Archives par mot-clé : politique

Survivre dans un monde de cons

Jeudi soir, plus de 3 millions de téléspectateurs s’étaient rassemblés devant le petit écran pour suivre « L’émission politique » de France 2 et faire connaissance avec leur premier Ministre. Même si Edouard Philippe est loin d’avoir le charisme d’une rock star, on tente tout de même de comprendre la stratégie et les ambitions du gouvernement. Mais malgré l’ennui qui s’installe, c’est le traitement journalistique qui se révèle être dérangeant sur une chaine du service public. On espérait des interrogations de fond, des éclairages sur les problématiques à venir, de l’investigation mais la journaliste se fait animatrice et insiste lourdement sur l’absence du premier ministre sur une photo, celle de la signature des ordonnances sur la loi travail. Une question qui n’est pas sans intérêt  si l’objectif est de nous éclairer sur l’exercice du pouvoir sous Macron. Or elle relève finalement davantage d’une opération de bizutage plutôt qu’à un exercice de qualité du rôle des contre-pouvoirs que représente la presse.

Notre invité, cette semaine, est le polémiste (et accessoirement ancien banquier) Pascal Ordonneau, auteur de « Survivre dans un monde de cons, un manuel en 43 leçons« . Collectionneur de photographies mais pas que! C’est aussi et surtout un grand amateur d’art qui décrypte avec facétie et justesse les grandes expositions majeures. Rendez-vous donc toute la semaine avec ses cartes blanches hors sol qu’il nous délivre avec humour et précision.

Bonne semaine à vous.

Une pétition pour la survie de Main d’Oeuvres

C’est un véritable bras de fer qui se joue entre le Maire de Saint Ouen et l’association Mains d’œuvres, lieu indépendant pour l’imagination artistique et citoyenne. En effet, le bail de ce lieu culturel incontournable prend fin à la fin de l’année et William Delannoy (UDI) à la tête de la municipalité ne souhaite pas renouveler le bail mettant ainsi terme à presque 20 ans de soutien à la création artistique.

Main d’Oeuvres c’est 7j/7, c’est 25 emplois permanents (40 avec les résidents) et 120 intermittents, c’est 250 résidents au travail quotidiennement, c’est 150 événements par an pour 25 000 visiteurs, 15 services civiques, c’est 4 millions d’euros de travaux réalisés en 20 ans par l’association, 55% de ressources propres, 150 jeunes de -26 ans du 93 accompagnés vers l’emploi par les chantiers de création, une école de musique de 200 élèves, 200 bénévoles, 15 000 artistes passés par Mains d’Oeuvres pour développer leurs projets, 50 oeuvres produites par an, 40 partenaires sociaux éducatifs qui essaiment des actions sur tout le territoire.

Pour que ce lieu puisse continuer à vivre, signez la pétition. Ils sont déjà plus de 11000 signataires, rejoignez-les! Le lien social, les échanges, les débats citoyens, la création artistique et culturelle ont besoin de lieux pour exister et s’épanouir.

https://www.change.org/p/mairie-de-saint-ouen-un-nouveau-bail-pour-mains-d-oeuvres-a39361fa-372b-4ca0-b650-719ce990c30b

100 JOURS, 100 ARTISTES, 100 GESTES D’AMOUR

Depuis le 23 septembre, un compte à rebours est lancé. 100 jours avant le 31 décembre (fin du bail), l’association a eu envie d’un compte à rebours poétique frénétique et positif, sur une idée originale d’Olivier Comte des Souffleurs-Commandos poétiques/ Le principe est simple : chaque jour s’accompagnera d’un geste de la part d’artistes, qu’ils soient d’anciens résidents, qu’ils créent toujours dans nos murs ou qu’ils soient de simples amoureux du lieu… 100 gestes sous forme de photos, cris, chants, installations, performances, danses. et surprises !
A suivre sur Facebook
Si vous avez envie d’y contribuer, contactez nous à mobilisation@mainsdoeuvres.org

La guerre des Gauches aura bien lieu

Cet été, on nous a beaucoup parlé des fraudeurs sociaux. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, dans une longue interview préconisait des réformes de structures pour réaliser des économies de 4,5 milliards d’euros, rognant au passage quelques euros sur les APL. Aujourd’hui on annonce la fermeture de la cellule de dégrisement des fraudeurs fiscaux, réservée aux « repentis ». Elle aurait tout de même permis le rapatriement de huit milliard d’euros dans les caisses de l’Etat.

Le week end aura aussi vu la libération du journaliste Loup Bureau, en détention durant plus de cinquante jours dans les prisons turques.

Mais nous ne pouvons pas démarrer la semaine sans penser à cet avertissement des polices européennes à la suite de l’attentat qui a une nouvelle fois touché nos voisins britanniques. La vigilance est de rigueur et les mises en garde font frémir : risque de déraillement, empoisonnement à grande échelle. C’est dire si la gueguerre que se sont livrées nos gauches nationales lors du traditionnel week-end de la fête de l’Huma semble dérisoire et manque de hauteur dans le contexte actuel dégradé.

Nous accueillons cette semaine nos invités Evelyne et Jacques Deret, couple de collectionneurs ambitieux et généreux, co-fondateurs du programme de mécénat privé Art [ ] Collector, qui soutient la jeune scène contemporaine française. Bien que partageant une passion commune pour l’art contemporain, ils ont chacun une vision et une collection bien distinctes. Comme chaque semaine, ils nous feront partager leurs cartes blanches très personnelles, une manière délicate de révéler un peu de la personnalité de ces collectionneurs habituellement si discrets.

Bonne semaine à tous !

Riot Girls, l’exposition politiquement incorrect

La précédente exposition consacrée à l’œuvre de Joan Cornellà avait attiré plus d’un visiteur à la galerie Arts Factory le mois dernier. La nouvelle exposition collective « Riot Girls : les filles cachées de Clovis Trouille » devrait rencontrer le même succès. Au programme, 4 artistes européennes qui passent au crible la sexualité, la religion, le féminisme et la politique sans aucun tabou !

Cette exposition détonnante est organisée par l’association Clovis Trouille (1889-1975), gardienne du temple de l’oeuvre laissée par le subversif et anarchiste peintre français. Affirmant la crudité violente du sexe, les travaux des quatre artistes invités : Maya McCallum, Céline Guichard, Anne van der Linden et Nadia Valentine interrogent la vie intérieure, le plaisir à venir, l’angoisse de l’interdit, celle du désir qui mène à la transgression. Ils fustigent par ailleurs toutes les formes de terrorisme avec un jubilatoire sens de la provocation.

Maya McCallum (1978)

Naviguant entre musique et dessin après des études en Arts Plastiques, Maya McCallum écume dès 1995 la scène rock indépendante avec de nombreux projets à l’esprit Do It Yourself largement assumé. Très tôt fascinée par le surréalisme, le psychédélisme, Maya pose ses guitares début 2014 pour reprendre le dessin. Guidée par une irrépressible urgence, elle entame alors la série Day Dreaming, obsessionnelles fresques érotico-baroques réalisées à la limite de l’état de transe.
Fusionnant esthétique punk rock, décorum fétichiste et symbolique ésotérique, Maya McCallum livre une œuvre sensuelle, subversive, clairement habitée.

Anne Van der Linden (1959)

De formation littéraire classique, elle se tourne rapidement vers l’expression graphique, puis la peinture. Sans concession ni tabou, son univers expressionniste s’inscrit dans une longue tradition dont on retrouve les traces dans la mythologie grecque, la peinture moyenâgeuse ou le surréalisme. Systèmes sexuels à entrées multiples, scatologie, séances de tortures plus ou moins consenties, Anne Van Der Linden déconstruit avec jubilation les codes sociaux, pour mieux explorer les mondes intérieurs; au couteau et à la hache si besoin.

Céline Guichard (1970)

Très active sur la scène du dessin contemporain et de l’édition indépendante, Céline Guichard a développé depuis le début des années 2000 un bestiaire singulier dont l’hybridation est le point de départ : mâle / femelle, animal / humain, végétal / animal, ses créatures fantastiques et grotesques sont inspirées par une obsession sans limites pour la biologie humaine, l’anormalité, le rêve, le concept de genre et la transgression.

Nadia Valentine (1972)

Des quatre artistes réunies dans le cadre de l’exposition Riot Girls, le travail de Nadia Valentine est sans nul doute celui dont la portée politique est la plus évidente. S’inspirant de l’imagerie liée au tirailleur dit « sénégalais », qui fit la richesse et la notoriété d’une grande marque de produits cacaotés, ses peintures dénoncent le racisme latent, longtemps véhiculé par leurs publicités.
Militante, Nadia Valentine jongle avec les clichés d’hier et d’aujourd’hui. En équilibre ténu entre humour et haine, elle interpelle au milieu des non-dits, des ressentiments et des stéréotypes persistants. Le « bon nègre » au service de la mère patrie est ici représenté sur des champs de batailles, éviscéré ou dévoré vivant dans un éternel sourire figé, un régime de bananes toujours à portée de main.

INFORMATIONS PRATIQUES
Riot Girls : les filles cachées de Clovis Trouille
Du 31 août au 23 septembre 2017 – Prolongations jusqu’au 6 octobre !
arts factory _ bastille
27 rue de charonne
75011 Paris
http://artsfactory.net

La Politique, un éternel recommencement ?

Jacques Revon est journaliste et photographe. Il nous a envoyé cette photographie issue de ses archives : « J’ai retrouvé dans mes archives des images réalisées dans les rues de Dijon il y a 29 ans, nous sommes alors en 1988, François Mitterand est réélu avec un slogan très semblable à celui du Président d’aujourd’hui: « La France est en marche »,  les français en ont-ils le souvenir, pas sûr ? »

 

Les dessins politiques de Philip Guston exposés à Londres

Les visiteurs de l’Accademia de Venise qui ont applaudi la très belle exposition « Philip Guston and the Poets » adoreront « Laughter in the Dark », une exposition rare proposée par la galerie Hauser & Wirth à Londres. Avec un co commisariat  de Sally Radic de la Guston Foundation et de Musa Mayer, la fille de l’artiste, la galerie nous propose de découvrir 180 dessins de Philip Guston caricaturant Richard Nixon et ses supporters ainsi que 100 autres dessins.

Cette série complétée au fil des années est à la fois une critique acerbe de l’actualité politique  de l’époque et une farce jubilatoire qui se moque du « pauvre » Richard. Philip Guston dessine un Richard Nixon le visage mal rasé, des joues tombantes et un nez phalique hypertrophié.

Ce corpus de dessin a vu le jour dans le climat délétère qui a suivi l’assassinat de Martin Luther King Jr et du sénateur Robert F Kennedy, le chaos de l’élection présidentielle de 1968 et la violence et la brutalité de la guerre du Vietnam. Il est le fruit d’échanges nombreux entre Philip Guston et Philip Roth qui partageait le même mépris pour la culture populaire américaine. Philip Roth l’a exprimé dans ses ouvrages et Philip Guston par ses dessins. Cette démarche de l’artiste était d’autant plus courageuse qu’il faisait l’objet de nombreuses critiques du monde de l’art de l’époque qui le considérait comme un hérétique après son abandon de l’expressionnisme abstrait.

Ces dessins ne seront pas montrés pendant plus de trente ans. Ils réapparaissent aujourd’hui à Londres dans une  nouvelle configuration après avoir été montrés à New-York l’année dernière. Ce travail est non seulement précieux pour sa dénonciation implacable des années Nixon de corruption, de cynisme et d’anti communisme mais aussi pour son incroyable actualité avec l’élection  récente d’un nouveau président des Etats-Unis.

INFORMATIONS PRATIQUES
Laughter in the Dark, Drawings from 1971 & 1975
Philip Guston
DU 19 mai au 29 juillet 2017
Hauser & Wirth
23 Savile Row
London W1S 2ET
https://www.hauserwirth.com

Législatives : Ite Missa Est

Pour la première fois, 223 femmes siègeront à l’Assemblée Nationale, une recomposition inédite du paysage politique français.

46% des élus La République En Marche alliée au Modem sont des femmes: Mission accomplie pour ce mouvement qui a fait une partie de la campagne présidentielle sur la parité Femme/Homme. Et cette parité  sera totale lorsque l’incompétence d’une élue sera reconnue au même titre que celle de son homologue masculin.

Plus au sud, dès sa réélection, Gilbert Collard, député FN, fustige les patrons des groupes de presse et annonce son intention de porter devant l’Assemblée Nationale un projet pour l’indépendance des journalistes face à leur média.

Tout va bien, la République est En Marche!

A découvrir aussi cette semaine, les Cartes Blanches de notre invitée, la directrice du BAL, Diane Dufour, les dix ans du Prix du Dessin de la Fondation Guerlain exposé à Pompidou, la programmation révélée du Festival International du Film Indépendant qui se tiendra l’automne prochain à Bordeaux ou encore pour bien préparer votre valise, une petite séance de « Beach Therapy » avec Martin Parr à la Rocket Gallery de Londres…

Bonne semaine sur Mowwgli !

Photo : Portrait de Marie-Claude Vaillant-Couturier (née Vogel), l’une des premières femmes élues (sur 33) à l’Assemblée nationale en 1945. Elle était reporter-photographe à l’Humanité. Engagée dans la Résistance, elle fut déportée à Auschwitz en 1943.