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Véronique Ellena, une Rétrospective majeure au Musée Réattu Arles

A quelques jours de l’inauguration de la 48ème édition des Rencontres de la Photographie à Arles, le Musée Réattu ouvrait ses portes au public de la première rétrospective de l’artiste visuelle et plasticienne Véronique Ellena. C’est donc le week-end dernier que s’est rendu, notre critique Pascal Therme, pour découvrir cette exposition aussi riche qu’impressionnante.

La rétrospective, conduite par Andy Neyrotti – la première en son nom – égraine quelques 6 chapitres majeurs, décomposés en une vingtaine de thèmes, traités par la photographe sur ces trente années passées, et développe toute une approche poétique de l’œuvre fondée par une recherche de la beauté au cœur de la simplicité apparente du monde.

« Je cherche toujours la beauté dans les choses simples et dans les instants du quotidien« . – Véronique Ellena

Présentée en 2009 par Christian Lacroix dont elle était l’invitée, le musée Réattu propose aujourd’hui au public de découvrir une  œuvre généreuse et douce, articulée par une interrogation du médium photographique et une poétique qui fonde une oeuvre ouverte sur le temps.

Dès le début des années 1990, Véronique Ellena s’empare de la vie quotidienne dans les rites sociaux de la consommation et du foyer, elle donne à voir une photographie “sage” centrée autour de prétextes tels que “devenir propriétaire, l’échographie, la première sortie, rayon chaussures, la chambre d’adolescente, etc…”, et construit ces scènes de la vie quotidienne, aussi simplement qu’il y paraît. Tout un travail de mise à distance, d’approche sensible, de relations ouvertes s’inscrivent parfaitement dans les scènes représentées. Un passage dans l’exposition creuse ce lien de la distance à une subjectivité maitrisée, de l’ordre de l’approche et de l’ouverture de soi au monde, afin qu’un sens singulier s’en dégage. Tout paraît dans cette photographie sage et lointain, mis à distance et pourtant, paradoxalement, un proche lointain s’est installé entre les “regardants, les spectateurs” et l’épreuve photographique exposée, l’image formée, trace d’une attention et d’un témoignage particulier. Le monde vogue alors sur le fil sensible de l’œil qui sait regarder avec émotion, distance et candeur, pour donner à voir à l’autre en soi et à l’autre que nous sommes, dans le processus d’échanges que cette photographie nourrit avec tous les réels. Force centrifuge du miroir, l’image spéculaire attire comme par un charme ce qui la traverse et la constitue, y aurait il, au delà des discours formels, la trace d’une intention “orphique” chez la photographe, un retour à une sensibilité au “sacré” tel qu’il se déploie bien au-delà de l’époque ?

Cette question introduit d’ailleurs la série avec laquelle on entre dans l’exposition les classiques cyclistes, tout un corps souffrant et soumis à l’effort  établit une forme de martyrologe des compétiteurs, qui apparaissent, en dehors de tout pathos, dans leur être là et bien plus. Ce sont des personnages de la Comédie Humaine, des êtres de chair et de songes, de papiers et de romans, sans que la distance narrative n’en face tout à fait des héros, quoiqu’une dimension épique s’est emparée du substrat et du référent. D’autres images voyagent au sein de cette photographie, ouverte et disponible, légère, sans séduction facile, presque commune dans son apparence. Mais voilà, le monde des apparences est justement celui que la photographie de Véronique tend à traverser, à renverser, à établir dans une justesse de ton, de tonalités, de sincérités sur un autre plan, pour les accomplir, les rendre plus dignes, plus près d’eux-mêmes, et de tendre ce miroir où une poésie se fait contre les traversées abrasives et finalement mortifères de la société du spectacle, de la marchandise. En ce sens, une poétique relie toutes les séries alimentées sur ce désir de lire en soi et de restituer une beauté simple hors des apparences trompeuses, aux reflets mensongers. C’est là où l’eau des rêves accomplit un processus quasi alchimique de renversement de l’image et de distanciation, de toucher, d’où ce proche-lointain sensible qui semble, de plus forger un lien de proximité heureuse avec l’Autre, qui aide à voir et à se représenter la réalité sous d’autres cieux, avec d’autres yeux. 

D’autres thématiques s’approchent et jouent cette petite musique chère à Andy Neyrotti, dont la complicité avec Véronique Ellena a permis cette rétrospective assez enchanteresse, thèmes de la nature, des invisibles, du Havre, du travail réalisé à la Villa Médicis, et, à mon sens ce qui enflamme véritablement l’exposition, toute la série des Clairs-obscurs, où sont exposés en tirages les négatifs couleurs, grand format, ce qui permet de lire l’image dans les traits, comme un travail à la pointe sèche, donnant l’impression d’être dans l’atelier de l’imprimeur travaillant au plomb, celui du peintre, alors que le feu des rouges flamboie systématiquement, renvoyant une tête antique, le fauteuil de Balthus, un sous bois appelé la Japonaise, La vierge d’Hambye, le Récamier, La Toilette de Vénus, à la genèse du miroir brisé qui ouvre la série, lampe d’Aladin, d’où s’échappent les bons génies que sont ces photographies. Tout cela est issu de ce miroir brisé rouge, flambant de cette inversion chromatique dans le reflet d’une sur-réalité assez romantique, pour pouvoir être issue d’un vers de Goethe où du visage d’un acteur de Bergmann dans son évocation de Shakeaspeare. Se pourrait être justement cet appel d’un autre jeu dialectique ouvert, celui d’un vieil acteur malin qui convoque les rites sociaux de la consommation, la situation générale d’une humanité qui sommeille en soi, pour l’appeler à revenir de cet endormissement et à s’apercevoir dans ce miroir enchanté, puisqu’il délivre des maléfices qu’articulent les pouvoirs de l’argent et de l’ordre social, cet jeu de la comédie humaine, devenu aujourd’hui tout aussi faux.

Véronique Ellena se consacre à cet appel du chant rêvé du songe et à la puissance du mystère, dans une poésie où toute simplicité défait les ensorceleuses promesses des contes pour régénérer un ordre supérieur plus juste, plus clair, plus simple, dans une transparence de langage et une sobriété, qui a tout éliminé des effets superflus et superfétatoires, afin de révéler le simple substrat de l’apparence, devenue ici appels des présences. Tout se joue dans un transfert des rapports sociaux et de leurs encodages dans un brouillage systématique des apparences, vers une présence où transparaît la poésie profonde des êtres et leur « situations », comme leur nature profondément friable, humaine et pour le moins innocente. Ce rapport social à l’objectivation d’un système de représentations qui encode les apparences, Véronique Ellena les dé-travestit, les dé-lit, les dé-barasse de leur poids, les allège, allant vers une essentialité et une lecture “politique” du système de la représentation sociale. C’est, sans doute, la vraie force du travail de Véronique Ellena. En rendant leur identité secrète aux personnes photographiées, elle leur restitue la part de vérité auquel ils ont été soustrait mais qui demeure “instable”, comme un élément physique, un matériau dangereux pouvant exploser ou imploser.

Et si la photographe évoque au passage l’ombre des destins croisés, leur confère un statut de personnage, c’est qu’elle ouvre l’image à une polysémie des signes qui ont fait l’épopée, le roman, et permis la projection de plusieurs formes de lectures de son travail.

Ses Natures Mortes jouent quant à elles, la contamination picturale, on s’y méprend encore à seulement quelques dizaines de centimètres de distance, l’effet est ici une surface qui fond les repères entre photographie et peinture, pour se donner dans un rêve du toucher et de la légèreté, loin des matières lourdes et obscures, un rêve permanent d’air traverse le champ photographique, dans une intention plastique, qui transcende alors les codes mêmes de la photographie de genre.

Les classiques cyclistes sont d’office rattachés à une épopée moderne retenue dans cette fonction par la diégèse de la série, sans qu’apparemment ils puissent s’y soustraire ni nous, les regardants, nous en excepter. J’ai ce sentiment qu’une fonction particulière organise un déplacement entre le réel auquel on peut rattacher ces personnages et ce qu’ils évoquent dans une résonance toute picturale. C’est sans doute pourquoi ces portraits attirent, une forme d’identification se met en place et joue d’une sympathie. il s’établit des passages à travers les nombreuses références qui organisent le point de réception de l’image, parce que celle-ci est ouverte à une polysémie et qu’elle fait sens. Ici, plus qu’un cycliste je vois un boxeur, un migrant, un personnage de roman, aussitôt une sorte de viralité s’est mise en place, faisant voyager l’image en elle-même vers d’autres images d’autres possibilités d’images et de représentations. Ce qui voudrait dire que cette photographie assemble ce qui circule d’un contenu latent de certaines autres images (pourquoi me vient en surimpression un portrait de Dorothée Lange, une figure de Jérôme Bosch, une scène photographiée dans NY de boxeurs?) à un autre contenu plus ou moins latent et que des passages secrets existent entre les œuvres comme des histoires.

Véronique Ellena ouvre certaines portes assez contemporaines et puise dans le vivier des quotidiens une inspiration ou plutôt un inspir, puis un expir dans un souffle ou symboliquement s’organise un temps dédié à la performance de la réalisation – je pense à la série la vie quotidienne – et à l’ouverture de la temporalité à sa traversée par le non événement apparent que représentent ces quotidiens. Dans ce non évènement se tient toute l’identité de l’époque et des liens sociaux appauvrissants en apparence les questions de l’identité et de la vie. Un théâtre s’est formé du vide du non évènement apparent de l’être qui paraît suspendu, intégré au contexte mais qui ne semble pas du tout en être réduit pour autant, d’où cette forme d’étrangeté lancinante et interpellante. le spectateur est obligé en quelques sortes à y réfléchir. d’où une portée conséquente, voit-on ce qu’on voit, autre question pertinente que pose cette photographie.

Jeune fille dans sa chambre, série Le plus bel âge, 2000, Centre national des arts plastiques, inv. FNAC © Véronique Ellena

Elle approche finalement ce secret dissimulé et avoué par l’oeuvre photographique, un  secret doublant le mystère de la création. En s’approchant de la question du sacré Véronique Ellena  re-situe tous les contextes sociologiques et historiques. La série sur Le Havre, la résidence Villa Médicis, la vie quotidienne… jusqu’à cette évocation de la Mémoire, du jardin de l’enfance, et des recherches autour des clairs/obscurs….

Dans sa série Le plus bel âge, la jeune fille dans sa chambre est devenue une icône, ce n’est plus le quotidien aperçu mais une transcendance de l’instant, où apparaît un visage angélique et où circule un autre référent qui « séduit » et fait apparaître la beauté du personnage.

Véronique Ellena est une artiste singulière et le Musée Réattu a souhaité lui consacrer cette première rétrospective qui puise ses œuvres dans les collections publiques et privées. Ainsi, on navigue entre les différentes thématiques explorées par l’auteure en 30 ans de carrière. L’exposition se termine avec ses dernières créations, la série « Clairs-Obscurs« , qui va être acquise par le Musée Réattu, dont l’artiste et le commissaire nous parlent ici.

INFORMATIONS PRATIQUES
Rétrospective
Véronique Ellena
Dans le cadre des Rencontres d’Arles
Commissairiat : Andy Neyrotti, attaché de conservation au musée Réattu, Véronique Ellena, assistée de Guillaume Schneider
Du 30 juin au 30 décembre 2018
Musée Réattu
Musée des beaux-arts Ancien Grand Prieuré de l’Ordre de Malte
10 rue du Grand Prieuré
13200 Arles
Du 1er juillet au 31 août Plein : 9 €/ Réduit : 6 €
Du 1er septembre au 30 juin Plein : 8 € / Réduit : 6€
Gratuit pour les arlésiens.
Le Musée Réattu présente également Laura Henno à la commanderie Sainte-Luce
Du 2 juillet au 26 août 2018
http://www.museereattu.arles.fr
https://www.rencontres-arles.com
http://veronique-ellena.net

Rencontre avec Corinne Mercadier, Conseillère artistique de la Résidence des Rencontres de la Jeune Photographie à Niort

Pour cette 24ème édition des Rencontres de la Jeune Photographie Internationale de Niort, le rôle de conseiller artistique a été confié à Corinne Mercadier, artiste française. Quinze jours durant, elle vivra aux côtés des huit jeunes photographes résidents pour les accompagner dans leur création artistique. A la veille de son entrée en résidence, nous avons rencontré Corinne Mercadier à la villa Perochon, qui présente son exposition « Satellites ».

Corinne Mercadier, mise à nu

Accepter ce rôle de conseiller artistique, c’est donner une part de soi pour partager une expérience unique. Corinne Mercadier a tout de suite accepté l’invitation de Patrick Delat, directeur artistique de la manifestation. Elle a décidé de jouer le jeu jusque dans la présentation de son exposition rétrospective présentée à la Villa Pérochon. Pour la première fois, la photographe nous dévoile la partie secrète de ses images, nous voici dans les coulisses du processus de création… Dès le jardin qui mène aux salles d’exposition, on découvre les carnets de note de Corinne, imprimés en grand format. La première pièce abrite les objets qui composent ses mises en scène et une accumulation d’images « ratées » ou « insatisfaisantes » qui composent le « mur du doute » comme elle l’aime à l’appeler.
Se succèdent ainsi plusieurs salles, présentant chacune une série, une époque de l’artiste. A chaque pas, le visiteur s’imprègne de l’image mentale imaginée par l’artiste, les images les plus anciennes et parfois les plus connues prennent ainsi, dans les dernières salles, une autre dimension, une autre connotation.
C’est d’ailleurs au deuxième étage que l’on découvre sa première photographie, celle qui sera le début de tout; c’est l’image qui lui a donné l’envie et l’idée de faire cette mise en scène.

Le hasard, ce concept à dompter.

Un fil rouge indéniable se tisse au travers de ses différentes créations. De ses travaux Polaroïds aux lancés d’objets, Corinne Mercadier aime le jeu du hasard et comme elle le dit : « aime à l’attirer dans ses filets ». Comme elle nous l’explique en fin d’interview, le hasard, c’est le héros de ses projets.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2018
• Corinne Mercadier
Satellites
Du 7 mars au 26 mai 2018
Villa Pérochon-CACP
64 Rue Paul François Proust
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
http://www.cacp-villaperochon.com
http://www.corinnemercadier.com/

• Résidence 2018
> Exposition des oeuvres présentées au jury
Du 7 mars au 13 avril 2018
> Exposition des oeuvres réalisées durant la résidence
Du 14 avril au 26 mai 2018
Hôtel de Ville de Niort
1 Place Martin Bastard
79000 Niort
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30 (Ouverture exceptionnelle les dimanches 1er et 15 avril)

Autour de la Résidence

Sept expositions seront inaugurées tout au long du mois de mars dans divers lieux de Niort, dont voici le programme détaillé :
• Maitetxu Etcheverria / Voyages insulaires
Pavillon Stéphane Grappelli du 28 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi au samedi de 13h30 à 18h30
• Emmanuelle Brisson / Les profondeurs du coeur
Espace d’arts visuels Le Pilori Du 28 mars au 5 mai 2018
Du mercredi au vendredi 10h00 à 12h00 et 14h à 19h00 et le samedi de 14h00 à 19h00
• Françoise Beauguion / Exils
Belvédère du Moulin du Roc du 7 mars au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
• Filigranes Éditions / Les anciens résidents de Niort et leurs publications
Librairie des Halles du 28 mars au 28 avril 2018
• Margherita Muriti / God, how shall I pray
Atelier du cadre du 28 mars au 28 avril 2018
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
• Paul Muse / Walking the Dog
Galerie nomade du 6 mars au 26 mai 2018
• Emanuela Meloni / Station Niortaise-Prémices
Allée centrale du parking de la Brèche du 6 mars au 26 mai 2018

Foujita, peintre et dandy

La rétrospective que lui consacre le Musée Maillol est passionnante pour deux raisons. La première raison est évidemment la qualité et la large palette du travail de l’artiste japonais. La deuxième raison est la vie même de Foujita qui se découvre comme un roman tant elle a été singulière.

Après avoir étudié la peinture occidentale à l’école des Beaux Arts de Tokyo, le jeune homme francophile de 26 ans arrive à Paris pour s’installer dans le quartier de Montparnasse. Il y rencontre immédiatement tous les artistes qui feront l’Ecole de Paris à partir de 1918, Soutine et Modigliani seront ses amis. Foujita connaît la gloire dès sa première exposition en 1917, il est célébré par la presse internationale et son travail est montré jusqu’aux Etats Unis. Infatigable travailleur, il est aussi de toutes les fêtes. On sourit à la petite vidéo d’une soirée particulièrement débridée des années folles. Il est nommé chevalier de la légion d’honneur en 1925 et est certainement à cette époque, l’artiste le mieux payé ce qui lui vaudra un redressement fiscal sévère. Il se mariera plusieurs fois, retournera au Japon pendant la deuxième guerre mondiale (ce qui suscitera une violente polémique à son retour en France), obtiendra la nationalité française, se fera baptiser dans la cathédrale de Reims pour devenir Léonard Tsuguharu Foujita et enfin décorera la chapelle Notre Dame de la Paix construite à cette occasion avant de s’éteindre en 1968.

Avec sa coupe au bol, sa petite moustache, ses lunettes rondes, ses boucles d’oreilles et son goût pour la mode parisienne, Tsuguharu Foujita aura été l’archétype de l’artiste dandy des années folles. Comme Andy Warhol, Foujita aura aussi été le maître de sa propre mise en scène et auto promotion. On le découvre dans ses nombreux autoportraits et les photographies de l’artiste au travail dans une mise en scène soigneusement pensée. Comme Warhol aussi, il réalisera de nombreux portraits (très lucratifs) des commanditaires ou influenceurs du monde de l’art. Le succès de Foujita tient beaucoup à son style original et novateur, synthèse des inspirations et des techniques de l’Orient et de l’Occident, s’inspirant et respectant autant les grands maîtres japonais que le classicisme européen.

Les plus belles pièces exposées sont certainement, à mon sens, les deux dyptiques Combat I et Combat 2 réalisée en 1928. Ces tableaux énigmatiques représentent des lutteurs et des couples enlacés et alanguis. Ces œuvres ont été considérées perdues, stockées dans un garde meuble. Elles sont réapparues en 1992 à l’occasion du don de ces pièces par la veuve de l’artiste au Conseil Général de l’Essonne.

INFORMATIONS PRATIQUES
Foujita, peindre dans les années folles
du 7 mars au 15 juillet 2018
Musée Maillol
61 rue de Grenelle
75007 Paris
http://www.museemaillol.com
Ouvert de 10h30 à 18h30

Un regard en mouvement, Rétrospective de Raoul Hausmann au Jeu de Paume

Longtemps sous-estimée, l’oeuvre de Raoul Hausmann est enfin mise lumière au Jeu de Paume à Paris jusqu’au 20 mai prochain. 

Artiste pluridisciplinaire, c’est l’un des pères fondateurs de l’art abstrait et l’on dira de lui qu’il est « le plus grand agitateur culturel du Berlin des années 20 ». A partir de 1927, la photographie l’absorbe totalement et devient la clé de voûte d’une pensée globale dans sa démarche artistique. Durant dix ans, il développe une pratique singulière, lyrique et documentaire, en parfaite cohérence avec sa manière de vivre et de penser. De Sander à Moholy-Nagy, il sera source d’inspiration pour une nouvelle génération d’artistes. Durant la seconde guerre mondiale, Laszlo Moholy-Nagy qui a fondé une école à Chicago souhaite l’inviter à enseigner pour réinventer le Bahaus allemand, mais Raoul Hausmann ne pourra pas s’y rendre. Harcelé et poursuivi par les nazis qui le considèrent comme un artiste dégénéré, il fuit l’Allemagne dès 1933 et abandonnera, au fur et à mesure des ses exils, tirages, dessins et collages. C’est cette dispersion qui fera que son travail photographique soit largement oublié et invisible jusqu’à la (re)découverte d’un fonds jusqu’ici tenu secret dans l’appartement de sa fille dans les années 70.

Après une première étape au Point du Jour à Cherbourg, c’est la première retrospective d’envergure qui lui est consacrée. On y découvre des grands formats originaux, que Raoul Hausmann a lui-même exposé à Zurich en 1936, tout comme des prêts exceptionnels issus de collections publiques et privées.

140 tirages vintage réalisés par l’artiste lui-même donnent à cette exposition une dimension exceptionnelle à ne surtout pas manquer.

INFORMATIONS PRATIQUES
Raoul Hausmann
Un regard en mouvement
Du 6 Février au 20 Mai 2018
Jeu de Paume
1, place de la Concorde
75008 Paris
http://www.jeudepaume.org

Total Baumann : Deux expositions simultanées pour plus de 40 ans de carrière

Arnaud Baumann a 22 ans lorsqu’il rencontre l’équipe du journal satirique Hara Kiri. Il forme alors un duo avec le photographe Xavier Lambours et tous deux participent activement au journal avec des créations photographiques décalées. Plus de 40 ans après, Arnaud Baumann est l’artiste aux mille projets mêlant travaux personnels et photographies de presse. Aujourd’hui, Arnaud expose plus de 300 photographies au travers deux expositions événements : une rétrospective et « Ombres et Lumières », réunies sous le titre « Total Baumann ».

« Ne vous fiez pas à l’appareil qui lui sert d’instrument. Ce photographe est comme un peintre ou un dessinateur : il ne « reproduit » pas la réalité ; il ne « capture » pas le réel ; il n’« enregistre », à proprement parler, rien. Il pense. Il imagine. Puis il danse avec son imagination et la fait tourbillonner jusqu’à ce qu’elle se hisse à l’état de vision »*. –
Pacôme Thiellement (à propos d’Arnaud Baumann)

Une rétrospective aux Showrooms du Marais

Cette première exposition présentée aujourd’hui et demain aux showrooms est gigantesque ! Elle rassemble une centaine d’images sur un espace de plus de 400m2, des photographies réalisées entre 1974 à nos jours. Véritable témoignage du temps qui passe cette rétrospective nous ramène aux différentes époques de notre modernité : les années 70, les années Hara Kiri, les 80′ du Palace, les débuts du numérique avec ses Vidéocaptures, les années 2000 de La Chambre blanche et des Excentricités ordinaires à ses portraits de personnalités.
Vous découvrirez un artiste aux mille facettes et aux idées foisonnantes, un artiste qui n’hésite pas à se couvrir d’essence et de craquer une allumette pour réaliser un autoportrait.

Ombres et Lumières à la galerie Corinne Bonnet

Cette seconde exposition est plus intime. Jusqu’au 3 février, la galerie Corinne Bonnet propose de découvrir des travaux plus personnels d’Arnaud Baumann. Ici, est rassemblée une sélection d’images qui capte le monde et les êtres qui entourent le photographe au grès des tracés de sa propre vie.
Les photographies présentées là tissent un réseau de métaphores sensibles et interrogent la lumière des êtres et leur part d’ombres, la vie et la mort, le jour et la nuit, … Cette exposition engage moins la représentation sociale du monde dans lequel nous vivons que la restitution sensible de ce que nous ignorons de nous même et des autres.

INFORMATIONS PRATIQUES
Total Baumann
> Rétrospective
Photographies de 1974 à nos jours
Ouvert au public les 11, 12 et 13 janvier 2018
Les Showrooms du Marais
118, rue de Turenne
75003 Paris
> Ombres et lumières
Du 9 janvier au 3 février 2017
Galerie Corinne Bonnet
Cité artisanale, 63 rue Daguerre
75014 Paris
http://galeriecorinnebonnet.com

Dans l’atelier de Geta Bratescu au Camden Arts Centre

Le Camden Arts Centre nous propose jusqu’au 18 juin une belle rétrospective du travail de l’artiste roumaine Geta Bratescu. L’artiste de 91 ans est aujourd’hui célébrée dans le monde entier. Elle représente cette année son pays à la Biennale de Venise, une de mes plus belle découverte de l’édition 2017.

Son travail a aussi été vu en 2016 au Hamburger Kunsthalle et à la Tate Liverpool en 2015. C’est sous l’angle de son travail en atelier que le Camden Arts Centre a choisi de nous proposer d’aborder le travail de l’artiste. Une approche pertinente lorsque l’on sait que Geta Bratescu a toujours vécu et travaillé à Bucarest. Elle a connu la domination soviétique et un régime totalitaire qui laissait peut de liberté à l’expression publique. C’est dans le cocon protecteur de l’atelier, espace à la fois artistique et domestique, que Geta Bratescu a pu s’exprimer et s’engager, élargissant sa pratique de l’écriture et du dessin, expérimentant de nombreux médiums, le collage, la couture, l’impression, la photographie, la performance, la sculpture et la vidéo expérimentale et utilisant très souvent des matériaux de récupération chargés émotionnellement comme des chutes de tissus provenant de sa mère. Un très beau complément au Pavillon roumain de la Biennale.

INFORMATIONS PRATIQUES
Geta Bratescu : The Studio : A Tireless, Ongoing Space.
Du 7 avril au 18 juin 2017
Camden Arts Centre
Arkwright Road
Londres NW3 6DG
Royaume Uni
https://www.camdenartscentre.org

Geta Bratescu est représentée par la Ivan Gallery (Bucarest), la galerie Barbara Weiss (Berlin) et la galerie suisse Hauser & Wirth. 

Première grande Retrospective de l’œuvre de Walker Evans à Pompidou

L’homme qui a changé l’orientation des objectifs

Bien sûr, l’œuvre photographique de Walker Evans comporte des photos magnifiques. Certaines sont devenues iconiques. Le couple de métayer, les Burroughs, d’Alabama, les photos de mineurs cubains, celles d’objets utilitaires, de magnifiques photos d’outils à la beauté épurée, objets dont on dira, pour suivre les poncifs, qu’ils retrouvent grâce au photographe, leur honneur d’outils devenus beaux à force d’être utiles!

Bien sûr… mais aussi quelques-unes de ces images mythiques ont été parfois extraites d’images plus générales. Tel personnage a été comme arraché au groupe auquel il appartenait pour être mis en valeur, parce qu’il y avait là une belle photo, un beau portrait qui pouvait être individualisé. Je ne suis pas sûr que c’est le meilleur de Walker Evans. En fait, au lieu de « meilleur » j’ai envie de dire que ce n’est pas vraiment du Walker Evans. Ce n’est pas son style que de faire du style. Ce n’est pas non plus sa photo que de faire de la belle photo. Là est le nœud. Là est la question Walker Evans.

Il faut prendre le problème autrement. Pourquoi s’intéresser à un photographe compulsivement obsédé par les images, les siennes qu’il prend comme un boulimique absorbe des hamburgers, et celles des autres qu’il accumule comme s’il avait été atteint de cette affection caractérielle nommée « le syndrome de Diogène » ? Pourquoi s’intéresser à un photographe qui ne se contentait pas d’accumuler les photos mais aussi les objets qui avaient été, auraient pu être, seraient peut-être des sujets de photos ou… pas ? Qu’est-ce qu’il a d’exceptionnel ce type, en dehors de quelques belles photos, comme d’autres bons photographes en ont prises, et des milliers de photos de choses sans intérêt, entassées avec toutes sortes de collections d’objets sans intérêt ?

Essayons de trouver des points d’appui. Ça y est! On a trouvé : sûrement, il y avait du Duchamp dans cette démarche. Du Duchamp rustique. Un Duchamp qui n’avait pas la chance d’avoir le catalogue de la Manufacture des Armes et Cycles de Saint Etienne sous la main. Un Duchamp qui se serait mis à travailler pour trouver des tas d’objets intéressants. Ou bien, un André Breton, qui se serait efforcé de rassembler des objets en tous genres afin, dans un geste splendidement poétique d’extraire le beau à partir du rien ou de l’incongru comme celui que Lautréamont chantait « la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ». Rien de tout cela. Ceux-là sont les intellectuels d’une société qui cherchent de nouveaux Alcools. Walker Evans n’en fait pas partie. Le génie de cet homme est ailleurs. Génie ? Pourquoi, ici et maintenant, évoquer ce mot gênant qu’est « génie ». Pourquoi, introduire subrepticement un soupçon d’homme providentiel, une once de héros artistique ?

Hopper. Je ne veux pas dire que Walker Evans est un génie comme Hopper. Je veux dire que Hopper a été à la rencontre d’une forme de réalité pour y exprimer ses angoisses et que c’est bien de cette réalité-là que Walker Evans est le génie. Hopper est un des premiers peintres à introduire la modernité dans les images proposées aux regardeurs. Il y avait eu Monet et ses gares floutées dans des volutes de fumées, de vapeurs et de brumes matinales ou vespérales. Il y avait eu toute l’école réaliste belge en particulier qui avait su montrer les ouvriers, les laboureurs, la misère, les petits boulots et les grandes usines. Mais finalement peu de gens pour montrer ce que la vie montre couramment, banalement, habituellement dans les pays modernes. Sans autre intention que de montrer. Sans intention nécessaire de dénoncer, pas plus que d’annoncer. Hopper, montre des pompes à essence, dans le soir, pareils à des grands arbres d’un genre particulier. Il affirme la vérité de l’illumination d’une rue par le moyen d’un bar totalement vitré : on ne sait plus bien de quelle réalité on parle, celle du bar qui écarte la nuit ou celle de la nuit qui fait le siège du bar.

Hopper, fait partie de ces gens qui font venir devant le regardeur les objets qu’on ne regarde plus tant ils font partie du paysage. Voilà le génie de Walker Evans : il a, un jour, décidé de regarder le paysage. Or, le paysage d’un pays moderne, industriel, consommateur de choses et d’images et plein de gens en mouvement dans les rues, les chemins, les métro, ce n’est pas exactement le paysage de Thoreau à Walden, ou celui dont les peintres du grand ouest faisaient une description parfois méticuleuse. Où est le génie ? Il est dans ce simple fait que le photographe a, ce jour-là, changé la direction de son objectif. La nature, a-t-il décidé, ce ne sont pas ces jolies petites fleurs sur le bord des chemins, ce ne sont pas les meules de foin, ni les vaches dans les prés, ni les beaux ciels, ni les bestioles qui déambulent de façon merveilleusement surprenante, ni les paysages durs et ingrats des grandes plaines américaines après les tornades de poussière. La réalité de notre monde est pleine du discours des hommes sur leurs œuvres les plus banales, affiches, avertissements, panneaux de signalisation. Ce sont ces églises qui s’égrènent toutes pareilles, construites comme des maisons à quoi on a ajouté deux ou trois détails qui en feront des temples. Si on avait ajouté un autre type de décoration cela aurait été un garage, une devanture de pièces détachées pour automobiles…

La réalité du monde que le photographe saisit, ce sont aussi ces zones où sont échouées de vieilles bagnoles, des détritus, des choses qui n’ont plus que le souvenir d’un nom ou d’une fonction. Ils sont bien loin les égouttoirs et les porte-bouteilles et les urinoirs de Duchamp. Walker Evans ne glorifie, ni n’abaisse : il répertorie l’univers des vivants et, si urinoir il y a, il ne vaut pas mieux et ne dit pas davantage que la porte ouvragée d’une maison de bois, ou d’une autre un peu différente mais pas tant que ça, ou d’une autre encore…

En quoi est-ce génial que d’avoir fait venir à la vue ce qu’on avait sous le nez ? Car à qui fera-t-on croire que les affiches ne se voient pas, même quand elles sont déchirées. Et puis, qui n’a vu dans son existence ces paysages estampés d’un panneau, « no trespassing », d’un « no gunning » ou de ces maisons chargées de « to let » ? Qui peut prétendre qu’on ne voit pas les magasins de n’importe quoi et leurs affiches, leurs enseignes, leurs offres toutes mirobolantes dont la seule raison d’être est justement d’attirer le regard?

Walker Evans a retourné l’objectif de sa caméra et, ce faisant, a fait surgir dans le champ de vision des regardeurs toutes ces choses dont ils avaient pris l’habitude parce qu’ils en étaient à la fois cause et effet. Il n’a pas vraiment donné de lettres de noblesse à la photographie documentaire. Il ne documente pas. Ou, quand il donne le sentiment qu’il documente, c’est une fausse excuse : il accumule. On pourrait dire alors qu’il accumule des preuves, des indices, des faits, qui, sous peu, seront corroborant et montreront comme le déroulé d’une enquête. Ce n’est pas du tout ça : comme le collectionneur, il entasse, il stocke, il enferme des milliers de choses, des milliers d’images ramassées, achetées, récupérées, des milliers d’images qu’il a prises pour compléter l’empilement qu’il a entrepris. Ce faisant, il annonce que tout ce qu’il a décidé de voir mérite le regard. Et il bouleverse d’un seul coup, sans le vouloir, sans l’avoir recherché, les codes de la représentation et du regard. Après lui, tout sera possible à ceux qui veulent avoir le courage de voir. Il n’aura pas rompu avec le regard, il aura simplement un jour décidé de tourner sa caméra vers d’autres réalités, d’autres détails, signes, indices, ceux qui nous accompagnent tous les jours, comme autrefois, les coquelicots étaient dans les prés, les laitières dans les tableaux des flamands et les Christ en croix en appelaient au regard des croyants.

Il a fait venir à notre conscience que le monde dans lequel nous vivons et que nous avons fabriqué peut être vu tel qu’il est. Tel que nous le faisons.

INFORMATIONS PRATIQUES
Walker Evans
Jusqu’au 14 août 2017
Centre pompidou – Galerie 2
Place Georges-Pompidou
75004 Paris
https://www.centrepompidou.fr

Rétrospective de Cy Twombly au Centre Pompidou

Le centre Pompidou présente jusqu’au 24 avril 2017 une grandiose rétrospective du peintre américain Cy Twombly (1928-2011). L’exposition s’égrène autour de plus de 140 oeuvres de différents supports et met en lumière le talent avant gardiste et iconoclaste de l’artiste. Inclassable, l’artiste américain le fut tout au long de sa féconde carrière qui le fit peindre jusqu’à ses 83 ans.

A contre courant des styles minimalistes de ces contemporains américains, très jeune, Twombly se démarque en quittant les Etats Unis pour vivre en Italie. Il adopte alors un langage totalement singulier, complexe et fascinant, fait de puissance et de couleurs.

L’étendue de son œuvre et la pluralité de ses sources soulignent la richesse de ses expérimentations et de ses recherches artistiques.

L’exposition s’articule autour de 3 grands cycles: Nine Discourses on Commodus 1963), Fifty Days at Iliam (1978) et Coronation of Sesostris (2000). Sculptures, dessins, peintures, photographies sont autant d’expressions plastiques qui viennent émailler un parcours intelligemment mené par le curateur Jonas Storsve.

Toiles laiteuses et immenses émaillées de mots-rébus, de traces-codes primitives et archaïques viennent initier l’exposition et nous placer soudainement face au mystère Cy Twombly.

Tel un palimpseste, chiffres, lettres, mots surgissent à la surface de la toile pour mieux nous confondre. Simple et complexe, telle une peinture naïve ou un dessin d’enfant.

Peu à peu, ses œuvres vont s’intensifier dans le geste, dans une pulsion maîtrisée. La peinture va se faire langage. Dans une pâte dense, compacte et épaisse elle devient une matière vivante sur la toile.

Dans une explosion de couleurs, l’artiste retranscrit la violence sanglante du règne de Commode ou la douleur inextinguible  d’Achille face à la mort de Patrocle. L’artiste déconstruit et reconstruit sous nos yeux. Sa peinture ni abstraite ni figurative, est un monde en soi.

Artiste total, avec grâce et subtilité, Twombly nous séduit l’âme.

EXPOSITION
Rétrospective : Cy Twombly
Jusqu’au 24 avril 2017
Galerie 1 – Centre Pompidou
Place Georges-Pompidou
75004 Paris
https://www.centrepompidou.fr

A VOIR AUSSI
Cy Twombly, Lakner & Större
Jusqu’au 15 avril 2017
Galerie Charron
43 Rue Volta
75003 Paris
https://www.galeriecharron.com