé cette image de mannequin de vitrine avec deux images : une image de fleurs et une image de couverture de comics. La première, avec les fleurs, va dans le sens de l’univers de la maison Guerlain. Elle est directement liée à l’univers du parfumeur, et Guerlain est vraiment un parfumeur, sans doute l’un des derniers grand parfumeur. Je retrouvais cette correspondance de la maison Guerlain avec les fleurs, la beauté, la féminité, mais aussi cette correspondance de la femme décorative, de l’ajout d’ornement qui incarne la beauté au sens extérieur du terme. Pour perturber cette harmonie, j’ai voulu intégrer cet élément qu’est le comics. J’ai choisi cette couverture de comics qui montre une scène de crime. On peut apercevoir des personnages masculins, le mot police. On sent une certaine dangerosité, un événement scandaleux qui vient salir l’harmonie première de la combinaison femme / fleur. Voilà un peu les matériaux qui ont fabriqués l’image.

G. L. M. : Parmi les images exposées, quelle est celle dont vous vous sentez le plus en harmonie? et avec quelle photographe exposée vous êtes-vous sentie le plus « en dialogue »?

V. B. : J’ai un attachement et une admiration particulière pour le travail de Sarah Moon car, elle aussi, est allée très loin dans l’idée du mannequin, l’une des thématiques centrales de son travail. Elle aussi a réussi à opérer une métamorphose d’une beauté plastique évidente et d’une ambiguïté quant au statut du modèle. Je me sens assez proche de ce travail. Bien sûr, elle le fait avec les procédés propres à son époque, c’est a dire principalement le Polaroïd, et elle le fait d’une manière extrêmement sensible, vraiment intelligente. Elle est très proche de son médium, c’est aussi une dimension qui pour moi est très importante. Je me souviens évidemment de sa première campagne Cacharel. A l’époque j’étais une jeune adulte et ce sont des images qui m’ont profondément séduites et marquées. Peut-être sont-elles même à l’origine de cet attachement au départ à l’image et au travail sur l’image de la femme.

G. L. M. : Vos travaux interrogent la place de la femme et notamment les stéréotypes auxquels elle est sans cesse confrontée. Liberty est-elle une sorte de conclusion au regard que vous posez sur la femme?

V. B. : C’est une œuvre de résistance dans le sens où elle montre toute l’ambiguïté qui reste présente dans le statut social de la femme aujourd’hui. Quelle est la dimension de sa liberté réelle ? Quel est le diktat de l’image aujourd’hui pour les femmes ? Le titre « Liberty » est à double sens parce qu’il évoque à la fois ce motif floral Art Nouveau et également la Liberté. Elle peut évoquer le tableau de Delacroix, « La liberté guidant le peuple » car la mannequin choisie est dans une posture assez volontaire, allant de l’avant, conquérante. C’est la posture de cette femme nue chez Delacroix dont le statut lui aussi est très ambiguë. C’est une très belle femme, elle nous montre sa nudité, sa beauté et en même temps elle est celle qui guide le peuple, celle qui incarne la révolte. Dans le tableau de Delacroix, cette femme est devenue une icône au même titre qu’une mannequin de vitrine ou une star devient un stéréotype. Elle se vide de son sens. Finalement, mon image pose toutes les ramifications de la thématique de cette année, ou en tout cas toute l’ambiguïté de cette thématique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les femmes vues par les femmes
Jusqu’au 27 août 2017
Maison Guerlain
68 Avenue des Champs Elysées
75008 Paris

Le Grand musée du Parfum, l’expérience sensorielle au cœur de la capitale

Défi réussi pour ce nouveau musée ouvert en décembre 2016, dédié à la mémoire olfactive dans un superbe hôtel particulier du triangle d’or du Faubourg St Honoré.

Objet immatériel par essence, le parfum ne se laisse pas facilement circonscrire c’est pourquoi le parcours muséal et des dispositifs scéniques novateurs invitent à une immersion sur mesure aussi savante que ludique. « Toucher », « sentir », « expérimenter »le parti prix d’une approche résolument contemporaine conduit à un long voyage des sources sacrées du Nil au laboratoire du parfumeur d’aujourd’hui et de demain à travers 3 temps forts à partir de la Collection olfactive du musée.

Le premier chapitre se concentre sur l’histoire du parfum. Après avoir traversé la galerie des séducteurs célèbres (de Cléopâtre à Catherine de Médicis) nous pénétrons dans le monde antique où la symbolique spirituelle et rituelle est recréée à l’aide d’une ambiance tamisée et contemplative.

Puis au Moyen Age et à la Renaissance évoqués dans le Cabinet de curiosités le parfum se voit doté de vertus curatives et prophylactiques en temps de peste et d’épidémies. Nous abordons ensuite l’âge d’or du parfum français et de Paris à travers l’évocation d’un passage couvert et la reconstitution de la parfumerie Houbigant au Second Empire provenant d’un dépôt du musée Carnavalet.

Deuxième étape à l’étage avec l’accent mis sur l’immersion et la perception sensorielle. Comprendre le circuit d’une odeur, son impact neurologique, le message chimique des odorants, autant de notions fascinantes et uniques à chacun. Jardin des senteurs imaginé comme une promenade joyeuse au pays des souvenirs,jeux olfactifs, « Sofa des confidences », technologie du « Headspace »(reconstitution des odeurs volatiles) l’idée est de tester notre capital olfactif en fonction de notre âge et de notre vécu.

Dernière séquence autour de l’art et l’expertise du parfumeur. L’installation « Blossom » (rosier imaginaire) de la designer Violette Huot invite à ressentir 5 interprétations de la rose par 5 parfumeurs. Puis s’ouvre la magistrale collection de matières premières naturelles ou de synthèse, dans un décor ultra design de gouttes suspendues qui recèlent 25 des ingrédients indispensables à la palette du parfumeur. Mais la mémoire olfactive n’est pas innée et le fruit d’un long apprentissage du créateur, comme cela est évoqué à travers son bureau et son laboratoire. Tel un chef d’orchestre sur son orgue à parfum (transcription contemporaine de haut vol imaginée par l’équipe de designers Jason Bruges Studio), le parfumeur pèse chacun des éléments pour produire un premier essai.

Enfin, Dis-moi comment tu te parfumes et je te dirai qui tu es… chaque coiffeuse entre en résonance avec nos projections, nos envies,notre contexte personnel.

Une expérience totale remarquablement servie par des architectes, designers et artistes avant-gardistes et complétée d’une programmation enrichie et multidisciplinaire dès 2017, également dans les jardins.
Ateliers jeune public, ados et au-delà ! (sur réservation atelier@parfeum.com)

Un Hors les Murs sera proposé en lien avec SNCF Gares& Connexion en février 2017 à la Gare Saint-Lazare, installation itinérante qui se déploiera dans deux autres gares.

Parmi les supports de visite remis gratuitement: un Smartguide multilingue, le livret jeu pour enfants, et le carnet de visite interactif et connecté.

INFOS PRATIQUES :
Grand musée du parfum
73 rue du Faubourg St Honoré,
75008 Paris
Ouvert tous les jours, sauf le lundi.
Tarifs : Adulte 14,50€
Jeune (13 à 17 ans) – Enfant (6 à 12 ans) et Gratuit pour les moins de 6 ans
Forfait Famille : pour 2 adultes et 2 enfants de 6 à 17 ans ou 1 adulte et 3 enfants de 6 à 17 ans inclus 33,00€
http://www.grandmuseeduparfum.fr