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Rencontre avec Wiktoria Wojciechowska, Prix du Public du Nouveau Prix Découverte 2018

Le Nouveau Prix Découverte a été remis la semaine dernière, lors des Rencontres d’Arles, à l’artiste néerlandaise Paulien Oltheten. Alors que les 11 photographes sélectionnés étaient exposés à Ground Control, les visiteurs ont pu voter pour décerner le Prix du Public et c’est la jeune polonaise de 27 ans Wiktoria Wojciechowska qui remporte les suffrages avec sa série « Sparks ». Elle remporte également Le Prix de la photo Madame Figaro Arles 2018 !

Les galeries françaises à l’honneur de ce cru 2018 !

Le Prix du public récompense l’artiste et sa galerie, la Galerie Confluence (basée à Nantes) à travers une acquisition d’un montant de 5 000 euros. La lauréate 2018 est Paulien Oltheten, présentée par la Galerie des Filles du Calvaire (Paris). Le travail primé est visible jusqu’au 23 septembre à Ground Control, avec les travaux des 10 autres nominés.

Notre critique, Pascal Therme, a rencontré la jeune photographe autour de sa série « Sparks ».

Portrait de Wiktoria Wojciechowska, Arles 2018 © Pascal Therme

Sparks est le portrait multidimensionnel d’une guerre européenne contemporaine, oubliée mais toujours actuelle, la guerre en Ukraine. Wiktoria Wojciechowska est allée à la rencontre des combattants et des victimes de la guerre pour raconter son impact sur la vie de gens ordinaires. Le titre Sparks, étincelles en français, renvoie aux éclats brûlants des missiles qui transpercent sans pitié les murs des habitations. Ce sont les habitants, vivant près de la ligne de front, qui appellent ces éclats d’obus des étincelles, Іскри ou iskry en ukranien. En levant les yeux vers le ciel, en voyant la grêle des fragments brûlants, ils savent qu’ils n’ont plus le temps de trouver un abri. Ces « étincelles » incarnent la mort et la peur. Sparks propose plusieurs perceptions du phénomène de la guerre au travers de photographies, de collages et de films mêlés aux images collectées auprès des combattants, à leurs paroles et à des images symboliques de la guerre.

INFORMATIONS PRATIQUES
Nouveau Prix Découverte 2018
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
Ground Control
13200 Arles
https://www.rencontres-arles.com
http://wiktoriawojciechowska.com
http://galerie-confluence.fr

A LIRE
Paulien Oltheten, Lauréate du Nouveau Prix Découverte 2018

Andrea Olga Mantovani, 1er lauréate du Concours OEILDEEP
Le Chant du Cygne, la déforestation de Bialowieza

Lancé le 30 avril dernier, le premier Concours OEILDEEP récompense trois photographes internationaux. Le jury*, présidé par Jane Evelyn Atwood, s’est réuni la semaine dernière pour délibérer et pour choisir ses trois lauréats. Le premier prix a été remporté par la photographe Andrea Olga Mantovani avec sa série « Le Chant du Cygne » sur la déforestation de Bialowieza, une forêt millénaire basée en Pologne.

Andrea Olga Mantovani remporte une Masterclass OEILDEEP d’une valeur de 3120€. Les deux autres prix ont été remis respectivement à Safaa Mazirh et Samir Tlatli, nous vous donnons rendez-vous vendredi et lundi pour découvrir leur travaux.

Le Chant du Cygne, Bialowieza Forest.

Dans la partie orientale de la Pologne, juste à la frontière avec la Biélorussie, se situe la forêt millénaire de Bialowieza. Elle est l’une des plus anciennes forêt naturelle d’Europe. Coupé du temps, c’est un lieu où les préoccupations du monde moderne semblaient jusqu’alors absentes. Cependant, depuis le début de l’année 2016, elle est le théâtre du plus important conflit environnemental en Europe. Des lieux protégés par  l’Unesco depuis 1979, comme réserve de la biosphère et patrimoine mondial, et par la législation européenne, en tant que site Natura 2000, sont menacés de destruction. Le ministère de l’environnement y mène une campagne de déforestation massive avançant l’explosion du scolyte de l’épicéa et ces possibles les ravages sur une grande partie du territoire. Les machines jusqu’alors absentes de cette forêt coupent des millions de m2 de bois menaçant la perte inéluctable du caractère naturel qui s’exprime depuis des milliers d’années. Le bois terminant commercialisé en palette sur le marché européen.

La campagne conservatrice du gouvernement polonais souhaite réaffirmer les valeurs traditionnelles en s’opposant aux environnementalistes qui sont les symboles de gauche.
187 procès en 2 ans ont été intentés contre les activistes qui protestent contre les ravages faits dans la forêt. En juillet 2017, la Cour de Justice de l’Union astreint la Pologne de 100.000 euros d’amende si elle ne met pas fin aux coupes illégales. Cependant les abattages se poursuivirent jusqu’en décembre 2017. En avril 2018, la plus haute juridiction de l’Union européenne a déclaré illégale l’exploitation forestière et impose à l’arrêt des coupes dans la forêt de Bialowieza. Une discorde de plus entre la Pologne et l’Europe. Un répit pour la forêt de Bialowieza.

En immersion de septembre 2017 à février 2018, je suis allée la rencontre de ces habitants. J’ai cherché à comprendre en quoi ce conflit faisait-il écho sur l’actuelle politique en Pologne et nous interroge t-il sur la crise environnementale que nous traversons.

Travaillant au moyen format, j’ai réalisé ce travail dans le cadre d’une carte blanche pour la publication d’un livre photo en regard croisé avec Guillaume Herbaut et l’éditeur PhotoPaper.

*Le jury était composé de Jane Evelyn Atwood, (photographe et Présidente du jury), Laura Serani (commissaire d’exposition), Ericka Weidmann (Co-fondatrice de Mowwgli), Nicolas Havette (commissaire d’exposition), Pascal Therme (photographe et journaliste critique), Stefano De Luigi et Jean-Christian Bourcart (Photographes).

https://mantovaniandrea.com
http://www.hanslucas.com/amantovani/photo

INFORMATIONS PRATIQUES
Projection des séries lauréates à Arles le vendredi 6 juillet lors de la soirée Oeildeep « Mix & Screen » !
Rendez-vous à partir de 22h
Atelier Gaston de Luppé
19 rue des arènes
13200 Arles
mail : contact@oeildeep.com
tel : +33 (0)6.50.66.27.57
www.oeildeep.com

Tempora Morte de Lia Darjes, retour à l’état de nature morte

Lia Darjes, la jeune allemande qui photographiait les étals russes à la manière des peintres flamands

À des milliers de kilomètres des bobos de tous poils, des applis anti-gaspi et des réseaux promouvant l’échange des produits du jardin entre cadres moyens qui ont besoin d’internet pour parler à leurs voisins, la photographe allemande Lia Darjes est tombée amoureuse des petits stands des habitants de Kaliningrad, enclave russe entre la Pologne et la Lituanie. Sur les trottoirs, les stands déploient selon les saisons les produits des potagers et des jardins, un gobelet de baies, des concombres, quelques pommes, des confitures maison, des poissons sur du papier journal, de la viande. Une économie locale élémentaire, entre voisins, au coin de la table, au coin de la rue, à mille galaxies du monde marchandise, dont elle reflète néanmoins les aspirations et les besoins vitaux. Lia Darjes revisite à la manière des peintres flamands ces motifs de l’échange, leur offrant l’écrin du clair obscur pour en souligner l’essentielle irréductibilité et la formidable intimité, avec un clin d’œil au fantasme de la vie paysanne simple et saine vénérée par les romantiques russes et polonais du 19e siècle ainsi que les barbus à chemise à carreaux du 21e. Cernés par l’obscurité mais intensément colorés et lumineux, les produits comme les hommes ont peut-être encore une chance de s’en sortir.

http://liadarjes.com/portfolio/tempora-morte/