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François Prost et le visage de l’urbanisme

La galerie Superette accueille jusqu’au 16 novembre la première exposition personnelle du photographe lyonnais François Prost. « Photo Stories » rassemble les quatre dernières séries photographiques de l’artiste réalisées entre 2013 et 2017. Toutes ont un point commun : le point de vue très frontale. Que ce soit les façades de discothèques, celles des immeubles de banlieue parisienne ou encore les portraits de touristes et son sujet sur Tianducheng, la ville réplique de Paris : François Prost portraiture l’urbanisme de manière presque compulsive.

La série After Party présente des façades de discothèques françaises, photographiées à la lumière du jour. Ces boites de nuit, encore en activité, se montrent alors sous un autre visage : néons et autres attributs sulfureux propres à l’ambiance nocturne laissent place à une réalité plus standard et moins pailletée. Elles se présentent alors comme des bâtiments relativement neutres en zones périurbaines ou rurales, au milieu de secteurs industriels
ou de champs de betteraves. Telle Cendrillon retournant à la réalité, ces lieux de fêtes, fantasmés par bon nombre d’adolescents, deviennent alors des coquilles vides. Non sans humour, et avec une pointe de nostalgie, la série se veut également rendre hommage aux débordements décoratifs et aux codes visuels véhiculés par ces établissements. Les premières images de la série ont été prises en 2011. On en compte aujourd’hui plus de 200, issus des 4 coins de la France.

La série Faubourg présente des façades d’immeubles d’Ile-de-France issues de zones dites sensibles.
Ces bâtiments, érigés dans les années 60 à l’époque des grands ensembles ont été construits pour augmenter le parc de logement et apporter aux classes moyennes et populaires tout le confort moderne d’alors.
Leur situation d’aujourd’hui semblent bien loin des espérances de l’époque, et les pouvoirs publics en arrivent même à détruire certains bâtiments du fait de leur insalubrité et de la misère sociale drainée au fur et à mesure des années.
À l’heure du Grand Paris et de la transformation urbaine qui en découle, ces quartiers viennent cristalliser les enjeux de cette réorganisation sociale et territoriale, comment éviter les phénomène de ghettoïsation ? Comment re-mélanger les populations ? Et en cas de besoin, comment et ou reloger les habitants de ces quartiers?
Au-delà de la réputation quelques peu sulfureuses adossées à certain de ces quartiers, ces immeubles sont montrés ici de façon neutre, déconnectés de leur contexte environnemental et social.

Les Champs-Elysées figurent parmi les lieux touristiques les plus visités au monde et sont un symbole fort de l’identité parisienne. Pourtant, lorsque l’on y regarde de plus près, cette avenue semble davantage incarner une culture globalisée qu’une culture locale. On y trouve les mêmes chaînes de fast-food, enseignes de fast-fashion, échoppes à touristes, boutiques de luxe, sièges de multinationales, ou cinémas à blockbuster que n’importe où dans le monde. L’avenue attire quelques 300000 touristes par jour. Des centaines de bus les déposent chaque jour de l’année en haut de l’avenue. La plupart s’arrête quelques dizaines de minutes sur le rond point de l’Étoile et déversent leurs centaines de touristes qui viennent prendre quelques photos de l’Arc de Triomphe.
Fasciné par ce rituel, François décide d’immortaliser ces visiteurs à la manière d’un paparazzi : avec flash et sans pudeur. Les touristes sont ainsi starifiés, pris au vif par le flash avant même d’avoir mis un pied à terre.

C’est en 2007 que Tianducheng voit le jour en grande banlieue de la ville d’Hangzhou (7 millions d’habitants, située à 200km de Shanghai). Elle figure aujourd’hui comme la plus grande et la plus impressionnante réplique de Paris. Elle se compose notamment d’une Tour Eiffel de 100 m de haut, d’un quartier haussmannien de 31 km2 et d’un parc largement inspiré des jardins de Versailles. Connu en Chine comme un décor parfait pour les photographies de mariage, elle compte 30000 habitants, issus de la classe moyenne, vivant au milieu de sculptures et de fontaines d’imitation renaissance comme ils vivraient n’importe où ailleurs en Chine. Sous forme d’une étude comparative entre Paris et Tianducheng, la série Paris Syndrome explore les similitudes à la fois drôles et perturbantes entre la ville modèle et sa réplique chinoise.

INFORMATIONS PRATIQUES
Photo Stories
François Prost
Superette Gallery
104 rue du Fbg Poissonière
75010 Paris
contact@superette.tv
www.superette.tv
Ouvert du lundi au vendredi de 10h00 à 19h00

Une Saison Américaine pour le Pavillon Populaire

C’était une première pour moi, je n’avais encore jamais visité le Pavillon Populaire de Montpellier, et on peut dire qu’il est à la hauteur de sa réputation. Depuis 7 ans, Gilles Mora y occupe le poste de directeur artistique et à raison de 3 fois par an, le Pavillon Populaire accueille des expositions d’exception. Cette nouvelle saison est placée sous le signe de la photographie américaine, et pour l’inaugurer voici Notes sur l’Asphalte, une exposition inédite des photographies documentaires de six chercheurs américains.

Durant 40 ans, entre 1950 et 1990, six scientifiques (Donald Appleyard, John B. Jackson, Allan Jacobs, Chester Liebs, Richard Longtreth et Daniel Lowental) ont arpenté les routes d’Amérique du nord pour établir un état des lieux, et pour suivre son évolution architecturale, urbaine et rurale. Tous se sont servis de la photographie comme témoin de leur recherche. La majorité, excepté Daniel Lowental, ont utilisé la photographie couleur en diapositive à une époque où le noir et blanc était d’usage en photographie documentaire, ce qui rend ces images d’autant plus étonnantes.

La photographie vernaculaire au cœur du projet curatorial

« L’histoire de la photographie ne se réduit pas uniquement à des grands noms. Avec le travail de ces 6 chercheurs on restitue le maillon manquant d’une époque. » Gilles Mora

En tant que spécialiste de la photographie américaine du XXème siècle, Gilles Mora a tout de suite accueilli avec enthousiasme le projet de Jordi Ballesta et Camille Fallet, lorsqu’ils sont venus le rencontrer il y a deux ans. Le premier est chercheur, le second photographe, tous deux sont les commissaires d’exposition de « Notes sur l’Asphalte« . C’est ainsi, et grâce au soutien de le ville de Montpellier, qu’ils ont pu entamer un énorme travail de recherche et d’exploration d’archives, dont huit semaines passées sur place. Comme ces images documentaires n’ayant pas au départ de but esthétique d’exposition, il leur a fallu établir une réflexion sur la manière et de présenter et de construire l’exposition.

Une scénographie qui respecte le but premier d’archiver et de documenter

« Les premiers à découvrir ces œuvres sont les chercheurs eux-même ! » Gilles Mora

L’exposition est composée de trois parties. La première nous permet de comprendre l’importante phase d’investigation et de recherche qui a permis de réaliser ce projet. Volontairement, on y trouve beaucoup de documents et d’ouvrages pour étayer le propos.

L’espace central est la restitution du voyage à travers l’Amérique, ici seules les photographies sont présentées par séquence thématique. Avec une belle hauteur sous plafond, cet espace est comme une respiration, les photographies placées les unes à côtés des autres, nous emmènent dans un road trip américain. En cheminant face aux images, on a la sensation d’être en mouvement, de regarder le paysage à travers la vitre d’une voiture, et parfois, on s’arrête, comme happé par une image étonnante. Un voyage géographique et temporel.

Dans la dernière partie, on entre en liaison avec les pratiques et les regards de la photographie, et notamment dans les relations qui subsistent avec les auteurs comme Walker Evans, William Christenberry, Thomas Strong ou encore Jeff Wall…

Comme une conclusion, l’expositions’achève par un grand tirage de Lowental en noir et blanc qui représente un panneau en bord de route où est inscrit en lettre capitale « Without vision, the people perish ».

Les deux autres expositions de cette saison 2017 seront consacrées à William Gedeney et Ralph Gibson avec Trilogy.

EXPOSITION
Notes sur l’Asphalte, une Amérique mobile et précaire, 1950-1990
Du 8 février au 16 avril 2017
Commissariat : Jordi Ballesta et Camille Fallet
Directeur Artistique : Gilles Mora
Pavillon Populaire
121 Allée de Jerusalem
34000, Montpellier