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The rose elephant, la photographie amateur du XXe à l’honneur à la galerie Lumière des Roses

Demain, la galerie Lumière des Roses basée à Montreuil, inaugure sa nouvelle exposition intitulée « The rose elephant », pour une plongée dans la photographie amateur du XXème siècle. Marion et Philippe Jacquier vous accueillent jusqu’au 13 juillet dans leur galerie du sud-est parisien !

Depuis plus de dix ans, nous cherchons avec passion des images qui ne sont petites que par leur taille. Ce sont des photographies d’amateurs, pour la plupart des tirages argentiques noir et blanc produits par milliers au cours du XXe siècle.

Au départ, nous pensions naïvement que le champ d’exploration serait sans limite. Glanées sur les étals de marchés aux puces ou extraites d’albums de famille, il semblait qu’il suffisait d’ouvrir l’œil pour les cueillir, mais au fil des années, nous avons réalisé que la source se tarissait peu à peu. Bien sûr notre regard s’est aiguisé avec le temps, il est devenu plus exigeant, mais il y a d’autres raisons à cette impression d’une espèce en voie de disparition. Appelées « snapshots » (le terme américain signifie « instantané ») ou qualifiées de ce mot en vogue, « vernaculaire », ces images anonymes ont gagnées au fil des années une légitimité au sein de l’histoire de la photographie. Désormais, elles fleurissent dans les livres ou sur les cimaises des musées. Les collectionneurs sont devenus friands de photographie amateur, chacun constituant sa collection sur tel ou tel sujet ; aussitôt sorties de l’ombre, les pépites sont repérées et prises d’assaut.

Quant aux photographies prises aujourd’hui – près de 3000 images par seconde, postées sur Instagram ou autres réseaux sociaux – elles recèlent certainement aussi des trésors, mais en l’absence d’une sélection fine et surtout de transfert sur un support papier stable, elles ont toutes les chances de disparaître aussi vite qu’elles sont apparues, perdues à jamais dans les profondeurs des disques durs auxquels nous n’avons pas accès.

Pour toutes ces raisons, les images que nous cherchons sont devenues rares.

En ouvrant les boîtes où repose notre collecte amassée au fil des années, il a fallu à nouveau opérer un tri, vérifier si le temps de cette jachère n’avait pas émoussé l’éclat premier qui nous avait saisis.

Après avoir remisé les nostalgiques, trait de caractère souvent associé à ces images aux bords dentelés, les erreurs photographiques, les amusantes et autres mignonnes, cinquante photographies sont apparues qui nous touchent par leur grâce, leur fantaisie, leur liberté. Cette liberté à  laquelle aspire tout photographe, à l’instar d’André Kertesz qui disait :

« Je suis un amateur et j’entends le rester. Regarder les amateurs dont le seul but est de recueillir un souvenir : voilà de la photographie pure ».

Voici donc the rose elephant. Nous ne nous lancerons pas dans une longue explication du titre. Dans le rose qui habille la galerie, il y a une certaine idée de l’aube, de la naissance de la photographie. Quant à l’éléphant, c’est une autre histoire. C’est le souvenir d’une photographie merveilleuse, trouvée dans l’innocence des débuts, joliment vendue, persuadés que nous étions de retrouver la même, ou bien sa sœur, la photo étant par nature reproductible. Malheureusement, ou heureusement, nous ne l’avons jamais retrouvée. C’est l’une des particularités de ces images qui les rend si précieuses : elles sont uniques.

– Marion & Philippe Jacquier

INFORMATIONS PRATIQUES
The rose elephant
Une sélection de photographies d’amateur
Du 30 mai au 13 juillet 2017
Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 19h
12-14, rue Jean-Jacques Rousseau, 93100 Montreuil
M 9 Robespierre ou M 1 Bérault. Parking le week-end
Tél. 01 48 70 02 02 – contact@lumieredesroses.com
www.lumieredesroses.com

Les premiers photographes amateurs

Quoi de mieux pour commencer l’année que de se pencher sur le passé ? En résonance à notre article sur l’exposition consacrée à l’un des pionniers de la photographie Fox Talbot qui se déroule jusqu’au 8 février au National Media Museum. Nous présentons aujourd’hui une sélection de clichés  des premiers photographes amateurs mis en ligne sur Flickr par le Musée Britannique.

Clic, clac, merci Kodak !

C’est en 1881, que la société fondée par George Eastman voit le jour. C’est avec l’arrivée des films négatifs souples que le nom « Kodak » apparaît pour la première fois, sept ans après la création de la société. Les premiers appareils photo de la marque trouvent rapidement leur public, et les amateurs se sont pressés pour immortaliser tous les moments phares de leur vie : mariages, naissances, vacances… Imaginez le décalage, aujourd’hui l’acte photographique est presque devenue une ponctuation. Chaque année, mille milliards de photos sont prises dans le monde, on mesure à peu près que toutes les 100 secondes, le nombre de clichés réalisés équivaut à toutes les photographies prises tout au long du 19ème siècle ! De quoi donner le vertige.

Découverte de quelques images datant du début du siècle dernier, réalisé avec le premier appareil circulaire de Kodak.

http://www.nationalmediamuseum.org.uk

Zofia Rydet au Jeu de Paume-Château de Tours

Depuis le 19 novembre et jusqu’au 28 mai prochain, le Jeu de Paume-Château de Tours, expose « Répertoire, 1978-1990 de la photographe Polonaise Zofia Rydet. Elle était considérée comme une photographe amateur, « la plus méconnue des artistes visuels » nous avertissent les deux commissaires d’exposition Sebastian Cichocki et Karol Hordziej.

Aujourd’hui, l’oeuvre gigantesque et difficilement qualifiable de Zofia jouit enfin d’une exposition à la hauteur de son dessein.

Zofia Rydet, c’est avant tout une passionnée qui touche un appareil photo à l’âge de 40 ans et décide de tout quitter pour devenir photographe. Première alerte sur le personnage.

Jusqu’au milieu des années 50, la Pologne, est dominée par l’esthétique pictorialiste et c’est à la faveur du dégel politique, qu’elle se confronte à un important bouillonnement culturel. Les photographes renouent avec les avancées des avant-gardes internationales de l’entre-deux-guerre et on voit apparaitre de multiples tendances, faites d’emprunts tantôt au Bahaus, tantôt au Surréalisme. Zofia Rydet rencontre à cet époque un certain succès en exposant et s’intéresse également au photocollage et photomontage.

Mais c’est avec l’exposition « Family of Man » de Steichen qu’elle trouvera sa voie personnelle.

A partir de1978, elle a alors 67 ans, elle entame un projet colossal, une sorte d’étude photographique qui qualifie les gens. Elle poursuivra ce « répertoire sociologique » qui rassemble environ 20 000 négatifs, jusqu’à sa mort en 1997.

Sa méthode se structure de la façon suivante: Un grand angle, un coup de flash et la neutralité des sujets. En intérieur, elle positionne la personne au milieu de la pièce, valorisant également les objets et détails qui ont beaucoup d’importance pour elle. Dans sa volonté d’épure, Zofia n’échange avec le photographié,  qu’après la prise de vue.

La scénographie de l’exposition s’articule dans les différentes salles autour de trois séries (répertoire sociologique, professions et femme sur le pas de la porte). Tout en respectant les notes de Zofia,  les commissaires  ont effectué un considérable  travail de recherche et d’analyse pour extraire et tirer parmi 20 000 négatifs,  les 300 photographies présentées.

Au fil des salles qui s’enchainent, s’exerce en nous une certaine attirance, d’abord par le systématisme de cette démarche, puis par la découverte des personnes, des intérieurs, des objets un brin vintage. Cette attirance devient ensuite attraction, obsession, nous sommes piégés, envoutés par cette boulimie, cette folie.

Et à la troisième salle, j’y suis. Je comprends la valeur de cette incroyable série. Oui, Zofia n’avait pas besoin de tirer ses négatifs. Tout restait en elle!

Elle se devait de les photographier ainsi, guidée par une force venue de l’au delà, poursuivre encore et encore. Cet appétit insatiable, c’était sans doute vivre.

La sociologie, le concept, le répertoire ne sont que des prétextes soumis à sa quête impossible.

Zofia infuse  son obsession à travers ses photographies, on touche à quelque chose de très intime et l’art opère. Je viens de rencontrer une grande photographe, une très grande photographe. Même morte, elle méritait bien un château.

EXPOSITION
Zofia Rydet
Répertoire, 1978-1990
Du 19 novembre 2016 au 28 mai 2017
Jeu de Paume-Château de Tours
25 avenue André Malraux
37000 Tours

http://www.jeudepaume.org