Archives par mot-clé : Paysage

Guillaume Hebert, primé au Festival Circulation(s) avec Updated Landscape

Les portes de la huitième édition du festival Circulation(s) se sont closes au début du mois, deux mois durant les visiteurs ont pu découvrir les travaux de la jeune photographie européenne. Pour la troisième année consécutive, la manifestation organise le Prix du Public, il récompense le coup de cœur des visiteurs parmi les photographes exposés. Cette année, c’est le photographe français Guillaume Hebert qui remporte le prix avec sa série « Updated Landscape.

Dans le classement, nous retrouvons Judith Helmer et Arthur Crestani en 2ème position ex aequo, Billie Thomassin et Emmanuel Tussore en 3ème et 4ème position.

Updated Landscape

Les tableaux photographiques intitulés Updated Landscape de Guillaume Hebert, proposent une lecture dichotomique de paysage formant des images d’un genre hybride où se mêlent la vision des peintres d’antan et celle d’un photographe contemporain.
Au premier regard, nous hésitons. L’oeil oscille inévitablement entre le premier et l’arrière plan, la photographie et la peinture, avant de se poser sur l’ensemble, et d’y contempler la fusion des deux mediums créant un plausible trompe-l’œil. L’ enchevêtrement des deux visuels est réalisé pixel par pixel, sans laisser le moindre interstice. La continuité de la peinture à la photographie est parfaitement maîtrisée pour aboutir sur ce que Guillaume Hebert nome tableau photographique.

Pour l’artiste qu’il est, la photographie n’est que le prolongement de la peinture, et avec Updated Landscape, il nous en fait la démonstration.
Entre parenthèses, à contempler ses créations, nous pouvons deviner une certaine nostalgie de la peinture ancienne. Guillaume Hebert qui avait peint dans sa jeunesse déclare avec une pointe d’ironie qu’il est probablement un peintre raté, et que c’est pour cette raison qu’il s’est tourné vers la photographie.

Dans ses photographies, Guillaume Hebert insère donc des reproductions de peintures de maîtres, et invite indirectement tout regardeur à revisiter la peinture classique. L’amateur éclairé reconnaîtra les oeuvres de Jan Both; Hubert Robert; Philips Koninck; Jean-Honoré Fragonard; Eugène Delacroix; Albert Bierstadt; William Turner pour ne citer que ceux-là. Le simple quidam sera en mesure d’en apprécier leurs beautés partielles et d’y voir une certaine forme d’exotisme, avec toutefois l’option de se reporter au cartel de l’oeuvre mentionnant les références de la peinture utilisée.

Mais le plus important pour Guillaume Hebert est d’interloquer le public. La série soulève des questions esthétiques, sociétales et environnementales à travers la temporalité du paysage que l’homme a façonné au fil des siècles.
Les paysages factices, idylliques ou naturels dans la peinture sont définitivement transformés par l’urbanisation grandissante de nos civilisations, ce qui affecte notre perception. Selon Guillaume Hebert, la série Updated Landscape dépeint poétiquement une tragédie écologique et culturelle.

https://www.festival-circulations.com
http://guillaumehebert.com/Updated-Landscape

Simon Weber, Lumières de Nuit

Nous vous l’avions annoncé début février lors de la publication du palmarès de la 8ème édition de Rendez-vous • Image, chaque semaine Mowwgli partagera avec vous les portfolios des lauréats. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir la série de Simon Weber, Prix du Public.

Amateur passionné, ma pratique de la photographie commence en 2014. Amoureux de la nature et féru de voyages, c’est naturellement vers la photographie de paysage que je me suis tourné. La nuit est par définition l’absence de lumière naturelle, produite par la source inépuisable qu’est le soleil. Nos yeux n’ont pas la capacité de distinguer les détails dans l’obscurité, et notre perception des couleurs est altérée. Cependant, les capteurs de nos appareils photographiques permettent de collecter toutes les informations manquantes à notre vision, et nous offrent la possibilité de découvrir un autre univers. Je souhaite partager à travers cette série de photographies, une vision esthétique et colorée de la nuit prise dans différents endroits du monde lors de voyages.

INFOS :
http://www.rdvi.fr

Takeshi Shikama à la Galerie Artphotoby

Sophie Leiser qui dirige Artphotoby propose une belle exposition collective « asiatique ». Deux artistes m’ont particulièrement touché Yeong Jea Kim et Takeshi Shikama Je chroniquerai ici Takeshi Shikama. C’est un artiste accompli. Des photos magistralement prises. Une ligne directrice très forte et solide. Le Japonais fait partie de ces photographes qui vont chercher dans la nature, dans des scènes parfois extrêmement simples, parfois très complexes, une façon de retrouver des sentiments, des impressions, des rêves et peut-être aussi des peurs, anciennes ou incessantes.

Ses photos sont toutes prises dans un ton de grisaille où se succèdent des nuances sans que le noir vienne vraiment assombrir mais sans que jamais une clarté viennent alléger les sentiments qui s’expriment. Le regard s’interroge sur l’image. Est-elle voilée tant les détails sont fondus ? Est-elle entre le fameux « chien et loup » où on ne sait plus distinguer le ciel de la terre, la mer de la grève ? Est-ce le rendu de l’impression sur un papier particulier ? Peu importe, l’artiste a voulu qu’un léger brouillard perde les regards et les pousse à interroger l’image, à s’interroger eux-mêmes.

Les thèmes sont très classiques, des rivières qui s’écoulent, lentement, sillonnant dans un pays très plat, des estuaires ou des forêts. Passions pour l’eau qui se perd, mer qui disparaît dans une confusion entre ciel et horizon ou tout au bout d’un parcours paisible.

Les forêts sont très présentes et les arbres surtout. Une magnifique photo présente un arbre gigantesque : ses ramures et ses branches multipliées envahissent la photo et repousse le cadre. Est-il menaçant ou simplement imposant, évoque-t-il l’idée du multiple et du foisonnement ? La photo est impressionnante de force et de limpidité. A l’opposé de cette image solide et bien enracinée(!), la photo d’un arbre comme abandonné, lointain, laissé à tous vents, fétu exposé et penché comme une herbe. Image de la fragilité et de l’éloignement.

D’autres images viennent, des futaies sombres et hautaines comme des soldats déguenillés à la parade, des rochers qui affleurent sur une mer qui se perd au loin.

Une belle exposition, un artiste fort. A voir.

https://www.pascalordonneau.com/soliloques-sur-l-art/soliloques-sur-l-art-février-2018/

Les œuvre des Takeshi Shikama sont également présentées à la Galerie Lunn jusqu’à la Fin mars 2018.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Regards d’Asie
Yeong Mea Kim, Takeshi Shikama, Motoki Lee, Jean-Michel Voge
Du 30 janvier au 17 mars 2018
ARTPHOTOBY
40 rue de la Tour d’Auvergne
75009 Paris
https://www.artphotoby.com/fr/
• Takeshi Shikama
Jusqu’au 31 mars 2018
Galerie Lunn
130 rue La Fayette
75010 Paris
Sur rendez-vous !
christophe.lunn@gmail.com
http://www.lunn-galerie.com

Philippe Bréson, sur les traces de la Grande Guerre

Philippe Bréson a arpenté sept hivers durant, les champs de bataille de la grande Guerre, des Flandres belges jusqu’en Lorraine. Le photographe a travaillé à partir de cartes et de documents historiques pour se rendre sur les lieux clés de la première guerre mondiale qui fit plus de 18,6 millions de morts. Le résultat de son travail « Cicatrice » est actuellement exposé au Centre culturel André Malraux jusqu’au 24 mars.

« C’était le bout du monde et nous ne savions pas au juste où finissaient nos lignes et où commençaient les lignes allemandes, les deux tracés se perdant dans une prairie marécageuse plantée de jeunes peupliers jaunissants, maladifs et rabougris qui s’étendait jusqu’aux marais, où les lignes s’interrompaient forcément pour reprendre de l’autre côté de la vallée inondée et des méandres compliqués de la Somme, sur l’autre rive, à Curlu, haut perché, et au-delà. » – Blaise Cendrars, La main coupée

À travers ces paysages vidés de toute présence humaine, seuls des routes, des chemins et des arbres viennent guider nos pas. Philippe Bréson intervient sur ses images en griffant ses tirages, pour faire révéler les cicatrices de ces lieux chargés de tension. A y regarder de plus près, on peut même entendre les tirs et sentir l’odeur de poudre. Le photographe a profité de sa résidence à La Capsule pour réaliser l’entière production de son exposition afin d’ investir les 120m2 du Centre Culturel.

Sur place, le paysage semble apaisé, le silence est retrouvé. L’homme a fait d’immenses efforts pour effacer les traces du désastre, remettre les sols bouleversés en culture et reconstruire les villages et les villes. Mais je perçois encore ce que j’appelle des tensions dans le paysage. Elles sont produites par le contraste entre la tragédie historique et la sérénité présente des lieux. Je me laisse happer par des détails infimes comme une ligne d’arbres, une ombre, une déclivité du terrain pour composer mes images. Je photographie par temps gris, souvent au lever du soleil, toujours en hiver car le paysage est plus net, la terre est plus présente. J’interviens sur les négatifs photographiques par grattage, ponçage, rayures afin de transmettre les sensations que j’éprouve face aux paysages. 

L’altération du négatif est une pratique récurrente de mon travail. On peut y voir une méthaphore des cicatrices et des blessures de la terre. Je vois le paysage comme un palimpseste. Je pense que, comme le négatif, la terre est une surface sensible que je révèle par la photographie, avec ses cicatrices et ses blessures. Je grave, au sens propre, sur le négatif, la patine du temps. 

Des textes sont associés aux images. Ce sont des légendes contextualisantes ou des citations souvent extraites de lettres ou de journaux intimes de soldats qui entrent en résonnance avec les photographies.

– Philippe Bréson

 

INFORMATIONS PRATIQUES
Cicatrices, Sur les Champs de bataille de la Grande Guerre
Philippe Bréson
Du 25 janvier au 24 mars 2018
Centre culturel André Malraux
10, avenue Francis de Pressensé
93350 Le Bourget
Ouverture du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 13h30 à 18h, le samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 17 h, (fermeture les samedis pendant les vacances scolaires)
Entrée libre.

Première édition de Chaumont-Photo-sur-Loire, la photographie nature

Le Domaine de Chaumont sur Loire a inauguré la première édition de Chaumont-Photo-sur-Loire. Le Domaine de Chaumont sur Loire est internationalement connu pour son festival annuel des jardins. Sous l’impulsion depuis 2007 de sa directrice Chantal Colleu-Dumond, l’art contemporain a investi le domaine….

C’est chaque année 400’000 visiteurs qui ont pu découvrir de grands artistes comme Giuseppe Penone, David Nash, Jannis Kounellis, Gabriel Orozco, Sarkis et beaucoup d’autres. Le fil rouge obligé à Chaumont est la relation à la nature. C’est donc aussi le fil rouge de cette exposition d’hiver qui présente sept grands photographes, sept approches esthétiques et techniques du paysage et de la nature. Un hommage spécial est rendu à Gérard Rondeau et Thibaut Cuisset, deux grandes personnalités du monde de la photographie disparues récemment. J’ai particulièrement été séduit par le travail de François Méchain et celui d’Elger Esser.

François Méchain est un artiste nomade, plasticien et photographe. Il s’oblige à un protocole qu’il a toujours respecté qui veut que toute réalisation in situ soit induite avant tout par la forme et l’histoire du lieu qu’il investit. François Méchain présente à Chaumont sur Loire un ensemble de photographies représentant des installations éphémères souvent monumentales. Il y a quelque chose de la performance dans le travail de l’artiste, la photographie est alors témoin et gardienne de son intervention.

Le photographe allemand Elger Esser est quant à lui issu de l’Ecole de Düsseldorf. Il a été l’élève de Bernd Becher à l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf. Influencé par le romantisme allemand, Elger Esser est lui aussi un artiste nomade. Il s’attache aux paysages étrangers à son pays, la condition nécessaire selon lui pour conserver un regard neuf, une capacité d’étonnement. Il voyage avec sa chambre photographique, un appareil acheté dans une vente aux enchères, choisis des sites isolés, des paysages désolés ou industriels ou l’eau n’est jamais loin. Il peut passer une journée complète seul, sans parler, immergé dans son travail. Il met en perspective à Chaumont une série de paysages, des paysages de l’âme, montrant côte à côte des images du Nil et de la Loire, des fleuves à la fois lointain et si proches. Elger Esser est représenté en France par la galerie RX.

INFORMATIONS PRATIQUES
Chaumont-Photo-sur-Loire, la photographie nature
Exposition du 19 novembre 2017 au 28 février 2018.
Le Domaine Régional de Chaumont-sur-Loire est situé au cœur de la Région Centre-Val de Loire, dans le Loir-et-Cher, sur la rive gauche de la Loire entre les villes de Blois et Amboise.
http://www.domaine-chaumont.fr/

Carte Blanche à Françoise Bornstein : Aurore Bagarry

Pour cette première Carte Blanche, notre invitée de la semaine Françoise Bornstein, nous présente le travail d’Aurore Bagarry sur les glaciers réalisé ces 6 dernières années. Les photographies sont actuellement exposées à la galerie Sit Down, l’exposition est prolongée jusqu’au 20 décembre 2017.

Cette exposition de soixante-sept photographies regroupe, pour la première fois, l’inventaire photographique des glaciers du massif du Mont Blanc en France mené de 2011 à 2017 par Aurore Bagarry.
Cette jeune photographe diplômée des Gobelins et de l’école de la photographie d’Arles a réalisé un projet descriptif et poétique de recensement des complexes et des singularités des glaciers alpins.
Ces images, infusées d’un style documentaire, reflètent par ses préoccupations esthétiques, une relecture des photographies d’explorations du XIXe siècle.
Un acte qui révèle la beauté et la fragilité de ces lieux et sonne l’alarme sur la disparition qui les menace.
A travers ce travail, Aurore Bagarry s’interroge non seulement sur le regard que nous portons sur les glaciers aujourd’hui face à un phénomène climatique qui nous échappe mais aussi sur la photographie comme démarche de trace, de documentation d’un paysage en transition. Quel regard poser sur la montagne aujourd’hui, monument naturel remanié par l’homme ? Quel sera l’avenir des glaciers qui semblent fondre inexorablement et quels seront les impacts de cette disparition sur le paysage ?
En 2013, ce projet a reçu, pour sa réalisation, le soutien du Centre National des Arts Plastiques, Fond d’aide à la photographie documentaire contemporaine et celui de la Mairie de Saint-Gervais-Les-Bains (Haute Savoie).
A l’occasion de cette exposition les éditions h’Artpon ont réédité le volume 1 de Glaciers augmenté d’un second volume, accompagné d’un texte de Daniel Girardin, historien de l’art.

Cette exposition est associée au parcours de l’exposition de la BNF : Paysages français : Une aventure photographique (1984-2017).

INFORMATIONS PRATIQUES
En ce moment à la Galerie :
Glaciers II
Aurore BAGARRY
Du 24 octobre au 20 décembre 2017 (prolongation)
Galerie Sit Down
4, rue sainte-anastase
75003 Paris
http://www.sitdown.fr
Sur rendez-vous uniquement : tél : 01 42 78 08 07 / info@sitdown.fr

Paysages français. Une aventure photographique 1984-2017 à la BnF

Paysages français. Une aventure photographique, 1984 – 2017 présente une synthèse des différentes missions photographiques réalisées, depuis les années 1980, par l’Etat, les régions et divers commanditaires ou portées par des photographes eux-mêmes, afin de rendre compte des profondes métamorphoses du paysage français. Loin d’une imagerie touristique ou pittoresque, l’expo donne à voir les mouvements croisés entre réalité physique, politique, socio-économique avec un regard d’auteurs et une esthétique sensible.

Après les expositions La France de Raymond Depardon, suivie de France 14 et aujourd’hui avec l’exposition Paysages français. Une aventure photographique, 1984 – 2017, la BnF s’impose vraiment comme le lieu de réflexion sur les mutations de la France, de son identité et de son territoire. Une exposition d’envergure (160 photographes – quelques 1000 tirages) qui se déploie dans les deux galeries de la BnF.

L’exposition se développe comme une promenade dans des paysages photographiques et dans le temps, en quatre décennies.

Dans la première partie intitulée l’expérience du paysage, le visiteur suit le travail mené dans les années 1980 par les 29 photographes de la Mission photographique de la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale)(1984-1988). Des côtes de la Normandie à Marseille, ces photographes, dont les stars Robert Doisneau et Raymond Depardon, s’affranchissent d’un regard illustratif sur les paysages urbains et naturels, au profit d’une liberté dans les choix esthétiques et documentaires. Quand certains racontent le territoire rural, plutôt bucolique, d’autres jouent avec les lignes des routes, des rails, ou encore avec les paysages urbains, oscillant du regard critique à l’abstraction. Les lieux de travail, comme des paysages humains, ont aussi suscité l’intérêt de quelques photographes dont Julien Benard dont on peut admirer l’œuvre intitulée la photocopieuse. Ou encore Vincent Debanne avec les Troupes de la Défense.

Les années 1990, deuxième partie de cette expo, permettent d’entrer dans le temps du paysage. Devenu « patrimoine », il est un élément central des politiques publiques et d’aménagement du territoire. La photographie est convoquée en premier lieu afin de contribuer à l’entrée de paysages dans le panthéon des sites exceptionnels et d’architectures post Seconde Guerre Mondiale d’être référencées patrimoniales.

Autour d’un belvédère, ce territoire est mis à l’honneur dans les travaux réalisés pour le Conservatoire du Littoral de Sabine Delcour ou de John Batho. Le paysage est aussi montré comme mobile et changeant, marqué par le cycle des saisons, le passage des années dans les photos d’Anne-Marie Filaire ou les transformations structurelles qui vont jusqu’aux grands ensembles avec les travaux de Laurent Kronental ou d’Alban Lecuyer qui dynamite des immeubles haussmanniens au milieu de barres d’immeubles.

Avec ses caractéristiques définies, le territoire devient, dans les années 2000, un élément fondateur de dispositifs photographiques libérés pour aller vers des formes d’imaginaires topographiques où le paysage devient style et regard d’auteurs. À travers des séries précises, parfois au long cours, qui embrassent la totalité du territoire français, le style valorise les lieux. On peut aisément identifier des signatures reconnues, tels Stéphane Couturier, Thibaut Cuisset ou encore Jürgen Nefzger qui dans sa série « Fluffy clouds » photographie des personnages qui se détendent à proximité de centrales nucléaires. Les no man’s land, friches, camps de réfugiés, terrains vagues en devenir de villes nouvelles, métaphores d’un monde perdu ou en devenir, terminent cette séquence.

Enfin, depuis le début des années 2010, le paysage est photographié comme un espace non plus simplement à décrire mais à habiter. L’homme s’immisce dans le cadre ; le récit se fait plus intime et circonstancié, affirmant la place de l’être au paysage dans une relation fusionnelle et utopique. Dans cet espace d’ailleurs plus labyrinthique, la photographie assume sa dimension fictionnelle pour devenir le lieu d’une mise en récit. Cette partie offre une vision kaléidoscopique d’un territoire quotidien soumis au prisme de l’imaginaire. Cette liberté à chacun d’exister, d’exprimer sa singularité, et de regarder le monde, emmène la photographie vers l’art contemporain. Elle est dans tous ses états : fixe, mobile, sculpture et tableau…

Quand certains interrogent directement le territoire et sa plasticité liée à la mondialisation, les migrations, l’émergence de nouveaux flux de circulation et réseaux (Rémy Artigues, Beatrix von Conta, Frédéric Delangle …), d’autres interrogent plutôt la place de l’homme  (Elina Brotherus, Alexandra Pouzet, Thierry Girard, Guillaume Martial…), ou encore ont un questionnement plus philosophique, biographique, onirique, romanesque, bref déploient des espaces fictionnels (Jean-Philippe Carré-Mattei, Eric Tabuchi, Marion Gambin…), enfin quelques uns interrogent le paysage et le médium lui-même (Claudia Imbert, Lionel Bayol-Thémines) et l’ouvrent à de nouvelles hybridations.

Une exposition monumentale qui présente comment les photographes racontent avec humour, délicatesse, solennité parfois, les histoires de nos paysages qui s’inventent, s’inversent, s’hybrident…

Une riche programmation l’accompagnera : une journée de colloque et des conférences réunissant photographes, journalistes et spécialistes de la photographie, des visites commentées par certains des photographes exposés, ainsi qu’un cycle de cinéma.

INFORMATIONS PRATIQUES
Paysages français
Une aventure photographique, 1984 – 2017
Du 24 octobre 2017 au 4 février 2018
BnF I François-Mitterrand
Quai François-Mauriac
75013 Paris
http://www.bnf.fr
Commissariat
Raphaële Bertho, maîtresse de conférence en Arts à l’Université de Tours
Héloïse Conesa, conservatrice du patrimoine, en charge de la collection de photographie contemporaine, département des Estampes et de la photographie, BnF
Exposition réalisée avec le soutien de Picto Foundation, le fonds de dotation des laboratoires Picto 

Publication
Paysages français. Une aventure photographique, 1984 – 2017 par Raphaële Bertho et Héloïse Conesa avec les contributions de Bruce Bégout et François Bon
Éditions de la BnF
Prix : 49,90 euros
BnF Editions

Le paysage contemporain à l’honneur à Châteauvert

Jusqu’au 26 novembre,  le Centre d’Art Contemporain de Châteauvert propose une exposition intitulée Le Paysage en Question, qui met en regard les oeuvres de 8 artistes de génération et de style différent autour de la notion de paysage. Sous le commissariat de Gilles Altieri, ancien directeur de l’Hôtel des Arts de Toulon, artiste et directeur artistique de la Galerie du Canon, nous retrouverons les toiles d’Arthur Aillaud, Vincent Bioulès, Koen Van Den Broek, Tshuta Kimura, Per Kirkeby, Guy de Malherbe, Serge Plagnol, et Jérémy Liron. Balade à travers le paysage contemporain.

« Sans que nous en ayons conscience, notre perception de la nature n’a rien, si on peut dire, de naturel; elle a été construite au fait du temps et de façon décisive autour du XVe siècle, au moment où ont été élaborées en Europe les règles de la perspective qui imposent à notre perception de l’espace à la fois un cadre délimité à la façon d’une fenêtre et l’illusion de la profondeur » explique Gilles Altiéri. Au XVIe siècle, le paysage apparaît progressivement comme genre autonome et sert surtout de décor à des scènes historiques ou pour les portraits comme cela est visible chez Léonard de Vinci. C’est à Venise  que naissent les prémices de ce genre pictural avec le védutisme. Ces vues de la lagune, dont Antonio Canaletto (1697-1768) et Francesco Guardi (1712-1793) deviennent les spécialistes, recueillent beaucoup de succès. Toujours au XVIIe siècle, le peintre classique français Nicolas Poussin (1594-1665) réalise de grands vues de la campagne romaine. Au Pays-Bas, Johannes Vermeer exécute une version classique du paysage urbain avec sa célèbre Vue de Delft. Enfin, le théoricien André Félibien pose le paysage en troisième position dans la hiérarchhie des genres qu’il définit en 1667, devant la nature morte mais après la peinture d’histoire et le portrait.

20170709_155937

Arthur Aillaud, Sans Titre, 2016

A partir de la fin du XVIIIe siècle, le paysage va connaitre ses premières lettres de noblesse grâce aux paysagistes anglais, William Turner en tête, et les peintres français comme Camille Corot et ceux de l’Ecole de Barbizon. Nous avons un exemple de ce naturalisme au Musée d’Art de Toulon avec les vues de la rade de  François Nardi (1861-1936). Enfin, le paysage se libère de toute contrainte avec les Impressionnistes. Les artistes peignent directement dans la nature et non plus en atelier. L’impressionnisme sera considéré comme le début de la peinture contemporaine. Libérée de sa mission de reproduire la réalité, l’art impressionniste expérimente les lignes, les couleurs et cette fascination de la lumière si chère à ces artistes.

liron_paysage 97_246x246cm_2011

Jérémy Liron, Paysage 97, (Quadriptyque), huile sur toile sous plexiglass, 2012 © Jérémy Liron

La dénomination même de paysage est à rappeler: « Etendue spatiale, naturelle ou transformée par l’homme qui présent une certaine identité visuelle ou fonctionnelle » nous dit le Larousse. Ainsi, la peinture contemporaine n’échappe pas à inclure tous les éléments modernes de notre quoditienneté sur la toile: barres d’immeuble, infrastructures routières, zones désafestées, paysages naturels travestis par la démarche humaine. Un éclectisme assumé par les artistes exposés: « Par le choix des huit artistes présentés, différents par les générations qu’ils représentent et par leurs démarches, l’exposition s’intéresse aux filiations complexes et aux rapports que le paysage contemporain entretient avec l’histoire et le monde qui nous entoure dont la ville est devenue l’élément majeur . Elle apporte également la preuve que la foi dans la peinture et le paysage demeure intacte » affirme Gilles Altiéri.

20170709_150040

Serge Plagnol, La musique des branches, 2009

L’artiste toulonnais Serge Plagnol nous plonge dans l’univers sensoriel de la nature. Une peinture agitée, épaisse, mélangée associée à des coups de pinceaux bruts et vifs où chaque motif se révèle au contact de l’autre.La facture du peintre parisien Guy de Malherbe est pâteuse et sa peinture déborde sur les tranches du tableau. Ses courts aplats révèlent toute la minéralité du paysage, s’abandonnant aux détails substantiels.

Falaise, huile sur toile, 120x120cm, 2014Guy de Malherbe, Falaise, 2014 © Alberto Ricci, Courtesy Galerie La Forest Divonne Paris/Brussels

Né à Marseille et vivant à Lyon, Jérémy Liron s’intéresse au paysage urbain. Cette architecture apporte une profondeur au tableau. Quant à l’artiste parisien Arthur Aillaud, il travaille par petites touches, apportant du relief au paysage grâce aux délicates touches de lumière. Une autre toile s’impose à nous par sa verticalité .

HD Vincent Bioul+¿s, Le Muscle du printemps, 2016, 150x200cm, copyright Pierre Schwartz, courtesy Galerie La Forest Divonne . Paris_BrusselsVincent Bioulès, Le Muscle du printemps, 2016 ©Pierre Schwartz, Courtesy Galerie La Forest Divonne . Paris-Brussels

Vincent Bioulès adopte des formes anguleuses, géométriques, des volumes étirées qui prennent plae sur la toile. Les couleurs lumineuses évoquent sa région. Sa facture impressionniste, « pointilliste et charnue », est traitée par différence de texture et de couleurs, qui créent la perspective.

KIMURA p33 recadr+®

Tshuta Kimura, Le champ de Provence , 1984 © Hôtel des Arts de Toulon, Courtesy madame Kimura

Le peintre japonais Tshuta Kimura, adopte un fluidité du geste qui rappelle la calligraphie chinoise. Ce travail de construction/déconstruction donne à voir non plus la simple observation d’un paysage mais sa pluralité expressive dans des formes et des lignes variées. Cette approche métaphysique trouve une raisonnance dans l’oeuvre de l’artiste danois Per Kirkeby. Sa peinture abstraite et sombre interrogent le mystère de la nature. La toile garde les trace des différences de texture et son travail sur masonite apporte un rendu particulier.

Kirkeby p37 recadr+®

Per Kirkeby, Sans titre, 2000© Hôtel des Arts de Toulon, Courtesy, Per Kirkeby, Galerie Michael Werner, Märkisch Wilmersdorf, Köln & New York

20170709_155851

Koen Van den Broeck, Dante’s View #2, 2005 © Simon Vogel, Cologne, Courtesy of the artist and Philipp Von Rosen Galerie, Cologne

La part belle est faite aux constituantes du paysage urbain dans les cadrages serrés du peintre belge Koen Van Den Broeck. Sa peinture lisse et épurée invite à suivre les lignes géométriques d’un paysage toujours en quête de modernité.

20170709_145950

Cette belle exposition pose avec justesse la représentation du paysage au coeur de la peinture contemporaine et des pratiques actuelles des artistes. Elle donne à voir le regard des artistes et leur perception sensible sur un thème en renouvellement perpétuel.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Paysage en Question
Jusqu’au 26 novembre 2017
Centre d’Art Contemporain
Chemin de la Réparade
83670 Châteauvert
Tel: 07.81.02.04.66

Lien vers le site de la Provence Verte ici
Lien vers l’association des Amis du Centre d’Art de Châteauvert ici

Elliott Verdier : A Shaded Path, Portrait du Kirghizstan

Le photographe reporter Elliott Verdier a passé quatre mois au Kirghizstan, afin de dresser le portrait du pays méconnu avec une chambre photographique, à travers visages et paysages. Plus précisément, ce travail évoque la fracture générationnelle entre une jeunesse tournée vers l’occident, née après la chute de l’URSS, et une population plus âgée, nostalgique de l’époque soviétique.

Il traite l’errance moderne de ce pays qui a vu la chute brutale d’une idéologie dominante et l’émergence d’une autre, avec ce que cela comporte de problèmes, de doutes, d’espérances et de problèmes sociaux & culturels. Les vestiges de temps révolus, main de l’homme sur des décors oubliés, sont mêlés aux regards d’une population figée dans sa transition.

http://elliottverdier.com/