Archives par mot-clé : Provence-Alpes-Côte d’Azur

Klavdij Sluban, Aliska Lahusen: Suites Japonaises à la Galerie du Canon

Jusqu’au 08 septembre 2018, la Galerie du Canon à Toulon nous offre le travail de deux artistes originaires de l‘Europe de l’Est dont la création artistique fut bouleversée après avoir découvert la culture nippone. Des œuvres dont les riches variations de noir, gris et blanc révèlent une exploration sensible d’une quête existentielle, ce que l’artiste japonais Takesada Matsutani décrit comme une « communication des sentiments à travers la création de la beauté en noir et blanc ».

Née en 1972 à Lodz en Pologne, Aliska Lahusen emploie des formes géométriques  pour construire un monde épuré où seule la sensibilité participe à l’évanescence des choses. Des formes simples – un cercle, un bol, des lignes – participent à une composition graphique lumineuse et ondoyante. Ce minimalisme monacale invite à la contemplation tranquille d’un travail réalisé avec patience et méditation, un penchant pour la lumière et la vulnérabilité. Les pigments viennent parfois apporter un brin de couleur en soulignant les détails. La profondeur est esquissée, devinée. L’utilisation de la laque dans ses formats monumentaux, diptyque voire triptyque, et la superposition des couches évoquent la force d’un art et d’une culture vénérant la contemplation. Les sculptures polies, lisses, s’évaporent dans l’immensité du temps.

Né en 1963 à Paris de parents slovène, Klavdij Sluban a réalisé un projet photographique au Japon en 2016 qui l’a amené sur les traces de Matsuo Bashô, poète japonais du XVIIe siècle, considéré comme l’un des maîtres du haïku. Ce sont ces images qui sont exposées sur les murs de la Galerie du Canon. Ses photographies très construites et structurées cachent une fausse tranquillité, une puissance y sommeille, prête à exploser. Cette dualité entre force extérieure et énergie intérieure émerge des paysages dépeuplés ou de ces portraits au contre-jour profond, où la lumière, d’où qu’elle provienne, révèle l’âme de la composition. Ces bustes contemporains, captés frontalement, interrogent sur notre humanité, à travers un long dialogue entre ces photographies et le spectateur.

INFORMATIONS PRATIQUES
Suites Japonaises: Aliska Lahusen et Klavdij Sluban
Jusqu’au 08 septembre 2018
Galerie du Canon
10 rue Pierre Semard
83200 Toulon
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h30
Nocturne tous les premiers jeudis du mois jusqu’à 21h30
Fermé le dimanche, lundi et jours fériés.
Entrée libre.
Plus d’informations ici

Aliska Lahusen & Klavdij Sluban : Suites japonaises

L’Infime de Jessica Lange au Centre d’Art Campredon

Cet été, le Centre d’Art Campredon de l’Isle-sur-la-Sorgue accueille l’actrice oscarisée Jessica Lange. L’américaine qui s’est fait connaître dans King Kong en 1970 et que l’on a retrouvé récemment dans l’excellente série American Horror Story, a une passion : la photographie. Ses images sont donc aujourd’hui exposées et visibles jusqu’au 7 octobre prochain.

  « La photographie est pour moi un processus tout à fait mystérieux – celui de saisir ce moment dans le temps et dans l’espace, furtif et fugace, et de le cristalliser. Vous avez réalisé une photographie. Désormais elle a une vie propre. » – Jessica Lange

C’est en 2008 que le public découvre les photographies de Jessica Lange, suite à la publication d’une série de photographies noir et blanc intitulée 50 Photographs, introduite par un texte de Patti Smith, chanteuse et également photographe. C’est ainsi que sa production photographique commence à être exposée, au George Eastman House tout d’abord puis dans de nombreuses villes du monde… La Photographie elle l’a débute très jeune, elle avait d’ailleurs décroché une bourse de l’Université pour étudier la photographie, mais elle préféra voyager et étudier l’art dramatique. C’est dans les années 90, lorsque Sam Shepard lui offre un Leica M6, que Jessica renoue avec la photographie…

L’exposition L’Infime de Jessica Lange curatée par Anne Morin, s’article en deux parties : « Things I See » et « Mexican Suites », elle rassemble 135 photographies réalisées ses vingt dernières années.

INFORMATIONS PRATIQUES
L’Infime
Jessica Lange
Du 7 juillet au 7 octobre 2018
Centre d’Art Campredon
20, rue du Docteur Tallet
84800 L’Isle-sur-la-Sorgue
https://www.campredoncentredart.com

Claude Lévêque et Pascal Neveux, MP2018 Quel amour !

Nous avions rencontré Pascal Neveux au Frac en septembre 2017 à l’occasion d’Art-O-Rama (cf nos interview) et le retrouvons autour d’un autre projet tout aussi séduisant dans le cadre de MP2018 quel amour.

Il invite en effet en association avec les Musées de Marseille, l’artiste Claude Lévêque à investir sur deux lieux emblématiques, le Frac et le centre la Vieille Charité. « Back to Nature » et « Life on the Line » proposent une expérience sensorielle immédiate et totale entre présent et passé, violence et légèreté, force et fragilité.

Pascal Neveux nous dévoile également la prochaine saison du Frac et revient sur ce foisonnement de la scène marseillaise.

A LIRE : 
Entretien avec Pascal Neveux, Directeur du Frac Paca (1ère partie)
Entretien avec Pascal Neveux, Directeur du Frac Paca (2nde partie)

INFOS PRATIQUES :
Claude Lévêque
« Back to Nature » au Frac PACA
« Life on the Line » Chapelle de la Vieille Charité
Du 30 juin au 14 octobre 2018
Dans le cadre de : MP2018 Quel amour !
www.mp2018.com

Les 5 ans du MaMo : Interview d’Ora Ito

Dans la lignée de Xavier Veilhan, Daniel Buren, Dan Graham, Felice Varini et Jean-Pierre Raynaud, le designer Ora Ito poursuit son cycle d’invitations à des artistes qu’il juge capables de se confronter au geste de Le Corbusier, avec le suisse Olivier Mosset qui prend possession à son tour du toit terrasse de la Cité Radieuse. Sa réponse au monochrome qui dépasse les préceptes du B. M.T.P s’inscrit ici dans cette peinture caméléon qui réagit à la lumière sur de grands panneaux verticaux et horizontaux et la tôle irisée d’ une Harley Davidson 74’ Panhead de 1957 (modèle Easy Reader) dont il a été l’heureux propriétaire.

Ora Ito à l’origine de ce vaste et ambitieux projet de Centre d’art, le MaMo, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, est revenu sur la vocation d’un tel lieu, la genèse de cette 6ème invitation et ses nombreux projets dans la région, Arles notamment et partout ailleurs.

INFOS PRATIQUES :
Olivier Mosset
Untitled
Jusqu’au 30 octobre 2018
Centre d’art de la Cité Radieuse
280 Boulevard Michelet
13008 Marseille
Ouverture du 4 novembre 2017 au 4 février 2018,
du mercredi au dimanche de 11h à 18h.
Entrée gratuite.
https://mamo.fr

Rencontre avec Céline Kopp, directrice de Triangle France, Marseille

Alors qu’elle prépare la prochaine Biennale de Rennes, dont elle est co-commissaire, Céline Kopp à la tête de Triangle France depuis 2012, propose à la Friche Belle de Mai l’exposition « Vos désirs sont les nôtres ». Elle est revenue avec nous sur la genèse de cette démarche, les vocations de l’association Triangle, sa récente fusion avec Astérides et les projets à venir.

Triangle France est une association à but non lucratif (loi 1901) dédiée à l’art contemporain. Elle est située au centre de Marseille à la Friche la Belle de Mai, une ancienne manufacture de tabac reconvertie en centre de production artistique pluridisciplinaire depuis le début des années 1990. Triangle France a pour but de promouvoir la scène artistique contemporaine française et internationale à travers une programmation exigeante et expérimentale de résidences, d’expositions, de performances, d’événements, de publication et la production de nouvelles œuvres. Triangle France soutient la réalisation et la diffusion de nouvelles pratiques artistiques et est engagé dans la mise en place d’une relation dynamique entre les artistes, la scène artistique locale et internationale.

A LIRE : 
https://www.mowwgli.com/41780/2018/07/23/rencontre-celine-kopp-etienne-bernard-commissaires-de-6eme-biennale-de-rennes-a-cris-ouverts/

INFOS PRATIQUES :
« Vos désirs sont les nôtres »
jusqu’au 21 octobre 2018
La Friche Belle de Mai
La Tour-Panorama, 3e étage
41 rue Jobin
13003 Marseille
http://www.lafriche.org/fr/
http://www.trianglefrance.org

Nicolas de Staël en Provence: la lumière intense

Nous savions que la lumière du sud a inspiré de nombreux artistes, au point pour certains de marquer notablement leurs vies et leur œuvre. C’est le cas avec Nicolas de Staël. Né en Russie en 1913, l’artiste s’installe en France et peint de nombreux paysages. Après plusieurs voyages en Europe et au Maroc, il débarque en Provence en juillet 1953 sur les conseils de son ami le poète René Char. La période provençale de Nicolas de Staël marque un tournant essentiel dans son existence. Le choc de la lumière du sud, des variations de couleurs aux rythmes des saisons, l’expérience de la solitude viennent révéler une émotion intense, production à la fois visuelle et intime. Pour la première fois et de manière exclusive, sur le développement de l’œuvre de Nicolas de Staël lors de son séjour en Provence, entre juillet 1953 et octobre 1954, l’Hôtel de Caumont – Centre d’art à Aix-en-Provence montre l’exposition « Nicolas de Staël en Provence » 71 peintures et 26 dessins provenant de prestigieuses collections internationales publiques et privées, montrent la réalité et la force de la nature brute, comment cette main intelligente puise son génie dans ces paysages expressifs, comment la nature accompagnait son regard. Une pratique artistique vécue comme une quête de sens.

« On ne peint pas ce qu’ on voit mais le choc qu’ on a reçu ». Quand Nicolas de Staël débarque en Provence, la lumière fulgurante est une violence à l’état pur. Il part à la découverte des paysages sauvages. La blancheur austère du calcaire, le vert de la nature ainsi que le ciel pâle du petit matin le bouleverse. Ce n’est rien de ce qu’il connaît. Sa peinture capte ses sensations. Elle devient épaisse, étale plusieurs couches, la sculpte comme une forme humaine. Les formes condensées dans la matière picturale marquent à la fois son adoration et son exaltation.

La composition simple des éléments permet d’appréhender ce nouvel environnement afin de traduire en couleurs les impressions éprouvées. Il réalise de nombreux croquis lors de ses longues marches puis peint  dans ses ateliers de Lagnes, puis de Ménerbes. Dans la séries des grandes tables, un sujet classique inspiré de Chardin,  la frontière est tenue entre abstraction et figuration. L’absence de perspective et de modelé n’enlève rien à l’existence des choses et des êtres qui s’imposent dans l’alchimie des couleurs vives et de la peinture.

La matière se fait mouvement afin de laisser s’exprimer les éléments naturels. Chaque toile met en avant des notions d’horizontalité et de verticalité. Le paysage se dénude afin de révéler sa force évocatrice intemporelle. Parfois, la couleur vient éclabousser la composition, comme dans Arbre rouge, 1953. Parfois, les bords de la toile sont laissés en réserve. Parfois, sa touche est une variation de petits carrés chromatiques. L’artiste voulait « Sentir la vie devant moi et de la sentir toute entière ». Il ne se lasse pas du Vaucluse et des couchers de soleil qui nuancent les couleurs. Sa peinture se fait lyrique et les modulations du pinceau rappelle Vincent Van Gogh, un autre artiste ébloui par le soleil de Provence. Lui aussi prend les cyprès pour motif, expression de sa solitude intérieur.

Nicolas de Staël va poursuivre cet enseignement de la couleur et de la lumière en Sicile. Sur la route qui le conduira jusqu’au sud de l’Italie, il dessine les ruines antiques, les vestiges des temples et les fresques de Pompéï. Ses carnets entiers de croquis seront sa source de travail lorsqu’il regagnera son atelier de Lagnes. Les aplats de couleurs pures traduisent l’intensité éblouissante du soleil sur la pierre et sur les murs colorés des habitations.

Influencé par le cubisme, il joue sur l’opposition des couleurs afin de moduler les formes. Des formes limpides qui traduisent sa vérité intime. Les couleurs primaires ont une place importante dans cette œuvre évanescente, dans cette ivresse chromatique et lumineuse. Un condensé d’émotions qui incendie les rétines des Américains et grâce auxquels il va connaître un succès fulgurant. L’expérience picturale révèle le démiurge intérieur. Nicolas de Staël est lui-même un être solaire mais en souffrance, dans une quête toujours plus intense, toujours plus juste, toujours plus essentielle de la vie, de l’amour. Il nous laisse une œuvre réalisée sur une quinzaine d’années et dans laquelle il donne tout. Sa riche correspondance avec René Char nous éclaire sur le rôle majeur de cette terre de Provence dans la production artistique de ce génie qui quitte ce monde en à Antibes en 1955.

INFORMATIONS PRATIQUES
Jusqu’au 23 septembre 2018
Nicolas de Staël en Provence
Hôtel de Caumont – Centre d’Art
3 rue Joseph Cabassol
13100 Aix-en-Provence
Ouvert tous les jours de 10h à 19h
Plus d’informations ici

Rencontre avec Christian Lacroix, Mirabilis à Avignon, désirs de collectionneur et les Rencontres d’Arles

Alors qu’il a une actualité foisonnante, au théâtre, à l’Opéra, au Louvre Lens où il met en scène avec faste la dynastie perse des Qajars, Christian Lacroix a répondu à l’invitation de Pascale Picard, directrice des musées de la Ville d’Avignon de révéler la richesse des collections des musées patrimoniaux à travers MIRABILIS dans la grande chapelle du Palais des Papes. Un véritable manifeste qui prend la forme d’un parcours inédit de 400 œuvres rassemblées de la préhistoire à l’art moderne en passant par l’archéologie, l’ethnographie, les sciences naturelles d’Europe mais aussi d’Afrique et d’Asie, puisées dans les trésors avignonnais dont les collections, distribuées en 5 musées (le Petit Palais, Calvet, Requien, le Palais du Roure et le Lapidaire), sont estimées à plus d’un million d’ oeuvres d’art, d’objets et documents, dont 10% seulement accessibles au public.

Il a répondu à nos questions sur ce nouveau défi, ses sources d’inspiration et les Rencontres d’Arles qui ouvrent dans peu de temps (il est l’invité du tout nouveau City Guide Louis Vuitton) avec passion et générosité. C’est un retour pour le créateur qui avait participé à la formidable manifestation « la Beauté » en Avignon en 2000.

1. Les défis de Mirabilis

-contrainte du lieu, du budget et du temps imparti
Il est certain qu’un cabinet de curiosité a une forme plus intime qu’une chapelle.
La contrainte principale était le lieu même si comme pour le Grand Palais avec Lucien Clergue, nous avions, avec Véronique Dollfus, su dépasser ce lieu assez rétif au départ. De plus il y avait aussi ici la mission de ne pas interférer ou polluer avec l’architecture et le nouveau support de visite.
En ce qui concerne le côté chromatique, je suis très content d’être resté dans la neutralité avec ce beige, du fait du coût qu’aurait représenté d’avoir des soieries de très belle couleur dans les vitrines, selon mon souhait initial. Nous avions pensé au début à de petits autels, de petits temples, même si au final cela n’incitait pas assez à la circulation des visiteurs.
J’aurais aimé pouvoir aller jusqu’à la période contemporaine avec des commandes passées à des artistes mais il aurait fallu plus de temps.
Mon idéal aurait été une tapisserie comme Pénélope avec un format pérenne et évolutif pour continuer à donner aux gens l’envie de découvrir ces trésors, même si mais au bout du compte les mélanges, les duos, les conversations fonctionnent très bien.
Je pensais mettre en écho quelques modestes pièces en ma possession comme des céramiques contemporaines, des textiles XVIIIème, des foulards.
De plus mes liens avec Pascale Picard qui remontent au musée Arlaten expliquent en grande partie ma réponse favorable et confiante à ce qui ressemblait à un véritable tour de force !

– L’affiche
Même si elle est le résultat d’un premier collage, elle a un côté jubilatoire et surréaliste dans lequel je me reconnais. Entre le côté un peu naïf du cabinet de curiosités et très scientifique avec des personnalités marquantes comme Esprit Calvet ou Esprit Requien qui, sans le vouloir étaient des surréalistes avant l’heure ! Enfant, je fantasmais devant les cabinets de curiosité des livres d’histoire avec ces animaux extravagants, ces faux monstres marins suspendus, ces bizarreries intrigantes et effrayantes.

– Les sources d’inspiration, Jean-Hubert Martin
Plus que d’inspiration, une véritable source de jalousie !
Depuis l’enfance je colle chaque week-end des choses semblables et dissemblables.
Plus que « Carambolages » au Grand Palais, la première exposition de Jean-Hubert Martin m’ a directement impacté, pensant détenir un univers exclusif.
Comme tout adolescent des années 1960-70 je vénérais des idoles, le duc de Windsor, l’artiste Aubrey Beardsley, et je me sentais riche de ces histoires. Or j’arrive à Paris, j’achète Vogue qui avait confié son numéro de Noël à Karl Lagerfeld et je découvre alors qu’il présente les mêmes références que les miennes ! Un peu vexé dans un premier temps, je me dis que c’est tout de même bon signe..

2. A quand remonte la 1ère scénographie décisive dans votre parcours ?

Mon rêve d’enfant était décorateur et costumier de cinéma d’abord et de théâtre ensuite.
Celle qui a vraiment compté dans mon parcours sous forme d’une véritable renaissance a été à la carte blanche au musée Réattu à Arles, en 2008 avec Michèle Moutashar, directrice du musée.
J’y ai pris un réel plaisir car en plus des collections du musée, des photographies contemporaines en lien avec les Rencontres de la photographie, des commandes à des artistes contemporains, j’ai pu introduire mes propres robes, étant encore couturier à l’époque.

3. Si j’étais un vrai collectionneur

Je me dirigerai vers tout ce qui est brut, primitif, anonyme comme l’univers de Judith Scott par exemple.
Pendant « la Beauté » à Avignon en 2000 j’avais conçu des ateliers avec les équipes de patients de l’hôpital psychiatrique de Montfavet, là où a été internée Camille Claudel. Les malades ont ensuite proposé une exposition anonyme de leurs créations, j’ai acquis une petite barque en béton avec 2 personnages, l’un qui regarde par dessus le bastingage, l’autre le ciel, offrant un résumé parfait de l’histoire de l’homme, de l’univers et du monde. Je garde toujours une vraie émotion quand je la contemple.
De même en matière de mode, personne ne pourra rivaliser avec ce qui a été fait en Afrique comme les coiffes ou certains costumes traditionnels de l’Europe Centrale avec cette folie pure dans la forme, le bijou.

4. En tant qu’arlésien, que pensez-vous de l’évolution des Rencontres ?

J’ai l’impression que cela se réduit un peu bizarrement.
L’esprit va, selon la tendance générale, vers l’audimat, avec une place de plus en plus réduite pour la découverte.
J’aime cette citation « il ne faut pas donner aux gens ce qu’ils attendent mais ce qu’ils ne savent pas encore qu’ils vont aimer » et cette démarche a bien été présente pendant de nombreuses années aux Rencontres.
De grands étonnements ont eu lieu avec les grands maîtres, alors qu’aujourd’hui les grands photographes n’ont plus cette même trempe. On assiste à une uniformisation avec de grands formats qui appartiennent à de grandes galeries pour de grands collectionneurs. Le tout d’une vraie froideur. Le choix de l’affiche par exemple pour William Wegman qui est un grand mais n’incite pas à la découverte !

Je connais Maja Hoffmann depuis l’adolescence et j’apprécie ses choix et sa collection. Elle a été notamment à l’origine de l’invitation à l’artiste sud africain William Kentridge dans les Ateliers, cette grande fanfare animée, une histoire de l’Afrique des primitifs jusqu’à Obama. D’une grande puissance.
Les Ateliers comme petit fils de cheminot c’est une autre histoire. Je regrette qu’ aucune trace du passé du lieu n’ait été conservée, en faveur d’une ambiance très aseptisée. C’était l’un des premiers ateliers du XIXème siècle sous Napoléon III. On aurait pu garder certains endroits, comme les vestiaires des cheminots ou des machineries.

Quant à l’architecture de Gehry, quelle est sa destination réelle ?
Par contre la grande réussite est la Fondation Van Gogh que les habitants se sont accaparés. Le bâtiment a été remarquablement rénové, cet ancien hôtel particulier du XVème siècle transformé en Banque de France en 1924. Cela tient beaucoup à la démarche de Bice Curiger, actuelle directrice.

Le musée Réattu malgré un manque de moyens parvient à tirer son épingle du jeu. J’ai beaucoup de tendresse pour ce lieu.
A Arles la municipalité n’est pas très riche car le manque de grandes sociétés installées ne permettent de ressources régulières.
Le tourisme reste !

5. Si vous aviez un rêve.. inachevé

J’ai réalisé un bon nombre de rêves avec les musées, les décors et mon grand dilemme de l’année 2017 a été : quel est le prochain ?
Un livre et une exposition sur la Princesse de Clèves vont sortir chez Gallimard, dans leur nouvelle galerie.
Au Centre National du Costume de Scène, j’ai le projet d’exposer ma création, cette fois de 2006 à 2018 autour d’ une quarantaine de productions ayant beaucoup travaillé en Allemagne.
La céramique sans doute est un territoire que j’aimerais explorer.

INFOS PRATIQUES :
Mirabilis
Jusqu’au 13 janvier 2019
Palais des Papes, Grande Chapelle
www.palais-des-papes.com
Billetterie
http://www.avignon-tourisme.com/

A noter que les musées municipaux deviennent gratuits !
Arles, Les Rencontres
jusqu’au 23 septembre 2018
https://www.rencontres-arles.com/

Le City Guide Louis Vuitton fait escale à Arles : must have !
https://fr.louisvuitton.com/

Pablo Picasso et André Villers : Coup de soleil au Musée du Pavillon Vendôme

Le Musée du Pavillon de Vendôme à Aix-en-Provence réunit durant tout l’été le travail à quatre mains de l’artiste multi-disciplinaire Pablo Picasso et du photographe André Villers. Ce dernier a immortalisé les plus grands artistes de ce XXe siècle: Calder, Brassaï, Cocteau, César … Des photographies visibles au musée qui porte son nom au cœur du vieux village de Mougins dans les Alpes-Maritimes. Il découvre la photographie alors qu’il est hospitalisé au sanatorium de Vallauris entre 1947 et 1955. Ces années correspondent à la période à laquelle Pablo Picasso s’y installe et travaille la céramique. De leur rencontre naît une amitié et une collaboration artistique unique.

André Villers rencontre le maître catalan en mars 1953. C’est lui qui lui offre son premier appareil photo , un Rolleiflex. Leur collaboration artistique est une aventure expérimentant la photographie et les découpages. Durant une dizaine  années, ils transcendent, détournent les frontières entre photographie et sculpture en jouant de ce qui les unit : lumière, ombre, creux, plein, forme et espace. Picasso découpe, modifie, épingle les photos de Villers pour en faire des collages. Ensuite, il les transforme, les interprète à son tour avant d’en faire de nouveaux clichés que Picasso découpera à nouveau. Une esthétique mise en abîme.

« Il faudra que nous fassions quelque chose tous les deux. Je découperai des petits personnages et tu feras des photos. Avec le soleil, tu donneras de l’importance aux ombres, il faudra que tu fasses des milliers de clichés »disait Pablo Picasso au jeune André Villers de 50 ans son cadet. Ces 10 années de création et de collaboration unique aboutissent à la publication en 1962 d’une trentaine d’images sous le titre Diurnes et dont la préface est écrite par le poète Jacques Prévert. Le Musée du Pavillon de Vendôme rassemble la totalité de ces tirages qui révèle le processus, le cheminement de la pensée et les scènes créées dans l’univers des deux artistes. Un « coup de soleil », une référence au flash photographique selon le maître catalan, naïf et imagé, poétique et lyrique, expression de deux univers singuliers et de deux regards primitifs sur le monde sensible.

INFORMATIONS PRATIQUES
Villers/Picasso – Coup de Soleil
Jusqu’au 30 septembre 2018
Musée du Pavillon de Vendôme
13, rue de la Molle ou 32, rue Célony
13100 Aix-en-Provence
Tél. : 04 42 91 88 75
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h
Plus d’informations ici

Polygone Riviera : Drôle d’endroit pour une rencontre avec l’art contemporain. Et drôles de mesures

Une exposition d’œuvres démesurées anime les allées d’un centre de shopping à Cagnes-sur-Mer dans lesquelles l’ironie de Lilian Bourgeat sème une bonne dose d’humour et renvoie le visiteur dans un voyage extraordinaire, version Gulliver.

Le Polygone Riviera, un centre commercial atypique de Cagnes sur Mer, propose le quatrième chapitre de sa programmation artistique. Premier centre de shopping à ciel ouvert en France, c’est un lieu de vie alliant le commerce à des espaces de détente et de loisirs. Polygone Riviera s’affirme également comme un pôle culturel unique inscrivant l’art contemporain au cœur de ses espaces et de sa programmation. Construit comme un village au milieu d’une végétation luxuriante, le centre est un lieu de promenade qui permet de croiser des œuvres pérennes d’artistes de renom comme César, Daniel Buren, Céleste Boursier-Mougenot, Antony Gormley, Tim Noble & Sue Webster, Jean-Michel Othoniel ou Pascal Marthine Tayou…

Cet été et jusqu’au 14 octobre, c’est la démesure de Lilian Bourgeat qui est mise à l’honneur. Un artiste connu pour agrandir de banals objets du quotidien, tables, bancs, caddies, porte-manteaux… et qui ponctue de ses bottes de sept lieux les allées de ce village, confrontant le promeneur à une expérience singulière. Les changements d’échelle privent les objets de leur fonctionnalité et les déplacent dans un autre univers, celui de l’extraordinaire.
Orchestrée par Jérôme Sans, le co-créateur du Palais de Tokyo, et directeur artistique de l’événement, l’exposition de l’artiste français Lilian Bourgeat présente un ensemble exceptionnel d’une douzaine de sculptures d’objets du quotidien « augmenté » qui font basculer le monde dans la « des mesures ». Lilian Bourgeat dit rechercher à redonner un peu de spectaculaire au banal objet caché dans la vie de tous les jours. Lilian a encore dans les yeux un soupçon d’enfance et d’espièglerie. Son travail révèle cet humour désinvolte, un peu pince sans rire et malicieux.

Le regardeur devient l’activateur de l’œuvre en l’utilisant et redonne une vision différente du monde. Le visiteur peut ainsi revenir en enfance en s’asseyant sur un banc géant, ou en jouant avec des caddies réactivant ses souvenirs d’enfance de courses effrénées au supermarché. Un porte-manteau surdimensionné prend des allures de réverbère et son piggy bank 2, le moule géant d’un cochon-tirelire, peut laisser croire à une possible fortune. Les bricoleurs auront sans doute du mal à comprendre les deux brouettes qui s’unissent comme dans un acte, peut être sexuel. Elles perturbent surtout le rapport contenant contenu chacune devenant l’un et l’autre. Leurs tailles et le lieu de mise en scène dépossède tous les objets de leurs caractères usuels, et Lilian Bourgeat pousse même le détournement et l’ironie avec une fausse paire de bottes car elle est composée de deux pieds gauche. La malice est poussée à son maximum avec un immense mètre d’ouvrier qui serpente sur la place aux jets d’eau et qui donne la mesure du monde selon Lilian Bourgeat.

Lilian Bourgeat
« Des Mesures »
Du 19 juin au 14 octobre 2018
Polygone Riviera
119 avenue des Alples
06800 Cagnes-sur-Mer
http://www.polygone-riviera.fr

Rencontre avec Olivier Bourgoin de l’agence Révélateur autour de ContreNuit

Notre critique Pascal Therme a rencontré Olivier Bourgoin, fondateur de l’agence Révélateur. A l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles et du festival Voies Off, il présentait huit de ses auteurs au sein d’une seule et même exposition intitulée « ContreNuit ». L’exposition sera visible à l’automne prochain en région parisienne.

L’agence Révélateur, Arles 2018 De gauche à droite : Laure Pubert, Olivier Bourgoin, Damien Guillaume, Christine Delory-Momberger, Michaël Serfaty © Edith Laplane

L’exposition propose une plongée au coeur de la nuit. De l’errance à l’oubli, du rêve à l’insomnie, c’est une véritable matérialité du sombre, du noir. Périgrinations physiques ou mentales, nous abordons avec eux un labyrinthe de réminiscences, de fantasmagories, de mémoires altérées, de vestiges intimes, de peurs ou d’espoirs enfouis.
Visages, figures humaines peuplent les nuits. Yeux grands ouverts dans l’obscurité, les images se construisent autrement. Déambulations nocturnes, paysages, formes s’indéfinissent, s’enveloppent, s’absorbent. Se dévorent en attendant le jour ?

Exposition ContreNuit, Arles 2018
Exposition ContreNuit, Arles 2018

Avec «Fire Game», travail en couleurs toujours en cours, exclusivement réalisé sur le territoire français, Dan Aucante cherche plus à capter un moment qu’à faire un constat d’ensemble, ou dresser le portrait d’un groupe social. Son approche est d’abord de l’ordre du ressenti, laissant une part de subjectivité et de fiction s’immiscer dans ce qui pourrait au prime abord être considéré comme un reportage soigné. Et c’est entre jour et nuit que tout semble ici se nouer. Comme à l’adolescence qu’il capte ici.

Christine Delory-Momberger fouille au plus près de leur surface différents tirages photographiques familiaux et personnels, archéologue d’une histoire enfouie. Dans «exils/réminiscences» elle extrait une matière mémorielle, fragile, derrière l’opacité de l’oubli, du noir volontaire ou inconscient, qui masque et qui cache. Du noir que l’on gratte pour voir ce qu’il y a derrière. La nuit dans laquelle elle est plongée implose, fait surgir, derrière le grain photographique, le début d’une vérité, le résultat d’une obsession du comprendre, l’impérieuse nécessité de sortir d’une nuit qui a couvert une enfance, une adolescence. Le noir comme explorateur de soi.

«One lonely night» présente un extrait d’images puisées dans le grand abécédaire constitué par le travail photographique de Valérie Gondran, à la recherche d’une émotion, d’un sentiment, d’une idée, d’une histoire. De l’association de ses images – avec elles, au-delà d’elles, entre elles – émerge un nouveau récit, avec une composition visuelle dont l’ambiance pourrait être celle d’un polar mystérieux à la David Lynch. Une histoire courte en somme, comme se plaît à en conter l’auteure.

Les photographies de «Femmes et ivresse» ont été réalisées par Damien Guillaume dans des états d’ivresse avancées du photographe et de la plupart des modèles, au coeur de la nuit. Les modèles l’accueillent chez elles, sachant qu’ils vont boire, discuter puis mettre en place une séance de photographies durant laquelle elles devront poser nues au moment où il le décide, au moment où l’ivresse atteint un certain degré. Les photographies sont réalisées en doubles expositions afin de travailler sur la sensation de mouvement incontrôlé et de double personnalité du modèle (entre l’ivresse et la sobriété), captées de manière instinctives, inspirées par l’instant et l’espace. Elles ne sont jamais préméditées.
Les seules retouches des photographies sont liées à un renforcement du contraste.

C’est par la matière, l’adjonction d’huile aux grains photographiques qu’Irène Jonas ancre et encre son «Insomnie». Les images qu’elle associe et densifie deviennent les témoins et les protagonistes de ses nuits sans fin, et nous ramènent à nos propres éveils nocturnes. L’esprit voyage librement, passant d’une sensation à une autre, fait surgir et se mêler souvenirs enfouis et expériences quotidiennes. L’insomnie peuple aussi la nuit de créatures inquiétantes ou amies, hybrides de réalité et d’inconscient. Tout est encore fugace, fragile et l’on sent dans les images l’éventualité d’une disparition totale de ses visions : sont-elles sur le point de s’obscurcir
totalement ou au contraire sont-elles sur le chemin d’une éblouissante clarté ? Elles matérialisent tout à la fois l’épaisseur du temps, son instabilité et son inexorable bruissement.
De cet éveil naissent des énigmes, des chimères qui nous poursuivent parfois la nuit achevée.

Les différents lieux investis par Estelle Lagarde lui permettent de diriger des scènes qui, ajoutées les unes aux autres, racontent une histoire. Avec «De anima lapidum», Estelle Lagarde se livre à la matérialisation d’une intériorité. En plaçant sa chambre photographique dans plusieurs édifices religieux, aux quatre coins de la France, elle met en images une réflexion sur les relations s’établissant entre l’humain et les architectures de ces monuments, entre l’obscurité et la clarté des lieux et des âmes. C’est aussi notre propre mystique qui est ici sondée à travers la mémoire, les souvenirs et l’Histoire qui imprègnent les murs de ces monuments sacrés, témoins et gardiens de secrets, de péchés et d’espérances.

Laure Pubert navigue elle aussi entre le rêve et la réalité dans sa série «J’irai marcher sur tes traces». La sélection faîte dans ce travail réalisé au cours d’un long séjour en Norvège, nous entraîne sur le chemin du roman noir. C’est sûrement l’un des atouts narratifs de la nuit, l’une des libertés que cette dernière permet de construire mentalement. D’un récit et d’une quête photographique personnelle, dans ce choix d’images, Laure Pubert propose de laisser notre propre imaginaire divaguer et bâtir notre propre récit nocturne, de donner chair, âme et histoire aux personnages. Rien n’est figé, tout peut être fin ou commencement. C’est cette incertitude noire qu’explore la photogaphe.

Michaël Serfaty est, quant à lui, l’hôte de visages et de silhouettes qui, peu à peu, s’extirpent d’une noirceur – prison ou refuge. Ce sont peut-être «Ces choses au fond de nous» (titre de sa série) qui tentent de prendre forme à la faveur du calme et de l’indétermination de la nuit. L’imprécision de leurs formes, le flou que leur imprime le grain de l’image, entrouvrent plusieurs questionnements : serait-ce à la faveur de la nuit que ces êtres font leur visites, dans l’espoir d’une rencontre, avant de rejoindre à nouveau l’obscurité dès les premières lumières diurnes ? Ou bien au contraire tentent-ils définitivement de sortir de cette nébulosité et de rejoindre la lumière ? Peut-être bien les deux à la fois.

INFORMATIONS PRATIQUES
agence révélateur
http://www.agencerevelateur.fr
http://www.facebook.com/agencerevelateur
> Expo à venir
ContreNuit
Du 10 octobre au 10 novembre 2018
L’Anis-Gras Le Lieu de l’Autre
55 Avenue Laplace
94110 Arcueil