Archives par mot-clé : Photographie Japonaise

Keiichi Tahara, le chasseur de lumière à la galerie &CO119

Depuis le 25 mai, la galerie &Co119, située au cœur du Marais présente l’exposition « Sens de lumière », une sélection de tirages photographiques vintage du plus français des artistes japonais Keiichi Tahara, disparu il y a presque un an… Passant de la photographie de paysage à la photographie de mode, du portrait à la nature morte, puis de la sculpture aux installations, Tahara se définissait avant tout comme « sculpteur de lumière ».

« Je veux vraiment attraper la lumière ».
– Keiichi Tahara, Septembre 2014 pour Les Échos.

Né à Kyoto en 1951, c’est à l’âge de 12 ans qu’il découvre la photographie, aux cotés de son grand-père, photographe professionnel. C’est celui-ci qui lui offre son premier appareil photo, un Asahi Pentax, en 1965. Poursuivant des études d’art où il commence par réaliser des courts-métrages, sa carrière de photographe commence véritablement en 1973. Suivant une troupe de theatre dans une tournée européenne, il décide de rester en France, où il s’installe dans une chambre de bonne du quartier de Saint-Michel. La, esseulé, ne parlant pas le français, il
commence à photographier la vue depuis la fenêtre de son logement. Ce qui commence comme un moyen de connecter l’extérieur à l’intérieur, et à lui-même, deviendra l’une de ses plus célèbre série : « Fenêtres ». Il gagne par la suite le Grand Prix des Jeunes Photographes à Arles en 1977 et entame l’année suivante une longue série de portraits d’artistes, d’intellectuels et de personnes d’influence, que nous exposons ici aux cotés des Fenêtres.
Il restera finalement en France plus de 30 ans.

C’est par la série des Portraits que l’on se rend compte du chemin personnel parcouru par le jeune photographe.
Cet étudiant isolé dans sa studette, qui voulait établir une connection avec le monde extérieur, a réussi son pari : cinq ans plus tard, il est face aux plus grands artistes de son temps et essaye de les connecter à son tour a quelque chose de plus vaste. En faisant la démarche de les inscrire dans une série, Tahara les lie en quelque sorte les uns aux autres. Ils font désormais tous partie de la grande famille des intellectuels passés devant l’objectif du photographe.
Et bien au-delà, il s’agit de toutes les connexions anonymes et multiples que permet la photographie. Car n’est-ce pas un des grand pouvoir de la photographie que de montrer à un public élargi l’image de ces personnages si reconnues pour leurs oeuvres et leurs actions, mais dont le visage reste si méconnu ?
Les plaçants, les déplaçants, Tahara s’amuse à mettre en scène ces personnalités. Jeux de reflets, jeux de cachecache avec la lumière, suggestions de formes dans les recoins d’une image ou d’une ombre, environnement chargé ou dénudé, le photographe multiplie les indices. C’est d’ailleurs souvent par diptyques ou triptyques que sont présentés ces portraits. Rien n’est cependant figé. Les options sont multiples, les images mobiles. Et dans cette souplesse même de la présentation des oeuvres, l’on reconnaît la subtilité du propos de Keiichi Tahara : comme la lumière a mille facettes et dont l’orientation n’a cesse de bouger tout au long d’une journée, rien dans le vivant, et dans l’humain qu’il photographie, n’est une seule histoire, une seule facette. Tout fait sens, tout est sens, tout a un sens. Somme toute, tout a multitude de sens.

INFORMATIONS PRATIQUES
Keiichi Tahara
Sens de lumière
Du 25 mai au 7 juillet 2018
Galerie &Co119
119 rue Vieille du Temple
75003 Paris
contact@8co119.co
mercredi — samedi 12h – 19h

Une Bibliothèque : Sélection de livres photo par Irène Attinger 1956-2015
TOSHI-E de Yutaka Takanashi

Avec près de trente-deux mille livres, la bibliothèque de la MEP compte l’une des plus belles collections de livres de photographie au monde. Après « Une collection » publiée en 2015, voici « Une Bibliothèque » sortie en coédition MEP/Actes Sud. Pour présenter l’ouvrage, Irène Attinger, responsable de la bibliothèque de la MEP, a sélectionné 10 ouvrages publiés entre 1956 à 2015.

En remarque liminaire, j’insiste sur le fait que ma sélection n’est pas une hiérarchie mais un parcours dans le temps et l’espace, de 1956 avec la sortie du livre de William Klein « New York » suivi de « Les Américains » de Robert Franck jusqu’ au « Voyage Italien de Bernard Plossu en 2015.
Et c’est dans ce même esprit que j’ai sélectionné ces dix livres en essayant de proposer quelques découvertes. Irene Attinger

TOSHI-E de Yutaka Takanashi
Towards The City
Izara Shobo, Tokyo, 1974

A LIRE :
Rencontre avec Irène Attinger, responsable de la bibliothèque de la MEP

INFORMATIONS PRATIQUES
Une Bibliothèque
Préface de Jean-Luc Monterosso, Directeur de la MEP
Textes d’Irène Attinger, Responsable de la bibliothèque de la MEP
Format : 24 x 30 cm, 224 pages, 400 illustrations quadri, relié
Co-édition Actes Sud / Maison Européenne de la Photographie
Prix public : 49,90 euros
Parution : 7 février 2018
http://mep-fr.org

Une Bibliothèque : Sélection de livres photo par Irène Attinger 1956-2015
Ordeal By Roses d’Eikoh Hosoe

Avec près de trente-deux mille livres, la bibliothèque de la MEP compte l’une des plus belles collections de livres de photographie au monde. Après « Une collection » publiée en 2015, voici « Une Bibliothèque » sortie en coédition MEP/Actes Sud. Pour présenter l’ouvrage, Irène Attinger, responsable de la bibliothèque de la MEP, a sélectionné 10 ouvrages publiés entre 1956 à 2015.

En remarque liminaire, j’insiste sur le fait que ma sélection n’est pas une hiérarchie mais un parcours dans le temps et l’espace, de 1956 avec la sortie du livre de William Klein « New York » suivi de « Les Américains » de Robert Franck jusqu’ au « Voyage Italien de Bernard Plossu en 2015.
Et c’est dans ce même esprit que j’ai sélectionné ces dix livres en essayant de proposer quelques découvertes. Irene Attinger

Ordeal By Roses d’Eikoh Hosoe
Shueisha, Tokyo, 197

A LIRE :
Rencontre avec Irène Attinger, responsable de la bibliothèque de la MEP

INFORMATIONS PRATIQUES
Une Bibliothèque
Préface de Jean-Luc Monterosso, Directeur de la MEP
Textes d’Irène Attinger, Responsable de la bibliothèque de la MEP
Format : 24 x 30 cm, 224 pages, 400 illustrations quadri, relié
Co-édition Actes Sud / Maison Européenne de la Photographie
Prix public : 49,90 euros
Parution : 7 février 2018
http://mep-fr.org

Moriyama, Weegee, Atget : 3 maîtres de la photographie à la SAGE Galerie

Françoise Sage ouvre les portes de sa nouvelle exposition demain. Cette nouvelle proposition curatoriale met l’œuvre du japonais Daido Moriyama au cœur de la scénographie, aux côtés de deux photographes dont il puise son inspiration : Eugène Atget et Weegee.

En 1968, Daido Moriyama publie sa première monographie « Japan a Photo Theatre ». Cette oeuvre annonce une des volontés de l’artiste qui sera par la suite constante – celle de mettre en images et en mouvements l’âme du Japon. Tandis que son alter-égo, un chien errant, devient le symbole d’un nouveau Japon – Daido Moriyama met en scène la ville, théâtre vivant où la rue, vibrante, devient un lieu d’effervescence et d’agitation.

Né en 1938 à Osaka, le photographe appartient à une génération d’artistes d’après-guerre ayant connu l’occupation par les troupes américaines et les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, et qui notamment à travers la transgressive revue PROVOKE contribuera à fournir à la société de nouveaux « matériaux provocants pour la pensée ».

En voulant révéler l’atmosphère des grandes villes japonaises de manière viscérale, les photographies de l’artiste capturent des scènes où se mêlent l’obscurité et l’énigmatique. Dans ces lieux qu’il arpente, Moriyama s’arme de son appareil photo pour chasser des figures, formes et matières qui s’inspirent d’Eugène Atget et de Weegee à propos desquels il déclare :

« Atget représente la lumière naturelle absolue et Weegee la lumière artificielle ».

INFORMATIONS PRATIQUES
Moriyama, Weegee, Atget
Du 23 mars au 12 mai 2018
SAGE Paris
1 bis avenue Lowendal
75007 Paris
http://www.sageparis.com

La Jeune photographe japonaise Izumi Miyazaki en résidence chez Bergonzo First Floor

L’autoportrait est l’éternel exercice de style d’un artiste. Quels que soient les époques ou les médiums, les artistes ont toujours souhaiter explorer, occasionnellement ou perpétuellement, leur image propre. Bergonzo First Floor accueille jusqu’au 30 avril la jeune photographe japonaise Izumi Miyazaki en proposant au public une sélection d’autoportraits photographiques et des installations.

« There’s no place like home » est la troisième édition du concept Bergonzo First Floor. A l’origine, un couple de collectionneurs passionnés. Stéphanie et Renaud Bergonzo considèrent l’art comme leur art de vivre et ont à coeur de créer un espace d’expression et de partage au sein même de leur lieu de vie.
Depuis vendredi dernier, Izumi Miyazaki a pris possession des lieux,  pour y déployer son univers polymorphe qui allie sa photographie saisissante à des installations aussi ludiques que troublantes. Ici ces autoportraits n’ont rien de narcissiques, ils sont plutôt ici pour faire exister un double, pour braver la solitude comme elle le précise : « Je suis enfant unique, alors je me dédouble pour me sentir moins seule. »

Baignée des maîtres du surréalisme comme Magritte, elle avoue une passion pour Alfred Hitchcock ou David Lynch. Ses autoportraits pratiquent l’humour à froid, se mettant souvent en scène dans des performances sans queue ni tête. Tête qu’elle n’hésite pas à trancher en l’agrémentant de tomates fraiches ou d’un poisson, dans une interprétation humaine du sushi. Si elle ne sourit jamais sur ses photographies c’est sans doute pour exprimer sa solitude et peut être la difficulté d’une jeunesse connectée, à vivre dans un monde réel. Son travail surprend autant qu’il fascine, se jouant des codes de la vie 2.0 Izumi s’amuse dans une écriture poétique et bouleversante. L’addiction est proche… – Extrait du texte de Renaud Bergonzo.

INFORMATIONS PRATIQUES
• There’s no place like home
Izumi Miyazaki
Du 9 mars au 30 avril 2018
Bergonzo First Floor
12, rue Guénégeaud
75006 Paris
http://izumimiyazaki.tumblr.com

• Izumi Miyazaki sera présentée au festival Kyotographie du 14 avril au 13 mai 2018.
http://kyotographie.jp

Takeshi Shikama à la Galerie Artphotoby

Sophie Leiser qui dirige Artphotoby propose une belle exposition collective « asiatique ». Deux artistes m’ont particulièrement touché Yeong Jea Kim et Takeshi Shikama Je chroniquerai ici Takeshi Shikama. C’est un artiste accompli. Des photos magistralement prises. Une ligne directrice très forte et solide. Le Japonais fait partie de ces photographes qui vont chercher dans la nature, dans des scènes parfois extrêmement simples, parfois très complexes, une façon de retrouver des sentiments, des impressions, des rêves et peut-être aussi des peurs, anciennes ou incessantes.

Ses photos sont toutes prises dans un ton de grisaille où se succèdent des nuances sans que le noir vienne vraiment assombrir mais sans que jamais une clarté viennent alléger les sentiments qui s’expriment. Le regard s’interroge sur l’image. Est-elle voilée tant les détails sont fondus ? Est-elle entre le fameux « chien et loup » où on ne sait plus distinguer le ciel de la terre, la mer de la grève ? Est-ce le rendu de l’impression sur un papier particulier ? Peu importe, l’artiste a voulu qu’un léger brouillard perde les regards et les pousse à interroger l’image, à s’interroger eux-mêmes.

Les thèmes sont très classiques, des rivières qui s’écoulent, lentement, sillonnant dans un pays très plat, des estuaires ou des forêts. Passions pour l’eau qui se perd, mer qui disparaît dans une confusion entre ciel et horizon ou tout au bout d’un parcours paisible.

Les forêts sont très présentes et les arbres surtout. Une magnifique photo présente un arbre gigantesque : ses ramures et ses branches multipliées envahissent la photo et repousse le cadre. Est-il menaçant ou simplement imposant, évoque-t-il l’idée du multiple et du foisonnement ? La photo est impressionnante de force et de limpidité. A l’opposé de cette image solide et bien enracinée(!), la photo d’un arbre comme abandonné, lointain, laissé à tous vents, fétu exposé et penché comme une herbe. Image de la fragilité et de l’éloignement.

D’autres images viennent, des futaies sombres et hautaines comme des soldats déguenillés à la parade, des rochers qui affleurent sur une mer qui se perd au loin.

Une belle exposition, un artiste fort. A voir.

https://www.pascalordonneau.com/soliloques-sur-l-art/soliloques-sur-l-art-février-2018/

Les œuvre des Takeshi Shikama sont également présentées à la Galerie Lunn jusqu’à la Fin mars 2018.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Regards d’Asie
Yeong Mea Kim, Takeshi Shikama, Motoki Lee, Jean-Michel Voge
Du 30 janvier au 17 mars 2018
ARTPHOTOBY
40 rue de la Tour d’Auvergne
75009 Paris
https://www.artphotoby.com/fr/
• Takeshi Shikama
Jusqu’au 31 mars 2018
Galerie Lunn
130 rue La Fayette
75010 Paris
Sur rendez-vous !
christophe.lunn@gmail.com
http://www.lunn-galerie.com

Le Calendrier de l’Avent Spécial Edition Photo : 24 Décembre

Chaque jour Mowwgli vous propose d’ouvrir la case du jour de votre calendrier de l’avent. Difficile d’y inclure des petits morceaux de chocolat, alors nous avons décidé de vous faire découvrir quotidiennement un livre photographique publié cette année. Idées cadeaux, suggestions pour compléter votre collection de livres photo ou juste pour le plaisir des yeux… voici 24 sélections !

Aujourd’hui, dimanche 24 décembre, on ouvre la dernière case ! Nous vous présentons « HALO » de la photographe japonaise Rinko Kawauchi publié aux éditions Xavier Barral.

Halo nous emporte dans un voyage hypnotisant entremêlant rites multiséculaires humains et naturels des feux sacrés du sanctuaire d’Izumo au sud du Japon, au lancer de métal en fusion pendant la Fête des lanternes du Heibei en Chine et aux nuées d’oiseaux migrateurs en Angleterre. Comme dans Illuminance, Rinko Kawauchi porte ce même regard sur la beauté des détails de l’existence dans une veine encore plus spirituelle alternant entre atmosphère sombre et explosions de lumière.

La photographe achève ce parcours visuel par un poème et un court texte qui prolongent la réflexion sur ces images, métaphores de notre monde actuel, entre espoir et chaos.

INFORMATIONS PRATIQUES
HALO
Rinko Kawauchi
Editions Xavier Barral
23,5 x 32 cm, 96 pages
48 photographies couleur
Photographies, texte et poème
ISBN : 978-2-36511-133-1
55,00 €
http://exb.fr/fr/le-catalogue/318-halo.html

Le Calendrier de l’Avent Spécial Edition Photo : 17 Décembre

Chaque jour Mowwgli vous propose d’ouvrir la case du jour de votre calendrier de l’avent. Difficile d’y inclure des petits morceaux de chocolat, alors nous avons décidé de vous faire découvrir quotidiennement un livre photographique publié cette année. Idées cadeaux, suggestions pour compléter votre collection de livres photo ou juste pour le plaisir des yeux… voici 24 sélections !

Aujourd’hui, dimanche 17 décembre, nous vous présentons « The Restoration Will » de la photographe japonaise Mayumi Suzuki, un travail personnel et émouvant sur l’après Fukushima.

Lors du tremblement de terre et du tsunami de 2011, j’ai perdu mes parents. Mon père et ma mère possédaient un studio de photographie. C’était leur lieu de travail, mais également un lieu de vie. J’y ai passé toute mon enfance. Après la catastrophe, le studio n’était plus qu’un tas de décombres, j’y ai retrouvé l’appareil de mon père couvert de boue. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à regretter de ne pas avoir repris le studio photo de mes parents.

Un jour, j’ai essayé d’utiliser cet appareil abîmé par la boue pour photographier un paysage. L’image était sombre et floue, comme la vue d’un défunt. J’ai alors senti que je pouvais connecter les deux mondes. La photographie est devenue ma manière à moi de communiquer avec mes parents.

Dans ce travail, j’ai également récupéré des photos de mon enfance prises par mon père. La couleur des images change, certaines parties disparaissent, ces portraits sont tachés, les couleurs ont virées et l’image disparaît peu à peu, semblable à souvenirs que je perds lentement…

J’espère conserver ma mémoire et mon histoire familiale à travers ce livre.

INFORMATIONS PRATIQUES
The Restoration Will
Mayumi Suzuki
Sortie : Novembre 2017
28 x 20 cm
ISBN : 978-88-941960-4-7
57,50 € (non signé) 62,50 € (signé)
http://www.ceibaeditions.com/store/books/the-restoration-will/
https://www.mayumisuzuki.jp

Des Japonais et un Nomade à la Maison Européenne de la Photographie

Y a-t-il une photographie japonaise comme il y a une cuisine italienne ou une musique française ? Art trop jeune pour revendiquer des racines, la photographie a migré depuis les deux terres que sépare une Manche d’eau de mer pour atteindre l’Extrême-Orient, pour peu qu’il s’ouvrît à l’Occident. À l’orée de la période 1950-2000 que couvre l’importante exposition de la MEP, deux guerres sont passées et deux bombes atomiques ont, à la suite du génocide nazi en Europe, expérimenté au Japon un nouveau versant de l’horreur absolue.

Avec vingt-et-un artistes, l’exposition, particulièrement complète, vient de la collection initiée en 1992 par la donation de la société japonaise d’impression Dai Nippon Printing Co Ltd. en faveur de la Maison européenne de la photographie. L’ensemble constitue à ce jour un fonds riche de quelque 540 pièces.

Les trois photographes anciens qui ouvrent l’accrochage à la salle Hénault de Cantrobe ont fait œuvre dans les deux décennies qui ont suivi la conclusion désastreuse de 1945, posant une vision d’auteurs sur des champs aussi différents que la réalité sociale décrite par Ihei Kimura d’un pays qui se relève, une modernité universelle chez Yasuhiro Ishimoto ou une démarche poétique et solaire avec Shoji Ueda. La reconstruction du Japon vaincu va de pair avec son absorption raisonnée de ce qui se fait en Occident, notamment la démarche singulière d’auteurs rassemblés dans des courants de création, fédérés par des revues de plus en plus nombreuses. C’est le rendez-vous qui est donné au deuxième étage avec Shomei Tomatsu, Eikoh Hosoe et Ikko Narahara, trois des six fondateurs, en 1959, de l’agence Vivo. Si les stigmates de la guerre restent présents dans les villes comme dans les corps, l’interprétation de la photographie dépasse peu à peu la dimension documentaire à laquelle se rattachent Shomei Tomatsu et surtout Hiromi Tsuchida, qu’on retrouve un peu plus loin avec son enquête obstinée auprès des survivants d’Hiroshima. Chez Ikko Narahara, l’objet devient symbole, l’environnement une atmosphère sinon un décor, quand le travail d’Eikoh Hosoe jumelé à l’œuvre de Yukio Mishima imprègne la vision sensuelle et noble qui lui a valu de conquérir tôt les publics occidentaux du milieu des années 1960. Le terrain est alors préparé pour l’arrivée d’une avant-garde photographique contemporaine de l’agitation qui, en 1968, secoue les Etats-Unis et l’Europe. Autour de la revue mythique Provoke, Daido Moriyama révolutionne l’esthétique par des vues crues, volontiers scandaleuses, prises au gré de ses déambulations, servies par un traitement noir et blanc brut de contraste et de grain. Radicalement introspective et autobiographique, la démarche de Nobuyoshi Araki double son cheminement d’homme, ses activités et ses états-d’âme. Avec son « Voyage d’Hiver », l’artiste accompagne sa femme dans ses mois de maladie, et par delà la mort, jusqu’aux obsèques et au vide laissé par le deuil. Ce thème de la séparation douloureuse retrouvé chez Seiichi Furuya est encore présent avec « Solitude of Ravens » de Mahahisa Fukase et dans le travail exécuté par Miyako Ishiuchi sur l’existence hors-norme de sa mère défunte.
Deux autres maîtres contemporains, Hiroshi Yamazaki et Hiroshi Sugimoto, croisent cette évocation sur le terrain même du médium, le premier avec son « Héliographie », écho respectueux à un siècle et demi de distance de l’invention de Nicéphore Niépce, le second avec sa série Theaters, photographies d’écrans de salles de cinéma, sur le temps de pose de la durée du film projeté. L’exposition se termine avec la présentation des travaux des auteurs les plus jeunes, nés après le deuxième guerre mondiale et dont on découvrira les œuvres aux résonnances contemporaines. Parmi eux, Keiichi Tahara, disparu le 6 juin dernier laisse la séquence émouvante de ses vues de fenêtres et de portraits d’artistes, contemporains de ses débuts à Paris.

Faudrait-il un lien pour passer de la photographie japonaise à la rétrospective Bernard-Pierre Wolff, on le trouverait dans les photographies prises en 1981 à Tokyo par l’artiste. Mais on entre avec cette belle rétrospective dans un tout autre domaine, sensible, amoureux et nomade. Les visiteurs fidèles de la MEP connaissent au moins le nom de Bernard-Pierre Wolff, donné à l’auditorium du musée. Ils découvrent aujourd’hui l’envergure d’un homme capable d’entretenir plusieurs passions, en commençant par celle qui l’a conduit à New York après un passage à la Cinémathèque française d’Henri Langlois. Bernard-Pierre Wolff ne quittera New York que pour répondre aux nombreuses commandes de UNICEF ou de l’UNESCO qui le mènent en Europe, en Afrique et en Asie. Curieux de cultures, avide de contacts vivants, parfaitement à l’aise dans la rue, Wolff construit peu à peu, en marge de son travail d’illustrateur missionné, une œuvre personnelle, humaniste et inspirée. Quelques mois avant sa mort survenue le 28 janvier 1985, Bernard-Pierre Wolff a fait à Paris-Audiovisuel la donation de la totalité de son œuvre, aujourd’hui conservée par la Maison européenne de la photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Mémoire et Lumière. Photographie japonaise, 1950-2000
La Donation Dai Nippon Printing Co., Ltd
• Bernard-Pierre Wolff, Photographies, 1971-1984
Jusqu’au 27 août 2017
Maison européenne de la photographie
5/7, rue de Fourcy
75004 Paris

Le livre Solitude of Ravens de Masahisa Fukase à gagner avec notre partenaire Artazart

Dès aujourd’hui, Mowwgli et Artazart s’associent pour vous proposer le meilleur des livres présentés aux Rencontres d’Arles. Chaque jour un exemplaire unique à gagner pour le plus rapide, en ce lundi 10 juillet, nous vous proposons le livre de Masahisa Fukase « Solitude of Ravens » publié aux Editions Mack d’une valeur de 98€.

Un exemplaire à gagner en nous envoyant un email avec vos coordonnées postales à info@mowwgli.com. Le premier à répondre recevra l’ouvrage à son domicile !
[UPDATE : 10 juillet à 15:07 > concours clôturé] 

L’ouvrage du japonais Masahisa Fukase est considéré comme l’un des livres photographiques le plus important dans l’histoire du medium. Réédité régulièrement depuis 1986 en raison de son succès, Solitude of Ravens aux éditions Mack réunit, dans une édition bilingue en fac-similé, une série de photographies révélant un théâtre d’ombres et de formes autour de l’aspect anthropomorphique du corbeau. Plainte désespérée du photographe et reflet de la défaite du Japon en 1945 « Ravens » continue d’inspirer les artistes et les écrivains d’aujourd’hui.

Bonne lecture !

INFORMATIONS PRATIQUES
Solitude of Ravens
Masahisa Fukase
Editions Mack
148 pages
100 photographies
26.3 cm x 26.3 cm
ISBN 978-1-910164-83-9
Sortie en Mai 2017
€98.00
http://www.mackbooks.co.uk/books/1169-Ravens.html

 

Chantier permanent ouvert 363 jours par an au bord du canal Saint-Martin, Artazart est depuis l’été 2000 la librairie concept store dédiée à l’image.

Sélectionnée dans le top 10 des librairies mondiales d’art et de design pour le Huffington Post américain, la photographie est l’un de ses piliers et vous y retrouverez non seulement toute l’actualité et le fond des « grands » éditeurs photo internationaux mais aussi beaucoup d’auto éditions ou de livres édités par de petites structures.

De Bernard Plossu à Martin Parr, de Steve McCurry à Anders Petersen en passant par Harry Gruyaert ou Stephen Shore, les rencontres succèdent aux lancements.

Ainsi mettre en avant les livres dont on parle à Arles, pour la seconde année consécutive, avec le soutien de nombreux éditeurs et professionnels de la photographie, nous semblait normal.

Vous retrouverez donc cet été, avec la complicité de Mowwgli, nos coups de cœur en espérant qu’ils vous plaisent aussi.