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40mcube d’énergie artistique, et plus encore…

Nous sommes partis à Rennes afin de découvrir les nouveaux espaces de 40mcube, un centre d’art contemporain réouvert depuis le 10 février dernier, après plusieurs années de fermeture pour travaux. Et surtout nous avons rencontré sa directrice Anne Langlois.

Mowwgli : Quel est l’histoire et l’adn de 40mcube ?

Anne Langlois : C’est un lieu que j’ai fondé il y a maintenant 17 ans avec mon collaborateur Patrice Goasduff. Nous avons commencé avec un petit espace de 36 M2 qui a donné son nom à 40mcube. L’idée initiale était de travailler avec de jeunes artistes, de leur permettre de produire leurs œuvres et de les présenter au public. Un travail d’accompagnement de A à Z depuis la production jusqu’à la présentation et la médiation. C’est un projet auquel nous avons donné de l’ampleur au fur et à mesure, grâce à d’autres espaces mis à notre disposition : une maison bourgeoise installée juste à coté dans cette rue, puis nous avons eu un hangar de 200m2, et enfin ce lieu qui vient de vivre trois années de travaux de rénovation et d’agrandissement. Nous avons également ouvert un lieu de production à Liffré, à 15km de Rennes, le HubHug, qui réunit un atelier pour les artistes et un parc de sculptures.

Mowwgli : Belle évolution, et aujourd’hui ?

A.L. : Aujourd’hui, je pense que nous sommes restés fidèles au projet initial. Travailler avec des artistes à la production d’œuvres et d’expositions reste vraiment central, et la programmation d’expositions que je considère comme une recherche plastique et théorique, qui s’alimente au fur et à mesure. De certaines expositions monographiques se dégagent des thématiques qui donnent lieu à des expositions collectives et d’expositions collectives je peux me focaliser sur le travail d’un artiste à qui nous proposons une exposition monographique. C’est le travail qui prend place dans l’espace d’exposition de Rennes, où nous proposons des expositions à peu près tous les 3 mois. Nous présentons également régulièrement des œuvres dans l’espace public.

Notre activité s’est enrichie de nouveaux axes, nous organisons des résidences d’artistes notamment au HubHug à Liffré, et nous en développons sur le territoire avec des communes ou des associations que nous accompagnons dans ce processus. Par exemple, nous avons mis en place à Louvigné-du-Désert au nord-est de Rennes une résidence qui permet aux artistes de travailler le granit. Nous rayonnons ainsi plus largement que sur la métropole rennaise et travaillons avec un d’autres structures en France sur des partenariats de coproduction.

Autour de ces ateliers, nous avons créé un parc de sculptures, le HubHug Sculpture Project, que nous développons depuis 2016. Nous y avons mis en place un dispositif que nous appelons le Rack, comme un rack pour stocker des matériaux à la dimension d’un espace public, sur lequel nous présentons des œuvres.

Nous menons également un travail de commande d’œuvres, et nous avons créé une formation professionnelle pour les artistes et une résidence internationale pour les commissaires, GENERATOR.

Mowwgli : Quel est votre mode de fonctionnement ?

A.L. : Nous sommes une association moi 1901, nous avons une partie de financements publics de la ville de Rennes, du département, d’Ille-et-Vilaine, de la région Bretagne, de la Drac Bretagne, de la ville de Liffré et des partenaires privés comme Art Norac ou Avoxa : mécènes financiers, de compétences et en matériel. C’est un financement mixte.

En termes humain, nous sommes une équipe de 4 personnes. En termes d’espaces nous avons dorénavant : 180m2 d’espace d’exposition ici même à Rennes, les ateliers de 200m2 à Liffré avec les outils et les matériaux nécessaires pour la production. Ces trois dernières années passées sans lieu précis, malgré une activité dense de production et de présentation d’œuvres dans l’espace public et dans le cadre de partenariats avec des lieux d’exposition au niveau local, régional et national, nous nous sommes rendus compte que c’était extrêmement important pour nous d’avoir une base.

Mowwgli : Comment développez-vous les synergies avec le tissu régional ?

A.L. : Au niveau régional nous travaillons régulièrement avec de nombreuses structures. Nous faisons partie des réseaux art contemporain en Bretagne et du Pôle de ressources pour l’éducation artistique et culturelle. Tout est possible, nous collaborons sur différents types de projets ; des expositions collectives dans différents lieux, des coproductions, des résidences croisées….

Nous participons bien sûr à la prochaine Biennale d’art contemporain – les ateliers de Rennes en fin d’année dont Céline Kopp et Etienne Bernard sont les commissaires. Dans le cadre de cette biennale nous présentons généralement, en accord avec les commissaires, une exposition monographique. Dans le cadre de ces événements il y a souvent beaucoup de projets d’expositions collectives aussi le fait de se consacrer à un seul artiste permet de changer le rythme et de déployer plus largement son travail. Notre choix pour la prochaine biennale est en cours.

Au niveau du département nous avons un autre axe de travail qui est la commande citoyenne, qui se fait notamment dans le cadre de l’action Nouveaux commanditaires de la Fondation de France, dont nous sommes partenaires en tant que producteur délégué. Nous travaillons avec une structure de Tours qui s’appelle Eternal Network. Ce programme permet à des groupes de personnes – associations, entreprises, collectivités, particuliers – qui souhaitent passer commande d’une œuvre d’art à un artiste d’être accompagnés dans cette démarche. C’est un engagement citoyen qui n’a pas la même temporalité et qui est très différent d’un travail d’exposition par exemple. Une commande nécessite un processus long d’environ 3 ans, et c’est passionnant.

Mowwgli : Qu’est-ce que GENERATOR ?

A.L. : Nous avons conservé cette volonté d’accompagner de jeunes artistes en début de carrière, et nous nous sommes très vite rendu compte du besoin d’accompagnement pour les artistes lorsqu’ils sortent des écoles d’art. Il faut 10 ans en moyenne aux artistes pour qu’ils puissent prétendre vivre de leur travail. Nous avons voulu accélérer ce processus et réduire ce temps pour qu’ils puissent acquérir et maîtriser des outils plus rapidement. Nous avons donc mis en place une formation professionnelle avec l’Ecole Européenne Supérieure d’Arts de Bretagne et la région Bretagne.

Il s’agit d’une formation sur 7 mois pour 4 artistes que nous accompagnons dans le développement de leur travail : la production d’œuvres, la connaissance du système de l’art, les aspects administratifs, juridiques, comptables et la constitution d’un réseau.

Nous les mettons en relation avec différents métiers de l’art contemporain : directeurs.trices d’institution, journalistes, commissaires, critiques, galeristes… A ces rencontres s’ajoutent quatre résidences pour commissaires qui viennent de différents pays en Europe et restent en Bretagne un mois afin de rencontrer les artistes du programme GENERATOR. Chacun écrit un article sur le travail d’un artiste et rencontre les acteurs professionnels et artistes vivant dans la région. C’est une formation unique qui comprend des honoraires, une bourse de production, un atelier de travail et des outils.  Nous lançons actuellement la 5ème édition, l’appel à candidatures est ouvert pour l’année prochaine.

Mowwgli : Les projets en cours ou à venir ?

A.L. : Nous présentons actuellement et jusqu’au 28 avril 2018 Whisper to the Landscape de We Are The Painters, un duo d’artistes composé de Nicolas Beaumelle et d’Aurélien Porte qui pratique la peinture dans la nature, dans des formats de toiles démesurés, en volume avec des chaises comme support, sur des personnages activés dans le cadre de performance… Nous préparons la prochaine exposition de Marielle Chabal, dont le travail de sculpture et d’installation nait des fictions qu’elle écrit. Celle-ci sera inaugurée au mois de mai.

Nous travaillons également à un projet important pour le mois de juin avec l’artiste Benoît-Marie Moriceau aux Champs Libres, une architecture créée par Christian de Portzamparc à Rennes, qui rassemble le Musée de Bretagne, la médiathèque et l’espace des sciences. Benoît-Marie Moriceau va présenter une exposition dans l’espace que 400m2 qui lui a été dédié et réaliser une intervention dans l’espace public, sur laquelle la médiathèque permettra un point de vue panoramique privilégié…

40mcube
48, avenue du Sergent Maginot
35000 Rennes
+33 (0)2 90 09 64 11
www.40mcube.org

Horaires d’ouverture

Du mercredi au samedi de 14h à 19h
et sur rendez-vous du mardi au vendredi de 9h à 12h30

Exposition : Whisper to the Landscape

We Are The Painters

11.02.18 – 28.04.18

Rencontre avec Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne

A l’occasion de l’exposition Sculpter [faire à l’atelier] qui se développe dans trois lieux de Rennes ; le Frac, le Musée des Beaux Arts, la Criée, centre d’art contemporain, Mowwgli a rencontré Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne, tout premier Frac de France.

Mowwgli : Un an avant tous les autres, vous êtes le premier né des Frac, vous avez dû déblayer un peu le terrain ?

Catherine Elkar : Au début des années 80, il n’y avait pas dans la région de structures ou d’acteurs privés qui se consacraient à l’art contemporain. Donc nous avions un devoir de référence et d’ouverture. Construire un ensemble et des sous ensembles très ouverts et englobant : L’abstraction, le rapport au paysage et un troisième grand chapitre le rapport à l’histoire. Dans l’esprit de ce qu’avait présenté le Centre Pompidou qui s’appelait Face à l’histoire et qui interrogeait la place de l’artiste à savoir est-ce qu’il est un acteur ou un témoin de son temps ou les deux ? C’est vraiment sur ces trois grands pieds que l’on avance encore aujourd’hui.

Je fais parti de l’équipe du Frac depuis ses débuts et je sais que l’équipe du comité technique est vraiment parti d’une analyse du contexte. Elle a recherché dans une histoire proche, les artistes, les acteurs qui pouvaient permettre de fonder une identité à cette collection initiée d’un coté par un critique d’art qui s’appelait Charles Estienne et qui avait invité, dès les années 50, les artistes de l’abstraction lyrique à venir séjourner en Bretagne et à produire. Cela a créé tout un ensemble de départ avec des œuvres de Hantaï, Degottex, Soulages… De l’autre coté, avec deux grands artistes du Nouveau Réalisme, Jacques Villeglé et Raymond Hains, qui sont natifs de Bretagne.  Donc on est parti de là, puis on a acheté des œuvres dites anciennes (fin des années 40 et début des années 50) et bien sûr des œuvres contemporaines des années 80.

Mowwgli : Et aujourd’hui ?

C.E. : On tente d’échapper à l’échantillonnage et on peut avoir plusieurs œuvres d’un même artiste. Dans la collection, il y a cette volonté panoramique et ouverte, il y a aussi les ferments qui  permettent grâce à  des ensembles constitués de proposer des monographies. L’accès au grand public à certaines œuvres est ainsi facilité. Nous avons de gros ensembles dont notamment  de Gilles Mahé, Didier Vermeiren, Aurélie Nemours…

Nous sommes restés très proches de l’esprit pionnier des Frac, à savoir, la volonté d’offrir au public un panorama assez vaste de la création contemporaine en présentant tous les langages et toutes les formes de l’art contemporain.

Mowwgli : Vous avez maintenant un nouveau et magnifique lieu intégrant des espaces d’expositions. Ça change beaucoup de choses ?

C.E. : Avant la construction de ce nouveau bâtiment, nous étions déjà dans la prospective et notre programmation d’expositions nous permettait déjà d’aborder la production. Seulement nous étions nomades. Quand j’ai travaillé sur le programme de création de ce nouveau Frac, il était évident que la programmation devait être intimement liée à la collection. La production est orientée vers la collection. Tout commence et doit aboutir à enrichir la collection. Donc réfléchir à une exposition c’est réfléchir à ce qui va venir intégrer le fonds.

Lorsque je monte des monographies, par exemple, j’invite des artistes qui sont déjà dans la collection et c’est le moyen de réfléchir avec eux comment y compléter leur présence. Soit ce sont des artistes qui n’y sont pas encore mais dont la présence me semble intéressante voire indispensable.

Il  faut prendre en compte une donnée primordiale : les budgets d’acquisition ne sont plus ce qu’ils étaient. Il y a trente ans nous avions la possibilité de faire appel à des artistes de renom qui sont devenus des classiques, mais aujourd’hui, il faut trouver d’autres moyens d’acquisition. Nous devons développer des stratégies alternatives et le moment d’exposition est un moment très favorable pour lié un contact particulier avec l’artiste et l’intéresser à notre projet. Les artistes ont besoin aussi d’être présents dans les collections publiques. Cela valorise leur travail et permet d’assurer une vie à une œuvre. D’être tout simplement visible.  Ici, son œuvre sera montrée, publiée, restaurée, étudiée… donc les artistes y sont très sensibles. C’est peut être moins le cas avec des collections privées où elle est très souvent extraite au regard.

Mowwgli : La valorisation de la collection passe par des synergies, quelles sont-elles ?

C.E. : Concernant la valorisation et particulièrement la recherche, nous avons la chance d’être à Rennes et d’avoir une section histoire de l’art, un département des arts plastiques à l’université, d’avoir l’Ecole d’Art à l’échelle de la région et l’Ecole d’Architecture. Donc tout un groupe de partenaires qui nous permet de développer un programme de recherche et de travailler sur la valorisation de cette collection.

Autrement dans le cadre de la diffusion régionale, on est plutôt en lien avec les centres d’art, ou d’autres structures qui œuvrent  à la diffusion d’art comme l’Art dans les Chapelles, les associations d’artistes ou toute autre structure appartenant au réseau Art contemporain en Bretagne.

Et puis, il y a cette autre aventure qui est d’accompagner les collectivités dans la mise en place de projets d’expositions. Souvent cela correspond à des envies un peu vague et nous apportons notre expertise pour contribuer à aménager des lieux, à construire un projet. Il faut arriver à transformer une envie en projet artistique et culturel. C’est ce que nous avons réalisé avec la Ville de Landerneau qui a fait appel à nous afin d’aménager et ouvrir une galerie publique consacrée à l’art contemporain dans le cadre de la valorisation du fonds Hélène & Edouard Leclerc. Nous intervenons également sur la programmation régulièrement.

Nous avons aussi l’exemple de St Briac avec qui nous sommes allés assez loin. On monte à la fois les expos dans une galerie située dans l’ancien presbytère, la commune nous a demandé aussi des interventions d’artistes à l’extérieur comme par exemple les 111 cabines du Béchet métamorphosées par Christophe Cuzin.

Mowwgli : Cela représente à peu près combien d’expos par an ?

C.E. : Hors les murs, nous avons cinq ou sept expositions par an auxquelles nous devons ajouter tous les projets que nos amis du milieu éducatifs dans les milieux scolaires, du secteur médico-social, ou encore dans des établissements publics, ce qui représente une quarantaine de projets par an. C’est vrai, c’est assez énorme !

 Mowwgli : Quels sont les projets à venir ?

C.E. : En 2018, l’actualité sera dense avec pour commencer l’expo en cours Sculpter [faire à l’atelier] au Frac, au Musée des Beaux Arts et à la Criée, centre d’art contemporain. A la fin du mois commence Les Ambassadeurs, puis il y aura l’exposition consacrée à Yvan Salomone qui investira tous les espaces du Frac, la Biennale, et une exposition personnelle d’une artiste, Cécile Bart déjà présente dans nos collections, dont la peinture se déploie dans l’espace.

Les Ambassadeurs, est un projet particulier que nous mettons en place à la fin du mois avec le département d’Ille et Vilaine et la ville de Rennes. L’idée est de présenter six/sept expositions à l’initiative de groupes de personnes de la société civile : collégiens, personnels de l’université Rennes I, personnels de maisons de retraites… A chaque fois, les amateurs deviennent les acteurs, puisse que ce sont eux qui choisissent les œuvres, d’où le nom ambassadeurs.

Je combinerais également deux expositions. L’une dédiée à la peinture à partir des récentes acquisitions. L’autre, en écho à la Biennale, sera organisée par l’Ecole d’Art de Rennes. Il s’agit d’une biennale parallèle, intitulée Exemplaires- Formes et pratiques de l’édition, qui est consacrée aux formes et pratiques de l’édition contemporaine. Comme nous avons la chance d’avoir dans notre collection et dans un autre fonds un grand nombre de livres d’artistes, nous sommes ravis de monter ce type d’expo car ce sont des éditions qui prennent parfois beaucoup de place et par conséquent pas très souvent exposées.

INFORMATIONS PRATIQUES
Actuellement au Frac : Sculpter [faire à l’atelier] du 14 mars au 27 mai 2018
FRAC Bretagne
19 Avenue André Mussat,
35011 Rennes cedex
http://www.fracbretagne.fr

A LIRE : 
Sculptures en majesté à Rennes

Rencontre avec Nathalie Ergino, directrice de l’IAC de Villeurbanne

Nous avons rencontré Nathalie Ergino, directrice de l’IAC (Institut d’Art Contemporain) de Villeurbanne à l’occasion de la nouvelle exposition « The Middle Earth, Projet Méditerranéen » de Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham

Mowwgli : L’IAC est une double entité : un centre d’art et le FRAC, c’est bien cela ? 

Nathalie Ergino : L’IAC est le fruit d’une fusion en 1998 entre le Nouveau Musée,  l’un des premiers centres d’art en France donc (1978 – 40 ans cette année) et le Frac Rhône Alpes qui est né un peu plus tard. Il n’y a donc plus qu’une structure qui s’appelle l’IAC (Institut d’Art Contemporain). Reparler aujourd’hui  de cette double dimension n’est plus le sujet puisque pour nous c’est un tout. Un ensemble qui met au premier plan la création qui s’est aussi additionnée d’une collection et de la diffusion de cette collection sur les territoires de proximité. Ou parfois plus éloigné.

Mowwgli : Cela semble une tendance pour les Frac de produire et participer à la création ?

N.E. : En fait, nous sommes probablement un des premiers FRAC nouvelle génération. On peut considérer que nous sommes un centre d’art qui a une collection. Dans mon esprit la collection est le fruit de la création. Un centre d’art est de fait un centre de production même si nous n’avons pas de lieu de résidence dédié. Que les Frac aujourd’hui rejoignent cette question c’est très probable mais pas systématique de mon point de vue.

Notre collection n’a pas pour but d’être exhaustive ni d’être représentative. Elle est le reflet des processus de création mis en place ici et parmi les membres de notre comité d’achat  certaines personnes sont aussi en charge de projets curatoriaux dans leurs propres structures. C’est un travail collaboratif qui n’empêche surtout pas la prospection. Nous plaçons vraiment le principe de création et de collaboration avec les artistes comme point de départ.

Mowwgli : Concernant les acquisitions y-t-il une ligne directrice ?

N.E. : Si la création est un fondement chez nous ce n’est pas le cas dans toutes les structures. Il n’y a pas d’axe thématique en soit parce que ce n’est pas quelque chose qu’on aime. Ni de la part de mon prédécesseur ni chez moi. On peut toujours dégager des sections thématiques mais aujourd’hui la proximité avec la production artistique influence principalement nos choix.

Il y a quelques années nous étions vraiment sur des créations très immersives, perceptuelles, très orientées vers toutes ces questions sur la programmation d’expositions. Puis nous avons créé, initié par Ann Veronica Janssens et moi-même, le laboratoire espace cerveau sur les questions de « spacialisation », d’espace en tant qu’expérience perceptuelle, d’altération de la conscience, de perte de repères… Cette période est plutôt derrière nous, pas dans le sens de ne plus l’utiliser. Car cette expérience perceptuelle a servi d’outil qui nous amène avec plus d’acuité dans cette période qui est la nôtre. Depuis à peu près un an, on est beaucoup plus dans une approche qui tend à sortir de l’anthropocentrisme. Il ne s’agit pas de paniquer avec la question de l’anthropocène, mais de proposer ce que nous appellons, dans le cadre du laboratoire, le cosmomorphe.

Je travaille vraiment sur des notions qui nous permettent d’envisager l’art en recherche de façon transdisciplinaire, avec les sciences humaines, les neurosciences, la physique, l’astrophysique… mais aussi avec des sciences moins reconnues comme la télépathie, l’hypnose, le chamanisme… Les sciences au sens le plus large possible afin que celles-ci irriguent les projets de création et d’exposition à l’IAC. Alors bien évidemment, parce que nous sommes dans un processus de recherche, c’est un peu compliqué d’en faire un résumé précis et définitif mais ce sont les orientations d’un cycle engagé depuis novembre 2016.

Mowwgli : Pourriez-vous préciser malgré tout ?

N.E. : Le laboratoire se développe en étapes, sous formes de stations. Unités d’exploration, qui sont constituées de journées d’études, de conférences, d’œuvres à l’étude, qu’elles se déroulent in-situ ou ex-situ (comme par exemple au Centre Pompidou Metz à l’occasion de Jardin infini. De Giverny a l’Amazonie). Les bouleversements biologiques, géologiques, politiques, climatiques ainsi que les récentes recherches scientifiques, nous obligent à repenser et recomposer un monde global humain et non-humain

D’un point de vue strictement artistique, nous restons sur ses préoccupations : quel est ce moment que nous traversons ? Vers un monde cosmomorphe, c’est quoi ? Qu’est-ce que l’on peut construire ensemble qui nous amène à penser et regarder l’accélération de notre société et du monde. La littéralité n’est pas de mise mais en revanche avancer ensemble avec des  artistes et des chercheurs c’est une manière aussi de, sans se leurrer ni se mettre à la place du politique, considérer que l’on contribue à ce changement de civilisation.

Mowwgli : L’art et la science dans un même mouvement ?

N.E. : C’est vrai que la science vient confirmer nos intuitions et c’est formidable. L’idée est de plus faire partager les imaginaires plutôt que chaque discipline ne les garde pour elle. On sent que cette transdisciplinarité nous permet d’étendre ce partage d’imaginaire à plus de monde qu’à une certaine époque. C’est donc une forme de révolution qui est en place avec ces notions. Par exemple, il y a encore peu, les neurosciences régnaient en maître sur la recherche, depuis, d’autres savoirs comme la plasticité du cerveau, les VAMP neuronales, les recherches sur le microbiote et ainsi de suite sont venus enrichir nos connaissances et on voit bien qu’il y a de nouvelles interactions ou interrelations entre les disciplines. Dans ce contexte, l’homme ne peut plus être seulement au centre du dispositif, il est un des éléments constitutif de cet ensemble. Ces questions, les artistes travaillent dessus et, même si ce n’est pas notre choix spécifique de sélection, c’est quand même une orientation qui est à l’œuvre dans notre projet.

Ce n’est certainement pas un hasard que l’exposition que nous présentons en ce moment soit de Jimmie Durham et Maria-Thereza Alves. Ce sont des artistes qui, au-delà de leur pratique artistique, souvent pluridisciplinaire, ont un engagement politique, humanitaire et écologique. L’exposition, de part sa narration, aborde des thèmes comme la terre, la mer, le végétal, l’humain mais aussi les savoirs, les croyances et le chamanisme en filigrane.

Mowwgli : Quels sont les projets à venir ?

N.E. : Le programme actuel nous souhaitons le poursuivre encore au moins deux/trois ans. C’est difficile de se projeter plus loin et cela n’aurai pas beaucoup de sens, ni d’intérêt. D’un point de vue structurel, nous sommes pas mal. Certes nos locaux sont dans une petite rue mais ils sont assez étendus. C’est d’ailleurs plus un outil qu’un bâtiment. Cet outil a le mérite d’exister depuis les années 80 et a été revisité en 92. Pour les réserves, elles sont ici, pour tout ce qui est 2D et œuvres fragiles mais tout ce qui est en volume, est entreposé à vingt minutes d’ici. Il n’est pas envisagé de construire un bâtiment contemporain pout le plaisir. On a la possibilité de travailler muséalement sans les contraintes d’un musée. J’ai dirigé un musée et je peux vous assurer que c’est beaucoup simple ici. On a les avantages de notre statut d’association. On se dote vraiment pour la collection des approches muséales sans en avoir les contraintes.

Mowwgli : Quelles sont les synergies avec la région ?

N.E. : Tout d’abord, je dois préciser que la région Auvergne Rhône Alpes est un très grand territoire et qu’elle compte certainement le plus grand nombre de centres d’art. C’est donc très important pour nous, en tant que Frac, pour faire vivre notre collection. C’est vrai que l’ancien Frac est lié à l’origine de beaucoup de ces structures, nous sommes donc vraiment à leurs cotés et soudés sur des projets communs. Tous les ans, nous avons un temps fort d’une collection partagée sur un lieu du territoire. Nous avons un autre projet de création avec cinq centres d’art que l’on rassemble autour d’un projet commun. Cinq artistes que l’on choisi ensemble, c’est assez fort comme engagement mutuel.

De façon plus local, il y a une collaboration qui s’était établie avant mon arrivée afin que l’IAC soit un des lieux de la Biennale. On a réfléchi à l’idée que l’IAC trouve une place plus spécifique que simplement un lieu d’accueil. C’est pourquoi nous accueillons depuis 2009 un projet monté ensemble, dont l’inspiration revient à Thierry Raspail du MAC, un rendez-vous jeune création internationale. Dans ce cadre, l’IAC devient la section des artistes émergents lors de la Biennale.  L’école d’art nous a rejoins dès le début. C’est vraiment un projet commun : MAC (Musée d’Art Contemporain), Biennale, Ecole d’art et l’IAC pour promouvoir la jeune création. On demande à dix commissaires de sélectionner 10 artistes résidents en France et dix autres sont proposés par des commissaires de biennales du monde entier. C’est plutôt très coopératif comme démarche.

On est très heureux car je dois ajouter que les années hors biennales nous continuons à travailler ensemble notamment pour exporter nos artistes français. Par exemple, au mois de juin nous allons à Cuba.

Mowwgli : Y-a-t-il  beaucoup d’opérations comme celle-ci à l’étranger ?

N.E. : Nous la programmons une année sur deux (intercalée avec la biennale). Nous accompagnons  ces artistes afin que l’expérience soit intéressante, riche et bien sûr qu’ils puissent rencontrer une scène artistique étrangère. Ils sont déjà allés à Shanghai, Singapore, en Afrique du Sud. Nous aimons vraiment beaucoup travailler directement avec les artistes.

Merci Nathalie.

Demain, retrouvez l’article sur l’exposition en cours : The Middle Earth, Projet Méditerranéen de Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham

INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition en cours
The Middle Earth, Projet Méditerranéen
Maria-Thereza Alves et Jimmie Durham
du 2 mars au 27 mai 2018
Institut d’Art Contemporain
11, rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne
http://i-ac.eu/

Rencontre avec Laurence Gateau, directrice du Frac Pays de la Loire

A l’occasion de la double exposition Décor/ Avant-Poste orchestrée par le FRAC des Pays de la Loire, sous le commissariat de l’artiste Joe Scanlan, nous avons rencontré sa directrice, Laurence Gateau.

Le Frac des Pays de la Loire brille par une programmation incroyablement riche. Il propose actuellement une double exposition Décor/Avant-Poste qui se développe sur deux lieux ; dans ses murs au Frac de Carquefou (proche de Nantes) et à la HAB Galerie située à la pointe ouest de l’île de Nantes, plus connue de la population sous le nom de Hangar à Bananes. C’est dans cette galerie que nous la rencontrons.

Mowwgli : Quels sont les axes prioritaires d’acquisition du Frac ?

Laurence Gateau : La collection du Frac, constituée depuis 1982, favorisait déjà l’achat d’œuvres de jeunes artistes. L’ensemble de la collection rassemblée depuis trente ans reflète la diversité de la création. Lorsque je suis arrivée en 2005 j’ai poursuivi cette politique. La collection regroupe des pratiques aussi diverses que la peinture, la photographie, la sculpture, le dessin, la vidéo et l’installation. Et il n’y a pas de thématique privilégiée plus qu’une autre. Pourtant nous avons réussi à dessiner une ligne cohérente au fil des ans. La collection s’oriente sur des œuvres d’artistes qui s’interrogent sur les relations entre l’œuvre et son contexte social, politique et son environnement, sur la relation de l’artiste à la nature et celles entre art, architecture et design. On a également un corpus d’œuvres autour de la question du présent et de la modernité ou encore celle du corps qui est aussi un axe que nous privilégions avec des artistes qui l’explorent à travers  la sculpture, la photographie, la vidéo et à travers la performance dont nous avons acquis quelques œuvres.

Les Frac n’acquièrent que des œuvres d’artistes de leur vivant et, c’est vrai, ce Frac a la particularité d’avoir créé depuis 1984 les Ateliers Internationaux qui permettent des résidences de cinq à six artistes pendant 2 mois. Ils réalisent des œuvres qui seront exposées et le Frac en intègre quelques unes dans son fonds. On est vraiment dans ce rapport à l’artiste. Ici les questionnements font corps avec l’environnement, la politique du paysage, et influencent la démarche de l’artiste et son œuvre. Ce qui fait écho au contexte crée des points d’ancrage et aussi un dénominateur commun entre une population et l’art contemporain. En tout cas, ce qui m’anime et que j’ai développé, c’est privilégier une relation de proximité forte avec les artistes. C’est ce qui semble la spécificité du Frac des Pays de la Loire.

Mowwgli : Quels sont les faits marquants depuis votre arrivée à Nantes ?

L.G. : Lorsque je suis arrivée en 2005 et que j’ai vu cette architecture du Frac à Carquefou (la première création contemporaine architecturale, 2000), j’étais consciente d’être dans un Frac, nouvelle génération, adapté à la gestion de l’ensemble de ses activités : conservation, restauration, stockage et exposition….

Une architecture moderne qui permet de créer des liens, autant pour la collection que pour le programme artistique. Un lieu qui permet un regard des artistes sur la modernité, l’archi et le design. Donc c’est vrai, j’ai développé un programme pendant quelques années d’expositions sur ses questions là. Par exemple, à partir notamment d’une œuvre importante Huberville, une ville idéale conçue par l’artiste Suisse Thomas Huber. On a un ensemble de maquettes formidable sur cette ville idéale avec un théâtre, une place publique, la maison d’artiste, un forum… de grandes maquettes à l’échelle 1/9e et dont il faudrait 300 m2 pour les exposer toutes.  Cette partie de la collection a fait l’objet d’une exposition spécifique.

D’autres expositions se sont constituées autour d’un dépôt important, au début des années 1999, d’œuvres de Gina Pane. Une exposition avec Michel Aubry sur son rapport au constructivisme autour du Club ouvrier de Rodtchenko que Michel Aubry a mis en musique.  On a également présenté des expositions de Bruno Peinado ou Tatiana Trouvé qui sont aussi des artistes qui portent un regard sur la modernité et sur le monde qui va tout à fait dans le sens de nos préoccupations. Concernant les questions sur le corps, nous avons également montré le travail d’Orlan. Je ne peux pas toutes les citées.

Mowwgli : Vous avez aussi un outil incroyable avec les Ateliers Internationaux, qui permettent des résidences. Comment se fait le choix pour les artistes en résidence ?

L.G. : Au début, je le gérais moi-même puis j’ai pensé que c’était intéressant de s’inscrire dans le cadre des programmes culturels binationaux (comme l’Année de la Colombie, du Mexique…). C’est l’opportunité de découvrir de nouvelles scènes artistiques, de faciliter la rencontre d’artistes émergeants et d’acteurs culturels des pays en question. Dans notre programme prospectif nécessaire, et parfois long, le soutien et le regard d’un commissaire d’exposition natif du pays me permet d’aller plus loin et d’intégrer les questions liées aux contextes sociopolitiques.

En dehors des échanges culturels institutionnels, j’ai aussi tissé lors de mes différentes rencontres et voyages un réseau qui me permet aujourd’hui de m’approcher de jeunes curateurs que j’ai sollicité pour un commissariat pour le Frac. Vingt candidats ont répondu dont l’un sera sélectionné pour les Ateliers Internationaux à venir. Il y a deux ans, dans le même esprit, Dorothée Dupuis, ex-directrice du Triangle à Marseille, et vivant au Mexique, m’a permise de créer un réseau avec la jeune scène artistique sud américaine. Un recours précieux pour une scène difficilement accessible et qui m’intéresse fortement.

En 2018 à l’automne, c’est  Diana Marinescu, commissaire d’exposition et historienne de l’art reconnue, qui assurera le commissariat à la biennale de Timișoara en Roumanie. Elle va choisir les artistes qui viendront en résidence au Frac. Elle-même pourra venir en résidence pour orchestrer et suivre le travail des artistes en question afin que la production aboutisse à une exposition collective  cohérente. C’est un programme collaboratif et passionnant. A l’issue de ces résidences il n’y a pas d’acquisition obligatoire même s’il est très rare que l’on n’achète pas au moins une œuvre.

Mowwgli : Depuis quelques années, comme pour les deux expositions en cours, vous faites aussi appel à des artistes pour le commissariat ?

L.G. : C’est vrai on aime bien travailler directement avec les artistes même si ce n’est pas systématique. On privilégie cette voie autant pour la production de nouvelles œuvres personnelles que pour le regard qu’ils peuvent porter sur notre collection. Cette interaction nous intéresse particulièrement. Je trouve formidable d’associer des artistes au commissariat des expositions, ils osent plus de choses par rapport aux commissaires rompus à l’exercice, notamment dans l’accrochage. Comme par exemple, la superposition de deux œuvres proposée par Joe Scanlan sur le mur de l’exposition Décor au Frac actuellement. De plus, cet artiste s’intéresse aux relations entre art et design. Il interroge l’œuvre d’art et sa reproduction, l’œuvre d’art et sa dimension politique ou sa valeur marchande. Ce sont toutes ces questions qui transparaissent finalement dans l’exposition Avant-Poste.

Mowwgli : Pour les expositions hors les murs, quelles sont les synergies régionales et internationales ?

L.G. : Bien sûr, on a tout un programme d’exposition sur le territoire, avec une quinzaine d’expositions autant dans les lycées, les collèges, que dans les monuments historiques. Depuis deux ans, nous avons mis en place une convention avec le département du Maine et Loire qui nous permet de faire pour la deuxième année une exposition dans la collégiale St Martin d’Angers. On a travaillé avec Delphine Coindet qui a choisi de mettre en écho des œuvres de la collection avec ses nouvelles pièces personnelles. Et cette année ce sera une exposition de Richard Fauguet, avec plutôt un focus sur son travail. Actuellement avec la Galerie 5 à Angers, on a un projet avec Simon Thiou, un jeune artiste issu des beaux arts d’Angers, qui a aussi choisi de mettre en dialogue des œuvres de la collection avec son travail et sa démarche personnelle.

Depuis 2007, la galerie HAB est l’un des partenaires importants du Frac. On y fait une ou deux expositions par an. Nous avons également un dépôt de 70 œuvres dont 50 sont exposées au Musée des Beaux Arts. Il y a un an on a monté quatre grandes expositions dans les quatre musées du Mans. Nous avons proposé une exposition au musée d’archéologie de Poitiers  où des œuvres du Frac dialoguaient avec des œuvres du magdalénien et de l’art roman.

On a aussi un programme international d’expositions, comme par exemple, avec le Musée Ludwig à Budapest ou l’Institut Français de Budapest. On a une expo au Musée de Montréal, une autre encore dans le cadre d’un festival photo à Pékin. Je viens de faire le commissariat d’une exposition itinérante qui a circulé en Asie, Singapore, Séoul et Bangkok avec les 23 collections de Frac dont j’ai choisi une ou deux œuvres et c’était une exposition qui s’appelait What is not visible is not invisible du nom d’une des œuvres présentée, de Julien Discrit. Nous avons toujours des projets en cours.

Mowwgli : Belle vitalité, comment faites- vous ?

L.G. : Nous avons beaucoup de désirs et d’énergie. On touche 15000 scolaires par an et 300 professeurs. On a aussi beaucoup de projets avec les universités d’Angers et de Nantes.

Nous avons également une politique éditoriale et nous sommes éditeurs de catalogues d’exposition pour des institutions à l’étranger. Par exemple nous avons réalisé un catalogue pour une expo en Suisse ou en Australie. Dernièrement, c’est pour une exposition de Gérard Byrne, un artiste irlandais, dont on a fait la publication pour l’institution en question. C’est vraiment intéressant et passionnant de promouvoir les artistes et leur art à tous les niveaux.

Mowwgli : Et quels sont les projets à venir ?

L.G. : Cet été, les deux prochaines expositions à Carquefou sont Armel Eloyan, un artiste de 51 ans d’origine arménien vivant à Zurich et peu connu en France, qui fait un travail en peinture à l’huile assez expressionniste. Il s’intéresse aussi aux contes et aux figures de Walt Disney. Mais avec des personnages déformés par rapport à leurs représentations habituelles qui aurait été un peu chahuté par des enfants, comme revue par un certain Paul McCarty.

Et dans la petite salle du Frac consacrée aux jeunes artistes, où actuellement Eva Taulois est installée, nous proposerons Makiko Furuishi, une jeune peintre dessinatrice d’origine Japonaise installée à Nantes. Ce programme prospectif nous permet de valoriser la scène émergeante. Ensuite, il y aura les Ateliers Internationaux avec Diana Marinescu qui sera associée aux 6 jeunes artistes roumains et en même temps nous avons 2 jeunes artistes qui vivent à Quimper, Camille Girard et Paul Brunet.

Et bien sûr, nous avons ce projet d’une antenne du Frac installée au centre de Nantes qui nous permettra de développer un nouvel espace d’exposition. Un appel d’offre est lancé pour un bureau d’étude afin d’analyser avec nous les besoins et la conception de ce nouveau lieu dans le cadre de notre projet artistique.

Mowwgli : Est-il prévu la réhabilitation d’une friche ou une création nouvelle ?

L.G. : On risque de se greffer sur un bâtiment à vocation multiples, d’habitation et de bureaux. Vous avez vu le quartier, l’île est en pleine mutation.  De nouveaux bâtiments sont en construction. L’idée serait d’investir un rez-de-chaussée et un étage dans un de ces bâtiments au plus tard au 1er semestre 2022.

Ce lieu serait, grâce à une nouvelle répartition des programmes d’expositions, consacré aux expositions temporaires et aux présentations des Ateliers Internationaux. Tandis que Carquefou deviendrait plutôt un lieu de recherche, avec un programme d’études, des séminaires, des conservateurs de musée… Peut être même devenir une « réserve active » que les gens puissent voir comment fonctionne un Frac avec sa collection, comment on la gère et comment on la restaure. On a déjà fait une expo à la HAB Galerie, intitulée Ouverture pour inventaire, où l’on montrait aux visiteurs comment on fait un recollement, comment on marque un numéro d’inventaire sur une œuvre en plastique ou sur une œuvre en cuivre,  comment on met en caisse une œuvre, comment on restaure…bref montrer la face cachée d’un Frac. Ça a bien marché les gens ont vraiment apprécié et ce serait bien de le proposer directement in situ.

Merci Laurence, bonne chance pour tous ces nouveaux projets.

Demain à suivre : un article sur la double exposition en cours Décor/ Avant-Poste

INFORMATIONS PRATIQUES
FRAC des Pays de la Loire
24 bis Boulevard Ampère
La Fleuriaye
44470 Carquefou
Horaires : du mercredi au dimanche 14 :00 – 18 :00
Téléphone : 02 28 01 50 00
http://fracdespaysdelaloire.com

Hommage aux pionnières et aux combattantes des droits des femmes

Aujourd’hui, jeudi 8 mars, nous célébrons la journée internationale des droits des femmes. L’année passée, chaque jour au mois de mars, nous publiions le portrait d’une femme qui par ses actions ou ses opinions, avait changé le statut de la femme dans la société : artistes, politiques, scientifiques… nous avions sélectionné 22 femmes.

Cette année, pour ce mois de mars, j’avais dans l’idée de publier chaque jour l’interview d’une femme contemporaine évoluant dans le milieu de la photographie et de l’art. Cette tâche laborieuse  a commencé par l’élaboration d’une liste comportant 22 noms. Et puis très vite on se pose l’ultime question – car 22 c’est peu – « pourquoi celle-ci et pas celle là ? »… Ces choix allaient forcement être subjectifs, trop sans doute, alors je me suis ravisée. Car ces femmes, ces contemporaines, méritent plus qu’une visibilité occasionnelle, pas seulement pour un jour, voire pour un mois, on doit leur donner cette place au quotidien… Donc je me suis mise à compter… à calculer la présence des femmes dans nos publications. Avec plus de 3500 articles mis en ligne en un peu plus d’un an, je me suis concentrée sur les rencontres et les interviews que nous avons réalisées. 80 femmes contre 70 hommes. Nous avons des efforts à faire pour une parfaite parité, mais ce presque-équilibre en légère faveur pour les femmes est plutôt bon signe. En tout cas il me rassure, car j’appréhendais un peu son résultat. Alors, certes Mowwgli a été créé par deux femmes, cela nous rend peut-être plus sensibles à donner une résonance équitable entre les hommes et les femmes ? Ou bien serait-ce le signe que les femmes montrent de plus en plus la place qu’elles occupent ? Il n’en reste pas moins qu’il y a encore nombre de combats à mener.

J’ai donc décidé de me tourner vers le passé, vers celles qui se sont imposées, qui ont lutté pour nous offrir la vie que nous menons aujourd’hui, en publiant de nouveau le portrait de ces 22 pionnières et combattantes des droits des femmes ! Cliquez sur les images pour découvrir leurs histoires étonnantes !

Mary Dillwyn, l’une des pionnières de la photographie

Autoportrait de Marie Dillwyn, vers 1853

Kathrine Switzer s’impose dans un marathon

Simone Segouin, figure de la résistance française

Marguerite Yourcenar, première femme à l’Académie française

Marguerite Yourcenar à l’Académie © Rue des Archives

Anna Fischer, première femme astronaute à participer à une mission de la Nasa

Anna Fischer

Simone Veil et la dépénalisation de l’IVG

Eugénie Niboyet et La Voix des Femmes

Eugénie Niboyet (c.1880) © Nadar

Louis Weiss, engagée dans le combat du droit de vote féminin

Louise Weiss lors d’une manifestation des suffragettes en mai 1935

Rosa Parks contre la ségrégation raciale

Rosa Parks arrêtée par la police le 5 décembre 1955

Dolores Ibárruri, ¡ No Pasarán !

Photographe anonyme. La Pasionaria, Dolores Ibarruri, Guerre d’Espagne, 1936. Tirage argentique

Marie Curie, femme de science pionnière

Marie Curie en 1903. © Musée Curie

Maud Wagner, première femme tatoueuse

Maud Wagner

Bella Abzug, leader du féminisme

Photographe anonyme. Bella Abzug, leader féministe. New York, 23 avril 1972. Wire photo.

Jeanne Chauvin, première femme avocate

Jeanne Chauvin, gravure de Louis Rémy Sabattier

Valentina Terechkova, première cosmonaute

Valentina Terechkova

Joséphine Baker, artiste résistante

Josephine Baker, 1961 © Archives Sud Ouest – Source : sudouest.fr

Nettie Stevens, généticienne

Nettie Stevens

Juliet Margaret Cameron, photographe

Julia Margaret Cameron photographié par son fils Henry

George Sand, une romancière engagée

George Sand © Nadar

Séverine, journaliste et auteur insurgée

Séverine – Caroline Remy

Germaine Poinso-Chapuis, première femme Ministre en France

Simone de Beauvoir, féministe égalitaire

Simone de Beauvoir © Pierre Boulat / Agence Cosmos

Rencontre avec Angelika Markul, archiviste d’un temps lointain

Prix Maif sculpture 2017 pour « Mylodon de Terre », Angelika Markul nous reçoit à son atelier à Malakoff, sa ville d’adoption. Née en Pologne en 1977 elle vit en France. Diplômée des Beaux Arts de Paris, le public l’avait découverte à l’occasion de son exposition au Palais de Tokyo dans le cadre du Prix Sam Art projects en 2012. Malgré une actualité chargée et des expositions prévues dans le monde entier pour 2018 elle prend le temps de nous décrypter les multiples enjeux à l’œuvre dans ces projets hors normes réalisés dans des lieux hostiles ou oubliés de l’histoire. Des paysages en train de disparaître sous l’action de l’homme qu’elle tente de fossiliser dans des symphonies crépusculaires qui convoquent le sublime et sa perte.

A quand remonte votre 1ère émotion esthétique ?

Dès l’âge de 4 ans à travers l’odeur de la peinture à l’huile utilisée par ma mère, peintre amateur. Elle travaillait avec de grands formats dans sa cuisine, beaucoup autour de la thématique du cosmos dans des tonalités bleues. Je regrette de ne pas avoir ne serait-ce qu’une photo de cela. Je pense que nous portons en nous des ancêtres qui continuent à guider et influencer nos choix présents.
Je chipais des appareils photo de mon père, russes à l’époque qui coutaient très cher en développement. Je me livrais à des expérimentations sur la lumière. La première exposition vue en Pologne était très abstraite et j’ai tout de suite détesté la couleur en peinture, ce qui continue aujourd’hui. Après je n’ai jamais arrêté dans cette voie.

Comment décrire votre pratique ?

Je suis une artiste vidéaste entretenant un lien très proche avec la sculpture. La vidéo devient sculpture dans des installations immersives où l’architecture a une place essentielle. Le spectateur doit se sentir enveloppé dans mon univers tout en restant libre de ses mouvements. Je préfère convoquer des phénomènes plutôt que de chercher à les expliquer. Révéler ce qui est paradoxal ou caché.
Je vais partir d’un projet concret pour mieux décrire ma méthodologie, « la Trilogie », un corpus filmique en 3 volets autour des étapes ambivalentes et tragiques de l’évolution de la nature humaine.
« La Mémoire des Glaciers », déjà réalisé a été montré et exposé dans le cadre de la Bienalsur à Buenos Aires. L’installation vidéo retranscrit le possible effondrement d’un glacier au Sud de la Patagonie à Perito Moreno,
le 2ème chapitre, « Mir » (en cours de réalisation) capté sur des sites miniers en Sibérie orientale révèle vu du ciel, d’immenses béances faites par l’homme, que je rapproche des lignes archéologiques de Nazca étudiées par la mathématicienne Maria Reiche.
Le 3ème et dernier volet « BepiColombo », porte le nom de la sonde qui sera envoyée sur la planète Mercure à la fin de l’année 2018. Une mission scientifique destinée à étudier la genèse du soleil. Le lancement de ces machines ouvre la porte à une dimension imaginaire de l’ordre du fantastique croisée avec une réalité technologique fortement tangible.
Ainsi de la comète des origines nous bouclons la boucle dans cette trilogie à l’infini.
Ce qui est passionnant et formidable avec les scientifiques est de partager cette quête originelle.

Déroulé et préparation des projets

Temps long :

Mes projets s’inscrivent toujours à long terme engageant de nombreux paramètres.
Je commence déjà par faire énormément de recherches sur internet sur des endroits difficilement accessibles, des mythes, par exemple le mythe de Yonaguni au Japon.
Puis je construis de nombreuses rencontres et échanges avec les scientifiques.

Notons que « 400 milliards de planètes », tourné dans le plus grand observatoire du Chili dans le désert d’Atacama, a commencé il y a 6 ans. Le travail en amont est colossal avec les autorisations de tournage à obtenir comme pour le projet du nouveau télescope ouvert en Chine, l’un des plus grands au monde que l’on filmera en octobre.

En parallèle je me livre à une intense préparation physique à l’aide d’un coach, que ce soit pour plonger en eau profonde ou escalader des glaciers. Un régime de fer qui demande beaucoup de discipline avant le départ.

Quels sont vos sources d’influence, artistes référents ?

J’ai beaucoup d’estime pour Alina Szapocznikow, Joseph Beuys, Yannis Kounellis, Louise Bourgeois, Anselm Kieffer,Tatiana Trouvé ou Matthew Barney même s’ils n’ont pas de rapport direct avec mon travail. J’avais 20 ans quand j’ai vu les premières installations de Barney et c’est lui qui a été le vrai déclic avec cette matière organique que l’on retrouve aujourd’hui à travers la cire que j’insuffle à mes environnements.

Même si je me sens plus française que polonaise aujourd’hui j’ai une certaine difficulté à me reconnaître dans la scène française contemporaine.
Mes références se nourrissent plus que de citations, de mes rencontres comme avec Mr Kimura, professeur de géologie de l’Université de Ryūkyū sur l’île d’Okinawa que j’ai interviewé sur ses recherches pendant 30 ans. J’ai besoin d’une aventure humaine.

Projets à venir

Je dois toujours me confronter à la question du financement des projets.
J’ai réalisé 10 films avec des partenaires, lauréate du Prix Coal 2016, l’institut Polonais a soutenu la post-production du film « La mémoire des glaciers ».
Pour ce second volet, j’ai déjà reçu le soutien de mes galeries, la Galerie Leto et la galerie Laurence Bernard. Ma société de production française Eva Albaran & co me soutient ainsi que l’Institut Polonais. Malheureusement la trilogie risque de se terminer en 2019 faute de soutien financier suffisant pour le 3ème volet.
Mais les expositions pour 2018 seront nombreuses avec pour commencer l’ouverture de Tierra del Fuego, à la Leto Gallery de Varsovie, en parallèle de Après, Kewenig gallery, à Palma de Mallorca, (Espagne), ma participation à la foire Arco (Madrid) avec la nouvelle galerie d’Eva Albaran, puis l’Argentine…

Angelika Markul est représentée par la galerie Leto (Varsovie), la galerie Laurence Bernard (Genève) et la galerie Eva Albarran, productrice (Solo galerie à Paris) qui va ouvrir à Madrid à l’occasion d’ARCO.

Journal de Bord de l’artiste :
http://www.angelikamarkul.net/fr/journal-de-bord/

Prochaines expositions :
Centre international d’art et de paysage de l’île de Vassivière, Vassivière, France, 2019 ;
«If the hours were already counted », Sector 2337, Chicago, Etats-Unis, 2018 ;
Muntref – Centro de Arte Contemporáneo, Buenos Aires, Argentine, 2018 ;
Galerie Leto, Varsovie, Pologne, 2018
http://www.angelikamarkul.net/fr/