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Visa pour l’image Perpignan : L’expo du Jour
La chute du Califat de Lorenzo Meloni

L’un des plus importants festivals internationaux consacrés au photojournalisme a ouvert ses portes samedi dernier à Perpignan. Jusqu’au 17 septembre, Visa pour l’image Perpignan, propose au public 25 expositions sélectionnant les photoreportages venus du monde entier. Chaque jour, Didier Cameau, partagera avec nous l’expo du jour !

Aujourd’hui, direction le couvent des minimes pour la visite de l’exposition « La chute du Califat » de Lorenzo Meloni, photographe membre de l’agence Magnum.

Quatre batailles pour une même guerre, quatre territoires, quatre villes symboles, une multitude d’acteurs, locaux, régionaux, internationaux ; un seul ennemi : l’État islamique.

Autoproclamé en juin 2014 à Mossoul, deuxième ville d’Irak qui venait de tomber entre leurs mains sans coup férir ou presque, le « califat » est alors au faîte de sa puissance. Les djihadistes contrôlent un territoire grand comme le Royaume-Uni. À la tête d’un arsenal considérable pris à l’armée irakienne, ils voient des milliers de volontaires arriver du monde entier.

Les djihadistes fondent alors sur Kobané, petite ville syrienne collée à la frontière turque, que contrôlent des Kurdes pro-PKK qui ont profité de la décomposition du pays pour créer leur province quasi autonome : le Rojava. Lorenzo Meloni s’y était déjà rendu. Il y revient pour suivre une résistance farouche contre un ennemi implacable. Contre toute attente, les Kurdes tiennent. Les djihadistes piétinent, puis reculent, et enfin, en janvier, abandonnent Kobané. Première grande défaite de l’État islamique depuis la prise de Mossoul.

En couvrant ces quatre batailles, Lorenzo Meloni offre le point de vue unique de quatre échos d’une même guerre. Il laisse voir combats et ruines, la fureur et les silences. Ces silences qui s’abattent sur des lieux où déjà il n’y a plus de bruits de voix, de circulation, de radio, de télé, de sonneries. La guerre chasse la vie. Qu’elle cesse un instant, et le silence s’installe, assourdissant comme une nuit profonde.

INFORMATIONS PRATIQUES
La chute du Califat
Lorenzo Meloni
Dans le cadre du festival Visa pour l’Image
Du 2 au 17 septembre 2017
Couvent des minimes
66000 Perpignan
http://www.visapourlimage.com
http://www.scorcelletti.com

Cette semaine, si vous êtes à Perpignan, retrouvez tout le programme de Visa pour l’image Perpignan dans l’application Mowwgli (AppStore) ! Géolocalisez-vous pour trouver toutes les expositions près de vous.

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Paris Match #2 : Un journal devenu marque

Alors que nous abordions hier, les enjeux de la transformation numérique et ses conséquences sur l’économie, dans ce deuxième volet, Régis Le Sommier aborde la notion de marque. Une évolution des pratiques traditionnelles d’une rédaction et un apprentissage quotidien pour l’ensemble des collaborateurs qui doivent en porter les valeurs et s’adapter aux nouveaux modes de consommations des lecteurs.

Mowwgli : Cette adaptation nécessaire au numérique c’est de raisonner non plus seulement en tant que journal mais en tant que Marque?

Régis Le Sommier : Nous sommes très  présents sur les réseaux sociaux. Quand Marc-Olivier Fogiel annonce l’interview exclusive de Claire Chazal dans Match, il le fait sur twitter. C’est une façon d’être exposer à la marque même si vous ne lisez pas le magazine. Vous savez que la révélation, l’exclusivité est dans Match. L’audience y est bien plus importante que simplement dans l’acte d’achat du magazine. Aujourd’hui, nous avons une vrai politique numérique. Quinze millions de visiteurs uniques par mois et environ cent millions de pages vues pour le site internet. Nous avons également développé Snapchat. C’est vraiment intéressant parce que les utilisateurs sont les 13-24 ans, ce qui n’est pas du tout notre public. Néanmoins nous y avons un million d’abonnés, environ six cent milles par jour viennent y picorer les contenus que nous produisons chaque jour. C’est une appli qui marche très très bien. Et quand les enfants de ma compagne, qui sont ados, me disent qu’ils ont vu Paris Match sur Snapchat, je me rends compte qu’on fait rayonner la marque, qu’on l’amène dans des endroits qui ne sont pas immédiatement rentables mais qui continue à asseoir sa notoriété. On essaie, d’autant plus, de créer une mixité dans la création des contenus: du ludique couplé à de l’éducatif même si on n’est pas là pour donner des leçons de décryptage. Nous proposons environ 60% de contenus ludiques et 40% d’interview exclusives, d’entretiens rares qui vont permettre de faire réfléchir. Ce n’est pas fait dans un but pédagogique mais avec cette notion de partage de l’information. On utilise toutes les plateformes avec nos contenus de reportages, alors pourquoi ne pas les décliner et amener des lecteurs dans des sujets plus durs.

« Quinze millions de visiteurs uniques par mois et environ cent millions de pages vues » 

Lors de mon dernier séjour à Mossoul en mars dernier avec Flore Olive, nous avons beaucoup twitté et partagé sur Instagram et Facebook de petits contenus videos. L’an dernier, j’étais le seul journaliste français lors de la reddition des rebelles Alep. Je me suis mis en scène, cela change bien sûr un peu l’approche que l’on a en tant que journaliste, puisque cela personnalise le sujet. Mais c’était aussi utile car cela raconte la situation sur place sous un autre angle, plus personnel. Match a une telle puissance de frappe, que l’on a des accès là où d’autres ne peuvent aller, cela permet de couvrir l’évènement, mais aussi de décliner la marque différemment. J’envoyais dix tweets par jour. Comme j’avais très peu de connexion, je les préparais au fur et à mesure de la journée comme de petits épisodes et le soir, j’allais dans un webcafé pourri pour les poster. C’est du bricolage mais cela personnalise la relation entre lecteurs et auteurs du magazine. Cela favorise cette intimité avec la marque et l’a fait rayonner dans des lieux difficile d’accès, où on ne l’attend pas.

Pour Snapchat c’est tout à fait autre chose. Ce sont des pratiques et des techniques très étudiés. Concevoir le sujet, créer le contenu, l’enrichir de data, combiner l’ensemble, c’est un autre métier, une autre approche mais c’est complémentaire. On a une équipe totalement dédiée à ce média, qui participe aux comités éditoriaux et aux conférences de rédaction. Elle suit la ligne éditoriale en l’adaptant au support. Mais comprenez bien que même sur Snapchat, on retrouve la patte de Match. C’est un peu comme la potion magique d’Astérix. On y retrouvera les ingrédients dont nous avons parlé précédemment et ce petit plus qui fait qu’un sujet est « Match » et un autre non. Cela tient souvent à pas grand chose. Bien sûr, quand il s’agit d’une personnalité, c’est assez facile. Mais pour qu’un inconnu passe dans Paris Match, il faut qu’il ait une histoire et là, cela demande un savoir-faire.

Mowwgli : Envoyer des reporters sur le terrain engendre aussi des coûts importants, une prise de risque ?

R. L. S. : Oui, c’est vrai mais on ne transige pas avec cela, même si avec Mossoul, c’est très douloureux et que nous avons payé un lourd tribut, notamment avec Véronique Robert. Elle était venue vers nous car elle résidait à Dubai, allait souvent en Irak et avait un certain nombre de contacts là-bas. Elle a d’abord commencé par les kurdes, les peshmergas. Ensuite nous avons voulu suivre la Golden Division, l’ICTS (Iraqi Counter Terrorism Service) et nous avons envoyé Véronique avec le photographe Alvaro Canovas pour couvrir la chute de Mossoul-Est. Elle était pigiste pour nous. Si nous avions pu avoir un reporter en interne bénéficiant des mêmes réseaux qu’elle, nous aurions probablement choisi d’envoyer l’un des nôtres. Côté Syrien j’ai pas mal de contact, côté Kurde nous avions aussi ce qu’il nous fallait avec Flore Olive mais sur l’Irak même, nous n’avions pas forcément les bonnes connexions. C’est ainsi qu’on a travaillé avec Véronique. Je suis moi-même allé ensuite à Mossoul avec Alvaro. J’en suis revenu très marqué tant les combats y étaient violents. Entre mars et juin, la moitié des personnes sur les vidéos que j’ai faites sont morts. On se disaient qu’on avait de la chance parce que peu des nôtres étaient morts…et puis la nouvelle est tombée pour Véronique Robert qui était repartie, cette fois pour une chaine de télévision, pour Bakhtyar, leur fixeur et Stephan Villeneuve.  Voilà ce qu’est Mossoul. Mais malgré tout, on continue, on envisage des plans, des possibilités pour poursuivre. J’ajouterai une chose, pour les jeunes photographes puisque nous sommes en plein Visa pour l’Image. Ce métier n’est pas glamour, il n’y a rien à y gagner, vous risquez votre peau et que vous courrez le risques de ne pas voir vos photos publiées parce qu’il y en a tellement. Aujourd’hui, un soldat de l’armée irakienne qui sait à peu près tenir une caméra sera beaucoup plus réactif que vous car sur place et expérimenté. Alors réfléchissez-y avant de partir.

• Lire la 1ère partie de l’interview : Une rédaction toujours dans l’air du temps (publiée le 4 septembre 2017)
• Lire la 3ème partie de l’interview : Volatilité du lectorat, infobésité: résister au déferlement d’images ! (publiée le 6 septembre 2017)
• Lire la 4ème et dernière partie de l’interview : Entre information et sensationnalisme, l’arbitrage ? (publiée le 7 septembre 2017)

http://parismatch.com

Visa pour l’image Perpignan : Rencontre avec le photoreporter Laurent Van der Stockt

A l’occasion de Visa pour L’Image, rencontre avec le photoreporter Laurent Van der Stockt.  Auteur du reportage bouleversant, sur l’utilisation des armes chimiques par le régime de Bachar El Assad en 2013, ses images ont fait le tour du monde. La force de ses sujets réside dans l’acuité de son regard qu’il pose sur la situation en Irak, où il a failli être mortellement touché dans un attentat à la voiture piègée, en Syrie dont il a couvert le conflit depuis ses débuts jusqu’en août 2013, soutenu dans ses projets par le quotidien Le Monde avec lequel il collabore régulièrement.

Ses éclairages sur la complexité du monde force à la prise de conscience, les grands de ce monde et au respect, pour une profession en déserrance, qui a du mal à résister et à s’organiser face à la transformation numérique, à la convoitise des grandes banques d’images et au recrocquevillement indigent de certaines agences, faute de vision ou de moyen. Rencontre avec l’un des plus grands photorerter, un homme de foi

Mowwgli : Aujourd’hui, on expose de plus en plus le photoreportage. Une « grande arche » du photojournalisme vient d’être inaugurée. Vous êtes vous-même un invité régulier de Visa pour L’image. Toutefois, on ne lit pas l’image de la même manière sur un mur ou dans les pages d’un magazine.

Laurent Van der Stock : Il est très juste de dire qu’on ne lit pas l’image de la même manière sur un mur ou dans les pages d’un magazine. D’abord, dans la phrase, le même terme « image » est employé pour désigner deux choses différentes. Dans un journal est imprimée la reproduction d’une photographie, et la reproduction de ce qui est un objet, si on veut garder la définition exacte d’une photographie, n’est pas l’objet en question. Elle ne peut avoir sa taille, sa chromie, sa densité, son support particulier, en carton, en plastique, et beaucoup d’autres formes encore, additionnée dans un nombre choisi sur une surface dont la taille peut être choisie bien au delà des dizaines de centimètres d’une page en papier. Un journal n’est pas un espace ou même seulement un mur, n’a pas la même temporalité, et les spectateurs d’une exposition ne sont pas dans l’attente et la perspective du lecteur d’un journal.
Aligner au mur des images qui ont été éditées jour àprès jour pendant la couverture d’un évènement pour un journal ne peut pas avoir le même résultat ou le même effet que de réaliser une exposition en utilisant toutes les possibilités d’un tel medium. Pour donner un exemple pratique, lors d’une exposition sur les printemps arabe à Dunkerque, j’ai fait entrer le public dans un espace clos et sombre qui recréait les intérieurs détruits et abandonnés des maisons du quartier de Jobard, en zone rebelle à Damas, en Syrie. Pour plusieurs raisons, parce qu’il a lui même une chambre, une cuisine, un intérieur, ou aussi à cause de l’organisation de l’espace, le visiteur sortait de l’installation beaucoup plus touché et concerné qu’après avoir circulé devant les murs où étaient présentées les photos des autres auteurs dont le travail présenté était manifestement les tirages de reportage précédemment destinés à la presse.

Concernant Perpigan, il faut sans doute considérer que c’est le lieu où sont rassemblées et présentées les sélections d’images, des reportages, qui justement, sont destinées à la presse d’information. Des milliers de visiteurs viennent les regarder, pendant des semaines. Beaucoup d’autres festivals, avec d’autres objectifs, sont nés depuis, mais Visa a gardé son identité.

Mowwgli : Au delà de la page imprimée, l’exposition photographique a-t-elle aujourd’hui un rôle de transmission? Prenez-vous en compte l’éventualité d’une exposition dans la construction de vos sujets et de vos images?

L. V. D. S. : Pourquoi l’exposition n’aurait-elle pas un rôle, des rôles, de transmission, d’information, de sensibilisation ? Mais la photographie est multiple, il n’y a pas une photographie mais plusieurs, et il faut la nommer, la définir auprès du visiteur pour ne pas le confondre, le tromper. Et on est trop souvent, à nouveau, devant un problème d’étiquette, de définition. Celui qui donne à voir une installation de photographies des victimes de la guerre en Syrie, même s’il ne fait pas un travail d’information identique à celui qu’il ferait dans un organe de presse, loin s’en faut, ne s’en trouve pas moins soumis à une éthique stricte, comme la plus grande compréhension du problème dont il parle, ou à une moins grande responsabilité. La photographie est un médium malléable, qui peut-être utilisée pour le pire comme pour le meilleur. Plus que jamais, il s’agira de tenir compte, de définir l’identité et la qualité de l’auteur.

Personnellement, je ne peux pas à priori penser à une future exposition, à un autre usage, pendant du reportage destiné à informer. Bien le faire est terriblement accaparent et ne supporte pas de compromis ou d’ambiguïté. Parfois aussi pour des raisons simples, comme le choix du matériel. Ce qui a changé avec les progrès techniques, c’est que le matériau produit avec des appareils légers, de reportages, permet aujourd’hui de le revisiter plus tard et de s’en servir pour un propos sous une autre forme que celle de sa première destination.

Mowwgli : N’y a-t-il pas un risque d’esthétisation exacerbée de l’image au détriment du sujet traité par les jeunes auteurs?

L. V. D. S. : Il faut se mettre à leur place. Le contexte dans lequel ils cherchent à s’inscrire est en crise, de différentes manières, depuis longtemps. Les magazines, par exemples, au centre d’un modèle économique d’activité des photographes indépendants, organisés en agences commerciales compétitives, pendant plusieurs décennies, ont eux-mêmes été dans une telle crise d’identité que l’usage qu’ils faisaient, et donc promouvaient, de la photographie d’information était extrêmement ambigu. Ce sont eux, entre autre, qui ont promu une concurrence qui entraînait les photographes vers l’usage du « superlatif », son équivalent pour l’écrit, et qui s’éloigne terriblement de la toute première éthique du journalisme, qui entraine l’usage abusif du grand-angle, ou du télé-objectif, selon les modes et les époques, pour des effets de dramaturgie ou ou simplement d’exagération, dans une course, nuisible à la vérité, vers le plus extraordinaire, le « plus que le concurrent ». Ils doivent s’inscrire dans une époque qui voudrait amalgamer art et reportage. C’est un leurre très perturbant, désastreux, de mélanger deux disciplines intrinsèquement différentes. Exprimer son interprétation, sa vision personnelle, son ressenti, d’une part, ou tenter de traduire et rapporter la réalité de la façon la plus juste et objective d’autre part, sont deux chemins tout aussi respectables et nécessaires qu’impossibles à confondre.
De plus, le modèle économique de cette toute petite profession, au point qu’elle ne peut contenir qu’un nombre restreint d’acteurs, leur offre plus de chances d’être exposé, publié sous forme de livres, ou de recevoir des prix, que d’être publiés dans la presse et donc de faire du journalisme à proprement parler. C’est ce qui est offert aux plus jeunes, ce qui trouble leur compréhension, qui est à réfléchir. Qu’est-ce qui, pendant des années, a été promu, mis en lumière à leurs yeux ? Les photographes paillettes, ultra-visibles, et qui pour le devenir ont donné tant de leur temps à l’auto-promotion dans les festivals, galeries, vernissages des capitales ? Ou les gens de terrains, les acteurs loin des regards, travaillant et publiant quotidiennement pendant des années dans des conditions terribles ?

Mowwgli : Lors des lectures de portfolios ou au palais des festivals, les aspirants photographes se bousculent pour montrer leurs travaux et envisagent, pour certains, de partir sur les zone de guerre. Les journalistes et photographes sont devenus ces dernières années des proies, voire des monnaies d’échanges potentielles sur les zones de conflits. Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes et novices qui n’ont aucune connaissance du terrain et qui vont partir malgré tout, pour se faire un nom, ou témoigner d’une situation?

L. V. D. S. : Si l’on considère exclusivement les zones de guerres, c’est une très lourde responsabilité que d’aider à faire les premiers pas. Bien sûr de nouveaux dangers, de nouvelles frontières, avec derrière elles des terrains inaccessibles ont vu le jour, mais en soi, le principe de danger n’a rien de nouveau. Si on veut aller travailler dans des situations qui font des victimes, comment ne pas comprendre qu’on s’expose à en être une soi-même ? Seule l’expérience et la connaissance forment petit à petit un commencement de protection. Et pour ceux qui prennent cette décision personnelle particulière que de risquer leur vie, les débuts seront toujours dangereux. Il ne faut surtout pas se précipiter et s’il y en a, se renseigner auprès de ceux qui sont sur le terrain, ou qui y étaient le plus récemment possible.

Mowwgli :La prise de risque ou un sujet récompensé par un grand prix (World Press, prix Bayeux etc), au delà de la fierté légitime, permet-il à son auteur d’envisager sereinement des commandes à venir?

L. V. D. S. : Mon premier reportage il y a trente ans n’était pas une commande, mon dernier ne l’était pas non plus à proprement parler. Et je crois bien que ce que j’ai fait d’abouti entre les deux ne l’était pas très souvent non plus. Je crois qu’aujourd’hui, comme avant, les commandes dans des situations dangereuses sont rares, peut-être heureusement, et que les collaborations naissent quand une connaissance ou une compétence existe auparavant, qu’elle assure le média d’une position responsable et prudente, et la possibilité d’un travail sérieux en retour. C’est plutôt la situation où un média envoie quelqu’un de peu expérimenté, et avec peu d’aide ou de moyens, qui est condamnable.

INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition
La Bataille de Mossoul
Laurent Van der Stockt
Du 2 au 17 septembre 2017
Couvent des minimes
66000 Perpignan
http://www.visapourlimage.com
• Projection
La Bataille de Mossoul
Laurent Van der Stockt
Le 11 septembre 2017 à 19h
Le 61
3, rue de l’Oise (Canal de l’Ourcq)
75019 Paris – France
http://www.facebook.com/61Paris

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Visa pour l’image Perpignan : L’expo du Jour
Le Venezuela au bord du gouffre de Meridith Kohut

L’un des plus importants festivals internationaux consacrés au photojournalisme a ouvert ses portes samedi dernier à Perpignan. Jusqu’au 17 septembre, Visa pour l’image Perpignan, propose au public 25 expositions sélectionnant les photoreportages venus du monde entier. Chaque jour, Didier Cameau, partagera avec nous l’expo du jour !

Aujourd’hui, direction le couvent des minimes pour la visite de l’exposition « Le Venezuela au bord du gouffre » de Meridith Kohut, sujet réalisé pour le New York Times.

Alors que le Venezuela dispose des plus importantes réserves pétrolières du monde, des années de corruption au sein du gouvernement ainsi que de politiques économiques inefficaces ont entraîné une crise profonde dans le pays. Les Vénézuéliens luttent pour survivre malgré les pénuries de nourriture et de médicaments, un rationnement drastique de l’eau et de l’électricité, une criminalité en forte hausse et un gouvernement répressif.

Plus de 85 % des médicaments sont indisponibles, ou très difficiles à trouver. Les hôpitaux publics sont paralysés et manquent de tout, y compris du matériel de base (compresses, gants stériles, seringues, antibiotiques, appareils de radiographie), et beaucoup n’ont accès à l’eau courante que quelques heures par jour.

L’hôpital psychiatrique public El Pampero à Barquisimeto n’a pratiquement aucun des médicaments nécessaires pour traiter les maladies dont souffrent les patients. Les cris glaçants d’Emiliana Rodriguez résonnent dans les couloirs pendant des heures. Cette femme atteinte de schizophrénie répète sans cesse : « Je ne suis PAS folle, j’ai juste FAIM ! ». Les patients non traités considérés comme dangereux pour eux-mêmes et pour les autres sont attachés à leur lit ou bien enfermés dans des cellules d’isolement avec juste un matelas. J’ai trouvé Cleofila Carrillo en train de pleurer doucement sous une moustiquaire déchirée : sa voisine de chambre schizophrène et non traitée l’avait attaquée au milieu de la nuit, lui avait arraché le nez avec ses dents… et l’avait avalé. Elle a besoin d’une rhinoplastie complète, mais comme il n’y a pas de matériel, les médecins n’ont pu que lui panser sa plaie.

Aux premières heures du matin, des centaines de personnes font la queue devant les supermarchés et les pharmacies, souvent pendant plus de dix heures, espérant pouvoir bénéficier des petits sacs de vivres distribués par le gouvernement, mais il n’y en a jamais assez pour tous. En décembre 2016, l’inflation a atteint les 800 %, faisant grimper le prix des denrées alimentaires et les rendant inaccessibles, même pour ceux ayant un emploi à temps plein. Au cours d’une étude récente, 90 % des Vénézuéliens ont déclaré ne pas avoir assez de revenus pour acheter la nourriture dont ils ont besoin ; 73 % ont signalé une perte de poids involontaire de 9 kilos en moyenne.

Ayant de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, des milliers de Vénézuéliens ont afflué vers les mines d’or illégales gérées par la mafia, prêts à tout pour être payés en or plutôt qu’en bolivars, la devise locale dont le cours varie considérablement de semaine en semaine. D’autres ont choisi de fuir et paient des narcotrafiquants pour qu’ils les fassent passer vers les îles d’Aruba ou de Curaçao, au milieu des cargaisons de cocaïne.

Des centaines de milliers de Vénézuéliens ont choisi, quant à eux, de descendre dans la rue. Plus de cent manifestations massives, et pacifiques pour la plupart, ont eu lieu cette année, mais elles prennent une tournure de plus en plus violente. Les membres radicaux de la « Résistance » affrontent quotidiennement les forces de l’ordre : jets de pierres et de cocktails Molotov, autoroutes bloquées, bâtiments publics incendiés. Des émeutes ont éclaté à travers le pays, les magasins et les pharmacies ont été pillés jusqu’au moindre rayon. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes, de tirs au plomb, de balles en caoutchouc et de canons à eau à l’encontre des manifestants. Plus de 100 personnes ont été tuées, plus de 2 000 blessées, et plus de 3 000 ont été arrêtées par la police et ont raconté avoir été brutalement torturées.

Le gouvernement socialiste refuse d’assumer la responsabilité de la crise et a même juré de vaincre ses opposants. Le président Nicolas Maduro a ainsi déclaré : « Si le Venezuela plonge dans le chaos et la violence et que la révolution bolivarienne est anéantie, alors nous irons au combat. Nous n’abandonnerons jamais, et ce qui ne pourra être fait par les urnes, nous le ferons avec des armes. »

Meridith Kohut

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Venezuela au bord du gouffre
Meridith Kohut
Dans le cadre du festival Visa pour l’Image
Du 2 au 17 septembre 2017
Couvent des minimes
66000 Perpignan
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Emeric Glayse est notre invité de la Semaine

Pour notre semaine de rentrée placée sous le signe du reportage, nous accueillons Emeric Glayse, Directeur du Prix Carmignac du photojournalisme. L’appel à candidature de la 9ème édition du Prix est d’ailleurs lancée, vous avez jusqu’au 15 octobre pour participer (voir notre article) tandis que la 7ème édition est actuellement présentée à Londres.

Emeric Glayse a été nommé directeur du Prix Carmignac du Photojournalisme en 2015. Depuis son arrivée à la Fondation Carmignac, il a organisé les expositions et publié les livres Blank pages of an Iranian photo album de Newsha Tavakolian (2015), Colonie de Christophe Gin (2015) et Libye: Plaque tournante du trafic humainde Narciso Contreras (2016) et a conçu, en tant que commissaire, la rétrospective du Prix du Photojournalisme à la Saatchi Gallery (2016) – exposition de photojournalisme la plus visitée au monde en 2016 (Source : The Art Newspaper, mars 2017).

Fondateur et directeur artistique de nofound (2008/2011-2012), le blog devenu la foire de la photographie contemporaine à Paris, co-directeur de la galerie Mycroft (2009-2010) et co-fondateur de düo (2013-2014), un hybride galerie-librairie-restaurant, Emeric Glayse a organisé et produit de nombreux projets et expositions avec des photographes et des artistes travaillant avec le medium photographique, dont Elinor Carucci et Ren Hang (New Documents, 2011), JH Engström et Alec Soth (Bedroom, 2010), Richard Kern (Kern and Sons, 2009), Viviane Sassen (nofound, 2008), et Ed Templeton (Make up Girls, 2012 puis sur Paris Photo, 2014).

Emeric Glayse publie régulièrement sur la photographie contemporaine et a œuvré à la promotion de photographes émergents dans des magazines tels qu’Art Review. Il a animé en 2012 un workshop d’un an sur la monstration en photographie à l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP). Il intervient de même de manière régulière dans le cadre de conférences sur le médium dans des événements tel que la prochaine édition de la foire UNSEEN Amsterdam.

Engagé dans les efforts de promotion du dialogue culturel et de la liberté d’expression, Emeric Glayse a également créé de nombreux projets de développement culturel en partenariat actif avec des organisations telles que l’UNESCO (2010) ou Reporters sans frontières (2011-2012).

Le Portrait chinois d’Emeric Glayse :

Si j’étais une œuvre d’art : Avant, j’aurais écrit The Two Ways of Life (1857) d’Oscar Gustav Rejlander, maintenant je dirais un tableau de Mireille Blanc ;
Si j’étais un musée ou une galerie : La Fondation Marguerite et Aimé Maeght avant un apéro à la Colombe d’Or! L’année prochaine, la Fondation Carmignac à Porquerolles ;
Si j’étais un(e) artiste : Francis Bacon regardant Le Cuirassé Potemkine (Sergueï Eisenstein, 1925) ;
Si j’étais un livre : Vu par Life (Collectif, 1974). Ce livre trainait dans la bibliothèque de mes parents et a eu le malheur de me faire tomber amoureux de la photographie !
Si j’étais un film : Trop difficile, je ne peux pas m’endormir sans regarder un film… Il y en aurait trop !
Si j’étais un morceau de musique : Storm, Godspeed You Black Emperor! (Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven, 2000) ;
Si j’étais un photo accrochée sur un mur : Le tirage de George Shiras III que j’ai eu l’immense chance et plaisir de chiner sur un forum d’antiquaires états-uniens ;
Si j’étais une citation : « Tout va bien dans le meilleur des mondes ». une variante personnelle de Candide (Voltaire, 1759) ;
Si j’étais un sentiment : Un mélange entre la tranquillité et la colère ?
Si j’étais un objet : Spoutnik 1, le 4 octobre 1957 ;
Si j’étais une expo : New Documents de John Szarkowski au MOMA (1967) avec Diane Arbus, Lee Friedlander et Garry Winogrand – ou l’avènement du snapshot ;
Si j’étais un lieu d’inspiration : Mon jardin ;
Si j’étais un breuvage : Le thé dans Astérix chez les Bretons (Uderzo & Goscinny, 1966) ;
Si j’étais un héros/héroïne : Allez… Rick Blaine (Humphrey Bogart dans Casablanca, Michael Curtiz, 1942) ;
Si j’étais un vêtement : Les quinze robes en métal plié des Frères Baschet pour Qui êtes-vous, Polly Maggoo? (William Klein, 1966).

Toute le semaine, retrouvez la carte blanche de notre invité :
> La Carte Blanche photographique d’Emeric Glayse (mardi 5 septembre 2017)
> La Carte Blanche d’Emeric Glayse : Le Guide de la rentrée par Joël Riff (mercredi 6 septembre 2017)
> La Carte Blanche d’Emeric Glayse : Hommage à Brownie par Mireille Blanc (jeudi 7 septembre 2017)
> Les Bons Plans d’Amsterdam d’Emeric Glayse (vendredi 8 septembre 2017)

INFORMATIONS PRATIQUES
• 7ème édition du Prix Carmignac du photojournalisme : Narciso Contreras
/!\ Derniers jours : Jusqu’au 6 septembre 2017
Saatchi Gallery
Duke of York’s HQ, King’s Rd, Chelsea
London SW3 4RY
Royaume-Uni
• Appel à Candidature 9ème édition
Jusqu’au 15 octobre 2017
http://www.fondation-carmignac.com/fr/prix-du-photojournalisme/appel-a-candidature/

Paris Match #1: Une rédaction toujours dans l’air du temps

Dans le cadre du festival Visa pour L’image, Mowwgli a souhaité rencontrer les principaux acteurs du marché, photographes, éditeurs, agences et iconographes. Chaque jour, une rencontre avec l’un d’entre eux pour éclairer les enjeux liés aux marché de l’image, ses évolutions et l’enthousiasme qui, malgré la conjoncture, prédomine.

Rencontrer Régis Le Sommier, directeur adjoint de la rédaction de Paris Match n’est pas un banal rendez-vous. L’homme parle vrai, il est précis, avenant et sombre à la fois. C’est un journaliste de terrain, et même si vous avez fait vous-même quelques incursions en zones de conflit dans une vie antérieure qui vous permet de comprendre les enjeux qu’il évoque au cours de l’entretien, il vous faut être réactif, saisir les informations qui fusent, rattacher chaque donnée dans son contexte et identifier les lieux, personnalités et évènements qu’il égrène à un rythme effréné durant l’entrevue. Avec un sens aigu de la mission du journaliste, il aborde, non sans pédagogie, les grands bouleversements et les futurs enjeux de la profession.

Régis Le Sommier est un homme passionné, au caractère trempé qui vous transporte de New York à Port-Au-Prince, en passant par Mossoul, Monaco, Buckingham palace ou Deir ez-Zor et vous révèle en quelques phrases percutantes ce qu’est Paris Match.

Car si tout le monde a lu un jour le magazine, chacun y va de son interprétation suivant sa culture politique ou familiale. Les attaques répétées liées à la liberté de publication dont le magazine fait l’objet ces derniers mois mais plus largement, la difficulté pour les photojournalistes de travailler (et accessoirement de vivre de leur travail) sont l’occasion de faire le point dans un contexte politique et économique tendu et d’aborder la question de l’identité au travers de la liberté d’expression. A rencontre exceptionnelle, proposition éditoriale exceptionnelle, nous avons donc décidé de vivre au rythme de Paris Match toute la semaine, avec son directeur adjoint. Il nous parle émotion et éthique, évolutions technologiques et marketing et revient sur le procès intenté à Paris Match pour les publications de photographies de l’attentat de Nice.

Mowwgli: Comment définir Paris match en 2017 ?

Régis Le Sommier : Dans 18 mois, Paris Match fêtera ses 70 ans. Pour restituer un peu le contexte, Match est d’abord un magazine de sport crée en 1932 par Jean Prouvost. En 1936, l’arrivée de Life dans le paysage l’oblige à se repositionner pour devenir un généraliste avec une grosse entrée photographique, ce qu’on appelle un Picture Magazine. Lorsqu’on regarde les numéros de Match des années 37, 38, 39, notamment pendant toute la période qui précède la guerre, on s’aperçoit que l’on a déjà les ingrédients, les mêmes types de sujet, la même façon d’aborder l’actualité qu’aujourd’hui. La recette est là : émotion-révélation-surprise et l’entrée photographique. Sans photo, pas de sujet. Ce sont les fondamentaux de Match.

Aujourd’hui, dans un monde où le déferlement d’image, où le nombre de média a explosé, la donne en est radicalement modifiée. Quand j’ai commencé ma carrière, on démarrait tous d’abord par les faits divers et on avait à peine 3 ou 4 concurrents sur le terrain : un ou deux quotidien, VSD comme magazine qui pouvait éventuellement nous chatouiller. On prenait nos sources directement en interviewant les personnes concernées ou en décryptant la PQR (presse quotidienne régionale). Aujourd’hui le nombre de sources qui peuvent nourrir un papier ou le nombre de photos faites sur un même sujet est considérable. Le service photo de Match traite en moyenne 25 000 photos par jour, uniquement d’actualité. Les éditeurs sont rivés à leur ordinateur pour ne pas manquer LA photo. Heureusement, l’indexation a également fait énormément de progrès.  On a clairement vécu ces dix dernières années, plus qu’une révolution au niveau numérique, Paris Match, sur la numérisation des images, s’y est d’ailleurs mis assez tard. Mais cette révolution nous a placé comme marqueur de notre époque. Roger Thérond, qui fut directeur de la rédaction dans les années soixante, disait  que nous étions là pour « structurer le chaos ». On propose une lecture éditorialisée de la semaine, tout en conservant ces éléments dont je vous parlais plus tôt, la surprise, l’étonnement. On rythme le journal ainsi. La qualité photographique y est historique, dans l’ADN même du journal, et surtout on augmente la qualité des textes. Si par le passé, on a pu se contenter parfois de quelques papiers pas trop écrit, aujourd’hui, dans un monde où tout se consomme très rapidement, le plaisir de lire une double page bien écrite est d’autant plus indispensable.

« structure le chaos », Roger Thérond

Mowwgli: Comment s’est fait cette évolution, ce glissement du papier vers le numérique?

R. L. S. : Il faut bien comprendre que l’émotion aujourd’hui se disperse très vite et c’est une donnée que nous avons dû intégrer dans notre logiciel interne. À une époque, l’émotion durait une semaine voire plus. On avait donc le temps. Aujourd’hui, si on prend l’exemple de la mort de Mireille Darc ou Jeanne Moreau, dans la version hebdomadaire, donc papier, nous sommes obligés d’anticiper les évènements voire d’avancer le bouclage. On a pu le faire, par exemple, pour de grands évènements comme les mariages princiers, en Angleterre ou à Monaco. On a parfois bouclé le week end pour être en kiosque dès le lundi. On doit coller au plus près de l’évènement parce qu’on sait que l’émotion liée à cet évènement ne va pas durer. Un petit retour historique pour étayer mon propos. La plus grosse vente de Paris Match de l’histoire reste la visite de la reine d’Angleterre à Paris en 1957. Deux millions deux cent mille exemplaires. A l’époque, si vous vouliez suivre l’évènement, vous n’aviez pas d’autres solutions que d’acheter Paris Match. Peu d’images télévisées, des écrits quotidiens bien sûr,  mais ce que Match a fait, a préparé, c’est-à-dire la remontée de la Seine, chaque moment vécu, les rencontres avec le président Coty, tout était dans le magazine car on avait positionné des photographes partout. On offrait quelque chose. C’est pareil pour les premières photos de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la lune. Quand on voit la terre vue de la lune, c’est dans Paris Match que ça se passe. Les photos en couleurs, c’est dans Match. Tous les exploits sont dans Match. D’ailleurs, c’est la conquête de l’Anapurna en 1950 qui fera la renommée et décoller les ventes. Paris Match est crée en mars 1949, mais à la fin de cette même année, on parle de dépôt de bilan. Et puis Maurice Herzog grimpe l’Anapurna, Match a les photos et ces photos ne sont nulle part ailleurs. Et même encore aujourd’hui, personne ne peut ne nous le retirer, se les approprier et refaire du contenu éditorial avec. Je vais donner un exemple très précis de la situation actuelle pour vous éclairer. Il y a dix jours, nous publions l’interview exclusive d’Alain Delon qui nous confie sa peine à la suite de la disparition de Mireille Darc. Cette interview est immédiatement reprise sur la version en ligne d’un grand quotidien avec un texte incroyable « Le xxx.fr vous présente l’interview d’Alain Delon » sans préciser que l’interview a été réalisée par Paris Match. On a dû appeler la rédaction du site pour les recadrer un peu mais voilà la réalité de la presse en ligne: un pillage absolu, sans vergogne.

« La plus grosse vente de Paris Match de l’histoire reste la visite de la reine d’Angleterre à Paris en 1957 »

Bien sûr comme les autres nous avons aussi subi une érosion des ventes, un changement des pratiques de consommation des média, mais je crois que Paris Match tire son épingle du jeu, avec sa version papier parce que nous avons cette singularité, cette façon, ce savoir-faire un peu artisanal que les lecteurs plébiscitent. Dans sa consommation, le public cherche cette notion du concept anglo-saxon de Forward leaning media qui répond à la quotidienneté, l’immédiateté de l’information dans la version online ou l’appli et de backward leaning media qui est associé à un moment de détente, de prendre le temps de regarder l’actualité avec recul, moins avec ce sentiment d’urgence. Cela fonctionne un peu comme on consomme la radio dans la semaine et le week end. Le week end, on se donne le temps d’écouter des émissions plus longues tout en effectuant d’autres tâches ou activités agréables, comme la cuisine. On est en mode « tranquille » alors que dans la semaine, on allume son poste pour savoir ce qui se passe à l’instant T, ou dans sa voiture avant d’arriver au bureau. Ce n’est pas du tout la même approche. On travaille exactement dans cette optique: conserver cette dimension, ce mélange de thème qui au départ pouvait nous faire passer pour l’un des derniers dinosaures à présenter l’actu ainsi. Aujourd’hui c’est une réelle force d’être ce dernier dinosaure. Life a disparu, les autres magazines comme Der Spiegel se sont concentrés sur des actus dites « sérieuses ». Nous avons choisi de rester sur tous les registres. On peut tout aussi bien présenter dans le même numéro la mort du fils de Sheila et un « dix pages spéciales » sur la fin de la vieille ville à Mossoul. D’ailleurs, c’est ce qui nous permet encore aujourd’hui d’avoir ce taux de circulation aussi important. On vend environ 600 000 exemplaires par semaine et on a environ quatre millions de lecteurs. Un même numéro est vu environ par quatre à cinq personnes.

Lire la 2ème partie de l’interview : Un journal devenu marque (publiée le 5 septembre 2017)
• Lire la 3ème partie de l’interview : Volatilité du lectorat, infobésité: résister au déferlement d’images ! (publiée le 6 septembre 2017)
• Lire la 4ème et dernière partie de l’interview : Entre information et sensationnalisme, l’arbitrage ? (publiée le 7 septembre 2017)

http://parismatch.com

Visa pour l’image Perpignan : L’expo du Jour
Une Italie écorchée d’Emanuele Scorcelletti

L’un des plus importants festivals internationaux consacrés au photojournalisme a ouvert ses portes samedi dernier à Perpignan. Jusqu’au 17 septembre, Visa pour l’image Perpignan, propose au public 25 expositions sélectionnant les photoreportages venus du monde entier. Chaque jour, Didier Cameau, partagera avec nous l’expo du jour !

Aujourd’hui, direction le couvent des minimes pour la visite de l’exposition « Une Italie écorchée » d’Emanuele Scorcelletti, sujet réalisé pour le Figaro Magazine.

Entre le 24 août 2016 et le 18 janvier 2017, l’Italie a été dévastée par une série de séismes de magnitude allant de 5,5 à 6,6. Les Marches et l’Ombrie, deux régions jalonnées de petits villages témoins d’un immense patrimoine historique et culturel, sont ravagées par de violentes secousses qui font près de 300 victimes et balaient plus de 130 communes sur une zone de 83 000 kilomètres carrés. Norcia, Arquata del Tronto, Castelraimondo, Pievebovigliana, Tolentino, Visso…

Promontoire avancé de l’Europe, l’Italie est aux premières loges des crises du moment. La pression qui vient d’Afrique est tellurique autant que migratoire. Car c’est sur ces montagnes que l’essentiel du risque sismique européen se concentre, sous la poussée du continent noir. Une mécanique souterraine qui secoue l’Italie en moyenne tous les cinq ans depuis 1945. Une mécanique qui broie des millions d’Italiens.

Et pourtant. Contrairement au tremblement de terre de l’Aquila, en 2009, transformé à l’époque en grand spectacle politique par Silvio Berlusconi, ceux des Marches et de l’Ombrie n’ont pas suscité la même attention ni la même dramaturgie. Dix mois après les premiers séismes, les promesses de reconstruction de ces joyaux d’art médiéval et de la Renaissance ne sont, pour l’instant, pas tenues. Comme si la vie s’était arrêtée le 24 août 2016. Les centres-villes transformés en « zones rouges » sont interdits d’accès : entrelacs de maisons et d’édifices effondrés, clochers fissurés, routes impraticables…

INFORMATIONS PRATIQUES
Une Italie écorchée
Emanuele Scorcelletti
Dans le cadre du festival Visa pour l’Image
Du 2 au 17 septembre 2017
Couvent des minimes
66000 Perpignan
http://www.visapourlimage.com
http://www.scorcelletti.com

Cette semaine, si vous êtes à Perpignan, retrouvez tout le programme de Visa pour l’image Perpignan dans l’application Mowwgli (AppStore) ! Géolocalisez-vous pour trouver toutes les expositions près de vous.

Télécharger l’application / mettre à jour la nouvelle version !
>>> http://itunes.apple.com/fr/app/mowwgli/id1184953498?mt=8