Archives par mot-clé : Street Art

Les Extatiques, un parcours artistique pour les 60 ans de la Défense

A l’occasion des 60 ans de Paris La Défense, un voyage artistique inédit, dirigé par le directeur artistique Fabrice Bousteau, vous est proposé jusqu’au 21 octobre. Le temps d’un été, le centre d’affaire devient un musée à ciel ouvert avec une exposition collective d’art contemporain à la fois sur l’esplanade, mais aussi dans des lieux habituellement inaccessibles.

À travers le choix d’une dizaine d’artistes venant d’horizons différents, de renommée internationale ou émergents, avec l’implantation d’œuvres d’échelles différentes et en interaction entre elles, Fabrice Bousteau formule une invitation poétique au voyage. Il tient à façonner le regard des visiteurs, à lui faire oublier les préjugés liés à une image de « quartier d’affaires » et à le guider vers la beauté exceptionnelle, inattendue et différente de ce lieu de vie vibrant.

Son ambition artistique est de montrer aux Parisiens comme aux touristes que ce quartier d’affaires est aussi un lieu d’habitation et de promenade unique au monde, à la beauté surprenante et originale. Les Extatiques est moins une exposition qu’une excitation conçue par des artistes pour favoriser des flâneries dans ce lieu où se confrontent l’architecture et des œuvres souvent monumentales qui font de Paris La Défense le plus grand parc de sculptures de France. Un paysage unique que Les Extatiques a pour ambition de révéler et d’augmenter avec l’intervention de ces artistes qui se sont confrontés à son histoire, à son échelle et à son environnement.

C’est un artiste en « repérage » pour concevoir son projet artistique qui m’a donné envie d’appeler cette manifestation Les Extatiques tant il a exprimé son ravissement face à la beauté peu connue de Paris La Défense. Les Extatiques est imaginée comme une promenade amoureuse et une aventure pleine de surprises comme, par exemple, le film sonore du Soundwalk Collectif qui permettra à chacun de découvrir l’architecture et le parc de sculptures de Paris La Défense en ayant le sentiment d’être le personnage d’une fiction entre Tati et Godard ; le labyrinthe de tournesols tournoyants de Fanny Bouyagui ; l’immeuble haussmannien plongé dans un vortex cosmique de Leandro Erlich ; les bancs géants de Lilian Bourgeat ; la nature réinventée de Vincent Lamouroux ; le spectacle sonore et lumineux de Pablo Valbuena dans l’underground de Paris La Défense ou encore la démesure de l’Inde symbolisée par l’improbable personnage d’Hanif Kureshi.

INFORMATIONS PRATIQUES
Les Extatiques
108 jours de parcours artistique – 60 ans de créativité
Jusqu’au 21 octobre 2018
Accès libre – Esplanade de La Défense
Métro ligne 1 : La Défense – Esplanade de La Défense
https://www.ladefense.fr/fr/les-extatiques

DéDalE, le grand labyrinthe de création Street Art

Un ancien bâtiment administratif vannetais de plus de 3000 m2 et 150 pièces est actuellement investi par une trentaine d’artistes locaux, nationaux et internationaux. Avant sa démolition en 2020, ce lieu se transforme en laboratoire, espace de rencontres et en musée pour une durée limitée de 2 ans.

C’est dans la ville de Vannes que DéDalE, un espace atypique et éphémère créé par l’association l’Art Prend la Rue à l’initiative des fondateurs de Street Art Avenue, prend ses quartiers. L’ouverture de ce lieu est prévu en deux temps : le DéDalE Café a ouvert ses portes le 19 juillet dernier, et à la rentrée en septembre, sera inauguré le musée. Plus de 150 artistes sont attendus dans les prochains mois…

DéDalE se réparti sur 4 niveaux et environ 150 bureaux. Toutes les surfaces, tous les volumes, toutes les ouvertures peuvent devenir des espaces de création. Les couloirs et les halls constituent les artères du lieu, le « fil d’Ariane » de DéDalE. Ils permettent de connecter les pièces et les étages et feront l’objet d’un traitement artistique particulier afin d’accentuer l’idée de distribution et de division de l’espace.

La ligne artistique L’idée n’est pas d’accueillir des expositions photo ou de venir y accrocher ses tableaux. Il s’agit uniquement de créations « in situ ». L’enjeu est de proposer une expérience immersive aux visiteurs ; qu’ils se perdent dans ce labyrinthe.

4 niveaux de création

Seul le rez-de-chaussée pourra accueillir du public. « Y seront développés uniquement des projets soumis à une commission artistique ». Pour pouvoir accéder au premier étage, les artistes devront encore rédiger une « note d’intention », mais ils seront totalement libres au deuxième étage. Le troisième étage demeurera un « lieu secret, dédié à la recherche artistique ».

Le rez-de-chaussée sera ouvert au public, les 1er et 2nd le seront aussi mais de façon ponctuelle pour des évènements pour découvrir de nouvelles formes artistiques et même devenir acteur du lieu grâce à des expériences immersives. En partenariat avec les associations culturelles, artistiques et solidaires du territoire, DéDalE concocte également un programme de rendez-vous pour les deux prochaines saisons à venir. Les cultures urbaines y seront présentées dans toutes leurs diversités.

PLUS D’INFORMATIONS
http://dedale.lartprendlarue.org/

3e édition de l’Urban Art Fair au Carreau du Temple

Paris Capitale des Arts. Alors que Art Paris Art Fair ferme les portes de sa 20e édition, le Street Art prend ses quartiers au Carreau du Temple accueillant pour la troisième année consécutive l’Urban Art Fair. Le succès de cette forme d’expression est palpable dans l’Hexagone où de nombreux projets liés au street art voient le jour. Aussi, Paris est la deuxième scène incoutournable de cet art dit révolté et insoumis.

Sujet de nombreuses expositions et tendance du marché de l’art, le street art est passé de la rue au musée, du vandalisme à la reconnaissance et a conquis un public toujours plus nombreux chaque année. Cette foire singulière réunit une sélection exigeante de galeries françaises et internationales, une trentaine venant de 8 pays différents et réunis autour de la thématique: Pourquoi vivre en ville ?

Amateurs ou collectionneurs, vous pourrez appréhender cet art urbain sous toutes ces formes à travers le regard de 200 artistes et pourquoi pas succomber à l’achat d’une oeuvre? Graffiti, bombes aérosols, pochoirs, muralisme dressent un panorama des différentes techniques de cet art né dans les rues new-yorkaises dans les années 1960.

Pour cette nouvelle édition, Urban Art Fair privilégie les galeries qui présentent un solo ou duo show et les mettra en lumière grâce à une scénographie générale remaniée. Plus qu’à l’accoutumée, séances de dédicaces, installations et performances rythmeront les quatre jours de la foire. Urban Art Fair collabore avec Urban Films Festival, événement de référence dans la découverte de films liés à l’univers urbain, avec pour cette édition, un accent mis sur les films d’artistes street art et graffiti. Ainsi, nous retrouvons quelques figures de la culture populaire comme Snoopy ou Wonder Woman, les artistes historiques  de cette scène à l’instar de Speedy Graphito, Jo One et L’Atlas  au milieu de celle émergente comme le français Vincent Cherry. De coups de coeur (mention pour le travail de Robert Prooch et ALBER) en belles découvertes pour tous les fans de street art. Mais pas que!

France: Galerie 42b,  Adda & Taxie  By Night Gallery, Galerie Ange Basso, Galerie Artistik Rezo, Galerie Bartoux, Galerie Berthéas , Galerie Brugier-Rigail, COX Gallery, David Pluskwa Art Contemporain , Frag Art, Joël Knafo Art,  Galerie du Jour Agnès B., Galerie Lelia Mordoch, Le Grand Jeu, LOFT du 34, Galerie Mathgoth , Galerie Openspace, Tokyoite, Galerie Wallworks, Galerie Géraldine Zberro.

Allemagne: Pretty Portal Gallery, Urban Spree Galerie
Angleterre: Art In The Game, Under the Radar
Belgique: Galerie Francis Noël – ESPACE 75,  Galerie Martine Ehmer
Canada: Galerie LeRoyer
Chine/USA: Avenue des Arts
Italie: Street Art Place
Pays-Bas: The Garage Amsterdam, Vroom & Varossieau
Suède: Galleri MDA
Suisse: Galartis
UMA (Universal Museum of Art).

URBAN ART FAIR
Du 13 au 15 avril 2018
Le Carreau du Temple
4 rue Eugène Spüller
75003 Paris
Ouverture public :
Vendredi 13 avril de 11h à 20h
Samedi 14 avril de 10h à 20h
Dimanche 15 avril de 10h à 19h
Tarifs : 15€ tarif plein, 10€ tarif réduit (gratuit pour les moins de 12 ans et les personnes en situation de handicap)

Urban Films Festival les vendredi 13 et samedi 14 avril 2018
Auditorium du Carreau du Temple
2 rue Perrée
75003 Paris
Tarif : Entrée libre
Plus d’infos ici

Carte blanche à Jean-Luc Monterosso : JR, dernier projet à la MEP

Pour cette deuxième journée de carte blanche, notre invité de la semaine, Jean-Luc Monterosso, l’un des fondateurs de la Maison européenne de la photographie nous parle de l’artiste français JR.

Je pense à JR et à son actualité, notamment son très beau film réalisé avec Agnès Varda (Visages Villages, 2017) dans lequel les deux amis sillonnent les routes de France à la rencontre de ses habitants pour nouer un dialogue et créer avec eux un projet participatif autour de la photographie. J’ai par ailleurs un lien très spécial avec JR. En 2006, alors qu’il n’avait pas encore acquis la notoriété qui est la sienne aujourd’hui, je lui avais proposé d’exposer à la MEP. Cela peut sembler assez paradoxal au regard de sa démarche. Mais il avait su déjouer avec brio les écueils auxquels il aurait pu se confronter, et pour être fidèle à son éthique, il avait bien présenté ses œuvres sur les murs de la MEP mais à l’extérieur ! C’est un peu comme un clin d’œil à cette collaboration ancienne que je lui ai proposé une carte blanche à la MEP. Elle aura lieu à l’automne prochain. Ce sera le dernier grand projet que je programmerai à la MEP.

INFORMATIONS PRATIQUES
La Maison Européenne de la Photographie
5/7, rue de Fourcy
75004 Paris
http://mep-fr.org
http://jr-art.net

Eltono, un minimaliste dans la ville

Eltono n’est pas très à l’aise avec le terme « street art », anglicisme fourre-tout qui englobe aujourd’hui une multiplicité de pratiques allant du tag aux grandes fresques ultra figuratives et colorées qui fleurissent aux abords des villes. L’un est associé au vandalisme, l’autre à du muralisme d’un goût douteux et le travail de Eltono n’a pas grand-chose à voir avec l’une ou l’autre de ces catégories. Et pourtant, à l’instar de ces confrères éloignés, la rue est bien l’élément dans lequel il évolue : à la fois source d’inspiration, atelier et espace d’exposition. Rencontre avec un artiste exigeant, dont la pratique, loin de la surenchère visuelle, vise à faire réfléchir « l’homo urbanus ».

Du « blaze » à la ligne abstraite

Malgré la consonance espagnole de son nom d’artiste, Eltono est français, francilien même. Il découvre le graffiti au début des années 90 dans les quelques pages dédiées des magazines de skateboard. Comme la plupart des mecs de son époque, il a un blaze: « OTONE » (qui ne tarde pas à devenir Tono, en verlan) qu’il tag et qu’il graffe : geste et finalité ultime du graffiti. Etudiant à Saint Denis, il baigne dans l’ambiance des quartiers nord, membre du groupe GAP il fait ses classes sur les murs, les trains et les voies ferrées. A la fac d’arts plastique, il découvre cependant les travaux de So 6 et OKT, deux graffeurs « post-modernes » avant l’heure qui travaillent à l’acrylique et n’écrivent pas leur nom : un comble ! Et puis il y a Invader aussi, qui déjà officie dans les rues avec une formule redoutablement simple et solide, tout ça l’interpelle.

En 1999, la magie d’Erasmus le mène à Madrid où très prosaïquement : « il défonce les rues ». Mais malgré l’énergie dépensée à marquer son territoire et par extension, à altérer l’espace public, personne au-delà du petit cercle du graffiti local ne semble remarquer sa démarche.

C’est là qu’il range ses sprays et commence à travailler avec scotch, pinceau et peinture blanche. Au départ, ce ne sont que de simples lignes qui suivent à peu près les contours des murs et du mobilier urbain. En une semaine il en fait une dizaine, et là, tout de suite, un changement s’opère : des gens remarquent son travail, l’arrêtent pour discuter quand il est en action dans la rue. Ils sont perplexes, intéressés, attentifs en tout cas. Eltono réalise qu’en s’éloignant du geste-signature du graffiti et en utilisant, au contraire, des formes abstraites qui ne modifient qu’imperceptiblement l’environnement urbain, il créait un sas de dialogue avec les citadins.

Peinture Furtive, Madrid 2002 © Eltono

«  Le graffiti est souvent associé à quelque chose d’invasif, de vandale, d’illégal, beaucoup de riverains détestent voir ça dans leur quartier. Quand j’ai commencé ce que j’appelle les « peintures furtives », j’ai réalisé que les gens acceptaient mieux ce type d’intervention parce qu’elles évoquent un certain ordre et non pas une agression visuelle comme les graffitis ou encore les pubs. Avec ces peintures, je ne cherche pas à vendre quelque chose, ni à faire passer un message politique. », commente Tono.

La rue, la ville, le monde

L’épisode Madrilène de Tono dure jusqu’à 2010, inutile de préciser qu’il parle espagnol sans accent et que la péninsule ibérique n’a pas de secret pour lui. C’est durant cette décade qu’il ajoute un « El » devant Tono (plus pittoresque) et élabore tout un processus de création à partir de la rue et des peintures furtives qui demeurent la base de sa pratique aujourd’hui.

« Au fil des années, j’ai réussi à développer un langage graphique propre qui m’a permis de voyager et de peindre dans plus de 90 villes à travers le monde. »

Tampiquito, Mexique 2008 © Eltono

A Monterrey au Mexique en 2008, Eltono réalise 50 interventions picturales dans le quartier de Tampiquito. Ici, point de mural ou de fresque thématique, mais des lignes nettes épousant parfaitement les supports (portes, fenêtres, voitures) sur lesquelles elles sont appliquées. La même année il réalise une Installation de six sculptures dans l’East River et l’Hudson River avec l’artiste américain Momo. En binôme, ils élaborent des systèmes mécaniques simples, sculptures installées qui s’animent au rythme des mouvements de l’eau (vagues, courants et marées) et du vent. Là, on est dans l’art cinétique et pourtant, on n’a pas quitté l’espace public.

FLAP, East River Eltono avec Momo, New York, USA 2008  © Eltono

Autre exemple de la variété des approches de Eltono : une série d’affiches de couleurs qu’il colle dans les rues de Milan en 2009. Les affiches, superposées trois par trois mais dont les quatre coins sont décollés ne tardent pas à être arrachées par les passants qui interviennent donc à leur insu dans le processus créatif. Les affiches ainsi altérées sont ensuite récupérées et montrées dans la Galerie Rojo Art Space.

Publicco, Milan 2009 © Eltono

De l’aléatoire dans l’art

Si Eltono se définit davantage comme un « flâneur obstiné » que comme un guerrier des bombes, qu’il nourrit une approche réflective, voire comportementale sur la rue, il n’en demeure pas moins un artiste actif qui préfère les péripéties des rues au confort de l’atelier. Ses expérimentations plastiques ne l’ont pas dispensé de projets monumentaux. Au contraire, son long CV est émaillé de peintures murales de Hanoi à Madrid en passant par des banlieues dijonnaises et les murs londoniens (dans le cadre de l’exposition Street Art de la Tate Modern de 2008, d’ailleurs). Eltono travaille sur des murs, grands et petits, en revanche, on ne trouve rien de figuratif dans ses créations mais des lignes, des aplats de couleurs impeccables, des structures géométriques colorées, mais rigoureuses.

Modo n°6 Castellon, Espagne 2016© Eltono

Depuis 2010, il applique des procédés génératifs pour réaliser ses peintures murales (notamment une série au long cours intitulée Modo). En observant des codes générés aléatoirement via ordinateur ou plus simplement avec des dés, il définit des règles en amont de la réalisation : forme, couleur, position dans l’espace. Ces règles ainsi posées, la peinture peut en quelque sorte s’exécuter d’elle-même. Elle est comme une partition que Eltono suit, seul ou accompagné.

Modo n°6 Castellon, Espagne 2016© Eltono

« « Les peintures génératives se prêtent particulièrement bien au travail collectif. Puisque la forme de la pièce est définie avant l’exécution, tout le monde peut collaborer à la réalisation en appliquant les règles. Et puis, du point de vue de ma pratique, ce système me permet de me mettre dans des situations où, comme dans la rue, le hasard et la contingence influent directement sur la création. »

Au cœur de la démarche de Eltono, il y a la rue mais aussi une réflexion sur l’exercice périlleux qui consiste à translater les créations produites dans l’espace urbain à l’intérieur des murs lisses d’une galerie. Ce débat ne date pas d’hier et a fait l’objet de querelles entre les puristes de la « street credibility » et d’autres pour qui l’artiste, qu’il soit « urbain » ou non, peut prétendre à vivre de ses productions. En 2018, il est Eltono, lui, vit à 100% de son art mais se refuse à peindre des toiles en série sous prétexte de se rendre « collectionnable ».

Fluctuaciones, exposition solo à Saragosse, Espagne © Daniel Perez

Promenades, expo. collective « Mapping the city » à la Somerset House, Angleterre,2015

« « Toutes les interventions que je fais aujourd’hui, notamment en galeries et musées, naissent d’une réinterprétation de mes expériences dans la rue. En Chine, où j’ai habité entre 2010 et 2014, j’ai beaucoup marché et réfléchi à l’urbanisme. A Pékin je faisais des balades tous les mardis dans l’idée de réaliser des créations spontanées sur le chemin. Chaque balade était rigoureusement documentée. Toute cette documentation m’a inspiré de nombreuses pièces qui ont été exposées en galerie comme des sculptures sur bois reprenant mes déplacements à Pékin en 2013 ou à Saragosse en 2016 par exemple ».  ».

Le dédale, centre-ville de Belvès, France 2016 © Eltono

Après ses épisodes madrilènes et pékinois, de nombreux voyages et résidences qui l’ont mené au Brésil, au Cap Vert ou aux Acores, Eltono est de nouveau basé dans l’hexagone depuis 2014. Il est très productif et accumule les projets mais hors du sérail du « street art parisien », ce qui n’enlève rien à la qualité et à l’impact de ses créations. Au contraire, avec des actions dans des petites villes de France, là où l’espace urbain est moins dense, voire où il s’étiole (comme dans de nombreux centres villes de province), ou encore dans des barres HLM aux abords des villes moyennes, Eltono colle au plus près des fondements de sa démarche, à savoir : faire réfléchir l’observateur sur son rôle dans la ville plutôt que de l’assaillir avec des images géantes.

Préparation des Flèches, Les Grésilles, Dijon 2016 © Eltono

Flèche, les Grésilles, Dijon 2016 © Eltono

Avec l’association Zutique par exemple, Eltono remporte en 2016 l’appel à projet de la ville de Dijon soutenu par le ministère de la culture et réalise une intervention intéressante dans le quartier des Grésilles. Comme beaucoup de ZUPs construites après la deuxième guerre mondiale, les Grésilles font aujourd’hui l’objet d’un réaménagement urbain où les tours et les barres sont détruites et remplacées par des immeubles d’habitation plus petits et plus humains. Les vagues de destruction ont néanmoins généré une perte de repère pour les habitants du quartier. L’action de Eltono, a consisté à fournir une nouvelle signalétique aux habitants sous la forme de plaques thermo collées et de flèches de couleur reliant les lieux d’action culturelle entre eux (théâtre, bibliothèque, MJC etc…). Étalée sur trois ans (de 2016 à octobre 2018) cette action très globale a permis de faire participer les résidents au remodelage de leur quartier. Les plaques sont élaborées lors d’ateliers ouverts aux jeunes, tandis que les bâtiments des lieux ainsi pointés sont recouverts de peintures murales exécutées encore une fois avec les habitants.

Foyer Herriot, Les Grésilles, Dijon 2016 © Eltono

Peintures furtives, murales, abstraites, déambulations, parcours dans la ville, cet aperçu non exhaustif des travaux de Eltono montre comment cet amoureux de la rue et du hasard a su développer un langage visuel rigoureux qui au final lui confère une grande adaptabilité. Héritier de la culture graffiti, il en conserve la spontanéité et l’élan, mais se tient à distance du côté tape à l’œil de l’art urbain actuel. « Quand j’ai commencé dans l’art urbain au … 20è siècle (rires), on faisait ça pour le plaisir de créer dans la rue et pour donner quelque chose à voir au piéton, ça ne faisait pas partie d’un plan de com’ pour les réseaux sociaux. Aujourd’hui il y a un trop plein d’images en ligne et les gens regardent moins la rue. Des amis taggeurs de Madrid m’ont dit qu’ils taggent en plein jour dans les stations de métro et que personne n’y fait attention car tout le monde est bloqué sur son téléphone ».

Biensûr, (et heureusement) Eltono est présent sur instagram où il documente chacune de ses interventions à travers le globe, néanmoins, dans la débauche d’images de notre monde connecté, son approche de la rue et de l’art urbain et ses interventions subtiles en ont d’autant plus de valeur. Ses lignes calment et apaisent, ses installations questionnent et ses parcours urbains invitent à prendre le temps de se perdre et à s’échapper d’un déterminisme spatial qu’on s’impose à nous même.

Plus d’info sur le site officiel de l’artiste

http://www.eltono.com

Derniers jours pour découvrir Miss Tic chez Galerie Lelia Mordoch

Au 50 rue Mazarine, Miss Tic expose sur le thème Muses et Hommes (fabuleux jeu de mot, dont je ne donnerai pas la clef, trop facile).

J’aime bien Miss Tic et ses pochoirs. De nombreux amateurs, des vrais, de peintures, sculptures, photos me l’ont répété : ce n’est pas de l’art, c’est du graphisme au mieux, de l’imprimerie au pire. C’est du pochoir qu’elle répète et une fois « pochés » elle met ses trucs un peu partout. En plus, elle les pose dans les rues, elle les colle et aussi elle les fait parler « Genre Ben » avec des blagues du même type, du post-néo-magrittien pour les pauvres (d’esprit).

En général, elle est descendue en deux trois coups de saillies bien françaises. Alors, je n’ose plus rien dire, mais, quand elle montre quelque chose je vais voir. Je m’arrête devant la devanture et j’entre. Ou bien, je repère des murs, repaires à graffitis où elle murmure des choses profondes et parfois je vole l’image à coup de smartphone.

Ce vendredi-là, j’avais un rendez-vous à deux pas de la rue Mazarine. En avance, je ralentis le pas et là, je tombe sur la fameuse devanture, celle qui annonce qu’il se passe quelque chose à l’intérieur. Et à l’intérieur, ce sont des photos de Miss Tic.

Miss Tic ne fait pas de photos pour faire de la photo. Elle ne cherche pas à montrer ni église charmante, ni petit pan de mur jaune et pas davantage une vue sur la ville toute en contraste noir et blanc à faire pâlir les images du « Troisième Homme ». Les photos qu’elle expose sont celles de pochoirs signés Miss Tic qui ont été collés par des ennemis bienveillants sur des rues, des immeubles, des ruines, des murs ou des portes dans le XXème arrondissement de Paris.

Voilà un quartier qui convient bien à Miss Tic, on y trouve le passage Dieu, et l’impasse Satan, et aussi celui de saint-Pierre… dans ce chaudron-là, Miss Tic, ne pouvait que se trouver à l’aise. Aussi a-t-elle décidé d’illustrer les murs et de les faire parler. Les figures nettes et sans bavure tracées au pochoir de l’artiste viennent en contraste avec quelques plâtres trop essuyés et qui se décrochent, des huisseries déglinguées, des pierres déchaussées comme des carmes. A chaque image est associée une pensée élevée, celle qui vient de traverser l’esprit de Miss Tic. Les images viennent-elles d’abord appelant le verbe ensuite ou doit-on imaginer l’inverse : le verbe serait au commencement (sans je de maux) et l’image viendrait après.

Je ne sais pas si leur ferait plaisir, à Miss Tic ou à Ernest Pignon Ernest, mais il est des correspondances intéressantes entre leurs deux ouvrages. Les collages des pochoirs de l’une en appellent chez le regardeur aux mêmes réflexes que les collages de dessins de l’autre, installés dans un contexte de villes décrépites.

Peu importe, le résultat est là et c’est à la fois plaisant, intéressant, stimulant et … gai.

A voir donc,

INFORMATIONS PRATIQUES
Muses et Hommes
Miss Tic
/!\ Derniers jours, jusqu’au 12 janvier 2018 !
Galerie Lelia Mordoch
50 Rue Mazarine
75006 Paris
http://leliamordochgalerie.com
http://missticinparis.com

LOOV KULTUUR, l’Estonie débarque à la Cité de la mode !

Saviez-vous que l’inventeur de Skype est estonien ? et que le Wifi est en diffusion dans tout ce pays de l’ex-bloc soviétique qui vient de décrocher la présidence de l’Union Européenne en 2017. Si la nature est omniprésente (îles, forêts et lacs) elle semble faire bon ménage avec le 100% numérique depuis l’indépendance du pays en 1991 qui pratique la dématérialisation à marche forcée pour l’administration et les actes quotidiens, de quoi donner des ailes à notre premier ministre lors du dernier sommet de l’UE.

Au delà de cette fierté nationale, qu’en est-elle de la scène culturelle estonienne ? C’est tout l’enjeu de la nouvelle saison imaginée avec le Ministère estonien de la Culture à la Cité de la mode et du design. Street art, photo, cinéma d’animation, mode, design colorent le vaisseau de Jakob+MacFarlane dans une saison hivernale qui correspond bien à la rudesse du climat sur place.
Heureusement que les saunas existent ! Un rituel ancien mais bien présent dans les foyers estoniens contemporains. « Iglusauna » dont vous verrez une version concept développé par la société Creative Woodworks met en avant une finition intérieure et extérieure entièrement en bois dans une esthétique d’esprit nordique. Il est à noter que la tradition du sud de l’Estonie d’un sauna sans cheminée est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité selon les critères Unesco.

Les sculptures vagabondes et « invasives » de la designer Sophie Larger et l’artiste paysagiste Stéphanie Buttier investissent l’architecture de béton de la Cité de la mode. Une installation végétale déployée à la filature de Mulhouse en 2016 composée de fils de coton, lierre, osier, ronces..qu’elles réactualisent en clin d’œil à la richesse de la flore estonienne.
Le design estonien a atteint une certaine visibilité, proche de l’esthétique scandinave minimaliste avec une préoccupation constante pour le développement durable. Mais à l’ère de la mondialisation en quoi se distingue t-il de ses voisins ?

C’est l’objet de l’exposition proposée par l’Association estonienne de designers « Size doesn’t matter », un slogan pour dire le contraste entre la petite taille du pays et le nombre élevé de ses designers. Une forte tradition de design de meubles a eu une influence sur la jeune génération de designers. Un savoir faire exceptionnel en artisanat et le peu de frontières entre design et arts appliqués explique une vogue en faveur de produits sur mesure de grande qualité pour une clientèle privilégiée.
L’industrie textile et l’habillement fascinent les jeunes designers qui expérimentent des solutions innovantes comme des textiles parlants ou luminescents.
Parmi les innovations technologiques on remarque le e-roll, scooter électrique monoplace, le Stigo scooter électrique portatif, le vélo Viks pour citadin branché ou le lecteur de carte à puce format carte d’identité à puce.
Les arts graphiques estoniens s’émancipent également de l’influence hollandaise et le graphisme estonien s’impose à travers la typographie, l’accent mis sur l’utilisateur (le côté fonctionnel toujours) et les interfaces.
La première exposition internationale « Estonian Design in focus » au musée d’Helsinki en 2000; suivi par la Biennale de St Etienne ou Berlin et Copenhague a contribué à accroitre sa renommée internationale.
L’association estonienne des designers (AED) a lancé en 2006 le festival la Nuit du Design de Talinn, aujourd’hui devenu un évènement international sur une semaine rassemblant des designers de plus de 25 pays.

Ce panorama atteint une dimension plus intime et personnelle à travers le regard du photographe Raphaël Gianelli-Meriano. « Un printemps en Estonie » est le titre d’un projet réalisé en plusieurs voyages. Autodidacte, c’est l’artiste estonien Navitrolla qui lui fait découvrir Tallinn en 2002. Il participe alors à l’aventure du festival de cinéma ambulant Kinobuss dont il devient le reporter officiel. Un premier coup de foudre matérialisé par son premier livre de photos, About Estonia diffusé chez Colette à Paris en 2005. Fasciné par le poète Jaan Kaplinski il lui consacre un film en 2011. La phrase célèbre d’un de ses poèmes « De la poussière et de la couleur naissent les papillons » est inscrite au centre de l’exposition. Tout autour des archipels de visages, de paysages, gravitent, créant une ambiance singulière. Des sensations atmosphériques et émotionnelles subtiles.

A l’aube d’une société numérique sans frontière plongez dans cette esthétique estonienne durable, sensorielle et éthique. Un voyage aux confins du street art et de la réalité augmenté se déploie également au niveau du Quai de Seine.

INFOS PRATIQUES :
LOOV KULTUUR
Jusqu’au 21 janvier 2018
Les Docks, cité de la mode et du design
AUTOUR DE L’EXPOSITION :
• Soirée de projection de films d’animation
Samedi 13 janvier 2018, auditorium de l’IFM, de 17h à 20h, sur inscription en ligne ou sur place, 5€ de frais de participation
• Atelier de création de jouets en feutre pour jeune public
Les 7, 13 et 14, 20 et 21 janvier 2018, à 15h chez DAD hotdog, en coursive de la Cité, sur inscription en ligne ou sur place, 12€ de frais de participation, à partir de 5 ans
http://www.citemodedesign.fr

Raphaël Gianelli-Meriano, The Kaplinski System, film documentaire, vidéo, 2011, 54 min :
http://raphaelgianellimeriano.com

STOHEAD recompose son art calligraphique à la Galerie Le Feuvre

Plus que quelques jours pour voir la magnifique exposition RECOMPOSITION de Stohead à la Galerie Le Feuvre. Tout le monde ne connait pas STOHEAD et pourtant il est l’un artiste les plus importants issus de la street culture allemande. Il s’est fait connaitre par le tag, la version calligraphique du graffiti. Le tag, cette signature rapidement laissée sur un coin de rue afin de marquer son territoire.

Mais Stohead cherche à élargir son territoire et sa pratique. N’abandonnant jamais le tagueur /grapheur qui est en lui, il a rapidement décidé de transporter son univers calligraphique sur toile délaissant son pseudo pour mettre sur ses toiles des morceaux de phrases issues de chansons, de livres ou de films, parfois même un mot unique qu’il peut répéter.

Puis il s’est affranchi du mot pour ne conserver que le geste pur de la calligraphie. S’octroyant multiples libertés, il crée notamment ses propres outils pour calligraphier. Puis il intègre dans ses œuvres de taches et des encres créant des nuages de fumée. Stohead sort peu à peu du cadre habituel et réinvente son propre langage de la calligraphie. En s’amusant avec les plans, il nous mène en bateau et nous embarque dans un monde plus complexe qu’il n’y parait.

L’expo présente toute une série d’une quinzaine de toiles extrêmement attractives et l’on souhaiterait partir avec plusieurs œuvres sous le bras. A défaut vous pouvez toujours vous achetez le très beau catalogue pour 20 €.

INFORMATIONS PRATIQUES
STOHEAD
Reconstruction
/!\ Derniers Jours : Jusqu’au 14 octobre 2017
Galerie Le Feuvre
164, rue du Faubourg St Honoré
7008 Paris
http://www.galerielefeuvre.com

Street Art à la Maison de la Céramique de Salernes

Il ne vous reste que quelques jours pour découvrir une exposition d’un genre nouveau, mêlant création contemporaine et technique ancestrale à la Maison de la Céramique Architecturale Terra Rossa de Salernes. « Céramique, le nouveau défi du street art » défie les street-artistes à créer des oeuvres en céramique. Cette initiative, lancé par Guy Moch, le curateur de l’exposition, convie des grands noms tels que Nick Walker, Miss Tic, M. Chat, Nasty, L’Atlas, Levalet, Jacques Villeglé, Jérôme Mesnager, Yang Mun-Gi ou Speedy Graphito. Le street art change de support? Découverte!

L’originalité de cette exposition réside dans la pluralité des techniques exposées. Acrylique, huile, pierre et posca viendront se confronter au sable. Eric Brugier et Laurent Rigail, galeristes parisiens réputés dans le street art, en collaboration avec Guy Moch, ont choisi un grand technicien de la céramique pour réaliser ces dernières. Jean Marie Foubert, qui travaille à la Tuilerie de Treigny, maîtrise les pratiques artisanales de ce procédé. L’audace du projet s’est révélée dans le challenge proposé aux artistes de se confronter à une technique inconnue. Et comme le souligne Guy Moch :  » Rien n’a été facile, mais ce défi n’a pas été que celui des artistes, il a été aussi celui du Comité du Musée Terra Rossa et de sa présidente Nicole Fanellilorsque nous lui avons proposé un concept nouveau avec des oeuvres qui n’existaient pas encore « .

Le résultat est admirable. L’Urban Art, déjà confronté à la rugosité des supports citadins, se retrouve magnifié dans des oeuvres atypiques et singulières. Cette aventure artistique efface encore plus les frontières entre chaque genre. L’alchimie des matériaux engendre une alchimie créatrice pleine d’inventivité. Une exposition rare et originale à savourer in situ mais aussi à s’offrir car ces oeuvres uniques sont disponibles à la vente. A titre d’exemple,  M. Chat propose 25 exemplaires de Chat en céramique à 1600€ et 8 exemplaires de tableaux en céramique à 1400€. Des prix abordables quand on pense que les artistes participants ont une renommée internationale.

INFORMATIONS PRATIQUES
« Céramique, le nouveau défi du street art »
/!\ Derniers Jours : Jusqu’au 01 octobre 2017
Maison de la Céramique Architecturale Terra Rossa
Quartier des Launes, Route des Quatre Chemins
83690 Salernes
Ouvert le lundi de 15h à 18h, et du mercredi au dimanche de 10h à 13h/ 15h à 18h
Fermé le mardi
https://www.terrarossasalernes.fr

Rencontre avec Jean-Luc Feugeas

Jean-Luc Feugeas est, disons le d’entrée de jeu, mathématicien ET artiste, les deux en même temps et entre autres… c’est une affirmation, c’est une question d’équilibre, d’ordre et de désordre, d’alignement.  Jean-Luc est vif, rapide, et je comprends vite que je vais devoir suivre le rythme.

L’alignement, c’est ce que l’on cherche en se retrouvant devant une installation de l’artiste. Je me positionne au niveau du totem en face de la sculpture, et cherche la bonne position. C’est bon, je la tiens et là, la magie opère, le monde se cale. L’arrière plan, composite d’immeubles des années 70 avec ses volutes et matières sorties de l’espace et d’immeubles cossus en pierre bordelaise font un bon en avant. L’espace se réduit et la sculpture recule, pour aller rejoindre le paysage. Mais ce n’est pas tout, Jean-Luc m’attire vers un des angles et me montre alors un second point de vu. Je vois un cercle se former et une ligne menant à une tête de lampadaire (oui le monde se déforme quelque peu si on commence à tourner autour), on continue. Le cercle est maintenant une forme ovoïde et disparaît pour me laisser entrevoir le troisième point de vu qui, plus simplement vient rejoindre une bordure.

Ce qui intéresse Jean-Luc, c’est le temps, le rythme et l’individu.

Je m’attendais à avoir une discussion sur l’espace urbain, sur l’intégration de l’oeuvre dans la ville (so 2005). Mais non, pas du tout, et ça pique ma curiosité, parce que je regarde quelque chose et j’entends quelqu’un qui me parle d’autre chose. Jean-Luc me parle de l’expérience de l’oeuvre comme de la capacité pour chacun de questionner son équilibre. Face à une oeuvre abstraite, l’être cherche à ordonner ce qu’il voit. Seulement, l’ordre c’est le désordre. Accrochez vous on passe à la vitesse supérieur:

Notre intuition théorique de la physique, induite par les lois classiques, est essentiellement particulaire. Si l’eau contenu dans un verre par exemple peut être en première approximation représentée par des particules interagissant entre elles comme le feraient de simples billes, deux objections s’opposent pourtant à cette approche. En premier lieu, le verre d’eau contient 2000 fois plus de molécules d’eau qu’il n’y a de volumes de verres d’eau sur toute la planète. Ainsi, sommes-nous dans la stricte incapacité de décrire cet objet de notre vie quotidienne de manière déterministe, comme les lois fondamentales de la physique Newtonienne nous inviteraient à le faire. Cette échelle dite « microscopique » est en effet non seulement strictement intangible à nos sens mais est également rigoureusement inaccessible aux moyens de calcul modernes.

En schématisant, nos sens ne nous donnent pas à voir « la » réalité mais « une » réalité. Celle que nos sens nous laisse percevoir. Cette réalité autour de laquelle nous avons construit des lois physiques pour la comprendre et qui nous en éloignent parfois. La notion de “flèche du temps” par exemple nous est constitutive et tangible dès lors que l’on observe un verre d’eau qui tombe sur le sol et se brise – le film de cet évènement est sans équivoque dans son déroulement temporel – ce constat incontestable nous échappe pourtant dès que l’on observe les particules contenues dans ce verre dans le formalisme du modèle physique classique. Nos sens disent vrai et le modèle a tord. Par contre, nos sens nous trompent lorsque nous nous interrogeons sur la notion d’équilibre concernant ce même verre d’eau. Il est composé d’un nombre infiniment important de particules qui entrent en collision. Dans ce verre, apparemment au repos, cette action se répète à l’échelle microscopique autant de fois qu’il y a de molécules dans le verre de manière anarchique. Cet équilibre est caractérisé par le plus grand désordre. JLFeugeas.

Je quitte Jean-Luc une heure après avec cette nouvelle perspective en tête et je retourne faire le tour de sa sculpture en me questionnant finalement sur ma relation personnelle à l’équilibre et surtout au déséquilibre. Que se passe-t-il si je « contrarie » le système? Que se passe-t-il si je refuse cet état de stabilité que m’accorde l’artiste, l’espace d’un instant? Voilà, ça, ça m’intéresse… Maintenant à vous de voir.

Esplanade Charles de Gaulle
Bordeaux Mériadeck

Découvrir le site internet: http://feugeas.com/