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Le temps qui reste au théâtre de la Madeleine

Philippe Lelouch et ses compagnons (Christian Vadim, David Brecourt et Noémie Elbaz) sont de retour dans un spectacle réjouissant en ce début d’année au théâtre de la Madeleine.

Un trio de quinquagénaires se retrouve à l’occasion de l’enterrement de leur meilleur copain Max dans la maison de campagne de ce dernier. Bientôt rejoints par la veuve (joyeuse) de celui-ci, ils se découvrent des secrets sur leur défunt camarade. Les répliques fusent et sous ce jeu de ping pong bien rôdé se cache des révélations pas toujours simples à assumer.
C’est l’heure des confessions et bientôt des bilans pour ces « quinquas aux préoccupations somme toute très contemporaines : la virilité, le sexe, la réussite..
Comme des équilibristes sur un fil, chacun tend un miroir à l’autre dans un registre tour à tour léger et grave, comique et tragique. Qu’en est-il de vos rêves de jeunesse ? Que sont vos talents devenus ?
Doit-on tout dire en amitié ?
Jusqu’aux confidences : l’homosexualité de l’un, l’adultère d’une autre, la passion sublimée et inassouvie pour la femme d’à côté, les masques tombent et les nerfs soumis à rude épreuve. Le côté incongru des circonstances rajoute un piment supplémentaire aux aveux.
Si cela sonne juste c’est notamment dû au talent du très discret Christian Vadim, fils de Catherine Deneuve, venu à la comédie malgré sa mère. Il associe à la technique du jeu, le charme et l’élégance de la retenue.
Après le triomphe de « Boire, fumer et conduire trop vite »cette bande d’amis sur scène et à la ville nous invite à relire nos choix et profiter du bonheur quand il frappe à la porte.

Un début d’année placé sous le signe de la fidélité à soi-même et aux autres avant qu’il ne soit trop tard.
En cette période si instable rien de mieux que de dire à ceux que l’on aime l’essentiel…

INFOS PRATIQUES :
Mise en scène de Nicolas BRIANÇON
Avec Philippe LELLOUCHE, Christian VADIM et David BRECOURT
et Noémie ELBAZ
Théâtre de la Madeleine
19 rue de Surène
75008 Paris
Evénement terminé
Prochainement au théâtre de la Madeleine, Victoria Abril dans « Paprika » à partir du 27 janvier.
https://www.theatre-madeleine.com

 

Au But, la pièce de Thomas Bernhard en représentation au Liberté

Quel but? Sommes-nous un jour arrivés au but? De notre métier, de nos relations, de notre vie? Existe-t-il un but dans la pièce de l’autrichien Thomas Bernhard? Depuis trente-trois ans, à date fixe, une mère et sa fille obéissent à un rituel immuable : elles partent pour leur maison au bord de la mer à Katwijk, en Hollande.

« J’entends la mer  et ce sont les bravos le bruit de la mer ce sont les applaudissements à votre pièce, vous êtes au but Monsieur« 

Voici le but de leur année, celui de retrouver cette villégiature en y espérant passer un séjour agréable et heureux. Mais cette année, elles dérogent aux habitudes en invitant un auteur dramatique, dont elles ont vu il y a peu la pièce, à les accompagner. La fille a été enchantée de la pièce « Sauve qui peut » alors que la mère a été sceptique puis l’a chaleureusement félicité. Enfin, sur un coup de tête, elle décide de l’inviter avec elle à Ktawijk.

au but

« Une heure entière sur les acteurs et pas une seule fois il n’a pensé à moi, que je suis vieille et entends mal et qu’au fond rien ne m’intéresse plus en tout cas pas l’art dramatique en tou cas pas le théâtre […] Je n’ai pas résilié notre abonnement et maintenant voilà les conséquences ce n’est plus qu’une habitude il y a longtemps que nous n’aimons plus le théâtre nous faisons semblant de l’aimer, nous le haïssons par ce qu’il est devenu pour nous une habitude et nous nous haïssons nous-mêmes quand nous y allons avant même que ce soit commencé, nous avons tout compris […] Nous voyons quelque chose que nous ne pardonnons pas que nous haïssons et puis nous applaudissons, je n’avais d’abord pas applaudi je n’ai pas pu faire autrement mais ensuite quand nous sommes sortis du théâtre j’ai eu honte j’applaudissais quelque chose d’éhonté et puis ce visage arrogant « .

A travers les long monologues de la mère paraît un caractère morose, inculte, cynique et cruelle, qui déteste tout et refuse tout. Sauf celui d’imposer sa voix et de se raccrocher à l’existence à sa fille, jusqu’à l’étouffement mutuel. « La mère qui serre son enfant contre elle et ne la laisse plus partir jusqu’à ce qu’elle étouffe […] Mon occupation favorite la torture infligée à soi-même en te torturant en te défigurant depuis des dizaines d’années, je me suis moi-même défigurée dans l’amour tu comprends enchaînées l’une à l’autre dans l’amour dans l’amour maternel vrai mon enfant […] La mère ne veut pas donner son enfant elle l’enchaîne à elle et ne la lâche plus et si elle s’arrache à elle elle est punie de mort l’arrachement est suivi de la peine de mort tu me comprends n’est ce pas ? Tu es faite pour moi je t’ai mise au monde pour moi tu n’es pas Richard (le bébé qui est mort) qui a échappé tu es pour moi pour moi toute seule tu ne doutes tout de même pas que tu m’appartiennes à moi seule rien qu’à moi seule tu m’appartiens de la tête aux pieds ».

Portée par Dominique Valadié, le personnage de la mère cynique et blessante dévoile dans ses longues tirades où rien n’existe sauf ses propres paroles, la question du « but » sur les choses de l’existence.  A la manière d’un « A quoi bon »? Une mise en abîme aussi où l’auteur se représente lui-même, incarné par Yannick Morzelle, formidable en auteur dramatique fier et sûr de lui. Le seul qui arrive -un temps- à tenir une conversation avec cette mère si incohérente, si folle!

La mère: « Vous mettez aussi à vos personnages une épouvantable camisole à tous vos personnages et ils ne peuvent pas enlever leurs camisoles comme vous qui avez enlevé votre camisole vous enfermez tous vos personnages dans d’épouvantables camisoles ».

L’auteur : « En effet, ce sont des camisoles d’épouvantables camisoles où j’enferme mes personnages mais en fait ils s’y glissent volontairement ce sont des acteurs […] Au dernier moment tous ces personnages glissent hors de leur camisole avant d’être étouffés jamais encore un acteur ne s’est étouffé dans la camisole que l’auteur lui a mise la camisole mortelle non ».

La pièce est forte de ces interrogations et de l’image de cette femme, aigrie, dont les longs monologues révèlent une philosophie crue de l’existence: « Mais nous ne vivons qu’en questionnant nous n’existons qu’en questionnant bien que nous sachions que nous ne recevons pas de réponse nous ne recevons pas de réponse, qui puisse être acceptée par nous c’est bien çà[…] A la fin de la vie nous constations que nous n’avons toute notre vie que poser des questions mas pas reçu une seule réponse […] Mais nous recommençons toujours à nous faire des illusions, nous ne croyons pas que tout soit aussi désespéré que tout soit si mauvais alors que ce n’est que mauvais pensez-vous que tous soient morts de çà parce tout est si mauvais parce la nature est si mauvaise. »

Quant à la fille, jouée par Léna Bréban, elle est inexistante, oubliée, démolie par une mère possessive et oppressante. Mais finalement, serait-ce elle qui aurait trouvé la réponse à ces pensées obscures? « C’est toujours quelque chose de nouveau, c’est toujours entièrement nouveau si nous en avons la volonté si nous voulons voir le nouveau ».

INFORMATIONS PRATIQUES
Au But de Thomas Bernhard
Représentation au Liberté jusqu’au 09 décembre à 20h.
Mise en scène: Christophe Perton
Avec Dominique Valadié, Léa Bréban, Yannick Morzelle et Manuela Bertrand.
Théâtre Le Liberté
Grand Hôtel – Place de la Liberté
83000 Toulon
http://www.theatre-liberte.fr/evenements/2017-2018/749/au-but

Vous n’aurez pas ma haine – Le roman d’Antoine Leiris porté au théâtre

Les mots ont cette faculté de véhiculer toutes sortes d’émotions. De l’amour à la haine, de la passion à l’angoisse, les mots pansent les maux. Avec leur limite aussi parfois. Lire la lettre qu’Antoine Leiris, journaliste, a écrite au lendemain des attentats du Bataclan, dans lesquels il perdit son épouse,Hélène Muyal-Leiris, maman de leur bébé Melvil, était déjà un choc émotionnel. Antoine, meurtri, promit que la terreur n’envahirait jamais son coeur.

Quelques mois plus tard, cette lettre s’est transformée en un roman éponyme. Chaque page lue fut un instant de plus pour retenir ses larmes. Antoine Leiris y raconte sa vie bouleversée; son quotidien enchanté, le trio vital qu’ils formaient, détruit par des gens obscurs, avides de noirceur, de terreur et d’inhumanité.  » Hélène est là-bas  » : le roman se déroule du soir du 13 novembre 2015jusqu’à l’enterrement d’Hélène quelques jours plus tard. On referme l’ouvrage, rempli de ce message d’espoir. Rien ne peut céder à la haine.

« Vous n’aurez pas ma haine » est l’adaptation au théâtre de ce poignant roman. Mise en scène par Benjamin Guillard, c’est le comédien Raphaël Personnaz qui porte les paroles d’Antoine Leiris, seul sur scène, accompagné de quelques notes de musique jouées par Lucrèce Sassella. La première de cette pièce fut jouée le mercredi 08 novembre 2017 au Liberté, scène nationale de Toulon, après une résidence de création in situ. L’interprétation de Raphaël Personnaz fut bouleversante, forte, magistrale. Le comédien sublime le message d’espoir et de résilience. Présentée à Toulon du 08 au 11 novembre 2017, la pièce est reprise du 14 novembre au 10 décembre 2017 au Théâtre du Rond-Point à Paris.

« A l’instant où je prononce ces mots, je comprends qu’il n’y a pas d’issue…Elle sera avec nous, là, invisible. C’est dans nos yeux qu’on lira sa présence, dans notre joie que brûlera sa flamme, dans nos veines que couleront ses larmes. »  Sur scène, les mots d’Antoine Leiris prennent une dimension encore plus réelle et troublante. L’interprétation sensible du comédien est juste. Il porte un message d’amour sans tomber dans un mauvais pathos. « Parfois, vous avez du mal à retenir votre émotion, car la difficulté est de ne pas se faire écraser par la charge émotionnelle de ce texte là et d’arriver à le transmettre » confie Raphaël. Les larmes coulent sur les visages des spectateurs, l’émotion gagne le public. Comment faire face à ce drame? Comment garder le courage de vivre pour soi, pour son enfant? « On ne se soigne pas de la mort. On se contente de l’apprivoiser » nous dit Antoine/Raphaël. Et nous prenons en pleine figure une leçon d’amour et de courage. Raphaël donne vie au texte d’Antoine, dans une ode à la vie, un souffle essentiel. L’interprétation théâtrale, toute en pudeur, libère les paroles d’une extrême beauté. Sans haine et avec amour, ces mots deviennent le meilleur rempart contre cette terreur gratuite. Des mots salvateurs pour l’humanité.

INFORMATIONS PRATIQUES

Vous n’aurez pas ma haine
> Théâtre du Rond-Point
2bis Avenue Franklin Delano Roosevelt
75008 Paris
Présentée du mardi 14 novembre au dimanche 10 décembre 2017 – lien ici
 > Le Liberté – Scène Nationale de Toulon
A été présentée du mercredi 08 au samedi 11 novembre 2017 – lien ici

Charles Berling, la passion en Liberté

Volubile et généreux, Charles Berling ne résiste pas à parler de sa vocation . Une vocation d’homme de scène qui l’amène sur tous les fronts : à la télévision, avec la série « Glacé » diffusée sur M6. Puis au cinéma avec le film « Elle » de Paul Verhoeven avant de le retrouver l’an prochain dans un film d’Erick Zonca. Sur laes planches enfin où son jeu pour Vu du Pont d’Arthur Miller lui a valu un Molière.

Commandeur de l’Ordre des Arts et et Lettres, il est aussi romancier, chanteur et surtout directeur du Liberté –scène nationale de Toulon, fonction qu’il partage avec Pascale Boeglin-Rodier, notre invitée de la semaine. Actuellement en tournée pour la pièce qu’il a produit Dans la solitude des champs de coton , d’après l’ouvrage de Bernard-Marie Koltès, Charles Berling s’est entretenu avec nous.

D’où provient cette boulimie de travail ?

J’ai de nombreux désirs et j’ai la chance de faire un métier passionnant. Quand j’ai étudié l’art dramatique au Lycée Dumont d’Urville à Toulon, on explorait toutes les facettes du métier : on écrivait les pièces, on mettait en scène, on jouait, donc pour moi, acteur, écrivain…c’est mélangé. J’accomplis beaucoup de choses passionnantes avec cette chance inouïe de pouvoir les faire comme je le sens. Cependant, un projet en entraînant un autre,, je m’en veux parfois de faire tant de choses mais que faire, je ne vais pas me changer! J’aime travailler depuis toujours et à chaque fois qu’un projet me vient, je m’y lance avec passion. C’est merveilleux ! Et pour la gestion du Liberté, je peux m’appuyer sur une équipe dynamique qui nous aide au quotidien.

Comment arrivez-vous à passer d’un rôle à l’autre ?

Il m’arrive de tourner en journée et de jouer une pièce le soir ! Mais ce fonctionnement est salvateur parce que tous ces rôles se complètent et  permettent de ne pas s’enfermer dans une seule chose. Avoir plusieurs activités en même temps me nourrit et, fait étrange, c’est ma façon de me concentrer! Il faut dire que chaque projet se prépare souvent longtemps en amont. En même temps  que je vous parle et que je répète la pièce de Bernard-Marie Koltès, je suis déjà en train de penser à un projet que je mènerai en 2019, à la pièce que je répète dans 2 mois que je relis chaque soir, ainsi qu’un scénario pour mai prochain. C’est le même métier d’écriture donc complémentaire. Quant au Liberté, j’ai toujours eu à cœur de de diriger une institution. Défendre les outils que nous possédons afin que des personnes puissent voir des spectacles permet de faire exister notre civilisation. Mon rôle de directeur est de défendre ces outils auprès des publics, auprès des politiques, qu’ils correspondent à notre société…Finalement, toutes mes fonctions vont dans le même sens.

Êtes-vous sensible aux différentes formes d’écriture ?

Je pratique un métier où l’écriture prend de multiples formes : romanesques, comiques, dramatiques…Je lis beaucoup, j’interprète des textes, cette confrontation à l’écrit m’a donné envie de  m’y atteler aussi.  J’écris depuis que je suis tout petit et on ne peut pas être acteur sans être insensible à l’écriture des autres. Je  dis toujours  : « Même si vous écrivez mal, écrivez quand même parce que vous lirez mieux ».  L’écriture et la littérature sont merveilleuses. L’écriture vous structure vous donne à penser les choses sauvages que vous avez à l’intérieur de vous-même ; elle nous civilise plutôt que d’être juste dans un rapport de force ou un rapport d’incompréhension par rapport à nos propres pulsions, parfois si mal utilisés.

Dans la programmation actuelle du Liberté, vous abordez la folie humaine sous tous ses aspects. « Vous n’aurez pas ma haine  » et « Lettres à Nour  » sont deux témoignages de la folie terroriste.

Vous n’aurez pas ma haine  est l’adaptation au théâtre du livre éponyme d’Antoine Leiris. Le soir du 13 novembre 2015, son épouse Hélène a été tuée au Bataclan. Antoine Leiris raconte les jours qui suivent ces évènements, l’absence, l’apprentissage de la vie entre un père et son fils sans la femme qui avec qui ils formaient un trio vital. Lettres à Nour  est une discussion épistolaire entre un père, musulman, et sa fille qui est partie en Syrie rejoindre son mari, lieutenant de Daech. Ces 14 lettres sont bouleversantes, violentes. Le sujet est très en prise avec ce qui se passe aujourd’hui et parler de Daech à travers l’amour intime est assez percutant. Cette relation épistolaire a duré deux ans. Au Liberté, nous ne nous interdisons rien et surtout pas de travailler avec des sujets à vifs actuels. Le théâtre, et l’art en général, est là pour tendre un miroir à la société. J’ai fait la lecture des Lettres à Nour en Avignon l’été dernier, enregistrées pour France Cultureet on sent qu’il y a une matière dramatique très forte. Je suis un homme sensible aux histoires bien racontées, aux bons textes et pas forcément parce que ce sont des sujets d’actualité mais quand c’est le cas, cela donne à réfléchir. Le Liberté est un lieu d’expression où s’opère une ouverture d’esprit.

Est-ce le rôle du théâtre ?

Le théâtre peut être divertissant. Nous pouvons procurer du plaisir mais les spectacles sont aussi des outils pour partager des expériences, comprendre le monde…L’art de manière général est une chose vitale. Parfois, on lit un bon bouquin, on découvre une œuvre, cela sauve votre journée, votre mois, parfois votre vie.  J’ai découvert Albert Camus à 13 ans, çà m’a sauvé la vie. L’artiste nous apporte une perception qu’on ne voit pas du monde. Trop de gens sont dans des rails alors il faut des endroits où l’art et les êtres se disent: nous pouvons exister! Notre rôle aussi est aussi de faire vivre des spectacles, c’est pour cela que nous soutenons des résidences et que nous produisons des pièces. Le Liberté est porté sur le monde méditerranéen. On essaye de comprendre comment fabriquer une production qui soit à la fois attirante pour tous les publics et en même temps qui nous corresponde car c’est çà une direction. Nos choix passent par le regard de Pascale et moi-même, mais aussi par l’équipe du Liberté.

Quelle est votre actualité?

Je serais au Théâtre Antoine à Paris dès le mois de décembre pour répéter la pièce Art  de Yasmina Reza(représentations dès le 30 janvier 2018). C’est une pièce à la fois très drôle et très populaire, qui  raconte quelque chose de fascinant sur l’amitié, sur le rapport à l’art, entre questionnement et divertissement. Mais avant, je participerai à la table-ronde « Tous les artiste sont-ils fous  » du Liberté le 23 novembre. Dans le spectacle de Zabou Breitman que nous avons reçu en résidence et produit, Logiquimperturbabledufou , on voit bien que les soignants sont aussi fous que les soignés, les médecins devenir aussi fous que les patients et on ne sait pas qui est atteint de folie. Zabou participera aussi à ce questionnement. Il n’y a pas de normalité, je dirais qu’il y a autant de manière d’être fous que d’être humain. On a souvent une image de l’artiste pris par la folie mais je pense qu’à un moment donné, certains osent exprimer ce qu’ils sont et d’autres préfèrent mettre des masques. La folie peut être vécue comme une grande souffrance. Enfin, je suis en tournée pour Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, qui prendra fin le 24 novembre au Théâtre Le Forum de Fréjus. L’écriture de Koltès est fascinante. Cette pièce est extraordinaire et met en opposition un dealer noir et un client blanc dans un quartier mal famé. A la suite de leur discussion s’engage une sorte de combat verbal et physique. Il y a des évidences, des zones sophistiqués mais d’une grande force poétique. Koltès est un grand dramaturge et je suis ravi de l’avoir retrouvé.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Liberté – Scène Nationale de Toulon
Tous les artistes sont-ils fous?, table-ronde, 23 novembre à 20h
Grand Hôtel Place de la Liberté
83 000 Toulon
Lien internet ici

Carte Blanche à Pascale Boeglin-Rodier : Bella Figura de Yasmina Reza

Dans le cadre de sa deuxième carte blanche, notre invitée de la semaine, Pascale Boeglin-Rodier nous parle de Yasmina Reza, auteur de pièces de théâtre. Sa dernière intitulée Bella Figura, se joue actuellement au Théâtre du Rond Point.

Yasmina Reza a désormais pris l’habitude de venir créer ses pièces au Liberté. Ce fut le cas pour Bella Figura, sa dernière création, que nous avons eu le plaisir de découvrir ici à Toulon avant le public parisien ! Après une résidence de création, la première fut jouée au Liberté du 12 au 14 janvier 2017. Ce spectacle est une fable où tout le monde fait bonne figure mais où tout s’effondre !

Hilarant tout en étant d’une finesse absolue, comme toujours avec  l’écriture de Yasmina Reza qui a aussi un vrai talent de metteur en scène : pleine de doutes en apparence mais très déterminée en réalité et d’une extrême bienveillance avec ses comédiens.

Emmanuelle Devos est au sommet de son art, et une vraie personne fort sympathique au demeurant !  Les autres comédiens, Josiane Stoléru, Micha Lescot,  Louis-Do de Lencquesaing,  Camille Japy sont tous excellents.

Andrea à Boris, son amant : « Avant de te jeter dans la Garonne si tu en as envie mon amour, tu pourrais ton dernier soir faire bella figura, comme les grands flambeurs »

Et cerise sur le gâteau, la pièce mythique de Yasmina Reza, « Art », sera reprise fin janvier au Théâtre Antoine à Paris avec Charles Berling dans la distribution … et un passage au Liberté programmé pour la saison prochaine ….!

INFORMATIONS PRATIQUES
Bella Figura
Texte et Mise en Scène : Yasmina Reza
Du 7 nov au 31 dec 2017
Au théâtre du rond point
2Bis Avenue Franklin Delano Roosevelt
75008 Paris
https://www.theatredurondpoint.fr

#FestivalDeLété : L’Intime Festival

Prolongeons l’été avec un week end à Namur et son Intime Festival! Un festival où la littérature s’invite sous toutes ses formes:Une programmation pluridisciplinaire pour ce jeune festival crée et imaginé par l’acteur et réalisateur Benoît Poelvoorde qui chaque année depuis 4 ans lance une invitation: se retrouver autour d’une sélection littéraire qui lui est très personnelle et singulière. Exploration de texte avec écrivains et acteurs, croiser les media entre cinéma, photographie, illustration et musique pour partager plus qu’un simple moment, des émotions.

Pour la cinquième édition de l’Intime festival, une conférence-spectacle avec Philippe Katerine et Philippe Eveno sur une projection de deux livres graphiques dédiés à l’amour et la mort, point de départ d’une petite bibliothèque philosophique et graphique pour quelques pistes de réflexion, subtiles, pour mieux appréhender la vie. Une lecture du romancier britannique Ian McEwan par les comédiens Marianne Denicourt et Dirk Roofthooft. Dimanche lecture de « Mon chien Stupide » par Jean-François Balmer par l’inoubliable auteur de « Bandini » ou « demande à la poussière » John Fante, celui qui sans conteste vous transporte dans lAmérique, celle de la beat génération, celle de la route et du voyage intérieur. Carte Blanche aussi pour Felwine Sarr, écrivain, économiste, libraire, éditeur et musicien…c’est l’une des figures intellectuelles les plus emblématiques que compte l’Afrique aujourd’hui. Une rencontre avec l’illustrateur Mathieu sape qui a croqué notre gérard Depardieu pendant 5 ans ou encore avec le duo Nicolas et Bruno, deux cinéastes des temps modernes, collaborateurs de canal + avec leurs « Messages à Caractère Informatif » ou « Amour, Gloire et Débats d’Idées », à l’époque où la chaine cryptée faisait encore rire!

INFORMATIONS PRATIQUES
Intime festival
Du 25 au 27 aout 2017
Theatre de Namur
Place du Théâtre 2
5000 Namur
Belgique

Toute la programmation de l’Intime festival sur http://www.intime-festival.be/

Le Mois Molière à Versailles un avant goût du Off d’Avignon

Depuis plus de 20 ans, le Mois Molière marque le lancement de la saison des festivals. Chaque année, du 1er au 30 juin, la manifestation voit affluer les comédiens à Versailles. Pour de nombreuses compagnies, c’est un véritable tour de chauffe avant le Off d’Avignon. Versailles se transforme 30 jours durant, en une grande scène à ciel ouvert, que l’on soit amateur de spectacle classique ou plus contemporain.

22 ème édition en Quelques chiffres :

+ de 100 000 festivaliers
8 compagnies professionnelles de théâtre en résidence à l’année
+ de 350 représentations (théâtre, musique, cirque, danse), dont 60% en entrée libre
+ de 60 lieux investis dans les 8 quartiers de la ville (Grande écurie du château, Potager du Roi, théâtre Montansier, ancien hôpital royal, galerie des Affaires étrangères de Louis XV, parcs, places et jardins…)

Le Mois Molière c’est aussi 21 sites à découvrir et 1 application smartphone gratuite à télécharger (disponible sur Google Play et Apple Store). Pendant votre promenade, lancez l’application, activez le scan (en cliquant sur la boussole) et rapprochez-vous des points d’intérêt.

INFORMATIONS PRATIQUES :
Maison du Mois Molière / Carré à la farine
Place du Marché Notre-Dame
78000 Versailles
Ouvert tous les jours, de 10h à 18h
(dimanche et fours fériés, de 10 h à 14h)

Carte Blanche à Estelle Francès : Art Vivant

Estelle Francès est notre invitée de la semaine (lire son portrait publié lundi 20 mars), dans le cadre de sa carte blanche, elle partage avec nous de nouveaux coups de coeur dans le domaine des arts vivants avec la Danse et le Théâtre.

Danse : Akram Khan « Sacred monsters » Sylvie Guillem en Akram Khan (créé en 2014)

Les monstres sacrés, ce terme a été utilisé pour la première fois en France au 19 ème siècle comme le surnom donné aux grandes stars du théâtre, comme Sarah Bernhardt. Il marque la naissance de célébrités contemporaines, des icônes du monde des Arts et du Sports, élevées au statut divin par le public et les médias. Sylvie Guillem et Akram Khan sont réunis tels deux monstres sacrés contemporains de la danse dans le monde. Mais il y a aussi l’envers de la célébrité, le besoin de vivre en accord avec l’exigence de votre public, devoir être parfait, positif … Il n’y a alors plus de place pour l’échec, l’imperfection, pour l’expression de ses sentiments et émotions réels. Le statut divin devient inhumain, monstrueux.
http://www.akramkhancompany.net

Théâtre

Un air de famille & cuisine et dépendances, 2017
Comédies de mœurs mythiques des années 90 écrites et mises en scène par Agnès Jaoui.

Joël Pommerat – Pinocchio
Lorsque l’arbre au bois étonnant tombe sous l’orage, l’homme pauvre et généreux décide d’en faire un pantin. Pinocchio est né. Mais c’est un enfant naïf et cruel, qui rêve d’une vie de prince. Après son Petit Chaperon rouge, Joël Pommerat revisite cet autre conte populaire en soulevant les questions de la paternité, de la pauvreté et de la liberté.

Toujours en mémoire
Sonate d’automne, 2014 avec Françoise Fabian et Rachida Brakni.
Adaptation du film de Ingmar Bergman
Françoise Fabian, l’actrice la plus classe du cinéma français n’a pas été la muse de Rohmer, Lelouch,Buñuel ou Demy sans raison. Elle est simple, chic et sans aucun rapport avec son état civil, selon lequel elle a atteint 80 ans en 2014.
Une nuit de règlement de comptes entre une mère et sa fille.

Zelda et Scott, 2013
Sara Giraudeau, Julien Boisselier et Jean Paul Bordes
Zelda et Scott » raconte la comédie du jazz, le drame du couple, la folie d’un monde immensément beau parce qu’il se sait mortel.

EN CE MOMENT A LA FONDATION
Resurgence – My God-Shaped Hole
Claire Morgan
du 03 mars 2017 au 23 décembre 2017
Fondation Francès
27 rue Saint-Pierre
60300 Senlis
Plein : 5 €
Réduit : 2 €
Gratuit : moins de 18 ans
http://www.fondationfrances.com/expositions/resurgence-my-god-shaped-hole/

Se laisser gagner par la peur au théâtre Michel

Révélée au Off d’Avignon en 2015, l’adaptation d’ Elodie Menant de la nouvelle de Stefan Zweig « La Peur » continue de tracer sa route et se joue a guichets fermés depuis plusieurs semaine au théâtre Michel à Paris. Bonne pioche pour ouvrir cette nouvelle chronique dédiée aux arts vivants, le résultat étant largement à la hauteur de nos attentes !

Comme souvent chez Zweig il est question de sonder la psyché d’une femme en prise avec son environnement : Marie Antoinette, Marie Stuart, 24 heures de la vie d’une femme, et ici Irène Wagner, bourgeoise de la haute société Viennoise qui trompe son ennui dans une liaison passagère avec un artiste, incarnant cette vie de bohème aux antipodes de son quotidien avec son mari, Fritz, brillant pénaliste qui lui préfère ses dossiers. Jusque là rien de bien extraordinaire, sauf que s’invite un troisième personnage inattendu dans ce triangle amoureux ,la surprenante Elsa qui devient vite l’élément clé de ce huis clos aussi séduisant qu’anxiogène.
A la nervosité du récit initial répondent une rythmique ultra cadencée des acteurs au sommet de leur art et une scénographie astucieuse faite de panneaux amovibles à géométrie variable. Un dispositif où l’intérieur et l’extérieur se mêlent favorisant une collision des temporalités et confusion dans l’esprit du spectateur. Hélène Degy, héroïne malgré elle de l’action, se heurte bientôt à ces cloisons et sa confusion mentale ne cesse de croitre piégée par le véritable chantage moral et financier qu’exerce sur elle Elsa interprétée par Ophélie Marsaud, austère et inflexible maitre chanteuse. Elle avance sur des sables mouvants et perd pied face aux insistances de son mari le stoïque Aliocha Itovich qui se drape dans une posture de vérité de rude épreuve. Un sentiment de traque et d’étouffement la saisit, renforcé par une musique très hitchcockienne. L’on sent d’ailleurs de nombreux clins d’oeil du côté du cinéma avec un suspens qui va crescendo dans cette ambiance transposée dans les 50ies sur fond d’émancipation féminine et de société de consommation. Hélène/Irène va t-elle commettre l’irréparable bientôt victime d’hallucinations récurrentes au bord de la schizophrénie ?
Il lui faudra passer par les différents stades de l’effroi au dénouement final dans une gamme de variations psychologiques étourdissante qui déroute tous nos repères et les codes de la comédie pour basculer dans une semi-tragédie haletante (unité de temps, d’action et de lieu), avec une économie de moyens redoutablement efficace.
Courrez-y c’est pétillant d’intelligence et d’audace !
INFORMATIONS PRATIQUES
Stefan Zweig »La Peur »
Prolongation jusqu’au 30 avril 2017
Théâtre Michel
38, rue des Mathurins
75008 Paris
Billetterie : Tel. 01 42 65 35 02
Jours et horaires :
• jeudi, vendredi et dimanche à 19h
• samedi à 19h15
Attention, le spectacle commençant à 19h précises, il est conseillé de se présenter à partir de 18h30.
http://www.theatre-michel.frTarifs :
• Catégorie 1 : 25€
• Catégorie 2 : 19€
• Rangée OR ( rangs 4 à 8 ) : 29€/32€ (samedis)
Réserver votre billet :
https://indiv.themisweb.fr

La Bande Annonce :