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Les femmes détenues dans l’objectif de Bettina Rheims

Eve, Niniovitch, Elvira et Lagdar, Ramy, Lu, Vaiata… Elles sont une soixantaine, et toutes ces femmes ont un point commun : elles sont incarcérées et elles ont accepté de poser devant l’objectif de Bettina Rheims. Cette galerie de portraits de femmes détenues est actuellement exposée au Château de Vincennes, avant d’être présentée au Château de Cadillac l’été prochain.

Que connait-on réellement des centres pénitentiaires ? Avant d’y mettre les pieds, il est difficile de se faire une idée réaliste des conditions de vie des détenu.es, d’appréhender ce sentiment de solitude et d’enfermement. En 40 ans de carrière, Bettina Rheims a questionné, exposé et magnifié la féminité. En 2014, elle décide de franchir les portes des prisons françaises pour confronter une réalité, et interroger la représentation de la féminité dans les espaces de privation de liberté. Un projet qu’elle a longtemps gardé en tête avant de s’y atteler. Il en résulte des portraits forts, qui mêlent émotions et questionnements. De ces femmes, nous ne saurons rien, du moins pas grand chose. Un nom, un surnom et un lieu d’incarcération. Pourquoi sont-elles là et pour combien de temps, ce sont des questions que l’on se pose naturellement, mais le travail n’est pas là pour y répondre.
L’idée n’est pas de savoir autre chose que ce qu’elles représentent. Dans un studio improvisé, toutes ces femmes sont venues partager un moment intime avec la photographe, un court instant de « liberté » pour envoyer sa propre image au delà des murs. Le début du projet a été de les convaincre.

« Je suis venue leur présenter mon projet. Il fallait qu’elles acceptent de poser pour moi et que les photos soient publiées. Ça n’a pas été facile… Au fur et à mesure du temps que je passais en prison, j’ai compris l’origine de leur méfiance. C’est affreusement dur, elles avaient du mal à comprendre que j’étais là pour elles, que je ne les piégeais pas. Je n’étais pas là pour les trahir mais au contraire pour essayer d’ouvrir une fenêtre et tenter de retrouver leur estime de soi. Car ces femmes, on ne les regarde plus, elles ont le sentiment de ne plus être des femmes… » 

 

Des portraits aux regards perçants, des yeux clos, parfois des larmes, des mains venant cacher le visage, des portraits de dos, des poses assurées… Chacune transmet un message dans son portrait. La photographe a réussi à faire tomber le masque, et les détenues se dévoilent…

« C’est compliqué de poser, mais là c’est encore plus difficile. Lorsque ces femmes s’asseyent sur le tabouret ce n’est que de la douleur, il faut essayer en quelques minutes de faire sortir d’autres émotions que cette douleur, essayer d’aller chercher au fond de soi quelque chose d’un peu apaisant« .

Le choix des lieux d’exposition entre en résonance avec le sujet. Au XVème siècle, le donjon de Vincennes sert de prison d’Etat, et reçoit notamment, jusqu’en 1784, des prisonnières politiques. A la Révolution française, le pavillon du Roi devient à son tour – brièvement – un lieu d’incarcération destiné aux femmes dites de « mauvaise vie ». Le château de Cadillac quant à lui, est converti en prison pour femmes en 1818. Des femmes condamnées à des peines diverses y sont incarcérées. De 1890 jusqu’en 1952 le château de Cadillac devient « école de préservation de jeunes filles » où sont placées de jeunes mineures considérées comme délinquantes.

INFORMATIONS PRATIQUES
Détenues
Bettina Rheims
• Du 9 février au 30 avril 2018
Château de Vincennes
Avenue de Paris
94300 Vincennes
Tarif : 9€ / 7€
• Du 1er juin au 4 novembre 2018
Château de Cadillac
4 Place de la Libération
33410 Cadillac

Tarif : 5€ / 6€

http://www.xippas.com/fr/artists/bettina-rheims/

Dépêche-toi de Vivre : Rencontre entre artistes et adolescents & prévenus

C’est aujourd’hui que s’ouvre l’exposition « Dépêche-toi de Vivre » à la galerie Stimultania de Strasbourg. Cette exposition inédite est rassemblant photographie, texte et projection issus de la rencontre entre trois artistes avec 60 adolescents et 15 hommes incarcérés. Cette exposition coup de poing parle de l’individu et du groupe, de la solitude et de la communauté.

Face à quatre artistes photographes Melania Avanzato, Guillaume Chauvin, Benoît de Carpentier et Fabienne Swiatly, des hommes qui vivent un moment de suspension. Certains ont quinze ans, ils occupent la rue avec aplomb, les mains dans les poches ou les bras croisés. D’autres occupent un espace clos sur lui-même, les corps en plein vol et les visages dans les mains. Ce sont des hommes disponibles parce que leur vie est en question. Parce qu’ils sont arrivés à un point où le choix est inéluctable et que l’artiste, en posant son regard, leur permet de se positionner.

 

Les artistes interviennent avec leurs ébranlements, leur maîtrise de l’image et leur propre intuition de création. Ils sont là parce qu’ils ont accepté l’ébranlement de l’autre. Ils accompagnent la création. Ils créent pour. Ils créent avec. Le travail d’orfèvre de Benoît de Carpentier produit ici un sens qui va au-delà de sa propre production artistique. Les cauchemars des plus jeunes, devenus des scoops spectaculaires avec Guillaume Chauvin, font jaillir des peurs qui nous traversent. Le romantisme de Melania Avanzato dévoile des sensibilités râpeuses d’une telle densité qu’elles frôlent l’intemporalité. Et Fabienne Swiatly, entre distance et concentration protectrice, fixe la complexité des visions. Cette exposition démontre que le professionnel peut produire et faire produire avec la très grande exigence de son savoir-faire et que le face-à-face est fécond.

INFORMATIONS PRATIQUES
Dépêche-toi de vivre
Du 12 janvier au 8 avril 2018
Stimultania – Pôle de Photographie
33 rue Kageneck
67000 Strasbourg
http://www.stimultania.org/strasbourg/photos/depeche-toi-de-vivre/