Archives par mot-clé : photojournalisme

Kasia Stręk, lauréate du Prix Camille Lepage 2018

La quatrième édition du Prix Camille Lepage vient d’être attribuée à Kasia Stręk pour son projet de reportage sur les conséquences du manque d’accès à l’avortement en Égypte, pays où cet acte est illégal. Son prix lui sera remis lors de la soirée du jeudi 6 septembre au Campo Santo à Visa pour l’image Perpignan.

L’Association Camille Lepage – On est ensemble a été créée le 20 septembre 2014, quelques mois après la mort de Camille Lepage en Centrafrique. Cette association a pour but de promouvoir la mémoire, l’engagement et le travail de Camille. CDP Éditions – Collection des photographes a eu la gentillesse de publier le dernier travail de Camille Lepage. L’intégralité des ventes de ce livre a été reversée au profit de l’Association Camille Lepage – On est ensemble. Cette initiative permet donc à l’association de soutenir une partie de ce prix, doté de 8 000 €, pour encourager le travail d’un photojournaliste engagé au long cours. Pour la deuxième fois, la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe (SAIF) s’engage aux côtés de l’Association Camille Lepage – On est ensemble pour financer le prix.

Kasia Strek, membre du collectif lyonnais ITEM, est photographe polonaise basée entre la France et la Pologne. Elle découvre la photographie lors de sa première année des études à l’Academie des Beaux-Arts. Avec une bourse individuelle elle voyage ensuite pour étudier la photographie documentaire à Queensland College of Art à Brisbane en Australie.

Permettant d’allier l’art, les problématiques sociales et sa recherche sur la nature humaine, la photographie documentaire devient progressivement son principal moyen d’expression.

Sa pratique se concentre sur des sujets liés aux inégalités sociales, aux questions environnementales et aux droits des femmes. Elle partage son travail entre des missions pour la presse, les ONG et le développement de projets personnels.

Elle a récemment passé plusieurs mois aux Philippines à travailler sur le développement touristique du pays et l’impact des activités humaines sur les communautés défavorisées et travaille actuellement sur un projet à long terme sur l’accès à l’avortement dans les pays où la procédure est partiellement ou totalement illégale.

INFORMATIONS PRATIQUES
camillelepageaward@gmail.com
https://www.visapourlimage.com/festival/prix/prix-camille-lepage
http://www.collectifitem.com/kasia-strek/

Naissance de Pi•nk, agence succédant à Picture Tank

L’automne dernier, l’annonce de la liquidation judiciaire de l’agence coopérative de Picture Tank, avait de nouveau fait trembler le monde de la photographie. De nombreux photographes et collectifs  se retrouvaient ainsi orphelins… Par pugnacité, une cinquantaine de photographes se sont à nouveau réunis pour créer une nouvelle agence : Pi•nk !

Photographes auteurs, photojournalistes et photographes documentaires offrent ainsi un accès à un fonds d’archives de près de 100 000 photographies. Les images seront diffusées par la Saif Images via le portail PixPalace.

Liste des photographes :

Jean-Marc Armani
Alain Biaussat
Alexa Brunet
Philippe Conti
Andrea Eichenberger
Eric Garault
Florence Joubert
Eric Larrayadieu
Alban Lécuyer
Guillaume Pazat
Alain Soldeville
Franco Zecchin
Marie Babey
Emmanuelle Blanc
Sandra Calligaro
Cyrus Cornut
Fico
Yves Gellie
Frédérique Jouval
Alain Le Bacquer
Philippe Lesprit
Elena Perlino
Stéphanie Tétu
Julie Balagué
Julie Bourges
Marc Cellier
Bastien Defives
Eric Flogny
Marie Genel
Stéphanie Lacombe
Florence Lebert
Patrick Mourral
David Richard
Rafaël Trapet
Benjamin Bechet
Pierre-Yves Brunaud
Claire Cocano
Jean-Lionel Dias
Alexandra Frankewitz
Julie Guiches
Pascal Lafay
Ludovic Le Couster
Guillaume Murat
Xavier Schwebel
Laurent Villeret

INFORMATIONS PRATIQUES
http://www.pink-photographies.com

Véronique de Viguerie remporte le Visa d’Or humanitaire du CICR 2018

Le Visa d’Or humanitaire du CICR a été créé en 2011 pour récompenser un.e photojournaliste ayant couvert une problématique humanitaire en lien avec un conflit armé. Cette année, c’est Véronique de Viguerie qui remporte le Prix d’un montant de 8000€ avec son reportage sur le Yémen. Ce sujet rend particulièrement hommage aux femmes yéménites survivant en zones urbaines et assumant, en l’absence des hommes, le rôle de cheffes de famille ou encore de soignantes. Le Prix sera remis lors de la 29ème édition du festival Visa pour l’image Perpignan.

« Ce prix met en lumière de façon poignante l’une des pires crises humanitaires actuelles. En 10 photographies, Véronique de Viguerie rappelle la nécessité de respecter en tout temps et en toutes circonstances les populations civiles et plus généralement, l’action et le droit international humanitaires » – Frédéric Joli porte-parole du CICR en France.

Yémen : La guerre qu’on nous cache

Les tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite amènent les puissances pétrolières du Golfe mais aussi occidentales à détruire le plus pauvre des pays arabes. Épuisés, les Yéménites ne connaissent aucun répit. Depuis le 4 novembre 2017, jour où les rebelles houthis, accusés d’être soutenus par l’Iran, ont lancé un missile sur Riyad, la colère saoudienne s’abat méthodiquement sur Sanaa. Principales cibles, les bâtiments officiels mais également des habitations de civils victimes de « dommages collatéraux ». Les bombardements ne sont pourtant pas l’arme la plus dangereuse. Un blocus, imposé depuis le 6 novembre à une population qui dépendait aux deux tiers de l’aide humanitaire, fait des ravages.

http://veroniquedeviguerie.com

Le jury réuni le mois dernier était composé cette année d’Isabelle de la Gasnerie (La Croix), Lucas Menget (France info), Albéric de Gouville (France 24), Cyril Drouhet (Le Figaro Magazine), Magali Corouge (Causette), Jérôme Huffer (Paris-Match), Magdalena Herrera (Géo) ainsi que de Kathryn Cook-Pellegrin et de David-Pierre Marquet du Comité international de la Croix-Rouge.

http://www.visapourlimage.com/festival/expositions/yemen-la-guerre-qu-on-nous-cache
https://www.icrc.org/fr/document/photojournalisme-veronique-de-viguerie-laureate-2018-du-visa-dor-humanitaire-du-cicr-pour

Une visite privée de l’exposition de Gilles Caron le 11 juillet !

Mowwgli et CultureSecrets vous proposent de découvrir lors d’une visite privée privilégiée, l’exposition consacrée à Gilles Caron qui se déroule à la School Gallery le mercredi 11 juillet à 19 heures. Vous souhaitez faire partie des 8 invités ? Envoyez-nous un mail à info@mowwgli.com avec vos nom et prénom. Les premiers arrivés, seront les premiers servis.

En juillet, CultureSecrets vous invite à la révolte ! La School Gallery met à l’honneur le photographe Gilles Caron et ses majestueux clichés insurrectionnels. Dans l’Europe des sixties, en proie aux soulèvements en tout genre, Caron capture dans ses photos, l’archétype du manifestant…
Gilles Caron étudie le journalisme à l’École des hautes études internationales à Paris puis voyage en Yougoslavie, en Turquie ou encore en Inde. Il rejoint ensuite l’équipe fondatrice de Gamma avec notamment Raymond Depardon et couvre la guerre du Vietnam puis la guerre civile au Biafra. De retour en France, il immortalise mai 68 avant de disparaître brutalement à l’âge de 30 ans.
1968, 1969 années emblématiques ! L’exposition à la School Gallery se concentre sur ces deux ans décisifs, qui bouleversent l’Europe de Paris à Prague, en passant par Londonderry. Découvrez ce photoreporter et portraitiste de génie, rebelle et impétueux !

CultureSecrets
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> https://www.culturesecrets.com

INFORMATIONS PRATIQUES
Visite privée CultureSecrets : Gilles Caron
Chorégraphie de la révolte
Le mercredi 11 juillet à 19h
School Gallery
322 rue Saint Martin
75003 Paris
http://www.schoolgallery.fr

En bas la Ville, un portrait de Port-au-Prince par Gael Turine

Le photographe belge Gaël Turine expose pour la première fois à Marseille. Et c’est à la Galerie 1CUBE et jusqu’au 23 juin que sa série « En bas la Ville » est présentée. Depuis le séisme qui a frappé Haïti, en 2010, le photojournaliste a réalisé plusieurs sujets sur cette île des Caraïbes, avec cette série, il tire le portrait d’une capitale en souffrance.

Le photographe Gaël Turine et l’écrivain Laurent Gaudé ont voyagé ensemble à diverses reprises en Haïti. Saisis par la beauté et la dignité des Haïtiens plongés dans un décor quotidien où le chaos est malheureusement récurrent, ils rapportent de leurs séjours une matière documentaire, mais aussi une approche plus littéraire, juste reflet de leur expérience.

 

Photographe, Gaël Turine est l’auteur de plusieurs livres, dont Aveuglément et Le mur et la peur dans la prestigieuse collection Photo Poche, Avoir 20 ans à Kaboul, Voodoo et, plus récemment En bas la ville, consacré à la ville de Port-au-Prince. Gaël Turine enseigne le Photojournalisme à l’Université Libre de Bruxelles et anime des workshops de photographie documentaire dans de nombreux pays. Il a notamment coordonné des cycles de formations de trois années en Haïti et au Sénégal. Il est membre fondateur de l’agence MAPS, dont il occupe la présidence depuis sa création.

INFORMATIONS PRATIQUES
En bas la Ville
Gael Turine
Du 25 mai au 23 juin 2018
La Galerie 1Cube
au Studio AZA
34, boulevard de la Libération
13001 Marseille
Du mardi au vendredi 9h • 12h et 14h • 18h • Le samedi sur rendez-vous
http://www.1cube.art
contact@1cube.art

Une Bibliothèque : Sélection de livres photo par Irène Attinger 1956-2015
Nicaragua de Susan Meiselas

Avec près de trente-deux mille livres, la bibliothèque de la MEP compte l’une des plus belles collections de livres de photographie au monde. Après « Une collection » publiée en 2015, voici « Une Bibliothèque » sortie en coédition MEP/Actes Sud. Pour présenter l’ouvrage, Irène Attinger, responsable de la bibliothèque de la MEP, a sélectionné 10 ouvrages publiés entre 1956 à 2015.

En remarque liminaire, j’insiste sur le fait que ma sélection n’est pas une hiérarchie mais un parcours dans le temps et l’espace, de 1956 avec la sortie du livre de William Klein « New York » suivi de « Les Américains » de Robert Franck jusqu’ au « Voyage Italien de Bernard Plossu en 2015.
Et c’est dans ce même esprit que j’ai sélectionné ces dix livres en essayant de proposer quelques découvertes. Irene Attinger

Nicaragua de Susan Meiselas
Herscher, Paris, 1980

A LIRE :
Rencontre avec Irène Attinger, responsable de la bibliothèque de la MEP
Jeu de Paume : Susan Meiselas, Epuiser l’image

INFORMATIONS PRATIQUES
Une Bibliothèque
Préface de Jean-Luc Monterosso, Directeur de la MEP
Textes d’Irène Attinger, Responsable de la bibliothèque de la MEP
Format : 24 x 30 cm, 224 pages, 400 illustrations quadri, relié
Co-édition Actes Sud / Maison Européenne de la Photographie
Prix public : 49,90 euros
Parution : 7 février 2018
http://mep-fr.org

Yulia Grigoryants. Le Karabagh, une guerre sans fin

Vous avez jusqu’au 3 juin pour découvrir le travail de Yulia Grigoryants. Cette jeune photographe arménienne présente – dans le cadre du cycle « Escale à la Grange aux Belles – Images du réel » – son reportage sur le conflit du Karabagh réalisé entre 2014 et 2016.

Une guerre sans fin

La violence contre la population arménienne dans la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan à la fin des années 1980 et le combat du Haut-Karabagh pour l’indépendance et son rattachement à l’Arménie menèrent à une guerre de grande ampleur au début des années 1990. Terre historiquement arménienne, le Haut-Karabagh, principalement peuplé d’Arméniens, fut libéré et un accord de cessez-le-feu fut signé en 1994. Mais la guerre n’a jamais cessé.

Même si les hostilités entre Arméniens et Azéris ont cessé depuis cette date, des violations de cessez-le-feu par les Azéris persistent quotidiennement sur toute la ligne de contact du Haut Karabagh avec l’Azerbaïdjan et même à la frontière arméno-azérie. Depuis plus de 20 ans, pris au piège entre guerre et paix, les habitants vivent come des “otages”.

Dans la nuit du 2 avril 2016, le conflit gelé explose lorsque l’Azerbaïdjan attaque le long de la ligne de contact du Haut-Karabagh. Quatre jours de combat suivirent, avec l’utilisation de d’armes lourdes, d’hélicoptères militaires, ce qui causa la mort de centaines de personnes des deux côtés. Le combat pris finalement fin par un accord de cessez-le-feu. Dans ces conditions incertaines une guerre peut éclater à n’importe quel moment. La tension à la frontière est toujours très forte.

Pour voir le reportage intégral :
http://yuliagrigoryants.com/?page_id=690

Biographie

Yulia Grigoryants est photographe indépendante arménienne vivant actuellement entre la France et l’Arménie. Sa vaste expertise professionnelle dans la production de films documentaires lui a permis de développer  des compétences journalistiques sur des questions sociales, culturelles et des droits de l’homme dans le monde entier, y compris dans des zones de conflit.

Née en 1984 à Bakou, en Azerbaïdjan, elle s’est enfuie du pays en 1988 avec sa famille suite aux violences contre la population arménienne, qui a été suivie par une guerre de grande ampleur au début des années 1990. Elle a grandi dans une époque de changements politiques et sociaux importants pour l’Arménie et la région, avec la transition du système soviétique jusqu’à l’indépendance, un tremblement de terre dévastateur, cinq années de guerre et de difficultés économiques et sociales.

En 2016 Yulia a gagné le “Best New Talent award” aux Récompenses de la Photographie Internationale (IPACIS). Elle a été nommée aux « Lucie Awards » en 2016 et présélectionnée pour le prestigieux “Sony World Photography Award” en 2017. Le travail de Yulia a été exposé en France (Maison du Conseil de l’Europe à Strasbourg), en Russie, en Chine, à la Maison de L’ONU en Arménie et publié internationalement, y compris dans le Washington Post, L’oeil de la Photographie …

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Karabagh, une guerre sans fin
Photographies de Yulia Grigoryants
Jusqu’au 3 juin 2018
Escale à La Grange aux Belles
6, rue Boy Zelenski
75010 Paris
http://yuliagrigoryants.com

Kolga Tbilisi Photo 2018 : Rencontre avec Daro Sulakauri, photographe géorgienne

Daro Sulakauri est une jeune photojournaliste géorgienne qui s’est rapidement imposée dans le monde compétitif de la presse internationale. Elle était exposée dans le cadre de l’édition 2018 de Kolga Tbilisi Photo. Une occasion d’échanger avec elle sur sa vocation et ses convictions.

Daro Sulakauri nous reçoit dans sa maison familiale en plein cœur de Tbilissi. Là même où s’est tenue son exposition « Changing Horizon ». Là même où s’est déroulée, sous ses fenêtres, l’histoire de son pays. Là même où son père et sa mère, artistes et intellectuels, l’ont encouragée très jeune à poursuivre sa vocation de photographe.

Daro naît en 1985 et grandit dans une Géorgie en plein conflit. Les conditions de vie devenant de plus en plus difficiles, ses parents décident pour leurs deux filles de déménager aux Etats-Unis. « Là-bas, il nous arrivait à ma sœur et moi de faire semblant d’être de retour au pays. Nous nous cachions dans le placard, éteignions la lumière et allumions une bougie. Car dans les années 90, nous n’avions ni eau, ni électricité là-bas… »

Au fil des années, son père réalise qu’elle oublie sa langue maternelle. « Il a alors pris la décision de rentrer, pour que nous n’oubliions pas nos origines. (…) Le pays était encore sous domination russe. L’anglais n’était pas répandu. Je trouvais difficile de réapprendre le géorgien ». Il y a eu alors un moment clé. « Mon grand-père avait un appareil photo. J’ai commencé à m’en servir. Dans cette période de transition, il est devenu mon mode d’expression ». Sa sœur aussi prend des photos. « J’étais fascinée par les planches contact qu’elle rapportait à la maison. Encore aujourd’hui, j’aime la pellicule. Je suis de la vieille école, même si je dois réaliser bon nombre de mes projets en digital ». Elle a seize ans quand elle intègre une école de photographie, Sepia. « J’ai dû patienter avant de pouvoir m’inscrire, car j’étais trop jeune. Il n’y avait qu’un seul professeur. Pendant deux ans, il m’a dit de sortir et de revenir avec des photos nettes. C’est lui qui réalisait l’éditing. Si bien que, très jeune, j’ai pu me constituer un portfolio ». De son côté, son père la pousse à improviser. « Et puis, j’ai découvert les photographes de Magnum. Robert Capa, mais aussi Marc Riboud, que ma mère a d’ailleurs reçu ici, alors qu’il était en reportage. Les manifestations contre le régime en place, la révolution, les hommes en arme, tout cela nous l’avons vécu devant notre maison ».

Cela laisse des traces. Daro commence par des photos de ses proches. Mais rapidement, elle élargit son champ d’exploration. « Mes souvenirs d’enfance et d’adolescence les plus forts sont liés à ma famille, à mon pays. Ma génération a connu une période de mutation perpétuelle dont j’ai voulu témoigner. J’ai grandi avec mes sujets ! Ils sont ma première inspiration ». Après ses études à l’université de Tbilissi, elle est admise à la célèbre ICP (International Center of Photography) de New York dont elle sortira diplômée en 2006. Le besoin de contribuer à son pays la fait rentrer en Géorgie. « Il y a tant de problèmes ici. Il faut faire sortir les histoires hors des frontières ». A l’ICP, elle s’est formée au storytelling. « J’ai appris que l’on pouvait raconter quelque chose à travers une série et non plus se contenter d’une image seule, isolée ». Son premier reportage sur les réfugiés tchétchènes lui vaut la 2ème place au Magnum Fondation’s Young Photographer in the Caucasus award en 2009. « Mon arrière grand-mère était tchétchène. Je voulais montrer un autre versant de la situation ». En 2015, elle remporte le prix Lensculture pour sa mini-série sur les mariages précoces. « J’ai été très critiquée, voire attaquée, pour ce sujet. Les médias géorgiens ont même trafiqué mes légendes. Heureusement, les réseaux sociaux ont permis d’ouvrir le débat. Il faut informer les jeunes filles qui souffrent d’un manque d’éducation et changer les mentalités. Ici, enfin, la loi protège les mineures ».

Daro parle aussi de son reportage sur les conditions de travail des mineurs pour lequel elle a subi d’autres pressions. « Pendant deux ans j’ai essayé de le publier dans National Geographic Géorgie, sans succès. C’est finalement la version américaine qui le fera. Il est devenu viral et a permis une certaine prise de conscience ».
D’autres titres prestigieux comme le New York Times Lens, der Spiegel ou Forbes Magazine relaient régulièrement ses images.
Pour Kolga, elle a choisi de présenter un extrait de son reportage sur la guerre larvée qui se joue à la frontière entre la Géorgie et la Russie. « C’est un sujet que j’ai pu approfondir lors de la World Press Photo Joop Swart masterclass à laquelle je suis si fière d’avoir participé en 2017. Je peux dire que cette expérience, ce groupe ont changé ma vie ».

Pour l’heure, son quotidien se partage entre commandes pour la presse étrangère et pour des ONG telles que Unicef ou MSF. Elle sera exposée lors de la prochaine Foire du Livre de Francfort dont la Géorgie est le pays invité. Quant à sa nouvelle enquête personnelle, elle porte sur les femmes kidnappées au Kazakhstan.

Après deux heures d’entretien, on en est sûr. Daro Sulakauri cache derrière sa frêle silhouette une détermination sans faille.

http://www.darosulakauri.com
https://www.kolga.ge

A LIRE : 
Retour sur l’Edition 2018 de Kolga Tbilisi Photo
Kolga Tbilisi Photo 2018 : Decryptage avec Sébastien Leban
Kolga Tbilisi Photo 2018 : Focus Expositions

Kolga Tbilisi Photo 2018 : Decryptage avec Sébastien Leban

Dans le cadre du festival Kolga Tbilisi Photo, Mowwgli a rencontré le photojournaliste français Sébastien Leban dont l’image « Banquet Pourim à Jérusalem » a été primée dans la catégorie « One shot ».

« Nous sommes le 1er mars 2018. J’ai une journée de libre et je rejoins Thomas Coex, le chef photo pour l’AFP à Jérusalem. Dans cette ville, Pourim est un grand jour de fête auquel j’aime assister. On commémore les évènements relatés dans le livre d’Esther. Les juifs célèbrent le sauvetage de leur peuple de Haman  et ont plusieurs obligations religieuses, notamment de faire la charité aux pauvres et d’envoyer des colis alimentaires. Ils doivent également organiser un énorme banquet durant lequel ils s’enivrent jusqu’à ne plus distinguer le bien du mal. Souvent cela va bien au-delà, particulièrement dans les quartiers ultrareligieux régis par des codes très stricts, comme Méa Shéarim, où nous partons nous promener. En temps normal, il est très compliqué d’y travailler voire même d’y avoir accès. Il est dix heures du matin.  Il y a une sorte d’effervescence, tout le monde est dans la rue, les gens sont déguisés, ils commencent un peu à boire. Ce qui est intéressant c’est d’aller dans les écoles religieuses ultra-orthodoxes, car c’est dans ces yeshiva que se tiennent les grands banquets. Ils installent des gradins de part et d’autre de la table. Le troisième côté est réservé aux femmes. Séparées du reste de la fête par un filet, celles-ci ne s’enivrent pas et gardent les enfants. Thomas repère la grande cour d’une yeshiva, aménagée pour l’occasion. Je me faufile à l’intérieur. Les hommes ont déjà bien mangé et bien bu. Ils sont déjà bien alcoolisés. Ils me remarquent mais ne disent rien. Dans cette situation, j’essaie de rester le plus inaperçu possible. J’ai juste mon Leica. Il y a une foule dense, ça pousse, ça danse, ça crie. On est aspergé de vin rouge. C’est fou. Là, mon œil est attiré par un homme , celui au centre de l’image. Il pleure de ton saoul, soutenu par deux hommes. Il pleure encore, il lève les yeux au ciel. J’essaie de me rapprocher, et me retrouve quasiment en face dans les gradins. Je n’ai fait que quatre ou cinq photos de cette scène. Elle m’a interpellée car elle se présentait à moi comme un tableau. Il y avait aussi  beaucoup d’ambiguïté dans la situation. Assistait-on à quelque chose de joyeux ou de triste ? C’était une espèce de transe. D’autres pleuraient, riaient, sautaient, chantaient. J’ai photographié les femmes et d’autres scènes visuellement intéressantes comme ces hommes, pris en contre plongé, qui marchaient sur la table et servaient du vin au-dessus de ma tête. Nous sommes restés une demi-heure et avons poursuivi notre chemin. Nous sommes allés dans d’autres écoles. C’était décadent. Nous assistions parfois à des scènes qu’il n’était pas possible de photographier.

Pour Kolga, j’ai envoyé mon image in extremis. Je n’ai pas proposé la série. A l’époque je l’avais postée sur Facebook parmi une dizaine de photographies. C’est sur celle-là que les gens avaient réagi. Je suis très heureux d’avoir été primé. Je ne sais pas si la photo sera publiée car elle ne correspond pas à un sujet d’actualité chaude. Mon travail à moi porte surtout sur le quotidien. Je raconte le conflit israélo-palestinien sans le montrer. A chaque fois que je voyage dans cette zone, que je connais bien maintenant, je reviens avec de nombreux sujets. »

http://www.sebastienleban.com
http://www.kolga.ge

A LIRE EGALEMENT : 
Retour sur l’Edition 2018 de Kolga Tbilisi Photo

Les lauréats du Prix ANI/PIXTRAKK 2018 dévoilés

Le jury* composé de professionnels du monde de la photographie s’est réuni pour choisir ses trois lauréats de l’édition 2018 du Prix ANI/PIXTRAKK parmi 16 travaux présélectionnés**. Les trois photographes lauréats sont Max Hirzel avec sa série « Corps migrants », Corinna Kern pour « George’s bath » et Virginie Nguyen Hoang avec son reportage « Gaza aftermath ».

Le nom du grand lauréat du prix ANI/Pixtrakk 2018 sera annoncé lors de la remise du prix le mercredi 05 septembre 2018 à Visa pour l’Image à Perpignan. Les travaux des trois photographes seront exposés à l’automne à l’Ecole des Gobelins à Paris.

Max Hirzel, Corps migrants

Je me suis intéressé au sort réservé aux migrants morts en mer en 2011, j’étais alors au Mali lorsqu’un jeune migrant me raconta : « Dans le désert j’ai vu une tombe, c’était une fille de Douala, et je me suis posé la question si ses parents savaient que leur enfant était là ».
J’ai commencé par me rendre dans les cimetières, je voulais comprendre où ces personnes sont enterrées et combien étaient-elle ? D’un côté de la Méditerranée, il y a des gens qui s’efforcent d’identifier les corps. Et de l’autre, les familles des disparus qui sont dans l’ignorance et ne peuvent faire leur deuil.
http://maxhirzel.photoshelter.com
http://www.haythampictures.com

Corinna Kern, George’s Bath

George Fowler, vit à Londres. Il a 72 ans, et est ce qu’on appelle un accumulateur. Corinna Kern a choisi de ce concentrer sur une seule pièce de son domicile : sa salle de bain et plus particulièrement sa baignoire, seul espace accessible.
« Ayant vécu chez George durant deux mois, mon attention a été attirée par toutes les activités qui sont concentrées dans sa baignoire, tandis que le reste de sa maison reste encombrée par un nombre conséquent d’objets accumulés. Sa baignoire est devenue la seule zone préservée : il y lave sa vaisselle, ses vêtements, il y stocke des objets, répare des vélos, il y boit son café, c’est également un lieu de lecture et c’est l’endroit ou enfin, il prend son bain. »
http://corinnakern.com

Virginie Nguyen Hoang, Gaza aftermath

Le conflit de l’été à Gaza entre l’armée Israélienne, d’une part, et les forces du Hamas et du Jihad Islamique, d’autre part, a causé 2502 morts côté palestinien et 71 côté israélien (dont 66 soldats). Parmi les victimes palestiniennes, on compte 1583 civils dont 521 enfants et 283 femmes. Depuis le cessez-le-feu, ce même organisme a dénombré jusqu’à 100 000 personnes déplacées au sein de la bande de Gaza, dont 28 000 qui se sont réfugiées  dans des écoles de l’UNRWA réaffectées  comme abris. Les autres ont trouvé asile, chez des proches ou, sont retournés vivre dans les décombres de leurs maisons dans l’espoir d’une aide financière pour la reconstruction.
C’est au coeur des familles qu’il est plus aisé de percevoir la reconstruction aussi bien psychologique que matérielle. Les familles gazaouies, comme dans beaucoup de pays arabes, regroupent plusieurs générations sous un même toit. Nombreuses d’entres elles ont été touchées de loin ou de près par le conflit israélo palestinien : statut de réfugiés, décès de parents, blessures, emprisonnement, chômage forcé, destructions des propriétés, dépossession des terres… http://hanslucas.com/vnguyen/photo/14360

*Le jury, présidé par Stéphanie Tritz (rédactrice photo chez Bayard presse et membre de l’ANI) était composé : Isabelle Grattard (Libération), Agnes Grégoire (Photo), Delphine Lelu (Visas pour l’image), Christophe Mougne (Rea) et Pierre Terdjamn (Dysturb).

**Voici la liste des 16 photographes présélectionnés :
David Arribas : Scars
Simone Cerio : Rèligo
Emile Ducke : Diagnosis
Julien Hazmann : Min Gong Style
Max Hirzel : Corps migrants
Corinna Kern : George’s bath
Silvia Landi : Globesity
Zen Lefort : Standing Rock
Karl Mancini : Ni una meno
Thomas Morel-Fort : Une vie à servir
Virginie Nguyen-Hoang : Gaza aftermath
Giuseppe Nucci : 196°, The pioneer of the resurrection
Marion Péhée : 16 ans à Schastya
Emanuele Satolli : The battle for Mosul
Miguel Sebastian : Land Stranded
Nadia Shira-Cohen : Yo no di a Luz

http://ani-asso.fr