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6ème Saison Photographique de l’abbaye royale de l’Épau

La sixième édition de la Saison Photo de l’Abbaye royale de l’Épau rassemble 11 photographes répartis au cœur et autour de l’Abbaye. L’événement se déroule en deux temps : huit premières expositions sont installées depuis le 19 mai et seront visibles jusqu’au 4 novembre, suivies de l’installation de trois nouvelles expositions présentées du 23 juin au 16 septembre.

La photographie contemporaine aux portes de la ville du Mans

Cette année, c’est tout un voyage que nous propose la manifestation. On débute cette expédition avec les photographies de Thomas Pesquet, cet astronaute français qui avait partagé ses images spectaculaires sur les réseaux sociaux tout au long de sa dernière mission. Une exposition qui nous offre un nouveau regard sur notre planète. Nous passons ensuite au travail documentaire du photographe franco-polonais Tim Franco, sur Chongqing, l’une des plus grandes villes de Chine. Il a tiré le portrait de cette mégapole aux 30 millions d’habitants, qui a connu un développement et une croissance d’une rapidité sans précédent.

Dans la bergerie de l’Abbaye, Guy Le Querrec nous offre un retour dans l’univers du jazz des années 50. La musique a laissé une empreinte marquante dans le regard du photographe qui semble composer ses photographies comme des morceaux de musique. Le coréen Daesung Lee souhaite, au travers de deux de ses projets photographiques, nous faire prendre conscience des effets désastreux du réchauffement climatique. Il s’est rendu sur l’île de Ghoramara tout d’abord, pour témoigner d’une situation critique : avec l’élévation du niveau de la mer, cette petite île de l’Ouest du Delta du Bengale disparaît peu à peu. Dans 20 ans, le gouvernement prévoit l’abandon de l’île et l’évacuation de ses habitants. Il est ensuite parti en Mongolie, où la vie devient de plus en plus difficile à cause de la désertification, les lacs et rivières disparaissant, les peuples nomades sont en danger.

Direction Haïti avec Corentin Fohlen, qui est tombé amoureux de cette île des caraïbes, découverte lors du tremblement de terre de 2010. Il s’est depuis, rendu de nombreuses fois à Haïti, pour explorer le pays en profondeur…On poursuit avec l’exposition « No Pasara » de la photographe franco-marocaine Leila Alaoui décédée en janvier 2016 lors de l’attentat perpétré à Ouagadougou. On découvre ici son tout premier projet, réalisé en 2008. Elle a voyagé de Beni Mellal jusqu’à Nador et Tanger pour suivre la jeunesse au regard portant de l’autre côté de la Méditerranée imaginant un avenir meilleur…

Enfin, on retrouve trois expositions sur l’univers de la danse qui se croisent et se répondent. On retrouve avec plaisir le travail de Gérard Uféras sur les coulisses des ballets de Paris et Moscou. Autre univers, autre ambiance avec la série de Fredrik Lerneryd. Le photographe suédois a suivi les jeunes écolières kenyannes passionnées de danse classique. Clément Szczuczynski, de son côté a été missionné par le département de la Sarthe pour suivre les compagnies chorégraphiques.

Si lors de vos pérégrinations estivales vous passez dans le département, voici une belle occasion de découvrir cette ancienne abbaye cistercienne datant du XIIIème siècle tout en suivant ce parcours d’expositions photographiques !
La Saison de la Photo s’étend hors les murs, avec des expositions présentée au Prieuré de Vivoin, à l’Hôtel du Département et à la gare du Mans.

INFORMATIONS PRATIQUES
6ème Saison Photo
L’Abbaye Royale de l’Épau
Route de Changé
72530, Yvré-l’Évêque
https://epau.sarthe.fr/saison-photo-de-labbaye-royale-de-lepau

Résultats de la Résidence des Rencontres de la jeune photographie internationale – Niort

Les jeunes photographes sélectionnés cette année sont entrés en résidence à la fin du mois de mars. Accompagnés par la conseillère artistique, Corinne Mercadier, les artistes ont travaillé sur un projet artistique personnel 15 jours durant… Depuis le 7 mars, les visiteurs ont pu découvrir les travaux qui avaient été présentés au jury et depuis le week-end dernier, ce sont les nouvelles images réalisées à Niort, lors de la résidence, qui sont visibles par le public.

Une vraie course contre la montre pour ces jeunes auteurs. Réaliser en 15 jours, une série, ou l’ébauche d’une série photographique, en faire un editing cohérent, réaliser les tirages avec l’équipe technique et mettre en place une scénographie pour l’exposition qui se tient à l’hôtel de ville de Niort relève presque de l’exploit !

Aujourd’hui, nous vous dévoilons deux images réalisées par les photographes résidants de cette édition 2018 et les vues des espaces d’exposition accompagnées de leur projet.

Manon Lanjouère – L’attrait de la lumière

Exposition In Situ de Manon Lanjouère, Niort 2018 © Didier Goudal

Aujourd’hui en résidence artistique à la Villa Pérochon, je décide lors de ces deux semaines de travailler sur la lumière, notion immatérielle, quasi impossible à représenter. Celle qui est à l’origine de notre pratique artistique, l’agent permettant la réalisation de photographies, sera alors le sujet même de mon projet.
Après plusieurs jours de recherches et conseillée par Jean-Luc, j’approfondis ma démarche en allant voir les objets scientifiques de la collection du musée d’Agesci. J’y découvre des microscopes composés, des prismes de Newton et autres objets hybrides. La suite de ma visite me conduit à la bibliothèque scientifique du musée. Après une prise de rendez-vous avec la conservatrice, j’ai pu accéder à la collection d’écrits et y découvre que cinquante années plus tôt, un jeune physicien s’installa à Niort pour étudier la lumière. Je mène l’enquête et pars à la recherche de ce savant dans l’espoir de pouvoir le rencontrer.
Déçue d’apprendre le décès du professeur Mesuras, je fus néanmoins capable de trouver son fils, toujours établi à Niort et qui accepta de me raconter l’histoire de son père.
Avec cette série appelée L’Attrait de la lumière, je vous invite à découvrir ce personnage inconnu à travers des documents que sa famille m’a autorisé à utiliser.
Mort prématurément, il n’a jamais pu terminer son ouvrage dont j’ai repris le titre ici, mais son laboratoire ne fut jamais détruit et peut toujours être visible à la périphérie de Niort.

Lisa Gervassi : Atopie

Exposition In Situ de Lisa Gervassi, Niort 2018 © Didier Goudal

Du grec, a- privatif (sans) et topos- (lieu) : sans lieu, ou déplacé, mal placé.
À la fois complice et traîtresse, la peau nous protège autant qu’elle nous révèle.
Surface de possibilités et de mémoire, elle est le système de protection de notre individualité et le principal lieu d’échange avec le monde extérieur.
Cet entre-deux, espace soumis aux influences de forces opposées, voire contradictoires, nous circonscrit et nous permet de répondre à une nécessité vitale : celle de la croyance en l’identité et en la continuité de soi.
Confrontés à la dualité de cette interface (vulnérabilité / protection, plénitude / vide, fusion / séparation, plaisir / souffrance, constance / changement…), nous vivons pourtant à la recherche d’un équilibre, d’un idéal, d’une place à soi.
En suivant la route de la peau à Niort, la rencontre avec une femme, qui a été mon modèle pour cette recherche photographique, et la découverte du vocabulaire propre à l’industrie gantière m’ont amenée à aborder les notions de limites dedans / dehors, mais aussi à explorer la peau comme matériau plastique, comme interface entre le monde intérieur et extérieur, et comme manifestation de leur confrontation.

Negar Yaghmaian : Home from elsewhere

Exposition In Situ de Negar Yaghmaian, Niort 2018 © Didier Goudal

Je suis là. Loin de chez moi. De mon pays. Un endroit partageant peu avec la ville dans laquelle je vis, ma ville natale, Téhéran.
Je commence ma journée en lisant des messages, de courtes conversations avec ma famille et amis, ce qui est toujours très encourageant pour ensuite lire les actualités et avoir une idée sur ce qu’il se passe dans mon pays. Très vite, je me trouve accablée par ce flot de nouvelles inquiétantes.
Déroutée et confuse par tous ces sentiments doux-amers, je vais dehors, explorer cette nouvelle ville, marchant dans les allées, traversant des ponts.
Mes sentiments et pensées se dirigent vers mon pays. Je ne peux pas me détacher entièrement d’où je viens, et de manière inattendue ce qui traverse mon esprit vient se présenter sous mes
yeux.
Maintenant, même de tous petits détails donnent naissance à de nouvelles significations.
L’odeur des morceaux de bois brûlés m’évoque les incendies qui se sont récemment produits dans la forêt au nord de l’Iran. Une miche de pain fait le lien avec une grève de la faim.
Et je pense à ma grand-mère lorsque je rencontre cette vieille femme lors de mes promenades nocturnes, qui me raconte les histoires de sa famille.
Comme si tout ce que j’ai pu voir durant ce séjour était une allusion à ce qui se passe dans mon pays.
Je suis là, regardant ce qui se passe ailleurs et j’alimente mon imagination de ce qui se passe là-bas.

Laura Bonnefous – Les choses

Exposition In Situ de Laura Bonnefous, Niort 2018 © Didier Goudal

Marcher sur la morale. Boire du thé noir enveloppé de rouge et d’or. Transformer son prince en grenouille. Lire Colette. Poursuivre son plan. Et respecter la vérité. Lacer le jaune. Mesurer les choses. Emmêler les pétales. Et enfiler le carreau. Sculpter les légumes. Lancer les souvenirs. Et dénicher à la recyclerie. Et puis lire Proust. Flâner en amoureux. Et s’embarquer. S’équilibrer d’une rose. Dans le sable. S’arrondir d’une confiture. Agrandir la boucle. Prendre un café Plein Sud. Enlacer sa peau. Déclarer sur le papier. D’une fille à sa mère. Et encore lire Perec. Sur les toits orangés. Aligner les livres rouges. Faire voler les violets. Et briller le cristal. Sous l’équilibre végétal. Et l’ombre du blanc. Puis trancher le motif. Et piquer l’iris. Faire scintiller l’anneau. D’un bleu maternel. Sur les genoux. Porté par le bleu. Et passer par la cheminée. En examinant la feuille. Et le jeu d’un enfant. Sans jamais oublier son péché. Des plus chocolatés. En suspens de dentelle. Un amour en cage envolé. D’un flacon échappé. Faire mouche. Et toujours déconstruire. Puis réécrire son histoire. A travers un regard.

Isabelle Ha-Eav : In Extremis

Exposition In Situ d’Isabelle Ha-Eav, Niort 2018 © Didier Goudal

In extremis, du latin : « à la toute fin, à la dernière extrémité ».
Ici In extremis est l’exploration d’un geste sans usages, surgissant, les contours possibles.
Des mains tentent de saisir. D’autres se dressent, s’élèvent,
retombent.
La végétation pousse sous la surface du marais.
Parfois, la glace se fige, à la recherche de l’intensité.

Nia Diedla : Párpados

Exposition In Situ de Nia Diedla, Niort 2018 © Didier Goudal

J’ai lu dans un ancien traité d’astronomie qu’il y a 50.000 ans, les sept étoiles de la Grande Ourse s’alignaient pour former une véritable croix, plus exacte et plus belle encore que la Croix du Sud. Le chapitre de La dislocation des cieux m’a fait penser à une image que j’avais dans mes archives : une image de cimetière, où une croix avait changé de place, mais elle avait laissé une empreinte blanche, un miroir qui n’était pas un miroir. La croix était toujours là et en même temps ce n’était qu’un souvenir.
Sous les paupières nous avons tous des cieux qui se disloquent, il y a en eux ce que nous étions et ce que nous sommes, le mouvement de nos propres astres dans un temps qui est intimement à nous.
J’ai voulu aller regarder sous les paupières des autres, voir ces images qui brillaient et s’éteignaient dans la constellation de nos chimères, cachées juste de l’autre côté de cette écorce faite de peau.
En me clignant de l’oeil depuis l’album photo, Léontine a été la première qui m’a offert ses paupières. J’ai dessiné sa constellation.

Dorian Teti : La Visite

Exposition In Situ de Dorian Teti, Niort 2018 © Didier Goudal

Si ma propre place me semble confuse, je me suis demandé si je pouvais la vivre ailleurs, la transposer : peut-être qu’en éprouvant la place d’un autre, en m’inscrivant dans une autre famille que la mienne, je pourrais mettre à distance certains liens, qui se dérobent à moi. Occuper la place d’un fils dans ma propre famille m’apparaît souvent compliqué. Comme si certains codes et attitudes m’échappaient, et me restaient inaccessibles.
J’ai profité du temps de la résidence pour mener une expérience : m’immerger quelques jours et quelques nuits dans une famille en m’adaptant à la quotidienneté de son rythme.
Anne et Olivier m’ont accueilli comme leur fils, et leurs trois enfants se sont prêtés au jeu que j’ai mis en place au fil des jours.
Pour expérimenter ce dispositif, j’ai commencé à me mettre en scène, en imaginant et en me confrontant à ce que j’avais en tête de ce qui fait famille : prendre un repas, partager un moment au jardin, faire des courses. Passer du temps, en somme.
Je pensais venir incarner une absence, pouvoir occuper une place qu’on m’accorderait, et m’accaparer un lien. En essayant de donner corps à cet attachement fabriqué, illusoire, c’est mon propre corps et ma propre place dans cette intimité étrangère que j’ai interrogé.

Dina Oganiva : Be Me

Exposition In Situ de Dina Oganova, Niort 2018 © Didier Goudal

When I was a little girl, I used to travel a lot.
In my dreams I was everywhere in the planet, but most of all I loved to be in my imaginary world, which was created by my mom.
It was war outside from our window, but inside our home, we were sitting in a big ship and traveling somewhere in the middle of the Pacific ocean.
It was magical.
When I grew up I stop to dream.
I start to travel in my reality, as everyone around, but I was always missing my past, my imaginary world and I was asking myself, where did I loose keys of my fairy tale?
When I came here in this beautiful and calm city, Niort, city with a lot of water around, magical trees with a lot of faces, fresh air, birds, bicycles with flowers and windows with hearts, smells of the Spring and sounds of Love, the answer immediately came to my mind and I found my keys of happiness, here.
It was real me, full of life, but suddenly I feel myself so lonely, so far away.I was missing something, something very important in my life and it was him, person who I met last year and who changed all my life, who could read my soul, who feel me real. We were living in a castle with all these beauties around but it was not him. Something was wrong with us, we were standing next to each other without words, without emotions, without dreams and without love.
We were in two different worlds, far away from each other and I was so scared to lost him for ever.
I wanted to stop the time, to came back when we created our own world, just for two of us and start to live there with morning sun and suddenly I found him again, in between all these trees and small roads, he was standing as a little boy in the river with flowers in his eyes and crying.
It was him living in me and we start to live in our new fairy tale with plus 26 minutes of his / my life.
U can’t find me in the photos, but Im living in his hands, in every his look, in every his breath, because he is me.

A LIRE :
> Rencontre avec Patrick Delat, Directeur artistique des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort
> Rencontre avec Corinne Mercadier, Conseillère artistique de la Résidence des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort
La Jeune Photographie Internationale s’expose à Niort

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2018
Exposition des oeuvres réalisées durant la résidence
Du 14 avril au 26 mai 2018
Hôtel de Ville de Niort
1 Place Martin Bastard
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30 (Ouverture exceptionnelle les dimanches 1er et 15 avril)
Corinne Mercadier
Satellites
Du 7 mars au 26 mai 2018
Villa Pérochon-CACP
64 Rue Paul François Proust
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
http://www.cacp-villaperochon.com
http://www.corinnemercadier.com/

Autour de la Résidence

Sept expositions seront inaugurées tout au long du mois de mars dans divers lieux de Niort, dont voici le programme détaillé :
• Maitetxu Etcheverria / Voyages insulaires
Pavillon Stéphane Grappelli du 28 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi au samedi de 13h30 à 18h30
• Emmanuelle Brisson / Les profondeurs du coeur
Espace d’arts visuels Le Pilori Du 28 mars au 5 mai 2018
Du mercredi au vendredi 10h00 à 12h00 et 14h à 19h00 et le samedi de 14h00 à 19h00
• Françoise Beauguion / Exils
Belvédère du Moulin du Roc du 7 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
• Filigranes Éditions / Les anciens résidents de Niort et leurs publications
Librairie des Halles du 28 mars au 28 avril 2018
• Margherita Muriti / God, how shall I pray
Atelier du cadre du 28 mars au 28 avril 2018
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
• Paul Muse / Walking the Dog
Galerie nomade du 6 mars au 26 mai 2018
• Emanuela Meloni / Station Niortaise-Prémices
Allée centrale du parking de la Brèche du 6 mars au 26 mai 2018

Rencontre avec Corinne Mercadier, Conseillère artistique de la Résidence des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort

Pour cette 24ème édition des Rencontres de la Jeune Photographie Internationale de Niort, le rôle de conseiller artistique a été confié à Corinne Mercadier, artiste française. Quinze jours durant, elle vivra aux côtés des huit jeunes photographes résidents pour les accompagner dans leur création artistique. A la veille de son entrée en résidence, nous avons rencontré Corinne Mercadier à la villa Perochon, qui présente son exposition « Satellites ».

Corinne Mercadier, mise à nu

Accepter ce rôle de conseiller artistique, c’est donner une part de soi pour partager une expérience unique. Corinne Mercadier a tout de suite accepté l’invitation de Patrick Delat, directeur artistique de la manifestation. Elle a décidé de jouer le jeu jusque dans la présentation de son exposition rétrospective présentée à la Villa Pérochon. Pour la première fois, la photographe nous dévoile la partie secrète de ses images, nous voici dans les coulisses du processus de création… Dès le jardin qui mène aux salles d’exposition, on découvre les carnets de note de Corinne, imprimés en grand format. La première pièce abrite les objets qui composent ses mises en scène et une accumulation d’images « ratées » ou « insatisfaisantes » qui composent le « mur du doute » comme elle l’aime à l’appeler.
Se succèdent ainsi plusieurs salles, présentant chacune une série, une époque de l’artiste. A chaque pas, le visiteur s’imprègne de l’image mentale imaginée par l’artiste, les images les plus anciennes et parfois les plus connues prennent ainsi, dans les dernières salles, une autre dimension, une autre connotation.
C’est d’ailleurs au deuxième étage que l’on découvre sa première photographie, celle qui sera le début de tout; c’est l’image qui lui a donné l’envie et l’idée de faire cette mise en scène.

Le hasard, ce concept à dompter.

Un fil rouge indéniable se tisse au travers de ses différentes créations. De ses travaux Polaroïds aux lancés d’objets, Corinne Mercadier aime le jeu du hasard et comme elle le dit : « aime à l’attirer dans ses filets ». Comme elle nous l’explique en fin d’interview, le hasard, c’est le héros de ses projets.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2018
• Corinne Mercadier
Satellites
Du 7 mars au 26 mai 2018
Villa Pérochon-CACP
64 Rue Paul François Proust
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
http://www.cacp-villaperochon.com
http://www.corinnemercadier.com/

• Résidence 2018
> Exposition des oeuvres présentées au jury
Du 7 mars au 13 avril 2018
> Exposition des oeuvres réalisées durant la résidence
Du 14 avril au 26 mai 2018
Hôtel de Ville de Niort
1 Place Martin Bastard
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30 (Ouverture exceptionnelle les dimanches 1er et 15 avril)

Autour de la Résidence

Sept expositions seront inaugurées tout au long du mois de mars dans divers lieux de Niort, dont voici le programme détaillé :
• Maitetxu Etcheverria / Voyages insulaires
Pavillon Stéphane Grappelli du 28 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi au samedi de 13h30 à 18h30
• Emmanuelle Brisson / Les profondeurs du coeur
Espace d’arts visuels Le Pilori Du 28 mars au 5 mai 2018
Du mercredi au vendredi 10h00 à 12h00 et 14h à 19h00 et le samedi de 14h00 à 19h00
• Françoise Beauguion / Exils
Belvédère du Moulin du Roc du 7 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
• Filigranes Éditions / Les anciens résidents de Niort et leurs publications
Librairie des Halles du 28 mars au 28 avril 2018
• Margherita Muriti / God, how shall I pray
Atelier du cadre du 28 mars au 28 avril 2018
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
• Paul Muse / Walking the Dog
Galerie nomade du 6 mars au 26 mai 2018
• Emanuela Meloni / Station Niortaise-Prémices
Allée centrale du parking de la Brèche du 6 mars au 26 mai 2018

Rencontre avec Patrick Delat, Directeur artistique des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort

Les Rencontres de la Jeune Photographie internationale se tiennent actuellement à Niort. Alors que les huit photographes entraient dans leur lieu de résidence sous la bienveillance de la conseillère artistique Corinne Mercadier, nous avons rencontré Patrick Delat, co-fondateur et directeur artistique de la Villa Perochon, et de la manifestation.

« Les meilleurs ambassadeurs pour nous, ce sont les photographes résidents et les conseillers artistiques ».

Partage de culture et des expériences

C’est un homme souriant et passionné que nous découvrons en Patrick Delat, qui revient sur l’origine de ce festival et de cette résidence unique en son genre : réunir huit jeunes photographes venus du monde entier pour vivre une expérience artistique hors du commun. Quinze jours durant, les photographes vivront ensemble accompagnés d’un conseiller artistique – cette année c’est Corinne Mercadier qui a accepté de se prêter au jeu – ils auront carte blanche pour travailler sur un projet artistique personnel. Nul thème, nulle contrainte. Les artistes sont ici pour se rencontrer, pour interroger leur pratique artistique et être soutenu par une photographe de talent.

Nous avons pu découvrir les expositions de cette nouvelle édition, les œuvres présentées sont les travaux qui ont été sélectionnés par le jury, avant le début de la résidence. Le fruit de cette expérience sera dévoilé au public dans une dizaine de jours… Nous sommes tout de suite séduits et impressionnés par la qualité des propos autant dans leur fond que dans leur forme. De nombreux points communs entre les différentes propositions, celui de l’identité, qui est au cœur des travaux contemporains. Patrick Delat témoigne de l’évolution des pratiques : en 24 ans, les propositions sont de plus en plus abouties, de plus en plus construites… Il nous confie également que de plus en plus de femmes photographes se présentent, et que ce n’est pas un hasard si cette édition présente plus de 90% de femmes photographes !
Nous avons hâte de découvrir les réalisations niortaises dès le 14 avril…

L’édition 2018, amorce du 25ème anniversaire des Rencontres

Cette année, en marge des expositions des photographes résidents, plusieurs anciens résidents sont présentés dans le cadre d’une exposition personnelle. C’est le cas de Maitetxu Etcheverria, Paul Muse ou encore Françoise Beauguion… Comme Patrick Delat nous l’explique, ce choix annonce pour l’an prochain la mise en avant du fonds photographique de la Villa Perochon constitué de 2500 pièces. Une édition anniversaire qui promet d’être riche !

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2018
Résidence 2018
> Exposition des oeuvres présentées au jury
Du 7 mars au 13 avril 2018
> Exposition des oeuvres réalisées durant la résidence
Du 14 avril au 26 mai 2018
Hôtel de Ville de Niort
1 Place Martin Bastard
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30 (Ouverture exceptionnelle les dimanches 1er et 15 avril)
Corinne Mercadier
Satellites
Du 7 mars au 26 mai 2018
Villa Pérochon-CACP
64 Rue Paul François Proust
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
http://www.cacp-villaperochon.com
http://www.corinnemercadier.com/

Autour de la Résidence

Sept expositions seront inaugurées tout au long du mois de mars dans divers lieux de Niort, dont voici le programme détaillé :
• Maitetxu Etcheverria / Voyages insulaires
Pavillon Stéphane Grappelli du 28 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi au samedi de 13h30 à 18h30
• Emmanuelle Brisson / Les profondeurs du coeur
Espace d’arts visuels Le Pilori Du 28 mars au 5 mai 2018
Du mercredi au vendredi 10h00 à 12h00 et 14h à 19h00 et le samedi de 14h00 à 19h00
• Françoise Beauguion / Exils
Belvédère du Moulin du Roc du 7 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
• Filigranes Éditions / Les anciens résidents de Niort et leurs publications
Librairie des Halles du 28 mars au 28 avril 2018
• Margherita Muriti / God, how shall I pray
Atelier du cadre du 28 mars au 28 avril 2018
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
• Paul Muse / Walking the Dog
Galerie nomade du 6 mars au 26 mai 2018
• Emanuela Meloni / Station Niortaise-Prémices
Allée centrale du parking de la Brèche du 6 mars au 26 mai 2018

Poésie sur une humanité en crise, le défit réussi du Frac Pays de la Loire

DECOR / AVANT-POSTE est une double exposition du FRAC des Pays de la Loire conçue par l’artiste Joe Scanlan avec les œuvres du Frac et de collections publiques.

La première partie de l’exposition, DECOR, se développe au Frac et interroge les multiples facettes du décoratif ; le fond, la forme et les apparences, et questionne en même temps la place de l’art dans notre société. AVANT-POSTE à la HAB Galerie s’intéresse aux frontières et aux territoires. L’avant-poste évoque un espace entre-deux, entre deux temporalités, entre deux mondes, et renvoie à notre rapport à l’altérité.

DECOR –  FRAC –Carquefou – du 22 février au 27 mai 2018

Dans ce merveilleux écrin qu’est le frac Pays de la Loire, construit par l’architecte Jean-Claude Pondevie,  le décor est mis en place ou paraît en cours d’installation. Sensation renforcée par les murs à moitié peints du motif à l’infini de Joe Scanlan, les magnifiques céramiques posées au sol de Gala Porras-Kim et la UC-98 RGB #2, un lampadaire qui semble bricolé et improvisé de Hoël Duret.

Depuis les installations de Martin Boyce jusqu’aux Deux carrés de François Morellet, en passant par les tapisseries enchâssées de Béatrice Dacher et une linogravure de Georg Baselitz acquise dès 1984, tout semble ici interroger, dans un calme apaisant, le décor et la mise en scène.

Quelques œuvres brouillent ou perturbent cependant ce calme apparent. Le Maxi Donald et Maxi Mickey de Joyce Pensato avec leurs épais traits noirs aux cotés de cette guerrière nue de Miriam Cahn semblent vouloir mettre la pagaille dans cette quiétude. Une œuvre très politique sur l’immigration et le trafic d’humains de l’artiste d’origine cherokee, Jimmy Durham, et une installation qui évoque un urbanisme dévorant de Kristina Solomoukha, viennent interroger la place de l’homme dans nos sociétés et nos villes. Les œuvres de Bojan Sarcevic avec leurs structures de cuivre aux lignes filiformes sont comme des squelettes d’étagères. Elles évoquent la mémoire d’un autre espace temps. Les vestiges d’un temps futur.

Avec une scénographie très élaborée, le visiteur est transporté dans un univers à la fois extrêmement construit et en même temps en morceaux. Une installation où l’ensemble des œuvres acquises qui, mieux que dialoguer merveilleusement entre-elles, font corps. Comme le résume  l’œuvre d’Antoinette Ohannsessian, Quand on met des choses ensemble elles sont réunies. La fusion est parfaite.

Les artistes : Georg Baselitz, Martin Boyce, Marcel Broodthaers, Miriam Cahn, Patrick Caillière, Alan Charlton, Arnaud Claass, Robert Combas, Béatrice Dacher, Koenraad Dedobbeleer, Hoël Duret, Jimmie Durham, François Morellet, Antoinette Ohannessian, Kristin Oppenheim, Joyce Pensato, Gala Porras-Kim, Stephen Prina, Fred Sandback, Bojan Sarcevic, Joe Scanlan, Kiki Smith, Kristina Solomoukha, Mladen Stilinovic

AVANT-POSTE HAB Galerie – Nantes  – du 17 février au 6 mai 2018

Pour qui s’est installé à la HAB galerie, Joe Scanlan s’est inspiré de l’œuvre de Marcel Broodthaers qui, avec la Conquète de l’espace, Atlas à l’usage des artistes et des militaires, transforme une carte du monde politique en carte du monde poétique en mettant tous les pays à la même taille. Avant-Poste désigne un espace en tension permanente et au caractère précaire. Entre campement militaire, campement de fouilles archéologiques, camp de réfugiés,  théâtre d’opérations humanitaires…

L’exposition qui nous accueille avec deux tentes de campements militaires, interroge dès le départ la notion de territoire. Qu’il soit relatif à la frontière comme dans la vidéo de Bruce Nauman qui matérialise en plein désert la frontière du point de convergence frontalière de quatre états américains (Nouveau Mexique, Arizona, Utah et Colorado). Ou encore avec l’œuvre de Javier Téllez  dans laquelle, outre la performance d’un homme canon qui franchit la frontière entre les USA et le Mexique, évoque également une frontière plus invisible (physique ou mentale), celle qui sépare les êtres humains. Et qu’il est toutefois possible de franchir pour aller à la rencontre de «l’autre ».

L’exposition joue tout au long de son parcours sur cette notion de frontière à la fois matérielle et immatérielle. Entre le cartésien et l’irrationnel, entre le physique et le métaphysique, entre le conscient et le subconscient, et même entre deux espaces temporels…

Dans cet espace quadrillé comme un terrain de fouilles, cohabitent ; des œuvres de Nick Evans, oscillant entre figures abstraites et restes de sculptures antiques suggérées par des formes anthropomorphes ; des vestiges de temples antiques du « savoir » avec la colonne feuilletée de Bernadette Chéné (empilement de feuilles de journaux) ; les « sculptures dysfonctionnelles » de Koenraad Debobbeleer ; l’œuvre de Micheal Dean qui suggèrent une hybridation  mi-animale mi-architecturale ; Ou encore une œuvre monumentale de Richard Deacon  dont la main de métal renversée s’apparente à la pelle d’un engin de chantier ou aux restes d’une carcasse de dinosaure.

Scoli Acosta, réinterprète, avec des morceaux de moquette recyclées, l’onde provoquée par des goutes d’eau tombant dans une flaque d’eau de cet immense chantier de fouille. Graphique et poétique !

Le point de fusion entre cette notion de matérialité et d’immatériel est représenté avec un ensemble d’œuvres remarquables. Comme l’œuvre de Stefano Arienti qui avec son empilement de briques réinterprète un recueil de dessins de Michel-Ange. Fascinant ! Le paravent en cuivre de Maria Loboda est en fait une tablette dans une ancienne langue syrienne datant de l’âge du bronze qui résonne comme une incantation magique et qui sous cette forme peut délimiter et cloisonner, rendre concrète une pensée abstraite de l’espace. Une porte vers l’ailleurs. Tout comme la table de Jorge Satoore qui répertorie, comme un inventaire archéologique, une série d’œuvres en terre cuite qui sont les interprétations des pensées et rêves intimes confiés par des amis et des artistes. Chamanique !

Dans les deux salles adjacentes, des vidéos interrogent la place l’homme dans un environnement politique, géopolitique, sociologique et même géologique. Toujours avec un esprit d’espace intermédiaire, en équilibre instable. Mikhail Karikis fait chanter et jouer des enfants dans un environnement bouleversé par des sources géothermales où les  geysers et les fumerolles donnent des allures infernales au milieu environnant. Daniela Ortiz, dans une performance saisissante, lit des pages du traité de libre-échange appliqué entre le Pérou et les Etats-Unis tout en se faisant injecter une dose de sédatif puissant que les autorités américaines utilisent pour reconduire les immigrants dans leur pays. Song Dong, quant à lui, fait apparaitre les deux faces d’une Chine en peine mutation dans un film performance où il brise des miroirs dans la rue. Et à voir particulièrement, une vidéo réalisée par l’artiste caribéenne Allana Clarke qui se met en scène nue aux cotés d’un homme nu également et dans laquelle elle convoque les questions de pouvoir, de vulnérabilité, du genre et de la race. Puissant !

Au total  une trentaine d’œuvres qui, ensemble, nourrissent une réflexion sur les marges.

Les artistes : Scoli Acosta, Leonor Antunes, Stefano Arienti, Geta Bratescu, Marcel Broodthaers, Bernadette Chéné, Allana Clarke, Richard Deacon, Michael Dean, Koenraad Dedobbeleer, Song Dong, Nick Evans, Ximena Garrido-Lecca, Mikhail Karikis, Koo Jeong-a, Maria Loboda, Hidetoshi Nagasawa, Bruce Nauman, Daniela Ortiz, Jorge Satorre, Lucy Skaer, Michael E. Smith, Javier Téllez, Jean-Luc Vilmouth

Décor/Avant-Poste évoque une humanité en crise, suscite des sentiments contrastés entre plénitude et vacuité. Sans jamais tomber dans le pessimisme il règne ici une espérance, des ondes extrêmement positives et de la beauté. Une exposition tout en finesse et intelligence.

A voir aussi actuellement au Frac

Dans une petite salle consacrée à la scène émergente et dans le cadre d’un dispositif appelé les instantanés,  le Frac permet à de jeunes artistes de produire leur première exposition personnelle ou de confirmer une pratique déjà engagée.

Avec l’exposition Elle parle avec des accents, jusqu’au 27 mai, Eva Taulois joue sur l’ambivalence. Sommes-nous dans une pièce à vivre richement décorée ?  Dans un théâtre ? Dans une espace d’exposition ? Dans un atelier d’architecture ou de design ?… En fait, tout cela à la fois car c’est le postulat d’Eva Taulois de proposer une série de scénarios qui permet de voir les œuvres dans des configurations différentes en jouant sur la permutation. Elle crée ainsi des environnements et pièces hybrides et ne s’embarrasse pas d’un seul médium. Le métissage fait parti de son ADN artistique. Elle est curieuse, joyeuse et un brin dynamiteuse en cassant les codes et multipliant les langages. En tout cas, elle a réussi à mettre en scène son travail de façon ludique, théâtrale et extrêmement gaie.

INFORMATIONS PRATIQUES
• AVANT-POSTE
Du 17 février au 6 mai 2018
HAB Galerie
Quai des Antilles
44300 Nantes
• DECOR
Du 22 février au 27 mai 2018
FRAC des Pays de la Loire
24bis Bd Ampère, La Freuriaye
44470 Carquefou
Horaires : du mercredi au dimanche 14 :00 – 18 :00
Téléphone : 02 28 01 50 00
http://fracdespaysdelaloire.com

A LIRE : 
Rencontre avec Laurence Gateau, directrice du Frac Pays de la Loire

 

Rencontre avec Laurence Gateau, directrice du Frac Pays de la Loire

A l’occasion de la double exposition Décor/ Avant-Poste orchestrée par le FRAC des Pays de la Loire, sous le commissariat de l’artiste Joe Scanlan, nous avons rencontré sa directrice, Laurence Gateau.

Le Frac des Pays de la Loire brille par une programmation incroyablement riche. Il propose actuellement une double exposition Décor/Avant-Poste qui se développe sur deux lieux ; dans ses murs au Frac de Carquefou (proche de Nantes) et à la HAB Galerie située à la pointe ouest de l’île de Nantes, plus connue de la population sous le nom de Hangar à Bananes. C’est dans cette galerie que nous la rencontrons.

Mowwgli : Quels sont les axes prioritaires d’acquisition du Frac ?

Laurence Gateau : La collection du Frac, constituée depuis 1982, favorisait déjà l’achat d’œuvres de jeunes artistes. L’ensemble de la collection rassemblée depuis trente ans reflète la diversité de la création. Lorsque je suis arrivée en 2005 j’ai poursuivi cette politique. La collection regroupe des pratiques aussi diverses que la peinture, la photographie, la sculpture, le dessin, la vidéo et l’installation. Et il n’y a pas de thématique privilégiée plus qu’une autre. Pourtant nous avons réussi à dessiner une ligne cohérente au fil des ans. La collection s’oriente sur des œuvres d’artistes qui s’interrogent sur les relations entre l’œuvre et son contexte social, politique et son environnement, sur la relation de l’artiste à la nature et celles entre art, architecture et design. On a également un corpus d’œuvres autour de la question du présent et de la modernité ou encore celle du corps qui est aussi un axe que nous privilégions avec des artistes qui l’explorent à travers  la sculpture, la photographie, la vidéo et à travers la performance dont nous avons acquis quelques œuvres.

Les Frac n’acquièrent que des œuvres d’artistes de leur vivant et, c’est vrai, ce Frac a la particularité d’avoir créé depuis 1984 les Ateliers Internationaux qui permettent des résidences de cinq à six artistes pendant 2 mois. Ils réalisent des œuvres qui seront exposées et le Frac en intègre quelques unes dans son fonds. On est vraiment dans ce rapport à l’artiste. Ici les questionnements font corps avec l’environnement, la politique du paysage, et influencent la démarche de l’artiste et son œuvre. Ce qui fait écho au contexte crée des points d’ancrage et aussi un dénominateur commun entre une population et l’art contemporain. En tout cas, ce qui m’anime et que j’ai développé, c’est privilégier une relation de proximité forte avec les artistes. C’est ce qui semble la spécificité du Frac des Pays de la Loire.

Mowwgli : Quels sont les faits marquants depuis votre arrivée à Nantes ?

L.G. : Lorsque je suis arrivée en 2005 et que j’ai vu cette architecture du Frac à Carquefou (la première création contemporaine architecturale, 2000), j’étais consciente d’être dans un Frac, nouvelle génération, adapté à la gestion de l’ensemble de ses activités : conservation, restauration, stockage et exposition….

Une architecture moderne qui permet de créer des liens, autant pour la collection que pour le programme artistique. Un lieu qui permet un regard des artistes sur la modernité, l’archi et le design. Donc c’est vrai, j’ai développé un programme pendant quelques années d’expositions sur ses questions là. Par exemple, à partir notamment d’une œuvre importante Huberville, une ville idéale conçue par l’artiste Suisse Thomas Huber. On a un ensemble de maquettes formidable sur cette ville idéale avec un théâtre, une place publique, la maison d’artiste, un forum… de grandes maquettes à l’échelle 1/9e et dont il faudrait 300 m2 pour les exposer toutes.  Cette partie de la collection a fait l’objet d’une exposition spécifique.

D’autres expositions se sont constituées autour d’un dépôt important, au début des années 1999, d’œuvres de Gina Pane. Une exposition avec Michel Aubry sur son rapport au constructivisme autour du Club ouvrier de Rodtchenko que Michel Aubry a mis en musique.  On a également présenté des expositions de Bruno Peinado ou Tatiana Trouvé qui sont aussi des artistes qui portent un regard sur la modernité et sur le monde qui va tout à fait dans le sens de nos préoccupations. Concernant les questions sur le corps, nous avons également montré le travail d’Orlan. Je ne peux pas toutes les citées.

Mowwgli : Vous avez aussi un outil incroyable avec les Ateliers Internationaux, qui permettent des résidences. Comment se fait le choix pour les artistes en résidence ?

L.G. : Au début, je le gérais moi-même puis j’ai pensé que c’était intéressant de s’inscrire dans le cadre des programmes culturels binationaux (comme l’Année de la Colombie, du Mexique…). C’est l’opportunité de découvrir de nouvelles scènes artistiques, de faciliter la rencontre d’artistes émergeants et d’acteurs culturels des pays en question. Dans notre programme prospectif nécessaire, et parfois long, le soutien et le regard d’un commissaire d’exposition natif du pays me permet d’aller plus loin et d’intégrer les questions liées aux contextes sociopolitiques.

En dehors des échanges culturels institutionnels, j’ai aussi tissé lors de mes différentes rencontres et voyages un réseau qui me permet aujourd’hui de m’approcher de jeunes curateurs que j’ai sollicité pour un commissariat pour le Frac. Vingt candidats ont répondu dont l’un sera sélectionné pour les Ateliers Internationaux à venir. Il y a deux ans, dans le même esprit, Dorothée Dupuis, ex-directrice du Triangle à Marseille, et vivant au Mexique, m’a permise de créer un réseau avec la jeune scène artistique sud américaine. Un recours précieux pour une scène difficilement accessible et qui m’intéresse fortement.

En 2018 à l’automne, c’est  Diana Marinescu, commissaire d’exposition et historienne de l’art reconnue, qui assurera le commissariat à la biennale de Timișoara en Roumanie. Elle va choisir les artistes qui viendront en résidence au Frac. Elle-même pourra venir en résidence pour orchestrer et suivre le travail des artistes en question afin que la production aboutisse à une exposition collective  cohérente. C’est un programme collaboratif et passionnant. A l’issue de ces résidences il n’y a pas d’acquisition obligatoire même s’il est très rare que l’on n’achète pas au moins une œuvre.

Mowwgli : Depuis quelques années, comme pour les deux expositions en cours, vous faites aussi appel à des artistes pour le commissariat ?

L.G. : C’est vrai on aime bien travailler directement avec les artistes même si ce n’est pas systématique. On privilégie cette voie autant pour la production de nouvelles œuvres personnelles que pour le regard qu’ils peuvent porter sur notre collection. Cette interaction nous intéresse particulièrement. Je trouve formidable d’associer des artistes au commissariat des expositions, ils osent plus de choses par rapport aux commissaires rompus à l’exercice, notamment dans l’accrochage. Comme par exemple, la superposition de deux œuvres proposée par Joe Scanlan sur le mur de l’exposition Décor au Frac actuellement. De plus, cet artiste s’intéresse aux relations entre art et design. Il interroge l’œuvre d’art et sa reproduction, l’œuvre d’art et sa dimension politique ou sa valeur marchande. Ce sont toutes ces questions qui transparaissent finalement dans l’exposition Avant-Poste.

Mowwgli : Pour les expositions hors les murs, quelles sont les synergies régionales et internationales ?

L.G. : Bien sûr, on a tout un programme d’exposition sur le territoire, avec une quinzaine d’expositions autant dans les lycées, les collèges, que dans les monuments historiques. Depuis deux ans, nous avons mis en place une convention avec le département du Maine et Loire qui nous permet de faire pour la deuxième année une exposition dans la collégiale St Martin d’Angers. On a travaillé avec Delphine Coindet qui a choisi de mettre en écho des œuvres de la collection avec ses nouvelles pièces personnelles. Et cette année ce sera une exposition de Richard Fauguet, avec plutôt un focus sur son travail. Actuellement avec la Galerie 5 à Angers, on a un projet avec Simon Thiou, un jeune artiste issu des beaux arts d’Angers, qui a aussi choisi de mettre en dialogue des œuvres de la collection avec son travail et sa démarche personnelle.

Depuis 2007, la galerie HAB est l’un des partenaires importants du Frac. On y fait une ou deux expositions par an. Nous avons également un dépôt de 70 œuvres dont 50 sont exposées au Musée des Beaux Arts. Il y a un an on a monté quatre grandes expositions dans les quatre musées du Mans. Nous avons proposé une exposition au musée d’archéologie de Poitiers  où des œuvres du Frac dialoguaient avec des œuvres du magdalénien et de l’art roman.

On a aussi un programme international d’expositions, comme par exemple, avec le Musée Ludwig à Budapest ou l’Institut Français de Budapest. On a une expo au Musée de Montréal, une autre encore dans le cadre d’un festival photo à Pékin. Je viens de faire le commissariat d’une exposition itinérante qui a circulé en Asie, Singapore, Séoul et Bangkok avec les 23 collections de Frac dont j’ai choisi une ou deux œuvres et c’était une exposition qui s’appelait What is not visible is not invisible du nom d’une des œuvres présentée, de Julien Discrit. Nous avons toujours des projets en cours.

Mowwgli : Belle vitalité, comment faites- vous ?

L.G. : Nous avons beaucoup de désirs et d’énergie. On touche 15000 scolaires par an et 300 professeurs. On a aussi beaucoup de projets avec les universités d’Angers et de Nantes.

Nous avons également une politique éditoriale et nous sommes éditeurs de catalogues d’exposition pour des institutions à l’étranger. Par exemple nous avons réalisé un catalogue pour une expo en Suisse ou en Australie. Dernièrement, c’est pour une exposition de Gérard Byrne, un artiste irlandais, dont on a fait la publication pour l’institution en question. C’est vraiment intéressant et passionnant de promouvoir les artistes et leur art à tous les niveaux.

Mowwgli : Et quels sont les projets à venir ?

L.G. : Cet été, les deux prochaines expositions à Carquefou sont Armel Eloyan, un artiste de 51 ans d’origine arménien vivant à Zurich et peu connu en France, qui fait un travail en peinture à l’huile assez expressionniste. Il s’intéresse aussi aux contes et aux figures de Walt Disney. Mais avec des personnages déformés par rapport à leurs représentations habituelles qui aurait été un peu chahuté par des enfants, comme revue par un certain Paul McCarty.

Et dans la petite salle du Frac consacrée aux jeunes artistes, où actuellement Eva Taulois est installée, nous proposerons Makiko Furuishi, une jeune peintre dessinatrice d’origine Japonaise installée à Nantes. Ce programme prospectif nous permet de valoriser la scène émergeante. Ensuite, il y aura les Ateliers Internationaux avec Diana Marinescu qui sera associée aux 6 jeunes artistes roumains et en même temps nous avons 2 jeunes artistes qui vivent à Quimper, Camille Girard et Paul Brunet.

Et bien sûr, nous avons ce projet d’une antenne du Frac installée au centre de Nantes qui nous permettra de développer un nouvel espace d’exposition. Un appel d’offre est lancé pour un bureau d’étude afin d’analyser avec nous les besoins et la conception de ce nouveau lieu dans le cadre de notre projet artistique.

Mowwgli : Est-il prévu la réhabilitation d’une friche ou une création nouvelle ?

L.G. : On risque de se greffer sur un bâtiment à vocation multiples, d’habitation et de bureaux. Vous avez vu le quartier, l’île est en pleine mutation.  De nouveaux bâtiments sont en construction. L’idée serait d’investir un rez-de-chaussée et un étage dans un de ces bâtiments au plus tard au 1er semestre 2022.

Ce lieu serait, grâce à une nouvelle répartition des programmes d’expositions, consacré aux expositions temporaires et aux présentations des Ateliers Internationaux. Tandis que Carquefou deviendrait plutôt un lieu de recherche, avec un programme d’études, des séminaires, des conservateurs de musée… Peut être même devenir une « réserve active » que les gens puissent voir comment fonctionne un Frac avec sa collection, comment on la gère et comment on la restaure. On a déjà fait une expo à la HAB Galerie, intitulée Ouverture pour inventaire, où l’on montrait aux visiteurs comment on fait un recollement, comment on marque un numéro d’inventaire sur une œuvre en plastique ou sur une œuvre en cuivre,  comment on met en caisse une œuvre, comment on restaure…bref montrer la face cachée d’un Frac. Ça a bien marché les gens ont vraiment apprécié et ce serait bien de le proposer directement in situ.

Merci Laurence, bonne chance pour tous ces nouveaux projets.

Demain à suivre : un article sur la double exposition en cours Décor/ Avant-Poste

INFORMATIONS PRATIQUES
FRAC des Pays de la Loire
24 bis Boulevard Ampère
La Fleuriaye
44470 Carquefou
Horaires : du mercredi au dimanche 14 :00 – 18 :00
Téléphone : 02 28 01 50 00
http://fracdespaysdelaloire.com

Les Photographiques 2018 : 40 ans d’engagement pour la photographie

Cette nouvelle édition des Photographiques célèbre le quarantième anniversaire de ce qui fut la première manifestation dédiée à la photographie contemporaine au Mans, en 1978, préfiguration de ce qui deviendra ensuite le Festival de l’image dès 1982 puis Les Photographiques en 2006, demeurant, qui plus est, un événement entièrement porté par des bénévoles, résistant encore à la vague de disparition des festivals associatifs suite aux baisses voire disparitions de subventions, notamment en province.

Au programme de cette nouvelle édition, une sélection de la collection d’images créée tout au long de ces nombreuses années de partage et de découvertes, acquise auprès des photographes présentés, traversant les générations et les courants de la photographie contemporaine et aujourd’hui forte de plus de 400 oeuvres, est exposée à l’Hôtel de Ville du Mans, témoignage de l’engagement réitéré auprès des photographes et du public.

En parallèle, Les Photographiques investit 6 lieux du Mans et de sa métropole, invitant 14 créateurs internationaux, nationaux et locaux, reconnus ou émergents, sélectionnés parmi plus de 340 dossiers reçus à la suite de notre appel à auteurs. La collégiale Saint-Pierre-la-Cour servira d’écrin à l’exposition de la photographe invitée : Estelle Lagarde y succède cette année à Corinne Mercadier. Près de 14 autres photographes viennent compléter cette programmation avec des univers aussi vastes, pour dessiner un panorama photographique complet. L’exploration des volumes par l’approche plasticienne de Mathias Greenhalgh, les autoportraits tragi-comiques de Jean-Claude Delalande, le regard décalé et dénonciateur de Raphaël Helle sur le climat, les images délicates d’Aurore Colbert ou encore les surimpressions de Francesca Dal Chele qui pose son regard sur l’urbanisation de la Turquie… Beaucoup d’autres choses à voir pour ce festival pluriel.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Photographiques
Du 17 mars au 8 avril 2018
• Hôtel de Ville (Le Mans) > 40 photographies pour 40 bougies
• Collégiale Saint-Pierre-la-Cour (Le Mans) > Estelle Lagarde / De anima lapidum
• Centre Paul Courboulay (Le Mans)
> Mathias Greenhalgh / Waalsekaai 47 (Fomu)
> Caroline Chik / Humanité
> Jean-Claude Delalande / Quotidien
> Raphaël Helle / Dérèglement
> Mireille Loup / Beneath-Beyond
> Marie Mons / Aurore Colbert
> Claire & Philippe Ordioni / Portraits baroques
> Anita Pouchard-Serra / Urbanités latentes
> Mélanie Wenger / Marie-Claude>
• Pavillon du parc Monod (Le Mans)
> Adrien Basse-Cathalinat / La ligne
> Benjamin Juhel / ARK
• Centre culturel L’Éolienne (Arnage) > Jean Pellaprat & Jérémy Paon / ON OFF//Grenoble
• Médiathèque Louise Michel (Allonnes) > Francesca Dal Chele / Le passé de l’avenir
>; Centre d’art de l’Île MoulinSart (Fillé-sur-Sarthe) >Éric Droussent / Décalage immediat
http://www.photographiques.org/index.php/programmation-2018

Les collectionneurs français à l’honneur au musée des Beaux Arts d’Angers, rencontre avec Iola Lenzi (Fondation La Roche Jacquelin)

Très impliqué dans l’art contemporain, le musée des Beaux Arts d’Angers met l’accent sur 5 collectionneurs engagés de la région, qui ont accepté de livrer une partie de leur collection au regard du public.
Sous le commissariat de Christine Besson et Sandra Doublet, « Collectionner, le désir inachevé » qui va de l’abstraction lyrique après-guerre (Association PACA, présence de l’art contemporain Angers) à des artistes plus émergents comme Aurélie Pétrel qui à travers une nouvelle production interroge les ressorts de la collection d’Alain Le Provost, conceptuels comme Art&Language et Marcel Duchamp avec Philippe Méaille ou plus lointains comme avec la collection La Roche Jacquelin d’Iola Lenzi et Jean-Louis Morisot, dédiée au Sud Est asiatique.

Une déambulation plurielle et subtile qui témoigne d’un engagement pérenne et fidèle à travers des sensibilités variées.

Vivant depuis 25 ans entre la France et l’Asie, le couple franco-canadien-britannique, Iola Lenzi et Jean-Louis Morisot, a sillonné les pays de l’Asie du sud-Est tels que la Thaïlande, puis l’Indonésie, le Vietnam, la Birmanie et les Philippines, choisissant des œuvres qui dénoncent, à partir d’une économie de moyens, au delà des valeurs montantes et sirènes du marché.

Ils ont ouvert en 2007 la Fondation La Roche Jacquelin pour ancrer cette collection d’étude, accueillir des artistes en résidence et sensibiliser le public aux enjeux qu’ils défendent. Iola commissaire d’expositions et historienne de l’art, est revenue sur le sens que peut avoir pour un public français de montrer des artistes du Sud-Est asiatique, dans le prolongement de la conférence inaugurale qu’elle donne le soir même. Elle a répondu à nos questions.

Mowwgli : L’art de ces artistes est-il un art engagé tel que nous l’entendons ?

Iola Lenzi : Pour nous en Occident nous ne mesurons pas bien le contexte asiatique avec un art officiel appuyé par l’état et un art avant-gardiste que nous montrons. Un art non officiel non autorisé, pour passer outrer l’institution dans la mesure où il n’y a pas de presse libre, de société civile, e droit de vote, c’était alors naturel pour eux et presque inconscient d’aller vers un art engagé.
Il est normal pour ces artistes, tout en ayant des éléments post-modernes, contemporains et contextuels, d’aller dans ce sens là mais pas dans une optique d’être vus ou collectionnés par les occidentaux. C’est une œuvre qui reste très esthétique et belle plastiquement, ce qui nous a séduit immédiatement, même si leurs critères esthétiques ne sont pas les mêmes que les nôtres.

Mowwgli : Comment s’organisent les résidences d’été à la Roche Jacquelin ?

I. L. : Il n’y pas d’obligation de production sur place, les artistes sont totalement libres même si tous ont voulu laisser une trace trouvant des éléments sur les lieux qu’ils retravaillent ensuite. L’Asie du Sud-Est est une culture essentiellement bouddhiste avec cette approche innée de la réutilisation, du recyclage, du non gaspillage ce qui n’a rien avoir avec Duchamp même si les historiens de l’art asiatiques qui ont fait leurs études en Amérique cherchent à nous le faire croire.

Mowwgli : Focus sur quelques œuvres :

Joséphine Turalba (Philippines), « Scandals »
Performance participative et évolutive, ces sandales conçues à partir de cartouches et de balles, élégantes et séduisantes au 1er regard, se révélant difficiles à porter dans la mesure où elles déclenchent un claquement sonore. Au delà de leur présentation comme des accessoires de mode, elles se veulent la métaphore d’une société philippine brutale et violente, sous des aspects volontiers glamours.

Vasan Sitthiket (Thaïlande)
Deux marionnettes : un bonze et un général sans cerveau.
A l’image de la corruption des hauts fonctionnaires. Les marionnettes en référence à la culture populaire. C’était toute une série que j’ai commanditée en 2001 alors invendue, comme beaucoup de ces expositions qui ne génèrent pas d’intérêt. Ce qui qui fait que nous les avons acheté plutôt que de les rapatrier en Thaïlande. Nous avons ainsi pu accumuler beaucoup d’œuvres auprès de galeries qui restent assez artisanales.
D’où un art qui reste très accessible. En tant que commissaire j’avais accès facilement à ces artistes jusqu’au jour où notre appartement à Singapour n’était plus assez grand. Nous avons alors acheté une maison en Anjou.

Vu Dan Tan (Vietnam)
Artiste issu d’une famille intellectuelle de Hanoï purgée par le régime communiste dans les années 60, il a grandi en marge de la société, sans pouvoir aller à l’université ni aux Beaux Arts. Il est complètement autodidacte. C’est pour moi le 1er artiste vietnamien contemporain avec une oeuvre très différente de la peinture typique très influencée par la France avec un élément critique sous-jacent. La série s’appelle » Amazones » avec d’emblée l’idée du combat, du combat de la femme. Le faible et le fort. On comprend qu’il peut y avoir un élément discret de subversion de l’état, du pouvoir, des institutions. Ce n’est pas un artiste politique en soi mais hors du système et des appareils. Son œuvre est extrêmement étendue avec des mediums variés et souvent performatifs, comme en 2000 « Cadillac-Icarus » cette voiture icône de l’Amérique qu’il a conduit dans les rues de Hanoï dans un esprit très novateur. Né en 1946 il n’a pas été formé en Europe et reste très contemporain.

Pour conclure et je le revendique tous ces artistes viennent d’une souche locale. Il s’agit d’une sorte d’hybridité esthétique venue aussi par l’art moderne occidental. Mon but est de montrer ces œuvres au maximum et écrire des textes qui mettent en valeur ce mélange d’esthétiques et d’idéologies. Une œuvre qui a cette vocation sociale alors que nous ne sommes que des passeurs. Elle a cette faculté de se glisser dans cet antagonisme d’une société moderne et technologiquement avancée et d’extrême régression politique.

Collections présentées : association PACA (Présence de l’art contemporain Angers), collection Philippe Méaille, collection Fondation La Roche Jacquelin, collection Alain Le Provost, collection particulière.

INFOS PRATIQUES :
Collectionner, le désir inachevé
Jusqu’au 18 mars 2018
Musée des Beaux Arts
14 rue du musée
49100 Angers
http://musees.angers.fr

A l’occasion de votre venue et pour les amateurs d’art contemporain, ne manquez à la Collégiale Saint-Martin l’exposition collective « Un choix de sculptures » avec comme artiste invitée Delphine Coindet.

Carte Blanche à Gabriel Bauret : Le nouveau Musée de Nantes

Gabriel Bauret est notre invité de la semaine à l’occasion de l’ouverture, cette semaine, de la Biennale des des photographes du monde arabe. Aujourd’hui, le Commissaire d’exposition indépendant nous parle du nouveau Musée de Nantes.

En juin dernier s’ouvrait à Nantes le nouveau Musée d’arts, et non « Musée des beaux-arts », terminologie qui renvoie à de vieilles catégories esthétiques. Musée d’arts ne sonne sans doute pas très bien, mais il a le mérite de symboliser une rupture avec le passé et en particulier une ouverture sur des modes d’expression contemporains – et il ne cède pas non plus à la mode des acronymes -. Aujourd’hui en effet, l’art ne se résume plus à la peinture et à l’architecture : les œuvres exposées à Nantes en attestent, la vidéo notamment occupant une place de choix.

Ce musée était fermé depuis de nombreuses années, à tel point que nombreux se demandaient s’il allait renaître un jour. Pendant les travaux, Nantes n’a pas manqué de se faire remarquer par sa série de manifestations artistiques estivales : « Le voyage à Nantes », proposition plutôt sympathique et qui a été exportée récemment dans la ville du Havre. Ces manifestations mettent l’art urbain au premier plan, avec également une tendance à produire de plus en plus d’œuvres-spectacles, manquant parfois de profondeur.

Dans le nouveau musée, on ne cède pas à cette facilité. Ce qui est accroché ou installé dans les espaces est solide, réfléchi, rigoureux, ambitieux. Comme en témoigne le titre de l’installation de Susanna Fritscher : « De l’air, de la lumière et du temps », qui occupe le grand patio de la partie ancienne du musée. Ce qu’il faut remarquer à ce propos, c’est que ces musées conçus au XIXe siècle, comme d’autres construits dans les grandes villes de France, ne lésinaient pas avec l’espace : hauteur de plafond et générosité des volumes, combiné à la lumière naturelle.

Dans le dossier de presse, la directrice Sophie Lévy intitule son texte de présentation du musée : « Entre passé et futur ». Cette formule anime certainement l’ensemble du projet, que ce soit sur le plan architectural ou s’agissant des œuvres exposées : schématiquement, le musée conjugue la réhabilitation de l’ancien bâtiment qui abrite les collections (contenant d’ailleurs quelques trésors dont on avait oublié qu’ils étaient conservés à Nantes) et la construction d’un cube de plusieurs étages qui accueille principalement l’art contemporain, celui du XXe et du XXIe siècle. Mais il y a des exceptions, des surprises, car le moderne, le contemporain, vient parfois s’inviter au milieu des œuvres du passé. Le musée sait également composer avec des œuvres d’artistes originaires de Nantes ou de sa région, comme Jean-Émile Laboureur.

Sophie Lévy a emprunté de très belles pièces à des musées tels que Le Louvre, Orsay ou le Musée national d’art moderne, pour servir avec intelligence son propos ; et en particulier dans le Cube, elle a conçu des séquences qui traduisent différentes orientations et inspirations de l’art contemporain. On découvrira aussi d’intéressantes initiatives scénographiques, un passage en douceur du bâtiment contemporain aux anciennes salles, avec toujours une grande attention portée à la lumière. Les architectes n’ont pas choisi la virtuosité mais le respect du propos et en un sens, un relatif effacement du bâti permettant de voyager avec aisance au milieu de l’art et de son histoire.

Saint-Nazaire : 4 photographes pour un V.oyage O.rdinaire

Quand j’ai entendu que l’exposition de Saint-Nazaire traiterait du voyage ordinaire, j’ai d’abord pensé à une évocation minimaliste de paysages intermédiaires de zones industrielles ou de couronnes péri-urbaines comme en produit encore beaucoup la photographie contemporaine, en format plutôt grand. Mais l’affiche comme la couverture du beau livre révélaient une finesse : « V.oyage O.rdinaire », la typo laissait, comme au cinéma, entendre une V.O., c’est-à-dire du pur ailleurs, garanti par les quatre photographes : Charles Fréger, Ambroise Tézenas, Denis Dailleux et Jérôme Blin.

Et le premier des voyages, l’installation nazairienne l’organise dans la partie confortable de certains abri-bus de la ville, à l’intérieur, de manière à changer l’insupportable attente en une bonne compagnie d’images. Le transport en commun devient singulier quand, dans les rues de l’indienne New Delhi, il mène les enfants à l’école en divers covoiturages, à vélo, sur scooter ou en pousse-pousse. Plus qu’une série, le regard de Charles Fréger, sans doute ravi de retrouver là des uniformes, fussent-ils d’écoliers, rend à l’école l’image noble qu’elle perd chez nous, où sécher les cours devient une revanche sur le quotidien : en Inde, comme dans tous les pays qui émergent, on est fier et heureux d’apprendre et d’y aller ensemble.

L’Inde encore, avec le trajet Bangalore-Bombay d’Ambroise Tézenas, qui s’est fait conducteur pour mieux doubler et saisir enfin les bus trop souvent pris, réalise quelques portraits de chauffeurs ou d’agents,  avant de s’immerger dans ce qu’il connaît comme personne, ces quartiers d’une nuit noire dont une constellation d’ampoules électriques vient à peine à bout.

Denis Dailleux qui se plaît aujourd’hui au Ghana ne s’est pas privé de revenir au Caire, d’en parcourir les quartier populaires à bords des pétaradants tuk-tuk, triporteurs domestiques, quitte à les arrêter pour égrener une suite d’ingrates perspectives en tonalité terreuse par magie devenue pastel, devant lesquels posent quelques uns de ces Fils de Rois déjà célébrés par un des photographes occidentaux les plus imprégnés d’Egypte. Très volontairement ordinaire est le voyage de Jérôme Blin qui, oubliant le Sahara et les routes de France et de Navarre, a décidé de faire de Saint-Nazaire le décor d’une fiction à la première personne, réminiscence de ses trajets lycéens d’hiver, quand il ne fait jour qu’en salle de classe. On l’aura compris, ces quatre contributions ont répondu à une commande dont le cahier des charges ne fixait que la règle d’une mobilité universelle sinon perpétuelle, visiblement reçue avec un bonheur auquel les lecteurs du livre sauront se préparer par le beau texte de Christian Garcin, relation d’un autre voyage en Inde, tout à fait à part.

INFORMATIONS PRATIQUES
> Exposition
V.oyage O.rdinaire
Du 26 juillet au 6 octobre 2017
Galerie des Franciscains
16, rue Jacques Jollinier et dans 16 abri-bus
Saint-Nazaire
> Livre
V.oyage O.rdinaire
124 pages, reproductions en quadrichromie, relié
Editions Le bec en l’air
32€