Galeries

La Photographie contemporaine slovène à l’honneur à la galerie Voies Off

A l’occasion du festival Voies off, la galerie éponyme, sous la direction de Christophe Laloi, a inauguré au tout début de l’été, l’exposition « If Slovenia Were… » Cette dernière met à l’honneur la jeune photographie contemporaine slovène en rassemblant les travaux de 19 artistes. L’exposition collective a été initiée par Klavdij Sluban, concepteur du projet « If Slovenia Were… ».

Klavdij Sluban (1963) est un photographe français de parents slovènes. Il a passé son enfance à Livold (Slovénie). Il mène une oeuvre personnelle souvent empreinte de références littéraires, voyageant des Balkans aux îles Kerguelen. Depuis le début des années 1990, Klavdij Sluban participe activement à la vie culturelle de son pays d’origine. Aujourd’hui il s’investit dans le projet “If Slovenia Were…” représente une vision photographique du pays à travers les yeux de 19 photographes slovènes contemporains.

Chaque série a été spécifiquement réalisée pour ce projet entre 2015 et 2018. Le choix des photographes s’est fait sur appel ouvert. Avec une écriture photographique personnelle, les auteurs montrent leur Slovénie, vécue de l’intérieur. Concerné(e)s par le mode dans lequel ces jeunes photographes vivent (la moyenne d’âge du groupe est de 34 ans), ils / elles utilisent des moyens d’expression variés, couvrant tous les champs de la photographie. La fin de la Yougoslavie et de la guerre (1991-2001) sont loin. De nouveaux réfugiés, venus de plus loin, traversent le pays. Cependant, le regard de ces jeunes auteurs se pose tout autant sur la globalisation des banlieues, les centres commerciaux naissants que la famille ou bien l’introspection. Concerné(e)s par la situation dans laquelle se trouve la Slovénie actuelle, ces jeunes auteurs n’en questionnent pas moins leur place à l’intérieur de cette société. »

Artistes exposés : Jošt Dolinsek, Jošt Franko, Katja Goljat, Ciril Jazbec, Irena Jurca, Jurij Korenjak, Primož Korošec, Tereza Kozinc, Meta Krese, Robert Marin, Dejan Mijović, Matej Povše, Boštjan Pucelj, Matjaž Rušt, Klemen Skubic, Nina Sotelšek, Marko Vrbič, Ana Zibelnik et Manja Zore

INFORMATIONS PRATIQUES
If Slovenia Were…
La Photographie contemporaine slovène
Du 2 juillet au 23 septembre 2018
Galerie Voies Off
26 ter rue Raspail
13200 Arles
http://voies-off.com
https://www.ifsloveniawere.com

A la (re-)découverte de Judy Chicago, Villa Arson (Nice)

Savez-vous ce qu’est le cool school ? le finish fetish ? ou encore le L. A Look ? Pour cela il faut se plonger dans l’ambiance de la scène californienne des années 60 expérimentale et en rivalité latente avec New York. Les fers de lance de cette émergence sont Le LACAM à ses débuts et la Ferus Gallery.

Car comprendre Judy Chicago c’est aussi comprendre les particularismes de ce territoire, véritable creuset et marqueur esthétique. Les surfers et les bikers de la Cote Ouest, les expérimentations industrielles et aérospatiales sur fond de guerre du Vietnam avec l’irruption de nouveaux plastiques : le plexiglas, le vinyle, le polyester, un répertoire de formes érotiques et flamboyantes en réaction au côté conceptuel et intellectuel de la cote Est, les marches dans le désert…Autant d’éléments qui forgent la personnalité et le style de Judy Chicago qui sèche ses cours à l’UCLA pour aller se former dans les ateliers mécaniques. Une œuvre comme « Car Hood » de 1964 témoigne de son appropriation de la technique du spray et des couleurs industrielles. Même si elle y parsème des motifs plus personnels liés à la mort de son mari dans un accident de voiture.
Elle participe à l’une des premières expositions dite minimalistes en 1966 « Primary Strcutures » au Jewish Museum aux côtés de John McCraken ou Larry Bell avec « Rainbow Pockett » mais ressens le besoin de s’écarter de ce courant à dominance masculine et patriarcale. Elle se tourne alors vers la miniature dans la mouvance de la dématérialisation de l’art observée par Lucy Lippard et John Chandler. Nous sommes à la veille du mouvement féministe de 1968. C’est alors qu’elle réalise l’environnement très virulent « Feather Room » en parallèle à des actions anti-guerre visant les bases en Californie. Rejetant l’architecture du white cube traditionnel qu’elle court-circuite par une approche soft sculpture basée sur la lumière et des cloisons souples. Cette sensation duveteuse créée par ses plumes qui recouvrent le sol annonce le mouvement light and space et dépasse le minimalisme tout en se basant sur le vide.
La reconstitution à l’identique de l’installation est un grand moment de la visite, chacun est invité à l’expérimenter et l’on en ressort avec une sensation d’étouffement et de malaise. Le titre n’est sans doute pas du au hasard.
Avec sa série performative « Atmospheres », œuvre pyrotechnique réalisé dans le ciel californien il s’agit de donner une version féministe au Land Art proche des actions d’Ana Mendieta. Des fumigènes de différentes couleurs selon l’endroit sèment une sorte de nuée évanescente, spectacle apocalyptique dématérialisé.
Sa lutte pour l’émancipation se cristallisera dans l’emblématique projet collectif qu’est la « Womanhouse »(1972), lieu domestique transformé en refuge et théâtre d’une archive féministe et programme éducatif pour les étudiantes en art. Suivra le célèbre Dinner Party, série de banquets à la mémoire des femmes, un monument aujourd’hui conservé au Elizabeth Sacker Center for Feminist Art (Brooklyn museum).
Le grand mérite de la commissaire Géraldine Gourbe, chercheure en esthétique spécialisée dans la question de la performance, des collectifs et du féminisme, est d’avoir su recréer toute cette scène à travers de nombreuses figures représentées qui répondent aux recherches de Judy Chicago : John McCraken, Robert Morris, Pat O-Neill, DeWain Valentine ou encore Bruce Nauman.
A l’occasion de l’exposition, première publication française (Presses du réel) de l’autobiographie-manifeste de Judy Chicago, paru en 1975, « Through the Flower : My Struggle as a Woman Artist ».
Judith Chicago est également évoquée dans l’exposition Cosmogonies du MAMAC, l’autre grand temps fort niçois.
Ne manquez pas lors de votre visite l’exposition des 27 jeunes diplômées 2018 de la Villa Arson, qui est avant tout école nationale supérieure d’art.
« La Vallée de l’étrange » dont la 2ème partie se tient en ville, galerie de la Marine où Georges vous réservera un accueil chaleureux. Cet autodidacte qui se passionne pout l’art contemporain connait chacun des artistes et pourra vous donner les codes d’accès à cet ensemble aussi chaotique que jubilatoire.
Au moins deux bonnes raisons de monter jusqu’à la Villa et profiter de cette architecture brutaliste remarquable et jardin avec vue sur la baie des anges ou flâner sur les quais..
Infos pratiques :
• Los Angeles, Les Années Cool / Judy Chicago
Du 1er juillet  au 4 novembre 2018

• Promotion Villa Arson 2018 | La Vallée De L’étrange
Villa Arson : du 1er juillet au 16 septembre 2018
Galerie de la Marine : du 30 juin au 30 septembre 2018
En période d’expositions : ouvert tous les jours de 14h à 18h (de 14h à 19h en juillet et août) sauf le mardi.
https://www.villa-arson.org
Galerie de la Marine – Mairie de Nice

L’Institut pour la Photographie lance son premier événement cet automne

En septembre dernier, nous apprenions l’inauguration d’une institution de référence internationale dans le domaine de la photographie initiée par la Région Hauts-de-France en collaboration avec les Rencontres d’Arles. En juillet, c’est l’adresse de l’Institut qui était dévoilé : ce sera à Lille, que ce nouveau lieu dédié à la photographie sera domicilié. Aujourd’hui, ce sont les premiers événements qui se dévoilent…

Présidé par Marin Karmitz et dirigé par Anne Lacoste, L’Institut pour la Photographie est conçu comme une plateforme et un lieu de ressources, de diffusion, d’échanges et d’expérimentations afin de développer la culture photographique auprès du grand public et de soutenir et valoriser la recherche et la création. Son programme scientifique et culturel est fondé sur la complémentarité et l’interactivité de cinq axes principaux :
Contribuer au rayonnement de la Photographie en proposant une programmation culturelle étendue avec l’organisation d’expositions, de rencontres, de conférences et d’ateliers…
Préserver, transmettre et valoriser en constituant un fonds photographique sous forme de dépôt ou de don, les archives des grands figures de la photographie.
Ouvrir de nouvelles perspectives à la recherche en initiant un programme de recherche qui vise à développer les approches diverses de la photographie. Quatre bourses annuelles seront allouées chaque année.
Sensibiliser à l’image photographique en développant l’éducation photographique et la culture visuelle auprès d’un public toujours plus large.
Valoriser le livre comme objet en créant une activité dans le domaine de l’édition avec une bibliothèque et une librairie de référence.

Avant les premières programmations d’expositions et d’événements photographiques prévues au printemps 2019, l’Institut propose un colloque de trois jours, gratuit et ouvert à tous. Cet événement réunit historiens de l’art, conservateurs, artistes, spécialistes et chercheurs d’autres disciplines afin d’aborder des questions liées aux enjeux actuels de la conservation, de la recherche et de la conquête des publics.

MERCREDI 17 OCTOBRE
La conservation et la valorisation du patrimoine photographique

↳ Archives nationales du monde du travail, Roubaix

JEUDI 18 OCTOBRE
« Les images comme ressource » ou les différentes modalités et méthodologies autour des fonds d’archives photographiques

↳ Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, Tourcoing

VENDREDI 19 OCTOBRE
L’image photographique à la conquête des publics : de la diffusion à la sensibilisation

↳ Le Nouveau Siècle, Lille

INFORMATIONS PRATIQUES
L’Institut pour la Photographie
151 Avenue du Président Hoover
59555 Lille
https://www.institut-photo.com

MAMAC : Sublimes cosmogonies à Nice

La Ville de Nice propose une saison artistique estivale riche, au MAMAC, qui met à l’honneur Yves Klein et la pensée cosmogonique, au musée Matisse avec le dialogue des 2 monstres sacrés Picasso-Matisse et à la Ville Arson autour de Judy Chicago.

Dans le prolongement de l’exceptionnelle exposition qu’elle avait orchestrée pour le Centre Pompidou Metz, intitulée « Sublime le tremblement du monde »Hélène Guenin à présent dirigeant le MAMAC de Nice propose « Cosmogonies au gré des éléments ». Il est aussi question de cette génération d’artistes des années 1960-70 du Land art, Arte Povera, Earth art qui aspirent à une fusion avec les éléments avant que les catastrophes ne proviennent.
Ainsi l’on retrouve certains artistes formidables comme Ana Mendieta, Barbara et Michael Leisgen, Robert Smithson.. mais à Nice en écho avec l’anniversaire cette année d’Yves Klein la démarche prend une autre tournure.
Inventeur des premières cosmogonies qu’il qualifie « d’états-moments » de la nature qu’il réalise dès 1960 sur les berges du Loup à Cagnes-sur-Mer, Yvles Klein est la figure tutélaire de l’ensemble déployé à la fois au MAMAC mais aussi à la galerie des Ponchettes en ville avec une installation évolutive de Michel Blazy.
C’est tout l’enjeu de cette démarche de réinscrire la démarche de Klein à l’aune de ses suiveurs et artistes contemporains dans une quête de fusion primitive avec les 4 éléments et d’ouvrir sur les enjeux écologiques de l’ère de l’anthropocène, soit l’impact dévastateur de l’homme sur son environnement.
Le parcours ouvre sur l’œuvre de Hans Haacke, un humus reconstitué et le visage de Marina Abramovic dans le film « Stromboli », ce visage soumis au ressac des vagues et du vent dans une sorte de communion parfaite, comme pour instaurer un climat de contemplation et de silence. Un « droit au réenchantement » tel que le définit Hélène Guenin dans le très beau catalogue, en contre poids au consumérisme grandissant.
Andy Goldsworthy, Anthony McCall avec « Landscape for White Square » ou Penone avec « Sofflio di foglie » inventent un langage corporel qui convoque le spirituel de la nature, d’autres artistes choisissent d’enregistrer les soubresauts énergétiques du monde tels les variations du vent chez Marinus Boezem « Weather Drawings », l’enregistrement de la terre par la Boyle family, de la grêle chez Evariste Richer ou la reconstitution expérimentale des phénomènes des nuages par Charlotte Charbonnel. Ainsi de l’impermanence des choses et la fugacité du vivant, il semble urgent de témoigner de cet écosystème en sursis.
Nos ressources ne sont pas illimitées comme le martèle la nigériane Otobong Nkanga qui puise dans la mémoire sacrificielle de son pays pour dénoncer la spoliation et l’exploitation abusive du territoire africain, tandis que Thu-Van Tran dans une approche plus poétique revient aussi sur l’héritage colonial conflictuel et néfaste pour son pays d’origine le Vietnam dont les sols ont été contaminés et les forêts dévastées.
Dès lors des rituels de réparation ou de réconciliation avec la nature sont mis en œuvres à travers des artistes telles Gina Pane avec sa série d’actions « Pierres déplacées », des gestes très humbles et performatifs ou chez Ana Mendieta avec « Grass Breathing » , Maria Laet qui cout de ses mains le sable ou encore Judy Chicago et ses fêtes païennes, le corps devenant le véhicule d’un hommage à Gaia, la terre nourricière, valeur refuge.
Parmi les mulitples scénari, certains font appel à la science et à la chimie comme chez Hicham Berrada (aquariums aux solutions empiriques) ou chez Michel Blazy et ses fermentations du vivant qui convoquent l’art des jardins et le merveilleux aléatoire, galerie des Ponchettes.
Ancienne halle aux poissons de 30 mètres dédiée aux créations in situ, Michel Blazy y déploie une prolifération olfactive et visuelle totalement inédite. « Jardin des délices » convoque ainsi le végétal, le minéral (aluminium),l’organique, le froid et le chaud, l’eau et le feu, une dynamique des contraires. Saisissant !
Enfin, la galerie contemporaine est dédiée à Irene Kopelman (née en Argentine en 1974) autour de ses recherches dans différents biotopes du monde et résidences de recherche auprès de plusieurs collections géologiques ou laboratoires tels, le Smithsonian Tropical Research Institute au Panama ou le Manu Learning Center dans la forêt péruvienne.
L’artiste et le MAMAC entament par ailleurs une collaboration au long terme avec l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer pour initier un nouveau travail de recherche autour du plancton.
Catalogue aux éditions MAMAC/Snoeck, 175 pages, 29 €
INFORMATIONS PRATIQUES :
• Cosmogonies, au gré des éléments

jusqu’au 16 septembre 2018
• Irene KOPELMAN
jusqu’au 30 septembre 2018
MAMAC
Place Yves Klein
06000 Nice
Horaires : Tous les jours sauf le lundi de 11 h à 18h
Tarifs : Ticket individuel 24h au tarif de 10€ qui donne accès à : MAMAC, Galerie des Ponchettes, Espace Ferrero, Galerie de la Marine, Théâtre de la Photographie et de l’Image, Musée Matisse, Musée des Beaux-Arts, Musée d’Art Naïf, Musée Masséna, Palais Lascaris, Musée d’Archéologie, Muséum d’Histoire Naturelle, Prieuré du vieux logis
www.mamac-nice.org

• Michel BLAZY. Timeline
jusqu’au 4 novembre 2018
Galerie des Ponchettes
77 quai des Etats-unis
06300 Nice

Namasigue, un village sans hommes
Un documentaire signé Mahé Elipe

Au sud de l’Honduras dans la région de Choluteca, un village nommé Namasigue abrite une petite collectivité de femme vivant sans hommes. Il est le reflet de la situation économique, politique et sociale du Honduras étant pour le moins instable, beaucoup sont les hommes qui ont migrés vers le nord, lorsqu’ils n’ont pas été emprisonnés voire assassinés.

Aussi ce petit village recueille une majorité de femmes qui ont dû s’adapter à vivre sans l’aide de ces derniers. Elles ont donc trouvé leur salut grâce à la culture de la noix de cajou appelée “marañon”.

La précieuse noix très en vogue aux Etats-Unis et en Europe, grâce à ces biens faits nutritifs, réclame une culture fastidieuse et minutieuse que ces femmes s’acharnent à entretenir jour après jour.

Ces dernières sont à l’origine de la création d’une coopérative nommée Crepaimasul, permettant à 5 villages de la région de Choluteca, de s’associer afin de commercialiser la culture de la noix de cajou biologique à l’étranger.

Vivant dans des conditions précaires à savoir sans eaux courantes ni électricité, elles ont néanmoins réussi à trouver un équilibre entre femmes et enfants, avec des journées rythmées par les tâches quotidiennes et la culture du précieux fruit.

Ouvrières de la terre, leur ordinaire commence à l’aube et s’éteint au crépuscule dans la cacophonie des cris vivifiant des enfants.

Ce reportage, met en lumière le quotidien de ces femmes qui font de chaque jour une épreuve. A leur côté, elles m’ont offert la douce intimité des mères de famille combiné à celle des travailleuses laborieuses. De cette offrande, j’ai saisie des moments sans artifice, ni mise en scène, des instants de réalité dans la chaleur et la confidence du foyer familial.

Reflet de ces femmes fières, aux pieds sur terre, tenant entre leurs mains, leurs précieux, leurs trésors, qui leurs permet de perdurer et subsister.

BIOGRAPHIE
Mahé Elipe est née en 1991 en région Parisienne.
Elle suit ses études à Toulouse, passant d’une Licence en Arts Appliqués, à l’université du Mirail, à une école de Photographie l’ETPA en 2012, lui permettant ainsi d’aiguiser son oeil aux arts visuels.
Elle décide ensuite de s’installer à Paris pour s’adonner complètement à sa passion, où elle travaille en parallèle en tant qu’assistante Photo dans le monde de la mode et réalise en parallèle ses premiers reportages sociaux et documentaires.
Ses mots d’ordres étant le social, l’art et la communication, elle s’interroge beaucoup sur la place de l’humain dans la société, en tirant profit du médium qu’est la photographie.
Mahé construit alors ses images en se nourrissant de la culture de ceux qu’elle rencontre. C’est notamment au cours de ses voyages, en Europe de l’Est, ou encore aux Etats-Unis et en Amérique Latine qu’elle retranscrit par l’image, une partie de l’histoire des sujets qu’elle rencontre.
Mahé Elipe est membre du studio Hans Lucas depuis novembre 2016.

www.mahelipe.com
mahe.elipe@gmail.com

Picasso – Picabia : Explorations picturales au Musée Granet

Les rapprochements entre artistes ont cette particularité d’apporter un nouveau regard compréhensif. Influences, antagonismes, les courants artistiques et les écoles d’art ont insufflé des pensées et des styles communs aux grands génies, nourris de classiques, de maîtres anciens et d’académisme plus ou moins acceptable. Ainsi, dans le cadre de la manifestation « Picasso Méditerranée », le Musée Granet à Aix-en-Provence rapproche l’œuvre de l’espagnol Pablo Picasso (1881-1973) et du français Francis Picabia (1879-1953).

Un rapprochement inédit et pas si déroutant quand on juge des similarités existantes entre ces deux artistes au caractère bien trempé. Né d’un père hispano-cubain, Francis Picabia partage des racines communes avec le maître catalan né à Malaga deux ans plus tard. Ils ont connu les mêmes bouleversements politiques, artistiques et ont rompu avec l’idée d’un style unique dans leur carrière artistique, goûtant ainsi la liberté de se confronter aux mutations et aux expérimentations créatives, intellectuelles et littéraires de ce XXe siècle. « Un peintre ne doit jamais faire que ce que les gens attendent de lui. Le pire ennemi d’un peintre, c’est le style » disait Picasso. Cette exposition montre à quel point les deux artistes ont pris la liberté de créer sans contrainte dans des voies similaires mais dont le résultat s’accorde avec chaque signature.

Plus de 150 œuvres réunissant peintures, dessins et archives composent une exposition thématique et chronologique avec des focus particuliers montrant les rapprochements et les divergences entre ces deux artistes. Les grands courants artistiques traversent leurs recherches picturales: cubisme, dadaïsme, abstraction … Chacun s’empare de ces réflexions pour sa propre expérimentation, même si on note une même inspiration classique et des thèmes communs, chers aux cœurs de Picasso et Picabia. Un duel sous le soleil provençal qui montre que Picabia, écrasé sous le succès de celui qui lui survivra pendant vingt ans, est un artiste pionner, inventif, sachant jouer avec la gamme chromatique, composer justement ses toiles, délivrer une écriture graphique personnelle dont Picasso sut reconnaître le mérite.

Les deux artistes se fréquentent à Mougins, peignent les mêmes paysages à Juan-les-Pins. Des affinités familiales, électives où chacun laisse libre cours à leur création artistique, témoignages picturaux d’une modernité affirmée. Enfin, l’exposition amène le visiteur à travers les styles et les personnalités foisonnantes de l’aventure moderne de ce deuxième millénaire.

INFORMATIONS PRATIQUES
Picasso – Picabia. Histoire de Peinture
Jusqu’au 23 septembre 2018
Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
Plus d’informations ici

Elliott Erwitt : Dogs like humains à la Maison de la Photographie de Toulon

Fils d’immigrés russes ayant passé une partie de son enfance en Europe, né à Paris en 1928, le photographe documentaire américain Elliott Erwitt est considéré comme l’un des maîtres dans son domaine. Témoin de son temps, grand portraitiste, membre de l’agence Magnum dont il assumera le poste de président de 1968 à 1970, il balaie de son œil affuté les événements marquants du milieu du XXème siècle.

C’est au début des années 1940 que ce grand voyageur réalise ses premières photographies de chiens, l’un des sujets de prédilection de son oeuvre photographique. Chien de luxe ou chien errant, le canidé évince la place de l’homme dans son quotidien. Tel est le propos de l’exposition « Elliott Erwitt, Dog, Dogs » à la Maison de la Photographie de Toulon.  Ces portraits atypiques sont une manière originale de parler de la condition humaine dont le chien serait le miroir. Teintée d’humour et de cocasserie, celui pour qui « faire rire les gens est une des plus parfaites réussites qu’on puisse espérer »nous plonge ici dans la magie de l’image et de l’instant décisif.

Les images exposées montrent un vif intérêt dans la composition: des chiens pris au niveau des pieds, ils les élèvent à la même stature que leurs maîtres. Et c’est avec un certain humour sarcastique qu’ils prennent la pose dans des portraits léchées évoquant ceux starisés des studios Harcourt. Un hommage sincère au « meilleur ami de l’homme », l’accompagnant dans ses moments de loisirs, montrant toute la diversité des états d’âme du monde canin. Une exposition à l’esprit léger, jovial et tendre qui tend à mettre en évidence les relations complices et affectueuses que l’être humain partage avec cet animal si fidèle.

INFORMATIONS PRATIQUES
Elliot Erwitt, Dog Dogs
Jusqu’au 1er septembre 2018
Maison de la Photographie
Place du Globe
83000 Toulon
Ouvert du mardi au samedi de 12h à 18h
Entrée Libre
Plus d’informations ici

Thu-Van Tran à la Cristallerie Saint-Louis – Fondation d’entreprise Hermès

Nous avions rencontré Marie Cozette à la Cristallerie Saint-Louis à l’occasion du premier volet de son cycle de programmation « l’héritage des secrets » suite à l’invitation de la Fondation Hermès faite à la Synagogue Centre d’art contemporain de Delme. Après le duo Hippolyte Hentgen, c’est un solo show qu’elle propose de l’artiste d’origine vietnamienne Thu-Van Tran qui vit et travaille en France (diplômée des Beaux Arts de Paris).

Pour l’exposition l’artiste initie une nouvelle série d’arches en bois d’hévéa. Leur clef de voûte, un fragment de cristal initialement destiné au pilon, devient ici l’élément central sans lequel la sculpture s’effondrerait. Un jeu d’équilibres et de tensions qui rend solidaires deux matériaux aux histoires singulières. Importé dans les années 1920 en Indochine, l’hévéa est cultivé intensivement pour la production de caoutchouc pendant la période coloniale. Pour pousser,
le bourgeon doit envahir une plante-hôte, tout en se laissant transformer par son environnement. Cette contamination réciproque est au cœur du travail de Thu-Van Tran, elle-même étant le fruit d’une histoire entrelacée entre son pays d’origine et son pays d’accueil. Ses matériaux portent les traces d’une possible fiction.
De même avec cette série de photogrammes, inspirée par le rassemblement silencieux d’une communauté de femmes, des domestiques, que l’artiste a observé dans les rues de Hong-Kong au cours d’un récent voyage en Asie. Une présence forte le dimanche sur la passerelle reliant le port du centre ville, qui contraste avec leurs existences précaires et fragiles économiquement. Des frictions à la fois poétiques et politiques.
Inauguré en 2007 et situé au cœur de la manufacture, La Grande Place musée du cristal Saint-Louis présente, au sein d’une collection permanente, 2000 œuvres appartenant au patrimoine de Saint-Louis sur un parcours initiatique de 953 mètres, témoignage d’un savoir-faire quatre fois
séculaire. Les vitrines exposent les pièces résultant des nombreux savoir-faire emblématiques de Saint-Louis et sont illustrées —par vidéo— des gestes des artisans d’aujourd’hui. La scénographie soulignant l’architecture originale signée Lipsky+Rollet vous invite à découvrir de manière ludique
et pédagogique les propriétés du cristal Saint-Louis.
La Fondation d’entreprise Hermès développe huit grands programmes qui articulent savoir-faire, création et transmission.
New Settings pour les arts de la scène, Expositions et Résidences d’artistes pour les arts plastiques, Immersion pour la photographie, Manufacto, la fabrique des savoir-faire et l’Académie des savoir-faire pour la découverte et l’approfondissement des métiers artisanaux.
À travers H3, elle soutient également, sur les cinq continents, des organismes qui agissent dans cette même dynamique. Enfin, son engagement en faveur de la planète est porté par son programme Biodiversité & Écosystèmes.
Thu-Van Tran est représentée par la galerie Meessen De Clercq (Bruxelles, Belgique) et prépare pour 2019 sa première exposition personnelle à la galerie Rüdiger Schöttle (Munich, Allemagne).
A partir du 1er août Marie Cozette prend la direction du CRAC Occitanie à Sète mais poursuit son cycle artistique à la Cristallerie en invitant Dominique Ghesquière.
INFORMATIONS PRATIQUES :
Exposition ouverte au public du 12 juillet 2018 au 7 janvier 2019
La Grande Place musée du cristal Saint-Louis
Rue Coëtlosquet
57620 Saint-Louis-lès-Bitche
Tous les jours de 10h à 18h, sauf le mardi
Actualités de la Fondation Hermès :

Matthieu Gafsou, H+, Transhumanisme(s)
Aux Editions Actes Sud

Dès l’instant où il a su mettre deux idées en perspective, l’homme s’est pris à rêver de l’immortalité, plus jouissive que toutes les éternités promises par les religions. Les contes, les légendes et les mythes ont fourni les potions magiques, les philtres divers qui opèrent au moins le temps de leur lecture. Or, voici que la technologie vient au secours de la science et de la médecine pour faire du fantasme un futur envisageable sinon garanti.

Tout le monde sait aujourd’hui que « Trans » n’est pas un état d’agitation mal orthographié, et que, dans son abréviation, le mot désigne une personne qui a librement choisi le genre ou le sexe qu’elle sent être le sien. Cinq siècles après l’Humanisme qui célébrait le mélange de l’intelligence et de la culture propres à notre espèce, le transhumanisme nous propose un dépassement d’un autre genre, celui des performances intellectuelles et physiques, et, dans la foulée, celui de la durée de la vie, jusqu’à éradiquer sa fin. De même que Sony a fait ce dont on a rêvé, des laboratoires multiplient les recherches et les expérimentations pour atteindre sûrement ce qu’on pensait réservé à la folie douce de l’utopie. Et au fond, pourquoi dénier à la science la capacité de défier la mort quand l’image numérique est parvenue à augmenter la réalité ? Dans son beau livre à couverture gravée, blanche comme le paradis, Matthieu Gafsou nous ouvre les portes de ces cavernes placées sous le sigle du NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and Cognitive science) regroupant l’arsenal dont se dote le 21e siècle pour combattre nos pauvres limites sans renoncer aux appareils orthodontiques pour adolescents ni au traitement inhumain des rats. Les investigations sur l’exosquelette moteur, le contrôle par neurostimulation, le transfert informatique de l’esprit, la cryogénie, la transgénèse, le cyborg et toutes les ruses biologiques développées par l’anthropotechnie font au moins le miel du jeune photographe contemporain. Renouant avec les genres anciens du portrait, de la nature morte et du commentaire lucide, Gafsou nous donne sa propre vision d’un courant de pensée prométhéen quand il cible l’horizon d’une Posthumanité enfin idéale, libérée des cancers, des trous de mémoire et de la sciatique.

INFORMATIONS PRATIQUES
• LIVRE
H+, Transhumanisme(s)
Matthieu Gafsou
Postface de David Le Breton
160 pages 22 x 29 cm, 79 photographies, relié, éditions
Actes Sud, 45€
• EXPOSITION
H+
Matthieu Gafsou
Jusqu’au 23 septembre 2018
(Dans le cadre des Rencontres d’Arles)
Maison des Peintres
43 Boulevard Emile Combes
13200 Arles

Matisse et Picasso, la rencontre des géants à Nice !

Autre temps fort de la saison estivale à Nice et reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication, l’exposition « Matisse et Picasso, la comédie du modèle » du musée des collines de Cimiez, est parmi le florilège des expositions picassiennes de l’été, l’une des plus pertinentes.

C’est à partir de la formule d’Aragon, que le musée revient sur l’un des dialogues les plus fertiles et inventifs du XXème siècle entre deux monstres sacrés, qui se sont côtoyés de façon permanente échangeant points de vue, visions et œuvres mêmes comme ce magnifique tableau « Marguerite » que Picasso ne quittera pas, à Nice et dans la région.
Le parcours démarre avec des photographies vintage signées Lucien Clergue, Brassaï, André Ostier, Hélène Adant, Henri Cartier-Bresson, David Douglas Duncan, Dora Maar qui relatent la vie dans l’atelier de chacun : le Régina à Nice ou La Californie à Cannes et des objets donnés qui traversent leur création comme cette étrange coiffure cérémonielle Nevinbumbaau des Nouvelles Hébrides que Matisse offre à Picasso.
La question du peintre et son modèle en filigrane quoique essentielle, est traitée différemment chez les deux maîtres. Matisse déclare « Mes modèles, figures humaines, ne sont jamais des figurantes dans un intérieur. Elles sont le thème principal de mon travail… » tandis que chez Picasso il s’agit plus d’un travail mental de reconstitution.
Après une salle consacrée à la transformation de la matière, la morphogénèse, (sculpture, dessin sériel, photographie) qui offre autant de déclinaisons possibles du même modèle : Odalisque de Matisse, Femme au tambourin de Picasso, nous entrons dans la section « convoiter », soit le modèle offert au regard du créateur. Un abandon comme avec le sublime « Rêve » matissien, porte ouverte à l’inconscient : « Je dessine tout près du modèle – en lui-même – les yeux à moins d’un mètre du modèle et genoux pouvant toucher le genou » déclare t-il à Aragon. Picasso lui intériorise ce modèle réel ou fantasmé comme dans les « Femmes d’Alger ».
Une convoitise qui peut se faire brutale et annonce la partie « posséder ». Des étreintes qui signent un retour à la mythologie comme avec la Suite Mallarmé de Matisse, à laquelle Picasso répond avec les eaux fortes de la Suite Vollard, dont l’ascendant se fait plus violent encore.
Dans l’épilogue alors que Matisse est déjà mort, Picasso lui adresse un dernier clin d’œil avec cet Atelier de 1956 avec la végétation, ce jeu de miroir, la fenêtre ouverte, les objets familiers, la mise en abime.
Catalogue illustré de 160 pages
Commissariat : Claudine Grammont, directrice du musée Matisse
Autour de l’exposition programmation exceptionnelle : août/septembre
> Musique / Académie Internationale d’Eté de Nice
• Concerts d’enseignants : vendredi 20 juillet et jeudi 9 août / Auditorium du musée
• Concerts d’élèves : vendredis 27 juillet et 3 août / Auditorium du musée
> Musique
• Récital de piano : Picasso, vocalise sur toile
Ornella CORVI, Mezzo soprano / Marie DUQUESNOIS, pianiste
Depuis son Espagne natale, jusqu’à Mougins en passant par Paris, le récital «Picasso, vocalise sur toile» se déroule comme un voyage
musical. Chaque œuvre entend rendre hommage à Picasso, à son univers et à sa créativité en le confrontant à des compositeurs qui
défendent une esthétique commune avec le peintre.
Mercredi 5 septembre 2018, 16 h – 16 h 45 / Auditorium du musée
Manifestation organisée grâce au soutien de l’association des amis du musée Matisse.
> Danse
• Performance des Ballets de Monte-Carlo
Deux danseurs incarnent la relation duelle et complice unissant Picasso et Matisse.
Mimoza Koïke, danseuse principale aux Ballets de Monte-Carlo, sera à l’initiative de cette nouvelle performance dansée en
compagnie du danseur Asier Edeso.
Samedi 15 septembre 2018, dans les salles du musée
Manifestation organisée grâce au soutien de l’association des amis du musée Matisse.
Labellisé « Musée de France », le musée Matisse couvre une surface totale de 2800 m2 dont 1200 m2 d’espaces d’exposition dans le vaste ensemble patrimonial du site de Cimiez qui comprend les arènes et le site romains, un jardin planté d’oliviers centenaires, ainsi que le monastère de Cimiez.
La collection du Musée Matisse de Nice est unique au monde dans la mesure où elle réunit un ensemble d’œuvres et d’objets issus de la collection de l’artiste ou de ses héritiers : 31 peintures, 38 gouaches découpées, 236 dessins, 218 gravures, 57 sculptures, 14 livres illustrés, ainsi qu’un riche fonds photographique.
INFOS PRATIQUES :
Matisse & Picasso
la comédie du modèle
(avec le soutien du Musée national Picasso-Paris)
jusqu’au 29 septembre 2018
Musée Matisse
164 av. des Arènes de Cimiez
06000 Nice
Il est vivement conseillé d’acheter son Billet coupe file
Ouvert tous les jours de 10 à 18h
Programme « Picasso Méditerranée » : en savoir plus