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Rencontre avec Alexandra Fain, Directrice de la foire ASIA NOW

ASIA NOW est la foire dédiée à l’art contemporain asiatique en Europe. Alors que l’édition 2017 explorait la scène contemporaine de la Corée du Sud, ASIA NOW met cette année en exergue le dynamisme et la richesse de la jeune scène émergente japonaise. A deux mois de l’ouverture de la cette quatrième édition, nous avons rencontré Alexandra Fain, Directrice de la foire ASIA NOW.

Quel est l’ADN d’ASIA NOW ? En quoi son concept est-il unique ?

L’ADN d’ASIA NOW est également ce qui fait son unicité – son focus sur la scène contemporaine asiatique. Celui-ci découle de ma passion (et celle de plus en plus partagée) pour cette scène méconnue.

En 2010, je me suis rendue avec Ami Barak et Karen Levy (qui l’assistait pour l’organisation d’un parcours contemporain et architectural) à la Shanghai Universal Expo. C’est là que Karen, jeune collectionneuse engagée dans sa collection familiale, la DSL Collection, et co-fondatrice de la plateforme Art of this Century, m’a présenté de nombreux artistes basés à Shanghai, notamment à travers des visites de studios. En compagnie d’Ami Barak et de mon père, Claude Fain, j’ai immédiatement ressenti la nécessité de partager cette impulsion artistique venue d’Asie.

En septembre 2014, nous avons fondé ASIA NOW, afin de faire résonner la scène artistique contemporaine asiatique en Europe, une scène qui à ce jour continue d’être considérée comme « niche ». Nous avons présenté notre premier projet à l’occasion de la Biennale de Venise en 2015 au Palazzo Strozzi – une installation in situ de Zheng Guogu et du collectif Yangjiang Group, « The Writing of Today are a Promise for Tomorrow, » sous le commissariat de Martina Köppel-Yang.

J’ai ensuite organisé la première édition d’ASIA NOW à l’Espace Pierre Cardin en octobre 2015, qui réunissait 18 galeries sélectionnés par Ami Barak. Affirmant dès ses débuts son statut de « boutique art fair » à échelle humaine et son parcours fluide d’une salle à l’autre – chaque salle étant investie par une sélection de galeries présentant leurs projets respectifs, ASIA NOW s’engage à tisser des liens entre collectionneurs, commissaires d’expositions, galeries asiatiques et occidentales, et artistes. En tant que collectionneuse et passionnée du « video art », je cherche non seulement à initier les collectionneurs de la scène artistique asiatique, mais aussi à surprendre et satisfaire ceux qui connaissent déjà et collectionnent ces artistes en proposant une sélection de qualité à la fois de galeries, artistes et œuvres.

Ainsi, ASIA NOW se fait à la fois témoin et acteur du développement de cette scène à l’international.

Qu’est ce qui a fait le succès selon vous de la plus parisienne des foires asiatiques ?

ASIA NOW dispose d’une identité unique et désormais ancrée dans le paysage de l’art contemporain à Paris et dans le monde – celle de première foire en Europe consacrée à l’art contemporain asiatique. Nous avons maintenu et développé nos objectifs établis en 2015 – nous poursuivons notre exploration de la scène artistique asiatique contemporaine, nous cherchons toujours à en dévoiler les talents émergents et à les soutenir – aussi bien les artistes et les galeries.

Nous avons un rôle d’intermédiaire entre scènes artistiques asiatiques et européennes, et plus globalement occidentales, leurs univers et marchés respectifs.

Comme le démontre notre programmation, et à l’encontre d’autres foires plus commerciales, ASIA NOW a pour objectif de non seulement exposer cette scène aux collectionneurs et professionnels du marché de l’art, mais également de sensibiliser le monde professionnel et institutionnel ainsi que le grand public. Ainsi la foire assure cette dimension didactique et académique.

Nous cherchons à impliquer et tisser des liens entre institutions et acteurs privés qui représentent cette scène en plein essor – experts de l’art contemporain chinois tels que Thomas Berghuis, collectionneurs de premier plan tels qu’Uli Sigg, artistes emblématiques (Kyungah Ham l’an passé notamment), galeries émergentes et établies, marques et autres entités à la frontière entre le commercial et l’artistique, très représentatives de notre époque.

Ainsi, les intervenants de la foire, en y participant, œuvrent à ce développement global de la scène – en influant ainsi sur ses dynamiques et y nourrissant leur processus même de création, pour ce qui concerne les artistes qui performent dans le cadre de la foire ou y produisent des œuvres in situ.

De par son format intimiste, dans un hôtel particulier haussmannien qui lui donne cette nature profondément parisienne, la foire se déroule comme une balade, une découverte ouverte et accessible à tous.

Quelles sont les nouveautés de cette 4ème édition ?

Tout comme les éditions précédentes, cette 4ème édition conserve son format clé, tout en le déclinant sous une forme nouvelle :

  • Sa plateforme dédiée à une scène particulière. L’an passé consacrée à la Corée du Sud, elle se tourne cette fois-ci vers le Japon. La Plateforme Japonaise sera en effet consacrée à la scène contemporaine japonaise, à travers les propositions d’une dizaine de galeries venues du Japon.
  • Ses projets spéciaux. La programmation est en cours de finalisation, mais nous présentons cette année une variété de projets spéciaux, dont une « preview » de l’exposition « Roppongi Crossing 2019 » au Mori Art Museum de Tokyo, et une installation in situ de Makoto Aida.
  • Son cycle de conférences et de projections. ASIA NOW accueille chaque année une sélection rigoureuse et pointue d’ acteurs de la scène artistique asiatique. Cette année, la foire compte parmi les participants Catherine David, du Centre Pompidou ; Hou Hanru, du MAXXI à Rome ; Akiko Miki, du Benessee Art Site à Naoshima ; ou encore Clélia Zernik, de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.

Ces conversations se feront en parallèle d’un cycle de projections de vidéos, dont la sélection de vidéos d’artistes curatée par CoBo Social, mais aussi le documentaire « Wind and Water » sur l’artiste Zheng Guogu ou encore « A New Energy in Chinese Art: Zhao Zhao (Stockholm & Beijing) » consacrée à l’artiste Zhao Zhao, entre autres.

  • Son Design Project, en cours de finalisation.

Quelle est la typologie du public et ses attentes ?

ASIA NOW attire à la fois collectionneurs internationaux de renom et connaisseurs de ces scènes, représentants d’institutions et jeunes collectionneurs désireux de découvrir le travail des artistes exposés. Tous, me paraît-il, partagent un intérêt commun pour la sélection rigoureuse menée par ces galeries très réputées à l’échelle locale, pionnières de la région et dont la proposition est validée par nos experts.

Nous avons identifié trois groupes principaux de collectionneurs acheteurs d’art asiatique. Tout d’abord, les collectionneurs asiatiques qui collectionnent des œuvres d’art aussi bien occidental qu’asiatique et qui considèrent ASIA NOW comme une plateforme d’échelle plus petite et adaptée offrant uniquement le meilleur des scènes asiatiques. Les collectionneurs asiatiques qui se rendent à la foire ont entre 25 et 45 ans ; ils sont à la tête de collections de premier rang et possèdent parfois leurs propres musées privés.

Dans un second temps, nous constatons la présence de collectionneurs européens dans leur cinquantaine qui collectionnent déjà abondamment l’art asiatique – dirigeants de collections et fondations de forte renommée. En se rendant à la foire, ils recherchent des nouveaux artistes à fort potentiel aussi bien que les nouvelles œuvres et propositions d’artistes déjà reconnus et plus établis. Ils collectionnent déjà les travaux de ces artistes reconnus et sont en quête de découverte.

Enfin, ASIA NOW attire des collectionneurs européens âgés de 30 à 60 ans qui commencent à prendre en compte les travaux d’artistes asiatiques afin de les intégrer à leur répertoire et diversifier leurs collections. Leurs intérêts sont multiples, et souvent tournés vers les classiques, tels que les artistes minimalistes coréens, la scène contemporaine chinoise, ou encore la scène philippine. Ils souhaitent se voir guider au sein d’une sélection des meilleurs artistes de cette nouvelle génération en Asie, qu’il s’agisse d’étoiles montantes ou déjà ancrées.

En tant que scène artistique plus restreinte, ou encore « niche », l’art contemporain asiatique attire les collectionneurs souhaitant découvrir de nouvelles scènes, de nouveaux artistes, et soutenir les nouveaux potentiels. Uli Sigg, qui participait à la programmation de la foire l’an passé, est un exemple représentatif de ces collectionneurs pointus. Au moment de l’ouverture économique de la Chine post-Mao, il a joué un rôle majeur dans la renaissance de la scène culturelle et artistique chinoise à l’échelle mondiale. A travers une recherche rigoureuse et de nombreuses rencontres, il a constitué l’une des plus importantes collections d’art contemporain chinois qu’il continue d’enrichir aujourd’hui. Il joue encore aujourd’hui une part active dans la création d’un pont entre cultures occidentale et asiatique. Ainsi, le rôle du collectionneur s’étend, de celui d’acheteur d’art asiatique à celui d’actif participant dans le développement de cette scène, notamment à travers ses liens avec des artistes tels qu’Ai Weiwei, Cao Fei, Fang Lijun, et bien d’autres. A ce titre, il a récemment fait don d’une grande partie de sa collection à M+, musée qui devrait ouvrir ses portes à Hong Kong en 2019.

Quel(s) déploiement(s) envisagez-vous ?

Bien que nous ne soyons pas dans une perspective d’augmentation de galeries participants à la foire, nous espérons pouvoir nous étendre dans l’espace tout en maintenant le cadre intimiste qui nous est si cher. Cela permettra à chaque galerie de se déployer dans l’espace et d’offrir aux participants un lieu idéal pour exposer leurs projets et sélection d’artistes respectifs.

C’est notamment ce que nous avons réussi à entreprendre cette année ; en effet, la Plateforme Japonaise dispose de son propre espace supplémentaire de 150 m2 au sein de la foire, une grande avancée pour nous et dont nous nous réjouissons, qui permet véritablement de mettre en lumière cette scène en particulier en parallèle aux autres propositions de la foire.

Enfin, nous œuvrons chaque année à enrichir notre programmation de projections, conférences et conversations, projets spéciaux, programme hors-les-murs et partenariats, afin de renforcer notre dimension d’acteur dans le développement dans la connaissance et la recherche autour de la scène asiatique.

Par ailleurs, un projet et grande ambition est d’exporter la foire à l’international dans les années à venir, notamment à Londres.

INFORMATIONS PRATIQUES

Asia Now 2018

François Prost et le visage de l’urbanisme

La galerie Superette accueille jusqu’au 16 novembre la première exposition personnelle du photographe lyonnais François Prost. « Photo Stories » rassemble les quatre dernières séries photographiques de l’artiste réalisées entre 2013 et 2017. Toutes ont un point commun : le point de vue très frontale. Que ce soit les façades de discothèques, celles des immeubles de banlieue parisienne ou encore les portraits de touristes et son sujet sur Tianducheng, la ville réplique de Paris : François Prost portraiture l’urbanisme de manière presque compulsive.

La série After Party présente des façades de discothèques françaises, photographiées à la lumière du jour. Ces boites de nuit, encore en activité, se montrent alors sous un autre visage : néons et autres attributs sulfureux propres à l’ambiance nocturne laissent place à une réalité plus standard et moins pailletée. Elles se présentent alors comme des bâtiments relativement neutres en zones périurbaines ou rurales, au milieu de secteurs industriels
ou de champs de betteraves. Telle Cendrillon retournant à la réalité, ces lieux de fêtes, fantasmés par bon nombre d’adolescents, deviennent alors des coquilles vides. Non sans humour, et avec une pointe de nostalgie, la série se veut également rendre hommage aux débordements décoratifs et aux codes visuels véhiculés par ces établissements. Les premières images de la série ont été prises en 2011. On en compte aujourd’hui plus de 200, issus des 4 coins de la France.

La série Faubourg présente des façades d’immeubles d’Ile-de-France issues de zones dites sensibles.
Ces bâtiments, érigés dans les années 60 à l’époque des grands ensembles ont été construits pour augmenter le parc de logement et apporter aux classes moyennes et populaires tout le confort moderne d’alors.
Leur situation d’aujourd’hui semblent bien loin des espérances de l’époque, et les pouvoirs publics en arrivent même à détruire certains bâtiments du fait de leur insalubrité et de la misère sociale drainée au fur et à mesure des années.
À l’heure du Grand Paris et de la transformation urbaine qui en découle, ces quartiers viennent cristalliser les enjeux de cette réorganisation sociale et territoriale, comment éviter les phénomène de ghettoïsation ? Comment re-mélanger les populations ? Et en cas de besoin, comment et ou reloger les habitants de ces quartiers?
Au-delà de la réputation quelques peu sulfureuses adossées à certain de ces quartiers, ces immeubles sont montrés ici de façon neutre, déconnectés de leur contexte environnemental et social.

Les Champs-Elysées figurent parmi les lieux touristiques les plus visités au monde et sont un symbole fort de l’identité parisienne. Pourtant, lorsque l’on y regarde de plus près, cette avenue semble davantage incarner une culture globalisée qu’une culture locale. On y trouve les mêmes chaînes de fast-food, enseignes de fast-fashion, échoppes à touristes, boutiques de luxe, sièges de multinationales, ou cinémas à blockbuster que n’importe où dans le monde. L’avenue attire quelques 300000 touristes par jour. Des centaines de bus les déposent chaque jour de l’année en haut de l’avenue. La plupart s’arrête quelques dizaines de minutes sur le rond point de l’Étoile et déversent leurs centaines de touristes qui viennent prendre quelques photos de l’Arc de Triomphe.
Fasciné par ce rituel, François décide d’immortaliser ces visiteurs à la manière d’un paparazzi : avec flash et sans pudeur. Les touristes sont ainsi starifiés, pris au vif par le flash avant même d’avoir mis un pied à terre.

C’est en 2007 que Tianducheng voit le jour en grande banlieue de la ville d’Hangzhou (7 millions d’habitants, située à 200km de Shanghai). Elle figure aujourd’hui comme la plus grande et la plus impressionnante réplique de Paris. Elle se compose notamment d’une Tour Eiffel de 100 m de haut, d’un quartier haussmannien de 31 km2 et d’un parc largement inspiré des jardins de Versailles. Connu en Chine comme un décor parfait pour les photographies de mariage, elle compte 30000 habitants, issus de la classe moyenne, vivant au milieu de sculptures et de fontaines d’imitation renaissance comme ils vivraient n’importe où ailleurs en Chine. Sous forme d’une étude comparative entre Paris et Tianducheng, la série Paris Syndrome explore les similitudes à la fois drôles et perturbantes entre la ville modèle et sa réplique chinoise.

INFORMATIONS PRATIQUES
Photo Stories
François Prost
Superette Gallery
104 rue du Fbg Poissonière
75010 Paris
contact@superette.tv
www.superette.tv
Ouvert du lundi au vendredi de 10h00 à 19h00

Marta Gili quitte la direction du Jeu de Paume

Après la Maison Européenne de la Photographie et la Fondation Henri Cartier-Bresson, c’est au tour du Jeu de Paume de changer de direction. En effet, l’annonce officielle du départ de Marta Gili a été communiquée hier soir : après douze ans à la tête du Jeu de Paume, elle a souhaité mettre fin à ses missions de directrice.

Ce sont 180 expositions monographiques et thématiques, dans le domaine de la photographie historique et contemporaine, ainsi que de la vidéo et de la création en ligne qui ont été présentées sous sa direction en 2006.

Comme le précise le communiqué : « De nombreux projets dédiés à la création contemporaine l’attendent en Espagne, à Barcelone notamment. Elle quittera ses fonctions mardi 16 octobre 2018, après l’ouverture des expositions « Dorothea Lange », « Ana Mendieta » et « Alejandro Cesarco ». »

EN CE MOMENT AU JEU DE PAUME

Gordon Matta-Clark : Anarchitecte

Bouchra Khalili : Blackboard

Daphné Le Sergent. Géopolitique de l’oubli Satellite 11 : une programmation d’Agnès Violeau

PROCHAINEMENT

Dorothea Lange : Politiques du visible

Ana Mendieta : Le temps et l’histoire me recouvrent

Alejandro Cesarco. Apprendre la langue (présent continu I) Satellite 11 : une programmation d’Agnès Violeau

La Réouverture de la Fondation Henri Cartier-Bresson dans le marais, prévue pour cet automne

Inaugurée en 2003, la Fondation Henri Cartier-Bresson était située dans le 14ème arrondissement de Paris. Chaque année, nous pouvions découvrir trois grandes expositions consacrées à des grands noms de la photographie. A partir de cet automne, le 9 novembre 2018, la Fondation nous accueillera en plein cœur du Marais au 79 rue des Archives. Cet espace, plus central et plus facilement accessible, permettra notamment de meilleures conditions de conservation des collections.

Un nouveau lieu et une nouvelle direction, puisque c’est François Hébel, l’ancien directeur des Rencontres d’Arles, qui succèdera à Agnès Sire, co-fondatrice et directrice artistique de la Fondation. Elle restera toujours membre de l’équipe de la fondation.

Aménagé par les architectes de l’agence Novo, ce nouvel espace offre un linéaire d’exposition d’abord doublé puis triplé dans un avenir proche. Plus souple et de plain-pied avec la rue, ce nouvel l’espace inscrit la Fondation Henri Cartier-Bresson dans la densification culturelle du Marais et lui permet d’accroître la portée de ses missions pour un public plus nombreux.

Pour l’inauguration de son nouveau lieu, la Fondation inaugurera son nouvel espace avec une rétrospective consacrée à Martine Franck, fidèle épouse d’Henri Cartier-Bresson, disparue il y a 6 ans…
Martine Franck revendiquait la célébration de la vie, une joie profonde devant l’humanité tout en luttant contre l’exclusion avec toute l’empathie qu’elle savait déployer. Photographe engagée, Martine Franck devint militante pour nombre de ces causes qu’elle photographia activement, une sérieuse audace pour la jeune femme à qui l’on avait appris à ne pas franchir les limites.

INFORMATIONS PRATIQUES
• En ce moment à la Fondation /!\ Derniers Jours
Jusqu’au 29 juillet 2018
Robert Adams : Our Lives and Our Children
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis
75014, Paris
• A venir : Inauguration de la Fondation
Martine Franck
Du 6 novembre 2018 au 10 février 2019
Fondation Henri Cartier-Bresson
79 rue des Archives
75003, Paris
http://www.henricartierbresson.org

La Maison Guerlain et la Photographie fêtent leurs 190 ans

On avait déjà pu apprécier, l’été dernier, l’écrin si singulier que la maison Guerlain offrait à la photographie pour le plus grand bonheur des visiteurs venus du monde entier déambulant sur la célèbre avenue. Elle proposait, dans la boutique des Champs Elysées une sélection d’oeuvres issues des collection de la Maison Européenne de la Photographie choisies par le personnel féminin de la marque.

Pour fêter ses 190 ans, Guerlain invite de nouveau le médium en ses murs.

Autour de 8 parfums phares, huit photographes ont réinterprété les fragrances et composé leur oeuvres en s’inspirant des pratiques et techniques contemporaines des icônes de la Maison.
Ainsi, Joan Foncuberta s’improvise enquêteur et propose une rencontre inédite entre Daguerre et Pierre-François-Pascal Guerlain, fondateur de la maison quand Vasantha Yogananthan inspiré par Shalimar s’inspire des tirages peints des années 20.
Dans le bel escalier qui mène au salon, c’est un grand portrait de Delphine Diallo qui invite à se laisser transporter dans l’univers de la maison de parfum tout autant que dans celui des artistes.

Car c’est bien un voyage que Guerlain vous propose: un voyage à travers le temps et l’évolution des techniques, à travers les différents pays qui ont inspiré les parfum de la Maison.

INFORMATIONS PRATIQUES
CXC
Echos contemporains
La Maison Guerlain et la Photographie fêtent leurs 190 ans
Jusqu’au 26 août 2018
Maison Guerlain
68, avenue des Champs-Élysées
75008 Paris
https://www.guerlain.com/fr/fr-fr/maison-guerlain

Jardin des délices de Laure Prouvost au Palais de Tokyo

Folie, délire maniacal – ces mots le mieux décrivent l’atmosphère des vidéos de Laure Prouvost, où les scènes orgiastiques et surréalistes changent à un rythme effréné: sons de frictions des corps, murmures infernaux, sol transpirant, callosités sanglantes qui explosent, poisson agonisant avec une framboise dans sa bouche.

Historiquement, Prouvost s’inscrit dans une longue tradition d’intellectuels et créateurs, se nourrissant des hallucinations: L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari, Les Cantos d’Ezra Pound, Le Festin nu de Burroughs, Sodomites de Gaspar Noé, Antichrist de Lars von Trier, sans aller plus loin vers les Hymnes homériques ou les écrits de St. Thérèse d’Avila. Parmi ses représentants, c’est avec Jérôme Bosch, que Prouvost a le lien le plus profond. Tous les deux appartiennent au type d’outsider reconnu : l’artiste, travaillant en dehors des courants stylistiques et problèmes faisant l’actualité de son époque, et en même temps baigné dans les rayons de la gloire.
Les œuvres de Bosch furent accrochées dans les palais princiers et cathédrales de la Flandre, celles de Prouvost s’exposent à la Tate Modern, au Palais de Tokyo et, bientôt, à la biennale de Venise. Bosch et Prouvost partagent pas mal de motifs communs: abondance de labyrinthes, scènes d’allaitement, castration et copulation, placement des animaux en dehors de leur milieu naturel, amour aux insectes et arthropodes. Or, c’est non seulement l’imaginaire ou la position institutionnelle, mais aussi la vision intuitive du monde, «le glamour apocalyptique de la vie condensée», comme Prouvost elle-même définit le genre de ses créations, qui la réunit avec Bosch. La nature, en tant que masse unifiée des entités minérales et biologiques, est le sujet commun de leur travail. Elle est animée, cruelle et libidineuse, c’est la nature dans son aspect destructeur, avec l’érotisme violent où le plaisir et la souffrance vont main à la main, la nature pendant ses chaleurs, une bête à mille visages et mille pieds, coulant de sang, lait et sperme, Méduse, qui séduit, affole et massacre. Avec toute la puissance et immédiateté, dont l’audiovisuel contemporain donne à l’artiste, Prouvost réveille les phobies les plus chthoniques de la conscience humaine, en plongeant son public dans une sorte de terror antiquus des tragédies grecques, l’horreur de la vie au monde sous la domination du destin sombre et inhumain, l’horreur de celui qui est soumis aux forces du chaos, sans espoir d’y échapper. Bien chez elle, que chez Bosch dans son Jardin des délices, l’enfer est placé sur la surface de la terre. L’effet artistique des vidéos de Prouvost, telles que «It, Heat, Hit» (2010), «We Will Go Far» (2015), «Lick in the Past» (2016) et surtout «Swallow» (2013), va jusqu’à l’effacement de la frontière entre imaginaire et réel; leur dynamisme et l’impensabilité excèdent l’art lui-même, en nous conduisant vers l’ailleurs métaphysique. Tant plus inquiétant est de voir ses dernières expositions, «Looking At You Looking At Us» à la galerie Nathalie Obadia (2017) et “Ring, Sing and Drink for Trespassing”, actuellement au Palais de Tokyo, où la vidéo, médium dont elle maîtrise le mieux, ne joue pas le rôle principal. Chez Obadia, c’était une série des photos nu, quelques anciennes vidéos, vases aux cactus et sculptures anthropomorphes de tiges de fer, tenant les plaques avec des phrases – incantations, errant d’une œuvre de Prouvost à l’autre. Au Palais, il s’agit d’une installation plus massive à l’esprit de l’arte povera, prenant forme d’un labyrinthe avec quelques secteurs et la fontaine aux tétons géants sur une piazza centrale; les sculptures, deja exposées dans la galerie Obadia, ainsi que les objets de prédilection de Prouvost – rameaux, framboises, légumes, fesses et mamelons, constituent sa carcasse. La fontaine, quand à elle, n’a pas suffisamment de puissance plastique pour servir de point d’articulation d’un espace tellement vaste, l’éclairage si fort tue l’ambience mystique et ténébreuse dont l’œuvre de Prouvost se caractérise, aucune grande vidéo, qui pourrait expier ces faiblesses, n’a pas été créée à cette occasion. Pour la premiere fois dans sa carrière, Prouvost semble se plier devant les conjonctures politiques: à côté d’une veste mouillée, elle écrit, peut-être ironiquement, que c’est le réchauffement climatique qui l’a rendu telle. Le couloir d’entrée dans l’exposition, dominé par des branches sèches, bâtons de fer et pots céramiques, est fort similaire au travail de l’artiste kosovar Petrit Halilaj, exposé à quelques dizaines de mètres; le segment avec les frigidaires et téléviseurs vétustes, reproduit presque mot par mot la fameuse installation «The Toilet» d’Ilya et Emilia Kabakov (1992). Dans l’un des coins de «Ring, Sing and Drink for Trespassing», à côté de l’escalier fragile, tremblant et faisant du bruit lorsque quelqu’un monte ou descend, un verre d’eau est accompagné de l’inscription: «This glass contains water from a place no one’s ever been». Espérons, que Laure Prouvost pourra y aller un jour encore une fois.

INFORMATIONS PRATIQUES
Laure Prouvost
Ring, Sing and Drink for Trespassing
Du 22 juin au 9 septembre 2018
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson
75116 Paris
http://www.palaisdetokyo.com

Une visite privée de l’exposition de Willy Ronis par Gérard Uféras le 17 juillet !

Mowwgli et CultureSecrets vous proposent de découvrir la sublime exposition consacrée à Willy Ronis lors d’une visite privée privilégiée en compagnie de Gérard Uféras qui aura lieu au Pavillon Carré de Baudoin le mardi 17 juillet à 19 heures. La visite sera suivie d’un cocktail sur la terrasse du Pavillon. Vous souhaitez faire partie des 8 invités ? Envoyez-nous un mail à info@mowwgli.com avec vos nom et prénom. Les premiers arrivés, seront les premiers servis.

À l’occasion de la rétrospective Willy Ronis au Pavillon Carré de Baudouin, coorganisé par la Mairie du 20e et la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, CultureSecrets vous invite à (re)découvrir ce monument de la photographie lors d’une visite privée, en compagnie de Gérard Uferas, l’un des commissaires de l’exposition, ami intime de l’artiste et lui-même photographe réputé.

Des faubourgs parisiens aux villes de province, des ouvriers aux simples passants, l’oeuvre de Willy Ronis traverse le quotidien des Français du XXe siècle. C’est dans celui que s’exprime le mieux le talent de l’artiste pour capter l’essentiel de la vie de ceux qu’il photographie.

Quelques années avant sa disparition, Willy Ronis revient sur son immense production pour ne garder que l’essentiel, qu’il regroupe en six albums, avant d’en faire don à l’État en 1983. Véritable testament photographique, l’exposition nous plonge au coeur de l’univers de l’artiste.

CultureSecrets
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> https://www.culturesecrets.com

INFORMATIONS PRATIQUES
« Willy Ronis par Willy Ronis » par Gérard Uféras
Visite privée + Cocktail
Le mardi 17 juillet à 19h
Pavillon Carré de Baudoin
119 Rue de Ménilmontant
75020 Paris

A LIRE
Willy Ronis par Willy Ronis au Pavillon Carré de Baudouin

Carte blanche de Philippe et Marion Jacquier : « l’Envol » à la Maison Rouge

Pour leur deuxième carte blanche, nos invités de la semaine Philippe et Marion Jacquier, de la galerie Lumière des Roses, nous parlent d’une exposition coup de cœur qui est actuellement visible à la Maison Rouge. Une exposition qui a d’autant plus de sens, puisqu’il s’agit de la dernière avant la fermeture de la Fondation d’Antoine de Galbert.

Notre dernier coup de cœur est l’exposition « l’Envol » à la Maison Rouge.
L’exposition reflète bien l’esprit des quatre commissaires (Antoine de Galber, Aline Vidal, Barbara Safarova et Bruno Decharme) et du lieu depuis sa création. Tous les arts (installations, vidéo, sculpture, photographie, art brut, etc…) s’y côtoient dans une grand liberté, ce qui est jouissif !

INFORMATIONS PRATIQUES
L’envol
ou le rêve de voler
Jusqu’au 28 octobre 2018
La Maison Rouge
10 Boulevard de la Bastille
75012 Paris
Tarifs : Plein tarif : 10 euros / Tarif réduit : 7 euros
http://lamaisonrouge.org/

Chez Doctor B
Lucile Littot sur un Air de Wagner

L’excentricité et le sens commun, la modestie et l’érotisme, l’humour sauvagement morbide et la compassion trouvent dans l’œuvre de Lucile Littot leur point de convergence. «Sur Un Air de Wagner», exposition personnelle de l’artiste dans la New Galerie, s’articule autour de Doctor B, son alter-ego fictionnel.

Fruit de la culture pop hollywoodienne, dont les discours politiques de Meryl Streep et Natalie Portman font la partie aussi inséparable que les implants mammaires de Pamela Anderson et le bronzage de Paris Hilton, Doctor B est une chirurgienne plastique de Los Angeles, réunissant les caractères des personnages du cinéma américain et ceux de la comtesse Élisabeth Báthory, fameuse cannibale hongroise du 16eme siècle. Une dizaine de tableaux et statuettes céramiques à l’esprit de l’art brut y interprètent le même sujet: une femme allongée sur le dos, jambes écartées, bouche et parties intimes ensanglantées, mains tendues, sourire fou et yeux exorbités, rappelant la déesse hindoue Kali. Quelques autres – chandeliers, plateaux et vases rococo – témoignent des festins carnivores de la comtesse. Une paire de pantoufles blanches sales d’hôtel apporte son contribution à l’ambiance fétichiste de «Sur Un Air de Wagner». Or, c’est la vidéo de publicité de Doctor B, diffusée depuis un petit écran au milieu d’une iconostase dorée, qui est son œuvre centrale. Au bord de la piscine, entourée de servantes et clients – jeunes filles et travestis à moitié nus, Doctor B loue avec l’accent italiano-hongrois (un petit hommage à Dalida et Cicciolina) les vertus de l’usage du sang des vierges dans la chirurgie plastique. Les visages de ses acolytes sont couverts de sang, lui, elle boit une coupe de la même substance. Littot ressent envers son héroïne un sentiment ambigu: fascinée, un peu naïvement, par son mode de vie hédoniste et son indubitable beauté physique, elle se rend néanmoins compte de sa nature profondément pathologique et même, comme en témoigne la référence au compositeur allemand, fasciste. La critique envers la culture de masse, autant ancienne, que juste, est rarement faite d’une manière si pétillante et non-didactique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Lucile Littot sur un Air de Wagner
Du 20 juin au 21 juillet 2018
New Galerie

2 rue Borda
75003 Paris
http://www.newgalerie.com

 

Notre invité de la semaine est Daniel Templon

Daniel Templon, autodidacte alors âgé de 21 ans, fonde sa galerie en 1966, rue Bonaparte dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. D’abord ouverte sous le nom de Cimaise-Bonaparte dans la cave d’un antiquaire, la galerie déménage rapidement à l’étage, avant de déménager en 1972 dans le Marais, rue Beaubourg, à quelques mètres du futur Centre Pompidou. La galerie est ainsi la première à s’installer dans le quartier Marais-Beaubourg, devenu depuis le quartier de prédilection de l’art contemporain à Paris.

La galerie se fait d’abord fait connaître par son programme autour de l’art conceptuel et minimal : Martin Barré, Christian Boltanski, Donald Judd, Joseph Kosuth, Richard Serra. Dès les années 70, la galerie fait découvrir au public français les grands noms de l’art américain : Dan Flavin, Ellsworth Kelly, Willem de Kooning, Frank Stella, Andy Warhol. Elle s’impose rapidement comme une des galeries de référence dans la promotion de l’art contemporain en France.

En 1972, Daniel Templon lance avec Catherine Millet le magazine Art Press.

Nombreux sont les artistes, entrés aujourd’hui dans l’histoire, qui ont exposé sur les cimaises de la galerie. Dans l’ ordre chronologique : Martin Barré, Arman, César, Christian Boltanski, Ben, Joseph Kosuth, Art & Language, Carl Andre, Dan Flavin, Sol LeWitt, Donal Judd, Ellsworth Kelly, Kenneth Noland, Robert Morris, Jules Olitski, Frank Stella, Olivier Mosset, Richard Serra, Andy Warhol, Willem de Kooning, Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg, Robert Rauschenberg, James Rosenquist, Tom Wesselmann, Julian Schnabel, Karel Appel, Sandro Chia, Francesco Clemente, Helmut Newton, Jean-Michel Alberola, Jörg Immendorff, Lawrence Weiner, Daniel Buren, Robert Mapplethorpe, Jean-Michel Basquiat, David Salle, Joel Shapiro, Keith Haring, Peter Halley, Robert Longo, Jasper Johns, Paul Rebeyrolle, George Condo, Georg Baselitz, Eric Fischl, Raymond Hains, Alain Jacquet, Guillermo Kuitca, Vik Muniz, Malcolm Morley, Jaume Plensa, Jake and Dinos Chapman, Claude Viallat, Daniel Dezeuze, Jim Dine, Jan Fabre, Richard Long, Tunga, Jean-Marc Bustamante, Gérard Garouste, Mike Kelley, Gregory Crewdson, William Eggleston, Ed Ruscha, Hiroshi Sugimoto, Yayoi Kusama, Anthony Caro, Richard Deacon, Larry Bell, James Casebere, Juliao Sarmento, Chiharu Shiota, Kehinde Wiley, Yue Minjun, David LaChapelle, Pierre et Gilles, George Segal.

Le parcours de Daniel Templon a fait l’objet d’un ouvrage de l’historienne Julie Verlaine « Daniel Templon : une histoire d’art contemporain » paru chez Flammarion en 2016, l’année des 50 ans de la galerie. Depuis son ouverture, la galerie a conservé une identité unique caractérisée par l’indépendance et l’ouverture d’esprit de son fondateur. Daniel Templon, fait aujourd’hui figure de référence, tout en poursuivant inlassablement de nouvelles aventures. Fidèle à son engagement auprès des artistes et à sa curiosité, la Galerie Templon est heureuse de s’appuyer sur une histoire remarquable pour développer des ambitions toujours renouvelées.

Aujourd’hui la galerie représente une trentaine d’artistes internationaux. Son programme cherche à promouvoir un dialogue entre différentes générations : artistes établis de l’art contemporain « classique », artistes internationaux de milieu de carrière, et expériences de jeunes artistes.

Elle développe son programme sur trois espaces d’exposition : deux à Paris (30 rue Beaubourg et le récemment inauguré 28 rue du Grenier Saint Lazare) et une galerie à Bruxelles ouverte en 2013. Elle participe aux plus grandes foires internationales, dont la FIAC depuis 1974 et ART BASEL depuis 1978.

Le portrait chinois de Daniel Templon

Si j’étais une œuvre d’art : Des Capétiens partout de Georges Mathieu, première œuvre que j’ai vue au musée
Si j’étais un musée ou une galerie : Scuola Grande de San Rocco à Venise
Si j’étais un artiste: Francis Bacon
Si j’étais un livre : Un amour de Swann, Marcel Proust
Si j’étais un film : Les enfants du Paradis, Marcel Carné
Si j’étais un morceau de musique : La Symphonie des Alpes, Richard Strauss
Si j’étais une photo accrochée sur un mur : un Grand Nu de Helmut Newton
Si j’étais une citation : « Le style c’est l’homme même », citation de Buffon en exergue des Écrits (1966) de Jacques Lacan
Si j’étais un sentiment : la fidélité
Si j’étais un objet : un vase Ming
Si j’étais une expo : La rétrospective Balthus
Si j’étais un lieu d’inspiration : le Festspielhaus de Bayreuth
Si j’étais un breuvage : un vin rouge, le Château Haut-Brion
Si j’étais un héros : Jean-Sébastien Bach
Si j’étais un vêtement : une chemise d’Issey Miyake

Carte blanche de notre invité :

> Carte blanche photographique à Daniel Templon (mardi 26 juin 2018)
> Carte blanche à Daniel Templon : Jan Fabre (mercredi 27 juin 2018)
> Carte blanche musicale à Daniel Templon (jeudi 28 juin 2018)
> La Playlist de Daniel Templon (vendredi 29 juin 2018)